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samedi 3 juin 2017

Nouvelle manifestation du mépris de Macron, pour les migrants, cette fois

Le président Macron suscite l’indignation avec une plaisanterie sur les Comoriens 

Le président de la République a déclenché un scandale avec une "mauvaise plaisanterie" sur les "kwassa-kwassa"

Le sens de l'humain d'un banquier
Ces frêles embarcations ne servent pas à pêcher, selon lui, mais à "amener du Comorien" à Mayotte. Or, c'est à bord de ces frêles embarcations qu'ont péri de nombreux migrants. Parce ce qu'il n'y voit qu'"un trait d’humour", certes "malheureux qui a pu blesser",  l’Elysée n'envisage pas d’excuses et raconte qu’Emmanuel Macron a "toujours eu une position très claire, faite de fermeté et d’humanité, sur le sujet des migrations dans l’Océan indien, qu’il connaît bien car il s’est rendu à la Réunion et à Mayotte avec des prises de position sur ce problème" - en passant - pendant sa campagne. 

L'entourage du président polémique
"C’est un mauvais procès qui lui est fait quand on connaît ses positions", se défend l’Elysée. Sa visite jeudi au Centre régional de surveillance et de sauvetage atlantique (Cross) d’Étel (Morbihan) a été filmée par le "pool" (en français, l'équipe) de journalistes accrédités, et diffusée vendredi dans l’émission Quotidien de TMC, chaîne de télévision généraliste française d'origine monégasque du Groupe TF1. 
La vidéo montre le chef de l’Etat échangeant avec des officiels, quand l’un d’entre eux évoque différents types d’embarcations: "Il y a des tapouilles et des kwassa-kwassa". "Ah non, c’est à Mayotte, le kwassa-kwassa", objecte alors le président Macron, avant de poursuivre, finement : "Mais le kwassa-kwassa pêche peu, il amène du Comorien, c’est différent". 
Et d'insister : "Les tapouilles, c’est les crevettiers”. Les kwassa-kwassa sont régulièrement utilisés par des migrants de l’archipel indépendant des Comores pour gagner Mayotte, territoire situé à 70 km et devenu le 101e département français en 2011. 
Et de poursuivre le cours : "Rapportée à la population du département, la pression migratoire (y) est sans commune mesure avec l’immigration que connaît la métropole", relevait le député PS Erwann Binet dans un rapport parlementaire mi-2015. La population mahoraise, estimée à 220.000 habitants (chiffres de 2012, que beaucoup, localement, estiment très en-dessous de la réalité), compterait en effet environ 40% d’étrangers.  
L'aide médicale d'Etat (AME) permet aux immigrés en situation irrégulière de bénéficier de soins médicaux gratuits pendant un an (renouvelable). Mais pour en bénéficier, il faut justifier d'une résidence stable en France (y être installé depuis au moins trois mois) et ne pas avoir gagné plus de 9.631 euros [sic] l'année précédente.
Les migrants empruntent ces “kwassa-kwassa”, des embarcations de fortune, pour rallier les côtes mahoraises illégalement. En 2015, il y a eu plus de 19.000 reconduites à la frontière à Mayotte contre environ 20.000 sur le territoire métropolitain. Mais ces traversées occasionnent "entre 7.000 et 10.000 morts depuis 1995" d’après un rapport sénatorial de 2012. Un détail sujet à plaisanterie de Macron.
 
Les humilié(e)s réclament des "excuses publiques"

"Ce n’est pas parce qu’on dit que c’était pour rire qu’on n’a rien dit", a déclaré en Corse le chef de file LR pour les législatives, François Baroin, pour qui ces propos sont "choquants, encore plus quand on est président"Et de nombreux autres responsables ont réagi par tweets. 

"Si Sarkozy président avait prononcé cette phrase face caméra, le tollé aurait été gigantesque. 'Du' comorien [langage désobligeant d'un ..."lettré" passé par hypokhâgne et khâgne au lycée Henri-IV, certes en échec à deux reprises à l'écrit du concours d'entrée de l'École normale supérieure...]. 12.000 morts", s’est indignée l’ex-ministre écologiste Cécile Duflot. 

"Président du groupe d’amitié France-Union des Comores de l’Assemblée nationale, j’invite Emmanuel Macron à régler les problèmes locaux plutôt qu’à en rire", a déclaré le député PS de Seine-Saint-Denis, Daniel Goldberg, membre de la Gauche socialiste (GS), un courant du PS fondé par Jean-Luc Mélenchon et Julien Dray en réaction à "l'ouverture" du gouvernement de Michel Rocard, rejoints par plusieurs personnalités de l'aile gauche du Parti socialiste, notamment Marie-Noëlle Lienemann ou de la LCR comme Gérard Filoche. 

"Choquant, venant d’un président", a déploré Nicolas Dupont-Aignan, ex-candidat Debout la France à la présidentielle;
"indigne", selon le secrétaire national du PCF Pierre Laurent; 
une "blague douteuse", selon la députée européenne LR Nadine Morano; 
"il rabaisse la France", pour le vice-président du FN Florian Philippot. 

Candidat de la France insoumise à la législative dans la 4e circonscription de Marseille, port ouvert sur l'Orient méditerranéen, Jean-Luc Mélenchon a jaugé l'homme, estimant qu’ "il y a quelque chose de conscient chez lui. C’est une sorte de mépris de la classe… [notion marxiste] après ses propos sur les illettré(e)s [de Gad, abattoirs de la filière porcine bretonne], et d’autres encore"
"Il a une manière extrêmement désinvolte de parler de la mort des gens", a-t-il insisté. 
Plus tôt, au cours de son discours au Cours Julien, le leader de la FI a demandé au public d’observer une minute de silence. 

Des acteurs associatifs ont aussi dénoncé les propos du président Macron, "condamnés avec la plus grande fermeté" et qualifiés de "racistes et déshumanisants" selon le Conseil représentatif des Français d’origine comorienne.Nous demandons expressément des excuses publiques du président et qu’il prenne sa responsabilité sur cette tragédie", a demandé le président de cette association, Nassurdine Haidari, élu socialiste de Marseille où il est né en 1998. Selon lui, ces commentaires sont "dignes de la famille Le Pen. Et plus précisément de Jean-Marie Le Pen".
En 2011, excédé par la montée de l’islamophobie et la polémique des prières de rue, Haidari écrivit une tribune dans ...Le Monde, intitulée: "Et bien le musulman, il t’emmerde !". On dirait que Macron le lui rend bien...

dimanche 16 août 2015

Alerte: enlèvement d'enfant à Rennes

Déclenchement d'une alerte à la disparition d’un petit garçon

Le ministère de l’Intérieur a lancé une alerte pour retrouver la victime 

L'opération a été déclenchée ce dimanche matin après la disparition du petit garçon de quatre ans survenue samedi à Rennes (Ille-et-Vilaine). 
Prénommé Rifki, le garçonnet d'origine comorienne a été enlevé samedi vers 14h, place de la mairie à Rennes, selon les autorités. "Il a la peau noire, et les cheveux courts. Il est vêtu d'un pantalon, d'un tee-shirt et d'un blouson, l'ensemble de couleur noire et chaussé de baskets rouges et blanches. Il a une casquette avec une tête de mort. Signe particulier : excroissance sur l'oreille droite", d'après le communiqué du ministère de l'Intérieur.

Un suspect prénommé Ahmed

Le ministère de l'Intérieur a déclenché cette alerte parce qu'il dispose d'éléments lui permettant de croire que le kidnapping du jeune garçon est avéré. De fait, le communiqué des autorités précise qu'un suspect est également activement recherché.
"Le suspect, un certain Ahmed, est de couleur noire, 25 ans environ, 1,70m, corpulence mince, avec les cheveux en crête, vêtu d'un jean avec un dessin de lion sur la poche arrière et la jambe gauche, et d'un blouson marron à manches courtes", toujours selon le communiqué.

Une opération déclenchée 14 fois en dix ans
Comme il est de rigueur dans ce genre d'affaire, les forces de l'ordre incitent les personnes qui auraient des informations à ne pas agir elles-mêmes. 
"Si vous localisez l'enfant ou le suspect, n'intervenez pas vous-mêmes. Appelez immédiatement le 0800.358.335 ou envoyez un courriel à alerte.enlevement@interieur.gouv.fr".

Mis en place en 2006, le dispositif "alerte enlèvement" est déclenché quand il ne s’agit pas d’une simple disparition. 
Depuis sa création, il a été enclenché à 14 reprises (13 en France métropolitaine et une fois sur l’île de la Réunion). A chaque fois, les enfants concernés ont été retrouvés sains et saufs.


jeudi 9 juillet 2015

Les clandestins arrivent en France aussi par Mayotte, dans l'océan indien

A l'exil politique et économique s'ajoute l'exode sanitaire  

La France, terre d'asile du monde entier

Un habitant de l’île de Mayotte sur trois est un étranger en situation irrégulière.
"En un an, la situation s’est terriblement dégradée", explique Michel Rami, un gynécologue obstétricien à la retraite qui assure ponctuellement des remplacements dans l’unique hôpital de Mamoudzou, le chef-lieu de Mayotte, où il a passé un mois en mission. Il décrit une situation de catastrophe sanitaire : "On voit des patients débarquer à Mayotte avec des urgences très graves, des péritonites en choc septique, des grands brûlés surinfectés après une traversée en pirogue de plusieurs heures dans des conditions extrêmement précaires."

Pour franchir les 70 km qui séparent Mayotte d’Anjouan, l’une des trois îles de l’Union des Comores, les passeurs font payer entre 300 et 500 euros pour une traversée en kwasa, une pirogue à moteur, dont les détours visant à éviter les gardes-côtes rallongent d’autant le temps de trajet. "Nous avons eu le cas d’une fille de 11 ans qui est arrivée avec une fracture ouverte depuis plus de trois jours, raconte le médecin. On se retrouve à soigner des pathologies que l’on ne voit plus en Europe dans des délais qui sont inacceptables." 
De même que débarquent en Europe des pathologies oubliées: une polémique s'est développée dans la région de Nice sur de prétendus cas de gale, imputées à l'immigration clandestine depuis l'Italie, la Lybie et au-delà en Afrique sub-saharienne, mais on signale aussi une poussée de maladies oubliées, telles la syphilis et la tuberculose. 
En France, le nombre de nouveaux cas de tuberculose étaient de 4.934 en 2013. Les taux de déclaration de la maladie restant plus élevés en Ile-de-France, en Guyane, à Mayotte et chez les personnes sans domicile fixe et celles nées à l’étranger. 
En Seine-Saint-Denis, département dont la population, précaire et migrante de fraîche date, est la plus cosmopolite et pauvre de France, le nombre de nouveaux cas de tuberculose avait nettement diminué en France entre 2000 et 2010. Désormais, "la proportion de résistance à au moins un antituberculeux de première ligne parmi les nouveaux cas en 2013 était de 10,3% en France", précisent les rédacteurs du BEH. La proportion de multi-résistance, de 1,7%.


"Exode sanitaire", alors que Valls était en voyage à Mayotte à la mi-juin dernier

Valls en visite de travail à Mayotte, le 13 juin 2015:
à bord de son kwasa ?
La départementalisation de l’île en 2011 a accentué la pression migratoire, historiquement élevée depuis que Mayotte a choisie de rester française en 1976 à la suite d’une manoeuvre controversée. Pendant que Mayotte prenait son essor, les trois autres îles qui composent l’archipel et forment depuis l’Union des Comores étaient secouées par une vingtaine de coups d’Etat ou de tentatives avortées en 40 ans d’indépendance. 
"Un terrible exode sanitaire s’est rajouté ['ajouté' ou 'surajouté' et non pas 'rajouté') à l’habituel exode économique", résume Michel Rami. La pression migratoire ces derniers mois se fait plus intense, alors que les chiffres de la préfecture, dévoilés en avril, montrent une augmentation de 25 % du nombre de reconduites à la frontière en 2014 par rapport à l’année précédente. Près de 600 kwasas (nom comorien des petits canots de pêche rapides de 7 mètres, à fond plat et nantis de deux moteurs, souvent utilisés par des passeurs pour l'immigration clandestine vers Mayotte) ont ainsi été interceptés en 2014, et autant de passeurs interpellés. Beaucoup d’immigrants ont perdu la vie sur ces embarcations de fortune, comme en Méditerranée.

Aux Comores, les expatriés et les plus fortunés se font évacuer par avion vers Mayotte ou La Réunion en cas d’urgence. Les autres -dont les clandestins bénéficiaires de la CMU- n’ont à leur disposition qu’un système de santé défaillant.

L’Hôpital El-Maarouf, la principale structure hospitalière située à Moroni, la capitale, est régulièrement paralysé et subit la fronde du personnel médical, sous-payé. "Le paiement des heures de garde ne constitue pas le seul problème. Nous sommes aussi préoccupés par le manque d’eau, d’électricité, le manque d’outils de travail élémentaires comme l’oxymétrie, les thermomètres", confiait la semaine dernière un gynécologue au journal local Al-Watwan, jusque-là en grève.

83 médecins pour 100.000 habitants
A Mayotte, si l’hôpital suit les normes françaises, il est dimensionné pour une population de 200.000 habitants. Or, en dépit de l’absence de statistiques fiables,
on estime le nombre de personnes en situation irrégulière entre 100.000 et 150.000, ce qui conduit à la saturation de l’hôpital. "Tous les matins, nous sommes obligés de prioriser les urgences, et certains doivent attendre plus de 48 heures pour être opérés. Il faudrait doubler le nombre de blocs opératoires pour répondre aux besoins", estime Michel Rami.

A cela s’ajoute
un boom dans le nombre de naissances

Mayotte, qui est le département français où le taux de fécondité est le plus élevé, est déjà et depuis plusieurs années la première maternité de France. "70 % des naissances sont le fait de femmes sans-papiers", souligne le médecin. Elles cherchent à faire bénéficier à leurs enfants de la nationalité française, à moins que le système français de protection sociale ait un pouvoir plus attractif que l'amour de la France et des Français, soit un phénomène qui pose la question de la soutenabilité financière de l’établissement, puisque à l’échelle de l’hôpital, 40 % des soins sont prodigués à des non-assurés sociaux.

Or, l'islam (version sunnite) est pratiqué par 95 % de la population mahoraise. Dès l'âge de six ans, les enfants fréquentent en parallèle l'école coranique et l'école primaire de la République.

L’Agence régionale de santé (ARS) tire aussi la sonnette d’alarme : "Il est clair que la situation est complexe", explique Chantal de Singly, la directrice générale. La ministre de la Santé,
Marisol Touraine, a été alertée de la gravité de la situation et "nous sommes en relation permanente pour mobiliser des ressources." 
Pour la responsable, le grand défi est d’attirer du personnel soignant, alors que l’insécurité et la faiblesse du système éducatif ont fait de Mayotte un désert médical, avec 83 médecins pour 100.000 habitants en 2013, contre 285 pour La Réunion. "Il nous est surtout compliqué de mobiliser des équipes dans la durée, et c’est pesant pour les permanents qui doivent gérer les allers et venues constantes de remplaçants", ajoute-t-elle.
En visite sur l’île en juin, le premier ministre Manuel
Valls a posé la première pierre d’un nouvel hôpital dont l’achèvement est prévu pour 2018. "Ce n’est pas l’argent qui manque à Mayotte, ce sont des bras", analyse la directrice. Par leur travail, les bras français sont néanmoins heureux de produire de la richesse et de participer à la solidarité universelle depuis la métropole.