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mardi 15 octobre 2019

Quand M6 censure une scène du match France-Turquie que le pouvoir ne saurait voir

La censure enrayera-t-elle l'intrusion de la politique dans le football ?
La ministre des Sports, Roxana Maracineanu, réclame une "sanction exemplaire" après deux saluts militaires des récidivistes turcs
A deux reprises, les joueurs turcs ont fait un geste défendu, un salut militaire, lors du match contre la France au Stade de France, le 14 octobre 2019
Si le match de qualification pour l'Euro-2020 entre la France et la Turquie s'est terminé sur un score d'égalité (1-1, but français d'Olivier Giroud, celui que l'on vilipende par ailleurs et qui végétait jusque là sur le banc des remplaçants) dont les Bleus peuvent s'inquiéter, il s'est déroulé sans accroc, lundi soir au Stade de France: telle est la version officielle que le pouvoir politique avait mise en scène avec la complicité de la chaîne privée M6, pourtant luxembourgeoise et allemande, avant que d'être (un peu) française (des éditeurs de presse : Sud Ouest, Groupe Amaury, Ouest-France)  les joueurs turcs ont néanmoins  fait un salut militaire à deux reprises. Un geste "contraire à l'esprit sportif", a dénoncé la ministre des Sports, mais que les Turcs défendent : c'est un geste de solidarité avec leur armée en guerre contre les Kurdes de Syrie.

Le match, classé à risque par l'Etat en raison des tensions entre Ankara et Paris suite à l'offensive turque en Syrie contre les forces kurdes, s'est déroulé sous tension. Les Bleus devront d'ailleurs patienter et attendre novembre et le match contre la Moldavie pour essayer de valider leur qualification à l'Euro-2020

Les deux saluts militaires des joueurs turcs ont été censurés par M6:
les téléspectateurs n'ont pas pu les voir. 

Après le but égalisateur de Kaan Ayhan, au moins sept joueurs de l'équipe se sont alignés près du poteau de corner pour poser sous les caméras, dans lun salut militaire, main droite tendue posée sur le front, en soutien aux soldats turcs engagés en Syrie dans la zone occupée par des milices de kurdes syriens qui les harcèlent
L'équipe turque a renouvelé ce geste politique, repris à l'issue de la rencontre par leurs supporteurs en tribune, où est également apparue fugitivement une banderole militante. 
Or, les images n'ont pas été diffusées à la télévision, ni en France, ni en Turquie, ce qui a suscité certaines réactions.

"Pourquoi ne montrent-ils pas le salut militaire ?"
S'indignant que le diffuseur ne montre pas la célébration des joueurs turcs, le commentateur de la télévision étatique turque TRT a ainsi déclaré : "Pourquoi ne montrent-ils pas le salut militaire ? C'est magnifique, pourquoi ne le montrent-ils pas ? Qu'est-ce que ça change ? Nous rentrons de France avec la première place !"
Les réseaux sociaux ont assuré la diffusion des photos que la presse française aux ordres a occultées

Les doigts d'honneur - jusqu'au bras - passent à l'antenne, mais les saluts militaires, non. Plusieurs ministres du président Recep Tayyip Erdogan ont partagé les images interdites en France. C'est le cas notamment du ministre des Sports, Mehmet Kasapoglu, qui assistait au match et que Le Drian a refusé de rencontrer, tant il est vrai que Macron dialogue avec tout le monde !

Les media turcs pro-gouvernementaux se sont réjouis de la célébration des joueurs turcs. "L'équipe nationale donne la plus belle des réponses à l'Occident hypocrite ! Un salut à nos militaires depuis la France", indiquait ainsi la chaîne A Haber sur Twitter. 

"Ce sont des gestes faits de bonne foi, c'est juste pour encourager nos soldats" qui combattent dans le nord de la Syrie, "pas pour tuer" des civils, mais pour "éliminer les violences contre les citoyens turcs", a expliqué le sélectionneur de la Turquie Senol Günes.

Les partisans de la censure réclament aussi des sanctions 

Cette irruption du politique dans le sport pourrait valoir à la Turquie des sanctions de la part de l'UEFA, qui ne tolère habituellement pas ce genre de mélanges. On attend toutefois sa réaction depuis... vendredi : des joueurs turcs avaient déjà fait ce salut lors de leur précédente rencontre contre l'Albanie, il y a trois jours. 

De son côté, sur Twitter, l'ex-championne présente en tribune, contrairement à son collègue du gouvernement Jean-Yves Le Drian, ministre des Affaires étrangères, Roxana Maracineanu a dénoncé un geste "contraire à l'esprit sportif" et la même, ministre des Sports française, a réclamé à l'UEFA "une sanction exemplaire"

Le pouvoir macronien est sur la même ligne que le Rassemblement national de Marine Le Pen.
Sur Franceinfo, l'eurodéputé du RN Jordan Bardella a également réclamé des sanctions.

A quoi sert Maracineanu, à part sanctionner ?

De cette ministre des Sports en service commandé, on retiendra qu'elle s'est faite championne de la lutte contre l'homophobie. D’un côté, poids plume, Roxana Maracineanu, déterminée à éradiquer des stades les slogans imprégnés du champ lexical homophobe. De l’autre, poids lourds, des supporteurs mus par la testostérone et animés de réflexes de provocation partisane. Au milieu, des arrêts de matches, des bisbilles entre le ministère et la Fédération française de football et une question de fond : vu le niveau global d’homophobie dans le pays, comme d'autres, et depuis 30, comme disent les élus LREM, est-il utile de sanctionner des cris, d'"enculés" à "enculés" adverses, lancés à la volée sans avoir pris le temps de la réflexion, mais avant que ce folklore ne vienne égayer les matchs féminins où il est de bon ton de considérer que la pratique évoquée serait une exclusivité masculine, genrée à sens unique, en dépit de l'égalité, en tout point, entre femmes et hommes ?

L'avocat de l’Association nationale des supporters explique que la polémique de l'homophobie dans les stades s’est éteinte après que les instances du football ont prononcé leur sentence, dure et ferme, lorsque des représentants de supporteurs et des associations LGBT ont accepté de croiser leurs regards. En fait, au signal du pouvoir lancé aux media d'occulter le phénomène... Les uns et les autres, dominants et dominés, ont eu leurs 90' Inside et les deux parties sont prêtes à recommencer à se caricaturer allègrement, sous les cris d'orfraie des passifs consentants.Et de leurs vertueux supporteurs et supportrices, convaincus de pouvoir retourner cette tendance chez les mammifères et de renverser l'immuable. La communication politique siffle donc des temps morts et l'arbitre, des arrêts-surprises de match, imposant en somme un rythme à l'échange sportif, comme s'il prétendait s'immiscer dans une relation intime. Au total, à la fin de la mi-temps, seuls les pénis captifs bloqués au coup de sifflet seront pénalisés sur leurs canapés.

jeudi 23 juin 2016

Euro 2016: Hollande (et Fabius) continuent-ils de soutenir l'Ukraine, Kiev et ses néo-nazis ?

Des tatouages nazis de supporteurs ukrainiens filmés dans les tribunes à Lyon 

Torses nus arborant des tatouages de croix gammées,
Des supporteurs ukrainiens dans les tribunes du Parc OL,
lors du match contre l'Irlande du Nord.



des supporteurs ukrainiens ont été filmés par la télévision jeudi au cours du match contre l'Irlande du Nord. L'UEFA n'avait pas encore réagi. 
Jeudi, lors de l’interruption du match entre l’Ukraine et l’Irlande du Nord à Lyon, cette image diffusée par les chaînes de télévision a été repérée par des internautes. Au moins deux d’entre eux arborent sur le haut du corps des tatouages de svastikas, sortes de croix gammées, considérées comme un symbole nazi dans les pays d’Europe de l’Est.  

Le règlement édicté par l’UEFA pour les stades de l’Euro précise qu’est interdit "tout matériel injurieux, raciste, xénophobe, sexiste, religieux, politique ou illicite", ainsi que l’expression et la diffusion de messages du même type. Les tatouages tels que portent ces Ukrainiens, parfois sanctionnés dans les stades de football pour motif d’"exhibition de signes nazis", contreviennent à ce règlement. "Bien sûr que des symboles extrémistes comme la svastika sont officiellement interdits dans les Championnats d’Europe, rapelle Rafal Pankowski, ancien coordinateur du projet Respect et Diversité pour l’UEFA à l’Euro 2012 et membre de l’association de lutte contre le racisme Never Again.

Ces amis ukrainiens de Hollande auraient dû repérés et expulsés du stade.
Il n'est pas avéré que la police les a interpellés.
"Si l’UEFA réagit, l’Ukraine pourrait même être punie d’une sanction financière." Six spotters ukrainiens, ces policiers chargés d'assister leurs homologues français pour repérer les supporteurs fauteurs de trouble venus de leur pays, sont en effet présents en France durant l'Euro de foot. 
Pour l’instant, l'UEFA n'a pas communiqué officiellement.

L'Euro 2016 en France est-il en train de devenir le championnat d'Europe des dérapages des supporteurs ?

Une intolérable banalisation s'installe jour après jour.
Des brèves échauffourées ont éclaté dans la tribune hongroise du stade Vélodrome à Marseille avant le coup d'envoi d'Islande-Hongrie. Deux groupes de fans hongrois, séparés par une simple rambarde, ont voulu se rejoindre, ce que les stadiers ont refusé. Un échange de coups s'en est suivi et l'intervention des CRS a été nécessaire pour ramener le calme. Puis, pour parachever le tout, le bref allumage d'un fumigène en tribune, alors qu'ils sont interdits dans les stades. Surtout, un groupe de supporteurs hongrois a été photographié (ci-dessus) faisant un salut nazi en tribunes.

Après les bagarres entre hooligans russes et anglais à Marseille. 20 Russes, dont l'ultranationaliste Alexandre Chpryguine, font l'objet d'arrêtés de reconduite à la frontière pour "trouble à l'ordre public". Au total, 43 Russes avaient été interpellés mardi dans leur car à Mandelieu-la-Napoule (Alpes-Maritimes), puis placés en garde à vue.
Trois ont été jugés et condamnés à 12, 18 et 24 mois de prison ferme après avoir été reconnus sur des images de vidéosurveillance, lors de violentes "chasses aux Anglais" lors du Russie-Angleterre sur le Vieux-Port. Le parquet a estimé que, parmi les 20 autres expulsés samedi, se trouvent des hooligans violents et extrêmement préparés.

Supporteurs ukrainiens  arborant (au centre) des tatouages néonazis 
lors de la rencontre contre l'Irlande du Nord.





L'allumage de fumigènes en tribune est également interdit dans les stades.
Lundi, l'UEFA doit juger la Croatie et la Turquie pour des jets de fumigènes par leurs supporteurs en plein match.

samedi 11 juin 2016

Bagarres au Vélodrome: l'UEFA présume les Russes coupables

L'UEFA ouvre une procédure disciplinaire contre la Russie
Le ministre russe des Sports a condamné l'attitude des supporteurs de son pays, samedi soir, au stade Vélodrome à Marseille. 

Le ministre russe des Sports a condamné l'attitude des supporteurs de son pays, samedi soir, au stade.  
L'UEFA ("fédération européenne de football," selon les amateurs du journal Libération; en fait "Union des associations européennes de football"), en charge de l’organisation de l’Euro 2016, a ouvert ce dimanche une procédure disciplinaire contre la fédération de Russie après les incidents qui ont impliqué au Vélodrome des supporteurs Russes, mais aussi Britanniques lesquels comptent également des hooligans, samedi soir, à la fin du match contre l’Angleterre (1-1). Les Russes se voient notamment reprocher des "perturbations" dans les tribunes, un "comportement raciste" et le lancer de "fumigènes".

Une part de responsabilité que n’a pas cherché à minimiser le ministre russe des Sports, Vitali Moutko.
"Nous allons recevoir une amende de l’UEFA, tel que je le comprends", a-t-il confié à l’agence russe R-Sport, reconnaissant le "mauvais comportement" de supporteurs russes samedi. 
Après le coup de sifflet final au Vélodrome, ceux-ci ont quitté leur parcage et, après avoir enfoncé une ligne de 'stewards" (en français des "stadiers"), ont chargé des Anglais qui quittaient l’enceinte et ont dû se précipiter comme ils pouvaient vers la sortie, parfois en escaladant des grillages.
 
L'UEFA reconnaît "des problèmes de séparation"

Bien que l'organisation présente des failles, son instance disciplinaire, responsable des défaillances et compétente sur ces incidents, puisqu’ils ont eu lieu dans l’enceinte d’un stade où se tient la compétition, examinera ce dossier le 14 juin. Les incidents ayant lieu ailleurs, comme dans les rues de Marseille samedi, relèvent eux des autorités du pays hôte. 

Les "problèmes de séparation" entre supporters au Vélodrome, rencontrés par l’UEFA  sont assumés ce dimanche. Pour l'avenir, l'instance européenne promet d'ailleurs un "dispositif renforcé" du personnel de sécurité dans les stades de l’Euro 2016 en "collaboration avec les autorités françaises". "Bien évidemment, en tant que pays hôte de la prochaine Coupe du monde, nous devons préserver notre image et les gens ne doivent pas la dégrader."

"C’est la pire chose", a encore regretté Vitali Moutko, alors que la Russie doit organiser le Mondial dans deux ans. 
Le ministre russe a également blâmé l’organisation et les procédures de sécurité, estimant selon l’agence russe TASS que "pour que de telles rencontres soient organisées correctement, vous devons séparer les supporteurs. Il y avait des pétards, c’est évidemment mauvais. Il n’y avait pas de grillage, rien"... 

Les hooligans sont-ils tous russes ou également descendus des quartiers nord de Marseille ?

Le journal régional La Provence met en cause des Marseillais dans les affrontements entre Anglais et Russes

jeudi 9 juin 2016

Euro 2016 en France : des retombées à 95% pour l’UEFA

Les concessions de la France à l’UEFA: la mieux disante ?

L’Etat français, où l’Euro 2016 commence vendredi, ne décide de quasiment rien


"Pouvons-nous encore décider nous-mêmes de quelque chose ?" interrogeait l’un des coorganisateurs de l’Euro 2020, lors d’une réunion de préparation avec les représentants de l’UEFA. L’Etat français,lui a répondu : non, ou si peu. Il en est ainsi depuis 2004: le championnat d’Europe de football n’est plus mis en œuvre par le ou les pays d’accueil mais directement par la confédération européenne, sorte d'ONG qui, bien qu'illégitime, a pris le pouvoir. 

Un seul et même homme a la main mise sur chaque Euro de foot, l'un après l'autre, Martin Kallen, entré par le marketing au sein de l’UEFA il y a plus de vingt ans. "L’avantage est qu’on peut contrôler plus étroitement les ressources, travailler de manière davantage coordonnée et efficace en termes d’organisation et de budget", garantit le Suisse.

"On fait le maximum avec le gouvernement," assure Kallen. Le Directeur Général de l'Euro 2016 l'a dit : "Ce sera une grande fête. Dans cette optique, Martin Kallen a annoncé que les 'fan zones' seront maintenues, et que le travail continuera en lien étroit avec le gouvernement de Hollande pour que l'organisation de cet Euro inédit -non pas parce que placé sous la menace du terrorisme islamiste (vous n'y êtes pas!)- , mais du fait qu'il est le premier avec 24 équipes au lieu de 16, soit une réussite."

VOIR et ENTENDRE le maître d'oeuvre de l'Euro en France :  
Lorsque la domination de l'UEFA s'est imposée aux pays d'accueil, c'était en 2004, au Portugal. La Fédération portugaise détenait encore 46 % des parts de la société organisatrice, contre 54 % à l’UEFA. Douze ans plus tard, Euro 2016 SAS est détenue à 95 % par l’UEFA et à 5 % par la Fédération française de football (FFF).
Depuis les Jeux olympiques d’Albertville en 1992, tous les grands événements sportifs organisés en France l’avaient été par une association à but non lucratif ou un groupement d’intérêt public. En mettant sur pied une société commerciale, l’UEFA assume, jusque dans la forme juridique, l’objet véritable des grandes compétitions sportives, ni franchement non lucratif ni tout à fait d’intérêt public. Les esprits naïfs y perdent ce que la franchise y gagne.
Michel Platini, Martin Kallen (à gauche) et Theodore Theodoridis, secrétaire général adjoint de l'UEFA, observent une minute de silence au siège de la confédération après les attentats du 13 novembre à Paris. Photo transmise par Alquier Communication.
Michel Platini, Martin Kallen (à gauche) et Theodore Theodoridis,
secrétaire général adjoint de l'UEFA, observent une minute de silence
au siège de la confédération, après les attentats du 13 novembre à Paris.
"On a donné à l’UEFA une place qui n’aurait pas dû lui revenir"

Les recettes escomptées par l’UEFA s'élèvent à environ 2 milliards d’euros
, un profit gonflé par l’extension de 16 à 24 du nombre de participants. Le bénéfice net devrait osciller entre 700 et 900 millions d’euros, redistribués durant quatre ans aux fédérations et aux clubs. Malgré ses 5 % dans la SAS, la FFF ne sera pas directement intéressée aux résultats financiers de cet Euro. Si les bureaux de la société sont au Trocadéro, les bénéfices sont délocalisés en Suisse, notamment grâce à la vente des droits de retransmission télévisée. "On est une société de services, on ne fait pas de bénéfices", raconte Martin Kallen, directeur général de la SAS. "Les revenus que l’on génère servent à couvrir les coûts," assure-t-il avec la gravité d'un banquier suisse.

A la clôture des comptes, la marge d’exploitation de l’Etat français sera moins étincelante que celle de l’UEFA.  La France assume les premiers postes de dépense, sécurité et construction ou réfection des stades, et jouira de revenus directs homéopathiques. L’UEFA ne lui a pas même fait cadeau des 20.000 places achetées en faveur de "personnes en difficulté", celles qui bénéficient déjà de la manne des institutions (nationales et territoriales à tous les niveaux cumulés du millefeuille) pour un montant de 500.000 euros. 
Les bienfaits de l'UEFA sont, en revanche,  retombés sur les villes hôtesses. Si le déséquilibre financier est frappant, la posture d’exécutant dans laquelle la puissance publique a accepté d’être reléguée l’est encore davantage. Deux lois ont été votées au Parlement pour satisfaire les desiderata de l’UEFA: l’une aide la construction ou la rénovation de stades en urgence; l’autre  exempte d’impôts la SAS et ses salariés.
Les profits de l'UEFA sont défiscalisés: alors la France, paradis fiscal, par la grâce de la majorité socialiste ?
Le ministre des sports Patrick Kanner, le premier ministre Manuel Valls, le maire de Bordeaux Alain Juppé et le président de l'UEFA Michel Platini, après un comité de pilotage de l’Euro 2016, à Bordeaux, le 23 octobre.
Le ministre de la Ville, de la Jeunesse et des Sports, Patrick Kanner,
le premier ministre Valls, maire de Bordeaux, Alain Juppé,
et Michel Platini, Président de l'UEFA (2007-2015)
L’article 24 du projet de loi de finances rectificative (PLFR) risque de susciter les plus vives controverses. Et cela a commencé dès mercredi 12 novembre, lors de l’audition du ministre des finances, Michel Sapin, et du secrétaire d’Etat chargé du budget, Christian Eckert, par la commission des finances de l’Assemblée nationale.
Cet article  du PLFR prévoit désormais d’exonérer fiscalement les structures chargées de l’organisation en France d’une compétition sportive internationale. 
Au départ, l’UEFA est la principale bénéficiaire.  L'instance dirigeante du football en Europe a  en effet obtenu l’ensemble des droits sur l’organisation de l’Euro 2016 de football, par l’intermédiaire de sa filiale Euro 2016 SAS qu’elle détient à 95 % – les 5 % restant étant détenus par la Fédération française de football (FFF).
Ce serait donc à cette filiale, présidée par un proche collaborateur de deux premiers ministres socialistes: Pierre Mauroy, en tant que chef de cabinet, et Pierre Bérégovoy, en tant que conseiller pour la sécurité intérieure et le renseignement, Jacques Lambert, ancien coprésident du comité d’organisation du Mondial de football 1998, que s’appliquerait cette mirifique niche fiscale préservant à la fois bénéfices et rémunérations des impôts et taxes qu’elle devrait normalement acquitter. Euro 2016 SAS compte actuellement 55 salariés. Elle devrait en employer 650 lors du tournoi, et table sur une recette approchant 2 milliards d’euros. Un manque à gagner équivalent pour le budget de la France.
Pour se donner un ordre de grandeur, depuis le 1er juillet 2015 et pour réduire le "trou de la Sécu", 455.000 familles, considérées comme les plus aisées sont frappées par une chute de 50% à 75% de leurs allocations familialesEn plus de la diminution de la prime de naissance. En 2013, la CNAF avait signé avec l'État une convention sur 5 ans (2013-2017) qui prévoyait d'accroître de 275.000 le nombre de places d'accueil de jeunes enfants sur la période. 100.000 places en crèches devaient notamment être créées. Dans son dernier bilan, la Cnaf annonce que 13.421 places en crèches l'ont été l'an dernier (8.918, si l'on tient compte des 4.503 places supprimées en 2015). Soit, depuis 2013, un total de 41.811 nouvelles places, un chiffre qui reste loin des objectifs. En 2012, la majorité socialiste avait déjà abaissé le plafonnement du quotient familial et cette réforme avait déjà rapporté 1,1 milliard d'euros, à elle seule.
"On a donné à l’UEFA, pour l’Euro 2016, une place qui n’aurait pas dû lui revenir. (...) Le vrai problème, c’est que nous avons perdu la main, en quelque sorte, sur l’organisation de cette coupe d’Europe", pestait il y a un an le président de la commission des Finances de l’Assemblée nationale Gilles Carrez (LR). Tous les quatre ans, quelques parlementaires s’insurgent en des termes similaires, irrités par les mises en demeure, parfois publiques, de l’UEFA. "Il y a une certaine arrogance, voire une arrogance certaine dans les propos de cette association (fondée en 1954). Il n’y a pas de possibilité de négocier avec elle sur aucun sujet", déplorait en 2006 l’élue démocrate-chrétienne suisse Madeleine Amgwerd.
La désignation du pays organisateur du Championnat d'Europe de football 2016 a eu lieu le 28 mai 2010 à Genève en Suisse. La ministre en charge des Sports était Roselyne Bachelot, une proche de François Fillon.
"Les rapports sont plus déséquilibrés qu’avant"

Après la Coupe du monde 1998, la Cour des comptes avait déjà pointé des rapports de force "défavorables aux responsables nationaux", l’Etat s’étant laissé enfermer "dans sa position de solliciteur". Toutefois, des marges de manœuvre existaient encore, notamment sur la répartition des recettes.
"Il y avait eu des négociations acharnées, longues et pénibles, mais très bénéfiques à la France et au Comité français d’organisation (CFO), se souvient Philippe Villemus, directeur marketing de l’épreuve. La Coupe du monde 1998 était certainement la dernière de l’ancien temps. Le comité d’organisation défendait les intérêts de la France, essayait d’arracher le plus de recettes possible."
Devenu professeur d’économie à la Montpellier Business School, Philippe Villemus observe, désabusé, l’évolution de ces grandes compétitions : "Tout est davantage contractualisé. Les rapports sont encore plus déséquilibrés qu’avant. L’ensemble des droits est du côté de la fédération internationale, et l’ensemble des obligations et des devoirs revient à l’Etat et aux villes organisatrices."

Directeur général du CFO de la Coupe du monde 1998 et président d’Euro 2016 SAS, Jacques Lambert  fait le lien entre ces deux époques. Il personnifie aussi ce renversement de paradigme. Chargé au siècle passé de défendre l’intérêt financier de l’Etat pour dresser un bilan équilibré – il fut même bénéficiaire –, il se décrit aujourd’hui comme "le missi dominici personnel de Michel Platini [patron de l’UEFA et jadis coprésident du CFO] en France", "le représentant personnel du comité exécutif de l’UEFA".

"Pas des fous furieux accrochés à leur milliard"


Restent, pour résister à l’UEFA, quelques parlementaires et les villes hôtesses.

Malgré un front allant de la droite au Parti communiste (lequel a pourtant eu une ministre des Sports, Marie-George Buffet). Les premiers, en minorité au parlement, n’ont pas réussi à faire réagir le gouvernement, soucieux de faire respecter la parole donnée par son prédécesseur et qui a étendu l’exemption fiscale à tous les autres événements sportifs dont l’attribution sera décidée d’ici deux ans – afin de ne pas donner l’impression de protéger uniquement le football et de garantir la tranquillité fiscale au Comité international olympique (CIO) pour attirer les JO 2024 à Paris. A l’échelle des dépenses engagées par la puissance publique pour l’accueil de l’Euro, l’exemption fiscale, estimée à 50 millions d’euros sur trois ans, est ..."symbolique", selon la presse gouvernementale, et devrait être largement compensée par les recettes de TVA, impôt injuste qui taxe les plus défavorisés sur un sport dit "populaire". A noter à ce propos que le prix des places de l'Euro 2016 est officiellement fixé à moins de 30 euros (!), mais plus sérieusement autour des 60 euros, minimum, et depuis juin 2016, il faut pouvoir payer au moins 140 euros au minimum et peuvent atteindre 800 euros (et plus?) au marché noir...

Les dix villes, quant à elles, ont haussé le ton à l’été 2014, menaçant même de ne pas signer les contrats les liant à l’UEFA. La négociation, en direct avec Michel Platini, leur a rapporté 2 millions d’euros chacune. Elles en espéraient 10. Une obole ? Non, "une première historique", se félicite Jean-François Martins, adjoint trentenaire chargé du Tourisme et des Sports à la mairie de Paris (un MoDem rallié à Anne Hidalgo), lequel sera gracieusement habillé en costume Smuggler, comme la maire Anne Hidalgo. Les villes tentent maintenant d’obtenir une participation de l’UEFA à la sécurisation des fan-zones, qui risque d’être plus coûteuse que prévu.

"Ce ne sont pas des fous furieux accrochés à leur milliard d’euros, assure Jean-François Martins au sujet de ses interlocuteurs d’Euro 2016 SAS. Ils sont soucieux de la marque laissée par l’événement. Ils sont dans une attitude plus positive qu’on ne l’a jamais eue."

"Les règles du jeu sont claires depuis le début"
Député bruxellois qui a dirigé le comité d’organisation de l’Euro 2000, organisé par les fédérations belge et néerlandaise, Alain Courtois est le dernier homme à avoir organisé un Euro sans la surveillance de l’UEFA. "L’UEFA n’était même pas représentée au comité d’organisation, se souvient le premier échevin de la capitale belge. On pouvait faire un peu ce que l’on voulait, même si l’on rapportait à l’UEFA. Elle nous garantissait une partie des droits de retransmission, des droits commerciaux et des ressources de billetterie. Nous avions fait un bénéfice de 12 millions d’euros." C'était il y a seize ans.

L’UEFA n’était pas pour autant une association caritative. 
Elle prévenait qu’un déficit éventuel – comme celui, léger, de l’Euro 1996 en Angleterre – serait entièrement à la charge des fédérations organisatrices. La société de marketing ISL (International Sport Leisure, également associée à la FIFA et au CIO jusqu’à sa faillite en 2001, et plus tard au centre d’une enquête pour corruption) pinaillait déjà sur l’utilisation de l’expression "Euro 2000", allant jusqu’à obtenir son retrait du site officiel du gouvernement et saisissant des ballons promotionnels de la gendarmerie belge.

Il n’était pourtant pas encore question d’obtenir une exemption fiscale
Alain Courtois se remémore avec nostalgie un cahier des charges moins contraignant pour les pouvoirs publics. Aujourd’hui, il prépare le passage à Bruxelles de l’Euro 2020, qui se jouera dans 13 villes européennes. Sur 32 pays intéressés pour accueillir la compétition, seulement 19 ont déposé un dossier après avoir étudié les conditions fixées par l’UEFA, fait-il observer. "Mais lorsqu’on est candidat, on connaît les conditions..."

Martin Kallen ne dit pas autre chose : "Les règles du jeu sont claires depuis le début. De plus, il est évident que le pays hôte bénéficie de toutes les retombées économiques et fiscales liées aux emplois et au surcroît d’activité générés par l’organisation du tournoi, mais également à la venue du million et demi de touristes attendus. Enfin, il bénéficie également d’une exposition médiatique internationale majeure." Sans compter les retombées politiques

"Pour beaucoup d’Etats, organiser un grand événement sportif est un enjeu politique". "Les villes-candidates sont prêtes à accepter l’ensemble des desiderata des fédérations, complète la députée communiste Marie-George Buffet, ministre des sports pendant la Coupe du monde 1998. C’est l’instrumentalisation des grands événements par les politiques qui pose le premier problème.
C’est d’ailleurs cette compétition qui est à l’origine de l’inflation des coûts d’organisation et, désormais, du "dumping fiscal", estime l’économiste du sport Wladimir Andreff, professeur à l’université Paris-I : "Chaque candidat doit surenchérir sur les autres s’il veut obtenir l’événement."

L’investissement du secteur public dans l’organisation des grands événements sportifs ne divise pas la classe politique française.
De gauche à droite, les acteurs politiques soulignent les effets positifs sur le moral et la pratique sportive, source de progrès en matière de santé et de cohésion sociale, quand des Benzema et des Cantona ne saisissent pas cette opportunité politique de la fracturer par des polémiques insensées (cf. les libellés PaSiDupes à ces deux noms. Egalement celui du comique ambigu Jamel Debbouze). 
Or, le coût pour le contribuable de cet engouement pour le sport ne baissera pas tant que les Etats ne se mettront pas d’accord pour fixer des limites aux organisateurs
Mais les apprentis élyséens de l'intox ne doivent pas non plus se faire d'illusions: les emplois créés pour l'Euro 2016 seront essentiellement précaires.

lundi 8 juin 2015

Virée de Valls en jet privé à Berlin: Marie-Noëlle Lienemann (PS) condamne le Premier ministre

Marie-Noëlle Lienemann tacle Valls et Hollande, son compagnon de galère 

Humour ravageur sur la morale à géométrie variable du PS
Cambadélis, sans bagages, n'est pas venu en car...
La sénatrice de Paris s’est fait ce matin un malin plaisir à retweeter ce message du parti socialiste, ci-dessus. Jeudi, à la veille de son congrès de Poitiers (Vienne), il avait tout juste posté ce tweet de propagande: une leçon de morale qui se retourne contre lui.

Comme pour s'excuser, Marie-Noëlle Lienemann assure tout d’abord que son retweet est "un clin d’œil". Mais elle passe aussitôt à l'offensive en contestant la décision de Manuel Valls de se rendre le 6 juin en Allemagne avec les moyens de la République, ce qui traduit "un décalage complet avec la population", souligne-t-elle. "Ça me dépite", lâche la sénatrice. "Comment ont-ils pu ne pas s’en rendre compte ? " Selon les estimations, le déplacement du Premier ministre en Falcon a coûté entre 14.000 et 20.000 euros à l'Etat.

Hollande a encore perdu une occasion de se taire

Hollande a encore abordé ses problèmes domestiques à l'étranger
Le président de la République a senti le roussi de Paris au G7 en Allemagne, alors il s'est cru obligé de voler lundi au secours de son Premier ministre. Les acteurs politiques qui ont un reste de respect des deniers publics  reprochent à Manuel Valls d’avoir utilisé samedi un Falcon de la République pour assister à Berlin à cette finale qui lui tenait à coeur. Selon le président de la République, ce voyage à 14.000 euros environ serait justifié puisqu’en marge de cette rencontre footballistique, Manuel Valls s’est entretenu avec le président de l’UEFA, Michel Platini: "Le Premier ministre avait une réunion avec l’UEFA. Moi-même je rencontrerai Michel Platini mercredi. [Hollande fera-t-il le voyage en Suisse ou est-ce logiquement Platini qui se déplacera ?] Il ne vous a pas échappé qu’il y avait eu à la Fifa un certain nombre d’évolutions, pour ne pas dire de révélations. Nous avons à organiser l’Euro 2016 et aussi à voir avec les institutions de l’UEFA ce qu’il y a lieu de faire pour la Fifa." Ceci n'explique pas cela !

Ce lundi matin, la polémique enfle pourtant de toutes 
parts sur le voyage en jet privé gouvernemental de Manuel Valls à Berlin, pour assister à la finale de la Ligue des Champions et soutenir son "équipe de coeur", le PSG  le Barça. 
Ceux qui acceptent tout du premier ministre socialiste, répètenyt en choeur que le patron de l'UEFA lui avait adressé une invitation. Lui a-t-il payé l'avion ? Ou Manuel Valls a-t-il fait supporter le coup de l'aller et retour express aux contribuables ? C'est l'Etat qui paie, dirait Hollande, mais l'Etat, ce n'est ni lui ni Valls: les socialistes ont juste oublié qu'ils gouvernent sur délégation du Peuple. 

Le Catalan certifie qu'il s'est rendu à Berlin pour une réunion de travail avec Platini. 
Depuis quand un premier ministre se rend-il à une séance de travail de l'UEFA ? Sa priorité était donc ailleurs: le foot espagnol: les difficultés du PS  l'indiffèrent malgré des effectifs qui s'amenuisent sous l'effet de sa politique.

Ni le Premier ministre espagnol, ni le roi Felipe VI n'était en revanche présent.