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samedi 18 mai 2019

Affaire Benalla : Macron achète le silence du général Lavergne

Mis en cause dans le dossier, le chef du Groupe de sécurité de la présidence de la République obtient pourtant une promotion

Le général Lavergne aurait "retenu une part significative de la vérité" pendant ses auditions
Le général lors d'une de ses auditions devant la commission d’enquête du Sénat 
chargée d’examiner l’affaire Benalla, le 30 juillet 2018

C'est ce qu'estime la sénatrice Muriel Jourda (LR), co-rapporteur de la commission d’enquête du Sénat créée à la suite de l’affaire Benalla, et ce qui pose problème, puisqu'il n'a pas fait l’objet d’un signalement au Parquet de Paris pour faux témoignage. 

Chef du Groupe de sécurité de la présidence de la République (GSPR) jusqu'au 18 mai, le général de brigade Lionel Lavergne quitte son poste  avec une promotion, selon certains : il va exercer les responsabilités d’adjoint au directeur des opérations et de l'emploi de la Gendarmerie nationale. 
Le GSPR est une structure du Service de la protection (SDLP) dépendant de la Police nationale et, "en même temps", un service de gendarmes et de policiers d'élites au nombre de 80, affectés à la sécurité de la Présidence de la République et placé sous la tutelle du ministère de l'Intérieur.
L'Elysée confirme "une promotion puisqu’il a été nommé adjoint au directeur des opérations de la Gendarmerie nationale". Les services de la présidence tient à préciser par ailleurs que la nomination de l’officier, nommé général en août 2018, intervient "dans le déroulement normal de sa carrière". 
En vérité, l'homme fort reste le général de brigade (2017) Eric Bio-Farina qui a été nommé directeur de la sécurité de la présidence de la République (DSPR), tout en restant commandant militaire de l’Elysée. Il a fait partie de la garde rapprochée de François Hollande et aurait diligenté la fouille des archives de Nicolas Sarkozy, à la demande de son maître, alimentant les "révélations" de la presse dite d'investigation en 2013.
Difficile de considérer ce 'recasage' comme une promotion
D’abord parce que le Directeur des opérations et de l’emploi (DOE) n'est que l'un des numéros 3 de la gendarmerie et qu'il pourrait rester sur cette voie de garage. La DOE est l'une des trois grandes directions centrales de la direction générale de la gendarmerie nationale (DGGN)
Ensuite, parce que si c’est un poste très opérationnel, c'est aussi celui d'un second, donc un placard possible. 

Son ascension fulgurante interpelle néanmoins. 
Avec ce poste, Lavergne, général de brigade depuis moins de deux ans, ne va pas bénéficier d’une montée en grade, comme l'affirme un "connaisseur avisé  [mais anonyme] des arcanes [?] de la gendarmerie" cité dans Libération par Luc Peillon pourtant chargé précisément de traquer ...l'infox, puisque c'est le directeur de la DOE qui est généralement fait général de division l’année suivante, et non son adjoint.
Des "incohérences" et des "contradictions"

Mis indirectement en cause dans le dossier Benalla pour des "omissions", des " incohérences" et des "contradictions" pendant ses auditions devant la commission d’enquête du Sénat, le général Lavergne n’a toutefois pas été accusé de "faux témoignages", comme l’ont été Alexandre Benalla, Vincent Crase et Alexis Kohler (secrétaire général de l’Elysée) qui sont sous le coup d’une enquête préliminaire ouverte par le Parquet de Paris début avril après un signalement de la commission au ministère public. Mais ces charges d'incohérences et de contradictions doivent encore faire l’objet d’investigations complémentaires de la part du Parquet de Paris.

Le Sénat a en effet demandé au Parquet de procéder à des "investigations supplémentaires" concernant Lionel Lavergne, dans l’optique "de déterminer s’il y a lieu de donner des suites judiciaires à ces déclarations".
Membre de la commission d’enquête qui examine le dossier Benalla, la sénatrice du Morbihan Muriel Jourda disposait d'éléments lui permettant d'affirmer dans le rapport d’information enregistré à la présidence du Sénat le 20 février que le général Lavergne, Alexis Kohler et Patrick Strzoda (directeur de cabinet d’Emmanuel Macron) avaient "retenu une part significative de la vérité" pendant leurs auditions.
Et le rapport de la commission d’enquête de préciser : "il reviendra au ministère public de procéder, s’il y a lieu, à des investigations complémentaires qui pourront également concerner d’autres personnes et d’autres faits que celles et ceux évoqués dans ce rapport"
Les sénateurs ont mis des gants blancs pour éviter d'éclabousser l'Elysée davantage.

dimanche 5 mai 2019

Arrêté en excès de vitesse, le chauffeur d'Emmanuel Macron prend la fuite

Macron recase à l'Elysée le délinquant qui a fui un contrôle de police

Un nouveau chauffeur de Macron aurait refusé de se soumettre à un contrôle routier



Il avait été pris en flagrant délit d'excès de vitesse, révéla Mediapart.
Il doit être jugé en février dernier.
Stéphane P. se serait enfui après un excès de vitesse le mercredi 27 février. Selon le laquais passé maître en rhétorique, l'individu aurait roulé à une "vitesse excessive," alors qu'il se trouvait dans les Hauts-de-Seine, dans la ville de Sèvres à hauteur du Pont de Saint-Cloud, en juillet 2018. C'est alors que les policiers essayèrent de l'interpeller, mais Stéphane P.  prit la fuite, refusant de coopérer.

Mais les agents réussirent à noter la plaque d'immatriculation du véhicule en fuite. Or, ils constatèrent qu'il s'agit d'une voiture banalisée de la présidence de la République. Stéphane P. a été suspendu vingt jours. Depuis, une procédure judiciaire a été lancée. 

Trois mois plus tard, rien n'indique que l'affaire est diligentée : elle serait plutôt au point mort... Le site trotskiste révèle d'ailleurs que l'entourage de Macron joue le pourrissement, refusant de commenter l'affaire tant que "la procédure est en cours". Et c'est une affaire au long cours...

Toujours au service de Macron ...à l'Elysée

Emmanuel Macron
En revanche, le service de presse de l'Elysée a précisé que le délinquant a été maintenu au Château. "Dès que nous avons été informés et avons pu vérifier la réalité des faits, l'agent a été changé d'affectation au sein du GSPR à titre conservatoire", a fait savoir Mediapart. Dans les faits, l'homme est donc toujours en poste à l'Élysée et toujours à la sécurité présidentielle, au Groupe de sécurité de la présidence de la République qui assure sa protection personnelle et immédiate, notamment  la sécurité de ses déplacements. 

Le délinquant est donc un militaire aux ordres du général de brigade Lionel Lavergne, lequel va quitter ses fonctions, suite à sa mis en cause dans un rapport sénatorial sur l'affaire Benalla. Le bureau de la Haute assemblée avait signalé des "incohérences et contradictions". En poste depuis avril 2017, il sera remplacé, "à compter du 18 mai", par le colonel de gendarmerie Benoît Ferrand, lui aussi issu du GIGN.Le général va être promu au poste de directeur adjoint des opérations de la gendarmerie nationale. Une nouvelle polémique en vue...

Le Monde prend la défense du chauffeur du président

Le journal des hommes d'affaires Xavier Niel (gendre de François Pinault et lui-même propriétaire de Free, actionnaire des sites Bakchich mis en faillite et de Mediapart ou de Deezer, ainsi que créateur de Station F, impliquée dans plusieurs affaires de harcèlement et de sexisme) et Matthieu Pigasse (banquier qui contrôle le magazine Les Inrockuptibles et Radio Nova), et qui est aussi actionnaire principal du Groupe Le Monde et du Huffington Post) juge "réchauffée" l'info concernant le chauffeur d’Emmanuel Macron flashé à plus de 200 km/h... 

Le Monde détourne l'attention de l'infraction au code de la route
Le journal n'hésite pas à condamner Mediapart, site financièrement soutenu par son propre co-propriétaire, Xavier Niel. Pour conserver les faveurs du président, il qualifie en effet de "peu fiable" le site de Plenel, au motif qu'il réutilise un article paru il y a quatre ans dans Ouest-France sur un précédent chauffeur de Macron alors ministre de l’Economie flashé dans la Manche.

Le journal
Le Monde fait finement valoir qu'en février dernier le chauffeur de l'Elysée n'était pas en service. Peut-il aussi certifier que s'il roulait à vide à tombeau ouvert, le délinquant ne venait ni de chercher, ni de reconduire l'épouse touquettoise ?

Pour arriver à ses fins d'enfumage de ses lecteurs,
le Décodex instrumentalise l'ironie de tel ou tel site, si énorme soit-elle, puisque l'info y est traitée sur le mode de l'humour.

Les fact checkeurs du Monde n'ont pas craint ddétourner un détournement par le site 'Le Top de l'Humour' auquel ils reprochent d'avoir déterré une information vieille de quatre ans pour discréditer la décision gouvernementale de limiter la vitesse à 80 km/h sur les routes départementales. Les journalistes de Niel et Pigasse ont fait une sortie de route, grave !
 .
"Un employé du service des chauffeurs de Bercy s’est vu retirer son permis, mardi 2 septembre. Il a été contrôlé à plus de 200 km/h sur l’autoroute, en direction de Saint-Lô", lit-on dans l’article – copie conforme d’un texte de Ouest-France publié le 7 septembre 2014.

Discréditer ne suffit pas effacer les fautes à répétition de plusieurs chauffeurs de Macron


Si ancien soit-il,
l'excès de vitesse de Saint-Lô devait bel et bien être rappelé, car
les chauffeurs de ministres et de présidents ne jouissent d'aucun privilège en matière de respect du code de la route. 
Comme le rapporte le quotidien régional, l’employé du service des chauffeurs de Bercy s’est vu retirer son permis (une semaine, précisa Le Parisien) le mardi 2 septembre 2014, alors que Macron était patron de Bercy, à l'Economie, à l'Industrie et au Numérique. Il n’était pas encore candidat à l’élection présidentielle. Passé locataire de l'Elysée, Macron accorde l'impunité à ses valets : le dernier chauffeur surpris en excès de vitesse n'est pas seulement resté impuni, il a été recasé au Palais...
Mais la macronie ne comprend toujours pas que 10.000 internautes aient pu partager l’information et s’insurger "en même temps" contre le laxisme du gouvernement, l’hypocrisie d’Emmanuel Macron ou encore la limitation de vitesse à 80 km/h qui n s'applique qu'à eux sur les routes départementales, depuis le 1er juillet.
Les Français auraient-ils dû compatir au sort malheureux de leur oppresseur qui avait dû regagner Bercy dans une voiture de la préfecture depuis la Manche où il effectuait son premier déplacement gouvernemental ?

Et il est question ici de récidive.
Bien que l'entourage de Macron le nie, son personnel jouit de privilèges. 
En 2014, Le Parisien l'avait cité : "Ce chauffeur est un justiciable comme un autre et les consignes sont extrêmement claires : le Code la route doit être respecté"... Et d'ajouter, pour faire bonne mesure et mieux tromper son monde : "Son emploi est garanti et il bénéficiera de la protection fonctionnelle pour pouvoir avoir les services d'un avocat si nécessaire", a indiqué la même source, tandis que ses collègues précisaient que le conducteur n'avait fait qu'"obéir aux ordres"...

L'ensemble des affaires Benalla vient en oiure alimenter la colère des justiciables ordinaires, les "gens", comme disent, non sans condescendance, les ministres et les élus LREM. 

mercredi 27 mars 2019

Affaire Benalla: Ferrand poursuit sa guerre des boutons au Parlement

Le premier ministre fait du boudin

Le président de l'Assemblée nationale Richard Ferrand a confirmé mercredi la bouderie au sommet de l'Etat macronien

L'Edourad tire la gueule : sa conception du débat républicain...
Le premier ministre, personnage de l'Etat n° 2, continue de bouder à Matignon. Le n° 3 sera accompagné du n° 4 qui viendra "seul" à une conférence prévue vendredi avec son homologue du Sénat, Gérard Larcher. Edouard Philippe entend ainsi "marquer" son mécontentement après que le Bureau du Sénat a saisi la justice du cas de trois proches collaborateurs du président Macron, Alexis Kohler, Patrick Strzoda et le général Lavergne, pour soupçons de "faux témoignages" sous serment devant la Commission d'enquête du Sénat.

Résultat de recherche d'images pour "La guerre des boutons affiche"
Avec Richard Ferrand (LREM) cette fois-là, l'Edouard avait déjà boycotté une conférence commune prévue vendredi dernier avec Gérard Larcher (LR) devant des étudiants à Lille pour protester contre cette même décision sénatoriale, dans le cadre de l'affaire Benalla.

Ferrand tacle l'Edouard

"Je lui ai téléphoné [à Gérard Larcher] et je lui ai dit 'écoutez président voilà, vous irez à Lille tout seul et moi j'irai à Créteil tout seul' ", a raconté sur Europe 1 Richard Ferrand, qui doit se rendre vendredi à la faculté de droit de Créteil pour débattre - ironie du sort - de "la démocratie représentative" et "participative".

Ferrand fait (involontairement ?) la leçon à Philippe : "la franchise des actes, c'est mieux que l'hypocrisie des faux-semblants", a-t-il expliqué à qui veut l'entendre.
Résultat de recherche d'images pour "auberge des culs tournés""Il faut bien marquer le coup lorsqu'on a le sentiment profond qu'une procédure démocratique est utilisée à des fins politiciennes, de son point de vue. On ne peut pas faire semblant d'être dans une coopération joyeuse lorsqu'il y a un coup de canif dans la confiance qui est mis. Mais il ne faut pas parler de guerre", a plaidé le président de l'Assemblée. En résumé, Larcher et Ferrand ont rendez-vous vendredi à "L'Auberge des culs-tournés"...

L'Elysée vit mal la formation au Sénat d'une poche de résistance à sa politique sans partage. Depuis la saisine de la justice par la Chambre haute jeudi dernier, la mauvaise humeur de Philippe et Ferrand témoigne du mauvais caractère de Macron.
Sur Europe 1, Ferrand s'en inquiète et met de l'eau dans son vin. "Mes collègues sénateurs ont eu raison" de saisir la justice des cas d'Alexandre Benalla et de son acolyte Vincent Crase, a estimé celui qui doit tant à la clémence des juges, notamment dans son implication dans l'opération immobilière réalisée en faveur de sa compagne auprès des Mutuelles de Bretagne qu'il dirigeait.

Alors qu'Anticor porte une nouvelle plainte contre Alexis Kohler, autre proche collaborateur de Macron, pour conflit d'intérêts, notamment, le partisan continue  : "Ce qui est dommage, c'est d'utiliser des instruments de contrôle démocratique [mieux que ça, constitutionnels non sujets à débat] pour en vérité mettre en cause des hauts fonctionnaires qui eux, du propre aveu du Sénat, n'ont strictement pas menti. (...) C'est politicien. Du coup ça abaisse un peu l'enjeu du contrôle et de l'évaluation démocratiques qui est le rôle des deux assemblées", a-t-il polémiqué, alors que la justice est saisie.


Richard Ferrand pose un lapin à l'ensemble des métropoles, communautés urbaines, communautés d'agglomération et grandes villes de France.

La présidence du Sénat a confirmé que Gérard Larcher n'ira pas à Créteil vendredi et qu'il sera à Toulouse pour deux jours au congrès de "France urbaine", à l’invitation de son président, Jean-Luc Moudenc, maire de Toulouse, président de Toulouse Métropole.
A la différence de l'ex-socialiste Ferrand, Larcher est dispensé de la conférence de Créteil (PS) sur "la démocratie représentative" et "participative"...

Anticor ne lâche pas le numéro 2 de l'Elysée, accusé de conflits d'intérêts

L'honneur de l'entourage du président Macron une nouvelle fois entâché

La président Macron assume-t-il le parjure de plusieurs hommes de confiance de son entourage?


Le Bureau du Sénat a déjà entériné la demande de sa Commission d'enquête pour une saisine de la Justice sur les "probables faux témoignages" sous serment de trois autres membres de l'entourage du Président Macron (Alexis Kohler, Patrick Strzoda et le général Lionel Lavergnedans l'affaire Alexandre Benalla et Vincent Crase, le secrétaire général de l'Elysée Alexis Kohler est de nouveau sous pression avec une nouvelle plainte d'Anticor sur ses liens familiaux controversés avec l'armateur italo-suisse MSC, 2e plus grand armateur de porte-conteneurs du monde et numéro quatre international des croisières.

L'association anti-corruption a en effet adressé une troisième plainte au Parquet national financier (PNF), qui enquête depuis un an sur des soupçons de conflit d'intérêts entre les postes d'Alexis Kohler dans la fonction publique et ses liens avec le groupe fondé et dirigé par des cousins de sa mère, la famille Aponte.

Le bras droit d'Emmanuel Macron est cette fois accusé de "faux et usage de faux" et d'"omission substantielle de ses intérêts", en l'occurrence d'avoir dissimulé deux faits dans différentes déclarations sur l'honneur: ses liens familiaux avec l'armateur et le fait d'avoir été impliqué, comme fonctionnaire, dans des décisions concernant MSC, selon la plainte rédigée le 18 mars.

Deux de ces déclarations avaient été adressées en 2014 et 2016 à la commission de déontologie de la fonction publique, lorsque le haut-fonctionnaire avait souhaité travailler pour l'armateur.
La première fois, la commission s'y était opposée: "M. Kohler a, en qualité de représentant de l'Etat au conseil d'administration de la société STX France [les chantiers de Saint-Nazaire, dont MSC était le principal client], participé en février 2012, à une délibération du conseil autorisant la conclusion d'un contrat d'achat d'un paquebot par la société MSC", concluait son avis du 10 juillet 2014 cité par la plainte. Emmanuel Macron est pourtant déjà secrétaire général adjoint de Hollande à l'Elysée.
Mais deux ans plus tard, la commission rendait un avis favorable, le 6 octobre 2016. Macron venait alors juste de démissionner du ministère de l'Economie et de l'Industrie, un mois plus tôt, fin août 2016.

Quand Macron avait quitté Bercy, l'énarque était devenu directeur financier de la filiale croisières du groupe familial. Il quitta ces nouvelles fonctions au bout de quelques mois pour rejoindre l'Elysée à l'élection d'Emmanuel Macron, en mai 2017.

Lors de ces processus, les liens familiaux d'A. Kohler avec l'armateur n'avaient jamais été mentionnés.

Anticor en déduit que Kohler a omis de les mentionner dans trois déclarations d'intérêts qu'il a dû remettre à la Haute autorité pour la transparence (HATVP), en vertu de la "loi Cahuzac" de 2013. "En ciblant cette fois ces omissions de déclarations, on remonte peu à peu aux racines d'un système qui a sa logique", a commenté l'avocat d'Anticor, Me Jean-Baptiste Soufron. Selon cette loi, une telle omission est punie au maximum de trois ans de prison et de 45.000 euros d'amende.

En mai 2018, le PNF a ouvert une enquête sur cette affaire après de premières révélations de Mediapart pour "vérifier si les règles relatives à la mise en disponibilité des agents publics ont bien été respectées" lorsque M. Kohler a rejoint l'armateur en 2016.

Dans la foulée, Anticor avait déposé une première plainte contre le bras droit du président, en qualifiant les faits de "prise illégale d'intérêt", "trafic d'influence" et "corruption passive". L'association avait complété sa plainte par un deuxième courrier le 8 août, au lendemain de nouvelles révélations de Mediapart.

Il s'agissait cette fois de procès-verbaux du conseil de surveillance du "Grand Port maritime du Havre" (GPMH), où Alexis Kohler siégeait de 2010 à 2012 comme représentant de l'Agence des participations de l'Etat (APE) aux côtés du maire du Havre, l'actuel premier ministre Edouard Philippe.

Le numéro deux de l'Elysée a affirmé s'être "toujours déporté" [s'être écarté des débats] quand il a eu à connaître comme haut-fonctionnaire des dossiers impliquant MSC. 
Ces documents attestent cependant qu'en septembre 2010 et 2011, il a pris la parole et voté en faveur de contrats à venir entre GPMH et Terminal Normandie MSC (TNMSC), filiale française de l'armateur et acteur majeur de l'extension du port alors en cours.
Or, cet automne, la Commission d'accès aux documents administratifs (CADA) a refusé à Mediapart le droit d'obtenir la déclaration d'intérêts de M. Kohler lors de sa nomination au port du Havre.
Selon le site, la Brigade de la répression de la délinquance économique (BRDE, division de la la police judiciaire parisienne, PJ) n'est pas parvenue non plus à obtenir cette déclaration, malgré des perquisitions au port du Havre ou au ministère de François de Rugy, Transition écologique et solidaire.

jeudi 21 mars 2019

Affaires Benalla: le Sénat saisit aussi la justice des cas de proches de Macron

Les affaires Benalla ne s'essoufflent pas...

Nouveau coup de tonnerre sur Benalla et ses protecteurs

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Hémicycle de la Chambre haute
Le Sénat s'est résolu jeudi à saisir la justice de trois hauts responsables de la présidence, outre le cas de l'ancien collaborateur de l'Elysée, mis en cause dans le rapport accablant de sa commission d'enquête.

Les cas Benalla, Vincent Crase et Patrick Strzoda, directeur de cabinet d'Emmanuel Macron, sont transmis pour suspicion de faux témoignage devant la Commission d'enquête sénatoriale, un délit passible de cinq ans de prison et 75.000 euros d'amende, ont précisé des membres du bureau.

La Chambre haute a également décidé de transmettre au Parquet les déclarations d'autres collaborateurs d'Emmanuel Macron, dont son bras droit Alexis Kohler et le général Lionel Lavergne, chef du groupe de sécurité de la présidence, selon ces sources. A partir des "incohérences" et "contradictions" relevées par la commission d'enquête, qui a rendu le 20 février un rapport d'enquête accablant, il reviendra au Parquet de voir quelles suites donner.

L'Elysée dans un profond embarras
Le Palais présidentiel n'a pas de commentaire à faire à chaud. "Dès lors que nous souhaiterons faire une réaction, nous vous la communiquerons", a esquivé la présidence, condescendante.

Si le signalement de ces cas à la justice ne vaut pas condamnation, le Sénat émet néanmoins des convictions fortes, que la majorité présidentielle et ses affidés soupçonnent de complot, inspiré du contexte de défiance de l'opinion publique vis-à-vis des politiques et d'un rapport de force provoqué par l'Elysée du fait de sa volonté de réforme institutionnelle visant, plutôt que le très contesté CESE, jugé coûteux bien qu'inutile, la chambre haute présidée par Gérard Larcher (Les Républicains) que Macron menace d'amputation au LBD 40  du nombre de ses membres. 

Engagement rempli de Larcher : "On ne dira que le droit, rien que le droit, tout le droit" 

"L'institution a tenu son rang et son rôle", s'est félicité de son côté le sénateur PS Victorin Lurel, tandis que la sénatrice EELV Esther Benbassa s'enthousiasmait sur Twitter "Vive un Parlement libre et indépendant! " 

Avant cette réunion du Bureau, les sorts de MM. Benalla et Crase semblaient déjà scellés: le président de la commission d'enquête Philippe Bas (LR) et les co-rapporteurs Muriel Jourda (LR) et Jean-Pierre Sueur (PS) lui avaient demandé "de saisir le ministère public" de leurs déclarations sous serment, "susceptibles de donner lieu à des poursuites pour faux témoignage".

Quant aux autres proches de l'Elysée auditionnés, le secrétaire général de l'Elysée Alexis Kohler, le directeur de cabinet Patrick Strzoda, et le chef du groupe de sécurité de la présidence, le général Lionel Lavergneils étaient également nommément mis en cause. Loin de les exonérer de leur devoir de respect des institutions et des élus, leur proximité avec Emmanuel Macron , confère à ces personnalités politiques des obligations particulières qui ne laissent aucune place au parjure.

Le Bureau du Sénat compte 26 membres qui se prononcent à main levée, dont Gérard Larcher: 10 LR, 6 PS, 5 centristes, 2 RDSE (à majorité radicale), 1 LREM, 1 CRCE (à majorité communiste) et 1 Indépendant. 

Les sénateurs ont joué pleinement leur rôle de contrôle, sous le regard des Français.
Les chefs de file des Républicains, Bruno Retailleau, et des socialistes, Patrick Kanner, ancien ministre de la Ville, de la Jeunesse et des Sports dans le deuxième gouvernement de Hollande, étaient favorables à ce que le Bureau transmette à la justice, y compris les cas des collaborateurs de l'Elysée.

Les centristes étaient évident foireux.  Vincent Capo-Canellas, membre FED du Bureau et proche de Jean-Christophe Lagarde, invitait à "ne pas instrumentaliser le Sénat pour régler des comptes avec Emmanuel Macron", s'interrogeant : "il peut y avoir des omissions, des inexactitudes, mais est-ce qu'il y a faux-témoignage au sens pénal ?", avait plaidé ce politicien qui ne connaît rien d'autre que le monde politique.

Eric Bocquet, seul représentant du CRCE au Bureau, avait estimé que s'il refusait de transmettre ces dossiers à la justice, "le Sénat se ferait hara-kiri". "Ça voudrait dire derrière conciliabules, copinages".

Le seul précédent de saisine du Parquet pour faux témoignage devant une commission d'enquête parlementaire est récent: en 2016, le pneumologue Michel Aubier - qui avait dirigé l'unité Inserm U700 (1997-2006), comme Yves Lévy, le second mari de la ministre de la Santé de Macron, Agnès Buzyn, qui prétendait se faire reconduire à la tête de l'Institut national de la santé et de la recherche médicale - avait été condamné pour n'avoir pas déclaré, en 2015, à la Haute Autorité de Santé qu'il était également médecin conseil de l'entreprise Total ainsi qu'avoir témoigné sous serment à la Commission d'enquête sénatoriale sur les impacts financiers et pneumologiques de la pollution de l'air qu'il n'avait aucun lien avec les acteurs économiques du secteur..

Quand "il y a quelque chose de pourri au royaume du Danemark", dans celui de Macron, il y a télescopage de l'actualité.
Mercredi soir, Alexandre Benalla a eu droit à de nouvelles mises en examen concernant d'autres faits de violences en marge de la manifestation parisienne du 1er-Mai et aussi pour l'épisode du selfie le montrant avec une arme. 
Imaginez que l'Elysée lui ait remis une autorisation de port d'un LBD 40... 
LBD à eau, bien sûr !