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samedi 23 mars 2019

Jouanno pointe l'instrumentalisation du "grand débat" par Macron à des fins électorales

Le gouvernement confond "débat public et campagne électorale," dénonce la présidente de la Commission nationale du débat public 

L'ancienne karatéka ne lâche pas prise


L'ancienne auteure d'un rapport sur le travail frontalier pour le ministère du Travail et de l'Emploi de la socialiste Martine Aubry en 1992 avait dû se retirer de l'organisation du grand débat après que son salaire mirifique a filtré dans la presse.
En qualité de présidente de la Commission nationale du débat public (CNDP), ses attaques renouvelées contre le grand débat national font d'autant plus mouche que cette nomination "n'est probablement pas étrangère à son appel au rassemblement autour d'Emmanuel Macron après son élection," estime Capital, Bien qu'elle ait renoncé à piloter le grand débat, confié à deux membres du gouvernement, Emmanuelle Wargon et Sébastien Lecornu. 

Le premier clash remonte à janvier 2019.
Elle est alors l'objet d'une polémique sur le montant de son salaire de 176.000 euros bruts annuels qu'elle touchera en 2019 en tant que présidente de la CNDP, soit 14.666 euros bruts mensuels, une rémunération proche des 15.410 euros touchés chaque mois par le premier ministre et le chef de l'Etat, preuve qu'une femme puisse être employée à salaire égal à celui d'un homme... Or, si ce salaire a été augmenté de 13 % par rapport à celui de son prédécesseur, c'est probablement le prix à payer pour le soutien officiel de la dame au candidat à la présidence de la République.
Elle répond à l'indignation générale en déclarant : "Cela ne dépend pas de moi et ça n'est pas lié au grand débat national […]; c'est le salaire fixé par les autorités […] [pour] les présidents de la CNDP, quels qu'ils soient", assurant que "ses missions, en tant que présidente de la CNDP, sont "plus larges que le grand débat national", ajoutant qu'elle "comprend" que ce salaire puisse choquer et invitant "les gens [à dire] […] en quoi ça les choque" et "[à] faire une proposition pour réviser ce salaire"". Un voeu qui sera entendu, puisque le statut des hauts fonctionnaires sera réformé. Elle annonce finalement qu'elle se met en retrait du pilotage du grand débat national pour éviter de perturber les discussions, mais reste présidente de la CNGD et ...conserve son salaire.

La polémique sur le salaire était née au moment où la présidente de la CNGD commençait à émettre des doutes sur les conditions dans lesquelles allait se dérouler le grand débat national. "Je suis devenue le symbole de l'injustice sociale. Et ne pouvais donc plus rester la garante du grand débat national, dont le ferment était précisément l'injustice sociale", se justifie-t-elle auprès de l'hebdomadaire Challenges (groupe L'Obs).

Une nouvelle polémique éclatera le 10 janvier.
Dans ses propos tenus la veille ("j'ai pris acte de la démission de Mme Jouanno que je regrette"), Edouard Philippe vendait la peau de l'ourse avant de l'avoir tuée, car contrairement à ce qu'avait rêvé le premier ministre, l'exécutif regrette justement qu'elle n'ait pas "démissionné" à proprement parler, puisqu'elle se maintient à la tête de la CNGD - continuant à percevoir les mêmes émoluments, sans accomplir les missions qui incombent à sa fonction, le pilotage du "grand débat". Trois personnes sont-elles payées pour assumer cette responsabilité ! Si Wargon et Lecornu ne percevaient aucune rétribution, de quelque nature que ce soit, il resterait qu'ils n'accomplissent pas les tâches liées à leurs fonctions gouvernementales, l'une secrétaire d’Etat auprès du ministre de la transition écologique et solidaire, à qui il est reproché son inaction, et l'autre comme ministre chargé des Collectivités territoriales, domaine pourtant particulièrement sollicité actuellement. 
Aussi certains membres du gouvernement (et autres politiques) encouragent-ils Jouanno à renoncer à l'autorité administrative qu'elle dirige. Ainsi que l'a déploré le premier ministre lors de son intervention du 9 janvier, la nomination de Chantal Jouanno étant "irrévocable", seule sa démission pourrait provoquer une nouvelle nomination à la présidence de la CNGD. Le 10 janvier, Chantal Jouanno annonça qu'elle ne présenterait pas sa démission et dénonça des "attaques personnelles incompréhensibles", selon elle.
Quelques jours plus tard, Mediapart révéla qu'elle avait en réalité démissionné de l'organisation du grand débat national, avant même le déclenchement de la polémique sur son salaire, après que le gouvernement a refusé de se soumettre à la méthodologie de la CNGD pour son organisation, au risque, selon Chantal Jouanno, que le débat ne devienne une "campagne de communication".

La présidente de la Commission nationale du débat public vient, une nouvelle fois, de critiquer sèchement l'organisation de la grande consultation décidée par Macron. Dans un entretien à Challenges, l'ancienne sénatrice UDI ne mâche pas ses mots sur les intentions du gouvernement. "Ce qu'Emmanuel Macron et le gouvernement ont organisé, ce n'est pas un débat public, mais une opération de communication politique", dénonce-t-elle. En janvier, déjà, elle avait qualifié sur LCI les discussions d' "opération de communication" et estimé le débat "faussé". 

"On n'est pas dans un #GrandDebat, on est dans une consultation..." 


"Quand vous procédez uniquement par un questionnaire, en réalité, la réponse est déjà faite, le débat est faussé"  
A l'approche des élections européennes, le gouvernement, et plus particulièrement Emmanuel Macron, omniprésent avec d'interminables interventions, sont pointés  du doigt pour avoir voulu transformer le grand débat en une pré-campagne électorale. Un sentiment partagé par Chantal Jouanno : " Ils ont confondu débat public et campagne électorale. Ecouter, cela n'est pas convaincre. Ni faire de la pédagogie." 
En pointant la mise en place d'un questionnaire où les "questions sont vite orientées", Chantal Jouanno dénonce en même temps les sondages. 

Vient ensuite la question de la restitution de toutes les contributions. 
Une tâche difficile que le gouvernement n'a pas exécutée en toute transparence souligne-t-elle. "L'exécutif voulait pouvoir relire et corriger le rapport final  !" prévient ainsi Chantal Jouanno. 

La collecte des doléances et des suggestions manque en outre de diversité : les profils qui participent aux différentes réunions publiques ne permettent pas d'avoir un maillage global des demandes des Français. "C'est le grand écueil d'une consultation sujette à caution : les participants ressemblent aux organisateurs du débat. Les opposants ou les personnes isolées ne s'y rendent pas. Or, c'était justement ces populations-là que le gouvernement devait entendre", déplore l'ancienne ministre.

jeudi 10 janvier 2019

Les présidents d’autorités administratives indépendantes ne sont pas des bénévoles...

Des salaires à faire passer les Gilets jaunes au rouge  
La publication du salaire de la présidente de la Commission nationale du débat public, Chantal Jouanno, a provoqué de vives réactions

A Dubaï, le footballeur Bilal Franck Ribéry s'est fait servir une côte de boeuf nappée d'or, au prix de 1.200 euros (ci-contre). Les 'Gilets jaunes', mangeurs de merguez aux ronds-points, en sont restés estomaqués... Or, plus discrets, mais tout autant à vomir, d'autres se goinfrent aux frais du contribuable.

Macron s'est-il également gavé aux frais de la princesse ?
Ses opposants lui reprochent aujourd'hui d'avoir organisé de très nombreux repas au cours des 8 mois précédant son départ de Bercy pour attraper des soutiens influents par la gueule, avec de l'argent public.
Ce sont au total 120 000 euros qui ont été dépensés en frais de représentation pour alimenter la campagne d'En Marche!, son propre mouvement. L'ancien ministre s'en est défendu. 

Moins d’un mois après la décision d’Emmanuel Macron, l'organisation d'"un grand débat national" sur les questions que portent les 'gilets jaunes' a fait resurgir le sujet des rémunérations faramineuses des membres de comités Théodule.

Lundi 7 février, une publication numérique consacrée aux actualités politique, économique et médiatique en France et publiée à Paris par le groupe de presse Indigo Publications, des lettres quotidiennes d'information destinées à un public professionnel, La Lettre A révéla que Chantal Jouanno est rémunérée 14.710 euros brut par mois en tant que présidente de la CNDP, un montant proche de ce que gagnent le président de la République et le premier ministre (15.140 euros brut mensuel) et qui a provoqué de nombreuses réactions d'indignation. A une semaine de l'ouverture du Grand débat national, la présidente de la Commission nationale du débat public (CNDP), une  AAI - organisation quasi-non gouvernementale - créée en février 1995, a annoncé qu’elle se retire à la suite de la polémique portant sur sa rémunération. 

La France compte 18 autorités administratives indépendantes (AAI) :
  • Autorité de contrôle des nuisances sonores aéroportuaires (ACNUSA), la plus grosse consommatrice d'argent public
  • Autorité de la concurrence, qui dispose d'un pouvoir de sanction
  • Autorité de régulation de la distribution de la presse (ARDP), depuis 2011
  • Autorité de régulation des communications électroniques et des postes (ARCEP)
  • Autorité de régulation des jeux en ligne (ARJEL)
  • Autorité de sûreté nucléaire (ASN)
  • Comité d’indemnisation des victimes des essais nucléaires (CIVEN)
  • Commission d’accès aux documents administratifs (CADA)
  • Commission de régulation de l’énergie (CRE) dont le président "indépendant" est nommé par décret du président de la République, pour six ans 
  • Commission du secret de la défense nationale (CSDN)
  • Commission nationale de contrôle des techniques de renseignement (CNCTR)
  • Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL) avec un pouvoir de recommandation
  • Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques (CCFP)
  • Commission nationale du débat public (CNDP) qui détient un pouvoir de réglementation, consistant à organiser un secteur d’activité en établissant des règles.
  • Contrôleur général des lieux de privation de liberté (CGLPL)
  • Défenseur des droits (qui recherche des compromis entre l’administration et les administrés)
  • Haut Conseil de l’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur (HCERES)
  • Haute autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP)
Il faut y ajouter les 8 autorités publiques indépendantes (API)  :
  • Agence française de lutte contre le dopage (AFLD)
  • Autorité de régulation des activités ferroviaires et routières (ARAFER)
  • Autorité des marchés financiers (AMF) disposant d’un pouvoir de sanction (des amendes importantes) : son président est nommé par le président de la République, mais également affublé d'un commissaire du gouvernement désigné par le ministre chargé de l'Economie, tous au top des rémunérations des API
  • Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA), avec le pouvoir de désignation des directeurs des chaînes de télévision publiques et un pouvoir de sanction pouvant aller jusqu'à la suspension de l’autorisation d’émettre d’une radio qui ne respecterait pas ses obligations, pendant une journée.
    Le président de ce Collège est désigné par le président de la République : il nommera en 2019 le remplaçant d'Olivier Schrameck
  • Haut Conseil du commissariat aux comptes (H3C)
  • Haute autorité de santé (HAS)
  • Haute autorité pour la diffusion des œuvres et la protection des droits sur internet (HADOPI)
  • Médiateur national de l’énergie.
La République nourrit grassement ses fonctionnaires les gloutons
"C’est un salaire qui est fixé par les autorités. C’est le salaire des présidents de la CNDP, quels qu’ils soient. (…) Donc ça ne dépend pas de moi et ça n’est pas lié à cette mission, au grand débat national", a tenté de se justifier sur le plateau de Franceinfo, lundi 7 février, Chantal Jouanno, celle qui devait organiser le débat-bidon qui doit distribuer des sucres rapides aux 'Gilets jaunes' et les relâcher la faim au ventre.

Un salaire important, mais fixé par arrêté : ça change tout ?
De fait, le salaire de C. Jouanno est en effet fixé par arrêté et peut évoluer chaque année. Il est d’ailleurs passé de 154.985 euros annuels en 2016 à 176.518 euros en 2019, soit une revalorisation de 13,9 %. Rien à voir avec le point d'indice des fonctionnaires, ces gueux qui forment la jeunesse de demain... Il n’est pas négocié par les présidents successifs de la CNDP et ne dépend pas de l’organisation du "grand débat", qui relève des missions conférées à celle-ci. Mais alors, de qui dépend-elle?

Enfin, le fabuleux salaire perçu par Jouanno est juste comparable à ce que perçoivent la plupart des présidents d'autorité administrative indépendante, même si la présidente de la CNDP se situe dans la tranche supérieure : huit président·e·s d’AAI perçoivent plus que Jouanno et dix-sept touchent moins. Sachant que, dans la vraie vie, les femmes gagnent en moyenne 16,7 % de moins que les hommes. Jouanno peut-elle comprendre une Smicarde ?

La rémunération très variable des président·e·s d’autorités administratives indépendantes

Rémunération brute annuelle des président·e·s des 26 autorités administratives indépendantes pour l’année 2019 (tous ne sont pas des emplois à temps plein).
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Haute Autorité pour la diffusion des œuvres et la protection des droits sur Internet
● Rémunération du président en 2019 : 175 045 €

Le salaire de Chantal Jouanno représente un peu plus de 5 % des dépenses de la CNDP
Au vu de la part des rémunérations des présidents, rapportées du total des dépenses de leurs autorités, les inégalités sont plus manifestes encore. Représentant un peu plus de 5 % des dépenses de la CNDP, le salaire de Chantal Jouanno est le poste le mieux payé de toutes les AAI ayant moins de 4 millions d’euros de dépenses annuelles. Les postes de présidents de la Commission nationale de contrôle des techniques de renseignement (CNCTR) et de l’Autorité de contrôle des nuisances sonores aéroportuaires (Acnusa) sont également très bien rémunérés – et représentent respectivement 5,8 % et 7,6 % des dépenses.
 
La Cour des comptes a critiqué la maîtrise financière des autorités
 
Un rapport publié en décembre 2017 dénonce certaines situations. 
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On peut notamment y lire, concernant l’Autorité de Contrôle des Nuisances Aéroportuaires (Acnusa), que la "rémunération du président, comparable à celle des fonctions administratives publiques les plus élevées, paraît sans commune mesure avec le budget de l’autorité (1,2 million d’euros) et le nombre de personnels encadrés (douze). Elle consomme en moyenne plus de 11 % du budget total de l’autorité au cours de la période sous revue".

Sous Macron, les dépenses de ces autorités ont progressé de 10,8 % entre 2017 et 2019, passant de 478 M€ à 530 M€
Dans l’ensemble, les personnels de ces autorités bénéficient d’une " rémunération attractive, plus avantageuse, et donc plus onéreuse, que celle des autres services de l’Etat", expliquent les auteurs du rapport. En 2016, les vingt-six AAI employaient 3.096 personnes, un chiffre qui a atteint 3.320 employés en 2018, soit une progression de 7,2 %. De même, les dépenses de ces autorités ont progressé de 10,8 % entre 2017 et 2019, passant de 478 millions d’euros à 530 millions d’euros. Des augmentations dues essentiellement au fait qu’un certain nombre d’autorités aurait vu ses champs d’intervention et/ou ses missions s’élargir au fil du temps.

Un rapport d’une commission d’enquête du Sénat, publié en octobre 2015, avait également critiqué les dépenses croissantes des autorités indépendantes, ainsi que leur « prolifération », menant à un « délitement de l’Etat ». Au-delà de l’aspect financier, le rapport du sénateur Jacques Mézard (Parti radical de gauche) dénonce également des problèmes manifestes de conflits d’intérêts et de transparence. Une partie des membres de ces autorités, en effet, ne respectent pas leurs obligations de déclaration de patrimoine. Depuis la fin de 2015, neuf de ces autorités ont été supprimées.

Si
, mardi 8 janvier,  elle a annoncé son retrait du pilotage du "grand débat national", mais Chantal Jouanno conserve la présidence de la Commission nationale du débat public (CNDP), sa très chère AAI.

mardi 8 janvier 2019

Le grand débat national cale au démarrage avec le départ de Chantal Jouanno

La présidente de la Commission nationale du débat public descend en marche

Chantal Jouanno a expliqué ce retrait, mardi, par la polémique portant sur sa rémunération




Chantal Jouanno a décidé de se lâcher le manche à balai du coucou télécommandé par Emmanuel Macron : son 'grand débat national' décollera le 15 janvier, comme si de rien n'était, pour l'heure sans pilote à bord, et devra répondre à la crise sociale portée par les 'gilets jaunes'.  La présidente de la Commission nationale du débat public (CNDP) l’a annoncé mardi 8 janvier au 20h00 de France 2, expliquant ce retrait par la polémique portant sur sa rémunération. Vérité partielle...
 
Son salaire s’élève à 14.666 euros brut mensuels, soit un revenu quasi équivalent à celui du président de la République ou du premier ministre, qui touchent chacun 15.140 euros brut par mois. "J’ai décidé de me retirer du pilotage de ce débat", a déclaré l’ancienne ministre des Sports (2010-2011) de Nicolas Sarkozy à France 2, estimant que les débats provoqués par son niveau de salaire sont "légitimes", mais que les "conditions de sérénité nécessaires pour ce débat" ne sont plus assurées, depuis cette révélation. "C’est une décision que j’ai prise parce que je crois en ce débat (...) plus que nécessaire", a-t-elle poursuivi.

Mais si elle cède la direction du grand débat,
la fine mouche conserve la présidence de la Commission nationale du débat public, avec son salaires et les avantages attachés à la fonction.
La Commission nationale du débat public (CNDP) a été créée en 1995 par la loi Barnier relative au renforcement de la protection de l'environnement. La CNDP est devenue une autorité administrative indépendante (AAI) en 2002,à qui la loi confie la mission de "veiller au respect de la participation du public au processus d'élaboration des projets d'aménagement ou d'équipement d'intérêt national de l'État, des collectivités territoriales, des établissements publics et des personnes privées, relevant de catégories d'opérations dont la liste est fixée par décret en Conseil d'État, dès lors qu'ils présentent de forts enjeux socio-économiques ou ont des impacts significatifs. Mais elle n'a pas à se prononcer "sur le fond des projets qui lui sont soumis".
Le grand débat national qui se profile n'est pas encadré seulement par Macron. 
Promis par Macron le 10 décembre dernier, ce que certains gilets jaunes dénoncent déjà comme une "mascarade" a pour mission de redonner la parole à tous les Français pour faire naître une "réflexion profonde et partagée", "partout sur le terrain", selon les mots du président, et "bâtir le socle de notre nouveau contrat pour la Nation".

Or, cette consultation comporte un cadre et des règles qui ne sont pas aussi floues qu'on le dit: même si les maires, censés être les garants des discussions, commencent à s'impatienter, voire à s'inquiéter, elle est contrainte. "Outil de la réconciliation" pour Mounir Mahjoubi, secrétaire d’Etat au Numérique, "auberge espagnole où tout le monde apportera sa contribution", pour Marlène Schiappa, secrétaire d’Etat à l’Egalité entre les femmes et les hommes, le grand débat est le remède miracle pour ramener la sérénité sur tout le territoire national, ronds-points compris.

Même si la démission de Jouanno est un mauvais signal de départ, le grand débat ne sera pas improvisé. Il doit se dérouler en deux phases. 
La première est en cours : elle consiste à mettre à disposition des citoyens des "cahiers de doléances" dans les mairies dans lesquels ils peuvent inscrire leurs préoccupations. Et la seconde, qui doit démarrer à la mi-janvier et s'achever à la mi-mars, doit être celle des échanges sur tout le territoire national. 
Ils auront lieu à l'occasion d'une "multitude de réunions d'initiative locale", comme le détailla Chantal Jouanno, dans les colonnes du Journal du Dimanche, ce 6 janvier, avant de tirer sa révérence, le 8, et organisées "à l’échelle d’une famille, d’un quartier, d’un village, d’une association ou d’un syndicat".
Sur le site du gouvernement, on découvre que les "citoyens, associations, collectifs, élus, entreprises, syndicats, etc. souhaitant organiser des réunions locales" pourront demander à la CNDP un... "kit d'accompagnement des réunions" et son enregistrement, mais aussi des "stands mobiles" pour recueillir les avis ainsi qu'un "accompagnement" pour l'organisation d'un "atelier". 

L'expression sera-t-elle donc libre ? 
Elle est d'ores et déjà pour le moins encadrée.
Depuis 2016, une Charte de la participation du public liste les bonnes pratiques en matière de participation du public, rappelant les valeurs et principes qui définissent le socle d’un processus participatif vertueux. L'adhésion à la charte est volontaire, tout comme son application.

Ces discussions ne pourront porter que sur quatre thèmes fixés par le gouvernement : "la transition écologique", "la fiscalité et les dépenses publiques", "la démocratie et la citoyenneté" et "l'organisation de l’Etat et des services publics". Exit donc les questions sur l'immigration, le mariage pour tous et la PMA ou la GPA pour s'éviter de craquer de nouvelles allumettes... Et qu'importe si Emmanuel Macron insistait, dans son allocution du 10 décembre, pour que cette question soit "affrontée" par les Français. Pour éviter que les échanges ne "partent dans tous les sens", comme le redoute Benjamin Griveaux, porte-parole du gouvernement.

Des couacs autour du 'grand débat', comme autour de la taxe d'habitation

Le cadrage de la consultation populaire est déjà fragilisé. Ce lundi 7 janvier sur Europe 1, Chantal Jouanno a annoncé, en contradiction totale avec les règles émises par le gouvernement, qu'"aucun thème ne sera interdit". Cela veut-il dire que l'abrogation du mariage pour tous pourra être discutée ?  "Si des personnes veulent organiser une réunion pour rouvrir ce débat, elles sont parfaitement libres de le faire", a-t-elle répondu. 
Pourtant, quelques minutes plus tôt sur France Inter, le porte-parole du gouvernement, l'illustre spécialiste de la montée du nazisme, Benjamin Griveaux, assurait le contraire… Un désordre qui dessine une improvisation totale : si, dans la forme, les maires vont disposer d'un 'kit', rien ne semble arrêté sur le fond, au grand désarroi de ces maires qui auront la charge d'animer ces débats dans la sérénité requise, mais qui devront faire face aux conséquences de ce micmac sur le terrain, en plus de faire remonter le contenu des doléances et des discussions au CNDP, par mail. 
Depuis, Chantal Jouanno a "clarifié" ses propos dans un tweet. "J’indiquais que chacun est libre d’organiser un débat sur le sujet qu’il souhaite. Il n’est pas dans mon pouvoir de censurer les sujets", a-t-elle précisé. Ce qui ajoute à la confusion en ne réglant rien.

L’ancienne ministre UDI a précisé qu’elle reste toutefois présidente de la CNDP.
"Le gouvernement prend acte de la décision de Chantal Jouanno et proposera à l’issue du séminaire gouvernemental (mercredi) une organisation et un mode de pilotage du grand débat national qui présenteront des garanties équivalentes en termes d’indépendance et de neutralité", a réagi Matignon. 

"Ceci dit, je remets dans les mains du président de la République et du gouvernement en général, le niveau de rémunération de la présidente de la CNDP qu’il leur appartiendra d’arbitrer, comme les autres rémunérations des autorités indépendantes et des hauts fonctionnaires," a ajouté l'ex-championne de France de karaté, nommée par Macron, en mars 2018. En même temps, le "boxeur de CRS", Christophe Dettinger, est champion de France poids lourds-légers (2007 et 2008).

Empêtré depuis bientôt plus de deux mois dans la crise sociale sans précédent des Gilets jaunes, Emmanuel Macron semble subir les événements. Et les démissions se multiplient autour de lui, avec Sylvain Fort, outre Jouanno, avant d'autres dans les tuyaux...
Après avoir parrainé Nathalie Kosciusko-Morizet pour la primaire présidentielle des Républicains de 2016, celle qui servit Nicolas Sarkozy soutint finalement Alain Juppé... En raison de l'affaire visant Fillon, LR, elle lâcha le candidat de sa famille politique, durant la campagne présidentielle.


samedi 22 décembre 2018

Le 'grand débat national' d'écoute des 'gilets jaunes': comment et pour quoi faire ?

Gilets jaunes : dates, méthodologie, lieux... Ce qu'on sait enfin du "grand débat national"

Cette consultation a déjà débuté dans les mairies françaises

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Il se poursuivra jusqu'à la mi-mars 2019. Qui peut participer, comment, quels sujets y seront débattus, comment seront retranscrites les doléances des Français ? Les premiers éléments de réponses arrivent.

Sous la pression des revendications des Français véhiculées par les Gilets jaunes et pour recueillir les propositions que les blancs-becs de l'Assemblée ne lui ont pas adressées, le gouvernement a été amené à organiser un grand débat national, une "mise sur la table" horizontale... Pour l'organiser, Matignon a mandaté la Commission nationale du débat public (CNDP) dont la présidente est l'ancienne ministre Chantal Jouanno, UDI. Si l'exécutif a dévoilé les quatre grands thèmes sur lesquels devront débattre les Français (transition écologique, justice fiscale, démocratie/citoyenneté/immigration, services publics), les informations sur l'organisation concrète du grand débat sont moins nombreuses et moins claires. 

Voici ce qu'on croit en savoir.

Un débat en deux temps.
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Mardi 18 décembre, l’Elysée a annoncé que le débat aurait lieu en deux phases. 
La première phase, qui a "déjà débuté et qui durera jusqu’à la mi-janvier, doit permettre de nourrir la dynamique portée au niveau des maires, qui ont déjà commencé à faire remontrer le résultat de leurs échanges avec leurs administrés". 
Une seconde phase sera ensuite conduite pendant deux mois pleins (jusqu'à mi-mars 2019 donc) sur les thématiques annoncées par le premier ministre, autour de questions précises sur lesquelles les Français seront invités à débattre", a ajouté la présidence de la République. Le débat est encadré et ne peut sortir de ses rails...

Comment participer ?
Tout d'abord, lors de la première phase du débat, les citoyens peuvent apporter leurs doléances à leur mairie. Certaines ont pris leurs dispositions et ouvrent à leurs administrés des cahiers de doléances destinés à être transmis au président de la République.

Sinon, Chantal Jouanno a expliqué : "Une plate-forme numérique et une équipe dédiée au grand débat vont être mises en place. Cette plate-forme permettra aux initiateurs de s’inscrire, aux citoyens de connaître les lieux où auront lieu les réunions, mais aussi à tout un chacun de pouvoir déposer des contributions." "Nous allons aussi donner la possibilité d’aller au-devant des Français en proposant de tenir des stands, par exemple sur un marché, où l’on pourra recueillir la parole des citoyens," a précisé la présidente de la CNDP, instance créée en 1995 par la loi Barnier relative, à l'origine, au renforcement de la protection de l'environnement.

Des citoyens tirés au sort.
Le premier ministre a confirmé vendredi 21 décembre que des Français seraient tirés au sort dans chaque région pour participer à des conférences organisées dans le cadre du grand débat. "Nous avons pensé qu'il était sage de procéder à la désignation, la sélection de conférences qui, dans chacune des régions, pourront réunir une centaine de citoyens français tirés au sort, tirés au hasard, qui seront amenés à discuter des résultats de ce débat et à participer d'une certaine façon à ce débat," a précisé Edouard Philippe, lors d'un déplacement en Haute-Vienne.

Quelle méthodologie ?
Chantal Jouanno est attachée à ce que les débats soient politiquement neutres. "Quand on engage un débat public, il faut être dans une posture d'écoute... Il faut aussi de la neutralité, ne pas avoir le sentiment que ce soit organisé par un parti politique. Mon inquiétude, c'est que les parlementaires soient les leaders de ce débat. Il ne faut pas avoir le sentiment qu'ils pilotent le débat; ce sont les citoyens qui parlent", a-t-elle déclaré ce jeudi 20 décembre sur RTL. "Il y a une défiance à l’égard des institutions. Par conséquent, si une institution pilote ou préside une réunion, quelle qu’elle soit, y compris la CNDP, cela va déjà créer un sentiment de défiance. Le principe, c’est d’être dans la proximité", a-t-elle également expliqué dans Le Parisien.
La neutralité politique est un grand principe démocratique abandonné par la presse qui la déclare inaccessible : les citoyens vont-ils parvenir à faire la pige à cette pseudo-élite ?
Pour veiller à la neutralité et assurer la légalité de la procédure dans les territoires, quelques 250 "garants" pourront être déployés partout en France lors des débats.

Enfin, pour que tout un chacun puisse organiser ces débats, la CNDP "mettra à disposition un kit de méthodologie pour donner des conseils sur l’animation," a précisé Chantal Jouanno. Elle a également parlé de ce "kit" sur RTL : il fournira aux organisateurs de débat des conseils pour mener une discussion, produire un vrai échange, et ensuite bien le restituer. A la fin, la synthèse sera "faite par une équipe qui doit veiller à n'oublier aucun argument," a-t-elle ajouté sur RTL. "La parole d'un citoyen a autant de valeur que celle d'un élu."



Chantal Jouanno y tient, "ce sont les citoyens qui organisent. Le but, c’est que les débats aient lieu à la plus petite échelle, au plus près de ceux qui ne viendront pas dans les grandes salles. Il faut que le débat aille au devant des citoyens, il ne faut pas obliger les gens à franchir les portes", a-t-elle souhaité sur RTL. Ce grand débat sera néanmoins bridé par les consignes énoncées dans le kit.

Finalement, le problème de l'immigration a d'ailleurs été 
mise sous le tapis.
Un bien "grand" débat "national" voulu et annoncé par Emmanuel Macron, mais où l'immigration ne sera pas un thème à part entière. Macron a encore pris peur et rétropédale à nouveau.

Le "monde nouveau" de Macron reproduit les tabous de l'ancien. 
Le premier ministre l'a confirmé ce jeudi devant l'Assemblée nationale : le grand débat local ne comprendra que quatre thèmes : la transition écologique, la fiscalité, les services publics et le débat démocratique. L'immigration, un temps présentée comme le cinquième item, passe à la trappe : mauvais signal aux musulmans en France et aux islamistes. 
Edouard Philippe a précisé à LCI que cette problématique sera intégrée à celle sur le débat démocratique. C'est donc une décision ressemblant fort à un rétropédalage, et qui semble aller à l'encontre des souhaits exprimés en début de semaine par le chef de l'Etat. Quel est l'équivalent masculin du mot de François 1er : "souvent femme varie; bien fol qui s'y fie" ?

Dans le compte-rendu du Conseil des ministres envoyé à son issue, mercredi 12 décembre, la présidence de la République présentait bien l'immigration comme l'une des cinq questions que le gouvernement souhaitait poser aux participants du futur grand débat local. 
Si on ré-écoute également l'allocution du président de la République lundi 10 décembre, on comprend que le sujet lui tenait pourtant à cœur. "Je veux aussi que nous mettions d’accord la Nation avec elle-même sur ce qu’est son identité profonde, que nous abordions la question de l’immigration. Il nous faut l’affronter", avait déclaré Emmanuel Macron. "Si veut le Roi, si veut la Loi" (abbé Suger (vers 1081-1151) ? Y a-t-il encore un roi à l'Elysée ?

"Nous allons proposer en parallèle que dans toutes les régions se tienne une assemblée délibérante de citoyens. 
L’objectif, c’est de rassembler des citoyens tirés au sort et des acteurs de la société civile pour qu’ils élaborent et votent des propositions", a enfin également évoqué Jouanno.

vendredi 1 avril 2016

"Hollande a un problème de légitimité vis à vis de ses propres électeurs," estime Chantal Jouanno (UDI)

"Il faut donner une carte UDI à Emmanuel Macron" suggère-t-elle par ailleurs

Chantal Jouanno
 est revenue sur les failles du tripartisme politique

"Le centre est une idée d’avenir", a assuré l'invitée de l’Opinion ce matin.
La sénatrice UDI de Paris et vice-présidente de la région Ile-de-France souhaite une recomposition du paysage politique français: "Ca ne peut pas durer comme ça" avec des personnalités telles que NKM ou Emmanuel Macron, qui portent des idées proches de celles revendiquées par l’UDI.

VOIR et ENTENDRE Chantal Jouanno répondre aux questions de Stéphane Grand:

Ch. Jouanno s’est également exprimée sur le quinquennat de François Hollande.

L'ex-secrétaire d'État chargée de l'Écologie (2009-2010), puis ministre des Sports (2010-2011) pense que la France est actuellement "dans une situation paralysée", "l’aile gauche du parti a complètement abandonné le président".
VOIR et ENTENDRE Chantal Jouanno, ce 1er avril: