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mardi 12 mars 2019

Castaner compare Mélenchon à ...Bouteflika

Mélenchon cite le peuple algérien en exemple aux Français face à Macron

Ministre polémiste sur Twitter, le controversé Castaner tacle Mélenchon


Le binôme de Nuñez a comparé la longévité politique du leader de LFI avec celle du président algérien. Le bouffon de Beauvau ne sait plus comment se discréditer. Quelques heures après l'annonce de la renonciation du président algérien Abdelaziz Bouteflika, qui finalement ne briguera pas de cinquième mandat, les réactions politiques se sont multipliées, y compris en France.



Des propos très dégradants pour la fonction supposée se tenir au-dessus de la mêlée, mais qui se retournent au final contre Christophe Castaner. Retranché derrière son écran, toujours via le réseau socialle ministère de l'Intérieur qui fait tirer sur ses concitoyens a semoncé le député des Bouches-du-Rhône, 67 ans, comparant, de manière plutôt déplacée, la longévité de sa carrière politique et celle du dirigeant algérien, 82 ans, frappé par un AVC et atteint d'un cancer à l'estomac.
Une caricature qui a stupéfait les internautes. 
La plupart affirment ne pas comprendre le rapport entre les deux hommes. Certains même, sur le ton de l'humour, pensaient être tombés sur un compte parodique de Christophe Castaner. Ou sur un troll de LREM - cf. PaSiDupes: LREM nie mener des opérations anonymes sur la toile - Un salarié de LREM se cache-t-il sous pseudo derrière la diffusion d'images de vidéosurveillance liées à l'affaire Benalla ?

Lourd contentieux de coups entre Castaner et Mélenchon

En début de soirée, dans un court message sur Twitter, c'est le leader de la France insoumise Jean-Luc Mélenchon qui félicita le peuple algérien pour sa "mobilisation" massive", estimant qu'en "France, on devrait y réfléchir" face à Macron.

Fin 2018, quelques jours après les perquisitions mouvementées au domicile de Jean-Luc Mélenchon, Castaner avait estimé que chacun devait "assumer de rendre des comptes quand la justice le souhaite."

Plus récemment, en marge des rassemblements des Gilets jaunes, le meneur de la France insoumise critiquait ouvertement les violences policières sur ordres du ministre, face à la révolte sociale des Gilets jaunes, estimant que l'ex-socialiste passé dans le camp Macron va "laisser une trace de sang", faisant référence aux incidents mutilations liées aux LBD.


lundi 11 mars 2019

Algérie : Abdelaziz Bouteflika renonce à briguer un 5e mandat

Démission du premier ministre et report sine die (non pas annulation) des élections

Après 20 années au pouvoir, le président algérien, 82 ans et extrêmement affaibli par un AVC, a déclaré qu'il renonce à briguer un cinquième mandat.

Le sixième président de l'Algérie indépendante depuis 1962 prend sa retraite. Atteint depuis 2005 d'un cancer de l'estomac, Abdelaziz Bouteflika, extrêmement affaibli par un AVC qui le cloue dans un fauteur roulant depuis 2013, a annoncé qu'il ne briguera pas un cinquième mandat consécutif. S'il a profondément marqué l'histoire de l'Algérie, son bilan n'en reste pas moins contrasté.

Le président de la réconciliation

C'est un pays éprouvé par dix années de guerre civile, qui a fait quelque 200.000 morts, que récupère Abdelaziz  lorsqu'il accède à la présidence algérienne, il y a trente ans, en 1999.  La mission du nouveau président aura été de réconcilier la nation avec elle-même. Si la pacification du pays est à mettre à l'actif de son prédécesseur Liamine Zeroual,  va prendre deux mesures fortes pour tourner définitivement la page de ce qu'on a appelé la "décennie noire". En septembre 1999, il soumet par référendum un projet de loi dite de "concorde civile" qui prévoit une amnistie partielle des militants islamistes n'ayant pas de sang sur les mains, à condition qu'ils renoncent à la lutte armée.
Avec 90 % de suffrages positifs, le vote populaire est un véritable plébiscite. Peu à peu, les maquis se vident et plus 6.000 hommes déposent les armes. La loi d'amnistie sera finalisée en septembre 2005 avec l'adoption d'un second texte, la "charte pour la paix et la réconciliation nationale" prévoyant des indemnisations pour les familles de disparus, ainsi que des aides à celles des terroristes
Dès l'année suivante, près de 1.500 islamistes condamnés pour terrorisme sont libérés de prison. Massivement approuvée par référendum (97 % de votes favorables), la charte garantit l'acquittement de toutes les forces de sécurité algériennes, sans considération de la gravité des exactions commises. Si ces mesures assoient la popularité du président algérien, elles ne permettent pas de déterminer les responsabilités des nombreux massacres, en l'absence d'enquête. Au contraire, elles laissent posée la question des dizaines de milliers de disparus, qui pèse toujours sur la conscience des Algériens.

L'armée écartée

Fort de cet indéniable succès politique, Abdelaziz Bouteflika, réélu triomphalement en 2004, entreprend sa deuxième réforme de poids. Il n'hésite pas à écarter du pouvoir les principaux généraux militaires, ceux-là mêmes qui l'avaient pourtant porté à la présidence en 1999, mais qui avaient le tort désormais de faire obstacle à son pouvoir absolu. Le président reproduira le même scénario quelques mois avant la présidentielle de 2014, en remaniant les puissants services de renseignement du département du Renseignement et de la Sécurité (DRS), qui avaient pourtant profité de la lutte contre le terrorisme pour s'infiltrer au cœur des institutions du pays.

Un acteur régional incontournable

Victoire militaire sur les islamistes algériens, soutien armé au Front Polisario, dans le Sahara occidental, face au rival marocain, coopération avec l'Occident en matière de lutte antiterroriste, ou encore gestion autonome [malgré un bilan de 66 morts] de la prise d'otages du site gazier d'In Amenas, l'Algérie de Bouteflika s'est affirmée au cours de la dernière décennie comme une puissance régionale incontournable, marquant notamment son refus de toute ingérence étrangère sur son sol.

D'après le rapport 2018 de l'Institut international de recherche sur la paix (Sipri), l'Algérie occupe le 7e rang des plus grands importateurs d'armes conventionnelles dans le monde (3,7 % des exportations mondiales), notamment en raison de la course à l'armement que se livrent Alger et Rabat.
Des armes qui servent parfois à la répression interne. 
Entre avril 2001 et 2002, en pleine période de "réconciliation nationale", l'armée algérienne réprime dans le sang les émeutes identitaires qui éclatent en Kabylie, connues sous le nom de "Printemps noir" : plus de 120 manifestants kabyles sont abattus, 5.000 sont blessés.

L'état d'urgence

Adoptée en 1992, cette mesure interdisait à l'origine tout rassemblement et autorisait les arrestations arbitraires, au nom de la lutte contre l'islamisme. Officiellement levé en février 2011, l'état d'urgence serait en réalité toujours en vigueur dans le pays, obstruant considérablement la liberté de manifester, ainsi que le droit de grève. 
En matière de liberté de la presse, Abdelaziz Bouteflika a, dès sa première élection, fait part de sa détermination au respect de la liberté d'expressionOr, selon Reporters sans frontières, qui place l'Algérie au 136e rang sur 180 de son classement mondial de la liberté de la presse 2018, la liberté de l'information en Algérie demeure fortement sous contrôle depuis la dernière présidentielle de 2014. "Les autorités continuent à verrouiller le paysage médiatique à travers l'étranglement financier des médias", poursuit l'ONG. "Sous pressions économique et judiciaire, journalistes et médias peinent à remplir leur mission."

Sur le plan politique, le président Bouteflika reprend en main en 2005 le parti historique du Front national de la libération (FLN, ancien parti unique), dont il est nommé président. Le FLN, dont la branche armée, l'Armée de libération nationale (ALN) combattit la France, s'allie alors au Rassemblement national démocratique (RND) et aux islamistes du Mouvement de la société pour la paix (MSP) pour créer l' "Alliance présidentielle", une coalition pro-Bouteflika qui remporte les législatives de 2007 et de 2012. Or, ces scrutins sont marqués par des soupçons de fraude, ainsi qu'une participation très basse. En outre, il n'existe pas de véritable pluralisme, tous les partis étant accusés d'être cooptés par le pouvoir.

Dans l'impossibilité de briguer un troisième mandat, Abdelaziz Bouteflika modifie la Constitution en 2008 pour pouvoir se présenter aux élections d'avril 2009. Il les remporte avec un nouveau score "sans appel" : 90,24 % des voix. En 2014, le président, déjà affaibli par son AVC, ne fait pas campagne. Ce rôle échoit à son Premier ministre Abdelmalek Sellal. 

Economie : pétrole et corruption

L'Algérie est le 3e producteur de brut d'Afrique et le 9e producteur de gaz au monde : c'est donc un pays riche. Les hydrocarbures représentent plus de 95 % des recettes extérieures du pays et contribuent à 60 % du budget de l'Etat. Ainsi, la rente pétrolière subventionne aussi bien le carburant, l'eau et les produits de première nécessité, que les secteurs de la santé et des logements.
 
Fort des prix élevés du baril de brut durant la décennie 2004-2014, Abdelaziz Bouteflika s'est lancé dans de vastes chantiers publics (métro d'Alger, autoroute est-ouest ou barrage de Beni-Haroun) et a réussi à désendetter le pays [la dette extérieure est inférieure à 2 % du PIB]. Le président algérien a également fait le pari de l'ouverture du pays aux entreprises étrangères.

Mais l'Etat algérien s'est octroyé la plupart des grands contrats. Ainsi, le bilan présidentiel va être terni par plusieurs scandales de corruption à grande échelle. Dissimulation des malversations de la Banque privée Khalifa, révélation du versement de milliards de dollars de pots de vin dans le cadre de contrats avec la société nationale des hydrocarbures Sonatrach, la multiplication d'affaires dans ces secteurs clés, impliquant l'entourage du président, va illustrer sa mainmise sur les affaires stratégiques du pays, ainsi que la corruption généralisée au sommet de l'Etat. En 2018, l'ONG Transparency International classait l'Algérie à la 105e place sur 180 pays en matière de corruption.
Or, l'économie du pays, qui reste marquée par une forte intervention étatique, a été frappée de plein fouet depuis 2014 par la chute des cours du baril de pétrole. Fin 2018, l'International Crisis Group tirait la sonnette d'alarme, estimant que des réformes étaient urgentes pour diversifier l'économie et avertissant qu'en dépit du "rétablissement du cours du pétrole, la crise économique pourrait frapper le pays dès 2019". 
L'Algérie a beau être un des pays les plus riches d'Afrique, sa population est en constante paupérisation depuis un quart de siècle. 30 % des Algériens de moins de 25 ans sont aujourd'hui au chômage, y compris les hauts diplômés : une potentielle "bombe sociale".

Le Printemps avorté

L'Algérie n'a pas été épargnée par le Printemps arabe. Début 2011, à l'image de leurs voisins tunisiens, les Algériens descendent eux aussi dans la rue pour réclamer avantage de justice sociale. En réponse, le président Bouteflika injecte quelque 24 milliards de dollars pour mieux indemniser les fonctionnaires et aider la jeunesse. S'il réussit à acheter la paix sociale, le président algérien bénéficie aussi du traumatisme toujours vif au sein de la population de la "décennie noire" du terrorisme, conflit qui opposa le gouvernement algérien, disposant de l’Armée nationale populaire (ANP), et divers groupes islamistes, à partir de 1991. Le terrorisme islamiste se termine par la victoire du gouvernement, suivi de la reddition de l'armée islamique du salut (AIS) et la défaite du Groupe islamique armé (GIA), en 2002.

Pas de changement

La retraite d'Abdelaziz Bouteflika pourrait-elle ouvrir une nouvelle ère politique en Algérie ? Loin de là, en raison de l'absence d'alternative réelle en dehors du système. Cela fait en effet vingt ans que les partis politiques et autres groupes religieux indépendants s'avèrent totalement marginalisés en Algérie, au profit du clan Bouteflika. 
Autre écueil, la mainmise de la "génération coloniale" et ses "querelles de chapelles" sur la scène politique, au détriment des jeunes, qui forment 70 % de la population du pays et n'ont pas connu la guerre d'indépendance. 

Ainsi, avant l'annonce de sa retraite, le principal adversaire d'Abdelaziz Bouteflika n'était autre qu'Ali Benflis, son ancien Premier ministre… 

samedi 2 mars 2019

L'opposition algérienne dans la rue fait-elle le jeu des islamistes ?

La rue portera-t-elle les islamistes au pouvoir ? 

Des dizaines de milliers d'Algériens manifestent contre un 5e mandat de Bouteflika


Des manifestants à Alger contre la candidature d\'Abdelaziz Bouteflika, le 24 février 2019.
Des dizaines de milliers d'Algériens ont manifesté vendredi contre la perspective d'un 5e mandat du président Abdelaziz Bouteflika à moins de trois jours de la date limite pour son dépôt de candidature, en scandant des slogans hostiles au pouvoir face à une police paraissant débordée : une spécialiste de l'Algérie assurait depuis la France, ce matin sur France Info, que des cas de policiers pactisant avec les manifestants auraient été observés.

"Il y a vraiment un ras-le-bol généralisé", martèle Soufiane Djilali, coordinateur du collectif d'opposition Mouwatana ("citoyenneté-démocratie"), qui soutient la candidature d'un militaire à la retraite et ex-directeur des ressources humaines au ministère de la Défense nationale algérienne. Son porte-parole est un militaire proche de Liamine Zéroual, un militaire qui dirigea l'Algérie en tant que président de la République algérienne démocratique et populaire (1994-1999). A sa démission, son successeur sera un ancien ministre et proche de Houari Boumédiène, du FLN, Abdelaziz Bouteflika...
A Alger, des affrontements ont opposé, non loin de la présidence, des policiers à des groupes de jeunes leur jetant des pierres, alors que l'essentiel des manifestants s'était dispersé sans incident. Les vitrines de quelques boutiques ont toutefois été brisées, une agence bancaire et une voiture incendiées, selon une journaliste internationale.
Les journalistes de l'AFP rapportent avoir vu une dizaine de blessés, par des coups de matraque, des pierres que renvoyaient les policiers, des éclats de grenade lacrymogènes ou intoxiqués par les gaz. Selon le bilan de la police, 56 policiers et 7 manifestants ont été blessés et 45 personnes arrêtées à Alger.  Les nombreuses manifestations en province se sont terminées sans incident.

Le pouvoir serait en train d'organiser la succession à Bouteflika 

Qui compose le "clan" entourant Bouteflika ?
A gauche, le chef d'état-major de l'armée, Ahmed Gaïd Salah,
et à droite, Saïd Bouteflika, le 10 décembre 2017 à Alger. 
"En Algérie, personne ne sait qui fait quoi et qui décide", indiquait récemment à franceinfo la politologue Dalia Ghanem-Yazbeck. L'état de santé d'Abdelaziz Bouteflika l'empêche de prendre des décisions et provoque les appétits de son entourage. Depuis qu'il a été terrassé par un AVC en 2013, "c'est une véritable momie, une statue… Du coup, il s'exprime souvent par la voix de son frère", indique Jean-Charles Jauffret. "Saïd Bouteflika a une influence considérable", confirme Kader Abderrahim. Pour autant, le conseiller spécial, âgé de 61 ans, ne semble pas en mesure de succéder à son grand frère. "Il n'a pas la stature, la légitimité. Il a juste envie de pouvoir garder la main et que le clan ne soit pas inquiété par la suite", estime Antoine il est alité dans sa résidence à Zeralda, dans la banlieue ouest d'Alger", indique Antoine Basbous, directeur de l'Observatoire des pays arabes. 

Quel est ce "clan" ou ce "système" ? Ces expressions désignent les cercles de pouvoir qui se sont composés autour du vide laissé par la présidence."Cela correspond à une partie de l'armée, aux représentants des régions ou encore aux hommes d'affaires qui gagnent des contrats et s'enrichissent grâce au régime", décrypte Antoine Basbous. Jean-Charles Jauffret évoque lui trois piliers : la famille du président, les partis politiques au pouvoir et l'armée aidée des services de renseignements. 
France 24 a ainsi recensé la douzaine de personnalités qui gravitent au sommet.
Le chef d'état-major de l'armée, Ahmed Gaïd Salah, est l'un des hommes les plus puissants du pays.  
"Il faut ajouter tous ceux qui ont été corrompus par l'argent de la manne pétrolière", poursuit Jean-Charles Jauffret. "Depuis une quinzaine d'années, la corruption s'est développée, abonde Kader Abderrahim, la rente pétro-gazière sert à redistribuer de l'argent et c'est une manière d'acheter la paix sociale." Il cite l'exemple de l'Ansej (l'Agence nationale de soutien à l'emploi des jeunes), un organisme qui prête de l'argent à des jeunes pour des projets de création d'entreprises. "Dans les faits, la plupart des jeunes ne remboursent pas", observe le politologue.
En attendant, l'annonce, le 10 février, de la candidature - pour un 5e mandat consécutif - du président à la présidentielle du 18 avril, a déclenché une contestation d'ampleur inédite en 20 ans.  Elle vise personnellement Bouteflika, 82 ans, au pouvoir depuis 1999 et handicapé par les séquelles d'un accident vasculaire cérébral (AVC) depuis 2013, mais aussi le système qu'il a installé.

La mobilisation a été bien supérieure à celle de la semaine passée à Alger, alors que le camp présidentiel a jusqu'à dimanche minuit heure locale (23h00 GMT) pour déposer dans les délais le dossier de candidature de Bouteflika devant le Conseil constitutionnel.
Aucun chiffre indépendant concernant la mobilisation n'était disponible, mais des sources sécuritaires ont fait état de "plusieurs dizaines de milliers de personnes" dans la capitale. De France, au vu de documents parus sur les réseaux sociaux, ils auraient été plusieurs centaines de milliers.
Ces sources ont également recensé des manifestations dans près des deux-tiers des wilayas (préfectures) du nord du pays, zone la plus peuplée, sans donner de chiffre de participation.

Manifestations dans plusieurs villes
Brandissant des drapeaux algériens, une foule de dizaines de milliers de manifestants s'est rassemblée en début d'après-midi aux cris de "Pouvoir assassin" sur l'emblématique Place de la Grande-Poste, dans le centre d'Alger.
La foule, hommes et femmes de tous âges, n'a cessé de grossir, à mesure qu'arrivaient des cortèges de divers quartiers de la capitale - Casbah, Bab el-Oued ou 1er-Mai - qui le long du chemin, ont forcé plusieurs cordons de police, vite débordés.
"Pacifique!, pacifique!", scandaient les manifestants que quelques tirs de lacrymogènes, n'ont pas réussi à décourager. "Le peuple veut la chute du régime", "Non au 5e mandat!", "On ne va pas s'arrêter!", a-t-on également entendu.
Aux balcons du centre-ville, des habitants solidaires agitaient des drapeaux algériens, verts et blancs frappés du croissant et de l'étoile rouge.
Une partie des manifestants a ensuite pris le chemin du Palais du gouvernement proche, siège des bureaux du Premier ministre, Ahmed Ouyahia, aux cris de "Ce peuple ne veut pas de Bouteflika!"A coups de dizaines de grenades lacrymogènes, la police a dispersé le millier de manifestants regroupés devant l'entrée de l'enceinte.

Un autre groupe de milliers de personnes se dirigeant vers la présidence a été bloqué à environ un kilomètre de sa destination par la police, avant de se disperser face aux tirs de grenades lacrymogènes, ne laissant que quelques groupes désireux d'en découdre.

En province, des défilés d'ampleurs diverses ont été recensés à Oran et Constantine, deuxième et troisième villes du pays. 
Mais aussi dans de nombreuses autres villes, notamment à Blida, Tizi-Ouzou, Béjaïa, Skikda, Annaba, Bouira, M'sila, Sétif, Biskra, Batna, Médéa, Tiaret et Sidi Bel Abbès.
A Oran, un manifestant a jugé que la mobilisation était supérieure à celle de la semaine précédente. 
A Annaba, plusieurs milliers de personnes ont défilé dans le calme, selon un journaliste local. Les rapports de la presse algérienne sont en effet filtrés et la presse étrangère n'est pas la bien venue. On parle même de censure. 

"Éviter tout débordement" 
"Nous sommes là pour encadrer la manifestation et éviter tout éventuel débordement", avait indiqué un officier de police.
Les forces de l'ordre ont jusqu'ici largement laissé faire, même à Alger où toute manifestation est interdite depuis 2001, mais le camp présidentiel a fait savoir cette semaine qu'il n'entendait pas reculer face à la rue.
Certains observateurs craignaient que les partisans du chef de l'Etat n'utilisent la manière forte, la répression, pour s'éviter une campagne électorale avec le double handicap d'un candidat absent physiquement : A. Bouteflika n'apparaît plus qu'à de rares occasions et ne s'est pas adressé à la nation depuis son AVC- et contesté dans la rue.

La candidature de M. Bouteflika sera déposée le 3 mars, a annoncé son directeur de campagne, Abdelmalek Sellal. "Personne n'a le droit d'empêcher un citoyen algérien de se porter candidat. C'est un droit constitutionnel".
Le retour en Algérie du chef de l'Etat, hospitalisé depuis dimanche à Genève, officiellement "pour des examens médicaux périodiques", n'a cependant toujours pas été annoncé.

Comme d'autres membres du camp présidentiel, Ahmed Ouyahia, secrétaire général du Rassemblement national démocratique (RND), qui mène la coalition au pouvoir, a, quant à lui, agité le spectre de la sanglante "décennie noire" de guerre civile (1992-2002) en Algérie et du chaos syrien. Les manifestants lui ont répondu en scandant massivement "Ouyahia, l'Algérie c'est pas la Syrie!".

Pour première fois depuis le début du mouvement de contestation, la télévision nationale algérienne a ouvert vendredi son journal par des images des manifestations du jour, sans référence au mot d'ordre du refus d'un nouveau mandat du chef de l'Etat.
L'Algérie, sous la menace islamiste

Persécution de Chrétiens

En octobre dernier, 5 chrétiens furent poursuivis par la justice pour "prosélytisme", dont trois membres d'une même famille. Originaires de la ville de Bechloul (dans la province de Bouira), à 100 kilomètres au Sud-Est d'Alger, ils devaient comparaître devant la justice algérienne, le 6 novembre à Bouira en Kabylie, sous l'inculpation d'"incitation au changement de religion" (ce qui constitue une infraction au regard du Code pénal) et pour l'"exercice d'un culte religieux dans un lieu non autorisé" (en violation de l'ordonnance de 2006 sur le culte non-musulman). 
Un différend familial, en juillet 2018, est au départ de cette affaire: une femme, ayant un différend avec son mari converti au christianisme, a porté plainte non seulement contre lui, mais aussi contre une famille chrétienne qui s’était interposée pour tenter d’apaiser la situation. Elle les accuse tous de "vouloir faire pression pour qu'elle devienne chrétienne". 

Selon l'Index Mondial de Persécution des Chrétiens 2018, la famille est un des principaux domaine de persécution contre les chrétiens en Algérie. Les chrétiens d'arrière-plan musulman sont souvent confrontés aux accusations de leurs proches et de leur conjoint(e) qui leur reprochent d'avoir quitté leur religion de naissance. Le procureur a fait appel 

Dans une autre affaire, un sixième chrétien, Idir Hamdad, 29 ans, originaire de Tizi Ouzou n'en a pas fini avec la justice. Il avait déjà été jugé puis acquitté, mais le procureur a fait appel de cette décision.
Membre de l’Eglise Protestante du Plein Evangile, il avait été arrêté pour la première fois en avril 2016 à l'aéroport d'Alger pour "importation illégale de matériel chrétien", bien que les objets concernés ne nécessitent pas d’autorisation préalable à l’importation. 

Depuis novembre 2017, six églises, une librairie et une crèche chrétiennes ont été fermées de force en Algérie. Trois églises ont pu rouvrir ensuite, mais des dizaines d'autres ont reçu des notifications de fermeture.

Une députée islamiste menace de mort sa fille, si elle parle en kabyle.

La généralisation de la langue berbère, tamazight, n’est pas du goût de la députée islamiste Naïma Salhi qui a menacé de mort sa fille: "Ma petite fille est dans une école privée où la majorité des élèves sont kabyles. Elle s’est comportée avec innocence et a commencé à apprendre. Je ne me suis pas opposée. Puisque c’est devenu une obligation d’apprendre (tamazight), je lui ai dit : si je t’entends prononcer un mot en kabyle, je te tue !", confie la députée islamiste Naïma Salhi dans une vidéo postée sur Facebook. 
"Vous rejetez la langue arabe qui est parlée par plus d’un milliard de personnes, qui a des milliards de livres et de manuscrits et vous nous ramenez une langue morte qui n’a pas de lettres, de mots et de sens pour nous bloquer", assène encore Naïma Salhi. Jusque dans les années 90, l'Etat algérien, désireux d'unir le pays autour de l'arabité, a largement nié, voire réprimé les revendications identitaires et linguistiques de la population berbérophone, qui représente environ un quart de la population algérienne et majoritairement concentrée en Kabylie. Le président algérien Abdelaziz Bouteflika a même consacré Yennayer, Nouvel An berbère, journée chômée et payée. Les milieux islamistes ne digèrent pas la mesure, ni l’officialisation de la langue berbère. Certains d’entre eux vont même jusqu’à exiger qu’elle soit retranscrite…en lettres arabes.
Les réseaux sociaux algériens ont vivement réagi. La vidéo a suscité une grande indignation sur les réseaux sociaux et dans les media. "Ce n’est pas la première fois que les déclarations racistes et parfois misogynes de la Secrétaire générale du Parti de l’équité et de la proclamation, PEP, devenue députée lors des élections législatives de 2017. On se souvient de sa défense acharnée de la polygamie dans laquelle elle voit une solution au "problème du célibat" des femmes et une manière de prémunir les hommes "du pêché"", rappelle le journal TSA, premier média francophone algérien sur internet.

Naïma Salhi, a estimé que le boycottage des élections "est une mauvaise opération où le citoyen est la première victime".
Ce serait le "premier signe du désordre et de l'arrêt du processus de développement, outre qu'il répand la corruption", avant de soutenir que le citoyen qui "boude les élections pourrait être, de manière indirecte, à l'origine de l'émergence d'une idéologie extrémiste." 
La présidente du PEP a aussi appelé les jeunes à être "vigilants vis-à-vis du complot visant à saper son patriotisme et à affaiblir ses ambitions et ses capacités, sous couvert de la mondialisation ravageuse et l'ouverture électronique nuisible à la religion, à l'identité, à l'authenticité, à la morale et à la souveraineté", affirmant que les jeunes doivent assumer des responsabilités politiques.

Lors des législatives algériennes du 4 mai 2017, sur certaines affiches, dont la liste du Parti de l’équité de la proclamation (islamiste) dans la wilaya d’Adrar, dans le sud-ouest du pays, les candidates femmes étaient présentées ...sans visage, contrairement aux candidats masculins. On y voit une candidate voilée, travaillant à la direction des travaux publics... mais dont le visage a été effacé.

Sur cette affiche du Front des forces socialistes (FFS), un parti d’opposition, trois femmes sont représentées. Là encore, on ne voit pas leurs visages, mais cette fois, c’est un dessin de femme voilée anonyme qui représente chacune de ces candidates.

Même chose sur l’affiche de cette liste indépendante, où se trouvent deux "femmes fantômes" – une retraitée et une ingénieure d’Etat en agronomie – mais cette fois-ci, sans voile représenté.
L'affiche d'une liste indépendante.

Une affiche du Parti algérien vert pour le développement (PAVD). Source : CNN.


Une affiche de l’Alliance nationale républicaine (ANR). Source : Al-quds.

Pour le quotidien El Watan, page introuvable, "la phénoménale intrusion des nombreuses 'candidates sans visage' (…) atteste d’une évolution insoupçonnée de la mouvance islamiste dans la société".

samedi 9 avril 2016

Panama Papers: une faute du journal Le Monde provoque la colère de l'Alger

Le Monde accuse Bouteflika par erreur, mais obtient la solidarité de media français et le boycottage de la visite de Valls à Alger

Acte 1: Le Monde met en cause le président algérien


Plusieurs articles, titres et photos article du journal français Le Monde constituent une diffamation.
Alger a réagi dans la foulée du scandale de la désinformation tentée par Le Monde sur l'affaire dite 'Panama papers' où des chefs d'Etat et de hauts responsables ont été accusés de corruption et d’évasion fiscal. Lundi 4 avril, Alger a protesté officiellement auprès du Quai d’Orsay. La diplomatie algérienne a dénoncé "une campagne qu’elle juge diffamatrice et manipulatrice menée par Le Monde contre l’Algérie".

La Une est explicitement malveillante
Le journal a affiché les photos de cinq dirigeants, dont Abdelaziz Bouteflika, en Une et sous le titre "L’argent caché des chefs d’État". Or, le nom du président algérien n’est pas cité dans l’article consacré à l’affaire de Sonatrach.
Et la presse hexagonale s'est largement faite l'écho des soupçons dans un vaste amalgame mêlant indifféremment des chefs d'Etat ou certains proches. Le Parisien écrit: "Dans la liste hétéroclite des personnalités ayant créé ou utilisé des sociétés offshore sont également cités l'acteur chinois Jackie Chan et le cinéaste espagnol Pedro Almodovar, des membres de l'entourage des présidents chinois Xi Jinping, syrien Bachar al-Assad, mexicain Enrique Peña Nieto, algérien Bouteflika - via le scandale de la compagnie pétrolière nationale Sonatrach - et du roi du Maroc Mohammed VI, avec son yacht et ses sociétés aux Iles Vierges," sans compter... Poutine.
Sans délai ni retenue, le président Hollande a pour sa part aussitôt enfilé son costume de chevalier blanc - malgré la présence nominale de son ministre, Jérôme Cahuzac, sur les listes - pour assurer que les révélations des 'Panama papers' donneront lieu en France à des "enquêtes" fiscales et des "procédures judiciaires". 

"'Panama Papers' : en Algérie, l’argent du pétrole passe par l’offshore"
Assorti d'un article qui ne cite plus Bouteflika, autre titre brouille les relations.

"L’accueil en grande pompe, le 17 mars, de Chakib Khelil, le ministre de l’énergie algérien de 1999 à 2010, en fuite depuis trois ans et soupçonné de corruption, a été pris en Algérie comme une provocation: la preuve de l’impunité dont jouissent les proches du chef de l’Etat. Et une façon d’enterrer l’affaire Sonatrach, la compagnie pétrolière nationale, qui défraie la chronique depuis 2010. Le mandat d’arrêt international contre M. Khelil a été annulé pour vice de forme, le juge qui a instruit l’affaire muté, le procureur général limogé. Mais l’ancien ministre n’a pas été blanchi par la justice algérienne."


Acte 2: l'Algérie riposte par le refus de visas à des journalistes français

L'Algérie a refusé d'accorder des visas à plusieurs journalistes, 
en premier lieu un reporter du journal Le Monde, référence des intellos-socialos-bobos, sans doute sanctionné pour des accusations infondées sur les Panama Papers. 
"Nous empêchant d’effectuer notre travail," s'était lamenté le groupe Le Monde, détenu par la triade BNP (les hommes d'affaires, multimillionnaires et socialistes, Pierre Bergé, Xavier Niel, et Matthieu Pigasse). Le Monde se posait ainsi en victime, alors que le premier ministre, Manuel Valls, rend au pouvoir algérien une visite officielle qui débute samedi et doit durer deux jours. 

Les Algériens n'ont pas supporté l'agression gratuite du journal
, impliquant le président Bouteflika dans l'affaire d'évasion fiscale des "Panama Papers". Le Monde a notamment mis en cause le ministre de l’Industrie et des Mines algérien, Abdeslam Bouchouareb.
Le quotidien socialiste a finalement reconnu sa légèreté partisane, mais se satisfaisant de faire valoir que le nom du chef de l'Etat algérien "n'apparaît pas dans les Panama Papers".

Acte 3: Le Monde proteste contre le refus de visa par l’Algérie à un de ses journalistes

"Le Monde regrette cette décision et proteste contre cette entrave à la liberté de la presse", a réagi l'arrogant directeur du quotidien, Jérôme Fenoglio, vendredi 8 avril, inconscient de son indécence. "Cette décision est liée à notre traitement [inqualifiable !] des Panama papers", commente Le Monde, spécialiste de l'information floue, "en particulier les informations que nous avons publiées sur l’Algérie." Cette presse ambiguë va plus loin: "Le Monde regrette cette décision [uniquement celle d'Alger...] et proteste contre cette entrave à la liberté de la presse." Tout de suite les grands mots, puisque ça marche parmi ses lecteurs !
Sans aucune pudeur...

La presse française partisane tronque l'information, faisant l'impasse sur les causes de ses tensions avec Alger

Le ministère des Affaires étrangères algérien était fondé à évoquer "une campagne de presse hostile à l'Algérie
 
et à ses institutions menée en France dans différents médias". 
"[Ces refus de visa sont] une mesure de rétorsion", réplique une source officielle française. Mercredi, déjà, l'ambassadeur de France à Alger, Bernard Emié, avait été convoqué par les autorités algériennes.
Deux journalistes du "Petit journal" de Canal + n'ont pas obtenu de visa, notamment en raison d'un reportage sur le président Abdelaziz Bouteflika, diffusé l'an dernier. "On peut imaginer que le ton de nos reportages leur déplaît, mais on n'a eu aucune explication", a toutefois précisé une source proche de la chaîne française.

Les media français boycottent le déplacement

Après avoir appris ces refus, le premier ministre Valls a contacté son homologue algérien, Abdelmalek Sellal, pour lui faire part de son désaccord. En signe de protestation, plusieurs media français ont donc décidé de boycotter le déplacement, dont France Inter, France Culture, Le Figaro et Libération. 


Ce dernier offre à ses lecteurs confiants une synthèse partielle et partiale: 
"Une irritation d’un côté de la Méditerranée, une protestation de l’autre."  Mais aussi une provocation, au préalable! 
Le journal de Patrick Drahi -impliqué dans l'affaire des Panama Papers - qualifie la décision algérienne de "défaite pour la liberté de la presse". Et une victoire des fraudeurs fiscaux en paradis fiscaux ?

La direction de France Télévisions refuse également d'envoyer les rédacteurs de France 2 et France 3
suivre la visite de Manuel Valls à Alger.

Dans notre droit, 
le délit de solidarité fait cruellement défaut.