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dimanche 1 mars 2020

Article 49.3 décidé: citoyens en colère devant l'Assemblée

Plusieurs centaines de manifestants se sont retrouvés dès samedi soir devant le Palais-Bourbon 

"Quand j’ai vu que le 49.3 était passé, c’était impossible de rester assis"...

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Des citoyens vigilants ont aussitôt protesté contre la décision de Macron portée samedi par son premier ministre et l'ensemble du gouvernement d'utiliser l'article 49.3 pour faire passer le projet de loi sur les retraites en force, sans vote des élus du peuple.

Peu après 17h00, Edouard Philippe a prononcé les mots écrits par Macron. Et dès 19h30, des manifestants se positionnent face aux CRS qui, soudain, reçoivent des ordres-radio et commencent à se mettre en mouvement. Sur le pont, les touristes sont remplacés par des quidams qui s’abordent et chuchotent: "Vous êtes là contre le 49.3 ?", "ils sont où, les autres ?", "J'sais pas, mais ça devrait arriver"...

Il est 19h45 et, de l’autre côté du pont, une foule d’une centaine de personnes apparaît subitement, sortie de nulle part. Les manifestants viennent de la Madeleine et se dirigent vers l’Assemblée nationale où le premier ministre de Macron a annoncé un peu plus tôt le recours à l’article 49.3 pour faire passer la réforme des retraites et contourner la résistance parlementaire. L'obsession des municipales explique cette volonté d'aller vite : une enquête Elabe va venir confirmer que les Français applaudissent à tant de fermeté anti-parlementaire... 

Bonne enfant, la foule se met en marche d’un pas déterminé, chantant et agitant des drapeaux. A 50 mètres, elle est stoppée par des camions de CRS arrivés en toute hâte en renfort et qui se déversent sur la foule sous les caméras des derniers touristes.

"Paris, debout !"

Les colonnes de l’Assemblée nationale sont alors éclairées par des dizaines de gyrophares. Les CRS serrent les rangs derrière leurs boucliers face à des manifestants en formation de chaîne humaine. 
Un homme en robe d’avocat hurle avec la foule : "Paris, debout, soulève-toi !"

La foule compterait 600 personnes, selon un CRS. 
A la nouvelle, les manifestants ont laissé leur repas du soir, ainsi que femme et enfants. "Quand j’ai vu que le 49.3 était passé, j’ai dit à ma famille que ce soir, je ne passerai pas la soirée avec eux. C’était impossible de rester assis et d’attendre que d’autres manifestent pour moi," raconte un ingénieur de 38 ans.  
Certains sont venus de loin. Avec huit de ses amis, un agent de propreté de 35 ans est arrivé de... l’Oise, l'un des foyers de contamination du coronavirus. "On était tous en train de dîner chez nous, puis on a vu les infos, on s’est organisé. Bises aux femmes et aux gosses et puis hop, c’était parti." "Non, mais c’est abusé quoi, on se fout de notre gueule là avec ce 49.3 !"

Au bout de trois heures, le rassemblement s’est dispersé. 
Les manifestants se sont dirigés vers Châtelet, cherchant à poursuivre leur action.  "Délirant que les Parisiens ne soient pas là, ils font la fête plutôt que de se révolter," lâche l'un d'entre eux, désabusé.
Les Français auront ce qu'ils méritent... Et leurs enfants avec !

dimanche 24 novembre 2019

Parlement : Macron tue la démocratie dans l'oeuf

"On ne sert à rien", "on s'emmerde"!

Certains députés  commencent à se lamenter en public ou en privé. 

Résultat de recherche d'images pour "LREM applaudissement deputes debout"Faute de marge de manœuvre et d'autonomie, ils confessent leur déception à mi-mandat à l'Assemblée, pendant que d'autres confisquent le pouvoir dans l'hémicycle. Mais des députés LREM eux-mêmes refusent désormais de traîner leurs godillots plus longtemps.

C'est avant tout aux ralliés PS et LR qu'il apparaît désormais difficile d'exister. En 2017, certains arrivèrent avec l'espoir de changer le monde: "On nous avait présenté LREM comme un groupe de gens très ouverts, du 'nouveau monde'. Mais on se rend compte qu'ils ne veulent faire aucun compromis", égratigne Pierre Cordier (élu apparenté LR des Ardennes, avec le soutien de l'UDI), qui assure cependant ne pas avoir le "blues" et jouer son rôle de "contrôle" en commission.

Depuis la crise des Gilets Jaunes et le "grand" débat national, la volonté affichée par la majorité de mieux tenir compte des oppositions ne se concrétise pas.

La majorité présidentielle rejette tout amendement de l'opposition.
Très peu d'amendements de la droite comme de la gauche sont retenus, malgré leur nombre souvent record sur les textes de loi. A cet égard, l'adoption d'une proposition de loi des Républicains en faveur du bracelet anti-rapprochement pour les conjoints violents fait figure d'exception. Les "marcheurs" ont été pris de court, mi-octobre, en plein Grenelle des violences conjugales. 

Ainsi, sur le budget qui occupe presque tout l'automne, "on ne sert à rien" et "c'est désespérant", a lâché la cheffe de file des députés PS Valérie Rabault sur Public Sénat. Son groupe préfère désormais "mener des actions plus locales" autour de ses propositions, par exemple sur l'hôpital en crise.

Temps fort au Palais Bourbon, la séance des questions au gouvernement ne satisfait pas davantage dans sa nouvelle formule restrictive, uniquement le mardi et non plus en deux temps
Le temps de parole a été pourtant accru pour les oppositions, et un "droit de réplique" créé. Mais la séance, sur plus de deux heures, est perçue comme trop longue. "On se fait chier!", balaie une collaboratrice.
Cette attachée parlementaire se dit d'ailleurs "nostalgique des coups politiques" des précédentes législatures. 

Si les députés LREM se montrent moins souvent "godillots" qu'au début, ils rentrent vite dans le rang, sous la menace de représailles au moment des investitures. Sur l'aile gauche, Stella Dupont reconnaît qu'"on n'est pas toujours assez ferme, pas suffisamment exigeant parfois" à l'égard de l'exécutif, plus "expérimenté".

Sa collègue LREM Perrine Goulet, engagée pour la protection de l'enfance, a aussi l'impression "de devoir se battre constamment pour être entendue" et voudrait que le gouvernement "écoute plus les élus des territoires".

Certains députés ont cependant trouvé comment utiliser la caisse de résonance du Parlement 

Résultat de recherche d'images pour "LREM deputés godillots"La jeune garde LR, cette dizaine d'élus arrivés en 2017, est très présente en séance et attaque au bazooka. L'un d'eux, le secrétaire général de LR à la présidence du parti, version Jacob, Aurélien Pradié, 33 ans, vient d'être promu secrétaire général de son parti. 

A l'autre bout de l'hémicycle aussi, les Insoumis, bien que seulement 17,  usent des réseaux sociaux pour mettre en lumière leurs interventions à coup de formules chocs ou "happenings".

Réduits à une trentaine et n'ayant plus la main, les socialistes restent atones, semblant eux ne pas encore avoir digéré le bouleversement de 2017. "Le PS est assez éteint. Il y a des bosseurs et des gens remarquables, mais on ne les entend pas. Ils ne font pas le buzz comme les Insoumis", tente de justifier un ex-socialiste passé chez LREM.

Ex-conseiller de François Hollande à l'Elysée, leur porte-parole Boris Vallaud, avoue s'interroger sur son rôle, compte tenu de la faiblesse "institutionnelle" du Parlement français par rapport à l'Allemagne ou l'Angleterre.
"Est-ce que l'activisme des ONG comme Oxfam, Human Rights Watch ou Bloom sur la pêche électrique n'est pas plus efficace ? Est-ce que (l'économiste à succès Thomas) Piketty n'apporte pas plus?". Vive le lobbying !

Les municipales de mars seront-elles une voie de sortie idéale pour les déçus du Parlement macronien 

Au moins une quarantaine de députés seront candidats: une vingtaine chez LREM, une dizaine chez LR, six ou sept au MoDem, quatre au PS et un communiste. 
En épinglé un Parlement "décoratif", l'Alsacien Laurent Furst (LR), avoue rêver par exemple de retrouver son siège de maire à Molsheim.

mercredi 20 mars 2019

Sondage BFMTV-Elabe : 84% des Français condamnent les violences de l'ultra gauche, samedi dernier

A l'instar de Macron, Elabe et BFMTV mélangent les torchons et les serviettes

Pourtant spécialistes de l'instrumentalisation, les comparses ne distinguent pas les casseurs et les Gilets jaunes


Ils font se prononcer les Français sur des bases fausses.
Quelle différence d'intention avec les fake-news ou un complot anti-social, quand l'entreprise commerciale de sondage Elabe - en recherche de respectabilité introuvable en se qualifiant d' "institut" - a "exploré" [sic] l'évolution de la perception que les Français ont des gilets jaunes après la mobilisation particulièrement mouvementée de samedi dernier. A chaud et en contexte non représentatif, puisque les manipulateurs décrédibilisés assuraient que le mouvement s'essoufflait. Les pompiers professionnels savent quant à eux qu'un feu peut couver, mais que la reprise d'un vent de colère peut enflammer la zone inondée (de gaz lacrymogène). Les élites autoproclamées sont en revanche aveuglées par leur auto-suffisance condescendante et les arrogants néophytes se sont fait encercler par les flammes.

L'approbation du mouvement reste majoritaire (53%), mais BFMTV ne fournit pas ce chiffre.
Si la chaîne de Drahi occulte cette information issue d'une enquête qu'elle a pourtant elle-même financée, Elabe établit une comparaison avec la mobilisation  qui devait signer la mort du mouvement et peut ainsi annoncer une baisse de 8 points. 
Mais celles-ci importent peu face aux plaintes des commerces de luxe des Champs-Elysées. Casser des vitrines de bijouterie-joaillerie-horlogerie, de téléphonie ou de banques, c'est s'en prendre respectivement à Bernard Arnault et donc au groupe LVMH (Brigitte Macron est un cintre de Vuitton), à la maison de couture Christian Dior, à Chaumet, Bvlgari ou Fred, et et aux journalistes de Les Echos, Investir, Le Journal des Finances, Radio Classique et le quotidien Le Parisien : pourquoi, croyez-vous, Jannick Alimi est-elle si virulente ? la famille Pinault et donc aux marques de luxe Gucci, Yves Saint-Laurent, Boucheron, etc , comme au magazine Le PointPatrick Drahi (Altice France est (co-)propriétaire de plusieurs media dont Libération, L'Express, BFM TV et RMC) et Alain Weill (NRJ, Chérie FM, Nostalgie et Rire et Chansons)) qui détiennent entre autres BFM Business, RMC Story, RMC Découverte, BFM Parisà Free et à Xavier Niel, donc au groupe Le Monde, comme à Mediapart ou Bakchich, et Le Monde diplomatiqueTélérama, La Vie, Courrier internationalau banquier Matthieu Pigasse et encore au Groupe Le Monde (et au Huffington Post).
Cette presse insiste donc sur des "chutes" cycliques,  sans jamais constater de rebond de participation, comme le 16 mars pour l'Acte XVIII pourtant annoncé comme un "ultimatum" au pouvoir autiste.

Ils sont 70% à juger que les manifestants ont pris leurs distances - non pas avec les Gilets jaunes radicalisés - mais avec les premières revendications sociales et politiques de l'ensemble. 

Les mouvements inscrits dans la durée, après avoir éclos spontanément, depuis la base et sans encadrement politique ou syndical, s'exposent toujours à une perte de vue leurs aspirations originelles. Soit dérive, soit évolution selon les circonstances, les objectifs initiaux peuvent changer ou se perdre en route. A plus forte raison quand une mobilisation est historique en dépassant quatre mois. 
Selon ce sondage Elabe "L'Opinion en direct" que diffuse BFM ce mercredi matin, 6% de Français ont le sentiment que les manifestations de gilets jaunes se sont éloignées de leurs premières revendications, en quasiment un mois, par rapport au 13 février dernier. Ils sont 30% à affirmer au contraire que les mécontents campent fermement sur leurs volontés initiales.

Recueillir par Internet le ressenti des sondés n'est pas très scientifique.
Elabe évoque une "impression générale d'éloignement"... 
L'impression que les gilets jaunes se seraient "dégagés de leurs buts de novembre dernier est générale," assure la chaîne d'info en continu. Elle est particulièrement forte chez les personnes de 65 ans et plus qui en font part à hauteur de 81%, et les classes sociales supérieures - sans surprise - avec un score de 73%. L’opposition et l’hostilité au mouvement est la plus forte chez les sympathisants de La République en Marche (73%, -1). On ose espérer que le quota de députés LREM ou de hauts-fonctionnaires est infinitésimal...

Géographiquement, cette analyse est très partagée dans l'agglomération parisienne, 75% des Franciliens se prononçant en le sens du questionnaire Elabe, et parmi les populations des grandes agglomérations, avec à nouveau un taux de 73%.


Comme le "grand débat" de Macron retransmis semaine après semaine est un lavage de cerveau, les images des chaînes d'info en continu pèsent sur l'opinion

En république, ce diagnostic est presque unanime dans le paysage politique, si on examine la question électorat par électorat. 90% des Français proches des Républicains pointent cet éloignement supposé. 88% des sympathisants de La République en marche en font autant. 68% des Français sans affiliation partisane, et une proportion égale de socialistes, le disent également. Même au sein des familles politiques les plus favorables au mouvement, on reconnaît majoritairement cette évolution: 61% des électeurs du rassemblement national et 56% des partisans de la gauche non socialiste, dont bien sûr ceux de la France insoumise. La violence fait le buzz mais les sympathisants du mouvement se désolidarisent-ils des Gilets jaunes ou de l'ultra-gauche ?

Classes moyennes et retraités prennent leurs distances
Les mesures gouvernementales qui filtrent ne s'adressent pas à eux. Si ré-indexation des retraites il doit ainsi finalement y avoir, elle ne concernera qu'un frange infime des retraités.

Mais ne nous y trompons pas: cette prise de distance avec les origines ne se traduit nullement par un isolement des gilets jaunes vis-à-vis du reste de la population. L'approbation du mouvement est toujours majoritaire parmi les Français bien qu'un glissement significatif se soit évident opéré à chaud ces derniers jours. Ainsi, 53% de sondés volontaires par Internet approuvent le mouvement, soit qu'ils le "soutiennent" soit qu'ils aient de la "sympathie" pour lui, rappelons-le !  En revanche, 35% des Français, en hausse de sept points, se disent opposés ou hostiles aux gilets jaunes désormais. 12% assurent être indifférents. 

Le soutien des classes populaires ne se dément toujours pas. 
65% accordent toujours leur soutien aux manifestants, en baisse de deux points à peine. Le trou d'air se situe ailleurs. On l'observe en premier lieu au sein des classes moyennes où l'approbation tombe à 49%, après une perte de cinq points. Les personnes âgées sont plus craintives encore, n'étant plus que 44% aux côtés des gilets jaunes, après un décrochage de 16 points. Le decrescendo est important dans l'agglomération parisienne où 44% des habitants approuvent toujours le mouvement, contre 55% précédemment. 

Si on observe le prisme politique, ce sont les Français sans préférence partisane qui expriment le plus grand malaise envers les gilets jaunes présentés comme des casseurs. La cote d'approbation y passe à 53%, après un chute de 19 points. L'approbation n'est plus que de 40%, en baisse de cinq points, parmi les électeurs de LR, tandis que la désapprobation gagne 73% des sympathisants de La République en marche. Les électeurs du Rassemblement national sont toujours 69% à appuyer les cortèges, ne lâchant que deux points. La gauche non socialiste présente l'approbation la plus forte, à hauteur de 70%. 


Angle d'attaque : violences et dysfonctionnements 

Le spectacle des violences sur les Champs-Elysées le 16 mars et les commentaires - tous tendancieux, sans débat - des chaînes d'info en continu samedi dernier ont pu peser sur les impressions des Français. Le 18 mars, 84% des Français condamnent  - faut-il s'en étonner - les violences (leurs auteurs ne sont pas identifiés) et 28% les comprennent, 17% les condamnant et les comprenant à la fois. Condamner les violences n'équivaut pas à condamner les Gilets jaunes: dans leur malveillance durable, Elabe et BFMTV ne portent pas leur attention sur les auteurs des troubles. 

L'institut Elabe a interrogé son panel sur des sujets plus vastes encore. 
Et il apparaît que le tableau de la situation est sombre lorsque les Français sont dirigés dans leur description. Ils sont 67% à déclarer que la démocratie fonctionne mal en France, dont 20% très mal. Ce niveau atteint même 74% au sein des classes populaires, ce qui valide l'action des Gilets jaunes pacifistes,  et 88% parmi les électeurs de Marine Le Pen et 75% parmi ceux de Jean-Luc Mélenchon. 
74% de nos compatriotes posent enfin que les inégalités sociales se sont aggravées ces dernières années. Les violences de l'ultra-gauche n'apportent rien de plus dans ce domaine.

Sondage Elabe pour BFMTV réalisé sur un échantillon de 1001 personnes représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus. La représentativité de l'échantillon a été assurée selon la méthode des quotas appliquée aux variables suivantes: sexe, âge et profession de l'interviewé après stratification par région et catégorie d'agglomération. Interrogation par Internet les 18 et 19 mars 2019.

On attend l'enquête Elabe consacrée au "sentiment" des Français sur la responsabilité du pouvoir macronien dans la gestion irresponsable de l'Acte XVIII...

mercredi 23 janvier 2019

Macron incité à renouer avec la démocratie


Les Gilets jaunes pousseront-ils Macron à assainissement de la République ?

Image associéeLe succès des Gilets jaunes - y compris sur la durée - tient aussi au fait que les Français tournent le dos à la classe politique et aux intermédiaires traditionnels, dont les élus qui disent les comprendre mais suivent aveuglément les consignes d'un président qui a flouté ses promesses de campagne et ne leur correspond pas sur le fond et la presse en qui ils ne se reconnaissent pas dans les manières pareillement arrogantes de sachants - non élus et illégitimes à exercer un pouvoir moral sur les esprits -  et dont ils contestent l'accaparement du pouvoir de juger comme de leur souveraineté démocratique. Ils ne veulent plus être infantilisés parce qu'ils n'ont pas les mots pour impressionner et manipuler. Ils réclament des représentants en qui ils puissent se reconnaître, faute de quoi ils sont prêts à reprendre leurs délégations et à exercer leur pouvoir directement. 

Les Gilets jaunes lancent à Macron le défi du rétablissement de la démocratie 

Or, il n'est pas acquis qu'ils se satisfassent d'une pseudo démocratie participative, telle que celle qu'il met en place, avec cadrages et filtres multiples.  Dans l'hypothèse où il ne comprendrait toujours pas que son rapport au peuple et les mentalités de son entourage, comme des blancs-becs de sa majorité à l'Assemblée, doivent changer, son "adresse à la Nation", lundi soir, est vouée à l'échec. Et, au-delà son quinquennat, mais surtout l'avenir des Français.

Macron s'est laissé éjecter hors des rails de ses promesses de campagne. 
En pensant gagner du temps avec le "grand débat national", tout en travaillant à son implantation rurale, lors de ses meetings en régions, en vue des Européennes, il met en place des rencontres qui, d'une part, affaiblissent le Parlement, et d'autre part, entretiennent la contestation sur plusieurs mois, à travers le pays. 
Il est d'ores et déjà attendu, comme à l'orée d'un bois, à l'issue de ce grand débat, quand la collecte des doléances devra être compète et fidèle aux voeux de la population, alors qu'il a déjà donné la preuve de son incapacité d'écoute et de compréhension de ses aspirations. Pour de bon, cette fois, il lui faudra "assumer" les demandes de référendum d'initiative citoyenne (RIC) et d'assemblée citoyenne, une démocratie horizontale qui ne lui correspond nullement: devra-t-il se renier et décider la dissolution de l'Assemblée ? Détournera-t-il l'attention sur une réforme ou suppression du Sénat, Chambre haute et représentative de la ruralité, laquelle est précisément en tête de la contestation sociale actuelle ? Aussi sûrement qu'avec sa loi "anti-casseurs" en cours d'examen - après ses recours abusifs à l'article 49.3 pour forcer, à trois reprises consécutives, le passage de la Loi Travail - l'affaiblissement ou l'extermination des sénateurs serait une atteinte mortelle au pluralisme républicain et à la démocratie,  alors que l'assemblée qui fait réellement débat, en termes de démocratie est le CESE (Conseil économique, social et environnemental), constitué de 233 individus - plus 60 personnalités associées, dont Jean-Yves Mano, USM, Union Syndicale des Magistrats, Patrick Doutreligne, ex-Adoma, Lucie Montchovi, journaliste d service public sur France Info, ou Mohamed Mechmache, AClefeu ! et une forte représentation d'acteurs socio-professionnels de la région de Nantes et Saint-Nazaire, chère à Jean-Marc Ayrault - désignés pour cinq ans (fonction renouvelable un seule fois), dont le rôle, uniquement consultatif, la composition et l'absentéisme de certains de ses membres, sont pourtant régulièrement dénoncés...

Résultat de recherche d'images pour "palais d’Iéna"
Cette "chambre des dépités" est censée éclairer le gouvernement sur des sujets de société
, mais composée de politiciens usés ou déchus, de syndicalistes en fin de carrière (Philippe Jahshan, SUD, Gérard Aschieri, FSU, Julien Blanchet, FAGE, ou Jacques Pasquier, Confédération paysanne), de sportifs (Bernard Amsalem) ou d'artistes en mal de succès (Rost Adom'megaa, artiste-écrivain, ou Régis Wargnier, réalisateur), leurs bons et loyaux service de féaux leur vaut cette niche dorée (Bougrain-Dubourg, LPO, François Asselin, Isabelle Autissier, Françoise Rudetzki, ou Anne-Marie Couderc, Presstalis, ou le défunt journaliste Michel Thomiche). On les trouve surtout dans le contingent des 40 'PQ' (personnalités qualifiées), directement nommées par l’Elysée. Récemment, François Hollande n’a pas résisté à y placer son ami Jean-Luc Bennhamias, qui n’avait plus de mandat, ou son copain de promo de l’ENA, Jean-Marie Cambaceres. Christian Estrosi y avait également trouvé refuge à une époque, de même que Luc Ferry lorsqu’il était sorti du gouvernement.
Cette troisième assemblée constitutionnelle a toujours été gangrené par un fort absentéisme : officiellement, il n’est que de 30% en séance plénière et 35% en réunion de section mais, en réalité, bien plus élevé : certains ont ainsi pu cumuler jusqu’à 11 "mots d’excuse" sur un trimestre. Le 11 juillet 2017, pour la venue d'Edouard Philippe, l'hémicycle du CESE était plein. Deux jours plus tard, pour la séance plénière ordinaire, les rangs étaient clairsemés. Un jour, une haut-fonctionnaire de son cabinet propose à Roselyne Bachelot de saisir le CESE sur un dossier. "Surtout pas ! lui répond la ministre. Ils vont mettre un an à me sortir de l’eau tiède !". De fait, le gouvernement ne saisit le CESE que 5 à 6 fois par an, et le Parlement quasiment jamais.
Une pompe à finance des centrales syndicales.
Sur les 233 membres du CESE, près d’un tiers, 69, appartiennent à des syndicats de salariés qui ont un quota de membres (la CGT en a 18, la CFDT également, FO 14, etc…). Ces conseillers ont la particularité de reverser l’intégralité de leur indemnité (environ 3.000€/mois) à leur syndicat. Parfois c’est même le CESE qui la vire directement sur le compte de l'organisation en toute légalité ! La CGT, qui compte 18 représentants au CESE et 200 dans les CESER (les CESE des régions) empoche ainsi pas loin de 35 millions d’euros par an. Ce système de financement déguisé des syndicats par l’Etat a été dénoncé en 2011 dans un rapport parlementaire de l’ex-député centriste Nicolas Perruchot. Son contenu était tellement explosif que le gouvernement avait préféré l’enterrer, avant qu’il ne fuite dans la presse. Rassurons-nous, les organisations patronales (41 conseillers) ne sont pas en reste.
Au palais d’Iéna, le salaire moyen des agents approche les 4.000€/mois. Un niveau rarement égalé dans la fonction publique, tout comme les 150.000€ annuels du secrétaire général. Après Jean-Paul Delevoye (2010-2015), 72 ans, actuellement haut-commissaire à la réforme des retraites auprès de la ministre des Solidarités et de la Santé Agnès Buzyn depuis le 14 septembre 2017, c'est Patrick Bernasconi (depuis 2015), 64 ans.A ce prix-là, les agents ont en plus la possibilité de faire une heure de gym par jour sur leur temps de travail, et bénéficient d’un nombre de jours de congés qui fait que certains travaillent moins d’un jour sur deux en moyenne sur une année… Et ça se comprend, selon un ancien haut fonctionnaire de la maison : "le personnel a noué de fortes relations de solidarité avec les syndicats présents dans l’assemblée… Au cours du temps, ils ont obtenu des statuts et des déroulements de carrière sans équivalent…". On ne s'y embarrasse d'ailleurs pas de règles élémentaires de bonne gestion. Pendant longtemps, le CESE déclarait une dizaine de postes "fantômes" au ministère des Finances, et Bercy les finançait en tant que tels... Cette enveloppe était ensuite répartie en primes entre les salariés ! Certains agents se voyaient attribuer des heures supplémentaires fictives. Quoi encore ? La gestion des achats se faisait sans appel d’offres… Deux audits de la Cour des comptes ont semble-t-il permis de remettre un peu d’ordre, mais les juges s’interrogent toujours sur la légalité de certaines primes et ont trouvé des agents dont le temps de travail est de 200h inférieur à la durée légale annuelle ! S'étonnera-t-on encore que le système de retraite est déficitaire ?Si certains conseillers ne touchent rien pendant leur mandat, ils reçoivent leur gratification plus tard : la retraite des membres du CESE a longtemps été extrêmement avantageuse. Pour un mandat de 5 ans, elle donnait droit à une pension de 700€ mensuels, qui vient s’ajouter à la pension de droit commun, dont la plupart en bénéficient après avoir exercé une activité professionnelle rémunérée. Dans les faits, de nombreux conseillers effectuant plusieurs mandats, la pension moyenne est aujourd’hui de 1.200€ pour les 600 anciens membres. Mais ce taux de réversion très généreux a fini par menacer l’équilibre des comptes de l’institution, la caisse de retraite étant très déficitaire. Plusieurs réformes, la dernière en 2015, ont divisé par deux le montant des futures pensions, mais le CESE doit encore remettre 6 millions d’euros tous les ans pour équilibrer le système…Au CESE,  nul besoin de feuille de frais pour avoir droit à une indemnité…Sur les 3.000€ nets mensuels (pour 4 à 5 demi-journées de présence au palais d’Iéna) que touchent les conseillers, une grosse moitié de ce traitement est constituée d’une "indemnité représentative de frais". Cette indemnité est payée forfaitairement, que les frais soient engagés ou non. Cette 'IRF', que l’assemblée nationale vient de supprimer pour passer au remboursement sur frais réels, subsiste donc au CESE. Et elle présente l’avantage de ne pas être imposable.Faut-il purement et simplement couper la branche morte ?Le 3 juillet dernier, Macron a annoncé qu’il voulait réformer le CESE pour en faire "le forum de notre République", ce qu’il est déjà... Tout en reconnaissant que l’institution s’est figée, il a annoncé la réduction d’un tiers de ses membres, et l’élargissement des sensibilités qui y sont représentées. Sauf que dans l’affaire, les syndicats et les organisations patronales risquent d’y laisser quelques plumes. Pour l’ancien député UDI, Nicolas Perruchot, les partenaires sociaux risquent de faire front commun pour tenter de limiter les dégâts : "C'est une partie importante, pour certains syndicats, de leur fonctionnement annuel. Ils considèrent que le CESE est en partie à eux. Je suis persuadé que les partenaires sociaux [...] seront très liés entre eux pour éviter qu'on touche à ce qu'ils considèrent être un dû.".


A la surprise initiale de l'exécutif qui n'y voyait qu'un mouvement pour le pouvoir d'achat, des revendications ou propositions d'ordre institutionnel ont émergé ces dernières semaines chez les "gilets jaunes".

Ils ont "une deuxième revendication très forte: le besoin de s'exprimer et que la décision publique demain ne se fasse plus sans les Français", a reconnu, dimanche soir, le secrétaire d'Etat Mounir Mahjoubi sur BFMTV. Avant d'assurer qu'Emmanuel Macron va "évoquer ces deux aspects", lundi.

Vers une facilitation du recours au référendum  ?

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Depuis la réforme de la Constitution en 2008, "un cinquième des membres du Parlement, soutenus par un dixième des électeurs inscrits sur les listes électorales", soit au moins 185 députés et sénateurs et plus de 4,5 millions d'électeurs, peuvent déclencher un référendum dit d'initiative partagée. Du fait d'une loi organique appliquée tardivement, la mesure n'est en vigueur que depuis le 1er janvier 2015 et n'a jamais été utilisée, notamment car ses conditions sont très restrictives.

Dans une liste de revendications diffusée fin novembre par des Gilets jaunes, il est proposé un "référendum populaire" dans la Constitution, comme le réclament par ailleurs des partis comme La France Insoumise, LFI, le Rassemblement national, RN, ou encore 'Debout la France', ainsi que certains élus LR.
Dans la revendication des Gilets jaunes, une proposition de loi obtenant 700.000 signatures -sous le contrôle d'un organisme indépendant- entraînerait un référendum national dans un délai d'un an et après un passage pour éventuel amendement à l'Assemblée nationale.

Or, avant le phénomène Gilets jaunes, Macron retardait sa réforme constitutionnelle. Arrivant au Parlement en janvier, elle ne comprend pas pour l'heure d'élargissement du recours au référendum. Au gouvernement, le ministre de l'Ecologie, François de Rugy, notamment soutient "l'idée de recourir davantage au référendum, au niveau national, voire local" pour "consulter les Français sur un certain nombre de sujets", selon un de ses proches.
Mais certains, comme le démographe Hervé Le Bras, avertissent du risque de couper encore davantage Emmanuel Macron des corps intermédiaires, comme il est souvent reproché au président. "Cette disparition des corps intermédiaires conduit en général non seulement à des régimes qu'on appelle populistes mais aussi à des régimes autoritaires", avertit le chercheur, 75 ans.

Des conseils citoyens ?

Les députés Bertrand Pancher (membre du Mouvement Radical et co-président du groupe Libertés et Territoires, 16 députés, marginaux réunis par des intérêts techniques) et Matthieu Orphelin (LREM) proposent notamment d'établir un ou des conseils rassemblant 100 citoyens tirés au sort et représentatifs par quotas de la population française. Doté d'un avis consultatif, ce conseil se prononcerait sur les décisions gouvernementales ou parlementaires, sur le modèle de l'Irlande, qui l'a adopté en 2016.

Une piste soutenue par le ministre de l'Economie Bruno Le Maire, qui a affirmé lundi matin sur RTL être pour "des assemblées citoyennes", même via un "tirage au sort au niveau local", jugeant qu'"il y a trop d'élus départementaux, trop d'élus régionaux, trop d'élus nationaux".

L'exécutif prévoit déjà de réduire de 30% le nombre de parlementaires et d'introduire une dose de 15% de proportionnelle aux législatives. Mais ces mesures sont contestées par la droite dans le cadre des négociations sur la future réforme des institutions.

Trois mois de dialogue : et après ?

L'exécutif a déjà annoncé un "grand débat" de trois mois, du 15 janvier jusqu'au 1er mars dans de nombreuses villes de France. Un débat au niveau des "territoires", que le premier ministre Edouard Philippe veut "innovant" et "foisonnant" et dont l'organisation avait été confiée à l'ancienne secrétaire d'Etat à l'Ecologie Chantal Jouanno, qui a préféré abandonner son pilotage (quand a été révélé son salaire de 15.000 euros), tout en conservant les avantages liés à la présidence de la Commission Nationale du Débat Public (CNDP). 

Selon une source ministérielle, le gouvernement veut que le rôle des préfets (et donc de l'Etat) soit minimal. Et laisser au maximum l'organisation à des associations d'élus ou des syndicats, avec des débats ouverts au public. Ces débats locaux, sans doute plusieurs par départements, auraient lieu en mairie, a annoncé vendredi le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux.

samedi 31 mars 2018

Macron ridiculisé pour avoir qualifié la démocratie de "système le plus 'bottom up' de la Terre"

Le président Macron s'amuse à provoquer le Collège de France

La démocratie est-elle dans de bonnes mains ?

Au cours de la présentation de son plan sur l'intelligence artificielle au Collège de France, Emmanuel Macron a qualifié la démocratie de "système le plus 'bottom up' de la Terre".  L'emploi de cet anglicisme,  jeudi 29 mars, interpelle les défenseurs de la langue française, mais interroge aussi les citoyens sur la mentalité du président.
Mépris de Macron pour la base
et le système démocratique


Cette expression qui désigne une 'approche ascendante'
du fonctionnement d'une démarche procédurale, à l'inverse de la descendante (dite top-down). L'approche ascendante peut aussi désigner le mode de pilotage d'une démarche, où le fil directeur de l'animation démarre des perceptions et initiatives de l'échelon le plus "bas" (au sens hiérarchique) ou le plus proche du "terrain" (au sens opérationnel) pour être répercutées, déclinées et prises en compte par les échelons supérieurs. On pense au fonctionnement supposé des syndicats ou des partis politiques dont les directives sont sensées venir de la "base". Elles peuvent certes l'être mais, dans la pratique de la démocratie, elles sont le plus souvent transformées (récupérées, mais aussi modifiées) au cours du processus de 'remontée.' C'est ainsi, dans l'esprit, le cas des "débats participatifs" de la candidate Royal de 2007 ou de la gestion de campagnes politiques basées sur la proactivité - fût-elle orchestrée, téléguidée et encadrée - d'une base militante.
Résultat de recherche d'images pour "bottom up"
On a compris qu'en évoquant ce mode de fonctionnement de la démocratie, Macron se gausse. Surtout, il ne nie pas la réalité de son exercice jupitérien du pouvoir personnel : Jupiter préfère une 'approche descendante' mettant en oeuvre des processus visant à forger la matière première brute, issue de rapports de la base et des sondages, pour la transformer par étapes et lui apporter une valeur ajoutée. L'approche descendante permet d'isoler certains éléments et de conceptualiser rapidement le projet, pour le diviser en sous-parties plus aisément accessibles à la manipulation. Chaque élément fragmenté atteint plus sûrement son objectif. C'est le principe de la bombe à fragmentation.
Les réseaux sociaux peu avertis et la presse peu perspicace réduisent cette expression à son usage dans le langage des starts-up, mais elle caractérise en fait l'approche politique macronienne, une marche vers l'autocratie.
Le plus grand nombre au service d'un seul
Les défenseurs de la langue française froncent le nez 

Bernard Pivot a par exemple dénoncé une "dévaluation de la démocratie d'expression française"A-t-il forwardé trop de briefs à des collaborateurs qui les lui demandaient ASAP ? 

Florian Philippot a, quant à lui, critiqué un président "techno-bancaire"

Résultat de recherche d'images pour "bottoms-up"Et la ministre de la Culture, dans tout ça ?
Elle garde le silence, préférant subir les derniers outrages plutôt que de se frotter au langage sexuel qui désigne du terme de 'bottom' le ou la partenaire passif ou passive. 

A l'Académie française, ils auraient ouvert une bouteille de champagne pour noyer leur chagrin et engloutit leur ciguë dans un dernier soupir : "cul sec !" (traduction de l'anglicisme 'bottoms up !').


lundi 20 novembre 2017

Macron inquiète les élus LREM soucieux de démocratie

Le président trentenaire au sommet du dispositif est-il capable de tenir sa promesse de renouvellement politique ?

La République En marche a donné un signe de vie politique, samedi


Tout commence par l’aventure individuelle 
d’un jeune homme ambitieux et pressé, 
marié à une femme plus âgée que lui 
et qui, pour parvenir à ses fins, 
bouscule les gens en place
Après dix-huit mois d'errements consécutifs à un succès inattendu à la présidentielle, LREM a tenu son premier conseil national, à Lyon samedi  au prétexte d'entériner la nomination de Christophe Castaner au poste de délégué général du mouvement. Un mauvais signal, puisque les adhérents ont été privé d'un vote démocratique: Castaner est le choix du président et non pas de la base... Sa tâche de démocratisation du parti est donc immense, urgente et compliquée. Mais est-ce vraiment sa mission ?

Des adhérents vigilants ont déjà claqué la porte. Certains, une première centaine, ont publié une tribune pour alerter l'opinion et dénoncer le manque de démocratie interne... Pourquoi Macron prend-il le risque de se couper de son parti ?

Trop occupés à se positionner dans les différents organigrammes du nouveau système et négligents de la base en demande de communication avec ses élus absents, les généraux du Bonaparte de l'Elysée ne se sont pas souciés de transformer la dynamique de campagne en adhésion populaire. Nombre de marcheurs restent dans l'attente d'un début de réalisation des promesses de renouvellement de la pratique démocratique. D'autant que la concentration des pouvoirs aux mains d'un hyper-président grognon et chafouin est organisée avec le concours de collaborateurs en réseaux technocratiques concentriques convergeant vers l'Elysée. 

La mutation du mouvement En Marche! s'est opérée à la tête, laissant les militants au bord du chemin, déçus. Ce parti n'aura d'avenir que s'il réalise la régénération démocratique à laquelle ses membres aspirent. Or, bien qu'installé au pouvoir depuis six mois, il inspire doute et colère. Le pouvoir s'est privé de l'état de grâce qu'on croyait automatique. Si les contradictions et les incertitudes  perdurent, demain pourrait devenir très problématique.

Le jeune président n'a pas donné de coup de vieux à l'"ancien monde" 
Lorsque, dans leur arrogance, les nouveaux maîtres évoquent la création de l'UNR et de la Ve République, ils veulent ringardiser "l'ancien monde", mais n'ont  encore suscité aucun désir profond de nouveauté, ni proposé aucune alternative cohérent. Ils s'affirment ni de droite, ni de gauche et se cherchent un ancrage: tant est si bien que Juppé prend le relais de Bayrou, lui ouvrant le centre, un centre ancien, lui-même incertain. Cette proposition de repère stable, à l'ancienne, serait une intégration du parti au paysage politique du vieux monde, la promesse de sclérose qui guette le centre incapable de se régénérer.   
Au départ, l'UNR, ancêtre de l'UMP, ne se réclamait déjà pas de valeurs axées sur la participation des citoyens, mais son chef entretenait le lien. Si le gaullisme, en temps qu'organisation, a toujours été teinté de "bonapartisme", il était incarné, tandis qu'Emmanuel Macron n'incarne rien de plus que la présidence.

Le parti du président cessera-t-il d'être la chose du président pour représenter enfin le peuple de ses électeurs ? 

Ce chef d'Etat occupe toute la place et sa majorité n'a encore pas investi la sienne. Les députés se satisfaisaient, pensait-on, de l'ombre dans laquelle l'astre présidentiel les maintenait. Mais une poignée d'entre eux a redressé la tête, réclamant l'accomplissement des promesses de campagne et leur juste part des responsabilités.

C'est le défi que ce nouveau parti doit relever, à partir de rien, ni culture politique, ni maillage territorial. Etre un laboratoire, une fabrique politique qui renouvelle la participation et la mobilisation des militants en interne, ça va un moment, puis vient le besoin de produire des applications innovantes, tout en remplissant la mission institutionnelle classique qui est la leur : trouver des relais de terrain et passer de la pédagogie à l'action. Mais, six mois se sont déjà écoulés depuis l'élection et au temps des rêves et de l'arrogance doivent impérativement succéder les réalisations et la proximité. Or, l'enjeu des semaines à venir est de faire tomber le  doute qui s'est installé sur la capacité de la majorité à s'émanciper du chef.

En revendiquant le statut de parti start-up ou en multipliant les annonces d'efficacité prochaine, de pragmatisme potentiel, d'efficacité du 'team building', dont on a vu que le premier séminaire a manqué son objectif, provoquant l'ire de l'Elysée, LREM a placé la barre hors de sa portée. Ses membres prétentieux ont affiché leur incompétence à l'Assemblée et le registre managérial ne fait plus illusion, la "société civile" sur laquelle le candidat Macron misait, s'est révélée inadaptée : les start-uppers ont tout à prouver, et singulièrement sur la durée. 

Le président profite des défaillances des élus. Son avantage est-il de les laisser s'émanciper ? La démocratie y aura tout intérêt, si elle parvient à contrebalancer la propension du chef de l'Etat à s'engouffrer dans les failles de ses interlocuteurs. Les jeunes députés se hisseront-ils à la hauteur de la tâche où on les attend ou leurs défaillances profitent-elles à leurs cadres et à la garde rapprochée du président, éprise comme lui de verticalité et de pouvoir, sans partage, renforçant alors les déceptions et les frustrations, mais surtout, fixant durablement le déséquilibre entre les pouvoirs déjà créé... Si la centralisation du pouvoir, la volonté de modernisation numérique et la rhétorique marketing doit continuer, la crise démocratique ne sera pas surmontée. 

Le risque d'un parti au pouvoir est de perdre du poids, de l'efficacité et de la crédibilité.

Or, LREM n'a rien à perdre des trois. Il est pléthorique et son embonpoint le paralyse. Il est inefficace, puisque le président le contourne et décide par ordonnances. Sa crédibilité est si faible que ses membres sont déjà considérés comme des "godillots". Comme sous le quinquennat de François Hollande, les députés ne se sont encore pas distingués par des propositions innovantes. Ils se font une gloire de voter sans broncher tout ce que propose le président...

La majorité présidentielle n'a toujours pas compris qu'en démocratie, le pouvoir vient du peuple et que la fonction d'écoute des aspirations des militants et de traduction  des volontés des électeurs leur incombe.

La sanction n'a pas tardé. Il n'y aurait déjà plus que 120.000 adhérents actifs. LREM a renforcé la technocratisation du politique et l'imagination est forcément bridée par les schémas de pensée issus d'en haut. D'autant plus que LREM dispose de peu d'élus locaux et que ses députés sont souvent sortis d'une entreprise -certes ambitieuse- mais souvent petite et non consolidée par le temps. Ce parti hors sol s'alimente  faiblement du retour de terrain.

Et Christophe Castaner est un homme de cabinets ministériels tardivement converti  au terrain...
Mais il ne connaît que Forcalquier -4.600 âmes- et sa région, PACA, n'a découvert ce "cacou" qu'en 2015, pour le quitter sans regret à la Régionale. 
Selon l’association Contribuables Associés, l’ancien maire y laisse un bilan pour le moins contrasté. Assommée par une lourde dette qui atteignait encore 7,8 millions d’euros fin 2016 (soit 1.500 euros par habitant, deux fois plus que la moyenne des communes de même taille), la petite bourgade se retrouve aujourd’hui avec des marges de manoeuvre financières réduites. Qu’il s’agisse de la commune ou du groupement de communes, les capacités d’autofinancement se situent en-dessous de la médiane des municipalités de tailles équivalentes, selon les données ...du ministère des Finances.
Au niveau local, certaines voix critiquent
la frénésie de grands projets initiés par l’ancien maire. "Alors que Christophe Castaner s’était engagé dès 2001 à redresser une ville au bord du gouffre - ce qu’il a réussi à faire un temps -, celui-ci s’est ensuite lancé dans une série de lourds investissements sans précisément mesurer le retour sur investissement que l’on pouvait en attendre."
Le parti du président promoteur d'un "monde nouveau" veut reproduire une pratique reprochée à l'"ancien monde"
Castaner veut cumuler sa fonction gouvernementale de secrétaire d'Etat et être chef de parti -celui du président !- bafouant ainsi le principe de séparation des pouvoirs entre exécutif et législatif. 
Pour les démocrates, la charge des Relations avec le Parlement et celle de la défense des  intérêts de parti sont incompatibles. Pour la majorité présidentielle et le président actuels, rien n'est impossible...

Pour commencer, la désignation de Christophe Castaner à la tête de LREM s'est faite sans les électeurs, ce qui choque le Républicain qui sommeille en chaque Français, sans déranger Macron Bonaparte, alors qu'à l'origine, nombre d'adhérents du parti sont dits proches d'une culture sociale-démocrate, tandis que le président-souverain a lui-même servi un pouvoir socialiste. Paradoxe, certes, mais signal d'alarme, assurément.