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samedi 15 février 2020

Municipales 2020: LREM, un si mauvais départ

Dissidences, refus de porter l'étiquette ou défection au bureau exécutif: peut-on pire ?


“Les municipales, ça va être un sacré bordel"




Voilà comment - dès la mi-novembre dernier - un parlementaire En Marche évoquait déjà le scrutin de mars 2020, bien avant la cacophonie des deux candidats LREM pour la seule mairie de Biarritz ou l'affaire sordide des films porno de Benjamin Griveaux, candidat en mauvaise posture pour la mairie de Paris, masturbateur actif et harceleur impuni de jeune femme par sextos, pris en flagrant délit, présenté comme "victime" d'un complot russe

L'activité sexuelle de Griveaux aurait porté un coup à la démocratie!
La diffusion de ses sex-tapes aurait ébranlé LREM - "une déflagration", selon Stanislas Guerini, tête du parti présidentiel, crâne dégarni comme... Comme quoi, au fait? -   , sans toucher Macron, aurait pu dire Chirac... 

Le baptême du feu de LREM est un feu d'artifices pour le parti présidentiel ! Mais ses premières élections municipales depuis la grande recomposition politique créée par la candidature du pilleur de nids, le coucou Macron, en 2017 s’annonçaient déjà compliquées il y a trois mois et même quatre, depuis la dissidence de Cédric Villani (LREM). 
Entre dissidences dans des villes symboliques comme Paris ou Lyon, candidats qui ne veulent plus de l’étiquette En Marche!  comme à Lille ou cas locaux qui font bondir des poids lourds du parti, comme à Chelles (Seine-et-Marne), le parti du président ne s'est jamais mis en marche et l'élection intermédiaire de 2020 ne s’annonce pas sous les meilleurs auspices. 

A quatre mois du scrutin, le HuffPost dressait un tableau pitoyable.

Le cas Villani fait tache d'huile
A Paris, ville symbolique que Macron aimerait ravir à la maire sortante socialiste Anne Hidalgo a donné le signal de la retraite dès la rentrée de septembre. La dissidence de Cédric Villani qui n’a pas accepté la décision de l'Elysée d’investir son rival Benjamin Griveaux a fait chanceler la stratégie du président jupitérien  dans la capitale. 
Divisé, le parti n'a cessé de peiner à rattraper la maire sortante dans les sondages: le candidat officiel de l'Elysée n'arrive que 3e, voire 4é, selon les enquêtes sur les intentions de vote. 
Une stratégie perdante qui n'a pas tardé à faire des petits. A Lyon, Metz ou Sens, dès septembre, des candidatures dissidentes surgissant et ce n’était pas fini: en février, quatorze députés (dont de nombreuses femmes) avaient pris leurs distances avec LREM.... Combien de femmes se sentant souillées par les sex-tapes de Griveaux vont-elles faire gonfler la liste?

Les ex-socialistes de LREM refusent le rôle de supplétifs

A Montpellier, par exemple, le député LREM Patrick Vignal assure  qu’il se présentera quoiqu’il arrive à l’Hôtel de Ville, même sans l’investiture de son parti qui doit se pencher sur le cas de la ville jeudi 14 novembre.
"J’incarne les valeurs d’En marche!, avançait-il imprudemment... je n’ai pas quitté le PS pour enfiler des perles. J’irai jusqu’au bout”, avait très tôt lancé ce soutien de Macron à l’Assemblée nationale, avant d’ajouter dans un sourire: "S’ils me virent, c’est leur problème, mais ils ne virent pas...".
“Dans l’ancien monde, Cédric Villani aurait été exclu”, répond, à propos du cas parisien, le jeune secrétaire d’Etat Gabriel Attal, invité du “Grand rendez-vous” sur Europe1 et CNews le 10 novembre, mais on croit encore qu’un rassemblement est possible”, assurait cet ancien membre d’un cabinet ministériel socialiste.

Les candidats s'émancipent et avancent masqués.
Outre son absence d'assise populaire locale - que Bayrou propose de tenter de pallier par d'âpres négociations - l’un des problèmes du parti présidentiel, c'est le manque de discipline consentie, qui menace de s'amplifier sous la loupe des 36.000 scrutins locaux. Par exemple, nombreux sont ceux qui prennent l’étiquette En Marche! pour s’en débarrasser juste après, selon la presse. 
La vérité, c'est que l'exécutif a en fait recommandé à ses candidats de dissimuler leur appartenance: en cultivant le flou, Macron espère tromper l'électorat, comme il l'a fait en floutant jusqu'au dernier moment son projet de réforme des retraites.

Ce fut le cas à Lille où la candidate LREM, Violette Spillebout, s’est empressée de prendre ses distances avec le parti macronien devant la presse quelques mois après avoir reçu l’investiture officielle. L’ex-directrice de cabinet de Martine Aubry a déclaré en novembre ne pas vouloir être "le soldat d’un président de la République tout-puissant". Elle a précisé que "les logos vont disparaître” de ses affiches et tracts, après avoir reçu le sceau LREM par la commission nationale d’investiture (CNI).
"Tous ils font ça”, se désole Patrick Vignal. “Il y a quand même une politique de faux cul dans nos élus: je prends la marque pour la contenir et dès que j’ai la marque je deviens ‘citoyen’", moque ce vieux singe de la politique à qui on n'apprend pas à faire des grimaces. 

Macron verse dans la tambouille politicienne
"Lille est un cas classique”, abonde un autre député macroniste qui préfère requérir l’anonymat: "lls pensent que l’étiquette LREM n’est pas porteuse aux municipales, alors qu’il faudrait des étiquettes partout!", se lamente cet élu. 
C’est l’un des autres problèmes pour ce scrutin auquel fait face le parti du président sorti de nulle part : le manque de  lisibilité, mais aussi de cohérence dans les alliances passées selon les villes

Pressée par Edouard Philippe et les juppéistes qui font vivre la majorité, LREM a changé de stratégie avant l’été. Sous la pression d’élus et de ténors (tel Bayrou) plus expérimentés ou plus ancrés (MoDem), le parti de Macron s’est résolu à ne plus imposer des candidats LREM partout, mais à soutenir localement des barons locaux sortants "Macron-compatibles", pour sauver la face. Et la circulaire Castaner est assez explicite à cet égard. Lien PaSiDupes : Municipales: la circulaire scélérate de Castaner
Résultat, une stratégie peu lisible où, selon les coins, LREM soutient des maires sortants, qu’ils soient de droite, comme le juppéiste Jean-Luc Moudenc  (LR) à Toulouse ou de gauche, comme Guy Férez (PS) à Auxerre qui se présente sans étiquette, mais qui est soutenu “en même temps” par le PS et LREM.
"Ça crée de l’invisibilité, surtout que les accords se font sans contrepartie", regrette ce même élu, toujours sous couvert d’anonymat - mais en pleine possession de sa liberté d'opinion ! - comme si la critique publique était de plus en plus mal au sommet du parti présidentiel.

Autre risque : "les maires vont nous la faire à l’envers"

Si les électeurs ne sont pas matures (comme le pense Macron, d'expérience), sur le long terme, LREM va créer des déceptions profondes et durables sur le terrain. Dans plusieurs villes, des candidats très implantés n’ont pas été choisis par la direction, ce qui a pu jeter de l’huile sur le feu et, plus grave, des aigreurs.
Comme en Seine-et-Marne à Chelles, où  les marcheurs locaux ne marchent plus depuis la décision de soutenir le maire sortant LR Brice Rabaste, ancien directeur de cabinet de Jean-François Copé. "Comment va-t-on réussir à s’implanter dans la durée si on apporte notre soutien à des maires sans aucune condition?" se lamente l’un des déboussolés. 
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Soutien de son ancien assistant parlementaire Hadrien Ghomi (ci-contre, qu'il a récompensé du poste de secrétaire général du groupe LREM au Sénat)  contre Brice Rabaste, le sénateur François Patriat est excédé. Il a d’ailleurs claqué la porte du bureau exécutif de LREM qui valide les choix de la CNI, le 23 octobre.
“Le problème d’En Marche au niveau local, c’est qu’on nous dit ’vous allez soutenir les maires sortants’ qui n’ont, eux, jamais soutenu En marche à aucune élection et qui, à la prochaine présidentielle vont nous la faire à l’envers en soutenant un autre candidat qu’Emmanuel Macron”, s’agace ce marcheur de Seine-et-Marne qui pourrait soutenir une liste dissidente à Chelles si elle était lancée. 

"On a eu la marque honteuse" (Patrick Vignal, député LREM et candidat à Montpellier)
Mêmes impressions dans le sud de la France. Candidat à Montpellier, le député LREM Patrick Vignal (ci-contre à gauche) n’est pas d’accord avec la stratégie de la facilité consistant à "vouloir beaucoup d’élus locaux, 10.000, en soutenant des maires sortants".
"On n’a pas eu de stratégie concurrente, gagnante", regrette le transfuge du PS. "Nous aurions dû nous compter au premier tour. Il fallait faire comme aux législatives, quand Macron osait faire les choses et mettre des candidats partout", insiste cet élu de 61 ans. "Pour les municipales, on n’a pas osé et on a eu la marque honteuse. C’est l’erreur que nous avons faite: jouer placé au lieu de jouer gagnant", tance le député Vignal, avec la métaphore du tiercé.
 
"LREM est un mouvement très jeune", tente de justifier Gabriel Attal au micros d’Europe1 et de Cnews. "On aborde ces élections avec une forme de page blanche", reconnaît le secrétaire d’Etat qui n'ambitionne pas plus de quatre scrutin et quatre pages à son livre: une nouvelle ! “On est engagés avec des alliés comme le MoDem qui sont ancrés depuis longtemps, donc forcément ça peut frotter quelques fois”, admet-il. 

Déconnectés des territoires et de la France profonde
Des “frottements” qui font grincer les articulations de la marche dans de nombreux départements. 
A Sens (Yonne), ce n’est pas une alliance avec le MoDem mais avec le Mouvement radical qui a du mal à passer. En septembre, la députée LREM Michèle Crouzet, refusée par la commission d’investiture contre sa rivale radicale, dit tout haut ce que les élus du pouvoir central n'osent dire tout bas, estimant alors publiquement au micro de Europe1 que le président de la commission d’investiture - Alain Richard, cravate rose ci-dessus (photo 1) à gauche (avec Marie Guévenoux, veste rose au centre) - est "déconnecté des territoires" et que les dirigeants d’En Marche ne sont pas assez "à l’écoute" du terrain. Et, cas classique, elle annonce qu’elle sera candidate quand même. 
Depuis, Mediapart a rappelé que Claude Vivier Le Got (qui floute jusqu'à son âge), la candidate choisie par le parti présidentiel pour Sens, a été condamnée à un an d’inéligibilité en 2015 après l’invalidation de ses comptes de campagne des municipales 2014 et met au jour de possibles “détournements d’argent” de son entreprise à des fins personnelles. Une situation locale qui pourrait donc évoluer si les magistrats qui s'occupent du cas Balkany porte leur regard sur ce sujet...

Pendant ce temps-là à Marseille, selon La Provence,
huit candidats potentiels ont été désignés dans les différents secteurs de la ville et un “envoyé spécial” de la CNI, Jean-Marc Borello, est en mission sur place pour trouver la bonne pioche. 
Au milieu de ce grand bazar, pas sûr que les Français devront y retrouver leurs petits. 

samedi 30 novembre 2019

Les Républicains (LR) réunit son Conseil national pour "relever la tête"

Les investitures aux municipales de 2020 créent des dissidences aussi bien à LR qu'à LREM 

'Les Républicains', qui appartient à la majorité au Parlement  de Strasbourg, réunit son Conseil national ce weekend

L'objectif, samedi à Paris, est de "relever la tête" à quatre mois des municipales. Mais le temps est aux dissidences, comme on peut en constater une quinzaine dans les rangs de la majorité présidentielle, et de nouvelles, programmées pour ce moment, risquent d'être annoncées en sorte de brouiller le message de rassemblement du nouveau président Christian Jacob.

Le Conseil national, sorte de parlement du parti convoqué deux fois par an, se tient quelques semaines après l'élection de Christian Jacob, qui a succédé à Laurent Wauquiez.

"On va essayer d'être les plus interactifs possible et de supprimer les discours" promet Christian Jacob, chiraquien historique et ancien chef des députés LR à l'Assemblée, qui travaille depuis son arrivée à reconstruire le parti en s'appuyant sur sa base.

400 personnes sont attendues à 14h00 au siège du parti, rue de Vaugirard, et non pas à La Mutualité où ce type de réunion a habituellement lieu - ce qui permet au parti d'éponger une partie des 200.000 euros qu'avait coûté l'élection imprévue.

Une séance de questions-réponses avec la salle et la présentation d'une "nouvelle méthode de travail" sont au programme de ce "conseil national de lancement", autour de 12 thématiques, explique la présidente de l'instance, Annie Genevard.
Autorité de l'Etat, emploi, mais aussi réchauffement climatique ou fractures territoriales: "on va retrouver nos fondamentaux sur le régalien, mais on va aussi sur des pistes de plus en plus importantes aux yeux des Français et qui sont à nos yeux mal traitées ou insuffisamment traitées," ajoute A. Genevard.
Chacun de ces forums, piloté par un vice-président, planchera une fois par mois avec des représentants du terrain (élus, société civile) jusqu'à un "congrès des idées" prévu début juillet.

Pour A. Genevard, il faut "que la droite, absente du deuxième tour de la présidentielle en 2017, relève la tête. Jusqu'à présent, elle courbait l'échine sous le coup de défaites électorales. Je voudrais qu'avec ce Conseil national la droite porte un nouveau regard sur elle même et se dise oui, nous pouvons redevenir une force d'alternance".

Christian Jacob, qui n'a pas oublié son passage à la tête de la CNJA (le syndicat "jeunesse" de la FNSEA) dans les années 1990, veut aussi
mettre sur les rails un "grand mouvement de jeunesse" à l'horizon de la rentrée 2020.
L'ambition est claire: "qu'on soit le premier parti politique à avoir un vrai mouvement de jeunesse qui soit autonome dans son budget, ses actions et sa gouvernance", affirme Jacob, un président qui s'est engagé à ne pas se présenter à la présidentielle de 2022.
Avant le Conseil, une centaine de Jeunes LR ont appelé par voie de presse à "la refondation d'une droite sociale, attachée au mérite et à l'égalité des chances, résolument soucieuse des plus précaires".

Les démissions à LREM briseront-elles les illusions des Macron-compatibles ?
Comme les députés socialistes déçus du macronisme et démissionnaires, les juppéistes passés à LREM réalisent que les macroniens ne les considèrent pas et les tiennent loin des décisions. L'herbe n'est pas toujours plus verte chez les autres...  

Le président de la fédération de l'Hérault, Sébastien Pacull, vient de démissionner, suite au choix de LR de soutenir le maire sortant de Sète, soutien de Macron. S. Pacull pourrait présenter sa propre candidature à la mairie, à la tête d'une liste "d'union des droites" soutenue par le RN.

A Marseille, le président de l'influente fédération des Bouches-du-Rhône, Bruno Gilles, a refusé de se retirer devant sa rivale Martine Vassal, présidente du conseil départemental depuis 2015 et présidente de la métropole d'Aix-Marseille-Provence depuis 2018, et choisie par LR pour les municipales.

A Paris aussi les arbitrages d'investitures à la municipale conduisent à des dissidencesvendredi, le maire LR du XVIIe Geoffroy Boulard vient de lancer sa campagne sans référence à aucun parti, ni même à la droite ni au centre.

Et Christian Jacob compte les défections de députés LREM las des mauvais traitements et des choix politiques de Macron, singulièrement depuis son projet d'encadrement de l'attribution de l'AME (aide médicale de l'Etat - en fait, du contribuable - , un dispositif permettant aux étrangers en situation irrégulière de bénéficier d'un accès aux soins). Lien PaSiDupes : Immigration et santé : des députés LREM veulent maintenir en l'état l’accès aux soins des clandestins
 
Ajoutées à son "manque d'ancrage territorial", ces démissions donnent du parti du président une image déplorable que confirment les sondages. Lien PaSiDupes : Réforme des retraites : deux Français sur trois soutiennent la grève du 5 décembre

mardi 12 novembre 2019

Municipales 2020: LREM, un si mauvais départ

Dissidences, refus de porter l'étiquette ou défection au bureau exécutif: peut-on pire ?

"Les municipales, ça va être un sacré bordel"

Résultat de recherche d'images pour "gUERINI LREM"
Guérini, bof !

Voilà comment un parlementaire En Marche! évoquait le scrutin de mars 2020 il y a quelques semaines. Et pour cause.
Les premières élections municipales depuis la grande recomposition politique imposée par l’élection de Macron en 2017 s’annoncent compliquées pour le parti présidentiel. 
Entre dissidences dans des villes symboliques comme Paris ou Lyon, candidats qui ne veulent plus de l’étiquette, comme à Lille ou cas locaux qui font bondir des poids lourds du parti comme à Chelles (Seine-et-Marne), l’élection intermédiaire de 2020 ne s’annonce pas sous les meilleurs auspices.  
Question maillage, LREM est une passoire : le mouvement ne compte que trois maires de communes de plus de 70 000 habitants (Lyon, Besançon, Nouméa)...

Le cas Villani fait tache d'huile

Ville symbolique que Macron aimerait ravir à la maire sortante socialiste Anne Hidalgo, Paris a donné le ton dès la rentrée de septembre. La dissidence de Cédric Villani, qui n’a pas accepté la décision de LREM d’investir son rival Benjamin Griveaux, met à mal la stratégie présidentielle dans la capitale. 
Divisé, le parti peine à rattraper la maire sortante dans les sondages. Une stratégie perdante qui commence à faire des petits. A Lyon, Metz ou Sens, des candidatures dissidentes se font jour et ce n’est pas fini.

Les ex-socialistes refusent les seconds rôles 

A Montpellier, par exemple, le député LREM Patrick Vignal assure qu’il se présentera quoiqu’il arrive à l’Hôtel de Ville, même sans l’investiture de son parti qui doit se pencher sur le cas de la ville jeudi 14 novembre.
“J’incarne les valeurs d’En marche!, je n’ai pas quitté le PS pour enfiler des perles. J’irai jusqu’au bout”, fait savoir ce soutien d’Emmanuel Macron à l’Assemblée nationale, avant d’ajouter dans un sourire: "S’ils me virent, c’est leur problème, mais ils ne virent pas...".
"Dans l’ancien monde, Cédric Villani aurait été exclu", répond, à propos du cas parisien, le jeune secrétaire d’Etat Gabriel Attal de Couriss, invité du “Grand rendez-vous” sur Europe1 et CNews le 10 novembre, mais on croit encore qu’un rassemblement est possible”, assure ce 'Macron boy' (compagnon de Stéphane Séjourné, conseiller politique de Macron), un ancien membre de cabinet ministériel socialiste, celui de Marisol Touraine.

Les candidats s'émancipent 

C’est pourtant l’un des problèmes du jeune parti présidentiel, c'est l'arrivisme : les nouveaux venus ont les dents longues et manquent de discipline, qui, par un effet loupe, transparaît dans ces 36.000 scrutins locaux. Par exemple, nombreux sont ceux qui ont pris l’étiquette En Marche! aux législatives pour s’en débarrasser aux municipales.

Ce fut le cas à Lille où la candidate LREM, Violette Spillebout, s’est empressée de prendre ses distances avec le parti macronien devant la presse quelques mois après avoir reçu l’investiture officielle.
L’ex-directrice de cabinet de Martine Aubry a déclaré en novembre ne pas vouloir être "le soldat d’un président de la République tout-puissant". Elle a précisé que "les logos vont disparaître" de ses affiches et tracts, après avoir reçu le sceau LREM par la commission nationale d’investiture (CNI).
Un binôme complémentaire et doté d’une certaine expérience politique est pourtant à la tête de la CNI.


Marie Guévenoux députée de l'Essonne (43 ans, secrétaire générale de la campagne d’Alain Juppé pour la primaire de 2016, avant de rejoindre La République En Marche!) et Alain Richard (74 ans, PSU puis PS et ministre de la Défense entre 1997 et 2002) , membres du Bureau Exécutif de LREM en charge des élections municipales, co-présideront la CNI. Tous les deux, de par leurs parcours et leurs origines politiques, incarnent la stratégie de recomposition politique poursuivie par la majorité : nécessité oblige ! Ce sont eux qui, pendant ces trois derniers mois, ont piloté les premières auditions de tous les Comités Politiques départementaux (COPOL).
"Tous, ils font ça", se désole Patrick Vignal. "Il y a quand même une politique de faux cul dans nos élus: je prends la marque pour la contenir et dès que j’ai la marque je deviens ‘citoyen’ ", moque ce briscard de la politique qui en a vu d’autres au parti socialiste. 

"Il faudrait des étiquettes LREM partout!"

“Lille est un cas classique”, abonde un autre député macronien qui préfère requérir l’anonymat: "lls pensent que l’étiquette LREM n’est pas porteuse aux municipales, alors qu’il faudrait des étiquettes partout!”, se lamente cet élu. 
C’est l’un des autres problèmes auquel fait face le parti mouvement de Macron pour ce scrutin: le manque de cohérence entre les alliances passées selon les villes. L'opportunisme de la société civile !

Pressée par Edouard Philippe et les juppéistes au sein de la majorité, LREM a changé de stratégie avant l’été. Sous la pression d’élus et de ténors plus expérimentés ou plus ancrés, le parti d’Emmanuel Macron s’est résolu à ne plus imposer des candidats LREM partout, mais à soutenir localement des barons locaux sortants “Macron-compatibles”.
Résultat, une stratégie peu lisible où, selon les zones, LREM soutient des maires sortants, qu’ils soient de droite, comme le LR Jean-Luc Moudenc à Toulouse ou de gauche, comme le socialiste Guy Férez à Auxerre qui se présente sans étiquette, mais qui est soutenu “en même temps” par le PS et LREM.
”Ça crée de l’invisibilité, surtout que les accords se font sans contrepartie”, regrette ce même élu, toujours sous couvert d’anonymat, comme si la critique publique était de plus en plus mal vue au sein du parti présidentiel.

"Les maires vont nous la faire à l’envers"

Autre risque, sur le long terme, créer des déceptions sur le terrain. 
Dans plusieurs villes, des candidats très implantés n’ont pas été choisis par la direction, ce qui a pu jeter de l’huile sur le feu.

Comme à Chelles, en Seine-et-Marne où la décision de soutenir le maire sortant LR Brice Rabaste, ancien directeur de cabinet de Jean-François Copé ne passe pas du tout chez les marcheurs locaux. "Comment va-t-on réussir à s’implanter dans la durée si on apporte notre soutien à des maires sans aucune condition?" regrette l’un d’entre eux.
  
Très agacé par ce cas, le sénateur François Patriat qui soutenait son ancien collaborateur Hadrien Ghomi contre Brice Rabaste a d’ailleurs claqué la porte du bureau exécutif de LREM qui valide les choix de la CNI, le 23 octobre, selon des informations du Parisien.
"Le problème d’En Marche au niveau local, c’est qu’on nous dit ’vous allez soutenir les maires sortants’ qui n’ont, eux, jamais soutenu En marche à aucune élection et qui, à la prochaine présidentielle vont nous la faire à l’envers en soutenant un autre candidat qu’Emmanuel Macron", s’agace ce marcheur de Seine-et-Marne qui pourrait soutenir une liste dissidente à Chelles si elle était lancée. 

Candidat à Montpellier, le député LREM Patrick Vignal n’est pas d’accord avec la stratégie qui consiste à "vouloir beaucoup d’élus locaux, 10.000, en soutenant des maires sortants".
"On n’a pas eu de stratégie concurrente, gagnante", regrette le transfuge du PS. "Nous aurions dû nous compter au premier tour. Il fallait faire comme aux législatives, quand Macron osait faire les choses et mettre des candidats partout", insiste cet élu de 61 ans. "Pour les municipales, on n’a pas osé et on a eu la marque honteuse. C’est l’erreur que nous avons faite: jouer placé au lieu de jouer gagnant", tance le député Vignal, avec la métaphore du tiercé.  

"LREM est un mouvement très jeune", justifie Gabriel Attal à l’antenne d’Europe1 et de Cnews. "On aborde ces élections avec une forme de page blanche", reconnaît le secrétaire d’Etat. "On est engagés avec des alliés comme le MoDem qui sont ancrés depuis longtemps, donc forcément, ça peut frotter quelques fois", admet-il. 

Déconnectés des territoires

Des “frottements” qui font grincer des dents dans de nombreux départements. 

A Sens (Yonne), ce n’est pas une alliance avec le MoDem mais avec le Mouvement radical qui a du mal à passer. En septembre, la députée LREM Michèle Crouzet, refusée par la commission d’investiture contre sa rivale radicale, estime alors publiquement au micro de Europe1 que le président de la commission d’investiture [Alain Richard] est "déconnecté des territoires" et que les dirigeants d’En Marche! ne sont pas assez "à l’écoute" du terrain. Et, cas classique, elle annonce qu’elle sera candidate quand même. 
Depuis, Médiapart a rappelé que Claude Vivier Le Got, la candidate choisie par le parti présidentiel à Sens, a été condamnée à un an d’inéligibilité en 2015 après l’invalidation de ses comptes de campagne des municipales 2014 et met au jour de possibles “détournements d’argent” de son entreprise à des fins personnelles. Une situation locale qui pourrait donc évoluer.

Pendant ce temps-là, à Marseille, huit candidats potentiels ont été désignés dans les différents secteurs de la ville selon La Provence, et un "envoyé spécial" de la CNI, Jean-Marc Borello, 61 ans, président du directoire du groupe SOS, une organisation française spécialisée dans l'entrepreneuriat social et qui regroupe des entreprises et des associations, à Aix-en-Provence, est en mission sur place pour trouver la bonne pioche. 

Au milieu de ce grand bazar, pas sûr que les Français lâchent la proie pour l'ombre.