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dimanche 18 mars 2018

Hulot :pas de réduction de nucléaire sans augmentation du CO2

Nicolas Hulot ne croit pas pouvoir réduire la part du nucléaire à 50% d'ici 2025

La France devrait accroître significativement ses émissions de CO2

Macron renonce à atteindre 50 % de nucléaire contre 75 % aujourd’hui - dans le mix électrique en 2025. C’est le constat que fait le ministre Nicolas Hulot, se fondant sur un rapport de RTE, le gestionnaire du réseau électrique français. Il met en accusation un manque d’anticipation du pays, pour ne pas dire une idéologie dominante irréaliste, car un tel objectif nécessitait de fermer une quinzaine de réacteurs en 7 ans.  

La loi de transition énergétique continue néanmoins de prévoir la réduction de la part du nucléaire de 75 à 50 % en 2025.  C’était la mesure phare de la loi de transition énergétique présentée en Conseil des ministres le 30 juillet 2014 par Ségolène Royal, ministre de l’écologie, du développement durable et de l’énergie, et signée le 17 août 2015. 
La France, le pays le plus nucléarisé au monde, annonçait la réduction de 75 à 50 % de la part de l’atome dans son mix électrique. Un engagement de François Hollande lors de la campagne de 2012 dans le but d’obtenir un accord électoral avec EELV. 

Le 7 novembre 2017, c’était le ministre de la Transition écologique, Nicolas Hulot, qui se résolvait à repousser cette promesse… à laquelle, en réalité, aucun observateur n’a jamais réellement cru. "Il sera difficile de tenir ce calendrier de 2025 sauf à relancer la production d'électricité à base d'énergies fossiles", a-t-il déclaré à l'issue du Conseil des ministres. 
Il assure que le gouvernement va viser "une date plus réaliste" et précise : "Le gouvernement a réaffirmé très clairement son souhait d'atteindre au plus vite l'objectif de 50 % de la part du nucléaire, mais évidemment sans sacrifier ou rogner nos objectifs sur le changement climatique". 

Les écolos consentiraient à un doublement des émissions de CO2 

L’annonce de l’ancien homme d'affaire a été coordonnée avec la sortie d'un rapport très sensible (et plusieurs fois reporté) de RTE, le réseau de transport électrique. Selon ce dernier, l’objectif de réduction à 50 % de la part du nucléaire d’ici 2025 multiplierait pas deux les émissions de CO2 françaises. Soit un passage de 22 millions de tonnes de CO2 émises par le système électrique en 2016 à 42 millions de tonnes en 2035. "Il n’est pas possible de combiner la fermeture des centrales à charbon avec l’arrêt des réacteurs nucléaires" pour répondre à la consommation électrique des Français, explique Olivier Grabette, directeur général adjoint de RTE. 

Le ministre reprend cette analyse à son compte.
"Si l'on veut maintenir la date de 2025 pour ramener dans le mix énergétique le nucléaire à 50 %, ça se fera au détriment de nos objectifs climatiques. Et ça se fera au détriment de la fermeture des centrales à charbon et si l'on voulait s'acharner sur cette date, il faudrait même rouvrir d'autres centrales thermiques". 

Ce report met à mal les campagnes des opposants au nucléaire.
Ils dénoncent déjà ce rapport de RTE issu d’une filiale d’EDF, exploitant des 58 réacteurs français. Prêts à verser dans le complotisme, le député européen Yannick Jadot ou Greenpeace (ONG illégitime) accuse les lobbies nucléaires en France et en Europe. 
Sauf que le président de RTE n’est autre que François Brottes, ancien président (PS) de la Commission des finances de l’Assemblée nationale, et surtout ancienne éminence grise de François Hollande en matière d’énergie. 
C’est même ce député qui a poussé l’ancien président de la République à mettre en place cet objectif de 50 % de nucléaire… difficile de le taxer de "pro-nucléarisme primaire". 

15 réacteurs à fermer en 7 ans… au minimum

Pour atteindre ces 50%, Sortir du nucléaire exigeait la fermeture de plus de 20 réacteurs. La Cour des Comptes avançait un nombre de 17 à 20 tranches. Nicolas Hulot évoquait, quant à lui, jusqu’à 17 réacteurs à arrêter. 
Or, fin 2017, seul l’arrêt des deux réacteurs de Fessenheim (Haut-Rhin) est programmé. Et encore, cela interviendra début 2019 quand l’EPR de Flamanville (Manche) entrera en service… Cela n’aura donc pas d’impact sur la production nucléaire globale. Il resterait donc 7 ans à la France pour fermer, au bas mot, 15 tranches sur les 58 qu’elle possède. Une impossibilité étant donné un ralentissement du déploiement des renouvelables et la mise à l’arrêt des centrales électriques au fioul et au charbon pour abaisser ses émissions de CO2. 

Sans mise en place d’autres systèmes de production, la fermeture des réacteurs nucléaires mettrait en danger la sécurité d’approvisionnement nationale. Si elle avait voulu réellement tenir cet engagement, la France aurait dû engager la transition énergétique il y a déjà plusieurs années. Or, Pierre-Franck Chevet, le président de l’Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN), avait fait une recommandation en 2012, dès son arrivée en poste… ! 

Vers la prolongation des réacteurs
Reste maintenant à savoir quand cet objectif de 50 % sera fixé. Nicolas Hulot promet qu’une nouvelle date sera annoncée dans les mois à venir. Si le recul est important - et RTE conseille 5 ans - , il va lourdement impacter la décision de la prolongation de la durée de vie des réacteurs au-delà de 40 ans. 
Or, les premiers examens de sûreté en ce sens débuteront en 2019. Sur la décennie à venir, une quarantaine de réacteurs passeront ce cap : l’essentiel du parc a été construit entre 1980 et 1990. La difficulté qu’a rencontré le gouvernement Hollande à faire fermer de manière anticipée la centrale de Fessenheim, laisse présager qu'il faudra tordre le bras d'EDF pour qu'elle éteigne ses unités, d'autant qu'elle aura obtenu une rallonge de dix ans !

lundi 29 février 2016

Nucléaire: affront de Royal aux nouveaux ministres écologistes

Présidente de la COP21, les jours pairs, et soutien du nucléaire, les jours impairs

La ministre de l'Environnement dissocie le climat et le nucléaire
 
En annonçant la prolongation de la durée de vie des centrales nucléaires pour 10 ans, Ségolène Royal est accusée de trahir l'esprit de la Loi de transition énergétique (LTE) qu'elle a elle-même portée en 2014.
La LTE vise à encourager une "croissance verte" en réduisant la facture énergétique de la France et en favorisant des énergies dites "nouvelles", propres et sûres. Elle comporte aussi des dispositions favorisant l'économie circulaire et une meilleure gestion des... déchets. Y compris nucléaires?
Ségolène Royal, la ministre de l'Écologie et de l'Énergie, s'est déclarée prête à donner son "feu vert" au prolongement de la durée de vie des centrales nucléaires françaises pour dix ansLes réacteurs verraient ainsi leur durée d'exploitation passer de 40 à 50 ans. Invitée ce dimanche du 12/13 de France 3 ce dimanche, la ministre a précisé que cette décision s'inscrit "dans le contexte de la baisse de la part du nucléaire de 75 à 50% dans la production d'électricité pour monter en puissance sur le renouvelable", une disposition prévue par la loi de transition énergétique (LTE) adoptée en août 2015.

Une provocation pour les écologistes, mais qui pourrait favoriser des énergies nouvelles à Europe Ecologie-les Verts et recoller ses morceaux. 

L'argumentaire de baisse de la part du nucléaire de 75 à 50% en faveur de 10 années supplémentaires ne convainc pas  les écologistes

Les effets de cette erreur politique sera elle aussi durable sur des écologistes jusqu'ici  partagés depuis le dernier remaniement entre le soutien au gouvernement et une "opposition de gauche" à la ligne de l'exécutif. 

Madame Royal finit de dresser les derniers écologistes socialo-compatibles contre Hollande. 
"J'apprends que Royal Ségolène met à mort la Loi de Transition énergétique en prolongeant les centrales nucléaires de 10 ans. L'écologie, c'est fini", s'est écrié le patron en CDD d'Europe-Écologie les Verts (EELV), David Cormand, ci-contre, sur Twitter

Selon le petit Julien Bayou, ancien conseiller d'Eva Joly, candidate d'EELV en 2012, et porte-parole du parti, Ségolène Royal est "irresponsable". "Prolonger les centrales nucléaires et retarder le développement des énergies renouvelables, c'est faire courir des risques aux Français. Le réalisme économique, c'est tourner la page du nucléaire cher et dangereux pour engager le développer des énergies renouvelables", a-t-il estimé sur le réseau social.

Royal sème la zizanie parmi les schizophrènes politiques

"Cette annonce est évidemment un mauvais coup pour l'écologie, mais aussi pour la population française. C'est surtout une humiliation pour les écologistes entrés au gouvernement, et cette annonce remise leur promotion à un débauchage individuel lié à leurs carrières", assène pour sa part le député-maire de Bègles Noël Mamère. 

EDF téléguide Royal 
"C'était un secret de polichinelle, car le patron d'EDF Jean-Bernard Lévy l'avait laissé entendre il y a quelques jours. Cela montre comment les politiques énergétiques échappent au politique pour être dictées par le lobby pronucléaire [EDF, en l'occurrence]. Nous sommes face à de la schizophrénie politique", poursuit-il, en irradiant Jean-Vincent Placé, Barbara Pompili et Emmanuel Cosse qui se sont reniés pour un maroquin. "Les engagements du président de la République ne seront pas tenables. Il faudrait en réalité fermer 25 réacteurs. La sécurité des Français est en jeu," a clamé le démagogue.

Interrogé par BFM ce dimanche, le député François de Rugy - ex-EELV et désormais au mouvement écologiste de centre gauche 'Écologistes !' - ne s'est pas non plus montré satisfait par cette annonce: "Ce qui est sûr, c'est que ça ne va pas dans le sens de la LTE qui a été adoptée l'année dernière et qui vise à rééquilibrer la production d'électricité en France entre renouvelable et nucléaire à l'horizon 2025". 
Bien que proche des secrétaires d‘État Jean-Vincent Placé et Barbara Pompili, Rugy est très critique sur Europe 1: "Royal dit que cette annonce doit être compatible avec la loi de transition énergétique. Alors, cela veut dire qu'il faudra en parallèle fermer encore plus de vieux réacteurs. Le mieux est donc de commencer dès maintenant à fermer les plus vieilles centrales comme Fessenheim, puis le Tricastin, Bugey, etc. Comme la consommation d'électricité stagne, voire régresse, pour faire baisser la part du nucléaire de 75 à 50%, il faut fermer un certain nombre de réacteurs plutôt que de les prolonger, ce qui par ailleurs coûte très cher. Sans doute que Ségolène Royal dit cela pour montrer à EDF que toutes les options sont sur la table. Mais économiquement et financièrement, il n'y aura pas de miracles", estime le coprésident du groupe écologiste de l'Assemblée.

"Proche de la ministre du Logement Emmanuelle Cosse", le vice-président de l'Assemblée nationale Denis Baupin se montre moins critique sur Twitter, mais il est son mari (!) : "Le facteur le plus limitant pour la prolongation des réacteurs nucléaires, c'est qu'EDF n'en a pas les moyens"Pilier de la Bourse de Paris, le groupe détenu à 85% par l'Etat, a quitté l'indice CAC 40 le 21 décembre 2015. 
Il balaye les critiques visant la ministre de l'Écologie. "Les habituels protestataires protestent… Il ne faut pas s'en tenir au seul titre des dépêches de presse. Ségolène Royal n'a fait que préciser le cadre de la réduction de la part du nucléaire prévu dans la LTE. Pour accompagner une sortie progressive du nucléaire, il est nécessaire de prolonger la durée de vie de ceux qui existent, ce qui permet de ne pas en construire de nouveaux. Par ailleurs, la ministre a placé cette prolongation sous la supervision de l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN), qui doit déterminer le montant des investissements nécessaires. Confronté au manque de moyens, EDF ne devrait pas restaurer les centrales les plus anciennes", estime-t-il, avant de renvoyer ses collègues d'EELV "réviser leur dossier". 
Royal s'est trouvée un porte-parole inattendu parmi les écologistes radicaux. Les modérés vont-ils passer pour des extrémistes ?

jeudi 31 juillet 2014

Le Conseil des ministres adopte le texte sur la transition énergétique

Rien que soixantaine articles pour alléger la facture énergétique et rendre le pays moins dépendant des énergies fossiles et nucléaire

Le projet de loi  sera discuté dès octobre à l'Assemblée
Désormais baptisé "loi de programmation de la transition énergétique vers la croissance verte", le texte a été adopté en conseil des ministres mercredi 30 juillet. 
La ministre de l'Ecologie et l'Energie, Ségolène Royal, l'a vendu comme "une loi avec des objectifs ambitieux et des moyens pour tous ceux qui veulent s'engager dans la transition énergétique", et dit avoir tenté de "faire converger des positions antinomiques".

Mais la bataille s'annonce ardue, tant les intérêts divergent.
Les sujets d'affrontement qui ont émaillé l'élaboration du texte ne manqueront pas de ressortir lors des débats parlementaires. Pro et anti-nucléaire, évolution de la consommation d'énergie, soutien aux renouvelables, nouvelles normes de construction, aides à la rénovation de l'habitat, primes aux véhicules électriques, simplification administrative, lutte contre la précarité énergétique.
"Les députés commencent à recevoir des propositions d'amendements, leur téléphone va crépiter d'ici octobre", a commenté un observateur ayant suivi le débat national sur la transition énergétique qui a réuni parlementaires, collectivités, ONG, syndicats, entreprises et experts pendant plusieurs mois en 2013.

Un projet phare du quinquennat
Si la transition énergétique est un projet phare du quinquennat, c'est que les dépenses pour se chauffer et se déplacer pèsent toujours plus lourd dans le budget des ménages (3.210 euros par foyer en 2013) et que la facture pétrolière  plombe la balance commerciale française (66 milliards d'euros en 2013).

Le but est de stopper cette escalade dangereuse, tout en sécurisant notre approvisionnement énergétique, en créant des emplois et en réduisant la pollution.

Cette loi de programmation fixe plusieurs grands objectifs

En 2050, la consommation d'énergie doit être diminuée de moitié par rapport à 2012, surtout grâce à un habitat beaucoup plus économe. "La rénovation des bâtiments est la priorité des priorités", a affirmé mardi Ségolène Royal.

Cette ambition, associée à une baisse de 30% des énergies fossiles consommées en 2030, doit aussi permettre à la France de remplir des engagements contre le changement climatique: diminuer les gaz à effet de serre de 40% entre 1990 et 2030 et les diviser par 4 en 2050 (facteur 4).

Pour l'autre secteur clé des transports, le projet prévoit de remplacer un véhicule de l'Etat sur deux par un modèle propre (électrique, hybride ou peu polluant) et une prime à la mise au rebut des vieux diesel.
Soutenir l'éolien

Enfin, la part du nucléaire, dont les coûts sont appelés à se renchérir, devra passer de 75% actuellement à 50% à horizon 2025 dans la production d'électricité. conformément à un engagement de François Hollande, 

Quels sont les moyens mis en oeuvre pour atteindre ces objectifs?

Le gouvernement va continuer à soutenir le secteur des énergies renouvelables, notamment l'éolien, et la valorisation des déchets (bois, déchets agricoles et agro-alimentaires). L'ambition est d'avoir 32% d'énergie renouvelable en 2030, contre un peu plus de 13% en 2012.

Il a aussi décidé de plafonner au niveau actuel la puissance de production nucléaire (63 mégawatts), et de définir via une programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE) la part de chaque source d'énergie. Dans ce cadre, l'entrée en service de l'EPR de Flamanville impliquera des arrêts de réacteurs, mais EDF choisira ceux qu'elle souhaite fermer. Il n'est plus envisagé de fermer Fessenheim...

Alors que des voix s'interrogeaient sur la constitutionnalité du plafonnement de la production nucléaire, Ségolène Royal a annoncé que le Conseil d'Etat l'avait tout récemment validé, "tout comme le pilotage du mix énergétique".

Le gouvernement entend mobiliser sur trois ans environ 10 milliards d'euros
Il mise sur un effet de levier: prêts à moins de 2% pour les collectivités (5 milliards), allègement fiscal pour les particuliers (30% des travaux, jusqu'à 16.000 euros), relance du prêt à taux zéro (jusqu'à 30.000 euros).

La création d'un chèque-énergie pour les ménages précaires est aussi "actée", a indiqué Ségolène Royal, mais "le dispositif reste à finaliser" et à financer.