POUR

LA &nbsp LIBERTE &nbsp D' EXPRESSION

Free speech offers latitude but not necessarily license

Affichage des articles dont le libellé est Ledoux B. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Ledoux B. Afficher tous les articles

samedi 30 mars 2019

L'argent du Gabon perçu par Libération met dans une colère noire les salariés du journal

Les prétentieux de Libé ont de gros besoins: ils se sont mis dans une méchante affaire 

Le Parquet National Financier a ouvert une enquête

Résultat de recherche d'images pour "Liberation Joffrin"

Cette enquête préliminaire du PNF porte sur des mouvements de fonds liés à l’organisation par le quotidien d’un forum à Libreville au Gabon, en 2015. La Lettre A, a fait cette révélation mercredi 27 mars : c'est une publication numérique quotidienne consacrée aux actualités politique, économique et médiatique en France. Publiée à Paris par le groupe de presse Indigo Publications, elle se donne pour objectif de décrypter les réseaux de pouvoir et d'en dévoiler les coulisses.

La direction de Libération prise le doigt dans le pot de confiture
La rédaction du quotidien des hommes d'affaires Bruno Ledoux, propriétaire du siège du journal, et Patrick Drahi, président-fondateur du consortium (luxembourgeois!) Altice (Groupe l'Express, dont L'Express, L'Expansion, L'Etudiant, mais aussi BFM ou Free) a convoqué une réunion de crise dès le matin du mercredi 27 mars pour l'après-midi passée en assemblée générale portant sur des mouvements de fonds liés à l’organisation par le quotidien d’un forum au Gabon, en 2015. Ce forum visait à associer Libération à un plan de communication d’Ali Bongo, "pour redorer son blason", selon Laurent Mauduit (Mediapart).
Le producteur de cinéma (financeur de films encensés par Libération, le Groupe L'Express et BFM) Bruno Ledoux, héritier de la Société minière et métallurgique de Peñarroya (Metaleurop), est président du conseil de surveillance du journal et son ex-femme est la suppléante de Gilles Le Gendre (LREM) et actuel cornaque des députés soumis du parti du président dans la deuxième circonscription de Paris, rive gauche (parties des 5e, 6e et 7e arrondissements riveraines de la Seine)..
Et, fait exceptionnel, mais mineur, Laurent Joffrin, le directeur de la publication, en première ligne et fusible usager de 66 ans, n’a pas publié sa chronique quotidienne. Il a perdu de sa sérénité de vieux bonze boudeur et susceptible.

Résultat de recherche d'images pour "Pierre Fraidenraich et Evelyne Diatta-Accrombessi"
Selon la lettre spécialisée, L. Joffrin (ci-dessus à gauche) et l’ancien directeur opérationnel Pierre Fraidenraich (ci-dessus à droite), qui a démissionné jeudi, à la suite de ces révélations, de son poste de directeur général de la chaîne BFM Business, ont été entendus par les enquêteurs. Ces derniers travaillent sur des pistes d’éventuels faits de blanchiments, de surfacturations et de détournements de fonds.
Ce forum tombait à point nommé, alors que le journal, racheté par l’homme d’affaires boulimique mais endetté Patrick Drahi, restait en difficulté. En 2015, Libération connaissait des "problèmes de trésorerie" avérés : le journal avait bouclé l'année avec un résultat net négatif de 3,2 millions d'euros. Situé à l'extrême gauche lors de sa création, le journal bénéficie aujourd'hui de subventions de la part de l'Etat français des contribuables français.

La justice soupçonne que le contrat initial est entaché par des irrégularités et des montages financiers offshore suspects. 

Résultat de recherche d'images pour "Macron et president du Gabon"
Depuis plus d'un an, les présidents autoritaires Macron et Ali Bongo opèrent un rapprochement entre Paris et Libreville 
Libération aurait accepté ce contrat de 3,5 millions d’euros passé dans le dos de la rédaction et versé pars les autorités gabonaises  pour l’organisation de ce forum
Résultat de recherche d'images pour "Liberation Joffrin"
Durant l’assemblée générale, Joffrin a reconnu  avoir "vaguement" entendu parler, de par sa position, mais sans "être au courant", d’un tel contrat, ne l’ayant jamais vu. L’idée du forum est venue de Pierre Fraidenraich, un ancien du Groupe Canal+, racontent plusieurs sources anonymes, qu'il serait temps de vérifier: le service 'CheckNews' de Libération ne se flatte-t-il pas d'avoir déjà "répondu à 3068 questions" ?

Des combines frauduleuses pour maintenir les niveaux de salaires et le train de vie du journal.
Le contrat a donné lieu, pour Libération, à un versement de 450.000 euros, "en accord avec la société des journalistes et personnels de Libération", somme qui a fait réaliser au journal un profit minime", racontent deux cogérants, Clément Delpirou et Laurent Joffrin

L'essentiel de la somme - 3 millions - a été versé à la société mère du quotidien, en 2015, sa holding PMP (société Presse Media Participations), alors majoritaire dans le capital du journal. Pour les deux cogérants, ces fonds "ont servi à combler le déficit du journal".

Les salariés étudient une motion de défiance contre la direction.

Ali Bongo Ondimba sur les marches de l'Elysée, sous la présidence de François Hollande
lors d'une visite officielle en France, en 
septembre 2015
Hautement politisés, les journalistes et salariés ont également publié un texte mercredi, rappelant s’être opposés à l’organisation d’un tel forum "dans un pays non démocratique et à son financement par un régime autoritaire et opaque". Ils avaient obtenu la présence d’ONG (Transparency International et Reporters sans frontières, RSF) et d’opposants intérieurs au régime, ainsi que la promesse que le journal n’en tirerait aucun bénéfice.

Résultat de recherche d'images pour "Liberation Joffrin"
Est-ce encore vrai ?
Quatre ans plus tard, ils constatent que les promesses n’ont pas été tenues. Selon les cogérants, l’enquête diligentée en interne a révélé que 450.000 euros de commissions ont été versés à "un intermédiaire". Selon plusieurs sources, il s’agit de Nadine Diatta, une Sénégalaise, directrice de l'agence de communication N2D Conseil International, très bien introduite au palais présidentiel de Libreville : elle est la sœur d’Evelyne Diatta-Accrombessi, épouse de Maixent Accrombessi, un homme d’affaires béninois, ami et directeur du cabinet du président gabonais Ali Bongo Ondimba jusqu’en 2016.
Mis en examen l’année suivante en France pour "corruption" et "blanchiment en bande organisée",  Maixent Accrombessi a été écarté du premier cercle du pouvoir, même s’il conserve le titre de "haut représentant" d’Ali Bongo. Contactée, Nadine Diatta minimise son rôle dans le forum et ne souhaite pas s’exprimer. 
La France de Jupiter fait également une large part aux conseillers et élus issus de la "société civile". 

Le groupe BFM éclaboussé avec les époux Fraidenraich

Tous à Libération disent découvrir, effarés, un autre fait révélé par l'enquête : les "intérêts personnels d’un manageur de l’époque avec les milieux d’affaires gabonais", selon la cogérance. En effet, des documents du cabinet d’avocats panaméen Mossack Fonseca, au cœur du scandale des 'Panama Papers' – révélé par le Consortium international de journalistes d’investigation dont Le Monde est partenaire –, montrent que la société familiale de Pierre Fraidenraich, 'Dino Jo' (active depuis 7 ans, implantée à Paris 16e et présidée par son épouse, Marie-Amélie Fraidenraich, 49 ans), avait investi, en janvier 2015, dans la chaîne de télévision de divertissement fondée par Evelyne Diatta-AccrombessiEDAN 
Résultat de recherche d'images pour "Evelyne Diatta-Accrombessi"(acronyme de Evelyne Diatta-Accrombessi Network), une chaîne de télévision financée à hauteur de 5 millions d'investissement par le groupement de partenaires africains et européens et diffusée sur Canal+ (filiale du groupe Vivendi détenu par Bolloré) et sur CanalSat, lancée le 24 mars.

N’était-ce pas un conflit d’intérêts évident ? 
Contacté, M. Fraidenraich, nommé à la direction opérationnelle du journal Libération en mars 2014 mais qui est DG de BFM Business depuis juillet 2016, ne répond pas. "Cette participation a été depuis cédée sans aucune contrepartie que ce soit. Je n’ai jamais perçu la moindre rémunération ni touché de dividende d’EDAN"a-t-il déclaré à la Lettre A. Or, en 2015, EDAN a rémunéré la société de Nadine Diatta pour des prestations diverses. 
Les salariés de Libération devaient se retrouver jeudi à 13 heures pour débattre d’une éventuelle motion de défiance.

Le même jour, le directeur général de BFM Business, Pierre Fraidenraich, a donné sa démission. 
Pierre Fraidenraich a annoncé son départ après des révélations sur les conditions de l’organisation du forum de 'Libération' au Gabon, lorsqu’il en était directeur opérationnel. 
Résultat de recherche d'images pour "Macron a Las Vegas"Une espèce de levée de fonds qui rappelle l'opération du candidat Macron à Las Vegas, par l'entremise de Muriel Pénicaud, alors directrice de l'organisme public Business France, lors du Consumer Electronics Show dans le Nevada), le 7 janvier 2016.

jeudi 1 octobre 2015

Charlie Hebdo quitte Libération pour des locaux hautement sécurisés

Charlie Hebdo a quitté mardi son hébergement au siège du quotidien Libération

Les anarcho-révolutionnaires de Charlie hebdo ont payé un lourd tribut pour leurs provocations

Depuis l'attentat commis par des djihadistes français qui a décimé sa rédaction en janvier, il s'est écoulé neuf mois pendant lesquels le quotidien "libéral-libertaire" Libération, propriété des hommes d'affaires socialistes Bruno Ledoux et Patrick Drahi, hébergé la rédaction. 
Les "survivants" de l'hebdomadaire satirique libertaire avaient été accueillis dans le IIIe arrondissement  en signe de solidarité deux jours après l'attaque du 7 janvier qui a coûté la vie à 12 personnes, dont cinq des dessinateurs de Charlie (Charb, Cabu, Honoré, Tignous, Wolinski). 

Ses nouveaux locaux sont situés dans le XIIIe arrondissement parisien

Le déménagement s'est déroulé à la rentrée dans des bureaux ultra-sécurisés. Ces bureaux comprendront une pièce blindée (panic room) et un système de cybsécurité, indique Riss. 
Charlie Hebdo appartient à trois actionnaires : Charb, qui est mort dans l'attentat du 7 janvier (40 %), Riss (40 %) et Éric Portheault (20 %). Mais, malgré l'aubaine du mouvement de solidarité déclenché par l'émotion suscitée par la tuerie et des finances surabondantes, la direction du journal ne retrouve pas son équilibre et l'implosion menace.

En mars dernier, les 15 employés salariés de Charlie Hebdo avaient demandé le statut d'actionnaires à parts égales. Avant l'attentat, l'hebdomadaire se trouvait dans une situation financière précaire, presque au bord de la faillite. Depuis, les ventes atteignent des records (120.000 exemplaires par numéro), et les dons de particuliers affluent, se comptant en millions d'euros. Le journal compte aussi 220.000 abonnés. Ces chiffres paraissent pourtant gonflés et diffèrent de ceux indiqués ci-dessous...

La répartition de l'actionnariat sera révisée en septembre.
D'autres employés recevront de "vraies actions", selon Riss, mais il ne précise pas lesquels, ni comment la répartition s'appliquera. Le journaliste Laurent Léger a indiqué que les discussions entre la direction et les employés se déroulent de manière " plutôt saine" et qu'elles "progressent pas mal".

Après le dessinateur Luz, c'est à son tour l'urgentiste Patrick Pelloux qui a décidé de quitter l'hebdomadaire samedi. Leurs départs risquent de compliquer un peu plus la reconstruction de l'hebdomadaire. Malgré un avenir financier dégagé grâce aux nouveaux abonnements, dons et aides publiques (100.000 exemplaires vendus, 210.000 abonnés), mais un reflux annoncé, la rédaction a été la proie ces derniers mois de tensions internes. 
En attendant de dégager une ligne éditoriale consensuelle, la direction de Charlie Hebdo avait annoncé en juillet de nombreux changements, dont un toilettage de la maquette et son site Internet, revampé.

vendredi 8 mai 2015

Flèches contre Emmanuel Todd, contestataire de "l'esprit du 11 janvier"

Le 11 janvier est "un tour de passe-passe", mais interdiction de le dire

Débat sur l’après-Charlie du rôle de la gauche, du FN et de la xénophobie

Emmanuel Todd, pessimiste revendiqué, et Laurent Joffrin, optimiste mou, opposent leurs arguments. L'un et l'autre se revendiquent de gauche, ont voté pour François Hollande en 2012 et se disent donc plus tolérants, républicains et démocrates que quiconque, mais ne peuvent pas "se piffer" depuis presque trente ans. Tout ou presque les sépare. 
Pourfendeur de la pensée unique de gauche, à la fois pro-européenne, libérale et laïque, Emmanuel Todd a toujours cultivé son statut de mouton noir de  sa famille politique d’origine. Il dénonce en bloc le traité de Maastricht (1992), le référendum pour la Constitution européenne (2005), la fracture du Parti socialiste avec les classes populaires, et sa contribution à l’émergence du Front national. Avec son dernier ouvrage, Qui est Charlie ? (Seuil), ce défenseur de la sortie de l’euro persiste dans son rôle de brebis galeuse, en analysant les défilés du 11 janvier comme une "manifestation d’exclusion" islamophobe des musulmans considérés comme un nouveau prolétariat. 
Laurent Joffrin défend des thèses diamétralement opposées. Directeur errant de tous les organes de presse de gauche, tant qu'ils ont de l'argent (Libération est tombé aux mains de Bruno Ledoux, héritier Penarroya et co-producteur du premier film de Maïwenn) et de Patrick Drahi, L’Express, L’Expansion et Numéricable, SFR, etc), Mouchard-Joffrin est à la tête de la rédaction de Libération depuis le printemps 2014 et par ailleurs auteur du Réveil français (Stock). Au lendemain des attentats meurtriers de Paris par des djihadistes français, Libération a fait sa pub en accueillant les rescapés de Charlie hebdo, le journal anarcho-révolutionnaire.

Libération : Après le 11 janvier, Libération titre "Nous sommes un peuple", et Laurent Joffrin son édito "Un élan magnifique"

Emmanuel Todd : C’est contre ça que mon livre a été écrit. J’ai vécu ce moment d’unanimité apparent, relayé par les médias, comme un flash totalitaire. C’est le seul moment de ma vie où j’ai eu l’impression que ce n’était pas possible de parler en France. C’était paradoxal puisque tout le monde était en train de se gargariser du mot "liberté", et pour la première fois de ma vie, j’ai eu peur de m’exprimer. C’est vrai que la situation était compliquée. C’était une énorme manifestation. Impossible de ne pas prendre au sérieux 4 millions de personnes dans la rue, des gens qui avaient de bonnes têtes, qui étaient sympas, qui formellement ne disaient rien d’horrible. 
Je me suis dit que la seule façon de démonter cette image d’unanimité, c’était de faire un véritable travail d’enquête sociologique. J’ai calculé des intensités de manifestations par ville. J’ai fait des cartes. J’ai rapporté cela à d’autres variables, notamment la proportion de cadres et professions intellectuelles supérieures et aussi la carte des empreintes et pratiques religieuses. Ce que je constate, ce jour-là, c’est une surmobilisation des catégories moyennes et supérieures de la société, et en particulier de la partie de la France qui est de tradition catholique. Les régions qui étaient censées se battre pour le respect de la liberté de conscience, de la liberté d’expression et de la laïcité, sont les régions qui, dans toute l’histoire de France, ont combattu la laïcité. Pour moi, il y a une escroquerie fondamentale dans ce qui s’est passé le 11 janvier, un tour de passe-passe, qui n’était pas conscient chez les acteurs. La simple exclusion du Front national de la manifestation allait signer l’absence des ouvriers. Ce que j’ai constaté, c’est le contraire de l’unanimité.

Laurent Joffrin : Si l’on excepte le chapitre sur l’immigration, je suis en désaccord avec tout le livre d’Emmanuel Todd. Le 11 janvier est la plus grande manifestation qu’on ait connue en France. Bien sûr, tout le monde n’y était pas ; on l’a dit, on l’a écrit. Certains l’ont dit eux-mêmes, comme Le Pen : "Je suis Charlie Martel" ; c’est une formule. Une partie des jeunes de banlieue ne sont pas venus non plus. Ils étaient choqués par le fait qu’on attaque le Prophète, ce qui est légitime et compréhensible. Mais 3 ou 4 millions, cela fait quand même beaucoup de monde. J’en ai déduit que la culture républicaine, en tout cas s’il s’agit de la liberté d’expression, était largement majoritaire en France ; qu’elle est précieuse à tout le monde, presque tout le monde, quelle que soit l’origine religieuse, politique, etc. C’est rassurant. Ensuite, l’unanimité s’est faite autour de la liberté d’expression, qui est le contraire de l’unanimisme. Tout le monde était d’accord pour dire qu’on a le droit de ne pas être d’accord. [Joffrin se croit en 1968...] La plupart des gens qui sont venus manifester ne lisaient pas Charlie Hebdo, la plupart des gens qui sont venus manifester pouvaient être choqués par tel ou tel aspect de ce qu’il y avait dans Charlie Hebdo, y compris des musulmans, des catholiques ou d’anciens catholiques. On a été unanimes pour dire : "On a le droit de ne pas être unanime."

Islamophobie ?
Deuxièmement, la manifestation a été tout sauf antimusulmane. Au contraire, elle était fraternelle [ou plutôt émotionnelle]. Son message était clair : "On fait tous partie (même si c’est en partie faux) [sic] de la même communauté nationale, qui est républicaine" et "ce sont les valeurs républicaines qui nous tiennent ensemble" [qui n'a pas tardé  à se déliter !], et non pas telle ou telle opinion politique, telle ou telle croyance. C’est la république qui est le cœur de l’affaire. [Et si c'était la compassion?] 

E.T. : On démarre dans un débat qui tourne en rond, parce que Laurent a réexposé toute l’autosatisfaction des gens qui ont manifesté, l’unanimité de la classe médiatique. Il ne suffit pas, pour un sociologue et un statisticien, de répéter comme avec un moulin à prières tibétain "nous étions 4 millions". Les Français sont 65 millions. Je fais une analyse statistique…

L.J. : C’est la critique fondamentale que je porte à votre livre : je ne pense pas que les structures anciennes de la religion ou de la famille déterminent à ce point les comportements. Elles jouent un rôle, bien sûr, elles ont une influence diffuse. Mais elles ne déterminent pas mécaniquement la vie politique. Il y a bien d’autres facteurs : le taux de chômage, le taux d’immigration, la composition sociologique. Et les mythes politiques qui ont une autonomie, qui influent par eux-mêmes sur les comportements. Vous faites une sociologie purement déterministe. Je n’y crois pas.

E.T. : Ce que vous dites ne présente rigoureusement aucun intérêt, parce que tout le monde l’a dit mille fois. Je ne suis pas un idéologue, je suis un chercheur empiriste et je dis : 4 millions, ce n’est pas tout le monde. Quand on entre dans le détail, on trouve tout à fait autre chose. Je m’excuse, mais lorsque vous dites un truc du genre : "Cela ne tient pas debout, l’analyse anthropologique et ces trucs sur la sphère familiale", vous êtes un facho, là !

L.J. : Parce que je conteste la causalité simpliste que vous décrivez…

E.T. : Alors démontrez que les cartes sont fausses ! Démontrez que les coefficients de corrélation sont pourris !

L.J. : Ils me paraissent bizarres, oui. Je conteste la méthode.

QUELLE RÉPUBLIQUE ?
Pourquoi, Emmanuel Todd, parlez-vous d’une "néo-république" à propos du 11 janvier, alors que Laurent Joffrin y voit tout simplement la république ?

E.T. : La république au sens où on l’entendait, c’était un système censé être pour tout le monde. C’était associé à l’idée de suffrage universel, d’une gestion en tout cas, pour la république sociale d’après-guerre, de l’économie dans l’intérêt de l’ensemble de la population. C’était une république à laquelle les ouvriers et les paysans participaient. Maintenant, ce que j’appelle la néo-république, c’est l’appropriation de tout ce bagage historique prodigieux de la France par une moitié de la société seulement, c’est-à-dire les classes moyennes et supérieures. Ce que la manifestation du 11 janvier, dans sa structure, exprimait, c’était en fait une république d’exclusion. Les milieux populaires n’étaient pas là. Les gosses des banlieues, les gosses d’origine immigrée n’étaient pas là. Laurent Joffrin nous dit : "Nous défendions la liberté, c’était merveilleux." Mais qu’on ne me raconte pas que blasphémer sur la religion d’un groupe dominé est super classe, parce que la vérité, c’est que les musulmans en France, c’est 5% des gens, principalement en bas de la société !

L.J. : C’est faux. Charlie Hebdo n’est pas du tout antimusulman. Ils sont antireligieux, ce n’est pas la même chose. Dans Charlie, le nombre de couvertures ou de dessins dirigés contre la religion catholique est au moins égal, sinon supérieur, au nombre de caricatures et de couvertures dirigées contre l’islam. Elles sont d’ailleurs dirigées contre les terroristes et contre les intégristes, ce qui n’est pas la même chose. Du coup, les gens qui manifestent pour Charlie Hebdo ne peuvent pas être assimilés à des gens qui, même par contagion, seraient anti-musulmans [islamophobes?]. 
Ils sont pour une cohabitation aussi harmonieuse que possible, en tout cas pacifique, entre les différentes religions. On ne peut pas les accuser d’être, même inconsciemment, même s’ils sont influencés par des structures subreptices, hostiles aux musulmans. Au contraire, ce sont des gens peut-être plus éduqués que la moyenne des Français, c’est possible - c’est peut-être aussi pour cela qu’ils ont une culture républicaine historique supérieure - qui savent ce que c’est qu’une intolérance ethnique ou raciale ou religieuse. Donc ils disent : "Plus jamais cela."

QUELLE GAUCHE ?
Dans votre dénonciation de l’hostilité à l’islam [islamophobie], vous accusez carrément le PS d’être un parti xénophobe…

E.T. : J’ai soutenu François Hollande. J’ai toujours été un électeur de gauche, mais plutôt dans la tradition communiste. Le comportement objectif du PS, ce sont ses choix de politiques économiques depuis 1983 : c’est la politique du franc fort, c’est l’alignement sur des modes de gestion de type allemand inadaptés pour la société française qui fait un tiers d’enfants de plus, c’est la monnaie unique, c’est l’acceptation d’un taux de chômage de 10%. C’est la promotion, la perpétuation et l’obstination dans des politiques économiques qui vont détruire la classe ouvrière française en général. N’oublions pas les Français de souche des milieux populaires, mais aussi, spécifiquement, les plus faibles, les derniers arrivés, ceux qui sont le moins protégés par leurs réseaux familiaux et de parenté [mais par notre système préférentiel de protection sociale]: ce sont les enfants d’immigrés. Ce que j’appelle "xénophobie objective", c’est une xénophobie qui n’a pas conscience d’elle-même.

Dessin de bon aloi dans la rue;
"Les Prêtres", interdits dans le métro
Evidemment, les socialistes pensent être du bon côté ; que les méchants, ce sont Estrosi, Copé, le FN, etc. Mais la vérité, c’est que leur attachement à une politique économique qui échoue et qui n’en finit pas d’échouer trahit leurs valeurs latentes. L’idéal d’égalité des hommes, la protection authentique des gosses d’immigrés dans les banlieues, comme des ouvriers français, est non-sincère, et la valeur qui domine dans leur tréfonds subconscient et inconscient est une valeur d’inégalité
En fait, ce qui s’est passé depuis trente ans, c’est que le catholicisme ou, plutôt, les valeurs sociales latentes du catholicisme (les valeurs d’autorité, d’inégalité, de différenciation humaine), ce que j’appelle dans le livre le "catholicisme zombie", ont conquis la gauche.
Une fois qu’on a compris ça, on peut commencer à réfléchir utilement au Front national et à comprendre qu’il n’est qu’un effet de ce mouvement d’ensemble, et pourquoi le FN, ce parti xénophobe et arabophobe, se retrouve de plus en plus implanté dans les vieilles régions libérales égalitaires françaises.

L. Joffrin. : Ce n’est pas le Parti socialiste qui a créé l’inégalité [!], c’est la mondialisation et l’économie de marché mondialisée. On peut reprocher aux socialistes ou aux sociaux-démocrates de ne pas avoir lutté avec suffisamment d’énergie contre l’inégalité, mais ce n’est pas eux qui l’ont créée. C’est purement polémique de dire cela. Les socialistes pensent, peut-être à tort, que le fait de passer un compromis avec le patronat permettra de relancer l’économie et de réduire le chômage. Cela marche mal pour l’instant, ou pas du tout, en France. Cela a marché dans d’autres pays. Tout cela n’a rien à voir avec leur origine catholique supposée. Quant à imputer la crise à Maastricht et à la monnaie unique, c’est d’un simplisme confondant. On peut le dire pour certains pays qui sont en position de faiblesse, mais c’est faux pour d’autres. Certains pays qui sont dans la zone euro ont un taux de chômage très faible. Prenez aussi le Danemark et la Suède, pays proches à tous égards… L’un est dans l’euro et l’autre non. Comment expliquer qu’ils ont à peu près le même taux de chômage et un système social extrêmement protecteur tous les deux ?

E.Todd. : La France est le seul des pays très avancés historiquement qui accepte de vivre avec 10% de chômage. [Hollande a-t-il les oreilles qui tintent? Pensez-vous!] C’est très spécifique de la France. C’est la promotion, la perpétuation et l’obstination dans des politiques économiques qui vont détruire la classe ouvrière française en général. Alors faites une pétition pour sortir de l’euro ! Cessez d’être résigné ! Libérez-nous !

L.J. : Donc, selon vous, c’est l’euro qui crée le chômage ?

E.T. : Le taux de chômage de la France à 10%, oui.

L.J. : Sortir de l’euro ne résoudra rien.

E.T. : Si vous le dites… C’est votre religion.

CRISE EXISTENTIELLE
Selon vous, Emmanuel Todd, la France traverse une crise existentielle, une espèce de grande dépression spirituelle du fait du retrait du catholicisme, et ce vide est notamment comblé par la recherche d’un bouc émissaire, en l’occurrence l’islam…

L.J. : Je ne pense pas que la fin de la religion crée un vide existentiel. Je ne pense pas que la religion soit la seule manière de remplir le vide existentiel. Je pense que les citoyens se réfèrent à des valeurs non religieuses, républicaines, laïques et que cela remplit leur vide "existentiel". On dit qu’il y a un vide depuis 1789, depuis qu’on a répudié les traditions et qu’on a rompu avec certains aspects de l’Eglise catholique ou avec la hiérarchie catholique. On nous explique que les gens ne savent plus où ils habitent, qu’ils n’ont plus de valeurs, qu’ils ne croient plus à rien, etc. C’est complètement faux. La manifestation du 11 janvier l’a montré, comme toute l’histoire du XIXe siècle et du XXe siècle. La démocratie est un système imparfait. Il est donc en crise par définition. On n’a jamais vu de démocratie qui ne soit pas en crise. Mais, contrairement à ce que vous affirmez, les sociétés individualistes gardent des valeurs collectives. Elles se sont manifesté le 11 janvier.

E.T. : Je suis personnellement un sceptique religieux, je n’ai pas de problème avec la religion. J’essaie de démontrer dans le bouquin que dans les trente dernières années, on a vécu l’effondrement de ce catholicisme de résistance qui structurait une partie de la société. On vient enfin d’atteindre une situation de vide religieux complet ! Cela n’a jamais existé dans l’histoire de France. Je dis de façon répétitive : "Il faut prendre la religion au sérieux, surtout quand elle disparaît." Lorsque la religion disparaît, il y a des phénomènes de vide, des problèmes de substitution, des phénomènes de violence. On en est là ! Comme par hasard, c’est le moment où plus personne ne croit et où tout le monde devient obsédé par la religion. On est obsédé par l’islam… Finalement, il y a une sorte d’inconscient collectif qui cherche dans l’islam un substitut du catholicisme qui ne peut plus servir. Mais c’est complètement fantasmé, car les indicateurs de pratique religieuse du monde musulman, difficiles à mesurer, sont beaucoup plus faibles que ce qui existait dans les provinces catholiques d’autrefois.

Pour vous, c’est l’islamophobie qui renforce l’antisémitisme ?

E.T. : Si je cherche dans mon irrationnel profond, ce qui me rend vraiment inquiet sur le sort du pays, c’est la renaissance de l’antisémitisme, parce que cela me renvoie à l’histoire de ma famille, et je ne pensais pas que c’était possible. J’accepte maintenant l’antisémitisme de pas mal de gosses arabes des banlieues comme un fait sociologique dont il faut tenir compte. Cela a été difficile pour moi. Mais c’est logique : la montée d’une passion religieuse islamophobe, dirigée contre une minorité, ne peut que raviver, inévitablement, toutes les passions religieuses et finalement cibler la religion des autres minorités, conduire donc à l’antisémitisme. C’est ce qui se passe.

Mais il existe plusieurs types d’antisémitisme. Le vieil antisémitisme, catholique, bourgeois, différentialiste, ciblait des juifs assimilés auxquels on reprochait d’être différents, malgré les apparences. Il y a aussi un antisémitisme que j’appelle égalitaire, universaliste, qui fonctionne selon une logique complètement inverse. Là, ce qui est reproché aux juifs, ce n’est pas de vouloir devenir comme vous, c’est de vouloir rester différents. C’est celui que subissent les juifs pratiquants dans les banlieues, et il est peut-être aussi typique de la France du Bassin parisien que de l’islam. La France est formidable avec ce concept d’homme universel. Mais être universaliste, pour un anthropologue, c’est penser que les gens sont les mêmes partout. Si les immigrés qui arrivent sont raisonnablement les mêmes, super, on se mélange tout de suite, et on a les sociétés les plus ouvertes qui existent. La France, c’est cela, pour une bonne part. Dans mon village du Midi, quand j’étais enfant, je n’avais même pas compris qu’il y avait des gosses d’origine italienne et des gosses d’origine provençale [mêmes religion et culture], parce que c’est le même système culturel. Mais si vous voyez arriver des hommes qui ont visiblement un système de mœurs différent, votre système a priori va être mis sous tension tant qu’ils ne seront pas complètement assimilés [est-ce l'objectif des communautaristes?], et vous avez la possibilité, théorique et pratique, d’un autre type de xénophobie, que j’appelle xénophobie universaliste. Je crois que c’est très important pour comprendre une chose comme le Front national. Il faut essayer de comprendre que ce qu’on appelle le racisme ou la xénophobie des prolos du Front national, ou même des petits commerçants du Midi, n’est pas la même chose que le racisme, l’antisémitisme ou la xénophobie de la bourgeoisie catholique.

L.J. : La distinction que vous faites me paraît oiseuse. L’universalisme ne veut pas dire que les hommes sont tous pareils. Ils sont très différents mais quelque chose les relie. Ils ont des cultures, coutumes et croyances différentes. Mais leur humanité les réunit. C’est pour cela que Jaurès a appelé son journal l’Humanité.

E.T. : Ce sont les cultures qui sont différentes, pas les gens. [Nuance!] Je suis un universaliste, ce qui n’est pas votre cas, vous êtes un différentialiste.

L.J. : En aucune manière ! Pour un universaliste comme moi, les hommes sont différents mais égaux en droit. Pour un différentialiste, les hommes sont trop différents pour avoir les mêmes droits. C’est la base même de la xénophobie ou du racisme. Donc dire qu’un universaliste est un xénophobe est un oxymore complet. C’est un paradoxe mirobolant, qui n’a pas de sens.

E.T. : En fait, vous n’aimez pas les progrès de la science… Vous avez une attitude antiscientifique. Je ne suis pas le seul à penser que cela existe.

L.J. : Vous êtes plusieurs à vous tromper, voilà tout. Ce concept n’a rien de scientifique. Il a une fonction purement polémique. Il consiste à dire que les antiracistes sont en fait racistes. C’est ridicule.

Emmanuel Todd, qu’est-ce qui vous rend particulièrement pessimiste pour l’avenir de notre pays ?

E.T. : Il y a une forme d’hégémonie d’un bloc socioculturel qu’incarne de façon assez magnifique Laurent Joffrin. Ce que dit ce bouquin, c’est qu’il y a une structure de pouvoirs très puissante à l’œuvre dans la société française. Et comme je suis un scientifique plutôt qu’un idéologue ou un politique [sic], je n’arrive pas à me raconter que cela va changer d’un seul coup. Il n’empêche, mon livre plaide pour une réconciliation des Français. Que Français d’extrême droite et Français musulmans comprennent les problèmes qu’ils partagent et contribuent à la refondation d’une république. Sortons de l’euro et retrouvons nous entre Français de toutes origines pour sortir le pays du bourbier !

L’autre vérité [sic], c’est que le vieillissement de la population française risque d’aggraver les choses. L’âge médian du corps électoral, qui est déjà de 50 ans, augmente de 0,2 à 0,3 an chaque année. On est dans une société non seulement crispée sur ses concepts, non seulement frissonnante d’angoisses religieuses accumulées, mais qui, en plus, continue de vieillir. En 2017, on va devoir encore choisir entre François Hollande, Nicolas Sarkozy et Marine Le Pen : trois grands politiques français qui ont tout foiré et qui ne proposent rien. Seule une société gâteuse peut avoir un système politique comme ça. C’est angoissant et c’est pour ça que je suis pessimiste.

L.J. : Contrairement à ce qu’on dit, l’économie française n’est pas en capilotade. Le drame, c’est le chômage. Ce n’est pas l’économie en général, qui est la sixième du monde, qui est ouverte sur la mondialisation, avec une productivité forte et une main-d’œuvre très qualifiée. Je rejoins Todd sur un point : l’Europe [et non pas la majorité socialiste?] a fait une mauvaise politique, qui a étouffé la croissance. Elle vient d’en changer, mieux vaut tard que jamais [et le libéral-socialisme]. Comme je suis un optimiste, je pense que le redressement viendra à la suite de ce changement de politique.

S’agissant des rapports avec les minorités, c’est le seul chapitre de votre livre avec lequel je suis d’accord : l’intégration est beaucoup plus forte qu’on ne le croit, l’intégration et la fusion des minorités [les attentats islamistes ne sont que des épiphénomènes], notamment la minorité musulmane, qui n’est pas du tout un bloc mais très différente selon les catégories socioprofessionnelles ou les pays d’origine. 
Les citoyens de culture musulmane sont maintenant à 80% intégrés dans la société [quels sont ses critères -scientifiques- d'appréciation?]. Cette idée selon laquelle on va vers une guerre civile contre l’hégémonie musulmane est une idée folle, mais je constate que cette idée folle est légitimée par un certain nombre d’intellectuels qui vivent dans un monde qu’ils ne connaissent pas, qui reprochent à la classe moyenne de ne pas connaître la société, alors que ce sont eux qui la méconnaissent.

Et si on élargit le raisonnement, on constatera que l’idée démocratique, sur le moyen terme, est à l’offensive dans le monde, et que l’intégrisme est une réaction contre l’influence croissante des idées de liberté. C’est ce qui me rend optimiste : les hommes préfèrent finalement décider de leur vie par eux-mêmes plutôt que se soumettre à la tradition, l’Etat, ou je ne sais quel prêtre ou dictateur. Je pense que, in fine, même si c’est un vertige métaphysique, les gens préfèrent être libres. Donc, à terme, à travers toute sorte de convulsions, de reculs et d’avancées, la liberté finira par l’emporter.

E.T. : Dire cela dans un pays qui vient de redécouvrir des phénomènes de xénophobie et d’antisémitisme, cela me laisse sans voix. Votre optimisme n’apaise pas du tout mon inquiétude !

L.J. : C’est typique. Dès que l’on dit : "Vous savez, il y a des éléments positifs", on vous répond "Donc vous pensez que tout va bien".

E.T. :Si j’étais psychiatre, je dirais que vous avez une nature optimiste qui vous fait croire que la liberté progresse. C’est juste l’inverse !

L.J. : Je peux le démontrer par les statistiques.

E.T. : C’est clair que vous êtes plus heureux de vivre que moi, c’est une évidence.

mercredi 17 septembre 2014

Libération se libère d'un salarié sur trois...

Libération va supprimer 93 postes sur les 250 salariés

La direction a dévoilé 
aux salariés un plan de redressement productif du quotidien socialiste Libération
,
annoncé le 14 septembre par Laurent Mouchard-Joffrin, rappelé à la tête de la rédaction par les actionnaires au début juillet dernier. Les actionnaires de référence sont d'une part l'homme d'affaires Bruno Ledoux, proche des banques d'affaires mondiales (Édouard de Rothschild, coactionnaire à égalité avec Bruno Ledoux avec plus de 26% du capital et ancien patron du nouveau ministre de l'économie de Hollande et Valls, Emmanuel Macron) ou ...Lehman Brothers, et d'importants acteurs économiques, tel Vinci,  et marié à Sonia de Maigret, petite-fille du prince Michel Poniatowski, ancien ministre, et d'autre part de Patrick Drahi, autre homme d'affaires et patron du groupe Altice (Numericable), 12e fortune française avec un patrimoine évalué à 6 milliards d'euros, né au Maroc en 1963 mais résident Suisse... Selon Challenges, l'avocat de Patrick Drahi a déclaré que l'actionnaire de Libération à 50% possède exclusivement la nationalité israélienne et qu'il a demandé la perte de sa nationalité française.

En mars dernier, Bruno Ledoux avait injecté 18 millions d'euros en apportant en garantie le siège du journal, rue Béranger à Paris, dont la valeur est estimée à 30 millions d'euros. Lors d'un conseil de surveillance, il n'avait pu que constater qu'il était le seul actionnaire prêt à remettre au pot. "Pour l'instant, je suis le seul disposé à le faire. Aucun partenaire ne s'est manifesté de manière concrète. Les discussions engagées n'ont pas abouti", avoua Bruno Ledoux.

Outre la suppression de 93 postes sur un effectif total de 250 personnes (dont 81 CDI sur 238, soit un tiers) - soit près de ...30% des effectifs, un salarié sur trois - ce plan contient  un changement de tous les contrats de travail

Joffrin et Fraidenraich
Il prévoit de surcroît la suppression de 9 RTT sur 21, un déménagement de la rédaction et une refonte complète du journal et du site autour de six pôles: Pouvoir, Planète monde, Futur, Idées, Culture et Next. 

"Nous allons regarder ce plan avec rigueur et allons entamer une négociation serrée. La révolte ne sert à rien", ajoute Tonino Serafini, délégué syndical SUD et élu au CE, qui est donc le dernier surpris. D'autant que la direction va introduire une clause de non-dénigrement -autant dire qu'il instaure une censure interne- afin d'empêcher les salariés de critiquer leurs actionnaires et leur direction, en représailles de la crise violente qui avait opposé la rédaction à la direction en avril dernier. 

"Il faut absolument remettre le journal en situation d'être indépendant financièrement alors que l'année 2014 s'annonce catastrophique. Nous voulons concilier les ambitions éditoriales et les impératifs économiques", explique François Moulias, le cogérant du groupe Libération. Après le plan, il devrait rester 130 journalistes, contre 180 actuellement, pour faire vivre les sites Internet et le journal papier. Des fonctions support seront même totalement externalisées comme la documentation ou la diffusion.

Concrètement, la direction a élargi la clause de cession à tous les salariés, même non journalistes. Cette clause - qui permet depuis 1935 à tout journaliste de quitter de sa propre initiative une entreprise, tout en percevant les indemnités de licenciement lorsque le journal ou le périodique auquel il collabore est cédé ou change d'actionnaire - est ouverte jusqu'au 30 novembre, et abondée de 12.000 euros, mais uniquement pour ceux qui décident de la prendre avant le 30 septembre. Une mesure incitative, notamment auprès des 34 journalistes de plus de 59 ans dans la rédaction.

Nouveaux contrats de travail

Et aussi une entreprise
en redressement productif
Mi-décembre 2014, la direction présentera aux salariés de nouveaux contrats de travail unifiés, qui spécifient qu'ils devront travailler aussi bien sur le Web, le papier et à terme sur la radio, la vidéo, l'édition ou même les événements. Tous les salariés qui refuseront ce nouveau contrat de travail seront soumis à une procédure de licenciement individuel. En janvier 2015, la direction comptabilisera le nombre de départs "volontaires" (qu'elle espère le plus élevé possible) avant d'ouvrir un plan de départs contraints pour arriver à l'objectif de 93 postes supprimés.

Libération a provisionné environ 10 millions d'euros pour ce plan de licenciements. Elle espère, ensuite, réduire la masse salariale de 8 millions d'euros en année pleine. La direction tentera aussi de renégocier tous les contrats des fournisseurs pour réduire les charges. Mais la grande économie devrait venir du déménagement, envisagé au premier semestre 2015. Il permettrait de réduire de moitié la facture par rapport au loyer de la rue Béranger. La question de savoir si la rédaction reviendra une fois les locaux rénovés reste en suspens.

"Le plan a été dimensionné pour que Libération revienne à l'équilibre dès 2015. Ensuite nous pourrons nous consacrer aux projets de développement", explique Pierre Fraidenraich, directeur général du holding du groupe, venu de Canal+. Après le plan d'austérité interne, Libération espère repartir de l'avant. D'ici à la fin du premier trimestre 2015, le journal devrait lancer une partie payante (paywall) du site, un site vidéo avec des partenaires affiliés, dont le Bondy Blog, mais aussi une nouvelle formule papier. Le groupe compte beaucoup sur la reprise des Forums de Libération dont 5 à 6 sont en préparation pour 2015. Enfin, Libération devrait investir pour relancer les abonnements portés du journal (il y a actuellement 25.000 abonnés au papier), ainsi que les abonnements numériques (11.000 en ce moment).