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vendredi 23 août 2019

Santé : avec les migrants, l'hôpital de Nice redécouvre le scorbut

Le berger altermondialiste de la vallée de la Roya compte-t-il régler la facture à la Sécu ? 

Quatre cas de scorbut ont été décelés dans la vallée de la désobéissance

Résultat de recherche d'images pour "migrant berger de la vallée de la Roya"Le "berger" activiste Cédric Herrou y accueille des migrants passés clandestinement par l'Italie et la maire de Breil (une employée de 51 ans, 270 habitants en 2014) veut payer des billets de trains aux illégaux (photo ci-dessous)

Résultat de recherche d'images pour "migrant berger de la vallée de la Roya"Le scorbut est une maladie provoquée par une carence en vitamine C. 
La maladie, disparue il y a deux siècles, est de nouveau signalée dans des pays développés comme la France, les Etats-Unis, pays d'immigration. Dans le passé, elle ne frappait guère que les marins au cours d'une longue campagne en mer, si bien qu'on l'appelait "peste des mers", sans rapport avec la "peste brune" évoquée en novembre dernier par Gérald Darmanin, ministre de Macron. 
Résultat de recherche d'images pour "migrant berger de la vallée de la Roya"Aujourd'hui, elle ne touche plus que les personnes fragiles. Elle s'ajoute aux maladies jusqu'à ces dernières années oubliées en Europe, telles  la gale, la rougeole ou la tuberculose, les trois étant contagieuses. Le vaccin BCG contre la tuberculose n'est même plus obligatoire depuis 2006.

Quant à la gale, une maladie contagieuse sans réelle gravité qu'on a crue éradiquée, elle est causée par un parasite qui se développe en milieu malpropre. Cette maladie de la peau souffre donc d'une mauvaise image. Maladie stigmatisante depuis toujours, elle est spécifique à l’homme. La femelle de ce parasite microscopique creuse des galeries dans l’épiderme où elle dépose ses œufs. La gale provoque des démangeaisons constantes, causées par la réaction allergique de l’organisme aux excréments des acariens. C’est le soir au coucher, ou après un bain chaud, qu’elles sont les plus fortes. L’étape suivante de la maladie est l’apparition d’éruptions qui prédominent entre les doigts et sur les poignets. "Chez les enfants, la gale est plus atypique; elle peut ressembler à de l’eczéma et être présente sur le visage", souligne le Dr Arezki Izri, parasitologue à l’hôpital Avicenne de Bobigny (Seine-Saint-Denis). 
La gale nécessite cependant des contacts très rapprochés, intimes, de peau à peau. Elle fait d’ailleurs partie des maladies sexuellement transmissibles. "C’est pourquoi la contamination est principalement intra-familiale. Les épidémies dans les écoles sont plus rares", rassure le Pr Olivier Chosidow, dermatologue à l’hôpital Henri Mondor, à Créteil (Val-de-Marne ).

La rougeole n’appartient plus non plus au passé. 
Au contraire. Plusieurs foyers épidémiques sont régulièrement signalés en France, et des décès sont à déplorer. La vaccination, devenue obligatoire pour les nouveau-nés, reste le seul moyen de se prémunir contre cette maladie virale très contagieuse, potentiellement grave.
Or, la rougeole est bien en recrudescence en France. Plusieurs flambées épidémique touchent régulièrement l'Hexagone depuis plusieurs années (852 cas de rougeole déjà déclarés entre le 1er janvier 2019 et le 2 mai 2019, selon Santé Publique France). Une hospitalisation peut être nécessaire (31% des cas en 2019), et des décès sont à déplorer.
La France partage le triste privilège du retour de la rougeole avec plusieurs pays européens : l'Autriche, l'Italie ou le Royaume-Uni, qui accueillent ou ont vu transiter des flux importants de clandestins), sont traversés de poussées épidémiques régulières depuis 2016.
Or, la rougeole est une maladie infectieuse très contagieuse, pour laquelle il n’existe pas de traitement curatif spécifique. Elle se transmet facilement, quelles que soient les mesures d’hygiène mises en place a posteriori. Quasiment quiconque est exposé se retrouve affecté : un malade peut ainsi contaminer de quinze à vingt personnes non vaccinées.


Résultat de recherche d'images pour "DEFENSE DE CRACHER"
Maladie infectieuse causée par un bacille et contagieuse, la tuberculose arrive en tête, devant le sida, des causes de mortalité d'origine infectieuse à l'échelle mondiale. Elle s'attaque habituellement aux poumons, mais parfois aussi à d'autres parties du corps, comme les reins. Elle se propage lorsque les personnes atteintes de tuberculose pulmonaire toussent, éternuent ou crachent, projetant les germes de la tuberculose dans l'air. Et nous avons tous pu observer des populations venues d'ailleurs cracher au sol.

Or, en six mois à peine, trois patients se sont présentés au CHU de Nice (Alpes-Maritimes) avec une grave carence en vitamine C. 
Cette substance organique est indispensable à la vie, mais le corps humain ne la fabrique pas et ne la stocke pas, ce qui peut provoquer l'apparition du scorbut.

Le scorbut touche les personnes en grande précarité
Résultat de recherche d'images pour "migrant berger de la vallée de la Roya"Le scorbut survient en cas de graves carences en vitamine C, lorsque l'on en consomme moins de 10 mg par jour, alors qu'il en faut dix fois plus. Cette maladie se manifeste par des saignements sous la peau, sous la membrane qui recouvre l'os, et provoque donc des douleurs.

"Les gens peuvent se présenter avec des douleurs musculaires diffuses, une asthénie, une fatigabilité des troubles du sommeil, des saignements de nez... Plein de petites manifestations qui peuvent être négligées par les patients. Quand elles sont toutes présentes ensemble, cela doit faire penser à des carences en vitamine C", explique Nathalie Tieulié, médecin interne au service rhumatologie du CHU de Nice. 
Il suffit de trois mois sans vitamine C pour être carencé et en danger. Faute de soins, le scorbut peut être mortel, comme jadis. Aujourd'hui, le scorbut apparaît chez des personnes en grande précarité.

jeudi 9 juillet 2015

Les clandestins arrivent en France aussi par Mayotte, dans l'océan indien

A l'exil politique et économique s'ajoute l'exode sanitaire  

La France, terre d'asile du monde entier

Un habitant de l’île de Mayotte sur trois est un étranger en situation irrégulière.
"En un an, la situation s’est terriblement dégradée", explique Michel Rami, un gynécologue obstétricien à la retraite qui assure ponctuellement des remplacements dans l’unique hôpital de Mamoudzou, le chef-lieu de Mayotte, où il a passé un mois en mission. Il décrit une situation de catastrophe sanitaire : "On voit des patients débarquer à Mayotte avec des urgences très graves, des péritonites en choc septique, des grands brûlés surinfectés après une traversée en pirogue de plusieurs heures dans des conditions extrêmement précaires."

Pour franchir les 70 km qui séparent Mayotte d’Anjouan, l’une des trois îles de l’Union des Comores, les passeurs font payer entre 300 et 500 euros pour une traversée en kwasa, une pirogue à moteur, dont les détours visant à éviter les gardes-côtes rallongent d’autant le temps de trajet. "Nous avons eu le cas d’une fille de 11 ans qui est arrivée avec une fracture ouverte depuis plus de trois jours, raconte le médecin. On se retrouve à soigner des pathologies que l’on ne voit plus en Europe dans des délais qui sont inacceptables." 
De même que débarquent en Europe des pathologies oubliées: une polémique s'est développée dans la région de Nice sur de prétendus cas de gale, imputées à l'immigration clandestine depuis l'Italie, la Lybie et au-delà en Afrique sub-saharienne, mais on signale aussi une poussée de maladies oubliées, telles la syphilis et la tuberculose. 
En France, le nombre de nouveaux cas de tuberculose étaient de 4.934 en 2013. Les taux de déclaration de la maladie restant plus élevés en Ile-de-France, en Guyane, à Mayotte et chez les personnes sans domicile fixe et celles nées à l’étranger. 
En Seine-Saint-Denis, département dont la population, précaire et migrante de fraîche date, est la plus cosmopolite et pauvre de France, le nombre de nouveaux cas de tuberculose avait nettement diminué en France entre 2000 et 2010. Désormais, "la proportion de résistance à au moins un antituberculeux de première ligne parmi les nouveaux cas en 2013 était de 10,3% en France", précisent les rédacteurs du BEH. La proportion de multi-résistance, de 1,7%.


"Exode sanitaire", alors que Valls était en voyage à Mayotte à la mi-juin dernier

Valls en visite de travail à Mayotte, le 13 juin 2015:
à bord de son kwasa ?
La départementalisation de l’île en 2011 a accentué la pression migratoire, historiquement élevée depuis que Mayotte a choisie de rester française en 1976 à la suite d’une manoeuvre controversée. Pendant que Mayotte prenait son essor, les trois autres îles qui composent l’archipel et forment depuis l’Union des Comores étaient secouées par une vingtaine de coups d’Etat ou de tentatives avortées en 40 ans d’indépendance. 
"Un terrible exode sanitaire s’est rajouté ['ajouté' ou 'surajouté' et non pas 'rajouté') à l’habituel exode économique", résume Michel Rami. La pression migratoire ces derniers mois se fait plus intense, alors que les chiffres de la préfecture, dévoilés en avril, montrent une augmentation de 25 % du nombre de reconduites à la frontière en 2014 par rapport à l’année précédente. Près de 600 kwasas (nom comorien des petits canots de pêche rapides de 7 mètres, à fond plat et nantis de deux moteurs, souvent utilisés par des passeurs pour l'immigration clandestine vers Mayotte) ont ainsi été interceptés en 2014, et autant de passeurs interpellés. Beaucoup d’immigrants ont perdu la vie sur ces embarcations de fortune, comme en Méditerranée.

Aux Comores, les expatriés et les plus fortunés se font évacuer par avion vers Mayotte ou La Réunion en cas d’urgence. Les autres -dont les clandestins bénéficiaires de la CMU- n’ont à leur disposition qu’un système de santé défaillant.

L’Hôpital El-Maarouf, la principale structure hospitalière située à Moroni, la capitale, est régulièrement paralysé et subit la fronde du personnel médical, sous-payé. "Le paiement des heures de garde ne constitue pas le seul problème. Nous sommes aussi préoccupés par le manque d’eau, d’électricité, le manque d’outils de travail élémentaires comme l’oxymétrie, les thermomètres", confiait la semaine dernière un gynécologue au journal local Al-Watwan, jusque-là en grève.

83 médecins pour 100.000 habitants
A Mayotte, si l’hôpital suit les normes françaises, il est dimensionné pour une population de 200.000 habitants. Or, en dépit de l’absence de statistiques fiables,
on estime le nombre de personnes en situation irrégulière entre 100.000 et 150.000, ce qui conduit à la saturation de l’hôpital. "Tous les matins, nous sommes obligés de prioriser les urgences, et certains doivent attendre plus de 48 heures pour être opérés. Il faudrait doubler le nombre de blocs opératoires pour répondre aux besoins", estime Michel Rami.

A cela s’ajoute
un boom dans le nombre de naissances

Mayotte, qui est le département français où le taux de fécondité est le plus élevé, est déjà et depuis plusieurs années la première maternité de France. "70 % des naissances sont le fait de femmes sans-papiers", souligne le médecin. Elles cherchent à faire bénéficier à leurs enfants de la nationalité française, à moins que le système français de protection sociale ait un pouvoir plus attractif que l'amour de la France et des Français, soit un phénomène qui pose la question de la soutenabilité financière de l’établissement, puisque à l’échelle de l’hôpital, 40 % des soins sont prodigués à des non-assurés sociaux.

Or, l'islam (version sunnite) est pratiqué par 95 % de la population mahoraise. Dès l'âge de six ans, les enfants fréquentent en parallèle l'école coranique et l'école primaire de la République.

L’Agence régionale de santé (ARS) tire aussi la sonnette d’alarme : "Il est clair que la situation est complexe", explique Chantal de Singly, la directrice générale. La ministre de la Santé,
Marisol Touraine, a été alertée de la gravité de la situation et "nous sommes en relation permanente pour mobiliser des ressources." 
Pour la responsable, le grand défi est d’attirer du personnel soignant, alors que l’insécurité et la faiblesse du système éducatif ont fait de Mayotte un désert médical, avec 83 médecins pour 100.000 habitants en 2013, contre 285 pour La Réunion. "Il nous est surtout compliqué de mobiliser des équipes dans la durée, et c’est pesant pour les permanents qui doivent gérer les allers et venues constantes de remplaçants", ajoute-t-elle.
En visite sur l’île en juin, le premier ministre Manuel
Valls a posé la première pierre d’un nouvel hôpital dont l’achèvement est prévu pour 2018. "Ce n’est pas l’argent qui manque à Mayotte, ce sont des bras", analyse la directrice. Par leur travail, les bras français sont néanmoins heureux de produire de la richesse et de participer à la solidarité universelle depuis la métropole.