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dimanche 26 mai 2019

Un nouveau visage du Parlement européen s'esquisse

Estimations et projections en sièges par pays

Les lobbies écologistes ont contraint les grands partis dominant traditionnellement le Parlement de Strasbourg à céder du terrain 

Résultat de recherche d'images pour "parlement europeen hemicycle"Mais la poussée des eurosceptiques reste limitée, les centristes libéraux s'inscrivant désormais dans le paysage européen, dimanche. Une prochaine actualisation des projections est attendue vers 8h00 GMT, alors que les Etats membres continuent d'affiner les résultats officiels.

Selon des projections publiées dans la nuit de dimanche à lundi du Parlement européen, le Parti populaire européen (PPE, droite pro-européenne) reste la première force de l'hémicycle, avec 179 sièges  contre 216 actuellement.
Forts de cette victoire, les dirigeants du PPE ont immédiatement réclamé la présidence de la Commission pour l'Allemand Manfred Weber, un conservateur, leur chef de file (ou "Spitzenkandidat", selon le terme allemand souvent usité).

Les sociaux-démocrates (S&D), deuxième parti du Parlement, malgré une perte d'une trentaine de sièges (150 sièges contre 185), ont balayé d'un revers de main cette demande, laissant augurer de longues tractations dans la course désormais ouverte aux postes-clés des institutions européennes.

Si le PPE et les sociaux-démocrates (S&D) restent les deux principales formations de l'hémicycle européen, ils perdent leur capacité à réunir à eux seuls une majorité pour faire passer des textes législatifs. La fin d'une époque. 

Ils devront composer avec les écologistes
Ils remportent en effet de 52 à 70 sièges, grâce à leurs bons résultats en Allemagne et en France, 

Quant aux Libéraux (Alde), dont un nouveau venu, le parti du président français, est une composante, ils obtiennent 107 sièges contre 69 actuellement, loin derrière les deux partis dominants.
Le Français a en effet perdu dimanche son pari contre le Rassemblement républicain de Marine Le Pen, dans une stratégie de duel dont Macron sort affaibli, avec 22,41% contre 23,31% pour le RN, selon des résultats définitifs, soit 0,9 point d'écart, alors qu'au premier tour de la présidentielle de 2017, il se situait à 24,1%, soit 2,8 points devant Marine Le Pen (21,30%). 

Le RN a immédiatement appelé à la "constitution d'un groupe puissant" au Parlement européen réunissant les formations eurosceptiques, des forces diverses qui n'ont pas réussi à se fédérer quand les souverainistes n'avaient pas encore prospéré.
Après la sortie du Royaume-Uni de l'UE, les deux listes obtiendront le même nombre d'eurodéputés, 23.

Les eurosceptiques ne gagnent pas suffisamment de terrain

Avec la Ligue de Matteo Salvini, arrivée en tête en Italie avec plus d'un tiers des voix, M. Le Pen espère fédérer une large alliance de partis nationalistes, eurosceptiques et populistes. Leur groupe parlementaire, l'ENL, est crédité de 58 sièges contre 37.

Difficile cependant d'envisager aujourd'hui un rapprochement avec le groupe populiste EFDD - où siège le Mouvement Cinq Etoiles italien, que devrait rallier le nouveau parti europhobe de Nigel Farage, grand vainqueur des élections au Royaume-Uni avec 31,7% des voix (29 sièges) - tant leurs divergences sont parfois profondes.
Et même en additionnant les gains de ces groupes avec les 58 sièges du groupe ECR (tories britanniques et Polonais au pouvoir du PiS, vainqueurs des européennes), l'extrême droite, les eurosceptiques et les europhobes, restent, avec 172 sièges, loin de la majorité au Parlement européen (376).

Les partis d'extrême gauche passent pour leur part de 52 à 38 sièges. "La vague de partis nationalistes et eurosceptiques est très contenue, si on met de côté le RN et la Ligue", estime Eric Maurice, analyste à la Fondation Robert Schuman. "Si (le dirigeant populiste hongrois Viktor) Orban ne bouge pas, je ne vois comment les lignes des groupes actuels pourraient bouger", observe-t-il.
Largement vainqueur de l'élection européenne dans son pays, le parti du premier ministre hongrois est suspendu du groupe démocrate-chrétien du PPE, en raison de ses dérapages anti-Bruxelles.

En Autriche, le parti conservateur du chancelier autrichien Sebastian Kurz est arrivé largement en tête, devant les sociaux-démocrates et le parti d'extrême droite FPÖ, touché par l'"Ibizagate", selon des estimations.

En Espagne, le chef du gouvernement espagnol Pedro Sanchez est le seul socialiste à sortir grand vainqueur du scrutin dans un grand pays.

Les Verts sont sur un petit nuage.

Les élections européennes ont également été marquées par les bons résultats des écologistes, qui espèrent devenir un interlocuteur incontournable dans ce paysage politique plus instable que jamais.
Avec 12% des voix, ils finissent en France à une  troisième place inattendue. Ce résultat fait écho au score enregistré en Allemagne par les Verts, deuxièmes du scrutin, selon les sondages, juste derrière le camp centre-droit d'Angela Merkel, qui enregistre un plus bas historique.
"Une grande victoire !", s'est réjoui la tête de liste des écologistes au Parlement européen, l'Allemande Ska Keller. "Je suis sur un petit nuage", a renchéri l'eurodéputé belge Philippe Lamberts.

Inférieur à celui des scrutins nationaux, le taux de participation à ces élections atteint cependant 51%, son niveau le plus élevé depuis 20 ans, selon le Parlement européen, alors que les sondeurs français en prévoyaient de l'ordre de 47%. Cette mobilisation marque un coup d'arrêt à l'érosion continue qui caractérise les européennes depuis 1979.
Plus de 420 millions d'Européens ont élu, pour 5 ans, les 751 membres du Parlement européen, une assemblée qui n'a eu de cesse d'accroître ses pouvoirs.

Le Royaume-Uni avait lancé cet immense scrutin dès jeudi, se résignant à l'organiser en catastrophe après le nouveau report du Brexit, avec une date butoir désormais fixée au 31 octobre. Le mandat des élus britanniques doit cesser à la sortie de leur pays de l'Union, et leurs sièges seront en partie redistribués à d'autres pays.

Les nouveaux équilibres au sein de l'hémicycle seront déterminants dans la course aux postes clés des institutions européennes. En particulier celui du successeur à la tête de la Commission européenne de Jean-Claude Juncker, membre du PPE, qui devra obtenir le soutien de la moitié de l'hémicycle.
Les chefs d'Etat et de gouvernement se retrouvent dès mardi pour un sommet d'échanges sur les prochaines nominations.

Estimations et projections en sièges par pays, dimanche à 21h30

Européennes : estimations et projections en sièges par pays


Voici le score et le nombre de sièges que peuvent espérer les partis à partir de sondages dans les pays de l'UE où ils sont disponibles. Les premiers résultats officiels partiels ne seront publiés qu'à partir de 21h00 GMT.

Allemagne (96 sièges)

Union chrétienne-démocrate (CDU) - Union chrétienne sociale (CSU) : 28,60 % - 28 sièges

Alliance 90 / les Verts : 20,90 % - 21 sièges

Parti social-démocrate (SPD) : 15,30 % - 15 sièges

Alternative pour l'Allemagne : 10,80 % - 11 sièges

Die Linke : 5,40 % - 5 sièges

Parti libéral-démocrate : 5,40 % - 5 sièges

Le PARTI : 2,30 % - 2 sièges

Électeurs libres : 2,20 % - 2 sièges

Parti de protection des animaux : 1,50 % - 2 sièges

Parti écologiste-démocrate : 1,10 % - 1 siège

Parti des familles d'Allemagne : 0,80 % - 1 siège

Volt Allemagne : 0,80 % - 1 siège

Parti Pirate : 0,60 % - 1 siège

France (74 sièges)

Rassemblement national : 24,20 % - 24 sièges

La République en marche, Modem : 22,40 % - 23 sièges

Europe Écologie - Les Verts : 12,70 % - 13 sièges

Les Républicains (LR) : 8,50 % - 8 sièges

Parti socialiste, Nouvelle Donne, Place publique : 6,20 % - 6 sièges

La France Insoumise (LFI), Gauche républicaine socialiste : 6,20 % - 5 sièges

Royaume-Uni (73 sièges)

Le Parti du Brexit : 31,60 % - 24 sièges

Parti travailliste (Labour) : 19,10 % - 14 sièges

Libéraux - démocrates : 18,90 % - 15 sièges

Parti conservateur : 12,40 % - 10 sièges

Parti vert : 9,80 % - 4 sièges

Espagne (54 sièges)

PSOE (Parti socialiste ouvrier espagnol) : 28,40 % - 18 sièges

Parti populaire : 17,30 % - 11 sièges

Ciudadanos : 16,00 % - 9 sièges

Coalition formée par Unis nous pouvons, Gauche unie et Equo : 12,40 % - 7 sièges

Vox : 6,50 % - 4 sièges

Gauche républicaine de Catalogne, Bloc nationaliste galicien : 6,00 % - 3 sièges

Coalition pour une Europe solidaire (partis régionalistes) : 3,10 % - 1 siège

Parti démocrate européen catalan : 2,80 % - 1 siège

Pays-Bas (26 sièges)

Parti travailliste (PvdA) : 18,10 % - 5 sièges

Parti populaire pour la liberté et la démocratie (VVD) : 15,00 % - 4 sièges

Appel chrétien-démocrate : 12,30 % - 4 sièges

Forum pour la démocratie : 11,00 % - 3 sièges

Gauche verte : 10,50 % - 3 sièges

Union chrétienne, Parti politique réformé (SGP) : 7,90 % - 2 sièges

Démocrates 66 (D66) : 6,30 % - 2 sièges

Parti pour la liberté (PVV) : 4,10 % - 1 siège

50PLUS : 4,10 % - 1 siège

Parti socialiste : 3,90 % - 1 siège

Grèce (21 sièges)

Nouvelle démocratie : 33,50 % - 8 sièges

Syriza : 25,00 % - 6 sièges

Mouvement pour le changement (Kinal) : 7,70 % - 3 sièges

Parti communiste (KKE) : 5,50 % - 2 sièges

Aube dorée : 4,50 % - 2 sièges

Portugal (21 sièges)

Parti socialiste : 32,00 % - 8 sièges

Part social démocrate : 22,00 % - 5 sièges

Bloc de gauche : 10,50 % - 3 sièges

Parti communiste, les Verts : 8,00 % - 2 sièges

Parti populaire : 6,00 % - 2 sièges

Personnes-Animaux-Nature (PAN) : 5,00 % - 1 siège

Suède (20 sièges)

Sociaux-démocrates : 25,10 % - 5 sièges

Les nouveaux modérés : 17,60 % - 4 sièges

Démocrates de Suède : 16,90 % - 3 sièges

Parti centriste : 10,30 % - 2 sièges

Parti de l'environnement Les Verts : 9,50 % - 2 sièges

Chrétiens-démocrates : 7,50 % - 2 sièges

Parti de Gauche : 6,40 % - 1 siège

Les Libéraux : 4,40 % - 1 siège

Autriche (18 sièges)

Parti populaire autrichien (ÖVP) : 34,50 % - 7 sièges

Parti social-démocrate d'Autriche : 23,50 % - 5 sièges

Parti de la liberté (FPÖ) : 17,50 % - 3 sièges

Les verts : 13,50 % - 2 sièges

La nouvelle Autriche et le forum libéral : 8,00 % - 1 siège

Bulgarie (17 sièges)

Citoyens pour un développement européen de la Bulgarie : 31,60 % - 7 sièges

Parti socialiste bulgare (PSB) : 24,30 % - 5 sièges

Mouvement pour les droits et libertés : 13,20 % - 3 sièges

Mouvement national bulgare : 7,50 % - 1 siège

Bulgarie démocratique : 6,20 % - 1 siège

Danemark (13 sièges)

Parti social-démocrate : 23,30 % - 3 sièges

Parti libéral danois (Venstre) : 20,50 % - 3 sièges

Parti populaire danois : 13,20 % - 2 sièges Parti populaire socialiste : 12,30 % - 2 sièges

Parti social-libéral : 9,40 % - 1 siège

Alliance Rouge et Verte : 6,20 % - 1 siège

Parti conservateur : 5,70 % - 1 siège

Finlande (13 sièges)

Parti de la coalition nationale : 20,10 % - 3 sièges

Parti social-démocrate : 15,10 % - 2 sièges

Ligue verte : 15,10 % - 2 sièges

Parti du centre : 14,30 % - 2 sièges

Vrais Finlandais : 14,10 % - 2 sièges

Alliance de gauche : 6,90 % - 1 siège

Parti populaire suédois de Finlande : 6,20 % - 1 siège

Slovaquie (13 sièges)

SPOLU, Slovaquie progressiste : 20,10 % - 4 sièges

Direction - Social-démocratie : 15,70 % - 3 sièges

Parti du peuple Notre Slovaquie : 12,10 % - 2 sièges

Mouvement chrétien-démocrate : 9,70 % - 2 sièges

Liberté et solidarité (SaS) : 9,60 % - 1 siège

Les gens ordinaires et personnalités indépendantes : 5,30 % - 1 siège

Croatie (11 sièges)

Union démocratique croate (HDZ) : 23,40 % - 4 sièges

Parti social-démocrate : 18,38 % - 3 sièges

Indépendant : 8,20 % - 1 siège

Croissance croate (Hrast), Parti croate des droits dr. Ante Starcevic, Parti conservateur croate : 6,43 % - 1 siège

Bouclier humain : 6,25 % - 1 siège

Coalition d'Amsterdam : 5,59 % - 1 siège

Indépendants pour la Croatie (NHR), Parti croate du droit (HSP) : 5,09 % - 1 siège

Irlande (11 sièges)

Fine Gael : 29,00 % - 4 sièges

Parti vert d'Irlande : 15,00 % - 2 sièges

Independents 4 Change : 15,00 % - 2 sièges

Fianna Fáil - Parti républicain : 15,00 % - 1 siège

Sinn Féin (Nous-mêmes) : 13,00 % - 2 sièges

Chypre (6 sièges)

Rassemblement démocrate (DISY) : 32,50 % - 2 sièges

Parti progressiste des travailleurs (AKEL) : 30,00 % - 2 sièges

Parti démocrate (DIKO) + Mouvement de solidarité (KA) : 15,00 % - 1 siège

Mouvement social-démocrate (EDEK) : 11,00 % - 1 siège

Malte (6 sièges)

Parti travailliste : 55,00 % - 4 sièges

Parti nationaliste : 37,00 % - 2 sièges

lundi 19 novembre 2018

Les Gilets jaunes, "anarchistes" selon le troll Edouard Philippe et d'"extrême droite" pour d'autres

Les Gilets jaunes fédèrent: le centre est-il un trou noir ?

Le premier ministre adopte les méthodes de 'troll' d
es media 

"Gilets jaunes" : "on a vu des scènes qui relevaient de l'anarchie", affirme Edouard Philippe
L'Edouard ne fait pas mieux que les réseaux et media en peine de buzz.
Le locataire a l'"impression" que le mouvement de révolte qui a gagné tout le territoire ce week-end a parfois été émaillé de violences de type "anarchiste"
Invité du 20 heures de France 2, . 

Son patron lui-même est 'frappé'
En convoquant la montée du fascisme dans les années 30 de l'entre-deux-guerres pour soutenir sa cause et mobiliser en vue des élections européennes, Macron a laisser transparaître son sentiment d'échec : l'usage d'un cliché aussi éculé qu'injuste et inapproprié en guise de rhétorique manichéenne pourrait au contraire renforcer les partis d'opposition, ouvrant dès à présent la boîte de Pandore des caricatures et discriminations. 
Mercredi 31 octobre, au fil d'un entretien publié dans Ouest France et au plus bas dans les sondages, alors que les élections européennes de mai s'annoncent plus compliquées que prévu pour son mouvement 'La République en marche' (LREM), le président de la République a agité les chiffons rouges pour dresser un tableau très sombre du climat politique actuel. Se disant "frappé par la ressemblance entre le moment que nous vivons et celui de l'entre-deux-guerres", le chef de l'Etat s'est alarmé d'une "Europe qui est divisée par les peurs, le repli nationaliste, les conséquences de la crise économique", et menacerait de "se démembrer par la lèpre nationaliste et d'être bousculée par des puissances extérieures". 
Tous ses opposants sont étiquetés "populistes" et son premier ministre n'a pas hésité à s'engouffrer dans l'analogie nauséabonde, dimanche soir au JT de France 2.

L'Edouard est revenu sur la mobilisation "inédite" qui a  fait un mort et plusieurs centaines de blessés sur tout le territoire françaisDes incidents qui n'ont pas grand chose à voir avec les révoltés contre la fiscalité des carburants : sur cinq interpellations, trois visent des automobilistes qui ont perdu leurs nerfs, dont un Anglais et un Australien, et un quatrième en état d'ébriété.  

Des manifestations "bon enfant" et de rares incidents. 
Résultat de recherche d'images pour "troll"
Bien que chaque défilé syndical ait régulièrement son lot de "casseurs" "en marge", bien sûr, des mobilisations, l'Edouard s'est laissé aller : "On a entendu de la colère, mais aussi de la souffrance, l'absence de perspective, l'idée que les pouvoirs publics depuis longtemps ne répondaient pas aux inquiétudes, au sentiment de déclassement et peut-être d'abandon", a poursuivi le Premier ministre. Ca, c'était le préambule...

"Mais il y a des endroits où ça s'est passé de façon très bon enfant, d'autres où ça a été très violent. (...) La France, c'est la liberté d'expression, de manifestation, mais ce n'est pas l'anarchie", a ensuite dramatisé Edouard Philippe. "On a vu hier des scènes qui relevaient de l'anarchie," a-t-il insisté. La sécurité a été une constante de notre attitude", a encore assuré Monsieur Parfait. Et de condamner le "comportement indécent" de "ceux qui ont utilisé" politiquement "le décès dramatique de cette manifestante en Savoie". La conductrice qui a donné la mort a été mise en examen.

L'Edouard tait que, à partir de cet instant, sa presse a tenté de discréditer le mouvement de contestation de la politique qu'il défend. 
Résultat de recherche d'images pour "lepre nationaliste"
Et si la violence initiale était celle assumée par la claque de Macron, petits blancs-becs de la macronie, mobilisée pour clamer que tout va très bien, monsieur le marquis et que tout ira encore mieux demain. A les écouter, ils "entendent" et "comprennent" tout, mais seraient des incompris dont personne n'écoute les leçons condescendantes.

On retiendra donc de cette intervention que
les rebelles à la politique de Macron sont membres de l'extrême droite et anarchistes : les anarchistes peuvent être des extrémistes de droite, des "lépreux nationalistes"... En somme, quelle est la leçon du jour  ? Les Gilets jaunes seraient tous des 'skinheads' ! En tout cas des hérétiques et des barbares inclassables. Des 'transgenres' !...

Sujet de réflexion proposé par l'humoriste Gaspard Proust à Clémentine Autain (LFI):


dimanche 7 octobre 2018

"La crise est en premier lieu celle de la citoyenneté", insiste Yves Michaud

La citoyenneté, le laxisme et la victimisation, mis en cause dans la crise de société actuelle

"Le système est à bout"

Yves Michaud pointe le dépérissement des élites politiques et intellectuelles [rongées par la démagogie], un laxisme protéiforme, une autorité lézardée, une victimisation triomphante, une liberté d'expression aseptisée... Ce philosophe et auteur de "Aux armes, citoyens !" est interrogé par La Tribune.


L'Etat de droit défaille parce que "l'Etat-guichet s'est substitué à l'Etat-providence", l'incivisme meurtrier prospère parce que "l'incivisme mou est toléré", les figures populistes brillent parce que "les racines et les publics de leur consécration ont été méprisés", la démocratie de citoyenneté se disloque, parce que "les systèmes éducatif et fiscal se décomposent", le vivre-ensemble s'érode parce que "l'organisation de la société est tout entière catégorielle "... 

La riposte est-elle impossible ? 

Non, assure le philosophe. Mais il faut se mettre "concrètement en révolution".
LA TRIBUNE - De toutes les manifestations qu'elle adopte, la crise est en premier lieu, selon vous, celle de la citoyenneté. Quels sont l'origine et les symptômes de cette crise ? Quels périls sécrète-t-elle ?

YVES MICHAUD - La "crise de citoyenneté" que traverse notre temps est effectivement plus aiguë que les crises de la démocratie et de l'identité. Parce qu'elle met en jeu, et surtout en cause, les fondements mêmes du vivre-ensemble, qui font la communauté politique. Aujourd'hui, les citoyens n'ont plus le sentiment de partager une même communauté. Et l'origine, la raison première de ce constat réside dans la composition des programmes et des actions publics qui, particulièrement depuis l'accession de Jacques Chirac, en 1995, à la présidence de la République, relèvent de logiques purement catégorielles. Une fois le moment électoral passé - qui porte le phénomène à son paroxysme -, que constate-t-on ? Un éventail de propositions, de compensations, de dispositifs, de lois adaptés à chaque catégorie de personnes : fonctionnaires (d'État, de la filière hospitalière, des collectivités territoriales.), enseignants, professions libérales, jeunes, retraités, chômeurs (de courte, moyenne, longue durées), travailleurs pauvres, habitants des banlieues classées "difficiles ", etc. 

A force d'apporter une offre spécifique à chaque catégorie, on atomise la communauté humaine et politique, on segmente puis on enferme la population dans des cloisonnements, voire des ghettos. On encourage chaque membre de chaque catégorie sociale à défendre ses revendications en jalousant les autres catégories, in fine on multiplie les sentiments de victimisation. Chacun apparaît - ou plutôt se pense - "victime" de quelque chose ou de quelqu'un, c'est-à-dire de ce qui caractérise, privilégie, embellit le fonctionnement de ces "autres" catégories. C'est la politique du  "Et pour vous, ce sera quoi ?" qui engendre les plaintes du "Et moi, on m'oublie ?"

L'origine de ce mal est lointaine et plurielle. 

L'une des causes les plus fondamentales est la lente transformation de l'Etat-providence en Etat-guichet. En un sens, ce sont les bienfaits de l'Etat-providence qui d'eux-mêmes engendrent ces maux. La providence pour tout le monde est devenue un guichet pour chacun, et ce mouvement de "catégorialisation" de l'Etat, si je peux inventer ce mot, coupe ce dernier de sa vocation première : servir l'intérêt de toute la communauté républicaine plutôt que celui de chacune des catégories qui la composent. 
Ainsi, au lieu de garantir le socle assurant universalité, équité, justice, l'Etat s'est lézardé, se muant peu à peu en producteur de particularismes qui compartimentent, fracturent et donc désunissent la société. La générosité de l'Etat n'est plus au service de tous, elle se morcelle au profit de groupes d'individus. Avec pour paradoxe que plus cet Etat se délite, plus la bureaucratie prolifère. C'est normal, car la gestion catégorielle des personnes réclame toujours plus d'agents spécialisés. L'incroyable maquis des aides sociales ou des dispositifs de formation en est un exemple symptomatique.
La citoyenneté, c'est disposer des droits civils et politiques dans une communauté politique donnée. La crise de citoyenneté ne peut donc pas être disjointe de celles d'identité et de démocratie. 

Qu'est-ce que l'identité ?

L'identité constitue un sujet d'étude éminemment complexe, malheureusement maltraité par les raccourcis, les incompétences ou même les détournements. C'est un des sujets logiques et métaphysiques les plus difficiles en philosophie. Nationale, linguistique, libidinale, affective, religieuse, l'identité englobe beaucoup de réalités, de situations, de concepts. Et chaque individu est lui-même la juxtaposition, ou plutôt la confluence plus ou moins cohérente et organisée de toutes ces identités. Qui suis-je ? Un Lyonnais, un intellectuel, un "vestige" du XVIIIe siècle auquel j'ai consacré une grande partie de mon existence, etc ? Mon identité, votre identité, l'identité de chacun est par essence formidablement diverse, formidablement dense, formidablement complexe parce qu'elle est l'imbrication d'une multitude d'identités ; or, plus la mondialisation "contamine" des pans de notre existence, plus nous prenons conscience de cette diversité, et plus alors nous sommes en peine de définir ou de circonscrire une, notre identité.
Certes, comme on le voit avec le secteur de l'hôtellerie, qui propose une offre similaire de Shanghai à Buenos Aires, les outils susceptibles d'aplanir ou d'égaliser les différences d'identités révélées par les disparités géographiques, culturelles, cultuelles ne manquent pas. Toutefois, ils ne sont pas suffisants pour effacer la force des facteurs d'identité locale. Et c'est notamment là, en affirmant que l'identité est exclusivement politique, que l'on commet la plus lourde erreur. 

"Les identités sont en danger", "Reconstruisons les identités". 

Que n'entend-on pas comme ineptie ! Les identités ne sont pas seulement politiques, mais justement elles ne doivent pas contaminer le champ politique.
Comment l'état du monde - formidablement mondialisé, décloisonné, interdépendant, uniformisé, instantané, déstructuré, marchandisé, mobile - bouleverse-t-il l'identité ?
Qu'elle porte sur les échanges commerciaux, le tourisme, la finance, la consommation, les technologies ou encore l'enseignement, la mondialisation est une réalité incontestable. 

Mais un autre mouvement tout aussi incontestable est celui de la (re) localisation. Nous sommes à la fois de plus en plus mondialisés et de plus en plus localisés, illustrant ainsi le terme, désormais largement usité, de "glocalité". Pourquoi nombre d'entreprises dites internationales peinent-elles tant à mettre en oeuvre le principe "d'intelligence culturelle", c'est-à-dire à mettre en harmonie, en sympathie, en symbiose même, les intelligences issues du monde entier qui composent le corps social ? Parce que les identités demeurent très locales, et elles imposent de s'accorder entre et avec toutes. Essayez de faire collaborer un ingénieur indien avec un homologue russe, un gestionnaire arabe et une consœur brésilienne ! On y parvient, mais cela ne va pas de soi. Et cette réalité corrobore un constat sociologique, et même anthropologique, extrêmement intéressant, qui met en lumière les incohérences, voire les écartèlements auxquels l'aspiration à et le rejet de la mondialisation placent les citoyens.
La polémique récente sur le goût supposé différent des pots de Nutella distribués en Italie et en Pologne, ou les réactions, contrastées, à la découverte des mêmes enseignes de mode à Barcelone et à Prague, l'illustrent : dans le concert de la mondialisation tous azimuts, les populations à la fois veulent et refusent l'uniformité. Et souvent elles peinent à savoir qui elles sont devant le dilemme.

Peut-on se considérer citoyen du monde sans être citoyen de la nation à laquelle on est lié ?

Citoyen d'Europe davantage que citoyen de France ? Citoyen de la biodiversité plus que de la ville où l'on habite et travaille ? Existe-t-il une hiérarchie factuelle ou morale "des" citoyennetés ?
En 1948, le militant pacifiste américain Garry Davis rendait son passeport et s'autoproclamait "premier citoyen du monde" avant de fonder le mouvement du même nom. Quelques années plus tôt, d'aucuns déjà revendiquaient le droit à l'apatridie. Cet idéalisme cosmo-politique, très complexe à mettre en oeuvre, convoque la condition de "pur sujet de raison" chère à Kant. Un "pur sujet de raison" sans attache, porté exclusivement par la volonté de "faire le bien" et par un intellect déterminé à ne rien croire qui dépasse la raison, peut être cosmopolite. Or, la réalité est que nous sommes constitués de chair, de sang et d'émotions qui forment notre identité, en partie issue de l'endroit où nous sommes nés. Personne (ou presque) ne peut s'affranchir de cette relation physique, "géographique".

Tout aussi idéaliste doit être considéré le vœu d'une "identité européenne", quand bien même la notion de "citoyenneté nationale" est durablement contestée. Les égoïsmes locaux et nationaux demeurent très forts, et d'aussi vertueux programmes que celui d'Erasmus - modules de formation dans les pays de l'Union européenne, grâce auxquels chaque étudiant détenteur d'une identité dite nationale revient enrichi de sa confrontation à d'autres identités dites nationales - ne les atténuent qu'à la marge. La résurgence des revendications identitaires locales ou régionales dans certains pays d'Europe est une réalité... d'ailleurs contrastée. En effet, lorsqu'elle est contenue au folklore, il me semble qu'elle est parfaitement inoffensive, et même doit être encouragée. Mais lorsqu'elle se manifeste par des appels, chez les Catalans, à ne pas partager les eaux de l'ET bre avec les Andalous, par des mouvements séparatistes en Belgique, ou par la détermination, chez certaines élites d'Italie du Nord, de ne plus financer l'économie des Pouilles ou de la Calabre, elle devient extrêmement dangereuse.

La citoyenneté ne s'exprime pas par le sang ou par le sol, mais par l'engagement civique. Celui-ci résulte de la loyauté que l'on manifeste à l'égard de la communauté dont on attend les droits et dont on accepte les devoirs, et cette loyauté est elle-même commandée par un serment. Une organisation démocratique doit être dessinée qui favorise cet accomplissement, qui agrège l'efficacité de la démocratie et l'efficacité de la citoyenneté. Vous circonscrivez à l'éducation et à la fiscalité les deux principaux chantiers à conduire dans ce sens d'une démocratie au service de la citoyenneté. Effectivement, l'exercice de l'impôt participe de manière fondamentale à la construction de toute citoyenneté. Faire accepter la nécessité et l'utilité de s'acquitter de l'impôt constitue l'une des meilleures parades à la fraude - dont vous proposez de punir de la déchéance de nationalité les auteurs d'infractions majeures. Sur quelle base peut-on réformer le système fiscal afin que la perception de sa nécessité, de son utilité et de sa justice s'impose dans les consciences, et ainsi sustente l'appartenance citoyenne ?

Le système fiscal conditionne et, sur un autre plan, éclaire et rend présent et concret le système de solidarité. Une théorie de l'impôt, c'est bel et bien une conception de la société et de ses liens. Tous les penseurs du passé l'ont déclaré, rien n'a changé. "Autant tu paies d'impôt, autant tu as d'action publique." La santé de la communauté politique dépend en grande partie de la politique fiscale. Accepter ces principes, c'est considérer que l'impôt doit être clair pour être compris et accepté. 

De grandes orientations et d'importants choix sont à déterminer, qui tous servent à renforcer l'exercice de citoyenneté. Parmi eux : la fin de l'exemption - être "inimposable". Qu'en France moins d'un foyer fiscal sur deux s'acquitte de l'impôt sur le revenu - pourtant le seul lisible - est délétère ; absolument tous les citoyens, y compris les allocataires du RSA, devraient apporter leur contribution, même symbolique, à la solidarité et à la collectivité. Cela permettrait également de supprimer les effets de seuil, par la faute desquels l'intéressé peut se retrouver simultanément à être imposable et à perdre les avantages liés à la non-imposabilité. Cette fin des exemptions fiscales pourrait être compensée par une révision des taux et notamment des premiers taux de l'échelle. Ainsi, les éléments du blocage récurrent de toute réforme fiscale ambitieuse seraient levés.

Un système fiscal "citoyen" doit être clair, simple, lisible, juste, valable pour tous, responsabilisant. Et ceux qui le trompent doivent faire l'objet d'une répression implacable. Inspirons-nous du modèle américain : les taux d'imposition y sont contenus, mais malheur aux fraudeurs ; ils rejoignent les geôles, et souvent pour longtemps.
"Les montages très problématiques d'Ernest-Antoine Seillière et de ses acolytes chez Wendel datent de 2007 et n'ont toujours pas été jugés dix ans plus tard." Ainsi illustrez-vous l'extrême mansuétude qui profite au traitement judiciaire des crimes en "col blanc" et ternit au sein de la société la perception de citoyenneté. Les rédacteurs des lois étant eux-mêmes exposés auxdits délits, est-il crédible d'espérer mettre fin aux indulgences, collusions et compromissions ?
Que 14 ans après avoir initié un montage financier, baptisé Solfur, grâce auquel un gain net de 315 millions d'euros fut généré après un investissement de départ de moins d'un million d'euros, que six ans après qu'une information judiciaire ait été ouverte, que près de deux ans après que le parquet financier eut conclu au délit, aucun procès ne se soit encore tenu contre le très puissant ex-président du Medef et de Wendel est symptomatique. Et proprement inimaginable. Le quidam incarcéré six mois après un jugement hasardeux en comparution immédiate appréciera... Voilà une nouvelle illustration du processus de transformation de l'Etat-providence en Etat guichet : les prétendus représentants du peuple, qui sont pour la plupart des politiciens professionnels et pour beaucoup issus d'une Ecole nationale d'administration qu'il faut impérativement supprimer - ce qui ne s'annonce pas être une priorité, bien au contraire même si l'on se réfère aux cursus des nouveaux gouvernants -, écrivent les lois à leur profit, introduisent des dispositions avantageuses pour leur corporation via quelques amendements discrets, s'arrangent "catégoriellement" en se fabriquant des "régimes spéciaux" sur mesure. Songez que 20 ans de présence au Sénat garantit une retraite à taux plein... Comment, dans ces conditions, être crédible pour dénoncer les privilèges des agents de conduite de la SNCF, des pilotes de ligne ou des contrôleurs aériens ?

Dans cette organisation si morcelée de la société, chacun avance ses pions pour qu'ils profitent à son intérêt catégoriel ; les parlementaires sont simplement mieux outillés pour réaliser cette quête. La porosité de cette caste avec d'autres également dirigeantes, notamment dans le monde économique, favorise les collusions d'intérêts. Peut-on y faire face ? Je l'ignore. La plupart des parades sont étonnamment simples à imaginer et à mettre en oeuvre, mais la force de résistance des publics "menacés" est considérable. Surtout lorsqu'elle s'allie à un périmètre de pouvoir substantiel.
"L'état de santé" de la citoyenneté en France apparaît comme "un" élément de la radiographie sociale, sociétale, humaine, même civilisationnelle, il "dit" substantiellement de la volonté et de la capacité individuelles et collectives de créer et de bâtir ensemble, et même, comme notre dialogue l'introduit, de vivre ensemble. Le malade est au plus mal...

C'est incontestable. Mais ce n'est pas définitif. Le monde est un mouvement perpétuel, qui périodiquement brille et s'affaisse, progresse et stagne - voire recule. A l'usure ou à la dégradation momentanée, il existe des pansements, des remèdes, dont la nature et la puissance sont adaptées à l'ampleur du mal. Ce XXIe siècle est celui d'un changement monumental de paradigme, d'un contexte de révolution. Oui, nous sommes potentiellement en révolution, et il est l'heure de nous mettre concrètement en révolution. Juguler le déclin intellectuel et moral est à ce prix.
Yves Michaud, "Aux armes, citoyens !" (L'Aube, 96 pages, 9,90 euros)