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jeudi 2 avril 2015

Réforme du collège : le multiculturalisme produit le nivellement par le bas

Femme, elle aurait dû faire mieux; incompétente présomptueuse, elle est recalée ! 


Avec sa réforme du collège, le gouvernement a succombé à "l'éphémère, la mode, le moment," dénonce Jean-Paul Brighelli, enseignant et essayiste. 

Valls et Vallaud-Belkacem
ont tout à apprendre,
sauf en démagogie
"On sait pourtant, écrit-il, ce qu'il y a à faire : mettre au centre du système la transmission de savoirs précis, exigeants et pérennes, par des enseignants qualifiés."  Cette réforme est donc manquée à double titre : parce qu'elle rate sa cible, et parce qu'elle avoue que le gouvernement qui l'a promulguée n'est pas capable de penser droit. Une réforme pour rien l'est toujours pour le pire. La réforme du collège — maillon faible d'une chaîne qui n'a plus de maillons forts, à part les classes préparatoires, promises à démantèlement — est à ce titre un modèle.


Cette énième réforme fait descendre en amont, si je puis dire, la réforme du lycée de Luc Chatel : on vide encore un peu de leur substance les savoirs fondamentaux, et on amuse la galerie avec des pédagogies périphériques. Fin du principe une heure égale un prof, ce qui fait fulminer conjointement le SNALC et le SNES), l'interdisciplinarité proclamée présente comme une innovation une pratique britannique vieille de trente ans qui doit permettre aux élèves, plusieurs heures par semaine, de construire un "projet" mobilisant plusieurs compétences et plusieurs matières autour d'un objectif "citoyen." Si les journalistes spécialisés connaissaient leur sujet, ils dénonceraient ce qui n'est rien d'autre dans la France du début des années 2000 que de la constitution de dossiers interdisciplinaires par des binômes d'élèves de premières sous la tutelle de plusieurs de leurs professeurs, notamment d’histoire-géographie et de sciences économiques et sociales, notés en interne par les enseignants du candidat, au bénéfice de ses résultats au baccalauréat. Si, en outre,  on pense apprendre la laïcité aux mômes en regroupant français, musique et histoire autour d'un projet Marseillaise, on a du souci à se faire pour la laïcité, qui s'apprend à travers des savoirs complexes, et non pas en sacrifiant au ludique généralisé, fusse au collège, et à l'hymne national, version Serge Gainsbourg. Les enfants, dit la ministre, s'ennuient. J'espère bien ! s'exclame Brighelli. L'ennui conduit plus sûrement à la réflexion, au rêve, à la lecture et à la recherche que le divertissement permanent que l'on nous propose. Il est formateur. Le divertissement déstructure sans que l'on ait été structuré. Il décervèle des écervelés.


18 % de quasi-analphabètes en sixième

L'illettrisme, fustigé par Emmanuel Macron, ne frappe pas -aveuglément et exclusivement- les immigrés et c'est une chance, car il serait interdit de tacler ces "nouvelles" méthodes de facilité par le nombre de classes où la langue française est maltraitée, par les horaires, certes, mais aussi par une pratique minimaliste: ainsi, les ados ne savent-ils plus ce qu'on attend d'eux lorsqu'une consigne "perverse" les invite à... "rédiger." 

Poudre aux yeux de cette réforme Vallaud-Belkacem, l'apprentissage précoce en cinquième de la deuxième langue. Comme on navigue à flux constants, quand bien même on trouverait assez d'enseignants linguistes (on sait combien on peine à en recruter aujourd'hui, pour 1.600 € par mois, incivilités en prime), on financera ces deux heures de cinquième en supprimant une heure de première langue en quatrième et en troisième, en sacrifiant ces dédoublements de classe qui seuls permettent un apprentissage sérieux proche du tête-à-tête.
Notez que l'on n'apprend bien l'anglais ou l'espagnol qu'en maîtrisant le français — ce qui est loin d'être le cas: les 18 % de quasi-analphabètes à l'entrée en sixième sont, de l'aveu du ministère, tout aussi nombreux à la fin de la troisième. Depuis 1985, pendant les années Mitterrand aujourd'hui louangées, plus de cinq cents heures de français ont disparu des programmes du collège au nom de l'interdisciplinarité, en fait pour supprimer des postes au nom des équilibres budgétaires. Droite et gauche ont fait le travail avec constance, tout comme elles ont imposé, depuis la loi Fillon en 2004, les objectifs minimalistes du "socle commun de connaissance", ce plus petit commun dénominateur des apprentissages. Ce n'est pas ainsi que l'on pousse les élèves au plus haut de leurs capacités, ni qu'on leur insuffle l'ambition d'y parvenir.

Le multiculturalisme produit le nivellement par le bas. 
Objectif, non avoué par la franco-marocaine mais évident, de ces manipulations linguistiques: combattre l'élitisme au nom de l'égalitarisme, et vider les classes européennes, affreux repaires de filles et fils de bourgeois et autres initiés. Le chinois suivra la pente de l'allemand comme ce fut celle du latin ou du grec. Si encore ce n'était pas au profit de l'arabe, dont on nous vantait, il y a encore quelques mois, le pouvoir motivant des quartiers. Mais c'était avant les attentats islamistes meurtriers du début de l'année à Paris. Dans le même esprit, latin et grec ne seront plus que des à-côtés du cours de français, des sensibilisations aux civilisations antiques comme à l'occitan: à rapprocher du fait que le Capes de lettres classiques n'existe plus en soi: il est une option du Capes de lettres.
 
Et il est fortement question que toutes les options soient désormais enseignées en ligne, ce qui justifiera par l'absurde l'informatisation généralisée, dont on sait qu'elle coûte et surtout qu'elle ne rapporte rien. Fleur Pellerin et ses semblables pourront toujours vitupérer contre l'internet et ses moteurs de recherche... A ce compte, la fuite vers le privé, y compris le privé confessionnel, s'accentuera.

Par chance, en 2013, les derniers arrivés, les musulmans, pouvaient déjà opter pour l'un des 30 établissements scolaires musulmans créés, écoles, collèges et lycées, voire crèches. Et les musulmans de France sont encouragés à ouvrir leurs propres établissements scolaires, à l'ombre du minaret et de centres culturels, si bien qu'ils sont une cinquantaine en 2015. Sûr que la laïcité en profitera, et que les ghettos scolaires en sortiront socialement diversifiés...



Comment la concertation proclamée peut-elle ne créer que des mécontentements ?

Cerise sur le gâteau, cette réforme ne satisfait personne - ni les "républicains" qui hurlent à la mort, ni les "pédagos" qui la trouvent trop tiède. La FCPE ne se remet pas du maintien des notes chiffrées, le SNPDEN, syndicat des chefs d'établissement, aurait aimé plus d'indépendance, puisqu'on ne laisse aux établissements la bride sur le cou que pour 20 % de l'emploi du temps. Les jusqu'au-boutistes de l'autonomie, au SGEN (proche de la CFDT et donc du PS) et au SE-UNSA (FO), auraient aimé une vraie révolution permettant aux équipes pédagogiques (qui sont pourtant fort instables dès qu'un établissement est vraiment difficile) de s'organiser à leur gré : le jacobinisme, voilà l'ennemi. Et le baccalauréat décentralisé, affaibli et inégalitaire?


On sait pourtant ce qu'il y a à faire : mettre au centre du système la transmission de savoirs précis, exigeants et pérennes, par des enseignants qualifiés. La pédagogie de "projet" travaille dans l'éphémère, la mode, le moment. Mon optimisme pourtant se nourrit de la mauvaise volonté des enseignants à rompre avec les bonnes pratiques, au risque de passer pour conservateurs et archaïques. La "gauche de progrès" est un slogan que démentent la réalité du terrain et le bon sens. On ne les forcera pas à se suicider pédagogiquement d'ici à 2016, ni certainement après. Et après, c'est 2017 - et Najat Vallaud-Belkacem sera alors dans les notes de bas de page de l'histoire des cataclysmes

"Najat," prochain nom ajouté à la liste noire des ouragans ? Un sujet de dossier interdisciplinaire à venir...

dimanche 29 juin 2014

Ecole: il faut sauver les notes, alerte Brighelli

Brighelli repart en croisade

Les agences de notation traumatisent
nos dirigeants
Le ministre Hamon propose d'abandonner la note chiffrée.

Jean-Paul Brighelli dénonce une tentative de casser le thermomètre,
de dissimuler le déclin du niveau des élèves affiché par l'OCDE, et, in fine, l'abandon de nos valeurs.

Que comprendront les parents à l'évaluation "bienveillante" de Benoît Hamon, bac +3 ?
Invité par Europe 1 cette semaine à m'exprimer sur le projet d'abandon de la notation dont Benoît Hamon, qui n'avait rien d'autre à faire, s'est fait le chantre, j'ai annoncé - autant en rire puisque c'est à pleurer - le renoncement officiel, par Marisol Touraine, à l'usage des thermomètres, bien coupables d'indiquer, parfois, que le patient a la fièvre. Nous voici revenus au XVIIe siècle, quand on faisait tomber la température en saignant le malade - jusqu'à ce qu'il en crève parfois, demandez donc à la mère de Molière. Si effectivement vous ôtez quelques pintes de sang, la pression descendue régulera votre pouls - jusqu'à ce que ça remonte, parce que vous n'avez rien guéri, juste occulté le symptôme. Benoît Hamon en est là. 

Que comprendront les parents à l'évaluation "bienveillante" de Benoît Hamon ?
L'évaluation "bienveillante" de Benoît Hamon ne peut que
rallier les ignorants et les aigris
Il installe une conférence sur l'évaluation (contre l'avis de tous ses services, à commencer par la DGESCO, contre l'avis même du CNESCO, le Conseil national d'évaluation du système éducatif, un "machin" installé par son prédécesseur, Vincent Peillon, dont la tête lui sert aujourd'hui de marchepied pour tenter d'exister), afin d'en finir avec la "dictature" des notes, qui, nous le savons bien, humilient chaque jour des milliers d'enfants...

Les profs sont méchants ? Pas même. Je n'en connais pas qui se délectent à mettre de mauvaises notes. Mais j'en connais trop qui ont renoncé à afficher la vérité des prix, et gonflent artificiellement les résultats - après tout, on le leur demande officiellement au brevet et au bac.

Je ne suis pas ma note

On connaît l'excuse classique du cancre ramenant à la maison un devoir malmené par le correcteur : "C'est parce que le prof ne m'aime pas !"
Le ministre tient le même raisonnement tordu, confondant la valeur de l'exercice - noté de 0 à 20 - et la valeur de l'élève. Que tu aies un zéro, bougre d'imbécile, ne signifie pas que tu es un zéro ! Il faut un cerveau creux résidant rue de Grenelle pour le croire - et valoir, justement, zéro. Mais qui se soucie au fond de ce que vaut vraiment un ministre ?

Exit, donc, un système de notation qui remonte au XVIIe siècle : il appartenait sans doute à la gauche de nous débarrasser de cet ultime souvenir des grands collèges jésuites, de cette dernière référence au Grand Siècle. Si Richelieu, puis Louis XIV, avaient généré ce système d'évaluation des enfants (nobles) du système d'enseignement mis en place par les disciples de Loyola, c'est parce qu'ils croyaient en la valeur globale de leur civilisation. La France de Louis XIV (et je tiens compte aussi des famines, des guerres, des excommunications et des bûchers) valait cher ; la France de Hollande ne vaut plus grand-chose. Un grand doute a saisi le pays, et les gouvernants, qui ne gouvernent plus rien, s'en font l'écho.

Remplacer une note par une évaluation est contre-productif, dans l'optique même défendue par Hamon. Le chiffre a une objectivité. L'évaluation nous ramène à une subjectivité - l'enfant sera bien plus stigmatisé par un jugement global que par le détail de sa performance.

"Maman, j'ai eu du vert aujourd'hui !"
(et Duflot n'y est pour rien)

Déjà, le primaire évolue au gré des "livrets de compétences" : acquises, non acquises, ou en voie d'acquisition. Base trois. Une usine à gaz qui bouffe le temps scolaire. En janvier 1969, le gouvernement avait décidé, dans un grand élan post-soixante-huitard, d'adopter la notation en ABCDE - base cinq. [avec des C+ équivalent à 11, des C pour 10/20 et des C- pour 9: la belle "avancée" !] Elle fit long feu, et le génie national réimposa une base dix, ou vingt - que l'on peut affiner à l'infini en demi, quart ou centième de point. Sans doute ce qu'il y a de plus précis depuis que Fahrenheit et Celsius ont inventé leurs échelles respectives du froid et du chaud : mais le thermomètre est désormais hors la loi... [Trop de rigueur scientifique nuirait à l'élève  apprenant... quand bien même rappellerait-on que la note ne tombe pas du ciel mais est le résultat du calcul d'un barême réfléchi et établi en fonction d'un objectif précis]

Pourquoi le primaire (et, localement, quelques classes de sixième et de cinquième, prélude à la primarisation du collège) ? Parce que les moyens de pression (en clair, la présence d'un corps d'inspecteurs) sont bien plus prégnants sur les écoles communales que dans le secondaire [les maires ont un droit de regard -ou de sanction- par le biais de la participation financière de la commune au fonctionnement des écoles maternelles et primaires publiques: le maire est en effet garant de l’obligation scolaire, de la sécurité des élèves aux abords de l’école et peut être amené à autoriser l’utilisation des locaux scolaires ainsi qu’à intervenir dans de nombreuses autres occasions]. Un inspecteur primaire (IEN) travaille sur une zone réduite, connaît chacune de ses ouailles, les visite régulièrement. Un IPR (inspecteur pédagogique régional) a souvent un rectorat entier à labourer, et n'inspecte les enseignants qui lui sont dévolus que tous les six ans, en moyenne (j'ai passé 14 ans, en banlieue parisienne, sans voir la queue d'un). Allez imposer des consignes à des gens que vous ne voyez que de loin en loin...

Voici donc la Note sacro-sainte remplacée par des smileys souriants (interdiction de faire la gueule, dans le système Hamon), ou des codes couleur plus aisément lisibles par des élèves analphabètes [venus d'au-delà des mers et des frontières]. Ce bariolage est-il plus efficace que l'indication chiffrée ? Ma foi, j'aimerais savoir ce que les parents y comprennent - "Maman, j'ai eu du vert aujourd'hui, c'est mieux que le rouge hier..." [Les feux tricolores serviraient certes de repères, mais les radars, mobiles ou embarqués, seraient exclus, tout justes bons pour les prochains détenteurs du permis de conduire à 15 ans, l'obligation scolaire restant, elle, fixée à 16] 
Une grande déferlante écolo-compatible déferle sur l'éducation. [Finis le noir maléfique et le blanc pur] Le vert est paré de toutes les vertus - pourquoi pas le mauve ? Pourquoi pas un code de petits animaux : "J'ai eu un perroquet pour cause de bavardage, un singe par habileté à reproduire, et un cheval en gym parce que je cours vite..." [Les fruits ne faisant pas l'affaire: la banane pourrait traumatiser la petite de couleur, la poire, le petit souffre-douleur de la récré et la figue ou la prune, un(e) possible LGBT]. Tout cela pour déstresser des gosses qui, d'après saint Pisa (je reviendrai prochainement sur ce système d'évaluation qui est aussi fiable que celui que le ministère veut mettre en place), sont parmi les plus angoissés de la planète (ah, vraiment ? Je croyais qu'au Japon ou en Corée... J'ai dû mal lire...).

Un mien collègue, prof de prépa, agrémente ses corrections avec un tampon représentant un clown hilare, en marge des trouvailles les plus pittoresques de ses élèves. Cela les fait bien rire, au lieu de les humilier [le second degré supposerait donc un niveau minimal...]. Et les "bulles" - les zéros - que nous avons tous un jour méritées restent dans notre souvenir bien plus comme des anecdotes drôles que comme des traumatismes inexpiables. Benoît Hamon chercherait-il à exorciser quelque souvenir cuisant [le second degré ne serait donc équitablement distribué] ? S'offrirait-il une psychanalyse aux frais de quelques millions d'élèves ? Je n'ose le croire.

Au passage, le ministre, dans l'interview du Parisien citée plus haut, affiche ses admirables compétences : "Un écolier qui éprouve des difficultés en grammaire et en syntaxe obtiendra zéro en dictée. S'il a progressé en syntaxe, mais qu'il fait encore trop de fautes en grammaire, il aura toujours un zéro. Comment peut-il savoir qu'il a progressé ?" Quelle distinction byzantine entre grammaire et syntaxe [cf. PaSiDupes]! Je peux encore distinguer orthographe d'usage et orthographe grammaticale - celle-ci pesant un peu plus lourd que celle-là. Mais entre faute grammaticale et faute syntaxique... C'est ce que les pères maristes qui ont formé le petit Benoît au Sénégal lui ont appris ? J'ai un doute...


Les dangers de l'évaluation sauvage

Vincent Peillon, après avoir annoncé à grand fracas la "refondation" de l'école républicaine, avait accouché d'une souris - les rythmes scolaires. Benoît Hamon, tout en détricotant l'oeuvre (?) de son prédécesseur, enfourche un très vieux cheval pédagogique, que lui ont suggéré de monter ses conseillers issus des deux syndicats qui contrôlent aujourd'hui l'éducation, le SGEN [socialiste] et le SE-Unsa [ex-FEN, de la maternelle au lycée]. Sans compter les associations de parents d'élèves, FCPE et Apel, l'une et l'autre favorables (malgré l'avis contraire de 80 % de leurs adhérents) au grand remplacement des notes par des sourires. Sans compter les plus fainéants des élèves, qui, à l'occasion du bac et du brevet, ont protesté parce qu'ils craignaient que leurs performances soient sous-notées. Tout, tout de suite, et avec du sucre, s'il vous plaît ! Beaucoup de sucre !

Une civilisation qui a cessé de prôner l'effort et le mérite, et la difficulté vaincue, est-elle encore une civilisation ?
La quasi-totalité des élèves, qui n'est pas composée que de feignasses abruties, est favorable au maintien des notes. À vrai dire, les enfants sont férus de classements en tous genres - ils ont la compétition intrinsèque, la comparaison naturelle, et l'évaluation autrement tranchante que leurs enseignants [Dans leur besoin de repères, ils font au fond confiance aux professionnels, si cinglant soit le verdict]. Demandez à une classe de se noter, l'échelle sera terriblement basse. Le seul souci des élèves, lorsqu'on rend des copies, c'est de savoir combien a eu leur copain, histoire de se situer [comme le font d'ailleurs les parents en quête de contre-examen: c'est un souci légitime, que les gosses poussent parfois jusqu'à la caricature.
De surcroît, ils savent bien que si l'on supprime le code chiffré, un autre code se mettra en place. Christian Combaz, dans le Figaro du 24 juin, note avec raison que "le ministre entend supprimer les notes au moment où les caïds commencent pratiquement à les attribuer dans leur groupe. En tout cas, il y a longtemps qu'ils attribuent les corvées à la place des professeurs. On observe en effet un véritable transfert de souveraineté dans cette affaire : les écoliers et lycéens ont substitué, au système d'approbation officiel, que la notation représentait très bien, celui de la réputation qui revient à l'instinct tribal, et au statut de l'individu dans le groupe mafieux." Continuons ainsi : on substituera à un système pédagogique la loi de la rue [l'unique évaluation restera à la tribu et au gang]. C'est sans doute un progrès [que les media qualifieront d' "avancée"].

Au passage, Benoît Hamon se fait étriller par la Pravda du régime - Le Monde, pour ne pas le nommer. Maryline Baumard y épingle avec pugnacité l'initiative du ministre, tout occupé, selon elle, à démanteler l'oeuvre (?) de son prédécesseur. Un jour les notes, et demain, les ABCD de l'égalité, auxquels elle tient particulièrement. Autant d'aliments pour les réactionnaires et autres "blouses grises" dont je suis probablement. La suppression des notes ferait-elle partie de ce plan, si souvent commenté ici même, qui vise à renforcer les conservatismes jusqu'à la caricature afin de provoquer, à l'horizon 2017, un affrontement gauche/extrême droite ? Qui me souffle que la gauche arrivera troisième, en 2017 ?


Interdiction stalinienne des "mauvaises notes"

Dans la grande gabegie occidentale,
l'idée de Benoît Hamon ne lui est même pas personnelle. Le Québec vient d'interdire les mauvaises notes, ce que le sociologue Mathieu Bock-Côté analyse avec justesse : "Comment ne pas y voir une tricherie monumentale, une dissimulation massive et un travestissement honteux de la réalité ? Comment ne pas y voir un autre indice du décalage entre des institutions publiques entretenant la fiction de leur réussite et une réalité qui leur échappe et qui finit par percer de partout ? Plusieurs ont le sentiment que l'État contemporain travaille souvent à occulter une part importante du réel, comme s'il devait entretenir la fiction d'une société qui progresse, sans quoi il serait obligé de se questionner sur les fondements idéologiques des grandes transformations qu'il pilote depuis près d'un demi-siècle. Les statistiques publiques révèlent autant qu'elles dissimulent la société qu'elles prétendent mettre en scène. Mais le réel filtre ici et là, même si ceux qui le nomment risquent les pires épithètes."

Qui ne comprend en effet que les promoteurs de ce nouvel ordre pédagogique font le lit d'un ordre nouveau qui ne fera pas dans la demi-mesure ? Cette question de l'évaluation, qui pourrait paraître anecdotique (les ministres passent, les profs demeurent - et la force d'inertie des enseignants face aux consignes officielles est considérable), est révélatrice d'un mode global de fonctionnement : lorsque la réalité vous déplaît ou vous dépasse, cassez le thermomètre ou tuez le messager. Mais cela ne change rien à la réalité. Si la transmission des savoirs connaît aujourd'hui une si grave crise, c'est que notre société tout entière ne croit plus à ces savoirs - comme elle ne croit plus en elle-même. La proposition de Benoît Hamon, quand on y pense, est l'un des multiples révélateurs de la perte de confiance en soi, manifestation d'une société en bout de course.

Petite cause, grands effets. L'orthographe n'est pas un combat d'arrière-garde, c'est le noeud même :
lâcher du lest, c'est abandonner le navire. Transmettre les règles d'accord du nom et de l'adjectif, c'est transmettre un système de valeurs ; y renoncer, c'est manifester notre rejet de ces valeurs. La France entière fout le camp, et l'on ne refondera pas l'école sans refonder la cité. Le PS au pouvoir, après l'incurie de la droite (ça y est, vous avez compris que les notions de droite et de gauche étaient inopérantes ?), accentue le délitement tout entier d'une civilisation. Soit nous réagissons - et la réaction sera nécessairement brutale, parce que nous sommes au fond et que seul un grand coup de talon nous ramènera à la surface -, soit nous basculons dans les poubelles de l'Histoire.

vendredi 23 mars 2012

Pour le tueur du djihad, une enseignante tente d'imposer une minute de silence

Les abus de pouvoir de profs mettent en question l'autonomie des établissements


A quels idéologues extrémistes nos enfants sont-ils sacrifiés ?


Une enseignante militante demande une minute de silence pour le tueur
Ce matin, cette fonctionnaire de l'Etat, soumise au devoir de réserve, a voulu abuser de sa position d'autorité pour demander à ses élèves d’observer une minute de silence à la mémoire du terroriste Mohamed Merah, tueur de sept personnes, dont des enfants.
Encore les lycéens ont-ils échappé à une 'marche blanche' pour Mohamed...

Les élèves ont plus de dignité que certains de leurs professeurs

Une partie des élèves de terminale d'un lycée de Rouen, ville socialiste , a quitté la salle de classe juste après le début du cours d’anglais à huit heures. Des élèves mécontents de la demande de leur professeure. Elle a réclamé une minute de silence pour Mohamed Merah ajoutant par ailleurs que le lien entre le jeune homme tué hier dans un assaut du RAID et Al-Qaïda avait été "inventé par les media et Sarko".

16 des 20 élèves (effectifs raisonnables...) de terminale TS2 ont quitté la classe en signe de protestation.

Les délégués de cette classe ont ensuite écrit une lettre au chef de l'établissement pour relater les faits, courrier qu'a publié le site internet de journal Paris-Normandie. L'enseignante " a clairement dit que Mohamed Merah était une victime, que le lien avec Al-Qaïda avait été inventé par les médias et "Sarko". Elle a ajouté qu'il serait possible de faire une minute de silence pour cette "victime" ", ont-il écrit dans ce courrier.

Le lycée est gros établissement de 1.500 élèves, situé près de quartiers sensibles sur les hauteurs de la ville socialiste.



Une minute de silence "condamnée sans réserve" par le ministre de l’Éducation nationale

Luc Chatel, le ministre de l’Education nationale a demandé ce matin au recteur de Rouen de suspendre cette professeure d’anglais d’un lycée de la ville.


Une faute grave de discernement d'une pédagogue dans un contexte d'amalgames permanents

Cette semaine, après la mort de trois élèves et d’un enseignant devant le collège Ozar Hatorah de Toulouse, une minute de silence avait été respectée dans tous les établissements scolaires. Mohamed Merah, l’auteur présumé de cette tuerie et de l’assassinat de trois militaires la semaine dernière a été tué hier lors d’un assaut du RAID après plus de 30 heures de siège.

Dans un communiqué, le ministre a dénoncé un "comportement inqualifiable".
Luc Chatel a demandé au recteur de Rouen de "suspendre immédiatement" l’enseignante. Il a également réclamé une procédure disciplinaire à l’encontre de la professeur d’anglais. "Cet acte isolé ne saurait occulter la dignité dont a fait preuve l’institution scolaire tout au long de la semaine", a précisé le ministre.


Le SGEN-CFDT, syndicat d'enseignants socialistes, se moque des Français
Comme à chaque fois dans les cas de manquement, il déclare le professeur perturbé.
Selon le secrétaire SGEN-CFDT de Haute-Normandie, Pascal Bossuyt, elle était "suivie pyschologiquement" et il ne s'agirait pas "d'un acte politique qui engagerait le syndicat en même temps que son adhérente." Elle a eu une phrase malheureuse dans un contexte particulier et elle a immédiatement regretté ce qu'elle avait dit ", a-t-il assuré, précisant que l'enseignante a " une cinquantaine d'années ".

Omerta du milieu
Ces imprécisions sont ridicules, car on sait qu'elle a 56 ans dont 32 dans l'Education nationale et qu'elle enseigne dans l'établissement depuis 2007.Pour l'heure, en revanche on ignore encore l'identité de l'agresseur (des consciences) est tenue secrète.

Mais alors ce syndicat d'enseignants aurait-il manqué de vigilance et de réactivité dans le soutien de sa consoeur dont il connaissait l'état de fragilité ou tente-t-il de la protéger en la faisant passer pour irresponsable?

Dans l'une et l'autre hypothèse, la communauté scolaire serait défaillante
Elle exposerait en effet les jeunes qui leur sont confiés à des risques majeurs, sans que la question des effectifs puisse être résonnablement invoquée. Mais il est vrai que les Mélenchon, Hollande, Bayrou et Joly ne se sont pas encore distingués aujourd'hui sur le sujet par leurs accusations du système.

Le SNES-FSU, bien que syndicat dominant, ne s'est pas exprimé
Prompt à polémiquer, manifester et bloquer les établissements scolaires, le syndicat gauchiste n'assume pas son idéologie pro-palestinienne.
La FCPE, soumise à la FSU, attend de recevoir les ordres...

La FIDL et l'UNL, organisations lycéennes, n'ont donc rien à dire?

La nébuleuse socialo-communiste tarde beaucoup à hurler son indignation, un exercice dont elle a pourtant une grande pratique.

mercredi 22 avril 2009

Enseignants chercheurs: le Conseil d'Etat valide le décret Pécresse

Désaveu des enseignants-chercheurs militants

Le Conseil d'Etat a validé mardi 21 avril le projet de décret modifiant le statut des enseignants-chercheurs, un des principaux motifs de la contestation universitaire, le mardi 21 avril.
Le projet de loi a donc pu être inscrit à l'ordre du jour du Conseil des ministres du mercredi 22 avril. Malgré cet arbitrage, les opposants continuent à contester et dénoncer un "passage en force". Le premier ministre "fait semblant de croire que tout est réglé dans les universités", a rétorqué Jean-Louis Fournel, président du collectif Sauvons l'université (SLU). Interrogé mercredi matin sur France Inter, François Fillon a souligné le caractère "minoritaire" du mouvement de protestation.

Deux autres décrets ont été également validés par le Conseil d'Etat

Ils doivent être examinés par le Conseil des ministres :
- l'un portant sur le fonctionnement du Conseil national des universités (CNU),
- l'autre réformant les modalités de classement à l'entrée des corps de maîtres de conférences et de professeurs des universités.

Bien que les militants enseignants-chercheurs occultent les nouveaux avantages dont le projet de loi les rend bénéficiaires, ce dernier texte permet d'engager une revalorisation par des augmentations salariales "de 12 % à 25 % en début de carrière", selon le ministère de l'enseignement supérieur et de la recherche. Les étudiants qu'ils envoient en première ligne de la contestation sont-ils au courant?

Rappel des faits

Dévoilée en octobre 2008 par la ministre Valérie Pécresse, puis transmise pour examen au Conseil d'Etat en janvier 2009, la première version du décret a été un des éléments déclencheurs du mouvement universitaire, qui porte aussi sur d'autres sujets comme la réforme de la formation initiale des enseignants du primaire et du secondaire.
Le texte introduit la possibilité de moduler le service des enseignants-chercheurs entre cours, recherche et autres tâches. Certains enseignants-chercheurs n'ont plus vu depuis longtemps un amphi de près. Les chercheurs devront désormais transmettre leur savoir et sortir de leurs labos (s'ils le veulent bien !), dans la logique de la démocratisation de l'enseignement et de l'arrivée massive des bacheliers: plus de 80% des candidats.

Ce projet a été réécrit lors de plusieurs séances de négociation
, la modulation de service devenant impossible "sans l'accord écrit de l'intéressé".
Le Snesup-FSU, syndicat disposant d'une majorité relative parmi les enseignants-chercheurs, n'a pas participé à ces discussions, mais il n'est pas le seul interlocuteur possible. On notera que la FSU fonde sa propagande sur un prétendu refus de dialogue, mais qu'elle se dérobe, tandis que les autres syndicats participent à la concertation. La FSU, relayée par la presse d'opposition, persistera néanmoins à qualifier de reculs les avancées négociées par les syndicats rivaux avec le ministère.

Un projet re-travaillé, sans les enseignants-chercheurs radicaux
  • La FSU laisse les étudiants pour compte
    Le Sne-Sup ne connaît que la stratégie du blocage.

    Il estime que ce décret "exposera les enseignants-chercheurs aux pressions locales et à la concurrence de leurs propres collègues" et que la modulation se traduira inévitablement par l'alourdissement du temps d'enseignement de certains enseignants-chercheurs. Les étudiants ne s'en plaindront pas.Qui débloquera le Sne-Sup?
  • Le "collectif pour la défense de l'université"
    Animé notamment par le juriste Olivier Beaud, il estime que "contrairement aux apparences, l'attaque frontale contre le coeur du métier d'universitaire, son indépendance et sa liberté, n'a pas été désamorcée par la nouvelle rédaction du décret".
  • Le texte a encore été amendé et adopté

    Le projet, que refuse la FSU, a été adopté par le Comité technique paritaire universitaire (CTPU), instance consultative.

  • L'Autonome Sup, syndicat pourtant très engagé dans le mouvement, a approuvé le texte, jugeant qu'il représentait un "compromis acceptable", en particulier du fait que "l'alourdissement" autoritaire du temps d'enseignement ne pouvait être imposé.
  • L'UNSA et le SGEN se sont abstenus, mais sont sur la même ligne.
  • lundi 3 septembre 2007

    Des professeurs sont ‘prêtés’ aux frais de la collectivité

    Le ‘para-scolaire’ et la mutualité sont gourmands en enseignants


    Ce que ne dira pas la Cour des Comptes, constituée de paisibles magistrats aussi intègres que pusillanimes, c’est que les syndicats sont de gros consommateurs de professeurs dans les rectorats, les mutuelles enseignantes et les ‘œuvres’ dites ‘laïques’.

    Les magistrats de la Cour des Comptes soulignent la diversité des situations des fonctionnaires prêtés

    Le maquis des professeurs mis à disposition

    Parmi les enseignants qui ne voient pas d'élèves, la Cour s'est intéressée à ceux qui ont été mis à disposition d'autres institutions. Les magistrats ne cachent pas leur étonnement à la vue des conditions dans lesquelles étaient prêtés ces personnels. On retrouve des professeurs dans des univers très différents : Fondation Jean-Jaurès, associations de parents d'élèves (Peep et FCPE), Association des marais mouillés du Poitevin, chaînes de télévision (TV5), associations culturelles ou sportives (rugby, Association du Québec...), mutuelles comme la MGEN, fondations comme celle de Nicolas Hulot ou encore l'Institut François-Mitterrand et celui du Monde arabe. A titre d’exemples , car la liste est extrêmement incomplète et, pour tout dire, confidentielle !

    La Cour n'a pas été jusqu'à contrôler la réalité de ces emplois ! Les magistrats ont cependant été surpris par la diversité des situations de ces mises à disposition. Certains bénéficiaires ont signé des conventions avec l'Éducation nationale. D'autres, comme la Cité des sciences qui en accueille 47, remboursent rubis sur l'ongle le traitement des fonctionnaires prêtés. Enfin certains employeurs [dont l’identité est pudiquement dissimulée) se voient gratifiés d'une main-d'œuvre gratuite et exonérée de charges sociales. Le rapport relève ainsi le cas d'une association touristique du centre de la France qui emploie un professeur certifié depuis le 1er janvier 2003 et ne débourse pas un sou pour ses compétences. Et combien d’autres abus ?

    Que font les professeurs qui ne sont pas devant leurs élèves

    26 500*

    Enseignants hors secondaires ou hors ministère de l'Éducation nationale

    26 000 dans les Instituts universitaires

    de formation des maîtres, les formations pour adultes, dans les prisons...

    18 000*

    Enseignants non présents dans les classes mais exerçant des activités pédagogiques

    550 en surnombre dans leur discipline

    1 400 enseignants en réadaptation (mi-temps thérapeutique...)

    650 enseignants en réemploi au CNED**

    7 050 en décharge de leurs cours car ils dirigent une école

    4 500 en décharge de leurs cours pour des missions d'animation sportive au sein de leur établissement, ou pour des interventions extérieures ponctuelles...

    500 mis à disposition et prêts de personnel

    3 350 conseillers pédagogiques

    32 000 *

    Enseignants sans classe et sans activité pédagogique

    1 000 remplaçants incapables d'enseigner (non immédiatement disponibles pour un poste par exemple car ils remplissent une mission)

    1 900 en surnombre dans leur discipline

    700 enseignants en réadaptation

    900 mis à disposition

    3 100 enseignants affectés à des fonctions administratives

    1 400 en décharge syndicale (sommes des heures)

    7 800 en décharge statutaire hors animation sportive (des heures de laboratoire, de documentation,

    de préparation diverses)

    1 700 en décharge pour animation sportive

    4 000 en décharge non statutaire

    9 500 remplaçants inoccupés

    21 000*

    Enseignants temporairement hors du système éducatif

    21 000 enseignants en service détaché hors enseignement et en disponibilité

    * Équivalents temps plein

    ** Centre national d'éducation à distance

    Source : Le Figaro, 12/13.03.2005

    Education Nationale : on a perdu des profs !

    Les syndicats d’enseignants doivent les remettre face aux élèves !

    Une note confidentielle de la Cour des comptes juge sévèrement la gestion des professeurs du primaire et du secondaire

    L'équivalent de 32 000 enseignants sans élèves (suite)

    Une note confidentielle remise début février par Philippe Séguin, premier président de la Cour des comptes, à Pierre Méhaignerie, président (UMP) de la commission des finances de l'Assemblée nationale, révèle de coûteux dysfonctionne­ments dans la gestion du personnel enseignant de l'Éducation nationale. Selon les magistrats de la Rue Cambon, l'équivalent du temps de travail de 32 000 professeurs - sur 665 000 - ne sert pas à enseigner.

    Pendant l'année scolaire 2003-2004, l'équivalent de 32 000 postes d'enseignants ont été gaspillés. Des milliers d'heures de cours qui auraient pu être données à des élèves du primaire et du secondaire. C'est le constat d'un rapport de la Cour des comptes que son président, Philippe Séguin, a remis au début du mois de février à celui de la commission des finances de l'Assemblée nationale, Pierre Méhaignerie. Les magistrats de la Rue Cam­bon, qui ont reconstitué l'en­semble du temps de travail perdu, l'estiment à « 32 000 équivalent temps plein d'enseignants sans classe et sans activité pédagogique ». Les magistrats relèvent que « 8% de la ressource enseignante recrutée formée et gérée spécifiquement pour exercer son art au profit des élèves du second degré n'est pas affectée à cette tâche ».

    Ce document de 60 pages a été demandé par Pierre Méhaignerie comme, l'y autorise l'article 58 de la loi organique de 2001. En début d'année, au moment où la loi de finances est appliquée, les députés sont harcelés par des parents hostiles aux ferme-tures de classes. Pierre Méhaignerie voulait un état des lieux des personnels enseignants. Incapables de lui fournir une réponse exhaustive, les magistrats ont recentré leur travail sur une question plus provocante : combien d'enseignants n'exercent pas et pour quelles raisons ?

    Pour l'instant, Pierre Méhaignerie n'a pas publié les critiques de la Cour des comptes. C'est qu'elles risquent d'ajouter de l'huile sur le feu du conflit entre gouvernement et profs. Car le rapport n'épargne personne. « L'administration de l'Éducation nationale reste responsable des choix de gestion par lesquels elle satisfait les besoins objectifs du système (...). Elle seule doit aujourd'hui assurer les dérives éventuelles que cette enquête a pu mettre au jour. Mais il est juste de reconnaître que les principes fondateurs du système éducatif et les enseignants sont souvent les premières causes des contraintes et des coûts de gestion de l'enseignement scolaire », commente la Cour dans son intro­duction.

    L'étude porte sur 803 000 personnes physiques employées dans le premier et le second degré. Les nombreux temps partiels ont obligé les magistrats à convertir cet effectif en 665 000 « équivalent temps plein d'enseignants » (ETP). Il s'agit donc d'une reconstitution artificielle d'emplois de professeurs à partir d'heures de cours. Les 10 000 congés maladie et 5 000 congés maternité mis à part, la Cour considère que 650 000 ETP auraient dû se retrouver devant des élèves. Or, d'après ses calculs, 97 000 sont occupés à d'autres tâches dont le tiers n'ont aucune activité pédagogique...

    A l'échelle du mammouth, ces chiffres peuvent paraître faibles, mais les magistrats pensent le contraire. Car les 32 000 équivalent temps plein non utilisés coûtent 1,5 milliard d'euros au contribuable. Une paille pour le budget de l'Éducation nationale - 70 milliards d'euros -mais qui représente tout de même l'équivalent de la moitié du budget de la Culture.

    Le document de la Cour des comptes révèle la gestion floue des personnels au cours d'une année scolaire. Pour autant, les magistrats ne s'avancent pas sur ce que de-vrait être le modèle idéal. Et pour cause ! La mécanique est extrêmement compliquée. Plus de 800 000 personnes réparties sur l'ensemble du territoire enseignent des dis-ciplines diverses et ne sont pas interchangeables. Les sureffectifs sont donc inévi-tables.

    Il faut des remplaçants en réserve [et en attente] pour pallier les absences. Et on ne peut envoyer au pied levé un professeur de français de Lens prendre une classe dé génie mécanique à Marseille. La Cour évoque des freins « économiques et culturels » à la gestion des effectifs.

    Ces 32 000 enseignants statistiques qui ne sont pas devant des élèves ressortent de catégories très différentes. Ils peuvent être dans l'incapacité temporaire d'enseigner parce qu'ils remplissent une mission ponctuelle ; ils peuvent être en surnombre dans une discipline délaissée comme l'allemand ou la technologie ; ils peuvent être déchargés pour des activités syndicales... Cependant, la Cour a pointé quelques bizarreries : les dispenses pour animation sportive sont loin d'être toutes utilisées, certaines décharges pour préparation de classe, de documentation, ou de laboratoire ne sont suivies d'aucune activité.

    Le gros des troupes de ces professeurs sans élèves est constitué de remplaçants désœuvrés [TZR]. Il s'agit là encore d'une reconstruction mathématique des heures pendant lesquelles ces enseignants ne sont pas sollicités. Dans la réalité, cela signifie que certains travaillent quelques heures, d'autres quelques semaines et d'autres encore - moins nombreux - pas du tout.

    Les magistrats constatent que la gestion de ces pompiers de service est pour le moins acrobatique. Près de 30 % des ETP ne sont jamais mobilisés. Et la Cour observe de nombreuses disparités selon les académies. En Guyane, 94,4 % des remplaçants sont inoccupés, à Nice 40 %, à Poitiers 42,2 %, à Bordeaux 46 %, à Aix et à Marseille 37 %, tandis qu'à Versailles ils sont 18 % et à Rennes seulement 7,7 %. Et la course au soleil ne saurait expliquer à elle seule une gestion dépourvue de rigueur.

    Cette analyse comptable est très politiquement correcte ! Elle ne révèle pas la réalité du terrain, pourtant bien connue, mais qu’il n’est pas possible de publier au risque d’embrasser le milieu scolaire…

    Quel intérêt les syndicats d’enseignants (FSU-SNES, SNIupp, SGEN, UNSA ou SUD-Education) ont-ils à retirer des professeurs aux défavorisés et précaires de France ?

    Les gouvernements successifs craignent de déclencher la colère des syndicats. Le pouvoir politique est-il impuissant face aux syndicats ?

    Quel chantage les syndicats exercent-ils sur les politiques pour qu’ils ferment les yeux sur le gaspillage ?

    A qui profite ce gaspillage, puisque les éducateurs ne craignent pas de nuire aux enfants et de coûter cher à leurs parents ?

    Les Français ont-ils le droit de savoir où va leur argent ?

    Nous progressons dans la connaissance du sujet, mais tout n’est pas dit…