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samedi 18 avril 2020

Le Conseil d’Etat réduit les pouvoirs des maires dans leur lutte contre le coronavirus

Les juges administratifs renforcent le pouvoir central contre la décentralisation

Les maires "ne peuvent, de leur propre initiative, prendre d’autres mesures destinées à lutter contre la catastrophe sanitaire" que celles décidées par l’Etat
Vendredi 17 avril, le Conseil d’Etat a ainsi limité le pouvoir des maires dans la lutte contre le coronavirus, dans le cadre de l’état d’urgence sanitaire... La plus haute juridiction administrative se prononçait en référé sur un arrêté municipal imposant le port du masque dans la commune de Sceaux (Hauts-de-Seine).De nombreux élus attendaient cette décision, espérant que les communes ne seraient pas pénalisées plus longtemps par l'absence de prises de décisions au sommet de l'Etat, mettant des vies en danger, du fait des lourdeurs administratives et au nom du respect de protocoles anciens, devenus inappropriés.

Ce sont en fait
plusieurs maires qui ont décidé de prendre les devants pour rendre obligatoire le port de masques de protection, sans attendre de directives nationales.
C’est le cas à Nice, notamment, où le maire Christian Estrosi (LR), lui-même guéri du coronavirus, a annoncé, lundi 6 avril, que la ville allait livrer des masques réutilisables aux habitants à partir du 20 avril, et qu'il prendrait, dans la foulée, un arrêté "pour imposer un masque à chaque sortie".

Les magistrats du Conseil d'Etat ont un rôle consultatif et n'émettent que des voeux.
Cette haute autorité administrative théoriquement indépendante est présidée par ... le président de la République. Son vice-président qui joue le rôle de président au quotidien est nommé par le président en Conseil des ministres: nommé le 16 mai 2018, Bruno Lasserre est un homme du président. Comme directeur général des postes et télécommunications, entre 1993 et 1997. Il est l'un des principaux architectes des réformes des années 1990 du secteur des télécommunications en France, qui se sont traduites par une libéralisation du secteur, l'instauration d'une autorité de régulation indépendante et la privatisation de l'opérateur historique France Télécom.

Le Conseil d'Etat n'a aucun pouvoir: les juges administratifs parisiens conseillent le président.
Comme premier fonctionnaire de l'Etat, le vice-président présente au président de la République les vœux de l'ensemble des corps constitués, parlant au nom des trois fonctions publiques (de l'Etat, ...territoriale et hospitalière), de la magistrature, des autres agents publics et des services publics.
Mais ces magistrats se comportent en matière réglementaire comme le "conseil scientifique" en matière médicale: dans l'urgence de l'épidémie mortelle du coronavirus tueur, l'un et l'autre entravent la mise en oeuvre d'initiatives responsables adaptées aux situations locales.

Seules exceptions à ce principe posées par le Conseil d’Etat "des raisons impérieuses liées à des circonstances locales"...
Mais encore est-ce, "en même temps", "à condition de ne pas compromettre la cohérence et l’efficacité [des mesures] prises par les autorités de l’Etat". Les tribunaux ont donc du virus sur la planche jusqu'à la fin de la pandémie, et au-delà !

Le juge des référés a donc confirmé l’annulation de l’arrêté du maire de Sceaux.
Ainsi un voeu du Conseil d'Etat prend-il force de loi, sans débat ni vote du Parlement., puisque ce juge affirme solitairement que les circonstances invoquées par l’élu "ne constituent pas des raisons impérieuses."
C'est ce juge administratif de l'urgence qui, bien que non élu, impose la volonté du pouvoir central à un élu du peuple. Et, en l'occurrence, il décide  - contre l'avis du maire, lequel n'e peut faire valoir ses motifs de sa décision initiale -  que rien ne justifie que soit imposé le port du masque dans l’espace public de la commune [de Sceaux], alors que les autorités de l’Etat n’ont pas prévu une telle mesure à l’échelle nationale".

Le Conseil d'Etat ne veut voit qu'une seule tête.
Cette juridiction napoléonienne - bras armé de l'Administration - va même au-delà d'une appréciation des faits, puisqu'il anticipe que l’arrêté du maire "risque de nuire à la cohérence [?] des mesures prises, dans l’intérêt de la santé publique, par les autorités sanitaires compétentes"
La cohérence est-elle démontrée? Et si elle l'est, qui sont ces magistrats qui peuvent affirmer que vérité en-deçà de Paris est une erreur au-delà, d'après la pensée de Pascal ?
Un avis en forme de condamnation
L’arrêté du maire de Sceaux est "de nature à introduire de la confusion dans les messages délivrés à la population par les autorités sanitaires", accuse le Conseil d’Etat.

"Il y a une raison impérieuse qui est de sauver des gens"

La Ligue des droits de l’homme (LDH), qui avait saisi le tribunal contre l’arrêté, a, elle, salué cette décision de suspension de l'arrêté.
"La LDH constate avec satisfaction que le Conseil d’Etat consacre son interprétation de loi en limitant le pouvoir de police général des maires durant l’état d’urgence sanitaire", a réagi son avocat, Patrice Spinosi. "Cette décision fait jurisprudence et a vocation à être déclinée sur l’ensemble du territoire, a-t-il estimé. Elle condamne définitivement les multiples initiatives des maires pour aggraver les mesures prises par le gouvernement dans le cadre du confinement et du déconfinement."

"Le Conseil d’Etat éradique la capacité des maires à pouvoir protéger leur population mieux que ne le fait l’Etat en disant que l’Etat est seul juge de sa capacité à protéger les gens. C’est quand même assez grave", a réagi Philippe Laurent, maire UDI de Sceaux et secrétaire général de l’Association des maires de France (AMF). "Il y a une raison impérieuse qui est de sauver des gens et le Conseil d’état ne reconnaît pas ça", a-t-il déclaré.

A la suite de Sceaux, d’autres villes avaient envisagé de prendre des arrêtés similaires. Début avril, le ministre de l’intérieur, Christophe Castaner, avait fait part de son opposition à ce type de décision.

mardi 19 novembre 2019

Gilets Jaunes : Macron appelle les acteurs politiques à l'aide pour les municipales

Manu-le-tout-puissant accuse les silences "complices" des violences 

Macron condamne ceux qui, selon lui, "ont perverti" le mouvement des Gilets jaunes"

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Ses critiques s'adressent à tous lundi soir, après les affrontement de samedi qui ont inauguré la deuxième année de contestation sociale de sa politique par le mouvement des Gilets Jaunes soutenu par la majorité silencieuse,  s'en prend à tous, à la fois les adeptes du "nihilisme de la violence" et "les voix qui se taisent et deviennent complices". 

"Lorsque la haine s'abat et qu'au nom d'idéaux la destruction se joue dans la rue, trop de voix se taisent et deviennent alors complices, trop de voix laissent confondre des idéaux avec le nihilisme de la violence", a-t-il dit, sans plus de précision, lors d'une remise de décoration à l'ex-secrétaire national (1994-2001) puis président (2001-2003) du Parti communiste (PCF) Robert Hue, 73 ans, un proche des gouvernements de François Hollande qui s'est rangé au nombre des soutiens de Macron dès le premier tour de l'élection présidentielle de 2017.

"En même temps," il n'a pas hésité à flatter certains Gilets Jaunes

Dans une tentative démagogique de séduction, il a en effet loué la "fraternité sur les ronds-points" au début du mouvement, à l'occasion d'une autre remise de décoration, cette fois à un maire "dans les petits papiers de l'Elysée" et président de l'Association des maires ruraux de France, Vanik Berbérian. Un conflit d'intérêts politiques avec le maire de Gargilesse-Dampierre, 300 habitants dans le Berry, que Macron a chouchouté lors de plusieurs rencontres déjà, avant ce jeudi encore, dans le cadre du grand débat, et qui est soupçonné par certains de connivence. 
Evoquant avec aigreurs "la colère drapée dans le jaune de la détresse", il a salué un ami qui a su percevoir "l'aspiration française de nos concitoyens à la communauté" dans "ce mouvement spontané".
"Au-delà des revendications où nous devons apporter des réponses, les Français en sortant de chez eux, en se réunissant sur les ronds-points, ont retrouvé en bien des endroits la chaleur des liens, la fraternité, l'entraide". Même si "d'aucun ont perverti cela et recherchent l'anomie [désordre individuel consécutif au recul des valeurs conduisant à la destruction et à la diminution de l'ordre social], la violence", a dit le chef de l'Etat à Vanik Berbérian.

Dimanche, la porte-parole du gouvernement Sibeth Ndiaye avait déjà ouvert la campagne de dénigrement de la contestation sociale, estimant que depuis plusieurs mois l'ensemble du mouvement des Gilets Jaunes est  "gangrené par des ultras" de l'extrême gauche.

Le numéro 2 de la France Insoumise Adrien Quatennens a quant à lui déploré
"un désordre sinon organisé, au moins maintenu" par le gouvernement qui a conduit, selon lui, aux violences samedi à Paris.

Le vice-président du Rassemblement national Jordan Bardella, a lui dénoncé un gouvernement qui "laisse les milices d'extrême gauche pourrir le mouvement des 'Gilets jaunes4 ", réclamant leur "dissolution".

Opération séduction de Macron à l'approche des municipales


Ce scrutin, dans quatre mois, pose à nouveau à la majorité présidentielle le problème de son absence de maillage de la France profonde. Avant d'ouvrir mardi le Congrès des maires de France, auquel il avait brillé par son absence en 2018, année des Européennes, Macron a donc distribué des hochets en décorant lundi soir quatre hommes politiques de peu de convictions qui l'ont soutenu, avec pour point commun leur mandat de maire allant de 19 à 32 ans: le communiste Robert Hue, 73 ans, sénateur du Val-d'Oise, les centristes Jean Arthuis  - élu de la Mayenne (Pays de la Loire) de 75 ans, ancien ministre de Juppé, UDI passé au conseil de LREM - et Vanik Berberian, 64 ans, maire dans l'Indre - cadet de Brigitte Macron, 66 ans- , et l'ex-socialiste  - ex-directeur adjoint du cabinet de Michel Delebarre, ministre d’Etat de Mitterrand - Dominique Baert, élu du Nord qui fut exclu du PS pour avoir soutenu des adversaires des candidats désignés par le parti.

C'est à Robert Hue qu'il a réservé son plus vibrant hommage, tombant dans la facilité en évoquant un communisme français bon-enfant bercé par Jean Ferrat et Aragon,
sans céder au "mirage soviétique", à la différence de l'un et de l'autre...
Macron n'a pas manqué de portraiturer Hue en contre-exemple de la gauche extrême actuelle qui lui cause tant de soucis... "Nous manquons de dirigeants comme vous aujourd'hui", lui a-t-il lancé, le félicitant d'avoir "mené toutes les luttes en ayant chevillé au corps ce qu'implique la République, la lutte contre la haine, le refus de la violence".
"Vous vous êtes rendu compte plus tôt que la plupart d'entre nous que le manège des partis (...) tournait à vide". "En 2014, dans votre livre, vous disiez 'les partis vont mourir et il ne le savent pas' ", en a extrait le chef d'un parti qui peine à naître et se développer. 

Président en campagne, Macron a observé qu'en 2002, "vous avez vu ceux qui dans "l'électorat populaire se détournaient du communisme pour donner leur voix au Font national, apporter leur suffrage à un candidat d'extrême droite négationniste, et vous l'avez dénoncé"... "Cela a renouvelé votre détermination (...) de dépasser les clivages pour faire front à mes côtés lors de la campagne de 2017", a-t-il ajouté.

Il a également remercié Jean Arthuis, ex-sénateur et ex-député européen, qui a été l'un des premiers hommes politiques français à le soutenir, affirmant devoir beaucoup à sa "capacité de prendre des risques". Pour la petite histoire, Jean Arthuis avait invité à la réception le compositeur-chanteur Laurent Voulzy dont il a été... le comptable. Avant de devenir celui de la France (août 1995- juin 1997) comme ministre de l'Economie et des Finances.


jeudi 17 janvier 2019

Avec les maires, Macron a "pipé" le "grand débat" à la veille de son ouverture

"Dans sa lettre aux Français, le Président corsète le débat" (Benedetti) et, face aux maires, il apporte toutes les réponses 

Arnaud Benedetti soupçonne Emmanuel Macron de manquer de sincérité dans la consultation inédite qu'il propose aux Français. 

Résultat de recherche d'images pour "Le coup de com' permanent"
Le choix de deux ministres pour coordonner ce débat renforce le sentiment d'un pilotage par le haut, explique ce professeur associé à l'Université Paris-Sorbonne, spécialiste de communication politique. Il vient de publier Le coup de com' permanent (éd. du Cerf, 2017) dans lequel il détaille les stratégies de communication d'Emmanuel Macron.

Le Président de la République a adressé hier soir sa "lettre aux Français" en vue du "grand débat national" annoncé. Sur la forme déjà,que penser de ce mode inédit de communication politique?  lui a demandé Le Figaro, le 14 janvier.

Arnaud BENEDETTI.- Ce n'est pas fondamentalement inédit: François Mitterrand en 1988, Nicolas Sarkozy en 2012 ont utilisé déjà le format de la "lettre aux Français", mais c'était dans la perspective d'une campagne présidentielle. Macron s'est finalement beaucoup exprimé ces dernières semaines. Le problème est que sa parole officielle ne "performe" plus, ou lorsqu'elle impacte, ce n'est que négativement. Il lui faut retrouver un mode d'adresse aux Français qui fasse l'économie des traits les plus "allergisants" de la perception, à tort ou à raison, qu'il véhicule. 
La lettre, après tout, est un vecteur qui en parlant à chacun d'entre nous peut être susceptible d'amodier la communication. Ecrire à quelqu'un, c'est prendre du temps, c'est graver aussi un message dans la mémoire, c'est acter un engagement. La lettre est parée d'une force symbolique que l'on n'accorde pas à la parole. Le dicton populaire ne dit-il pas: "Les écrits restent, les paroles s'envolent»? Or, le problème, c'est ce que ce dicton est démenti par les psychanalystes: "les paroles restent". Est-ce que l'écrit du Président Macron est susceptible d'effacer les mots polémiques, blessants, maltraitants qu'il a pu utiliser? Il existe un dépôt de méfiance et de défiance qui s'est cristallisé autour d'Emmanuel Macron. Difficile de s'en défaire...

Vous avez souvent reproché au chef de l'État d'être prisonnier des artifices de la com'. Ce grand débat est-il davantage, cette fois-ci, qu'un simple coup de communication?

La communication politique n'est pas un gros mot si elle contribue à densifier le débat démocratique, si elle porte une dialectique argumentaire et contre-argumentaire. Elle est même de ce point de vue au principe de la démocratie. Le problème, c'est quand elle se dégrade en instrument, en savoir-faire dont l'objectif consiste à déréaliser et à sur-signifier un message. Emmanuel Macron est un émetteur ; il a du mal à se concevoir, à se penser comme un récepteur. Ou s'il se pense comme récepteur, il ne se confronte que très peu à l'altérité. On lui reproche son manque d'écoute. L'exercice dans lequel il se lance, fortement contraint par une situation politique et sociale qu'il n'a pas vue venir et qu'il a sous-estimée, vise à apporter la démonstration qu'il est capable d'entendre et de tenir compte. Le problème, c'est qu'il se heurte au scepticisme et au soupçon de facticité.

En d'autres termes, tout l'enjeu pour lui consiste à s'extirper du seul exercice communicant pour entrer dans la voie de la négociation, de la production d'une sortie de crise politique dont il ne peut à lui tout seul être l'initiateur. Est-il disposé à cette humilité? C'est la question qui lui est posée. L'homme démocratique est d'abord un homme qui doit accepter la modestie. Or, nos institutions comme la personnalité propre du chef de l'Etat n'incitent pas forcément à cette prédisposition.

Vous ne pensez donc pas qu'Emmanuel Macron soit sincèrement disposé à repenser sa ligne politique au prisme de ce qu'il ressortira de ce débat?

Le problème, c'est celui de l'injonction paradoxale. Comment ouvrir un débat et vouloir le cadrer, en fixant des périmètres. L'exercice tel qu'il se dessine a plus l'épure méthodologique d'une conférence de méthode de Sciences Po, avec ses quatre grands thèmes, que celui d'une agora libre où l'on puisse échanger sans qu'aucune question n'en soit exclue. 
In fine, Emmanuel Macron est déchiré entre deux contraintes: la première qui consiste à ne pas détricoter son logiciel politique, et la seconde qui consiste à donner du mou à un appareil qui, s'il ne s'en déleste pas un peu, lui fait courir le risque d'un krach quasi-révolutionnaire. 
S'ajoute à cette double contrainte le fait qu'on a l'impression qu'ayant reculé sur la taxe carbone, le Président paraît confronté depuis ce retrait à une forme de blessure narcissique qu'il combat par un regain de fermeté et d'inflexibilité. De ce point de vue, les vœux présidentiels, ainsi que la petite phrase sur les Français et le sens de l'effort, donnent l'impression d'un homme à la recherche de son image perdue.

Selon vous, les questions posées par le chef de l'État ne font pas le tour des sujets qui préoccupent les Français, et en particulier les 'gilets jaunes'?

Ce qui frappe à la lecture de sa lettre, c'est que le Président ne renonce pas à penser qu'il a été élu sur la force de son projet. Il l'écrit d'ailleurs: "je n'ai pas oublié que j'ai été élu sur un projet, sur de grandes orientations auxquelles je demeure fidèle". C'est bien le fond du problème. 
Emmanuel Macron est bien plus le produit d'un malentendu que d'une adhésion. C'est le drame originel de ce quinquennat que celui d'un Président qui pense sincèrement avoir gagné sur une politique à laquelle des segments entiers de la société opposent un refus

Le chef de l'Etat corsète le débat sur le logiciel économique et social. On voit qu'il y a là assez peu à négocier. Excluant un retour à l'ISF, marqueur fort de la revendication "giletiste", l'exécutif reste intraitable sur ses fondamentaux. Or, toute la difficulté relève de ce sentiment diffus d'une partie de l'opinion qui considère que les grandes orientations économiques et sociales échappent de plus en plus à la confrontation démocratique. Macron est platement maastrichtien: pour lui, la décision économique relève d'abord de l'expertise, mais pas de la sphère démocratique.
Or, implicitement, la demande des 'gilets jaunes' vise à réintroduire cette dimension au centre du forum. Ne voulant rien lâcher sur le socio-économique, le Président ouvre des espaces pour la question institutionnelle, et encore, avec certaines limites. Mais le sujet lui coûte moins politiquement, même s'il ne prend pas, à mon sens, la mesure profonde de la crise de régime que nous traversons. Au fond, la question qui lui est posée est la suivante: êtes-vous prêt à vous hisser à la hauteur des événements? Or, le débat national me paraît être un instrument sous-dimensionné au regard du mal politique qui frappe le pays.

Que vous inspire le choix d'Emmanuelle Wargon et de Sébastien Lecornu pour conduire ce débat?

On ne débat pas de haut. Pour coordonner un débat, le choix de deux ministres renforcera inévitablement le sentiment d'un pilotage en surplomb, d'un cadrage où tout est finalement décidé en amont. Encore une fois, le risque est grand de verser dans ce qu'Edward Bernays, le père des relations publiques, appelait à la suite du grand éditorialiste Walter Lippman "la fabrique du consentement". Le problème est qu'une partie de la société ne veut plus consentir à... consentir!
Voilà pour les arguments du professeur Benedetti.

Le grand show de Macron devant un parterre de maires ruraux,
"c'est de la pipe"...

Emmanuel Macron devant 653 maires normands, le 15 janvier 2019 à Grand Bourgtheroulde dans l'Eure.

Or, ce sont ceux de l'Eure, dont le président du Conseil départemental fut Sébastien Lecornu, jusqu'à la constitution du gouvernement Philippe, et dans la petite commune triée sur le volet, celle de Bruno QuestelGrand Bourgtheroulde, jusqu'à ce qu'il soit député LREM. Difficile d'y voir une opération à grands risques...

Malgré les efforts de Macron, les maires gardent leurs distances
Le "petit débat de Macron avec les maires a pipé le grand débat national avec la population. Le président hautain s'est trompé d'auditoire : en craignant le franc parlé des "gilets jaunes" et en les contournant, Macron a opté pour la facilité d'un débat aseptisé avec des élus qui respectent les règles du jeu de l'ancien monde.
Macron veut qu’ils jouent "un rôle essentiel", mais de nombreux maires restent sceptiques : si le président ne ménage pas ses efforts à l’attention des élus locaux, c’est parce qu'il mise sur eux pour animer à la consultation nationale du 15 janvier au 15 mars 2019. 
Philippe Laurent, maire UDI et vice-président de l’Association des maires de France (AMF). "Je rappelle qu’il n’est pas venu au Congrès [de l’AMF], et que, lorsque nous avons envoyé des propositions au gouvernement, nous n’avons pas eu d’accusé de réception".
Or, s'il a commencé par les mépriser, il doit maintenant faire appel à eux pour organiser les débats et ils sont sur leurs gardes. D'autant qu'ils sont en première ligne pour recevoir les revendications des Français et ils ont des raisons de craindre d'être perdants-perdants à l'arrivée, car tout dépend des suites que donnera le gouvernement à cette consultation lancée afin de sortir de la crise des "gilets jaunes".

Dans sa 'Lettre aux Français', il leur a demandé de faire des propositions sur une trentaine de questions. Or,
devant les quelque 600 maires ruraux , il a apporté ses propres réponses avant même que soit ouvert le 'débat national'...

C’était la première d’une série de déplacements régionaux pour discuter avec des édiles. Le prochain est à Souillac dans le Lot, vendredi.

mercredi 21 novembre 2018

Macron établit un rapport de forces avec les maires

Le Congrès des maires se tient à Paris dans un climat de fortes tensions entre les élus locaux et Macron

Macron n'affrontera pas les maires :
ce soir l'Elysée, aux maires qui se rendront à son invitation, il fera un de ses longs discours d'hommage.


Promesse non tenue : Macron ne se rendra pas au Congrès des maires de France, le 22 novembre, bien qu'il en ait pris l'engagement en 2017. Il a préféré s'exprimer la veille à l'Elysée devant le seul bureau de l'AMF et quelques centaines de maires qui acceptent de partager les petits-fours et le champagne de l'Elysée, en pleine période de tension entre Etat et collectivités, mais aussi et surtout de révolte citoyenne des automobilistes pour leur pouvoir d'achat.

Alors que le chef de l'Etat avait promis l'an dernier de venir chaque année "rendre compte des engagements" du gouvernement devant le Congrès de l'Association des Maires de France, c'est le premier ministre Edouard Philippe qui ira prononcer le discours de clôture sous de probables huées et sifflets. Il dira qu'il a "entendu" et compris" le mécontentement des maires, mais, voilà, dans l'intérêt des "gens" qui ne comprennent rien, quant à eux, il tiendra le cap...

Lors de l'édition 2017, devant des milliers de maires dont une partie l'avait hué et sifflé à son arrivée, Macron avait lancé : "Je m'engage à une chose, si vous l'acceptez, c'est venir chaque année rendre compte des engagements que je viens de prendre parce que c'est cela l'esprit de responsabilité dans la République", avait-il lancé.
Esprit de la République où es-tu ?

Le locataire de l'Elysée a préféré recevoir à l'Elysée le bureau de l'AMF et plusieurs centaines de maires

C'est devant des groupies qu'il prononcera son discours, a expliqué la présidence. L'an dernier, il avait déjà invité plus de 1.000 maires pour une soirée au Palais. Soit une note salée, que les républicains devraient alléger cette année en boudant le raout et l'épouse, ne serait que par respect des Gilets jaunes qui passeront la nuit dans le froid.

Les relations restent tendues entre Etat et collectivités, qu'il s'agisse des communes, des départements ou des régions, qui reprochent à l'exécutif des décisions trop autoritaires tombées de l'Olympe macronien et l'inéquité de la contribution de l'Etat à la décentralisation du fait de ses réformes des aides sociales et des impôts locaux.

L'AMF a même lancé le 26 septembre un "appel de Marseille" pour les libertés locales et contre l'ultra-centralisation.

Les maires sont dans "une logique de revendication et de négociation", a confirmé la semaine dernière François Baroin, évoquant des "tensions assez fortes", sur les pactes financiers Etat/collectivités pour réduire les dépenses ou la compensation pour les communes de la suppression de la taxe d'habitation.

Lors de son "itinérance mémorielle" de cinq jours à l'occasion de cérémonies du 11-Novembre, dans l'Est et le Nord de la France, Macron a mené la campagne d'En Marche! aux Européennes 2019, multipliant les caresses aux petits comme aux grands et les rencontres avec les élus locaux, avec le sentiment d'une urgence à tenter de renouer le dialogue. Le 16 octobre, il avait rendu un hommage appuyé aux maires, "premiers porteurs de la République au quotidien", ce qui ne coûte rien.

Ses simagrées avaient été diversement reçues
Lors de sa tournée des popotes, censée amorcer une reconquête de l'opinion, Macron avait pris plusieurs camouflets et les échanges avaient été souvent houleux. "Un vrai bonheur," avait-il commenté, méprisant et provocateur. 

Une part des ratés tenait à la surtaxation des carburants et à la baisse du pouvoir d'achat, sans l'excuse de la crise économique internationale de 2008, et à son manque d'écoute sur le maintien d'un haut niveau de chômage, la baisse du niveau de vie, la réforme des retraites et aussi l'immigration qui draine les aides sociales et abaisse le niveau scolaire. L'arrogant président je-sais-tout s'est même autorisé une controverse inutile déclenchée d'abord par son intention de panthéoniser le général Pétain, puis par son parallèle hasardeux entre la montée de la "lèpre nationaliste" des années 30 et la progression actuelle du populisme dans une Europe apaisée, mais incapable de remettre en cause ses choix impopulaires.
Emmanuel Macron lors de sa courte allocution aux Éparges, dans la Meuse, le 6 novembre 2018.
Macron lors de sa courte allocution aux Eparges, 
dans la Meuse, le 6 novembre 2018

Le jour même, dans sa lancée, le quadra sentit le souffle de la balle : "Votre politique, elle est en train de nous détruire. On subit vos réformes injustes", lui décocha à bout portant un passant à Verdun lors d'un bain de foule. 
Plus loin, Emmanuel Macron s'en est pris à un autre, qui se revendiquait militant gaulliste depuis 1976, de "raconter des carabistouilles" sur sa politique. "Vous ne sentez pas le malaise en France, qui monte ?", lui a retourné ce retraité.



Macron préfère aller au devant des "gens qui ne sont rien" et ne sont pas formés au débat, plutôt que des élus, maires ou syndicalistes, qui connaissent leur sujet, mais l'ex-banquier s'en prend plein la tête face aux gens simples mais remontés contre lui et les blancs-becs de sa majorité. Sur Europe 1, dans un entretien diffusé durant la matinale, il n'hésita pas à dire qu'il inciterait les régions à compenser une partie du prix à la pompe
"La hausse des carburants, c'est pas bibi", a-t-il tenté de se justifier, en termes censés "faire  peuple", comme si les maires influaient sur les taxes ou le cours du pétrole, et avant d'expliquer que la hausse des prix du carburant découle "aux trois-quarts des cours mondiaux". Or, le sachant prononçait une "fake news", car le cours du Brent n'a cessé de baisser en octobre...

Mieux, les taxes de l'Etat sur les carburants ne sont presque pas affectées à la transition énergétique
Un tiers de la contribution obtenue avec le TIPCE, taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (32,6% en 2019), sera reversé aux collectivités locales, 12,3 milliards d'eurosen financement de dépenses sociales comme le RSA, assumé par les départements. 
Mais c'est le budget général de l'Etat qui est le grand gagnant de la TICPE, avec 17 milliards d'euros, soit 45,1% en 2019) qui lui seront reversés l'année prochaine.

Et Macron se paie aussi la tête des Français avec lesquels il prétend renouer.
En effet, la TVA porte à la fois sur le prix du carburant et sur le montant de TICPE, si bien que les taxes et surtaxes sur les produits pétroliers sont une manne pour les coffres de l'Etat, pour les ministères indistinctement ou objectif particulier, voire personnel à la la présidence.
A une dame dont il caresse les mains - comme Tron, les pieds de quelques autre - et qui lui faisait observer que "30 euros" de hausse du minimum vieillesse, "ça fait pas beaucoup" quand la facture de gaz augmente de "250 euros", il a fait mine de déplorer que "les choses ne se font pas comme ça tout d'un coup". "Tout le monde est pressé, je l'entends [!], mais il faut faire les choses sérieusement et sans mentir", a raconté le bonimenteur.

Au bonneteau, jeu d'argent, jeu de dupes de l'ordre de l'escroquerie, il ne faut pas se démonter... Or, le lendemain, dans les Ardennes et l'Aisne, à Rozoy-sur-Serre, Macron se fait alpaguer lors de la visite d'un Ehpad. "Je suis aide-soignante dans un foyer. La hausse du carburant fait que je me demande si je ne vais pas être obligée de démissionner", lui a innocemment expliqué une dame au bord des larmes. "Ceux qui sont obligés de se déplacer chaque jour pour travailler" seront "mieux aidés", a répliqué le débagouleur, ajoutant que le gouvernement planche sur le mécanisme...  

Un homme interpelle Emmanuel Macron devant la préfecture de Charleville-Mézières, le 7 novembre 2018
Un homme interpelle Macron à  Charleville-Mézières, le 7 novembre 2018 
Il se fait entortiller : toucher, c'est tromper...
"Le problème avec tous les présidents, c'est que vous ne savez pas ce que ça veut dire de vivre avec 1.000 ou 2.000 euros par mois. Avec mon mari, on a 2.000. J'ai 880", lui a expliqué une retraitée. "Je ne dis pas que c'est facile", lui répond l'ex-banquier, avant de défendre son choix d'augmenter la CSG pour réduire les charges des salariés. Suite à quoi la dame, qui sait ce que sont un budget familial et les fins de mois difficiles, soupçonne à haute voix le gouvernement de faire un tour de passe-passe, "Vous le [compensez par une hausse] sur les carburants !", réplique cette femme de bon sens. Il suffit à l'autre de poursuivre sa déambulation vers de plus crédules, sous bonne escorte.

Harponné chez Renault
La visite présidentielle à l'usine Renault de Maubeuge (2.200 salariés) n'a pas été une promenade de santé. Bien que le PDG de la marque automobile, Carlos Ghosn, ait accueilli Macron avec l'annonce d'un investissement de 450 millions d'euros sur le site (ajouté à celui d'un milliard d'euros dans les véhicules électriques sur cinq ans, annoncé par le groupe en juin), le fauteur de troubles tomba sur un mauvais coucheur, un syndicaliste de SUD, qui mit le bololo: "M. Macron, vous n'êtes pas le bienvenu ici !", lui a crié Samuel Beauvois. 


S'adressant au personnel de l'usine, le prêcheur réplique : "On est là tous ensemble pour réussir", a répliqué le président. "On réussit sans vous...", a souligné le salarié du premier groupe automobile mondial, devant Toyota et Volkswagen. Alors que le travailleur le lançait sur la hausse de l'essence, le président perd alors ses nerfs et lâche un jugement de valeur méprisant : "Là vous êtes ridicule, pardon de vous le dire"...

Macron, patron paternaliste du 20e siècle.
Dans une autre tentative malheureuse pour aller "au contact" dans un bar PMU près de Lens, à Bully-les-Mines, l'ex-banquier Rothschild lança à la cantonade : "Salut, les gars! C'est ma tournée...", avant de retrouver la première ministre britannique Theresa May dans la Somme sur un lieu symbolique de la Première Guerre mondiale. 
Emmanuel Macron a rencontré des habitants dans un bar PMU de Bully-les-Mines, dans le nord de la France le 9 novembre 2018
"Bibi" prenant un canon avec des prolétaires,
 à l'insu de mamie qui lui avait donné un cache-col contre le froid
"Il faut aller au contact de la colère. Il ne faut pas chercher à l'éviter, il ne faut pas chercher de réponse démagogique. Je sais contre qui j'étais au second tour", a déclaré le président par défaut - 24% au premier tour - (28,6 à Hollande en 2012) aux clients du Café de la Place, où il s'était déjà rendu pendant la dernière campagne présidentielle. 
Une "itinérance" qui fut son Chemin des Dames, théâtre de plusieurs batailles meurtrières de la Première Guerre mondiale....
"J'ai creusé le lit où je coule en me ramifiant en mille petits fleuves qui vont partout" (Apollinaire)
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vendredi 16 novembre 2018

Macron se barricade dans son palais et préfère inviter les maires de France à l'Elysée

Macron renonce à se rendre au Congrès des maires de France, le 22 novembre

Le président pusillanime n'osera pas faire la leçon aux maires de France !

"Un extraordinaire pied de nez à la décentralisation" : Macron assure le service minimum en s'exprimant la veille à l'Elysée devant le bureau de l'AMF et plusieurs centaines de maires, a indiqué la présidence, en pleine période de tensions entre Etat et collectivités.

Alors que le chef de l'Etat avait promis l'an dernier de venir chaque année "rendre compte des engagements" du gouvernement devant le Congrès de l'Association des Maires de France, il ne tiendra pas parole et le 'premier de cordée' se défilera: c'est le premier ministre Edouard Philippe qui s'y collera pour prononcer le discours de clôture, à Paris, Porte de Versailles.

Le président a-t-il perdu tout sens des responsabilités" ?
Lors de l'édition 2017, devant des milliers de maires dont une partie l'avait hué et sifflé à son arrivée, Macron avait lancé : "Je m'engage à une chose, si vous l'acceptez, c'est venir chaque année rendre compte des engagements que je viens de prendre parce que c'est cela l'esprit de responsabilité dans la République", avait-il  imprudemment lancé.

Le chef de l'Etat itinérant est fatigué : il fait venir les maires à lui

Centralisation et verticalité jupitériennes, pour les uns, mais peur, pour les autres : le "président des villes" a convoqué à l'Elysée le bureau de l'AMF et plusieurs centaines de maires, devant lesquels il prononcera un discours, a expliqué la présidence. L'an dernier, il avait déjà invité plus de 1.000 maires pour une soirée au Palais, mais avait fait le déplacement sur les lieux de leur Congrès. Déplacer plusieurs centaines de maires participe-t-il de sa politique de protection de la planète et de "transition écologique" ? 

Macron a échoué à détendre les relations entre Etat et collectivités, qu'il s'agisse des communes, des départements ou des régions, qui reprochent à l'exécutif des décisions trop verticales et s'estiment lésés par les réformes des aides sociales et des impôts locaux. L'AMF a même lancé le 26 septembre un appel de Marseille contre l'ultra-centralisation.
Emmanuel Macron a l'impression d'avoir tenté d'aplanir les difficultés avec les élus locaux ces derniers mois. Le 16 octobre, il avait rendu un hommage appuyé aux maires, "premiers porteurs de la République au quotidien", des paroles.

Les maires restent dans "une logique de revendication et de négociation", a affirmé la semaine dernière François Baroin, évoquant des "tensions assez fortes", sur les pactes financiers Etat/collectivités pour réduire les dépenses ou la compensation pour les communes de la suppression de la taxe d'habitation.