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jeudi 14 mai 2020

Des hauts fonctionnaires du ministère dénoncent le projet de Blanquer 

Une tribune politique,  publiée par le Café pédagogique et diffusée par la CGT-Educ'action

La gauche radicale co-gestionnaires sort du bois

"Nous observons, consternés, un système éducatif détourné de ses fondements républicains et de ses valeurs et ne pouvons nous taire". 
Ils sont comme ça une quinzaine de hauts fonctionnaires salariés du ministère  à arroser les media de leur tribune. Les mentions de deux rapports internes non publiés de l'Inspection générale montre l'origine du texte: DASEN (Directeur académique des services de l'Education nationale), inspecteurs généraux, cadres du ministère, tous grassement rémunérés, mais aussi réceptacles de primes diverses et variées qu'ils s'octroient généreusement, puisqu'ils sont les auteurs des textes qui en font des nantis. 

Bien que privilégiés et parce qu'ils voient leur emprise rognée,
ils dénoncent une "mise au pas" du ministère qui va des cadres aux enseignants de terrain
astreints à suivre des guides pédagogiques, ce qui est pourtant la moindre des garanties contre les errements de certains professeurs et d'un enseignement égalitaire sur toute l'étendue du territoire. 

Plus que "l'aveuglement scientiste" de ce dernier - qui vaut bien le scientisme des "méthodologistes" de l'Education ou ses statisticiens - , ils démontent les politiques menées par Jean-Michel Blanquer depuis 2017 : une vieille rancune réchauffée par le coronavirus. 
D'abord sur l'enseignement professionnel, officiellement "réévalué", alors que s'applique en fait un véritable hold-up sur l'avenir des jeunes des lycées professionnels à qui on ferme toute perspective de poursuite d'études. La vérité, c'est que ce sont des études clairement définies, depuis l'origine, comme courtes et limitées  dans les perspectives ouvertes. 
Même logique pour les autres lycéens, engagés avec les E3C dans une course perpétuelle à la performance qui élimine les faibles: la vie est sans pitié pour les canards boiteux et le marché ne les recrute pas, sinon, point de marché, point d'emploi et de pouvoir d'achat. 

Proclamée par Jean-Michel Blanquer, la "priorité au primaire" est en fait la "priorité aux maternelles privées", favorisées par la loi Blanquer: autre vieille querelle inépuisable remontant à la séparation de l'Eglise et de l'Etat, mais "tigre enfourché" par la gauche à la moindre occasion. 

Ainsi dénoncent-ils le "double discours permanent" de JM Blanquer 
En évoquant cet "en même temps", nos hauts-fonctionnaires visent Macron "nourrissant une rhétorique d'une duplicité chronique" lui aussi et au premier chef. 

Pour les activistes du ministère, attachés aux valeurs républicaines de l’Ecole, comme les usurpateurs, PS ou LFI, qui se sont approprié la démocratie, la politique menée par Blanquer est profondément réactionnaire. 
Cette tribune est en fait une riposte haineuse venant quelques jours après la tribune d'un haut fonctionnaire du ministère de l’Education nationale: ce nouveau texte témoigne de la lutte d'influence qui se joue autour de Blanquer - que la presse a justement déclaré en partance lors de la constitution du prochain gouvernement, avant l'été -, du climat insupportable de fin de règne au gouvernement et donc rue de Grenelle.

Voici le texte dont les électeurs français ont rejeté l'idéologie qui la sous-tend 

Nous, enseignants, formateurs, chercheurs, inspecteurs du premier et second degrés, inspecteurs généraux, directeurs académiques, cadres de l'administration centrale [deux de chaque catégorie font environ quinze], sommes des témoins privilégiées et informés de la situation actuelle de l'école. Animer des équipes pédagogiques, diriger les services départementaux de l’Education nationale, piloter une circonscription, former des enseignants, enseigner les disciplines au programme, réfléchir à comment faire en sorte d'assurer au mieux la réussite de tous les élèves : tel est, depuis tant de temps pour les uns, moins longtemps pour d'autres, notre métier. Nous ne nous sentons pas partisans, et avons toujours été du côté des réformes quand celles-ci allaient dans le sens de l'amélioration des apprentissages et de l'épanouissement des élèves. L'esprit de chapelle nous est étranger et l'idée d'appartenir à un quelconque parti ou organisation qui nous aurait obligés à nous taire en cas de désaccord ne nous a jamais effleuré. Du reste, certains d'entre nous sont de « droite » et d'autres « de gauche » mais notre loyauté aux valeurs de l’École n’est d'aucun bord, elle est quotidienne. Et nous nous efforçons, au jour le jour, de la défendre et de la faire vivre de notre mieux.
Or aujourd'hui, nous ne pouvons plus nous taire. Au-delà même de la gestion chaotique du Covid 19 dans les écoles, au-delà, dans ce contexte complexe, des propos du ministre contradictoires, évasifs, ou immédiatement infirmés par le Premier ministre, nous considérons que ce serait une faute éthique et politique. Qu'observons-nous bien plus précisément que les journalistes, même les plus aguerris, n'écrivent ?

Nous voyons tout d'abord un immense mensonge.

En prétendant construire une école de la Confiance, le ministre et son Cabinet instaure un authentique climat de défiance. Dans ce climat aux ordres, le Cabinet ministériel manie contrôles, censures, dans un management autoritaire, fondé sur la suspicion, la menace, le verrouillage de toute expression qui ne serait pas « dans la ligne ». Les recteurs et les Directeurs académiques convoqués pour une grand messe qui nie leur marge d'autonomie et d'expertise. Ces procédés sont inédits, jamais vus à ce niveau dans l’École de la République ; les cadres que nous sommes les constatons, et les déplorons, soucieux que nous demeurons de ne pas confondre loyauté et soumission, conscience professionnelle et obéissance aveugle.

Les cadres que nous sommes y voient se déployer sans retenue, un double discours permanent, nourrissant une rhétorique d'une duplicité chronique : cela passe par l'affirmation d'une priorité accordée au primaire, notamment dans la politique dite des fondamentaux et du dédoublement des classes (GS, CP et CE1), mais dans le même temps une relégation d'autres mesures parmi les plus efficaces (comme « plus de maîtres que de classes) au profit de dispositifs dont aucune étude ne permet à ce jour de mesurer l'efficacité réelle sur les apprentissages des élèves. Le seul juge de paix étant le ressenti du Ministre disant que tout va mieux là où aucun indicateur fiable ne peut le confirmer. L'affichage d'un discours sur l'Excellence en voie professionnelle est brandie alors que dans le même temps s'opère une dilution de la voie professionnelle publique sous statut scolaire en vue d'une disparition progressive du lycée professionnel mis en concurrence avec des organismes de formation privés et l'apprentissage. En voie générale des lycées, la réforme du Bac a montré son impréparation et aussi le fait que les élèves les mieux dotés socialement seraient, là encore, les plus à l'aise.

Mise au pas

Ce n'est pas seulement la liberté pédagogique des enseignants qui est mise à mal, mais aussi la liberté de pensée d'une Institution toute entière mise au pas. La liste serait longue, à la Prévert (mais malheureusement moins réjouissante) : des enseignants à qui l'on distribue des « guides », au mépris de leur expertise, des inspecteurs du premier degré que l'on veut caporaliser, dont on réduit les missions à des fonctions de contrôle, des inspecteurs du second degré sommés de relayer des injonctions paradoxales, et de nier la réalité des difficultés de mise en œuvre sur le terrain, une Inspection générale de plus en plus technocratisée, réduite au contrôle et dépossédée de sa fonction d'expertise, des chercheurs en sciences de l'éducation, en sciences humaines et sociales que l'on stigmatise, ostracise, voire excommunie du débat d'idées inhérent à tout système éducatif dans un État de droit, des instances d'évaluation que l'on met au pas, voire que l'on remplace pour que le Ministre ne puisse disposer que des évaluations abondant dans le sens des réformes du ministère.

Ce sont encore des fonctionnaires et hauts-fonctionnaires purement et simplement dépossédés de leurs dossiers d'expertise au profit de technocrates plus soucieux de leur intérêt de carrière à court terme que de la qualité du service rendu compte tenu, au choix, de leur inexpérience ou de leur incompétence. Ou d'autres encore qui sans conscience ou par idéologie, peuvent enfin donner libre cours à leur autoritarisme spontané.
Les enseignants du premier degré sont quant à eux renvoyés à un statut de simple exécutants, suspendus à des préconisations d'une neuroscience devenue toute puissante et intolérante aux autres sciences de l'éducation. Des inspecteurs territoriaux deviennent contraints de surveiller et obligés de se faire, eux-mêmes et à leur corps défendant, des exécutants aux ordres, malgré leur ressentiment, malgré parfois leur honte (une phrase revient souvent dans toutes les académies, à presque tous les postes sans que le Cabinet n'en ait cure : « jusqu'où pourrons-nous nous regarder dans la glace le matin ? » ; « nous avons l'impression de nous renier nous-mêmes », etc.). Les agents publics sont amenés à faire passer les réformes venues d'en haut, au mépris même de leur autonomie et de leur conceptions éducatives.

Scientisme

Nous, cadres, observons également un aveuglement scientiste : le Ministre, dès son arrivée rue de Grenelle, a voulu donner une caution scientifique colorée de modernité à ce qui ne relève que de mesures idéologiques marquées dans les faits du sceau d'une pensée conservatrice et néolibérale sommaire. L'installation, sous la houlette directe du ministère et au détriment d'instances existantes d'évaluation du système scolaire, du Conseil Scientifique de l’Education nationale en témoigne. Ici, ne règne qu'une vision de la recherche cognitive, sans la didactique, sans les sciences de l'éducation, ni la sociologie de l'école. « Tout se joue dans le cerveau » dit le ministre. Vive l'imagerie du cerveau. À bas les 100 ans de recherches pluridisciplinaires sur l'école ! La communication ministérielle est formelle, en laissant croire que la simple « remédiation » technique, fondée sur des procédures et des protocoles, sur du «pilotage par les preuves» suite à des tests de positionnement pourra vaincre la difficulté scolaire. Les neurosciences (et encore, une école particulière) sont érigées au rang de nouvelle doctrine pédagogique au détriment du savoir-faire des enseignants et des personnels d'encadrement de terrain ; elles se substituent ainsi à la compréhension des enjeux culturels, sociaux et cognitifs des apprentissages scolaires. Le numérique éducatif, alpha et oméga de la pensée pédagogique actuelle, sert de cheval de Troie pour infiltrer les pratiques pédagogiques et offrir l'échec scolaire en marché aux éditeurs numériques et opérateurs privés. Les annonces récentes du Ministre au moment du déconfinement sur l'importance future de l'enseignement à distance vont bien dans ce sens. L'invasion des soft skillsissues de l'idéologie néolibérale, reprenant les théories béhavioristes les plus éculées, contaminent le champ éducatif comme nouveau modèle de compétences centré sur l'individu au détriment des valeurs du collectif. Un détournement des thématiques de la personnalisation, de l'individualisation vient achever le travail en faisant porter sur les individus et non plus sur le collectif et les choix politiques la réussite des personnes ou de leur propre échec dans le système.


Un projet réactionnaire

Nous contemplons aussi, atterrés au quotidien, des mesures dites « pour la justice sociale » qui ne font qu'augmenter les inégalités sociales devant l'école.

En voie générale, sous le prétexte de l'exigence et du rehaussement du niveau, le ministre rétablit une culture élitiste qui trie, hiérarchise et sélectionne les élèves, mettant en place la compétition de tous et l'élimination des plus faibles au fur et à mesure du cursus scolaire. La réforme du Bac soumet les familles à une carte des enseignements de spécialités créant des inégalités territoriales de fait. Les E3C soumettent à une pression certificative permanente les élèves et leurs enseignants; dénoncées par les Chefs d'établissement et par une note interne de l'Inspection générale, perturbées dans plusieurs établissements, générant anxiété des élèves, pression permanente de tous et difficultés de mise en œuvre, ces épreuves ne servent que des logiques évaluatives au détriment des logiques de formation.
En voie professionnelle, alors qu'une large part du projet de démocratisation de l’École a reposé sur l'accès de ces élèves à l'enseignement supérieur, les bacheliers professionnels ont été dépossédés à bas bruit des disciplines de l'enseignement général par une baisse drastique des horaires, ce qui leur interdit désormais tout projet de poursuites d'études. Cette saignée horaire des disciplines générales en lycée professionnel, dénoncée par les enseignants comme on crie dans le désert, attente aussi à un enseignement émancipateur, levier majeur de l'intégration des élèves issus des milieux populaires. Cette politique consiste, de fait, à séparer les LP du paysage scolaire français en les arrimant au monde de l'entreprise et à une vision surannée et irréelle de l'apprentissage.
Dans le primaire et au collège, la liste est longue encore des entorses à notre Pacte républicain autour de l’École : une priorisation accordée à la maternelle privée (avec l'obligation scolaire à 3 ans) quand les maternelles publiques manquent de moyens ; une instrumentalisation de la thématique de l'échec scolaire pour rogner sur les moyens attribués à l’Éducation prioritaire (dont le nom même s'efface du portail internet du ministère) ; l'abandon de la dimension pédagogique de l’Éducation Prioritaire se faisant, au profit du thème, politiquement fort, de la ruralité. Nous dénonçons, en tant qu'acteurs de terrain et pilotes de ces réseaux, le détricotage progressif de cette politique œuvrant depuis des années à comprendre et à agir sur les difficultés des élèves les plus éloignés de l’Ecole.

[Fin du formatage?]
Education à la citoyenneté et laïcité dévoyés

Et pour aggraver encore le constat, le Ministre a choisi une mise en scène d'un traitement « sage » de la question de la laïcité scolaire tout en nommant un Conseil des Sages composé de membres dont certains sont très nerveux sur ces questions sensibles, contribuant ainsi à une irresponsable hystérisation du débat médiatique sur l'islam. Ce principe de laïcité scolaire, auquel nous tenons tant, se dit parfois au mépris de la loi, par le Ministre lui-même. À ce titre, l'instrumentalisation de la laïcité à des fins politiques, est heureusement contrôlée par les acteurs de terrain que nous sommes et... le Premier ministre lui-même au sujet des mamans accompagnatrices. Une instrumentalisation qui s'étend aussi aux questions liées aux banlieues, et au mépris des travaux existants. Mais il est vrai qu'il s'agit souvent de travaux sociologiques que le ministre renvoie, d'une formule de slogan, à des bourdieuseries sans intérêt et fausses.

Pourtant, le Ministre se voulait offensif sur la question de la citoyenneté : n'a-t-il pas annoncé un ajout au tryptique [Nous, qui ne sommes pas enseignants, formateurs, chercheurs, inspecteurs, nous écrivons 'triptyque' !] républicain : Liberté, égalité, fraternité et Respecter autrui ? Il s'agit là encore de l'énonciation d'une formule (« respecter autrui ») dont, nous, acteurs de terrain situés à tous les échelons de l'Institution, pouvons certifier du fait qu'aucune action ne vient appuyer cette intention, réduite à une formule d'affichage réservée à la communication médiatique ministérielle. Le Conseil Supérieur des Programmes a consciencieusement vidé de sa substance pédagogique l'enseignement moral et civique (EMC) par un ajustement de ces programmes deux ans à peine après sa mise en place. Verrouillage, contrôle et reprise en main sont là aussi à l'ordre du jour. De même, rien ne vient favoriser les formations d'enseignants sur ce « respecter autrui » dont l'exemple le plus net est la formation statutaire des enseignants du premier degré qui, cantonnés aux « fondamentaux » que seraient le français et les mathématiques, évacue tous les domaines de la culture (tant scientifique, humaniste, artistique, historique que géographique). La formation statutaire des cadres suit le même chemin dans un Institut (l'IH2EF) dévolu désormais uniquement à la passation des consignes ministérielles. Le ministère ferait bien d'initier dans ses logiques quotidiennes ce « respecter autrui » si absent de ses propres fonctionnements, comme un rapport de l'Inspection générale vient de le pointer, notamment au sujet de l'organisation interne de la rue de Grenelle et de la Dgesco en particulier.
Nous, cadres de l’Education nationale, confondus par la situation faite à l’Ecole de la République, ne pouvons nous résoudre à cet état de fait et prenons la responsabilité d'écrire ici pour, qu'au moins, nous puissions nous regarder en face et nous dire que nous avons prévenu du tournant qu'avait pris l’École. Car au-delà de telle ou telle mesure, c'est bien la philosophie d'ensemble qui vient heurter nos valeurs. La culture ministérielle actuelle est éloignée, de fait, de la culture professionnelle enseignante et de terrain. Le Ministre entend aujourd'hui piloter de façon autoritaire des réformes sans construire l'adhésion des enseignants et sans prendre en compte l'expertise des personnels d'encadrement. Symptomatiquement, la loi « pour l'école de la confiance » couvre de facto une politique de la défiance inédite à l'égard du pédagogique. Le plus grave est là. Nous observons, consternés, un système éducatif détourné de ses fondements républicains et de ses valeurs et ne pouvons nous taire. Le terrifiant verrouillage en cours du débat démocratique sur les enjeux et les finalités d'une École pour tous ne se fera pas avec notre contribution car nous ne voulons pas, nous, enseignants, formateurs, chercheurs, inspecteurs du premier et second degrés, inspecteurs généraux, directeurs académiques, cadres de l'administration centrale, trahir l’École de la République et ses idéaux.

Groupe Grenelle
L'identité des signataires n'est pas connue: ils restent encapuchonnés... 

Fin août dernier, la gauche extrême avait déjà eu un accès de colère
Dans la foulée des mobilisations de l’année écoulée, et notamment de la grève des correcteurs du bac, s'était tenue à Vincennes (Val-de-Marne), du 26 au 28 août, une université d’été enseignante organisée en marge des syndicats et placée sous le signe de la contestation des réformes gouvernementales, première 'Université d’été des enseignants', unis par une commune aversion idéologique à l’égard des réformes lancées par le ministre Jean-Michel Blanquer, réformes qui, selon eux, ont pour but de préparer une école "à deux vitesses", un slogan éculé, dans l’écrin de verdure de la Cartoucherie de Vincennes (Val-de-Marne) connue pour être un lieu tabou de création théâtrale, puisqu'animé par Ariane Mnouchkine - laquelle, avec 150 intellectuels, signa un texte qui appelle à voter pour Ségolène Royal, en 2007 - et sa troupe du Théâtre du Soleil, lequel accueillit des membres de la troupe afghane 'Théâtre Aftab' de Kaboul.

Rappelez-vous aussi "Bloquons Blanquer", site créé en mars 2019.
A la suite d'une AG parisienne, deux militantes enseignantes franciliennes, partisanes de la "pédagogie active", dont 'Louise', un pseudonyme pour cette pratiquante de la méthode Freinet, avaient créé ce site étendard de la révolte enseignante contre la politique menée par Blanquer, qualifiée de 'Blitzkrieg' ou 'guerre-éclair', qui vise la sidération. 
A titre d'exemple, citons leur dénonciation de l’article 1 de la loi, qui crée une "école du socle" et instaure un "devoir d’exemplarité" qui les inquiéta : "on est dans 1984, mais ça a l’air d’être un mauvais Disney, avec des couleurs chatoyantes et rien de bien méchant".
Pour faire court: on ne touche à rien. Ne cherchez pas les conservateurs, vous les avez...

dimanche 8 mars 2020

Plus de 100 avocates dénoncent les féministes accusatrices publiques aux César de Roman Polanski

Les avocates dénoncent "le triomphe du tribunal de l'opinion publique" agresseur de la présomption d'innocence

"Roman Polanski a été visé par plusieurs accusations publiques, parmi lesquelles une seule plainte qui n'a donné lieu à aucune poursuite", écrivent les signataires. 

Dans une tribune publiée dans Le Monde, dimanche 8, 114 avocates pénalistes se revendiquant "féministes" réagissent à la "véhémente polémique qui a suivi la 45ème cérémonie des César", où Roman Polanski, accusé de viol, a reçu l'un des prix les plus prestigieux pour son film 'J'accuse', il y a dix jours. "On se pique d'avoir à le rappeler, mais aucune accusation n'est jamais la preuve de rien", écrivent-elles.

"La véhémence polémique qui a suivi la 45ème cérémonie des César nous oblige, nous qui sommes tout à la fois femmes, avocates et pénalistes." Dans une tribune publiée dimanche dans Le Monde, ces femmes juristes se démarquent des harpies qui ont détourné cette fête du cinéma français à des fins personnelles et catégorielles mais ont été désavouées par l'ensemble de la profession: organisée par l'Académie des arts et techniques du cinéma, présidée par le réalisateur Claude Lelouch et présentée par l'amuseuse publique Florence Foresti, la cérémonie de remise des prix est l'aboutissement de plusieurs scrutins ouverts aux professionnels du cinéma, soit 4.509 membres, dont 4.225 membres votants, issus de différents métiers du cinéma et répartis sur 10 collèges. Les nominations et les récompenses sont le résultat d'un long processus démocratique qui devrait inspirer aux totalitaires le respect et la modération.

Les féministes avaient tenté un coup de force.
Quelques semaines avant cette 45e cérémonie, une polémique avait éclaté avec la contestation, le 13 janvier, d'une décision d'Alain Terzian, le président, qui refusa la participation de Virginie Despentes et Claire Denis, réalisatrice sans public, choisies par des acteurs et actrices comme marraines, parallèlement aux officiels, au dîner des Révélations des César. 
Auteure d'une nouvelle sur l'érotisme féminin et d'ouvrages porno, Despentes est une écrivaine qui a bénéficié d'un succès de scandale avec son roman Baise-moi ... Après avoir vécu en couple avec un philosophe espagnol au look de dragking, né femme nommée Beatriz, puis Paul B. Preciado, et féministe, queer, transgenre et pro-sexe, occasion pour Despentes de révéler sa propre homosexualité, en 2005, l'écrivaine française a été membre de l'académie Goncourt pendant quatre ans (2016-2020) jusqu'à sa démission. Dans un texte intitulé " déclarer la grève des utérus", il appelle les femmes à "[s'affirmer] en tant que citoyens entiers et non plus comme utérus reproductifs. Par l’abstinence et par l'homosexualité, mais aussi par la masturbation, la sodomie, le fétichisme, la coprophagie, la zoophilie... et l'avortement" et à "[ne pas laisser] pénétrer dans nos vagins une seule goutte de sperme national catholique."Dans Les Inrockuptibles le 17 janvier 2015, dix jours après le massacre à Charlie Hebdo elle écrit : "J’ai aimé mon prochain pendant quarante-huit heures. [...] J’ai passé deux jours à me souvenir d’aimer les gens juste parce qu’ils étaient là et qu’on pouvait encore le leur dire. J’ai été Charlie, le balayeur et le flic à l’entrée. Et j’ai été aussi les gars qui entrent avec leurs armes. Ceux qui venaient de s’acheter une kalachnikov au marché noir et avaient décidé, à leur façon, la seule qui leur soit accessible, de mourir debout plutôt que vivre à genoux [?? Sur quelles bases s'appuie-t-elle pour affirmer cette énormité?]. J’ai aimé aussi ceux-là qui ont fait lever leurs victimes en leur demandant de décliner leur identité avant de viser au visage. J’ai aimé aussi leur désespoir. [...] Je les ai aimés dans leur maladresse – quand je les ai vus les armes à la main hurler "on a vengé le Prophète" [parce qu'elle est croyante?] et ne pas trouver le ton juste pour le dire. [...] Jusque dans leur acte héroïque, quelque chose qui ne réussissait pas. [...] Il y a eu deux jours comme ça de choc tellement intense que j’ai plané dans un amour de tous." Le 5 juin 2015, elle avait été faite membre du jury du prix Femina et, le 5 janvier 2016, date anniversaire des massacres islamistes elle était élue à l'académie Goncourt. Marie Dabadie - qui produira notamment le seul documentaire consacré à l'écrivain Jean Genet - est alors la secrétaire de l'Académie et Bernard Pivot, président. Qui sont les responsables de la montée en puissance de Despentes, de son arrogance et de ses dégâts ?Après la cérémonie des Césars 2020 marquée par le départ de l'actrice féministe Adèle Haenel, suivie de sa compagne, la réalisatrice Céline Sciamma, Virginie Despentes signe le 1er mars une tribune de soutien à l'actrice militante dans Libération . Ce texte, reprenant le geste d'Adèle Haenel ("Désormais, se lève et on se barre"), ajoute l'abomination au scandale. Certains reprochent à cette tribune sa condamnation sexiste des hommes à partir du cas Roman Polanski et... les "riches" : "Le temps est venu pour les plus riches de faire passer ce beau message: le respect qu'on leur doit s'étendra désormais jusqu'à leurs bites tachées du sang et de la merde des enfants qu'ils violent.", écrit notamment la protégée des prix littéraires français.
Les fauteuses de troubles se sont fait connaître pour ce qu'elles sont.
Les critiques fusent, Terzian regrette son attitude mais, le lendemain, le soir du dîner des Révélations, plusieurs acteurs et réalisateurs, dont Cédric Klapisch, Michel Hazanavicius et Marina Foïs, refusent "qu’il y ait des artistes désirables et indésirables" et dénoncent "des agissements discriminatoires indignes", ainsi qu' "un fait du prince" dans l’organisation des activités de l'Académie : les fadaises habituelles ! Alain Terzian présente alors ses "sincères excuses", mais maintient qu'il n'a pas à se justifier.

Dans le Journal du Dimanche, le 9 février, Terzian promet de féminiser et de rajeunir l'Académie d'ici un an, le conseil d’administration ne comptant que 28,5 % de femmes, l’assemblée générale 17 % et la moitié des membres étant composée de septuagénaires ou plus. Mais la fronde est tenace et le lendemain, dans une tribune parue le 10 février dans Le Monde, 400 personnalités du cinéma - toutes politiquement engagées notamment contre le FN -  dont le fils de... Jacques Audiard, réalisateur d''Un prophète', "roman d'apprentissage" filmé qui raconte l'ascension d'un jeune délinquant d'origine maghrébine, Bertrand Tavernier, Omar Sy, Michel Hazanavicius, Agnès Jaoui et Marina Foïs, réclament une "réforme en profondeur" de l’Académie des César : il lui est reproché des "dysfonctionnements", "une opacité des comptes" qui ne sont plus publiés, et des statuts qui "n’ont pas évolué depuis très longtemps" et qui reposent toujours sur la "cooptation" .
Le 12 octobre 2017, Omar Sy a traité Eric Zemmour de "criminel" et Anne-Elisabeth Lemoine de "teubée" [bête]. Au micro de Philippe Vandel sur Europe 1 le 17 octobre 2017, Eric Zemmour, a révélé qu' " ici-même Omar Sy a demandé qu'on ne m'invite plus et m'a traité de criminel. Je veux simplement lui signaler qu'un criminel, c'est quelqu'un qui a commis un crime. Je sais bien que de Trappes à Hollywood il n'a pas eu le temps de maîtriser la langue française. Je pourrais l'attaquer en justice pour diffamation. Des criminels, il en a côtoyé si j'en crois les médias puisqu'il était très ami avec Monsieur Weinstein". "C'est lui [Weinstein] qui a contribué au succès d'Intouchables aux Etats-Unis; c'est lui qui m'a présenté à mon premier agent," a avoué Omar Sy, qui sait que son incroyable notoriété outre-Atlantique est en partie due au travail d'Harvey Weinstein, en procès pour agressions sexuelles et viols en série. Omar Sy décide courageusement d'arrêter aussitôt  la promotion du film Knock et de se retirer de la scène médiatique... 
Le 13 février, l'Académie annonce la démission collective de son conseil d'administration et promet son "renouvellement complet" et sa ré-organisation, la productrice Margaret Menegoz - directrice de la société Les Films du Losange (catalogue de plus de 100 films, comprenant Eric Rohmer, Barbet Schroeder, Roger Planchon, Jacques Rivette, et plus récemment des réalisateurs tels que Michael Haneke, Jacques Doillon, Romain Goupil, Jean-Marc Moutout et Philippe Claudel, qui ne sont pas connus pour leur modération politique) et membre du bureau sortant, assurant l'intérim jusqu'au 20 avril.

Polanski "n'est pas coupable"

Les accusateurs-trices publics piétinent le principe de présomption d'innocence.
"On se pique d'avoir à le rappeler, mais aucune accusation n'est jamais la preuve de rien : il suffirait, sinon, d'asséner sa seule vérité pour prouver et condamner", réagissent ces avocates, issues de tous les barreaux de France. "Roman Polanski a fait l'objet de plusieurs accusations publiques, parmi lesquelles une seule plainte, qui n'a donné lieu à aucune poursuite : il n'est donc pas coupable", soulignent ces pénalistes féministes, précisant que Samantha Geimer, qui accuse le réalisateur de l'avoir violée quand elle avait 13 ans, demande que la procédure soit close.

"Il ne s'agit pas tant de croire ou de ne pas croire une plaignante que de s'astreindre à refuser toute force probatoire à la seule accusation : présumer de la bonne foi de toute femme victime de violences sexuelles reviendrait à sacraliser arbitrairement sa parole, en aucun cas à la 'libérer'", écrivent les signataires.

"Le doute doit obstinément profiter à l'accusé"
S'appuyant sur leur exercice, ces avocates affirment qu'il est "faux d'affirmer que l'ordre judiciaire ferait montre aujourd'hui de violence systémique à l'endroit des femmes, ou qu'il ne prendrait pas suffisamment en considération leur parole". 
"Nous constatons au contraire, quelle que soit notre place à l’audience, qu’une inquiétante et redoutable présomption de culpabilité s’invite trop souvent en matière d’infractions sexuelles. Ainsi devient-il de plus en plus difficile de faire respecter le principe, pourtant fondamental, selon lequel le doute doit obstinément profiter à l’accusé", insistent ces juristes.

"Tweets après tweets, hashtags après hashtags, ce que nous sentons monter à de quoi alarmer tout authentique démocrate, et nous alarme d’autant plus que nous en percevons déjà les méfaits : le triomphe du tribunal de l’opinion publique", concluent ces "sopranos du barreau", selon leurs propres termes. 
"Nous sommes féministes mais nous ne nous reconnaissons pas dans ce féminisme-là, qui érige une conflictualité de principe entre hommes et femmes."

samedi 29 février 2020

Cesar 2020: la colonisation africaine de la France ne progresse pas assez vite

Le discours d’Aïssa Maïga embarrasse Vincent Cassel et interpelle les internautes 

Les malheurs d'Adèle Haenel occultent l'essentiel aux César 2020

Le 'Grand remplacement', de la théorie à la réalité en marche. 
Résultat de recherche d'images pour "Aïssa Maïga"La comédienne sénégalo-gambo-malienne née à Dakar, Aïssa Maïga, a revendiqué plus de diversité aux César, ce 28 février, vendredi pourtant noir pour le cinéma. Des tensions politiques multiples avaient assombri la 45ème cérémonie des César avant même son ouverture avec la cabale féministe de starlettes prêtes à tout pour un rôle : hier, alors que leurs promoteurs leur ont fait percer le plafond de verre de l'anonymat, elles se tenaient prêtes à cracher sur le réalisateur Roman Polanski, pour l'exemple (il est poursuivi pour des accusations de viol), comme furent exécutés les soldats de la Grande guerre pour des actes d'insoumission, de révolte individuelle ou de désertion inspirée par les intellectuels opposés à la guerre qui auraient fait que, sans les patriotes, nous serions aujourd'hui allemands et "no border"...

Si la presse, telle des PlayMobil de la majorité LREM, n'a pas bronché, des internautes n'ont pas hésiter à lui rappeler qu'elle n'est pas à Dakar. Et qu'elle peut exercer sa profession grâce à ce pays de mâles blancs et de fils de colonisateurs, résolument ouverts, à sa différence, à toutes les cultures et couleurs de peaux: le César du meilleur film 2020 a été décerné à un réalisateur noir venu du Mali, Ladj Ly, pour "Les Misérables" revisitant une bavure policière sur un Noir à Montfermeil en Seine-Saint-Denis, le 14 octobre 2008. 
Son discours déplacé a même embarrassé Vincent Cassel, lequel ne passe pourtant pas pour un intellectuel capable de penser autrement que l'entourage professionnel.qui le fait vivre et un proche de Cédric Klapisch, issu d'une famille réfugiée de Pologne arrivée en France en 1913 et établie à Neuilly-sur-Seine.

Ce réalisateur malien récompensé par les César a fait de la prison.


Des manifestants protestent devant la salle Pleyel.
La veille de sa condamnation, le 1er mars 2011, il est condamné à 400 € d’amende pour "un fait divers", selon Libération, des "commentaires outrageants" contre des policiers dont il avait filmé une intervention musclée sur des délinquants refusant de se plier à la loi et la publication en ligne d'un montage d'images.

En 2012, Ladj Ly est encore condamné, cette fois pour des faits de violence sur personne chargée d'une mission de service public, le maire UMP de Montfermeil (ville PCF de 1944  à 1983), Xavier Lemoine, réélu en 2014. L’outrage est consécutif à l’incendie qui avait coûté la vie à un bébé de 9 mois, le 22 novembre 2010 dans le quartier des Bosquets, où réside Ladj Ly, qui  avait vivement interpellé le maire à propos des conditions de relogement des sinistrés.
  
Scénario d'un prochain film: les condamnations d'un misérable en 2011 et 2012.
Un proche de Ladj Ly, Amad Ly, avec qui il n'a aucun lien de parenté directe, apprend au Sénégal que sa sœur entretient des relations sexuelles avec le mari de leur cousine. De retour en France, il demande des explications à sa sœur, qui nie cette relation. Dans la nuit du 13 au 14 janvier 2009, il la frappe, lui casse un doigt et lui cause un traumatisme crânien. Avec son frère Mamoudou, ainsi que Ladj, le trio retrouve ensuite le compagnon de sa cousine. L'homme est enfermé dans le coffre d'une voiture, amené dans une forêt, frappé et menacé, mais parvient à s'échapper.
La victime est retrouvée le lendemain matin par un fermier. Blessé notamment au visage, une incapacité totale de travail de 10 jours lui est prescrite. Le 2 mars 2011, les suspects sont jugés. Le Parquet requiert 4 ans de prison pour Amad Ly, 2 ans pour Mamoudou Ly et 1 an pour Ladj Ly, mais les peines sont plus sévères, Amad étant condamné à 5 ans de prison, alors que Mamadou et Ladj sont condamnés à 3 ans de prison ferme. La condamnation de Ladj Ly est confirmée en appel l'année suivante, mais sa peine réduite à deux ans de prison ferme et un an avec sursis. Il est alors maintenu en détention pour "tentative de meurtre", complicité "d’enlèvement" et "séquestration". 
Le 19 décembre 2019, son avocat militant pousse Ladj Ly à porter plainte pour "diffamation" et "diffamation raciale" contre les magazines Causeur et Valeurs actuelles qui avaient apporté leurs propres éclairages.

Ce 28 février, la comédienne était invitée à remettre le prix du meilleur espoir féminin
Face aux renoncements de plusieurs dans ce contexte de haine à tout propos, l'actrice immigrée de 44 ans a choisi de faire un discours sur le thème de la diversité dans le cinéma français, en écho à la tribune signée par de nombreuses personnalités dans Le Parisien.
 Sonia Rolland, Stomy Bugsy, Aïssa Maïga et Mathieu Kassovitz font partie des signataires de cette tribune.
#BlackCesars : une tribune qui dénonce un soi-disant manque de diversité dans le cinéma français.Une trentaine de personnalités du 7e art réclame une meilleure inclusion des artistes issus des Outre-mer et de l’immigration africaine et asiatique. A  quel titre?
Le texte est signé d'Olivier Assayas, Mathieu Kassovitz, Stomy Bugsy, Julien Leclercq, Firmine Richard, Olivier Marchal, Aïssa Maïga, Eriq Ebouaney, Sonia Rolland, Edouard Montoute, Jimmy Jean-Louis, Gabrielle Lazure… et... dénonce l'"invisibilité des acteurs, réalisateurs et producteurs" issus des DOM TOM et de l'immigration africaine et asiatique dans le cinéma français. Profitant de la prochaine cérémonie des César, ce vendredi 28 février,
la tribune regrette que la France "maintienne ses acteurs de couleur dans des rôles insignifiants qui ne justifieront jamais une quelconque nomination aux César".

Tout en critiquant les "rôles secondaires et stéréotypés" auxquels sont cantonnés les acteurs issus de l'immigration, les signataires espèrent que le renouvellement annoncé de la direction de l'Académie des César permettra d'inclure des artistes issus de ce qu'on appelle la « diversité".



C'est la tribune des stars du cinéma contre le fonctionnement des César qui a motivé l'auteur de ce texte, Eriq Ebouaney, rôle principal du film Lumumba ! "La tribune publiée dans Le Monde réclame plus de parité au sein de l'Académie des César, assure l'acteur français d'origine camerounaise. J'aurais aimé qu'elle réclame aussi une meilleure inclusion des professionnels du cinéma issus des DOM TOM et de l'immigration africaine et asiatique." Ce comédien aigri a joué dans "Femme fatale", "Les Rivières pourpres 2" ou "Hitman", mais il n'en a pas assez et voudrait profiter du vent nouveau qui souffle sur les César pour "inclure les artistes afro-descendants dans la photo de famille". Bref, il y a trop de Blancs français en France, notamment au cinéma. Mais comme il  n'y a pas non plus assez de femmes, il nous faut Firmine Richard à  Matignon ou  à l'Elysée. 
Eriq Ebouaney a donc écrit le texte ci-dessous, qui a été signé par une trentaine d'artistes et que nous publions en exclusivité.



« Dans quelques jours, au cours de la 45e cérémonie des César, nous célébrerons la grande famille du cinéma français. Le cinéma ! Un art éminemment populaire qui rassemble dans une célébration partagée toutes les couches de la population sans distinction de classe sociale, de genre ou d’origines. Le cinéma est un puissant outil de transmission d’une culture, un outil de facilitation de l’intégration des populations de notre pays. Il est aussi un outil de transmission de valeurs communes partagées d’une société. Notre cinéma devrait donc être, comme Stendhal le disait du roman, un miroir dans lequel se reflète la société dans sa réalité et sa diversité.
Il y a vingt ans, à la 20e cérémonie des César, le Collectif Egalité fustigeait déjà l’absence d’inclusion de nos concitoyens issus des Outre-mer et des immigrations dans le cinéma français. En 2018, l’essai collectif Noire n’est pas mon métier dénonçait aussi les discriminations et les stéréotypes dont sont victimes les actrices afro-descendantes.
Nous voulons ici pointer du doigt les paradoxes d’un pays, la France, qui nomme Spike Lee, un réalisateur et producteur afro-américain, président du jury du prochain Festival de Cannes, et qui en même temps maintient ses acteurs de couleur dans des rôles insignifiants qui ne justifieront jamais une quelconque nomination aux César.
Notre cinéma, en ce siècle de globalisation, en ces temps de métissage des cultures et de brassage des populations, nous donne-t-il à voir la réalité et la diversité de la société française ? Nous rend-il compte des histoires entrecroisées et mêlées de notre histoire commune qui n’en font pas moins partie du roman national ? L’histoire de France est celle de tous ses habitants sans exclusive. Une tribune parue récemment dans Le Monde a fustigé l’organisation des César en mettant en cause son fonctionnement et son opacité. Ces griefs sont légitimes et nous ne pouvons que les faire nôtres ! On aurait cependant apprécié que les signataires incluent dans leurs reproches à la direction des César l’absence des acteurs et réalisateurs issus de ce que l’on appelle par paresse et frilosité du langage la diversité !
Cette invisibilité des acteurs, réalisateurs et producteurs issus de cette frange de la population accentue le malaise et le sentiment d’exclusion déjà vécu dans la vie réelle. A quand l’inclusion ? La démission collective du conseil d’administration des César va-t-elle changer la donne ?
Aujourd’hui, il n’est plus question, pour tous les professionnels du cinéma issus des immigrations et d’Outre-mer, d’être assignés aux rôles secondaires et stéréotypés auxquels on les a longtemps cantonnés. Le cinéma anglo-saxon confie des rôles de premier plan à tous ses acteurs sans distinction de couleur ou d’origine et sans que cela ne nuise à sa qualité, bien au contraire !
Les succès au box-office des films Il a déjà tes yeux de Lucien Jean-Baptiste, Les Misérables de Ladj Ly, et les records d’audience sur Netflix des films de Kery James Banlieusards et Le Gang des Antillais de Jean-Claude Barny sont significatifs des attentes d’un public qui est bien plus en avance sur cette question de la représentation des minorités sur nos écrans que les institutions du cinéma français.
L’adoption de mesures d’inclusion est urgente si on ne veut pas laisser à ces professionnels du cinéma français qu’une seule option : l’engagement dans la voie du communautarisme à l’américaine pour s’exprimer et s’épanouir dans leurs métiers. Il est temps d’ouvrir les portes et les fenêtres du cinéma français. Car le talent, comme l’émotion, n’a pas de couleur.
#BlackCesars ?! (avec un 's' à Cesar si ils veulent.
Jusqu'ici, les Français ne mettaient pas de marque du pluriel aux noms propres, mais désormais la "diversité" fait loi, en attendant la charia...)
Signataires : Eriq Ebouaney, Olivier Assayas, Olivier Marchal, Mathieu Kassovitz, Stomy Bugsy, Euzhan Palcy, Julien Leclercq, Firmine Richard, Aïssa Maïga, Greg Germain, Nathalie Marchak, Sonia Rolland, Edouard Montoute, Jimmy Jean-Louis, Gabrielle Lazure, Reza Pounewatchy, Salim Kechiouche, Jean-Claude Barny, Vanessa Djian, Kentaro, Sam Bobino, Issaka Sawadogo, Marie-Philomène Nga, Fanny Bastien, Mata Gabin, Mehdi Nebbou, Beatriz Levin, Annouchka de Andrade, Alex Ogou, Yasmine Chouaki…

Combien de Blancs dans le 'Black Panther' (Ciné+Frisson, TF1) ? 
Résultat de recherche d'images pour "Black Panther affiche"
Une pyramide laissant peu de
place aux Blancs:
diversité exemplaire ?
L'objectif de ce film est de "contribuer à faire évoluer les mentalités". 'Black Panther', long métrage racial réalisé par Ryan Coogler, un Noir, a eu un succès planétaire en 2018 et s'est rapidement imposé comme un véritable phénomène de société qui a fait bouger les lignes à Hollywood. Pour la première fois, une superproduction parlant de l'Afrique et interprétée par un casting majoritairement afro-américain est devenue un monument de la culture populaire. Le film n'en finit pas de susciter des discussions, de provoquer la réflexion et d'inspirer ses spectateurs : les Blancs y sont sauver par des sommités noires de la médecine d'avant-garde et tout à l'avenant. Nos aigris des César n'ont plus qu'à se mettre à l'anglais américain, un "challenge" !

Malheureusement, l'assimilation pose problème à l'actrice, jusqu'à son texte ! Et il n'y a pas plusieurs prises et le rendu était plutôt confus. "A chaque fois que je me retrouve comme ça, dans une grande réunion du métier, je ne peux pas m’empêcher de compter le nombre de noirs dans la salle”, a-t-elle dit, avant de se tourner vers Vincent Cassel. "C’était toi le renoi du cinéma français avant la diversité ! Je te mets dans le quota; ça te va ou pas ?”, lui a t-elle demandé, tandis que le compagnon de Tina Kunakey (métisse d'un père togolais), qui n'a pas le sens de la réplique sans son texte, a enchaîné en se défilant: “J’ai pas compris" ! En noir ou blanc, le cinéma va mal...

Franck Riester, ministre inexistant de la Culture

Etait-il présent comme annoncé?
On trouve tout sur Twitter et donc des internautes (de couleur et pas que !) pour estimer que l’actrice a eu le courage d’évoquer le manque de diversité dans le cinéma français. "Elle a OSÉ prendre la parole pour nous les noirs !”, “Je salue le grand courage d'Aïssa Maïga. Au moins c’est dit ! Bravo”. Les chiffres de la population de couleur sont un totem français, mais les Noirs sont en vérité sur-représentés dans les films (et les pubs) diffusés à la télévision. Comme les femmes qui restent vautrées dans le canapé pendant que le mari en cuisine est moqué de toute la famille pour avoir loupé un plat, les Noirs, hommes et femmes, occupent désormais les rôles de chefs : dans nos films policiers, les flics sont des hommes, mais les femmes, des commissaires. Et si l'inspecteur est une femme noire, la critique est bonne... Les personnes de petite taille devraient rédiger des tribunes : dans Fort-Boyard, Passe-Partout est pourtant traité comme un Omar Sy dans "Service après vente des émissions" et dans "Joséphine, ange gardien",Mimie Mathy  est cantonnée aux rôles comiques "stéréotypés"... 
 Nombreux sont les internautes qui n'ont rien compris au discours d’Aïssa Maïga: “Quelqu'un a le GIF de la réaction d'incompréhension de Vincent Cassel face au discours d'Aïssa Maga ? Priceless" (ça n'a pas de prix), "Je suis en train de regarder le passage catastrophique d’Aïssa Maïga... digne de malaise TV ! Même les personnes de couleur dans la salle ont l’air mal à l’aise face à son speech". 
Et si elle revendiquait un discours d'introduction à l'Académie française?
Chez eux aussi, trop de Blancs et pas assez de femmes de couleur...

Pourquoi l’absence de rôles féminins dans ce film et de femmes sur cette photo ne gêne t elle pas? Cela dit quoi de la vision masculiniste des quartiers ? Et de notre acceptation? Tant que vous pensez faire une bonne action en regardant et louant un film, vous insultez le cinéma. https://t.co/mRve6Zw5F8
Pourquoi l’absence de rôles féminins dans ce film et de femmes sur cette photo ne gêne t elle pas? Cela dit quoi de la vision masculiniste des quartiers ? Et de notre acceptation? Tant que vous pensez faire une bonne action en regardant et louant un film, vous insultez le cinéma. https://t.co/mRve6Zw5F8

L'arrogance n'est pas affaire de peau
Comme le sexe, la notion de race a été abolie, mais les gens de couleur continue de l'instrumentaliser : elle continue à agiter les vertueux, les mauvais et les méchants qui réclament la fin de la méritocratie. 
Allez, à l'année prochaine, pour de nouveaux délires !
En 2014, le Ministre de la Culture et du Patrimoine du Sénégal, Abdoul Aziz Mbaye a passé un accord avec Mawrah Studios. Ensemble, ils devaient mettre en place une Académie de formation cinématographique "SUNU-WOOD". Grâce au travail pédagogique et d'accompagnement qui devait être conduit par les professionnels et les partenaires culturels, cette formation a dû permettre d’initier le public sénégalais à la l’art.
2021 sera-t-elle l'année de la remise de 'Césaire' 'Cédar' (Senghor) à des comédiens mâles blancs, des mains de Ladj Ly ?

jeudi 20 février 2020

La fermeture de Fessenheim entraînera des émissions additionnelles

La fermeture de la centrale alsacienne se fonde sur une vision de l’écologie aujourd’hui dépassée

Les émissions mondiales de CO2 ont augmenté de 55% en vingt ans


Quatre ans après la signature de l’accord de Paris, la fièvre  est retombée. Les émissions globales ne baissent pas et les résultats concrets des engagements climatiques actuels des Etats ne s’avèrent pas à la hauteur, en dépit des déclarations vertueuses, politiques et médiatiques, concernant les conséquences du réchauffement climatique, mais dans l’Hexagone et partout dans le monde la prise de conscience citoyenne proclamée reste sans effets concrets. Il y a un mois, plus d’un million de jeunes dans le monde donnaient des leçons à leurs aînés, se mobilisant dans les rues pour le climat, politique spectacle qui ne déplace pas les montagnes: des militants écologistes ont bloqué les avenues londoniennes à l’occasion de la "semaine de la rébellion internationale", organisée par les agitateurs d'Extinction Rebellion pour dénoncer l’inaction du gouvernement face au changement climatique. En France, une quinzaine d’associations a organisé des manifestations similaires, appelant les Français à "une désobéissance civile" massive et non violente, pour inciter Macron à changer le cap de sa politique environnementale.

Dans notre pays, après les européennes, les débats des municipales et les programmes des candidats sont toujours pollués par les sujets écologiques, avec des annonces de créations de parcs gigantesques ou de murs végétalisés jouxtant les amas de poubelles abandonnées à tous les coins de rues par les éboueurs en colère mais, si la France affirme vouloir respecter l’objectif ambitieux de la "neutralité carbone" d’ici une trentaine d’années, comme affirmé encore le mois dernier par la secrétaire d’Etat Emmanuelle Wargon, il subsiste entre les pays une grande disparité, ne serait-ce que dans l'UE, quant à leur capacité à élaborer des politiques écologiques et énergétiques à la hauteur des enjeux mondiaux. En Allemagne, la "neutralité carbone" est battue en brèche par la (ré)ouverture de centrales au charbon...

Mais en France, le 22 février, le premier réacteur de la centrale nucléaire de Fessenheim va fermer sur décision politique, promesse de Hollande, sous la pression des écologistes, malgré la faiblesse de sa représentation,  17 députés à l'Assemblée.

De nombreux observateurs disent pourtant leur inquiétude pour un territoire qui souffre déjà de la désindustrialisation, et où près de 5.000 personnes dépendent économiquement de la centrale.

Au-delà du malaise social, se dégage un malaise sur l'incohérence d'une fermeture d'un moyen de production bas carbone en pleine urgence climatique dans une Europe sous influence écologiste et encore très polluante, puisque dépendante de ses centrales à charbon et à gaz préconisées par les... activistes Verts. Au moment où Fessenheim s'engage dans la fermeture de son premier réacteur, les Allemands mettent en service une nouvelle centrale à charbon à 500 km au nord de Fessenheim, à Datteln 4, (propriété du groupe énergétique allemand Uniper, exploitant exploitait notamment de deux centrales à charbon en France, à Saint-Avold et à Gardanne) à l'été 2020, en Rhénanie-du-Nord-Westphalie, dans la région industrielle de la Ruhr, malgré la promesse de Berlin en début 2019 de sortir du charbon d’ici 2038 pour réduire ses émissions de CO2, provoquant la colère des écologistes également en colère contre le nucléaire...

Les émissions mondiales de dioxyde de carbone (CO2) issues de la combustion de ressources fossiles - charbon, pétrole et gaz - et de certaines activités comme la cimenterie ont augmenté de 2,7% l’année dernière, pour atteindre 37,1 milliards de tonnes. Le CO2 étant le principal gaz à effet de serre (GES) avec le méthane, l’ozone, le protoxyde d’azote ou encore les hydrofluorocarbures.
Certaines études désignent la Chine plus gros pollueurs. 
L’année dernière, l’empire du Milieu a cumulé plus d’un quart des émissions mondiales, avec près des deux tiers qui restent liées à sa forte dépendance au charbon, comme l'Allemagne. C'est toutefois faire très peu cas des efforts de réduction que la Chine a entrepris. 
Deuxième source mondiale d’énergie après le pétrole, le charbon reste le premier responsable des émissions mondiales de GES (gaz à effet de serre) et représente 40% du mix énergétique mondial. En 2017, la Chine a lancé un plan de transition énergétique énergique, avec un investissement accru dans l’énergie verte et l’installation d’une multitude de panneaux solaires dépassant les capacités photovoltaïques de la France et de l’Allemagne. Le parti communiste chinois espère ainsi ramener à 10% sa consommation de charbon d’ici 2050.

En 2018, la Chine, les Etats-Unis, l’Union européenne et l’Inde ont couvert près de 57% des émissions mondiales.
 
Entre 2017 et 2018, les émissions de CO2 ont progressé de 6,3% en Inde et de 4,7% dans l’empire du Milieu. Dans le reste du monde, les émissions de CO2 ont augmenté en moyenne de 1,8% sur un an. L’Europe des 28 est le troisième émetteur mondial de dioxyde de carbone, avec 3.500 mégatonnes émises l’année dernière. L’Allemagne est le premier pollueur d’Europe: le pays rejette à lui seul près de 23% des émissions de CO2 de l’Union européenne. Nos alliés d’Outre-Rhin sont les cinquièmes plus grands consommateurs de charbon dans le monde. Avec 356 millions de tonnes émises en 2018, la France est responsable pour sa part de seulement 1% des émissions mondiales de CO2 et d’un dixième de celles de l’UE.
Entre 1990 et 2015, les émissions de GES ont chuté de 23,6% sur le Vieux continent. Mais si plus d’une quinzaine de pays dont la France, le Royaume-Uni, la Belgique ou encore l’Italie sont parvenus à réduire durant cette période leurs émissions de CO2, notamment grâce au passage des énergies fossiles aux énergies renouvelables, les baisses affichées restent cependant bien loin des objectifs fixés par l’accord de Paris. Par ailleurs,  elles sont légèrement reparties à la hausse, avec une "dynamique" pour les pays de l’UE s’établissant à +1,8% entre 2017 et 2018, en seulement deux ans.
D'où la volonté de stigmatisation des élèves encore plus mauvais : l’empreinte carbone d’un Américain est deux fois plus importante que celle d’un Chinois ou d’un Européen. S'il y a pire que soi, c'est qu'on n'est pas si mauvais ?

La France se prépare néanmoins à pénaliser son économie et le pouvoir d'achat de ses ressortissants. Son sacrifice exemplaire est-il un prosélytisme malin sachant qu'en moyenne, un habitant dans le monde émet désormais 4,8 tonnes de CO2 par an, soit une augmentation de près de 47% depuis dix ans ?


La déléguée générale de la Société française d’énergie nucléaire (SFEN), Valérie Faudon, conteste le bien-fondé écologique de cette fermeture

Cette décision de fermeture en France va entraîner une augmentation des émissions de CO2
, mais est présentée comme un avatar obligé de la dénucléarisation de la planète, vision de l’écologie résolument dépassée, comme l'expliquent les auteurs d'une tribune dans Le Monde.

La tribune de Valérie Faudon : 

Nucléaire : questions sur Fessenheim

Demain, le 22 février 2020, le réacteur n°1 de la centrale nucléaire de Fessenheim sera définitivement arrêté. Une décision gouvernementale, imposée, contre indemnité d’au moins 400 millions, à EDF. Réponses à quelques questions dérangeantes.



CENTRALE NUCLEAIRE DE FESSENHEIM. PISCINE DE DESACTIVATION BATIMENT COMBUSTIBLE ( BK ) FRANCE, MAI-JUILLET 2015. Photo Eric Dexheimer

Quelle est l’origine de cette décision ? Une étude technico-économique, une exigence de l’Autorité de sûreté nucléaire, une production d’électricité inutile, coûteuse ou polluante ? Nenni. Le résultat d’une négociation politique, à visée électorale immédiate, entre François Hollande et EELV lors de l’élection présidentielle de 2012. L’accord déboucha sur une loi, dite par anti-phrase «de transition énergétique et croissance verte», votée en août 2015, qui prévoyait que la puissance installée nucléaire du pays ne devait pas dépasser les 63,2 GW existant. Et qu’en conséquence le démarrage de l’EPR en construction à Flamanville (1) devait se traduire par la fermeture de deux réacteurs de 900 MW. Une décision présentée comme la première étape vers la diminution à 50% de la production d’électricité totale de la part du nucléaire, fixée dans la loi à 2025. Là aussi sans qu’aucune étude ne vienne justifier ce chiffre aussi rond que dénué du moindre sens technique ou économique (lire ici ce qu’il faut penser de l’argument de la sûreté). Lorsque la réalité industrielle revient par la porte, l’objectif est repoussé à 2035 par le gouvernement d’Emmanuel Macron – pourtant ministre de l’économie lors de l’élaboration de la loi – c’est dire si tout cela est fait avec sérieux.
Faire dépendre la mise en service ou l’arrêt d’une centrale électrique, quelle qu’en soit la technologie, d’un accord électoral et non d’une analyse technique, économique, écologique et de sûreté semble stupide, mais c’est ce qui survient au pays de Descartes.


La concentration dans le temps de la construction des réacteurs nucléaires d’EDF suppose une planification de longue durée de leur mise à l’arrêt définitive afin d’éviter « l’effet falaise »

Les réacteurs de Fessenheim doivent-ils s’arrêter ? Oui, comme tous les réacteurs nucléaires du monde. Aucune de ces machines n’est éternelle et on compte déjà près de 150 réacteurs nucléaires définitivement arrêtés dans le monde, ce n’est pas original. En France, tous les réacteurs construits avant le grand programme lancé en 1974  (13) ont été arrêtés. La vraie question est : quand ?
Si la fable selon laquelle les réacteurs ont été «construits pour 40 ans» a toujours cours, elle ne repose sur rien d’autre que le calcul économique effectué à leurs débuts et une démonstration de sûreté sur cette durée minimale. Mais la sûreté nucléaire à ses exigences qui sont les mêmes à 20, 30 ou 50 ans de fonctionnement.
Le réacteur « papa » de tous les 900 MW français, celui de Beaver Valley (Pennsylvanie, USA), a été autorisé à fonctionner jusqu’à 60 ans en 2009. Et l’horizon des 80 ans est envisagé pour nombre de réacteurs équivalents. En Suisse, les réacteurs ont 43 ans de moyenne d’âge, celui de Beznau a démarré en 1969 et vise les 60 ans. En France, EDF vise aussi les 60 ans et travaille en ce sens avec l’Autorité de Sûreté Nucléaire qui veille scrupuleusement à ce que le niveau de sûreté soit au moins aussi bon qu’à la mise en service – il sera en réalité plus élevé avec les exigences nouvelles de l’ASN. Les dernières visites décennales des deux réacteurs alsaciens ont donné satisfaction aux exigences de l’ASN. Et le dernier bilan disponible (2018) de la surveillance par l’ASN de chaque centrale signale que celle de Fessenheim fait partie des « bons élèves » de la classe.
Il aurait donc été raisonnable de prévoir, dès maintenant, l’arrêt définitif des deux réacteurs de Fessenheim à l’horizon 2040 au plus tard dans le cadre d’un plan général organisant la fin de l’exploitation de tous les réacteurs de cette génération afin de lisser dans le temps leurs mises à la retraite.
L’électricité de Fessenheim est-elle utile ? Le parc nucléaire est d’une puissance maximale théorique de 63,2 GW, mais c’est une situation très rare et fugace. Il faut bien stopper les réacteurs pour les entretenir, recharger les cœurs d’uranium. Et il ne représente que 46% de la puissance installée. Or, la pointe historique de consommation a mobilisé une puissance de 102 GW (en février 2012) et le système électrique actuel du pays aurait bien du mal à produire autant qu’à cette époque avec l’arrêt de nombreuses installations au charbon et au fioul.
En 2019, le nucléaire a produit un peu plus de 70% de l’électricité du pays. Le complément est fourni par l’hydraulique, le gaz, l’éolien, le solaire, la biomasse, le charbon et le fioul. Si le gaz est encore significatif, charbon et fioul sont marginaux (le total des fossiles a fourni 7,9% de l’électricité en 2019).

Source RTE. Production électrique France métropolitaine 2019.

Donc, oui, cette électricité est utile, surtout lorsque RTE alerte sur un risque de tension sur l’approvisionnement du pays pour l’hiver 2022-2023 en cas de grands froids (2). La consommation d’électricité devrait rester étale dans les deux ou trois décennies à venir, l’augmentation des usages pour le numérique et surtout les véhicules électriques compensant les économies d’énergie réalisées ailleurs (électro-ménager, éclairage, procédés industriels…).

Source bilan électrique 2019 RTE.

Il n’est pas inutile de souligner que l’électricité constitue la source d’énergie alternative majeure au gaz pour le chauffage des bâtiments, afin d’éviter des émissions massives de gaz à effet de serre, accompagnée de vigoureuses politiques de rénovation et d’isolation des bâtiment et de recours aux pompes à chaleur.
Quels sont les avantages écologiques de Fessenheim ? L’électricité de la centrale – elle a produit l’équivalent de toute la consommation annuelle de la France depuis son démarrage, soit environ 430 TWh – est très favorable à la lutte contre le changement climatique. Avec une émission très faible de CO2, estimée à 6 g/kWh (Base de données carbone de l’Ademe ) pour l’ensemble du cycle de vie (de la mine d’uranium à la gestion des déchets nucléaires en passant par la construction et l’exploitation de la centrale) pour le parc nucléaire français, soit mieux que les meilleurs moyens de production renouvelables (hydraulique, éolien, solaire). Comme l’essentiel des émissions est lié à la construction, plus la centrale est exploitée longtemps et plus cet avantage augmente.

Source : base carbone de l’Ademe

Mais cette électricité abondante est aussi produite sans émettre de particules fines ou d’autres pollutions atmosphériques. Et avec une mobilisation très faible d’espaces et de matières premières. Pour l’avenir, si l’on veut diminuer de manière significative les émissions de CO2 du secteur électrique, la seule action d’envergure qui reste à conduire c’est l’éviction des centrales à gaz. Or, la diminution de la part du nucléaire conduira inéluctablement à augmenter celle du gaz, notamment pour compenser l’intermittence de l’éolien et du solaire. Le graphique ci-dessous précise les dimensions du problème posé : un parc éolien total de près de 16 000 MW, dispersé à travers toute la France, peut ne produire que 96 MW en puissance instantanée, avec des variations de production rapide (quelques heures) entre des minima proche de zéro et des maxima allant approchant 80% de la puissance installée.

Variation de la puissance moyenne du parc éolien par pas de temps de 30 minutes. Le minimum de l’année 2019 est à 96 MW, le maximum à 13 328 MW. Le minimum de production journalière est à 11,4 GWh et le maximum à 283,3 GWh. Compter sur les importations des pays voisins n’est pas possible si ces derniers sont également très équipés en éolien, car leur météo est proche de la notre.

Ce jus est-il cher ? Non, il est au contraire très peu coûteux, même en tenant compte des investissements de sûreté exigés par l’ASN (280 millions à Fessenheim) après l’accident de Fukushima Daï Ichi au Japon. Et rapportait beaucoup à EDF. Du coup, le gouvernement devra… indemniser EDF – à hauteur de 400 millions d’ici 2024, mais possiblement beaucoup plus jusqu’en 2041, correspondant aux bénéfices que la centrale aurait produits – pour cet arrêt sans justification économique, gaspillant d’énormes sommes d’argent public, et détruisant de l’emploi stable (plus de 2000 emplois directs et induits).
En résumé, le Président de la République assure que le nucléaire est un atout pour la France – pour le climat, la sûreté de son approvisionnement en électricité et l’économie – et décide tout de même de le saborder sans raison autre qu’un engagement électoral. Vous avez dit bizarre ?
Sylvestre Huet
(2) Extrait du Bilan prévisionnel 2019 de RTE : «Or, au cours des 15 dernières années, la France est passée de cette situation de surdimensionnement à une situation de respect strict du critère de sécurité d’approvisionnement. Ceci est principalement le fait de  fermetures d’installations au fioul et au charbon. De nombreuses centrales de ce type (pour une puissance cumulée de près de 12 GW) ont été mises à l’arrêt depuis 2012, pour des raisons environnementales (ces moyens étaient parmi les plus émetteurs de gaz à effet de serre du parc) et économiques (ils fonctionnaient très peu). »
Ces émissions additionnelles seraient de l’ordre de 10 millions de tonnes de CO2 par an. 

"Les inquiétudes commencent à monter sur notre sécurité d’approvisionnement électrique pour les années à venir" 

L’arrêt de la centrale de Fessenheim menace la sécurité d'approvisionnement de la France. Selon RTE, le gestionnaire du réseau électrique français, l'approvisionnement en électricité "devrait être assuré" cet hiver, jusqu'en Bretagne, avantage du réchauffement climatique. Mais, sachant que la France bénéficie actuellement d'un stock hydraulique important, malgré des épisodes de sécheresse, le parc nucléaire devrait être plus disponible cet hiver que le précédent, après Hollande et Macron, le déluge : la période 2022-2023 s'annonce plus problématique.

Dès 2023, la sécurité d'approvisionnement électrique de la France devra faire l'objet d'une "vigilance", en raison notamment de l'arrêt programmé des centrales à charbon, a prévenu le gestionnaire du réseau à haute tension, préconisant un sursis pour celle de Cordemais (Loire-Atlantique), en novembre 2019. 
Avec la fermeture de la centrale nucléaire de Fessenheim (Haut-Rhin) et l'annonce gouvernementale de l'arrêt des quatre dernières centrales à charbon  d'ici à 2022 pour des raisons environnementales, la promesse de Macron, reprise dans la récente loi énergie-climat, ouvre une période de grande incertitude en matière d'approvisionnement électrique. La première exposée, la Bretagne mise sur le développement de nouveaux moyens de production, avec une future centrale à gaz à Landivisiau d'ici à 2022 et l'essor des énergies renouvelables et de nouvelles interconnexions avec les pays voisins: l'indépendance énergétique de la France devient un mythe, d'autant que la mise en service de l'EPR de Flamanville reste problématique.
L'EPR en construction dans la Manche est en effet en retard à la suite de diverses difficultés (dernièrement des difficultés avec des soudures qui doivent être reprises, et EDF ne pourra pas le démarrer avant fin 2022). Il est d'ores et déjà fait appel à l'esprit citoyen des Français exhortés à la maîtrise de leur consommation pour assurer "l'optimisation" des arrêts de réacteurs nucléaires pour maintenance..., avec "le maintien en disponibilité ou la conversion à la biomasse" (bois, végétaux, déchets agricoles) de la moitié de la centrale à charbon EDF de Cordemais (Loire-Atlantique) tant que l'EPR n'est pas mis en service.

Le fermeture de Fessenheim conduit au maintien d'une centrale à charbon.
"Il y a bien une situation spécifique sur l'ouest", a admis Thomas Veyrenc, directeur de la stratégie et prospective de RTE, lors d'une conférence de presse, plus spécifiquement la Bretagne, "cul-de-sac" électrique qui ne dispose d'aucune centrale nucléaire.
Le maintien au moins partiel de Cordemais au-delà du 1er janvier 2022, s'il apparaît en contradiction avec la volonté de l'exécutif, est compatible avec la loi, assure RTE. Celle-ci prévoit en effet un plafond annuel d'émissions, ce qui permet à une centrale de fonctionner quelques centaines d'heures par an.

A l'horizon 2023-2025, Macron compte sur une meilleure sécurité d'approvisionnement avec l'espoir de la montée en puissance des renouvelables, notamment les parcs éoliens en mer ! Les grands parcs éoliens offshore, au large de la Normandie et des Pays de la Loire, ne seront pas opérationnels avant 2022, alors que les appels d'offres ont été lancés 10 plus tôt (2011)

"Fessenheim: la fermeture d’une réussite française." 
La tribune de Raphaël Schellenberger, député LR du Haut-Rhin


Le projet de fermer Fessenheim était l'un des dommages collatéraux de l'accord électoral entre le PS et Europe Ecologie-Les Verts (EELV) fin 2011, en prévision des élections présidentielles et législatives de 2012 et sous la pression des événements : l’accident de Fukushima s’était produit juste quelques mois avant, en 2011, et le modèle à suivre était alors l’ 'Energiewende', le tournant énergétique allemand, lequel comportait, entre autres, la fermeture des centrales nucléaires. Presque dix ans après, le monde a beaucoup changé, mais que l'Allemagne s'est bien gardée de négocier !

Nous voilà donc arrivés au moment redouté de la fermeture effective de la centrale nucléaire de Fessenheim après quarante-trois années de bons et loyaux services et des années d’atermoiements politiques, écrit l'élu Les Républicains. Les écologistes montrent du doigt cette centrale au motif de son ancienneté, bien qu'elle ne manifeste pas d'autres signes d'atteinte par l'âge que des arrêts réglementaires de maintenance. "Il y aura de l’émotion et toujours de l’incompréhension face à une décision mal expliquée et peu cohérente qui crée de profondes incertitudes pour toute une région," observe ce député du Haut-Rhin, secrétaire général adjoint des Républicains, président de la mission d’information parlementaire sur le suivi de la fermeture de la centrale nucléaire de Fessenheim, dont le rapporteur est son collègue alsacien de la majorité le député LREM d'Haguenau, Bas-Rhin, Vincent Thiébaut.

"Cédant aux sirènes d’un accord politique avec Les Verts, le candidat puis président François Hollande décidait en 2012 de sacrifier la centrale nucléaire de Fessenheim au nom d’une politique de lutte contre l’énergie nucléaire pourtant en contradiction avec les efforts à engager pour réduire nos émissions de gaz à effet de serre. L’élection d’Emmanuel Macron n’aura donc pas modifié la donne. Pire, le gouvernement organisait dès 2017 les conditions d’une « non-décision » se concluant en une action contraire à ses orientations stratégiques en matière énergétique.

Après plus de huit années d’annonces et de polémiques nationales, rétablissons en ce moment particulier quelques éléments de vérité.

La centrale a été une chance pour Fessenheim et l’Alsace, fiers d’ainsi jouer un rôle pionnier dans la réussite du grand projet industriel français d’indépendance énergétique engagé avec le plan Messmer en 1974. L’Alsace écrivait l’Histoire. La France se projetait, confiante, vers l’avenir, embrassant le progrès technologique. Les temps ont changé et la confiance s’est évanouie face aux peurs.

Ces quarante années ont été une grande réussite. Cette semaine singulière doit être le moment de le rappeler. Notre centrale est régulièrement présentée par l’Autorité de sûreté nucléaire comme l’une des plus sûres de France. Ses performances, particulièrement sur la décennie qui vient de s’achever, sont excellentes : la centrale a encore produit 12,3 milliards de kilowattheures (kWh) en 2019, soit la 5e meilleure performance de l’histoire du site et 90% de la consommation annuelle de l’Alsace. La fermeture d’un site affichant de tels résultats demeurera une injustice et une aberration économique (...).

Aux salariés d’hier et d’aujourd’hui, je souhaite, en ma qualité de membre du Parlement, m’excuser pour la décision prise par l’Etat. Je l’ai toujours combattue. Ces excuses d’un représentant de la nation ne maintiendront pas ouvert le site mais me semblent devoir être prononcées tant Fessenheim a souffert d’être ainsi pointé du doigt à l’échelle nationale depuis 2012 devenant, sans en être responsable, le symbole d’un combat électoral. Je vous demande pardon pour le mépris que la faible hauteur du débat politique vous a fait subir. Pardon pour l’inhumanité d’une polémique stérile. Pardon pour ce choix irresponsable dont vous êtes les premières victimes.

Alors que le 1er réacteur s’arrête à présent, je formule le vœu que la belle page d’Histoire écrite par la centrale de Fessenheim soit préservée et que le travail de ses salariés soit respecté à sa haute valeur."