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mardi 12 novembre 2019

Municipales 2020: LREM, un si mauvais départ

Dissidences, refus de porter l'étiquette ou défection au bureau exécutif: peut-on pire ?

"Les municipales, ça va être un sacré bordel"

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Guérini, bof !

Voilà comment un parlementaire En Marche! évoquait le scrutin de mars 2020 il y a quelques semaines. Et pour cause.
Les premières élections municipales depuis la grande recomposition politique imposée par l’élection de Macron en 2017 s’annoncent compliquées pour le parti présidentiel. 
Entre dissidences dans des villes symboliques comme Paris ou Lyon, candidats qui ne veulent plus de l’étiquette, comme à Lille ou cas locaux qui font bondir des poids lourds du parti comme à Chelles (Seine-et-Marne), l’élection intermédiaire de 2020 ne s’annonce pas sous les meilleurs auspices.  
Question maillage, LREM est une passoire : le mouvement ne compte que trois maires de communes de plus de 70 000 habitants (Lyon, Besançon, Nouméa)...

Le cas Villani fait tache d'huile

Ville symbolique que Macron aimerait ravir à la maire sortante socialiste Anne Hidalgo, Paris a donné le ton dès la rentrée de septembre. La dissidence de Cédric Villani, qui n’a pas accepté la décision de LREM d’investir son rival Benjamin Griveaux, met à mal la stratégie présidentielle dans la capitale. 
Divisé, le parti peine à rattraper la maire sortante dans les sondages. Une stratégie perdante qui commence à faire des petits. A Lyon, Metz ou Sens, des candidatures dissidentes se font jour et ce n’est pas fini.

Les ex-socialistes refusent les seconds rôles 

A Montpellier, par exemple, le député LREM Patrick Vignal assure qu’il se présentera quoiqu’il arrive à l’Hôtel de Ville, même sans l’investiture de son parti qui doit se pencher sur le cas de la ville jeudi 14 novembre.
“J’incarne les valeurs d’En marche!, je n’ai pas quitté le PS pour enfiler des perles. J’irai jusqu’au bout”, fait savoir ce soutien d’Emmanuel Macron à l’Assemblée nationale, avant d’ajouter dans un sourire: "S’ils me virent, c’est leur problème, mais ils ne virent pas...".
"Dans l’ancien monde, Cédric Villani aurait été exclu", répond, à propos du cas parisien, le jeune secrétaire d’Etat Gabriel Attal de Couriss, invité du “Grand rendez-vous” sur Europe1 et CNews le 10 novembre, mais on croit encore qu’un rassemblement est possible”, assure ce 'Macron boy' (compagnon de Stéphane Séjourné, conseiller politique de Macron), un ancien membre de cabinet ministériel socialiste, celui de Marisol Touraine.

Les candidats s'émancipent 

C’est pourtant l’un des problèmes du jeune parti présidentiel, c'est l'arrivisme : les nouveaux venus ont les dents longues et manquent de discipline, qui, par un effet loupe, transparaît dans ces 36.000 scrutins locaux. Par exemple, nombreux sont ceux qui ont pris l’étiquette En Marche! aux législatives pour s’en débarrasser aux municipales.

Ce fut le cas à Lille où la candidate LREM, Violette Spillebout, s’est empressée de prendre ses distances avec le parti macronien devant la presse quelques mois après avoir reçu l’investiture officielle.
L’ex-directrice de cabinet de Martine Aubry a déclaré en novembre ne pas vouloir être "le soldat d’un président de la République tout-puissant". Elle a précisé que "les logos vont disparaître" de ses affiches et tracts, après avoir reçu le sceau LREM par la commission nationale d’investiture (CNI).
Un binôme complémentaire et doté d’une certaine expérience politique est pourtant à la tête de la CNI.


Marie Guévenoux députée de l'Essonne (43 ans, secrétaire générale de la campagne d’Alain Juppé pour la primaire de 2016, avant de rejoindre La République En Marche!) et Alain Richard (74 ans, PSU puis PS et ministre de la Défense entre 1997 et 2002) , membres du Bureau Exécutif de LREM en charge des élections municipales, co-présideront la CNI. Tous les deux, de par leurs parcours et leurs origines politiques, incarnent la stratégie de recomposition politique poursuivie par la majorité : nécessité oblige ! Ce sont eux qui, pendant ces trois derniers mois, ont piloté les premières auditions de tous les Comités Politiques départementaux (COPOL).
"Tous, ils font ça", se désole Patrick Vignal. "Il y a quand même une politique de faux cul dans nos élus: je prends la marque pour la contenir et dès que j’ai la marque je deviens ‘citoyen’ ", moque ce briscard de la politique qui en a vu d’autres au parti socialiste. 

"Il faudrait des étiquettes LREM partout!"

“Lille est un cas classique”, abonde un autre député macronien qui préfère requérir l’anonymat: "lls pensent que l’étiquette LREM n’est pas porteuse aux municipales, alors qu’il faudrait des étiquettes partout!”, se lamente cet élu. 
C’est l’un des autres problèmes auquel fait face le parti mouvement de Macron pour ce scrutin: le manque de cohérence entre les alliances passées selon les villes. L'opportunisme de la société civile !

Pressée par Edouard Philippe et les juppéistes au sein de la majorité, LREM a changé de stratégie avant l’été. Sous la pression d’élus et de ténors plus expérimentés ou plus ancrés, le parti d’Emmanuel Macron s’est résolu à ne plus imposer des candidats LREM partout, mais à soutenir localement des barons locaux sortants “Macron-compatibles”.
Résultat, une stratégie peu lisible où, selon les zones, LREM soutient des maires sortants, qu’ils soient de droite, comme le LR Jean-Luc Moudenc à Toulouse ou de gauche, comme le socialiste Guy Férez à Auxerre qui se présente sans étiquette, mais qui est soutenu “en même temps” par le PS et LREM.
”Ça crée de l’invisibilité, surtout que les accords se font sans contrepartie”, regrette ce même élu, toujours sous couvert d’anonymat, comme si la critique publique était de plus en plus mal vue au sein du parti présidentiel.

"Les maires vont nous la faire à l’envers"

Autre risque, sur le long terme, créer des déceptions sur le terrain. 
Dans plusieurs villes, des candidats très implantés n’ont pas été choisis par la direction, ce qui a pu jeter de l’huile sur le feu.

Comme à Chelles, en Seine-et-Marne où la décision de soutenir le maire sortant LR Brice Rabaste, ancien directeur de cabinet de Jean-François Copé ne passe pas du tout chez les marcheurs locaux. "Comment va-t-on réussir à s’implanter dans la durée si on apporte notre soutien à des maires sans aucune condition?" regrette l’un d’entre eux.
  
Très agacé par ce cas, le sénateur François Patriat qui soutenait son ancien collaborateur Hadrien Ghomi contre Brice Rabaste a d’ailleurs claqué la porte du bureau exécutif de LREM qui valide les choix de la CNI, le 23 octobre, selon des informations du Parisien.
"Le problème d’En Marche au niveau local, c’est qu’on nous dit ’vous allez soutenir les maires sortants’ qui n’ont, eux, jamais soutenu En marche à aucune élection et qui, à la prochaine présidentielle vont nous la faire à l’envers en soutenant un autre candidat qu’Emmanuel Macron", s’agace ce marcheur de Seine-et-Marne qui pourrait soutenir une liste dissidente à Chelles si elle était lancée. 

Candidat à Montpellier, le député LREM Patrick Vignal n’est pas d’accord avec la stratégie qui consiste à "vouloir beaucoup d’élus locaux, 10.000, en soutenant des maires sortants".
"On n’a pas eu de stratégie concurrente, gagnante", regrette le transfuge du PS. "Nous aurions dû nous compter au premier tour. Il fallait faire comme aux législatives, quand Macron osait faire les choses et mettre des candidats partout", insiste cet élu de 61 ans. "Pour les municipales, on n’a pas osé et on a eu la marque honteuse. C’est l’erreur que nous avons faite: jouer placé au lieu de jouer gagnant", tance le député Vignal, avec la métaphore du tiercé.  

"LREM est un mouvement très jeune", justifie Gabriel Attal à l’antenne d’Europe1 et de Cnews. "On aborde ces élections avec une forme de page blanche", reconnaît le secrétaire d’Etat. "On est engagés avec des alliés comme le MoDem qui sont ancrés depuis longtemps, donc forcément, ça peut frotter quelques fois", admet-il. 

Déconnectés des territoires

Des “frottements” qui font grincer des dents dans de nombreux départements. 

A Sens (Yonne), ce n’est pas une alliance avec le MoDem mais avec le Mouvement radical qui a du mal à passer. En septembre, la députée LREM Michèle Crouzet, refusée par la commission d’investiture contre sa rivale radicale, estime alors publiquement au micro de Europe1 que le président de la commission d’investiture [Alain Richard] est "déconnecté des territoires" et que les dirigeants d’En Marche! ne sont pas assez "à l’écoute" du terrain. Et, cas classique, elle annonce qu’elle sera candidate quand même. 
Depuis, Médiapart a rappelé que Claude Vivier Le Got, la candidate choisie par le parti présidentiel à Sens, a été condamnée à un an d’inéligibilité en 2015 après l’invalidation de ses comptes de campagne des municipales 2014 et met au jour de possibles “détournements d’argent” de son entreprise à des fins personnelles. Une situation locale qui pourrait donc évoluer.

Pendant ce temps-là, à Marseille, huit candidats potentiels ont été désignés dans les différents secteurs de la ville selon La Provence, et un "envoyé spécial" de la CNI, Jean-Marc Borello, 61 ans, président du directoire du groupe SOS, une organisation française spécialisée dans l'entrepreneuriat social et qui regroupe des entreprises et des associations, à Aix-en-Provence, est en mission sur place pour trouver la bonne pioche. 

Au milieu de ce grand bazar, pas sûr que les Français lâchent la proie pour l'ombre. 

samedi 10 août 2019

Le député LREM Patrick Vignal a eu sa permanence aspergée de peinture

Le député de la majorité présidentielle appelle les mécontents à venir nettoyer eux-mêmes les dégradations...

Vignal n'avait pas voté contre l'accord du CETA

'Flambard' s'était fait porté pâle dans l'hémicycle...
 Des Gilets jaunes ont aspergé de peinture la façade de la permanence parlementaire du député Patrick Vignal.
Le 10 août 2019, on distinguait le 'A' de anarchie
et une croix de Lorraine entourée du G de gilets et du J de jaunes
Bien que les slogans évoquent l'accord CETA, la presse persiste à accuser les Gilets Jaunes : la permanence du député La République en Marche a été dégradée à l'occasion d'une manifestation d'une centaine de Gilets jaunes à Montpellier, samedi 10 août.

147 dégradations de permanences parlementaires sont à ce jour comptabilisées. 
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Une centaine de "gilets jaunes" s'en sont pris samedi 10 août à la permanence du député La République en Marche Patrick Vignal, à Montpellier. "Les Gilets jaunes ont ma confiance, mais il y a des abrutis partout", avait alors insulté l'élu, un fier à bras forgés en salle de muscu.

Les manifestants ont éclaboussé
 la devanture de peinture jaune ou verte. 
L'action contre la permanence de celui qui est également candidat à la mairie de Montpellier aux prochaines municipales aurait été préparée en amont par une poignée de Gilets jaunes : les slogans ne le prouvent pas...

Les Gilets Jaunes sont-ils à l'origine des attaques de permanences LREM ?
Ils avaient donné rendez-vous samedi dans un lieu habituel de rassemblement des manifestations syndicales, sur les rives du Lez, cf. photo ci-dessous, plutôt que sur la place de la Comédie. Mais l'élu n'a pas analysé cette singularité. Le cortège d'une centaine de militants d'extrême gauche anti-capitaliste a ensuite défilé dans la ville, bloquant notamment le tramway.
L'AFP diffuse des contre-vérités: au travail, les 'fact-checkers' !

Ces dernières semaines, depuis la ratification du Ceta, traité controversé de libre-échange entre l'Union européenne et le Canada ratifié à l'Assemblée nationale le mois dernier, une quinzaine de permanences de députés ou de locaux du parti LREM a été emmurée ou taguée, voire saccagée comme à Perpignan, à l'occasion d'une manifestation de Gilets jaunes.



jeudi 6 décembre 2018

La gauche tente à nouveau le coup de la motion de censure

L'offensive de la gauche parlementaire, tentative de domination du mouvement citoyen?

Député Jean Lassalle en gilet jaune
à l'Assemblée nationale, le 31 novembre 2018 

Insatisfaits des réponses à la crise sociale incarnée par les "gilets jaunes", les députés socialistes, Insoumis et communistes déposeront lundi une motion de censure contre le gouvernement, a indiqué jeudi le patron du PS, Olivier Faure devant la presse.
"Nous allons chercher pendant les jours qui viennent à élargir le cadre de ceux qui pourront déposer avec nous" cette motion, au sein d'autres groupes politiques, a précisé O. Faure, aux côtés d'élus LFI et PCF, à l'issue d'une réunion de travail.

La motion devra être soumise au vote de l'Assemblée au moins 48 heures après son dépôt, en vertu de l'article 49-2 de la Constitution. Pour faire tomber le gouvernement, il lui faudrait réunir une majorité, ce qui paraît peu probable, ces groupes de gauche comptant 62 membres au total, sur 577 députés. D'où la nécessité d'élargissement : jusque et y compris le Rassemblement national ?

Le pouvoir conduit le pays au chaos

La crise des Gilets jaunes ébranle les députés de la majorité.
Depuis près d’un mois, ils sont en première ligne dans leurs circonscriptions, seuls et non plus en meute, comme à l'Assemblée. Sur le terrain, les députés de La République en marche doivent affronter la colère des Gilets jaunes et de leurs sympathisants. Certains ont dialogué dans le calme avec ces Français venus leur exprimer leur ras-le-bol. D’autres ont été contraints de faire profil bas face à des citoyens beaucoup plus revendicatifs qui leur ordonnaient d’appeler Emmanuel Macron à agir. D’autres, encore, ont perdu leur sang-froid, à l’image de ce député de l’Ain, Stéphane Trompille, qui a voulu en venir aux mains avec des Gilets jaunes qui bloquaient dans son département le péage d’Attignat. 

Résultat de recherche d'images pour "Stéphane Trompille"Titulaire d'un BTS, Trompille, 36 ans, fut tour à tour adhérent MoDem en 2002, puis sympathisant socialiste en 2012 et participa activement à la campagne du socialiste Jean-Jack Queyranne lors des élections régionales en 2015, dans lesquelles il dut dégager. Quand le vent tourna, Trompille rejoignit le mouvement En marche ! lancé en avril 2016 et devint référent des "Jeunes avec Macron" dans l'Ain, dès la même année à Bourg-en-Bresse. Elu député, il intègra la Commission de la ...Défense nationale et des Forces armées à l'Assemblée nationale;

"C’est un peu compliqué pour des nouveaux députés d’encaisser tous ces reproches et toute cette colère. Il y a aujourd’hui une défiance qui s’est installée. Ce n’est même pas la peine d’essayer d’expliquer ce qu’on a fait en faveur du pouvoir d’achat, les Français ne veulent pas l’entendre. La majorité est complètement déstabilisée par les Gilets jaunes", pleurniche l'ex-socialiste et député LREM de l’Hérault Patrick Vignal, contacté par France 24.

"On a un gouvernement qui va droit dans le mur, c'est de notre responsabilité de mettre un stop à ça et de faire en sorte qu'on change de gouvernement et donc de politique", juge Ugo Bernalicis (LFI).

Résultat de recherche d'images pour "Sonia Krimi en gilet jaune"
Ce député du Nord veut convaincre des députés "notamment LREM" de joindre leurs signatures car, selon lui, "il y a des gens raisonnables" parmi eux, dont Sonia Krimi, née à Tunis et franco-tunisienne depuis 2012, qui a revêtu un gilet jaune "symboliquement" dans sa circonscription.

Alors que La République en marche avait choisi d'investir Blaise Mistler, issu des comités de soutien d'Alain Juppé pour les élections législatives, Sonia Krimi se présenta comme candidate dissidente dans l'ancienne circonscription du socialiste Bernard Cazeneuve, ancien premier ministre de François Hollande, avec le soutien de nombreux militants macroniens, et fut élue députée de la Manche, avec 60,93 % des voix.

"Les mesures annoncées ne permettent pas de sortir de la crise et nous voulons une solution démocratique. Il faut une réponse à la colère sociale, à la revendication pour le pouvoir d'achat", a martelé Pierre Dharréville (PCF des Bouches-du-Rhône).

"Ce qui nous rassemble, au-delà de ce qui peut nous diviser, c'est au moins une volonté commune que cette fiscalité soit plus juste", a ajouté Faure, député de Seine-et-Marne, qui prévoit d'ici lundi de travailler au texte commun de la motion, en fonction d'éventuels ralliements.

Le groupe socialiste a apporté ses voix au projet de motion, à l'issue de la déclaration d'Edouard Philippe devant l'Assemblée. L'Assemblée a approuvé mercredi par 358 voix contre 194 les mesures annoncées par le chef du gouvernement, à l'issue d'un débat de près de cinq heures.

Les trois groupes de gauche avaient surmonté en juillet leurs divisions pour déposer une motion de censure commune contre le gouvernement sur l'affaire Benalla. Fait inédit depuis 1980, deux motions simultanées avaient alors été défendues, LR en ayant aussi déposé une. C'était alors la première fois que l'opposition avait recours à cette procédure depuis l'élection d'Emmanuel Macron.

Plus de 100 motions de censure ont été déposées depuis 1958. Une seule a été adoptée, en 1962, faisant chuter le gouvernement de Georges Pompidou.

jeudi 22 novembre 2018

Gilets jaunes : les députés de la majorité s'avouent "désemparés" face à leurs électeurs en colère

Des députés LREM en souffrance dans la majorité présidentielle

Des \"gilets jaunes\" bloquent un rond-point à Dinan (Côtes-d\'Armor), le 20 novembre 2018.

L'entêtement hautain de Macron jette les élus honnêtes dans le doute.
"Je ne sais pas quoi leur répondre d'autre que les arguments que l'on avance et qui ne prennent pas..."Valéria Faure-Muntian, députée LREM de la 3e circonscription de la Loire, fait preuve d'une franchise décapante, qui contraste avec l'attitude supérieure des autres blancs-becs de la majorité qui font écho à la parole jupitérienne sans analyse, ni sens critique. Désormais certains entendent véritablement l'exaspération de la population. Et la comprennent sincèrement.

Cette jeune parlementaire de 34 ans, ancienne chargée de clientèle en assurances et élue en 2017 grâce à la vague En marche !, l'avoue sans ambages : elle est "totalement désemparée" face au mouvement des "gilets jaunes". Samedi, ils étaient plus de 280.000 dans la rue pour faire entendre leur colère face à la hausse du prix des carburants. Depuis, les blocages se concentrent sur certains points névralgiques, tandis qu'un appel à manifester le 24 novembre à Paris a été lancé sur Facebook. L'issue du conflit est plus qu'incertaine. Les revendications dépassent maintenant le simple ras-le-bol fiscal mais, si les corps intermédiaires sont exclus de la contestation, en revanche, certains syndicats se sont ralliés à la cause des révoltés: outre que les syndicats FNTR (syndicat de transporteurs routiers) et OTRE (Organisation des Transporteurs Routiers Européens) appellent le gouvernement à discuter avec les gilets jaunes pour une sortie de crise rapide, FO Transports appelle à rejoindre le mouvement.

Les députés de la majorité qui ont accepté de parler sont unanimes : ils comprennent l'exaspération et le sentiment de déclassement exprimés par les "gilets jaunes". Mais comment leur répondre ? Avec qui entamer les discussions ? Sur quoi ? "On n'est pas sur la même longueur d'onde, ils ont des sentiments, nous des arguments, ça ne colle pas", estime Valéria Faure-Muntian qui ne voit pas comment le président compte procéder quand il déclare mardi depuis Bruxelles que "c'est dans le dialogue qu'on peut en sortir, dans l'explication, dans la capacité à trouver le bon rythme et les solutions de terrain"... Plus facile à dire qu'à faire pour les députés de la majorité. 

Rejet de LREM : "J'ai tenu une permanence, personne n'est venu"

Nombre de députés LREM ont préféré ne pas aller au contact des manifestants, pour "ne pas envenimer" les choses. 
Ex-directeur de la Mutuelle générale de l'Education nationale (MGEN) et ex-professeur en Dordogne, Philippe Chassaing, 46 ans, est député de la 1re circonscription, où les appels au blocage "ont été suivis avec des ronds-points occupés". "Je n'ai pas voulu me rendre sur les sites pour ne pas que ça dégénère et que cela soit perçu comme une provocation", explique-t-il. Alors, il s'est décidé à "tenir une permanence samedi matin si les 'gilets jaunes' voulaient interroger un élu". Mais voilà, "personne n'est venu". Le midi, le député s'est rendu au PC de sécurité pour s'entretenir avec la préfète.





Les jeunes élus de la "start-up" En Marche!, on le voit, n'ont pas l'étoffe.

Son collègue de Charente-Maritime, Jean-Philippe Ardouin, 54 ans (Rotary et ancien membre du Bureau National Interprofessionnel du Cognac ) , n'était pas non plus sur le terrain. Il a suivi le mouvement via les services de la préfecture et les réseaux sociaux, et n'a pas eu de contacts avec les "gilets jaunes".
"Sur le glyphosate, on avait été sollicité par les citoyens. Là, on n'a été sollicité par aucun 'gilet jaune'; ils s'en foutent de leur député". (Jean-Philippe Ardouin, député de Charente-Maritime)
On peut-être quinqua et élu de la majorité, mais plus à l'aise dans les salons.

D'autres parlementaires ont pu s'entretenir avec les "gilets jaunes", "un peu en marge des blocages". 
C'est le cas de Jean-René Cazeneuve, 60 ans, ex-directeur Général adjoint de Bouygues Telecom, député du Gers, qui était samedi à Auch : "J'ai écouté ce qu'ils avaient à dire mais c'est compliqué, c'est très hétérogène entre celui qui demande moins de taxes et l'autre qui veut plus de services publics, les revendications n'étaient pas communes." Un commentaire que s'est approprié un "analyste" de BFMTV, ce matin, sans citer sa source. 

A 400 kilomètres de là, Anthony Cellier, député du Gard, 43 ans, a pris sa voiture et s'est retrouvé bloqué à un rond-point. "On m'a dit que je n'avais pas mon gilet jaune et que je ne pouvais pas passer", raconte cet expert en énergie. Il se retrouve à débattre avec quatre personnes sans dire, au début, qu'il est député (et sa cocarde, alors ?). "Ils me disaient qu'ils n'avaient plus de quoi payer à la fin du mois. Je leur ai demandé qui avait voté aux dernières élections, sur les quatre, un seul l'avait fait. Je leur ai aussi expliqué qu'un très bon moyen de s'exprimer, c'était d'aller dans les urnes", ajoute-t-il, précisant leur avoir dit qu'il comprenait leur colère. 

Des législateurs démunis face "au ras-le-bol"

Cette colère, Anne-Laure Cattelot la perçoit, l'entend tous les jours. Députée du Nord à 30 ans, à la faveur d'un redécoupage de circonscription, l'ex-assistante parlementaire européenne de Jean-Luc Benhamias (2004-2014, MoDem) a croisé samedi plusieurs manifestants qu'elle connaît alors qu'un blocage était organisé à 200 mètres de chez elle.
"C'est un énorme ras-le-bol cumulé: on a mis un couvercle sur la cocotte depuis 30 ans, et là les gens sont sortis de leurs gonds." (commentaire d'Anne-Laure Cattelot, députée du Nord, bras ballants)
Concernant la hausse du prix des carburants, Anne-Laure Cattelot aurait récité à ses administrés son couplet sur "le scandale de la pollution liée au diesel". "Ils comprennent avec le scandale de l'amiante qu'on a connu ici, mais ils me disent : 'Est-ce que les pouvoirs publics font les mêmes efforts ?' Ils ont l'impression d'être la vache à lait." Plus qu'une impression, une constat ! La jeune apprentie-parlementaire d'Avesnes (radical-socialiste depuis 1890) n'a rien compris, mais l'assure : "On aide un maximum mais demain, on ne va pas non plus offrir des voitures, il faut responsabiliser les gens." Et si elle affirme être "très compréhensive des petites gens" les "gens qui ne sont rien", voir "un gilet jaune sur une Porsche Cayenne" la rend "dingue". Et où l'a-t-elle vue, sur un territoire où le chômage touche près de 16% de la population ?


Anthony Cellier assure lui aussi comprendre "cette impatience parfaitement légitime". "On parle des 6 milliards de baisse d'impôts ou encore de la suppression de la taxe d'habitation pour 80% des foyers [dans trois ans, l'a-t-il précisé], mais on n'a pas le sentiment que c'est perçu et compris", soupire-t-il. 
Car il est compliqué de porter cet argumentaire quand le premier secrétaire du Parti socialiste, Olivier Faure, souligne mardi sur Europe 1 que, pour lui, "le gouvernement fait les poches des Français, non pas pour de bonnes raisons, mais parce qu'en réalité il cherche à compenser les cadeaux fiscaux qu'il a faits par ailleurs".
Ce quadra n'est pas le seul à vivre cette impuissance. "J'ai des arguments factuels, mais mes arguments n'ont pas la force nécessaire pour faire face à leur désarroi", explique Valéria Faure-Muntian, une trentenaire ingénue (née en Ukraine et immigrée en 1998 à l'âge de 14 ans, BTS banque !), qui ne semble avoir jamais géré un budget et n'a jamais eu à équilibrer des recettes et des dépenses

"C'est très difficile d'avoir un dialogue constructif : les gens [les autres, selon ceux et celles qui se classent parmi l'élite] ne sont pas rationnels; ils mettent en avant ce qui baisse, mais jamais ce qui monte, abonde Jean-Philippe Ardouin. Quand on augmente la rémunération de 20 euros, on me dit : c'est bien gentil, mais je vais faire quoi avec 20 euros', mais quand on baisse de 5 euros les APL, les gens hurlent." Les nantis à plus de 7.500 euros mensuels de LREM peuvent-ils "comprendre", comme ils disent, que quand on n'a pas assez, un peu moins, c'est énorme, et un peu plus, ça ne suffit pas ?

La majorité présidentielle accuse les 'Gilets jaunes' de "confusion"

"Il faut qu'ils adressent un mot d'ordre parce que là, c'est confus", les entend-on répéter ad nauseam, repris par le choeur des media.
Ces parlementaires disent d'une part "assumer" le "maintien du cap" opposé par Edouard Philippe et, d'autre part, "comprendre" l'incompréhensible ! : le mouvement n'a ni revendications précises ni représentants déclarés. 

"Il faudrait qu'ils adressent un mot d'ordre parce que là c'est confus, il y a l'essence mais aussi les taxes, les retraites, les services publics...", selon Philippe Chassaing, finalement représentatif d'une majorité à l'écoute et qui ne veut pas comprendre. 
"Il n'y a pas de revendications claires et nettes, on peut vouloir entendre cette parole mais là, elle est multiple", reprend Anne-Laure Cattelot. Et puis, vers qui se tourner ?
"La difficulté d'entamer le dialogue, c'est aussi d'arriver à identifier un interlocuteur. Est-ce qu'on fonctionne par rond-point, par département, avec celui qui a le plus de likes sur Facebook ?", raille Anthony Cellier, député du Gard.
Dans sa circonscription de la Loire, Valéria Faure-Muntian a bien essayé d'identifier des interlocuteurs, mais "c'est complexe", explique-t-elle. "On essaye tous d'identifier l'objet qu'est ce mouvement social, car on doit y répondre en tant qu'élu de la nation." Le problème, se rétracte-t-elle, c'est ce "sentiment qu'ils ne souhaitent pas de dialogue". C'est pourtant celle qui, "en même temps", avouait : "J'ai des arguments factuels, mais mes arguments n'ont pas la force nécessaire pour faire face à leur désarroi". 
Les arguments de la jeune Valéria n'atteignent pas leur cible, précisément parce qu'elle ne connaît pas ni sujet, ni la France profonde et les difficultés de la vie quotidienne des Français les plus exposés à la sur-fiscalité, dont celle qui s'abat sur les automobilistes : les 'Gilets jaunes' - et derrière eux la France silencieuse - appartiennent à toutes les classes de la société; elles sont plus ou moins vulnérables, mais elles sont toutes impactées. La majorité parlementaire a voté à l'aveugle. Elle ne peut surtaxer large et, après avoir bombé l'ensemble de la population à tout vent, s'étonner que les gaz lacrymo fiscaux piquent les yeux de la population entière, dans sa diversité. LREM met le bololo et parle ensuite de confusion !
Alors, certains parlementaires font leur auto-critique, en attendant de se mettre autour de la table des négociations. "On aurait dû anticiper la hausse du baril, on savait qu'on allait augmenter les taxes, si on avait été dans l'anticipation, on n'en serait pas là", ose Frédéric Barbier, député du Doubs et ancien socialiste : lors des élections législatives de 2012, Pierre Moscovici le choisit comme suppléant et il devint ainsi député à sa nomination au ministère de l’Economie et des Finances dans le gouvernement Ayrault. "On a séquencé nos mesures parce qu'on n'avait pas les moyens de faire tout en même temps, mais avec ce séquençage, les bonnes nouvelles sont indolores, c'est quelque chose que l'on a raté", convient Jean-Philippe Ardouin.

Pédagogie, pédagogie, pédagogie

Alors comment concrètement répondre à la "colère juste" des "gilets jaunes" ?
Castaner, demi-ministre de l'Intérieur, oppose la force.
Une mobilisation de gilets jaunes près de Montceau-les-Mines, le 21 novembre 2018.
Les "méchants" visés par Castaner, Philippe et Macron
Dès lundi soir, il a appelé "solennellement" les "gilets jaunes" au respect du "principe de la libre circulation" et averti que les déblocages menées par les forces de l'ordre allaient se poursuivre. "Je demande solennellement, mais fermement, à ceux et celles qui veulent manifester de continuer à manifester s'ils le veulent, mais sans chercher à bloquer et à atteindre la liberté de chacune et chacun", a déclaré l'ancien porte-parole du gouvernement lors d'un point presse. Les préfets ont ordre de dégager "méthodiquement les dépôts pétroliers et les sites sensibles".

Côté confusion et fermeté, le député Vignal (LREM, Hérault) bat des records

Patrick Vignal, député (LREM) de l'HéraultEn passant du PS à LREM, Patrick Vignal garde le même argumentaire en toutes circonstances.
"Sur les centres-villes, il y a eu 40 ans de lâcheté des gouvernements", lançait-il au micro de Sud Radio en juin dernier, ès-qualité de président de l’association Centre-Ville en Mouvement.
Sur le sujet de la sur-taxation des automobilistes, il est très ambigu, voire ...confus:
"Ca fait quarante ans qu'on n'a respecté c'te France périphérique"
Comme Christophe Castaner, il mise sur la "fermeté".

C'est un député intègre qui se défend, par ailleurs, d'avoir contrevenu à la loi sur la moralisation de la vie publique en faisant embaucher sa fille, Maryll Vignal, par Bertrand Sorre, député LREM de la Manche.


Gilles Le Gendre (En Marche) à l\'Assemblée nationale en mars 2018.
Gilles Le Gendre, sexagénaire recroquevillé,
garde chiourme des jeunes apprentis députés LREM inexpérimentés
Inexpérimentés, les députés peinent à trouver la solution magique. 
Beaucoup répondent, comme le fait l'exécutif, par plus de "pédagogie", mais leurs "éléments de langage" ne sont pas audibles. Mieux expliquer les réformes aux Français est non seulement un leitmotiv désobligeant, mais aussi illusoire, car déconnecté des difficultés de la vraie vie. 
Si Castaner montre les muscles, l'Edouard est désarmé. "Avons-nous su occuper le terrain ou répondre aux critiques ? Trop peu", s'était ainsi flagellé Edouard Philippe mardi  devant la majorité parlementaire, avant de poursuivre : "On m'a rapporté que sur les plateaux, nous n'avons pas été suffisamment sonores, présents, audibles."

Le premier ministre @EPhilippePM devant les députés @LaREM_AN : "Dans le plus fort de la mobilisation, avons-nous su occuper le terrain ou répondre aux critiques? trop peu (...) il y a quelques combats qu'on peut gagner sans combat, mais c'est rare"


Le pouvoir macronien garde donc le cap sur le fond, ne concédant que quelques faiblesses dans la forme :
peu importe la colère, quand on a l'ivresse des rentrées fiscales ? La boîte à outils des députés se résume à des marteaux, rabots, limes et pieds de biche. manque le memento du petit bricoleur. 
Ils ne cessent de pointer la sottise de leurs concitoyens, des "Gaulois réfractaires" "illettrés" et "fainéants" :  "Oui, on a un travail de pédagogie à faire. A quoi servent le budget, les taxes, l'Etat ? On [les autres, les débiles] a l'impression que les impôts nourrissent un monstre qui est l'Etat, mais l'Etat, c'est l'ensemble des citoyens", tient à rappeler le pédagogue Anthony Cellier, 45 ans, qui ne se voit nullement en oppresseur méprisant. 

Jean-Philippe Ardouin a, lui aussi, une piètre idée de ses électeurs. 
"Il faut que l'on soit meilleur en pédagogie et en communication, il faut toucher ces gens qui ne lisent pas la presse mais qui s'intéressent aux émissions de divertissement et qui sont sur les réseaux sociaux pour qu'ils ne se laissent pas influencer par les fake news", poursuit ce chef d'entreprise d'un domaine viticole de Cognac. Ce sachant ignore que les organes de presse se trouvent aussi sur Twitter et Facebook...
Le député a des certitudes : "Une grande partie des 'gilets jaunes' ne se serait pas mobilisée si elle avait eu accès à des infos vérifiées." Lutter contre les 'fake news', avoir une meilleure communication... 

D'autres députés plaident une réflexion à des réponses plus innovantes. "Edouard Philippe a essayé d'apporter des réponses, mais ça n'a pas bougé depuis son intervention de France 2." Nul ne sait à quelle mesure innovante elle fait allusion, mais peut-être le sait-elle? "Je me dis que puisque ça n'a pas bougé, ça ne suffit pas", remarque Valéria Faure-Muntian, en analyste fine.
"On a essayé des réponses classiques, ça ne suffit pas; il faut que l'on invente un nouvel arsenal de dialogue". (Valéria Faure-Muntian, députée de la Loire)
Frédéric Barbier a pris, quant à lui, au mot la proposition du secrétaire général de la CFDT. Il se trouve qu'il est ex-apparatchik socialiste, suppléant de Moscovici et à la remorque de ce syndicat réformiste... Dans un entretien gratuit pour un article payant du Monde, lundi, Laurent Berger proposait au gouvernement de construire "un pacte social de la conversion écologique" avec les organisations syndicales et patronales mais aussi les associations. "Mais, pour moi, il ne s'agirait pas d'une conférence une fois pour toute; il faut une instance de dialogue qui se réunirait tous les deux ou trois mois et qui permettrait d'évaluer nos politiques et d'engager des actions correctives si nécessaire", et gratuites, tant qu'à faire, assure le député du Doubs, renégat socialiste, "démissionnaire d'office" du PS.
En attendant, chacun sait qu'il y a urgence avec un mouvement qui risque de se durcir à mesure que la macronie multiplie les coups de menton et les menaces. "Au début, c'était bon enfant, mais là, ça se tend et ça m'inquiète pour la sécurité de tout le monde", alerte Anthony Cellier. 
"Ce qui est inquiétant, c'est que l'on ne trouve pas la façon adéquate de leur répondre", soupire Valéria Faure-Muntian. Il est préoccupant que cette jeunesse inexpérimentée qui prétendait construire un "nouveau monde" soit à ce point à démunie. 

Une personne qui se met toujours en colère est insensée, mais celle qui ne se fâche jamais manque de courage moral. 
Henry Ward Beecher explique : "Un homme qui ne connaît pas la colère ne connaît pas la bonté. Un homme qui ne sait pas profondément s’indigner du mal est soit inconscient, soit mauvais."