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samedi 11 mai 2019

Européennes : un parti religieux, l'Union des démocrates musulmans français, s'invite par surprise

Que fait l'Union des démocrates musulmans français dans la campagne ? 

Maintenant qu'ils sont français, il faut faire avec...

L'Union des démocrates musulmans français (UDMF) a formé une liste.
Nagib Azergui, tête de liste 'Une Europe au service des peuples', élections européennes du 26 mai 2019
Elle  a finalement été retenue par le ministère de l'Intérieur pour la conquête du Parlement européen à Strasbourg, s'ajoutant donc aux 33 autres. Ce repêchage a été réalisé par le ministre des Cultes, Castaner, et accentue un peu plus le record pour ce type de scrutin. Cette liste, déposée avec du retard a toutefois été autorisée après avis du Conseil d'Etat. 

Elle apparaît par surprise dans Le Journal officiel de ...vendredi, au lendemain de la révélation de cette information par France Info. Intitulée "Une Europe au service des peuples" - car il faut croire que le peuple de France n'est plus Un - elle réunit 79 candidats, tous membres de "l'Union des démocrates musulmans français" - sans être pour autant musulmans - l'UDMF, autour de Nagib Azergui, un formateur en nouvelles technologies originaire de Nanterre (Hauts-de-Seine), qui a pris la tête de cette liste.
LISTE N° 34 : UNE EUROPE AU SERVICE DES PEUPLES
1. M. Nagib AZERGUI
2. Mme Fatiha ZAKARI
3. M. Bassam TAHHAN
4. Mme Samira SIDHOUM
5. M. Farid AZIBI
6. Mme Sandra FOURASTIE
(cf. photo ci-dessous)
7. M. Jean-Claude ANTAKLI
8. Mme Karima ZÉROUALI
9. M. Mokdad SALEM
10. Mme Nacéra OUACHEK
11. M. Khalid BAJJOUJ
12. Mme Nafissa MENHOUR
13. M. Nordine SAADALLAH
14. Mme Farida TABANI
15. M. Jean Gaston Joseph PREAU
16. Mme Delphine PETERS
17. M. David BOUSSION
18. Mme Jamila SERSOU
19. M. Christian FAGET
20. Mme Donia CHABBAH
21. M. Brahim BENKHABCHECHE
22. Mme Fadoua HACHIMI
23. M. Hichame BOUSHABA
24. Mme Najia JENNANE
25. M. Mohammed KSOUROU
26. Mme Anissa MAHIOUF
27. M. Mustapha BELHOUARI
28. Mme Nawal DERBALI
29. M. Drice BENAMA
30. Mme Fatima YOUSFI
31. M. Eric BERLINGEN
32. Mme Wassila DAHMANI
33. M. Karim AKASBI
34. Mme Amira GHAZOUANI
35. M. Rachid OULD RABAH
36. Mme Sorya HANIFI
37. M. Chrif BOUZID
38. Mme Fatma SIDHOUM
39. M. Miloud HAJJI
40. Mme Mélissa DJILLALI
41. M. Nadir BENHABASS
42. Mme Odile AMOUGOU
43. M. Christophe LHUISSIER
44. Mme Ouerdia MAHIOUF
45. M. Chokri AMRI
46. Mme Elhame AÏT-SERHANE
47. M. Betahar BELOUFI
48. Mme Naziha BOUZID
49. M. Fethi BOUSHABA
50. Mme Leïla HIZAM
51. M. Karim MAJERI
52. Mme Audrey D'AIETTI
53. M. Adil REGHAI
54. Mme Jihane GHAZOUANI
55. M. Faouzi NISIRI
56. Mme Nadia KARAR
57. M. Kamel ELAHIAR
58. Mme Wafaa KSOUROU
59. M. Ismaïl BAJJOUJ
60. Mme Nejma HIZAM
61. M. Saadi Mohamed FREYMONT
62. Mme Aldjia MAHIOUF
63. M. Mickaël OLIVIER
64. Mme Anissa BOUSHABA
65. M. Aniss KHAMLICH
66. Mme Majda BAJJOUJ
67. M. Mehdi HIZAM
68. Mme Nadia LAHZAZI
69. M. Morad ZAKARI
70. Mme Fairouz BAJJOUJ
71. M. Franck TREMEREL
72. Mme Sanaa HACHIMI
73. M. Nabil KSOUROU
74. Mme Souhila MAHIOUF
75. M. Michel TAHAN
76. Mme Soumaya HARCHI
77. M. Franck KOTERBA
78. Mme Samira ZÉROUALI
79. M. Mehdi COSMA.


Résultat de recherche d'images pour "Sandra FOURASTIE"Ce mouvement fondé en 2012 conteste tout communautarisme.

Un parti musulman en France ? 
Ce n'est pas tout à fait nouveau dans le paysage politique, l'UDMF ayant été fondée en 2012. Accusée de communautarisme par certains responsables politiques, elle assure au contraire vouloir "s'adresser à tous". 

Mais l'Union des démocrates musulmans français le dit elle-même sur son site Internet : son existence "suscite des réactions contrastées et souvent hostiles". Et de lister les différentes déclarations de responsables politiques à son sujet. L'ex-ministre Nathalie Kosciusko-Morizet, par exemple, évoquait en 2015 une "expression du communautarisme, à l'envers de l'esprit de la République française" et Nicolas Dupont-Aignan, le risque d'une "libanisation" de la France.

Un parti fondé pour lutter contre la stigmatisation de l'islam

L'
UDMF a choisi de se préoccuper de religion plutôt que de citoyens.

La création du parti musulman agite la classe politique
S'ils ne sont pas tous musulmans, ils ne collent pas non plus
à l'idée qu'on se fait de bouddhistes...
Le parti musulman rappelle qu'il s'est lancé en novembre 2012, quelques mois après la présidentielle, en réponse à la "politique identitaire" de la France que poursuivait François Hollande... L'UDMF n'hésite pas à accuser ainsi les formations politiques traditionnelles "d'exploiter les musulmans" et la question de l'islam à des fins politiques, citant notamment le débat sur l'identité nationale de 2010 et le silence des autorités face aux actes islamophobes. "Et à un problème politique, nous avons décidé de répondre par une réponse politique", assurait la semaine dernière encore son leader Nagib Azergui, sur le site francophone ...tunisien, Le Muslim Post. Libération en est d'ailleurs fort marri...



Une formation française et laïque... 
qui veut favoriser la finance ...islamique

Ce parti des musulmans de France assure toutefois ne pas être confessionnel 
Le sigle de l'UDMF évoque celui de l'UDF...

et souhaite convaincre l'ensemble des Français, "sans distinction de couleur, d’âge, ni de religion". L'UDMF estime que le doute n'est pas permis sur sa "laïcité", mais il se compare pourtant   au Parti chrétien-démocrate fondé par Christine Boutin et dirigé aujourd’hui par Jean-Christophe Poisson. 
Il est toutefois cocasse d'observer que l'UDI a servi de rampe de lancement à N. Boucharda (UDMF) et qu'elle s'est formée sur le modèle de l'ancienne UDF qui soutenait la candidature de François Bayrou à l'élection présidentielle de 2002 et qui suspendit Christine Boutin lorsque celle-ci annonça sa propre candidature en juin 2001... L'UDMF cite aussi l’Union chrétienne-démocrate (CDU) longtemps dirigée par Angela Merkel en Allemagne. C'est dire que les vieilles démocraties européennes sont dans le viseur des musulmans en Europe.
La laïcité de l'UDMF a des limites étroites. 
Cette formation a en effet porté dans son programme des mesures spécifiquement liées à l'islam, en préconisant notamment "la finance islamique" qui permettrait, selon elle, de relancer la croissance française. 
Elle propose notamment le développement de la filière halal. Elle se prononce aussi contre la loi interdisant le port du voile à l'école. La charia n'est pas loin...

Pour les élections européennes, le projet défendu fait une trentaine de pages. 
Il y est notamment question de relever les défis de "l'écologie", "des libertés individuelles" ou du "combat contre la haine". Parmi les propositions : la mise en place d'un Smic européen, le droit de vote des étrangers non-communautaires aux élections locales, la volonté d'imposer un traité pour "mettre fin à la pollution plastique des océans" ou la création d'un comité d'éthique pour "contrôler l'indépendance de la presse". Une mise sous tutelle de la presse peut apparaître un sort enviable : la Tunisie se classe au 97e rang, l'Iran, 165e, l'Arabie saoudite, 168, et la Syrie 177e.

Des débuts logiquement timides d'abord, lors des précédents scrutins

La création du parti musulman agite la classe politique
S'ils ne sont pas tous musulmans, ils ne collent pas non plus
à l'idée qu'on se fait de bouddhistes...
L'UDMF n'en est pas à ses premières élections. Elle a obtenu un élu aux municipales de 2014, à Bobigny, communiste de 1944 à 2014 (Seine-Saint-Denis), en s'alliant à l'UDI Stéphane de Paoli, qui devint maire de la commune. Mais elle a commencé à réellement agiter la classe politique lors des départementales de mars 2015. A l'époque, certains y voyaient alors le début de ce qu'écrivait Michel Houellebecq dans Soumission, en imaginant un président en 2022 à l'Elysée issu d'un parti politique musulman.

Ce parti n'y est pas encore, mais progresse à grands pas, avec l'aide des vertueux. Aux départementales, où l'UDMF visait "sept ou huit cantons" en France, il n'y avait finalement pas eu de candidat, le parti dénonçant un "déferlement médiatique malsain" et des "pressions". Aux régionales de décembre 2015, la formation avait finalement réussi à se lancer, mais avait récolté 0,4% des voix (environ 12.500) en Ile-de-France, avec un pic de près de 6% à Mantes-la-Jolie (Yvelines).
L'UDMF avait de nouveau échoué à présenter un candidat à la présidentielle de 2017, faute de parrainages, et avait tenté sa chance dans 6 des 577 circonscriptions aux législatives suivantes. Son meilleur score fut obtenu à Mayotte, avec plus de 5% des voix, et elle récolta également 2% dans la première circonscription des Hauts-de-Seine.

L’Union des démocrates musulmans français (UDMF) est un parti politique français fondé en novembre 2012 par Nagib Azergui et Emir Megherbi. 
Nizarr Bourchada
Lors des élections régionales de 2015, l'UDMF a présenté une liste en Ile-de-France, menée par Nizarr Bourchada (tête de liste et chef de fil du Val de Marne, photo ci-contre). Le parti a obtenu 12.528 voix, avec notamment 5,9 % dans la commune de Mantes-la-Jolie, commune classée à droite, mais où, en 2003, Alexandre del Valle considère la Grande mosquée comme "centre de l'islam fondamentaliste en France". L'ex-iman, Mohamed Rabiti était membre du mouvement Tabligh - société de prédication musulmane revivaliste, donc prosélyte et puritaine de type Wahhabite, comprendre salafiste - et qualifié de recruteur au Val-fourré, où 80 % des habitants du quartier sont musulmans. Le Canard enchaîné publia, en 2016, un article sur le cas de cette mosquée qualifiée "d'intégriste".

Candidat UDI aux municipales de 2015 pour permettre l’élection de Stéphane de Paoli, à Bobigny en Seine-Saint-Denis, en l'échange d'un premier siège de conseiller UDMF, le conservateur Nizarr Bourchada est le chef de file de cette formation politique lancée en 2012 qui souhaite à nouveau constituer des listes en Ile-de-France. "Nous ne sommes pas religieux", se défend-il face aux accusations de communautarisme.
Nizarr Bourchada, 34 ans, conseiller municipal d'opposition à Brie-Comte-Robert (Seine-et-Marne) mais qui vota le budget municipal socialiste, est en marche. Le trentenaire avait été en capacité de déposer en préfecture une liste de 209 noms lui permettant de se présenter aux élections régionales de 2015 en Ile-de-France, sous la bannière de l'Union des démocrates musulmans français (UDMF), qui a déjà fait polémique lors des élections départementales de mars 2017. Hasard du calendrier, Michel Houellebecq venait de publier 'Soumission', qui imagine justement l'arrivée au pouvoir d'un parti musulman. Face à la pression médiatique, l'aventure avait tourné court. Il n'y eut qu'un seul candidat étiqueté 'Union des démocrates musulmans français' (UDMF) contre sept à huit annoncés, mais le parti musulman y obtint près de 13.000 voix en Ile-de-France et réalisa ses meilleurs scores en banlieue parisienne, avec notamment 5,9% des suffrages à Mantes-la-Jolie.
En 2015, lors de la première réunion publique à Savigny-le-Temple en Seine-et-Marne, une soixante de personnes avait participé. "Des gens qui d'habitude ne votent pas car ils n'étaient pas représentés par l'offre politique", se félicite Nizarr Bourchada. Si l'audience était restreinte, le candidat voit grand: "le second tour". Soit plus de 10% des voix.

Laïc, mais choqué par "l'augmentation des actes islamophobes", exclusivement

Le nom de la formation communautariste déclenche toujours des controverses. 
La vice-présidente des Républicains, Nathalie Kosciusko-Morizet critiqua ce parti qui va à "l'envers de l'esprit de la République française". Wallerand de Saint-Just, le candidat du Front national en Ile-de-France a lui aussi dénoncé "la vision communautariste de la région" entretenue par l'UDMF.

Nizarr Bourchada doit déminer : "Nous ne sommes pas religieux, nous comptons parmi nous des non-musulmans". "Nous sommes défenseurs d'une laïcité qui ne serait pas utilisée comme un outil pour combattre les religions"... Malgré l'intitulé de son mouvement, l'élu assure vouloir... "déislamiser les débats". Et embraie aussitôt pour regretter que l'on "parle d'islam tout le temps". 
Surtout, il est choqué par "l'augmentation des actes islamophobes" dont "personne ne s'indigne" et qui l'a justement poussé à s'engager auprès de l'UDMF. "Un silence de la classe politique qui vaut comme une caution", estime-t-il, ulcéré, en dépit de la menace terroriste islamiste permanente.

lundi 26 mars 2018

Tueries de l'Aude : des zones d'ombre dans le profil du terroriste islamiste

Le droit coranique au mensonge - la taqîya - en milieu hostile

Que savent les mécréants de la "taqiya", le concept coranique qui permet aux musulmans radicaux de dissimuler leurs véritables pensées, croyances et activités ?

Historiquement, cette tolérance devait permettre aux musulmans de survivre et de conserver leurs convictions dans des régions où ils étaient minoritaires, qu'il s'agisse des morisques qui vivaient dans la très chrétienne Espagne ou des chiites en terre d'islam, quand le sunnisme est majoritaire. Aujourd'hui, cette pratique a cours en France.

Utilisée à plusieurs reprises pour planifier des attentats, cette technique visant à se dissimuler entre deux attentats djihadistes, est un concept du djihad, consistant  à revêtir un masque de modernité pour mieux se mêler à la foule. Ainsi, le djihadiste fera semblant de vivre comme tout le monde, ira danser et boire, s'habillera comme la plupart des gens… C'est une tactique qui implique de faire tapis, de se dissimuler.
C'est une stratégie qu'on a constaté à Montauban mais également à Toulouse : après les attentats et pendant l'enquête, l'ensemble des proches et le voisinage tendaient à dire que rien ne laissait soupçonner une radicalisation, des projets terroristes… Extérieurement, les djihadistes donnaient unanimement le sentiment d'être bien intégrés. A Saint-Denis, par exemple, on entend dire que les djihadistes mangeaient des pizzas. C'est un procédé utilisé régulièrement pour planifier des attentats sans être repéré et qui permet, si la cause le justifie, d'enfreindre la loi islamique et les prescriptions concernant l'alimentation notamment. Ce qui ne signifie  as pour autant que chaque musulman qui s'est intégré se cache et complote un attentat, et c'est ce qui rend la tâche de la DGSI délicate. Ce n'est qu'après coup qu'on peut découvrir qu'après coup qu'un djihadiste cachait derrière une façade occidentalisée une stratégie de guerre intérieure.
La taqiya est donc autorisée en cas de contrainte extérieure, quelle qu’en soit la forme : persécution, menace sur la vie, absence de liberté religieuse (de conscience et de culte), ou djihad. Les mécréants occidentaux seraient donc mal avisés de prendre pour alliés des croyants musulmans.

Le profil de l'auteur des attaques terroristes de Trèbes et Carcassonne, illustre la dangerosité des radicalisés

French National Gendarmerie Intervention Group (GIGN) stand next to vehicles as they gather outside the Super U supermarket in the town of Trebes, southern France, where a man took hostages killing at least two before he was killed by security forces on March 23, 2018. Security forces killed a gunman who first hijacked a car in nearby by Carcassonne, killing a passenger and injuring the driver, before shooting a policeman who was out jogging with his colleagues nearby. He then drove to a Super U supermarket in the town of Trebes and holed up there for more than three hours with hostages, killing at least two other people, according to sources.
ERIC CABANIS / AFPRadouane Lakdim ne rentre pas du djihad au proche-orient. Mais le profil plutôt lisse de ce franco-marocain discret abattu vendredi par le GIGN s'assombrit au fil des investigations, de nombreuses zones d'ombre faisant désormais taches.

Le tueur a pu profiter d'un "suivi intermittent"...
Suivi depuis mai 2013 par la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) selon Libération, l'individu est ensuite fiché S en 2014 en raison de sa présence sur des forums salafistes et de velléités de djihad en zone irako-syrienne. 
Ce musulman radical est également inscrit au fichier de traitement des signalements pour la prévention de la radicalisation à caractère terroriste, qui compte environ 20.000 personnes.

À sa sortie de la maison d'arrêt de Carcassonne à l'été 2016, où il purgeait une peine d'un mois pour usage de stupéfiants, Radouane Lakdim fait l'objet d'une surveillance plus étroite de la DGSI. Infructueux, le dispositif est cependant levé au bout de quelques semaines.

"Il était fiché S, mais à un certain moment, c’est difficile de savoir si cette fiche S est encore valable, si le type est actif ou pas. A partir du moment où vous êtes un solitaire, vous communiquez peu. Si vous communiquez peu, vous n’êtes pas décelable, se justifient les services du Renseignement. Ça c’est un danger pour les services de renseignement" - et bien davantage pour la population des anonymes pris pour cibles -  tente d'expliquer l'ancien patron du Raid, Jean-Michel Fauvergue, devenu député La République en marche (LREM). 

Radouane Lakdim pratiquait la 'taqiya'


Plusieurs explosifs artisanaux et un pistolet automatique ont été retrouvés au domicile du "fiché S" ! Des indices qui nourrissent a posteriori l’hypothèse d’un acte prémédité, tant il est vrai que la police comme les carabiniers arrive après la bataille. 
L'ancienneté de son projet reste cependant une donnée inconnue, d'autant plus difficile à déterminer, bien que le Renseignement ait découvert enfin la doctrine de la "Taqîya", véritable art de la dissimulation suivie paisiblement par la plupart des djihadistes. Le consultant police-justice de BFMTV, Dominique Rizet, explique enfin, aussi finement qu'il peut, sans se mouiller, avec force 'peut-être" ou  "personne", ce qui contredit la vigilance policière réelle :
"Soit Radouane Lakdim est passé à l’acte très rapidement, en l’espace de quelques jours, et personne n’a pu s’en apercevoir, ou alors ça veut dire qu’à l’époque où il était suivi, il a peut-être tellement bien joué le jeu que personne ne s’est aperçu qu’il était en train de préparer quelque chose." 
Le cas de Radouane Lakdim n'illustre pas tant la difficulté pour les renseignements d'évaluer le niveau de dangerosité d'un individu, mais les carences du pouvoir politique en démocratie. Celui-ci dénonce unanimement la barbarie des tueurs, mais se donne des raisons républicaines et humanistes pour ne rien faire. On lit que "sur les radars des services, le jeune homme ne faisait pas partie du "haut du spectre" des individus jugés susceptibles de passer à l'acte." Typique des catégories administratives et de leurs sous-catégories qui légitiment l'inaction. Pendant ce temps, les victimes "perdent la vie": une chance, elles auraient pu trouver la mort, voire mourir...

vendredi 22 mai 2015

L'islam en guerres, du Proche Orient à l'Asie, en passant par l'Europe

Quand la presse aborde les problèmes pour brouiller les esprits
Les révoltes des printemps arabes -soutenues par les démocraties occidentales- ont conduit le monde musulman à des luttes sanglantes 

De Damas à Bagdad, la chasse aux dictateurs qui stabilisaient la région a réactivé la querelle multiséculaire entre frères ennemis sunnites et chiites s'étend au-delà du conflit religieux. L'affrontement où se joue l'avenir géostratégique du Moyen-Orient.
Près de trois ans après le départ des troupes américaines, l'Irak est au bord de l'implosion. Bachar al-Assad a été réélu à la présidence, mais la Syrie en guerre n'en finit pas de sombrer dans le chaos de la guerre civileEternelle victime collatérale, le Liban voit resurgir les attentats à la voiture piégée. Désormais sous le règne du maréchal Abdel Fattah al-Sissi, rempart contre les Frères musulmans qui, par leur coup d'état, avaient imposé (3 juillet 2013) Mohamed Morsi, l'Egypte renoue en revanche avec un pouvoir fort.
Depuis 2010, la carte du Moyen-Orient ne cesse de se couvrir de sang 
Le Moyen-Orient se délite et se recompose au gré des insurrections, des révolutions et des contre-révolutions. Mais les convulsions qui secouent le monde arabe ne peuvent être réduites à une simple opposition entre démocratie et dictature. Commencés en décembre 2010, les printemps arabes ont changé de nature. Les révoltes présentées comme citoyennes et politiques contre des régimes autoritaires en Tunisie, en Libye et en Egypte étaient en vérité provoqués par les islamistes dont on sait qu'ils instrumentalisent les difficultés sociales des populations ciblées. Les pétro-dollars, notamment du Qatar et d'Arabie saoudite, leur apportent du réconfort mais les soumettent du même coup à la loi du plus puissant et du plus radical.
Les révoltes "citoyennes" ont laissé la place, en Syrie et en Irak, à un affrontement sanglant entre les deux principales branches de l'islam, le sunnisme et le chiisme. Les deux frères ennemis se livrent au nom du Prophète une guerre totale, exacerbée par le "grand jeu" des puissances étatiques, Arabie saoudite (sunnite) et Iran (chiite) en tête. Derrière l'antagonisme multiséculaire se joue, dans l'ombre, une bataille géopolitique pour la suprématie régionale, dont les djihadistes fanatiques de l'Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL ou Daesh ou Daech...), partis ces jours-ci à l'assaut de Bagdad, sont l'une des incarnations les plus violentes.

Une guerre communautaire

Le 1er mai 2003, George W. Bush conclut que l'invasion américaine en Irak, déclenchée six semaines plus tôt, est une "mission accomplie". Barack Obama, son successeur à la Maison-Blanche, n'est pas un connaisseur plus fin de l'histoire de la région... Dans le monde musulman, la rivalité entre sunnites et chiites remonte au lendemain de la mort du prophète Mahomet, en l'an 632 et la querelle sur sa descendance et leurs conceptions de l'islam émaillent mille quatre cents ans d'affrontements sporadiques. L'embrasement actuel est une nouvelle exacerbation d'un éternel conflit religieux entre les tenants de la tradition (sunna), très majoritaires, et les partisans d'Ali (chi'a). 
Au Maghreb et au Moyen-Orient, les sunnites règnent sur la plupart des pays, notamment dans le golfe Persique. Les chiites, quant à eux, sont majoritaires en Iran (82%) et en Irak (55%). C'est aussi le cas dans la petite monarchie du Bahreïn (75%), mais la famille régnante est... sunnite! Souvent relégués au rang de dissidents, sinon d'apostats, les chiites sont méprisés et persécutés par nombre de régimes sunnites conservateurs. Aujourd'hui, le réveil de ces déshérités, parfois encouragés par Téhéran, fait peur aux pouvoirs établis. Les monarchies sunnites du Golfe, en particulier, craignent pour leur stabilité.

En Irak, comme dans d'autres pays, les chiites ont été écartés des rouages du pouvoir pendant des siècles
"L'origine de la domination politique et sociale des sunnites irakiens sur les chiites se trouve dans la hiérarchie traditionnelle du monde bédouin, explique Pierre-Jean Luizard, directeur de recherche au CNRS. Historiquement, la plupart des Arabes d'Irak sont des migrants de la péninsule Arabique qui se sont sédentarisés. A l'origine sunnites, ces tribus de paysans sans terres se sont converties au chiisme, car elles étaient réduites à un état de quasi-esclavage par les nomades."  
En 2003, une coalition menée par les États-Unis et le Royaume-Uni -sans La France de Chirac- envahit l'Irak et provoque l'élimination de Saddam Hussein. Qualifié de dictateur, il est pourtant celui-ci qui permit aux chiites d'accéder au pouvoir pour la première fois. Lors de sa pendaison, en 2006 à Bagdad, s'élevèrent des cris de vengeance. Malgré la volonté de réconciliation nationale affichée alors par le Premier ministre proche de Washington, Nouri al-Maliki, cette exécution annonçait la revanche des Chiites. Huit ans plus tard, les mêmes causes produisent, à rebours, les mêmes effets. La résistance déterminée de Maliki à la communauté sunnite dresse contre lui les tribus sunnites et les militaires restés loyaux au défunt Saddam à l'ouest du territoire irakien et ils s'allient aux extrémistes de l'EIIL. L'élimination de Saddam Hussein a conduit au retour sanglant du sunnisme en Irak...

Les dimensions confessionnelle et politique sont extrêmement imbriquées



Temple de Bel, avec l'agora en premier plan,
à Palmyre (Syrie), menacé par les "islamistes radicaux" (pl

Au plan spirituel, le monde chiite est loin d'être homogène. Les duodécimains (80% des chiites), majoritaires en Iran, en Irak et en Turquie (candidate à l'entrée dans l'Union européenne), attendent le retour du Mahdi (le Messie), encore désigné sous le nom d'"imam caché" ou d'"imam occulté", le douzième imam après Mahomet. Les druzes du Liban et les alaouites de Syrie ne reconnaissent, eux, que dix imams, les ismaéliens indiens et pakistanais, sept, et les zaydites du Yémen, cinq... Tous ne suivent pas non plus le magistère religieux du Guide de la révolution iranienne, qui dirige la seule grande théocratie chiite.  
Les sunnites sont, quant à eux, menés par des groupes intégristes, 
Les talibans afghans ont détruit
les bouddhas de Bâmiyân
plus ou moins "puritains et rigoristes", comme disent les européens "éclairés", décrypteurs aveugles et amateur à géométrie variable de radicalité: salafistes, wahhabites saoudiens, Frères musulmans égyptiens, dont les méthodes, aussi habiles qu'agressives, enfument certains. Longtemps soutenus par le Qatar, ces radicaux sont renvoyés à la clandestinité depuis qu'a été découverte l'imposture du président Mohamed Morsi et que le pays a été repris en mains en juillet 2013. 
Quant à la mouvance djihadiste internationale, elle s'enkyste dans toutes les crises, au gré d'alliances souvent opportunistes. L'ambition des radicaux est l'établissement de la loi du Coran -dans toute sa rigueur- aussi bien en Syrie qu'en Irak et  Vaut-il mieux un pouvoir fort religieux ou militaire ? Les laïcs occidentaux pencheraient davantage pour la loi... islamique, c'est-à-dire la charia !
La religion est le principal moteur des affrontements
L'Etat islamique détruit la culture 
irakienne à Mossoul (février 2015)
On peut être professeur à Sciences-Po Paris, comme Joseph Bahout, diplômé de l'Université américaine de Beyrouth au Liban, où il est né, et nier que la querelle théologique motive le contrôle communautaire du pouvoir. Construction intellectuelle, voire idéologique, son analyse considère que l'appartenance religieuse est secondaire et qu'elle est un simple prétexte à se battre pour une cause symbolique. En empruntant au religieux, les acteurs seraient pris à leur propre discours. Ce formateur de l'élite française enseigne à notre future classe politique et administrative que la confession religieuse est instrumentalisée par tous les camps mais qu'il ne faut lui accorder qu'une dimension  mobilisatrice.

Une guerre par procuration
En refusant d'aider le Syrien al-Assad pour ne pas se déjuger,
les Occidentaux -Américains, Britanniques et Allemands, soutenus par le président Hollande- favorisent al-Qaïda et l'Etat islamique. Après quatre années de guerre -dite 'civile', bien que les rebelles soient soutenus de l'extérieur- et malgré plus de 160.000 morts et des millions de réfugiés et de déplacés, aujourd'hui, les lignes de faille au Proche-Orient ont leur épicentre en Syrie, devenue un abcès de fixation identitaire, opposant forces armées chiites pro-Assad et rebelles sunnites armés par leurs frères du Golfe.

Pour le pouvoir légitime syrien, l'enjeu est vital.
Les islamistes ont détruit sept des seize 
mausolées de Tombouctou, Mali (12/2012)
A la suite de son père, Hafez, qui prit le pouvoir en 1970 avec l'appui du parti Baas, qui combine le socialisme arabe et le nationalisme panarabe, associés à la laïcité si chère aux socialistes français. Malgré -ou grâce à- un exercice autoritaire du pouvoir, selon les critères occidentaux, il se maintint du fait de son prestige acquis en rétablissant l'honneur syrien après le discrédit de la défaite militaire de la guerre des Six Jours et l'intervention avortée de la Syrie dans le conflit jordano-palestinien de Septembre noir. L'un et l'autre sont structurés autour de la petite minorité alaouite (de 10 à 12 % de la population), un courant du chiisme dont les fidèles, jadis, étaient relégués au rang de domestiques par les bourgeoisies sunnite et chrétienne des grandes villes du pays, comme Damas, Alep ou Hama.

Ces anciens parias n'ont aucune envie de retourner à leur situation d'exploitation antérieure, ce qui explique leur détermination à résister aux pressions sunnites et occidentales. "Le régime soude autour de lui une communauté alaouite qui se sent en danger, même si tous ses membres ne profitent pas du régime d'Assad," estime Pierre-Jean Luizard, chercheur au CNRS.
A Homs, en Syrie, en mai 2014:
160000 morts, des millions de déplacés...
la guerre civile est entrée dans sa quatrième année. 
La guerre en Syrie relève surtout d'une lutte d'influence à l'échelle régionale entre deux puissances qui s'affrontent par acteurs interposés
Sans oublier les djihadistes étrangers qui  -en "bons" sunnites intégristes considèrent les alaouites comme des infidèles, d'un côté, des fonds saoudiens arment et financent les rebelles sunnites; de l'autre, les ayatollahs de Téhéran soutiennent leur allié syrien en dépêchant armement et conseillers militaires . 

Pour les mollahs, l'enjeu est moins religieux que stratégique
La reprise de Qousseir, une ville syrienne de quelque 30.000 habitants située à deux pas de la frontière avec le Liban, en juin 2013, a mis en lumière le rôle de l'Iran, résolu à empêcher l'effondrement du régime d'Assad sous les coups de boutoir conjugués de l'Armée rebelle syrienne et du Front al-Nosra, un groupe affilié à Al-Qaeda. "Comme il était impensable [?], sur le plan politique, d'envoyer des troupes au sol, Téhéran a donné l'ordre au Hezbollah libanais, qu'il finance, de s'engager militairement afin de mettre un coup d'arrêt à la progression des insurgés, explique Bernard Hourcade, directeur de recherche émérite au CNRS. Puisse-t-il sauver 

Sur le fond, les Iraniens ont besoin d'un pouvoir stable et donc fort incarné  à Damas par la famille Assad et des alaouites et ils ne veulent surtout pas d'un pouvoir favorable à Riyad (Arabie saoudite)."  Pour les mollahs (chiites), l'enjeu est moins religieux que stratégique. Ainsi, les armes russes destinées au Hezbollah, fer de lance de la "résistance" iranienne contre Israël, transitent par le port syrien de Tartous. On peine donc d'autant plus à comprendre la cohérence des socialistes Hollande et Fabius en opposition frontale à l'européen Poutine et à leurs sympathies pour les Sunnites, avec lesquels ils commercent, et les islamistes qui mènent des opérations terroristes en France.

Maintenant que Bagdad vit sous la menace des djihadistes de l'EIIL, l'Iran craint, plus que jamais, de voir le retour au pouvoir en Irak d'une minorité sunnite qui lui serait hostile. Un tel scénario ravive le spectre de la guerre Iran-Irak des années 1980 et son million de morts. Le cancer syrien -entretenu par les apprentis sorciers occidentaux- développe des métastases qu'ils n'avaient pas prévus: l'avancée fulgurante de l'EIIL, depuis le début du mois, constitue une menace nouvelle et incontrôlable. En tous les cas, non contre-carrée. De source américaine, de nombreux officiers iraniens de la force Al-Qods (forces spéciales du corps des gardiens de la Révolution) ont aussitôt été dépêchés auprès de l'état-major irakien, tandis que les Occidentaux restent des observateurs impuissants. La solidarité des Iraniens est dictée par l'urgence et la nécessité: les djihadistes affichent l'ambition de restaurer un calife sunnite sur un territoire incluant la Syrie et l'Irak, voire au-delà. Et Hollande ne voit évidemment rien venir.

Hillary Clinton, future candidate
à la Maison Blanche,
en visite à Ryad en 2012
Or, depuis l'abolition du califat ottoman, en 1924, personne ne s'était plus arrogé le droit de parler au nom de l'oumma, la communauté des croyants dans son ensemble. Selon la dialectique des djihadistes de l'EIIL, le nationalisme serait une notion héritée de la période coloniale, qui a conduit le monde arabe au déclin. Le rêve sunnite est panislamique, pour commencer, et plus en cas de laisser-faire occidental. S'il voit le jour, il revient à effacer les frontières nées des accords Sykes-Picot, en 1916, lorsque les Occidentaux se sont partagés le Moyen-Orient. Les adversaires européens d'Assad n'ont aucun intérêt à favoriser l'hégémonisme sunnite dans le monde contre la Syrie. Les pays occidentaux ne trouveront pas paix et sécurité en soutenant les plus nombreux et les plus agressifs.

Une guerre stratégique Iran-Arabie saoudite

Najat Vallaud-Belkacem, ministre française
-militante de l'égalité homme-femme 
en France- porte le voile au Maroc
Si les tensions entre Téhéran et Riyad, gardiennes des deux plus importants lieux saints de l'islam sunnite (La Mecque et Médine), ne sont pas nouvelles, elles ne sont pas non plus un signe de progrès. Elles ne remontent d'ailleurs qu'à 1979, lorsque la Révolution islamique en Iran réveilla les communautés chiites du monde entier et tenta d'exporter son "modèle" partout en terre d'islam.
Le régime des mollahs fait du chiisme la religion d'Etat et invente une théocratie unique en son genre; il se pose en protecteur de ces minorités et en chef de file d'un "front du refus" anti-occidental et anti-israélien.
Mais l'Arabie saoudite est tout autant imprégnée de radicalité islamique. 
JO de Londres, 2012:
footballeuses saoudiennes en hijab
En visite en Arabie saoudite en janvier 2015 à l’occasion des funérailles du roi Abdallah, l'épouse du président Barack Obama est apparue sans voile devant les dignitaires saoudiens. Ce fut l'occasion de rappeler le statut inégalitaire des hommes et des femmes saoudiens: interdiction du passage du permis de conduire pour les femmes, ségrégation scolaire, interdiction de présence d’une femme non voilée à la télévision, obligation d’obtenir l’autorisation de son tuteur (mari, père ou proche parent) pour accéder à un grand nombre d’emplois, fermeture de certaines sections des universités saoudiennes aux femmes, impossibilité pour elles de pratiquer la plupart des sports dans les frontières du royaume. 


Plus clairvoyant, c'est le "Grand Satan" George W. Bush qui a renforcé l'Iran comme contre-poids régional.
Pour s'imposer, Téhéran se présente comme une puissance perse et chiite avec l'ambition de devenir un modèle, non seulement dans le Golfe, mais aussi au Moyen-Orient, voire en Asie centrale. "La Révolution islamique a révélé le retour de l'Iran comme puissance tout court, économique et militaire, note Dominique Thomas, chercheur à l'Ecole des hautes études en sciences sociales. L'ayatollah Ruhollah Khomeini [un temps hébergé en France] y a simplement ajouté une dimension religieuse." 

En 2001, après les attentats du 11 septembre, l'intervention militaire américaine chasse les talibans du pouvoir en Afghanistan, à 80% sunnites. Deux ans plus tard, le gendarme américain invahit l'Irak, débarrassant l'Iran de son autre pire ennemi, Saddam Hussein. Avec l'installation d'un gouvernement chiite, Bagdad devient une sorte de "protectorat" iranien. "A l'époque, les néoconservateurs américains jouent la carte chiite comme antidote à al-Qaïda dans un Irak qui recouvrirait sa capacité pétrolière, explique Gilles Kepel, professeur de s universités à Sciences-Po. Pour eux, c'est l'occasion de réduire la puissance des Saoudiens, coupables d'avoir nourri au biberon le monstre Ben Laden." Ce qui ne manque pas de cohérence...
La géopolitique de la région est en conséquence bouleversée 
Féministe revendiquée, la première concubine,
Trierweiler, se voile au Maroc
Un "arc chiite" - ou un "croissant" - s'étend désormais de Téhéran à Beyrouth, en passant par Bagdad et Damas. "Pour la première fois depuis le califat fatimide du Caire, au Xe siècle, écrit le politologue Antoine Sfeir dans L'Islam contre l'islam (Grasset), l'empire perse est parvenu à repousser les frontières de l'espace arabe, à travers l'Irak, à majorité chiite, la Syrie, avec le régime alaouite, et le sud du Liban, avec le Hezbollah: cet axe présenté comme chiite est avant tout un axe perse, qui a instrumentalisé le chiisme pour ses besoins et ses objectifs." Les pro-palestiniens s'étranglent: l'Autorité palestinienne est largement musulmane sunnite...


Continuité américaine:  Obama a passé un accord-cadre avec l'Iran

Qualifié "d'entente historique" entre Téhéran et la communauté internationale, 
c'était une victoire d'étape personnelle substantielle du
président américain appelant l'Iran "à desserrer le poing" sur le nucléaire, la pièce maîtresse de sa stratégie moyen-orientale depuis le début de sa présidence. En choisissant de négocier avec l'un des plus puissants et -jusqu'alors- plus farouche ennemi déclaré de l'Amérique, Obama a fait un pari colossal,   dénoncé par Israël et les républicains du Congrès. Très sceptiques, certains craignent qu'il ouvre la voie d'une nucléarisation de l'Iran. 

De nouvelles alliances pourraient émerger
Les Saoudiens sont sans doute ceux qui se sentent le plus menacés par les nouvelles alliances de Téhéran. A l'intérieur, ils doivent notamment faire face aux revendications sociales de leur propre communauté chiite (environ 10%), concentrée dans la province orientale du royaume, à proximité des principaux gisements pétroliers. 
Lorsque la majorité chiite du petit Bahreïn, tout proche, tente de lancer son printemps arabe, dans la foulée des révolutions de 2011, les chars saoudiens interviennent pour écraser la révolte dans l'oeuf. Avec la bénédiction du Conseil de coopération du Golfe - le club des pétromonarchies - et l'assentiment muet des Occidentaux. "Ces derniers détournent la tête parce qu'au Bahreïn, comme au Yémen, il n'est pas question que ça bouge, décrypte Gilles Kepel. Sinon, on roulerait tous à vélo !" 
Un autre dossier stratégique renforce les craintes de Riyad. Pour les Saoudiens, il est hors de question que l'Iran se dote de l'arme nucléaire, d'où l'inquiétude que suscitent les négociations en cours avec le groupe des 5+1 (Etats-Unis, Chine, Russie, France, Grande-Bretagne et Allemagne). Le dialogue engagé par les Américains, alliés historiques de Riyad, alimente tous les fantasmes, comme le raconte Anthony H. Cordesman du Centre d'études internationales et stratégiques, un centre d'analyse américain, dans Courrier international : "Il est impossible d'assister à une conférence arabe sur la sécurité dans le Golfe sans faire face à de nombreuses personnes selon [lesquelles] les Etats-Unis mettent en oeuvre réellement un dialogue secret, voire un complot, pour s'allier à l'Iran et soutenir les Chiites au lieu des Sunnites."


François Hollande tente de faire croire à son génie diplomatique... 
Hollande et le prince Mohammed bin Salman, 
ministre de la Défense d'Arabie saoudite, 
Riyad, 5 mai 2015
Or, si l'opportuniste français vend des Rafale de Dassault à l'Arabie saoudite, c'est que les Etats Unis ne sont pas en odeur de sainteté à La Mecque et que Ryad a besoin de renforcer son arsenal militaire pour faire face à un éventuel conflit avec l'un quelconque des états chiites de la zone. 

Riyad a semblé consterné par la rapidité avec laquelle Washington et Téhéran ont réagi, de concert, à l'avancée de l'EIIL en Irak: le 16 juin, le secrétaire d'Etat américain, John Kerry, n'a pas exclu de discuter directement avec Téhéran afin de venir en aide au gouvernement Maliki. Un tel scénario aurait été impensable deux semaines plus tôt. La formulation du chef de la diplomatie à Washington est un signe, parmi d'autres, que de nouvelles alliances entre frères ennemis, fussent-elles de courte durée, pourraient émerger du chaos régional
.

La montée de l'islamisme déclenche un rebrassage des cartes  
Depuis l'accord intérimaire sur le nucléaire, signé à Genève le 24 novembre 2013, la République islamique d'Iran est déjà redevenue un interlocuteur de la communauté internationale. "Il y a deux hypothèses, avance Joseph Bahout. Ou bien, la guerre de trente ans entre Chiites et Sunnites se poursuit, avec des périodes de cessez-le-feu, dans une logique de fragmentation dont les Etats ne pourront pas sortir. Ou bien, c'est le grand bargain  marchandage pour la sécurité du Golfe, entre Américains et Iraniens, d'un côté, et Américains et Saoudiens de l'autre : la Syrie, l'Irak et le Liban rejoignent alors une sorte de condominium que se partagent, au mieux de leurs intérêts, l'Iran et l'Arabie saoudite, sous la houlette des Etats-Unis." De fait, en dépit de toutes les erreurs passées, Washington demeure maître du jeu.

Il restera à apaiser 
Israël, acteur, qui, pour la première fois, est relégué au statut d'observateur vigilant du conflit entre sunnites et chiites se déroulant à sa porte, mais qui devra bénéficier de garanties inviolables dans tous les cas de figure. Quant au Liban multiconfessionnel qui vit de nouveau au rythme des attentats à la voiture piégée contre des quartiers chiites contrôlés par le Hezbollah, devra résister au recours aux armes contre une partie de ses musulmans. Pour sa part, la Jordanie pourra-t-elle échapper à l'engrenage? Le petit royaume sunnite, qui accueille près de 600.000 réfugiés syriens, partage ses frontières avec l'Irak, la Syrie et l'Arabie saoudite. Il y a dix ans, le roi Abdallah s'était inquiété de la constitution d'un "arc chiite" sous influence iranienne, mais c'était il y a dix ans et avant la radicalisation sunnite. 
Reste la Turquie, autre grande puissance sunnite, membre de l'OTAN, qui souhaite la chute de Bachar el-Assad et se veut européenne,. C'est d'ailleurs par ses frontières poreuses que les djihadistes étrangers passent en Syrie, notamment en provenance de France... 
Le président Hollande va-t-il savoir prendre les mesures diplomatiques de changement qui s'imposent, malgré les pressions du Front de gauche et des écologistes radicaux d'EELV ?