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dimanche 26 janvier 2020

Libye: Macron est-il parmi les violeurs de l'embargo sur les armes ?

L'ONU dénonce la poursuite des violations de l'embargo sur les armes 

La Mission des Nations unies en Libye (Manul) a dénoncée cette violation dimanche, malgré les engagements pris lors d'une récente conférence internationale à Berlin


Macron a participé à cette Conférence organisée le 19 janvier 2020 à la Chancellerie fédérale (ci-dessus)et consacrée au règlement de la situation en Libye, tout en se réjouissant de la persistance d'un cessez-le-feu précaire.

La Manul "regrette profondément les violations flagrantes et persistantes de l'embargo sur les armes", objet de la résolution 1970 de 2011 au Conseil de sécurité, "malgré les engagements des pays concernés lors de la conférence internationale sur la Libye à Berlin le 19 janvier", est-il écrit dans un communiqué.
En avril 1992, le Conseil de sécurité des Nations unies vote la résolution 748, qui met en place un embargo aérien et un embargo sur les armes contre la Libye.

En février 2011, le Conseil de sécurité des Nations unies vote un embargo sur les armes contre la Libye (le deuxième après celui de 1978 (jusqu'en 2003, à la suite à l'attentat de Lockerbie), soit le gel des actifs financiers de la banque centrale libyenne, l'interdiction de voyager pour certaines des personnalités les plus notables du régime dont Mouammar Kadhafi9. Le même mois, l'Union européenne met en place des mesures similaires mais plus étendues contre davantage de personnalités du régime. En parallèle, les Etats-Unis mettent en place également un gel des actifs financiers de la Libye et ferme leur ambassade.
En décembre 2011, les sanctions du conseil de Sécurité et des Etats-Unis sont en grande partie supprimées, consécutivement à la chute du régime de Mouammar Kadhafi. Cette levée des sanctions concernent notamment 30 milliards de dollars d'actifs financiers de la banque centrale libyenne
Parmi les principaux engagements pris par les participants lors de cette conférence internationale figurait la fin de la livraison d'armes aux pouvoirs rivaux, le gouvernement d'union (GNA) à Tripoli et le camp du maréchal Khalifa Haftar, l'homme fort de l'Est libyen.

A Berlin, les parties présentes, dont la Turquie, soutien du GNA, s'étaient également engagées à s'abstenir de toute ingérence dans les affaires libyennes et de tout acte susceptible d'exacerber le conflit, tel le financement des capacités militaires ou le recrutement de mercenaires.

Le maréchal Haftar, qui est de son côté notamment soutenu par la Russie, les Emirats arabes unis et l'Egypte, a lancé le 4 avril une offensive sur la capitale Tripoli, siège du GNA, reconnu par l'ONU.
Un cessez-le-feu a été instauré le 12 janvier à l'initiative de Moscou et Ankara.
Malgré les accusations réciproques et quelques combats recensés, celui-ci est globalement respecté, selon l'ONU, ce qui offre "un répit bienvenu pour les habitants de la capitale".

Macron préoccupé par l’arrivée à Tripoli de combattants étrangers

Ces rebelles se transforment en demandeurs d'asile entre la Libye et la France, via l'Italie, par l'entremise des passeurs revêtus des habits d'humanitaires. La France n'ignore rien des dangers du statut de demandeurs d'asile qui leur est octroyé sous la pression internationales et des associations internationalistes
"
Cette trêve fragile est aujourd'hui menacée par l'acheminement de combattants étrangers, d'armes, de munitions et de systèmes avancés aux parties par les Etats membres, dont plusieurs ont participé à la Conférence de Berlin", a toutefois fait valoir la Manul, sans identifier ces pays.

L'ONU révèle que "des vols de fret et autres" ont atterri au cours des dix derniers jours dans des aéroports de l'ouest et de l'est du pays pour livrer aux deux belligérants "des armes avancées, des véhicules blindés, des conseillers et des combattants".⁸

Ces "violations en cours" risquent de replonger le pays dans "une nouvelle spirale de combats intenses", s'alarme la Manul.
Ainsi, samedi, des affrontements autour de Tripoli ont fait au moins un mort -un ressortissant marocain- et sept blessés parmi les civils, a déclaré Amine al-Hachemi, porte-parole du ministère de la Santé du GNA.

La Libye est en proie au chaos depuis la chute du régime de Mouammar Kadhafi en 2011.

En avril 2014, dans un entretien avec le journal Le Monde, le président Hollande a admis la vente d'armes françaises aux rebelles syriens combattant l'armée régulière.
Le journaliste Alban Mikoczy affirme sur France 2 que l'Inde devance l'Arabie Saoudite (10%) l'Égypte (5%) et les Emirats arabes unis (4,5%) comme clients de Macron. En revanche, les 27 états de l'Union européenne ne nous achètent pratiquement rien. 
Les armes françaises circulent et sont-utilisées au Yémen", précise Alban Mikoczy. "L'aviation des Etats du Golfe, principalement celle de l'Arabie saoudite, utilise régulièrement des avions et des munitions françaises. Cette question embarrasse d'ailleurs notre ministre de la Défense, le belliqueux Le Drian. Beaucoup moins en Syrie, car l'armée de Bachar el Assad s'équipe quasiment exclusivement auprès des Russes, qui, en soutenant le régime de Damas, font aussi tourner leur propre industrie", conclut le journaliste.



jeudi 17 octobre 2019

Brexit : Macron s'aligne sur Merkel

Avec la chancelière, il affiche un optimisme raisonné sur les chances d'un accord sur le Brexit, la défense et le droit

Macron et Merkel sont convenus d'avancer sur leurs projets communs en matière de défense ou "de droits voisins"
Capture d'écran de BFMTV d'Emmanuel Macron, qui s'essaye au tennis en siège roulant, pour défendre la candidature de Paris au Jeux olympiques de Paris 2024.
Macron, président en situation de handicap
"Je veux croire qu'un accord est en train d'être finalisé (sur le Brexit) et que nous pourrons ainsi le consacrer demain" à Bruxelles, envisage désormais le président français dans une conférence de presse avec Angela Merkel, lors d'un conseil des ministres franco-allemand jeudi à Toulouse, à la veille d'un sommet européen. "Je pense de plus en plus que nous obtiendrons cet accord", a confirmé la chancelière. "Nous sommes dans le sprint final". 

Le 22 août dernier, Macron n'était pourtant guère conciliant sur le Brexit.
 Le locataire de l'Elysée et le premier ministre britannique avaient affirmé leur volonté de trouver un accord pour une sortie ordonnée du Royaume-uni de l'Union européenne, en jugeant possible de s'entendre sur la frontière irlandaise, mais le Français jouait encore la carte de la fermeté.
Lorsque, pour la deuxième étape de sa première tournée à l'étranger depuis son arrivée au pouvoir fin juillet, le premier ministre britannique, Boris Johnson, déclara dans la cour de l'Elysée :"Je veux un accord. Je pense que nous pouvons avoir un accord et un bon accord" en vue d'un Brexit, le 31 octobre, à son côté, Macron s'était montré plus prudent sur la possibilité qu'une solution puisse être trouvée "dans les 30 prochains jours" entre Londres et les 27, après un référendum populaire de sortie de l'UE et trois ans d'atermoiements. 
Boris Johnson et Emmanuel Macron, le 22 août 2019
Nuque raide, Macron se voulait le plus sévère de l'UE.
Les moyens de parvenir à un Brexit devaient occuper l'essentiel du déjeuner entre Emmanuel Macron et Boris Johnson, à la veille du sommet du G7 à Biarritz. La presse britannique, notamment, le dépeignait souvent "comme le plus dur de la bande" au sein de l'Union européenne sur le dossier du Brexit. "Je suis comme la chancelière Merkel confiant sur le fait que l'intelligence collective et notre volonté de construire doivent nous permettre de trouver quelque chose d'intelligent dans les 30 jours s'il y a une bonne volonté de part et d'autre" mais, "en même temps", "j'ai toujours dit très clairement : il y a un choix qui a été fait (par les Britanniques), donc ça ne sert à rien d'essayer de ne pas appliquer ce choix", avait-il insisté.

Interrogé sur les pressions contre la Turquie pour la faire interrompre son offensive contre les rebelles Kurdes de Syrie, Macron a promis "des initiatives" floues avec des membres de l'OTAN "pour continuer pression, dialogue et résolution de cette crise, de cette situation inacceptable", mais sans évoquer d'éventuelles sanctions.

La France de Macron et Le Drian est un gros fournisseur d'armes à la Turquie.
Or, le 12 octobre, Macron s'est résolu à annoncer la suspension de "tout projet d’exportation vers la Turquie de matériels de guerre susceptibles d’être employés dans le cadre de l’offensive en Turquie". Un gros manque-à-gagner pour la France...
La France ne s'est d'ailleurs pas précipitée pour suspendre - une partie de -  ses exportations d’armes vers la Turquie : la décision de Paris est intervenue après celles de l’Allemagne et des Pays-Bas. Elle a été annoncée juste avant le conseil des Affaires étrangères de l’UE qui doit se tenir ce lundi 14 octobre à Bruxelles. Les ministères français des Armées et des Affaires étrangères l'ont prise, avec "effet immédiat",  en réaction à l’opération militaire lancée par la Turquie contre la Syrie. Les rebelles kurdes syriens, supplétifs de l’armée turque, ont en effet lancé une offensive contre une milice kurde, deux jours après que les Etats-Unis ont retiré des militaires américains déployés dans certains secteurs du Nord syrien.
Cette mesure de Paris est censée mettre la pression sur Recep Erdoğan. Mais suspendre les exportations d’armes vers la Turquie n’est pas sans conséquence pour les finances de la France. En effet, selon le rapport publié en 2019 par le ministère de la Défense et rendu public en juin, les industriels français ont reçu de la Turquie l’équivalent de 594,5 millions d’euros de commandes en dix ans, explique Le ParisienEn 2018, Ankara a ainsi versé 45,1 millions d’euros pour des armes françaises, bien moins qu’en 2017 où les sommes atteignaient 198,2 millions d’euros ou qu’en 2010 où la Turquie avait dépensé 209,3 millions d’euros pour l’achat de matériel militaire en provenance de l’Hexagone. Concernant les livraisons concrètes d’armes vers la Turquie, c'est-à-dire celles qui quittent in fine le territoire et sans prendre en compte les services associés, on atteint les 461,7 millions d’euros en dix ans, dont 50,6 millions l’an dernier, détaille le quotidien.

La rencontre franco-allemande de mercredi a abouti à plusieurs projets communs
Emmanuel Macron, Jean-Yves le Drian et Florence Parly à la préfecture de Toulouse le 16 octobre 2019 ( POOL / Guillaume HORCAJUELO )
La presse française montre  Macron, Jean-Yves le Drian et Florence Parly de face
à la préfecture de Toulouse le 16 octobre 2019, mais leur invitée, Angela Merkel, de dos...
Elle a conduit à la consolidation de leurs projets militaires communs - avion de combat du futur et char du futur - et à la conclusion d'un accord sur les exportations d'armes, pomme de discorde entre les deux pays.
avec une vingtaine de leurs ministres, 
L'accord laisse chaque pays décider librement d'exporter ses armes, avec l'accord automatique de l'autre. Y compris si ces équipements comportent des composants de l'autre pays, mais en dessous d'une faible pourcentage, qui n'a pas été précisé.
La décision allemande de suspendre ses ventes d'armes à l'Arabie Saoudite en raison de la guerre au Yémen a jusqu'ici bloqué des ventes de matériels militaires d'Airbus qui intègrent des composants allemands.
Macron a par ailleurs réaffirmé sa volonté de continuer les ventes d'armes à Ryad, assurant que ces équipements n'étaient pas dirigés contre le Yémen. Il a lancé au passage une pique contre son invitée, invitant les journalistes à examiner les ventes qui s'effectuent via des pays tiers.

En revanche, Merkel et Macron ont réussi à parler d'une même voix.
Ainsi réclament-ils l'adoption rapide du "Pacte Vert" pour l'Europe proposé par Ursula von der Leyen. Ils ont en particulier soutenu l'instauration d'un prix minimum du carbone au niveau européen, en vue d'une future taxe carbone aux frontières.

Il ont également affiché leur volonté de contraindre Google à rémunérer les producteurs de contenus, dont la presse, au titre des "droits voisins", comme l'y oblige une récente directive européenne. Il reste à Facebook ou tumblr à respecter les contenus qui leurs sont offerts et sur lesquels ils veulent faire commerce, sans considération de langue ou de préférences politiques. Nous aborderons plus tard le sujet sensible du "shadow banning" qu'ils pratiquent, comme Blogger (Google), et qui consiste à mettre sous le boisseau les contenus qu'ils n'apprécient pas : cette pratique sournoise consiste à bloquer tout ou partie - pour des raisons généralement hypocritement "techniques" ou sans raison explicite - des échanges de la communauté en ligne d'un utilisateur, ou du contenu qu'il produit. Cette mise au placard commence avec une disparition des moteurs de recherche, partielle ou intermittente, mais se concrétise par une baisse de fréquentation, des statistiques et des commentaires et autres 'likes' par des robots de tripatouillage.

"Certains acteurs comme Google veulent s'en affranchir [du Pacte Vert]. Nous ne laisserons pas faire, assure Macron, 1,75m, et très clairement demandons aux autorités nationales et européennes de la concurrence d'examiner et d'engager au plus vite toutes les procédures possibles", a grondé Macron. Comme à son habitude, alors qu'il se pose en champion de l'anti-dumping, disant lutter contre la concurrence déloyale de pays comme la Chine ou l'Inde sur l'acier, il demande aux autres (Trump, ici, ou les collectivités territoriales, là), de faire le boulot à sa place...
Face à la concurrence déloyale européenne, les Etats-Unis menacent d'appliquer dès vendredi des taxes à des produits européens en représailles aux prêts publics à Airbus, Paris et Berlin n'avaient pas d'autre choix que de se montrer fermes aussi. "Nous avons partagé nos préoccupations sur les tensions commerciales : l'Europe ne doit faire preuve d'aucune faiblesse et défendre avec clarté ses intérêts et ses règles", a lancé le président français.
Obligés de maintenir leur soutien protectionniste à Airbus,  tous deux sont allés vers midi visiter la chaîne d'assemblage de l'A350 au siège de l'avionneur et déjeuné à bord d'un Airbus-école avec de jeunes apprentis. "Il y a 50 ans, des décisions ont permis de développer une coopération étroite entre nos deux pays. Nous ferons tout pour garantir le succès de cette entreprise", a lancé la chancelière.

Les deux dirigeants ont également privilégié les sujets de défense.
Ils ont décidé de présider un conseil de défense avec les ministres impliqués. Les futurs avions (SCAF) et chars (MGCS) de combat élaborés en commun doivent remplacer les Rafale et les Eurofighter, le MGCS, sous direction allemande, les Leclerc et Leopard.

Angela Merkel et Emmanuel Macron ont été rejoints par la présidente élue de la Commission européenne, Ursula von der Leyen. Tous trois parleront industrie au cours d'une rencontre dînatoire avec les patrons d'une cinquantaine de grands groupes industriels européens.

Jeudi à Bruxelles, contre son soutien au programme de la nouvelle présidente, Macron espère obtenir des deux dirigeantes l'inclusion de 'Renew Europe' (groupe Alliance des démocrates et des libéraux, ADLE, sa tendance minoritaire au Parlement européen, dirigée par un Roumain) et la constitution d'une coalition qui l'inclurait, puisqu'il a échoué à phagocyter le Parlement de Strasbourg.
L'échec de la liste menée par la malveillante Nathalie Loiseau (à laquelle il a dû se substituer, sans réussir à redresser la situation), et le rejet par les eurodéputés de la candidate française à la Commission Sylvie Goulard, pour des raisons d'éthique, fait craindre à Macron une hostilité larvée du Parlement.

Avant le sommet européen qui démarre à la mi-journée, personne ne prenant conscience d'un accroc au principe de séparation des pouvoirs entre un président et des députés, fussent-ils européens, pour la première fois, Macron participera donc à la réunion pré-sommet du groupe parlementaire Renew, qui regroupe les formations centristes autour de La République en Marche.
L'Elysée a indiqué que pour remplacer Sylvie Goulard évincée pour des raisons d'éthiques - à Bruxelles, quand Paris en manque -  Macron ne proposera pas de nouveau candidat dans l'immédiat : l'excuse du bras cassé aux mains vides, c'est l'attente que soit  résolue "l'instabilité politique", selon lui, au Parlement européen. L'entrée en fonction de la nouvelle Commission sans tête a d'ailleurs été repoussée d'un mois, au 1er décembre.

dimanche 2 juin 2019

Redressement fiscal de deux membres du gouvernement sur trois en 2018

Mais ils ont des excuses, selon un universitaire partisan

Les deux tiers du gouvernement de Macron ont fraudé le fisc

Il est temps de déclarer vos impôts.
Ils ont été rattrapés par le fisc et ont subi un redressement fiscal l’an passé. 
Mais le président de l’Institut Sapiens (libéral) et porte-parole du think tank économique Fondation Concorde (centre droit), qui plus est professeur d’université - à Bordeaux, zone macronienne de non-droit -, l'omniprésent Olivier Babeau, 43 ans, considère que s''ils sont responsables, ils ne sont surtout pas coupables ! En effet, loin de s'indigner, il accuse l’impôt qui, en France, est décidément trop illisible, surtout pour cette "société civile" qui devait être exemplaire. Et c’est le contribuable qui en pâtit, observe cet auteur de L'Eloge de l’hypocrisie (2018).  

Le rapport 2018 de la Haute autorité pour la transparence de la vie publique dévoilé par le Canard Enchaîné révèle que 21 ministres sur 35 ont dû "rectifier" leur déclaration d’impôt. [Car un ministre fraudeur bénéficie d'une "rectification fiscale" quand le citoyen écope d'un redressement...]

Les membres de l’exécutif ont un devoir d’exemplarité, mais ce ne sont que des hommes et des femmes ! On avait tendance à l'oublier, en les voyant parader en tête de leur cortège de hauts-fonctionnaires gris. Chargés de mettre en œuvre la volonté générale, la contrepartie du pouvoir qui leur est confié doit être une rigueur extrême dans le respect des règles qu’ils imposent aux autres, assure notre universitaire, le temps de son édifiant préambule. Evidemment, l’hypocrisie de ministres qui répètent à l’envi combien la fraude fiscale est une chose détestable, tout en rendant eux-mêmes des déclarations imparfaites, est révoltante, insiste-t-il, sur le ton du sachant. Mais il y a plus qu’une nouvelle illustration de la duplicité des puissants qui nous dirigent dans ces redressements massifs de 60 % du gouvernement. 
L’HATVP précise que tous les ministres concernés, sauf un, étaient de bonne foi, souligne bientôt notre vertueux. C'est l'amorce de son virage à 180 °... Car cet interlocuteur proche de la majorité présidentielle met en cause la fiscalité elle-même, plus que les contribuables, qui mériterait d’être redressée. Il pourrait même nous démontrer que Jérôme Cahuzac, ex-ministre du Budget, mais pourtant fraudeur fiscal condamné, serait finalement innocent : une erreur judiciaire. 
Laurent Fabius, autre socialiste impliqué dans l'affaire du sang contaminé (par le virus du VIH) était lui aussi de ces "responsables, mais pas coupables", blanchis d'un coup de baguette magique par Georgina Dufoix, ministre des Affaires sociales et de la Solidarité nationale de Mitterrand, de 1984 à 1985, avec cette simple formule ("responsables, mais pas coupables"), alors que, sous leur autorité, le Centre national de transfusion sanguine (CNTS) avait sciemment distribué des produits sanguins contaminés. Laurent Fabius et Georgina Dufoix ont été relaxés le 9 mars 1999 par la Cour de Justice de la République, l’accusation d’homicide involontaire n'étant pas retenue à leur encontre.
En février 2016, François Hollande a nommé Fabius président du Conseil constitutionnel le 8 mars suivant. La marche en avant de nos 21 ministres fraudeurs du jour ne sera pas entravée.
Il est très difficile, même en étant de bonne foi, de respecter des règles que nul cerveau ne peut parfaitement connaître, assène O. Babeau

Avant la loi de Gérald Darmanin, d'autres tentatives ont voulu simplifier les démarches administratives françaises.
Notre impôt est devenu, à force d’empilement et de raffinements, un effrayant écheveau de règles incompréhensibles, explique-t-il. Le prélèvement à la source en a été le terrible exemple: mis en place avec le but initial de simplifier, il s’est traduit en pratique par un enchevêtrement à côté duquel les centrales nucléaires sont d’aimables mécanos pour enfant. Il est très difficile, même en étant de bonne foi, de respecter des règles que nul cerveau ne peut parfaitement connaître, juge Babeau, quand il s'agit d'hommes de pouvoir.

La complexité n’est pas seulement le produit du travail de fonctionnaires payés pour la créer, et dont l’efficacité est évaluée à l’aune de leurs idées d’impôts nouveaux. Elle a trois autres fonctions essentielles.
Son premier grand avantage est qu’en créant l’opacité, elle tient à distance. [Tout ce qui est abscons génère des experts qui exercent leur supériorité spécifique sur l'autre, qu'il soit béotien ou chirurgien]. Elle éloigne les importuns, débarrasse la bureaucratie des curiosités malsaines de citoyens prétentieux qui se mettraient en tête de la contester [les cabinets spécialisés font commerce de leur expertise en opacité], voire, les nouvelles technologies aidant, de la concurrencer. "Passez votre chemin, braves gens, semblent dire ces textes empilés, l’Etat veille sur vous du haut d’une expertise aux raffinements prodigieux dont vous ne pouvez même pas comprendre la divine efficacité." [Le monde étant bien fait, en l'occurrence, les 21 piégés sont des macroniens, les puissants méprisants du moment]. 
"Compliquer, c’est régner", écrit Jacques Bichot. La numérisation de l’administration n’y change rien. Les accès en ligne, moteurs de requêtes, forums de discussion, "questions fréquentes" ne parviennent pas à clarifier l’écheveau inouï des obligations, règles, régimes, exceptions qui s’appliquent aux administrés [Visent-ils cet objectif pédagogique ou plutôt l'érection d'une barrière de plus, marquant la distance et renforçant leur tranquillité]. Quiconque a déjà voulu créer une entreprise, faire une déclaration de revenus, verser un salaire à un employé ou pire encore travailler comme indépendant l’a expérimenté [le pékin n'a pas ce souci !]. Comprendre à qui l’on doit des cotisations et les calculer relève en soi de la gageure [il existe pour ça des experts, des comptables: ils sont aussi accessibles que les cabinets d'optimisation fiscale...]. Avoir fait dix ans d’études supérieures vous laissera absolument démuni face au Moloch administratif qui enchevêtre les caisses et a créé d’ahurissantes procédures de "cotisations préalables" assises sur les "revenus de l’année N-2" avec rattrapage à la clé et de cotisations partiellement déductibles [L'administration a sa part, mais le législateur aussi et le partage des responsabilités n'est pas à l'avantage de nos parlementaires].
Ces complications sont en réalité des tirs de barrage: elles signifient que nous devons nous en remettre entièrement au dieu Etat et à son clergé. Exactement comme, avant la Réforme, les fidèles chrétiens n’étaient pas censés comprendre les textes bibliques ni y avoir accès.
Dompter l'Administration, bien d'autres, avant Gérald Darmanin, l'ont tenté avec plus ou moins de succès tant sont fortes les réticences de la haute fonction publique. Dès les années 1990, plusieurs structures ont été chargées de faire fondre la paperasserie, comme la commission pour la simplification des formalités (1994), la commission pour les simplifications administratives, ou encore la Direction générale de la modernisation de l'Etat en 2005.
La mission de lutte contre l’inflation normative qui avait rendu son rapport le 26 mars 2013 a comptabilisé l’existence de
400.000 normes en France. L’enjeu de la simplification est donc de taille. Il s’agit d’alléger les procédures et les démarches administratives, mais aussi de limiter la production continue de normes. Or, en même temps que le gouvernement présente ses mesures de simplification, de nouvelles normes sont adoptées, créant de nouvelles obligations.
Tandis que la réforme de la fiscalité locale promise par Macron prend du retard, les 
5 milliards d'euros de baisse annoncée de l'impôt sur le revenu créera de nouvelles disparités entre les contribuables. 
Une entreprise française est sans doute le lieu le plus réglementé de l’histoire de l’humanité.
L’Etat a réservé à l’activité économique la fine fleur de son savoir-faire en matière de complication. Du droit du travail aux obligations sociales, en passant par les normes de sécurité et de représentation, les entreprises font face à des centaines, à des milliers d’obligations et de déclarations en tout genre. L’encadrement de l’activité économique représente la quintessence de l’esprit bureaucratique. Une entreprise française est sans doute le lieu le plus réglementé de l’histoire de l’humanité. Tout simplement.

Plusieurs économistes ont montré que la taille de l’Etat est inversement liée au degré d’influence directe des citoyens sur les résultats politiques. Autrement dit, plus l’Etat s’abstrait du contact avec les gens, plus il s’en éloigne, plus il grossit. Et, en grossissant, il peut aussi accroître cet éloignement, en plaçant entre lui et les citoyens l’impénétrable rideau de fumée de sa complexité. 

Cercle vicieux, donc. Abrité derrière les murailles des services, bureaux, commissions, agences, l’Etat peut grossir en paix, servir ses clientèles, organiser les spoliations légales et les redistributions préférentielles en toute impunité. Il faut que le système soit incompréhensible, car quiconque le comprendrait serait saisi d’effroi et d’indignation. La transparence provoquerait la révolution. Compris par les foules, le système  ne tiendrait pas trois jours.

L’administration a intérêt à rendre son système fiscal ambigu pour une deuxième raison: cela empêche l’évaluation. L’immense complexité de la machine parvient à jeter le doute sur son inefficacité. "Un moteur si complexe, des tuyauteries si finement réglées, des fils si magnifiquement tendus de toutes parts ne peuvent avoir été placés en vain", pense-t-on. Elle fait de la nocivité du système un sujet de débat et non un fait. Elle brouille les cartes: impossible d’identifier précisément que la plupart de ces complications ne servent à rien, comme ces amas de cordes qui semblent de terribles nœuds mais sur lesquels il suffit de tirer pour obtenir un fil. La complexité donne l’illusion de la précision de la machinerie fiscale, alors qu’elle n’est en réalité qu’éparpillement. Elle permet aussi de multiplier les prélèvements en plusieurs fois pour rendre le rançonnage moins douloureux: le revenu de notre travail est prélevé sous forme de cotisations patronales, de cotisations salariales, d’impôt sur le revenu et de TVA au moment de la consommation. Au bout du processus, c’est souvent 80 % de la valeur que vous avez créée qui vous a été confisquée, et cela sans (trop de) douleur. La complication est une bombe nucléaire d’asymétrie informationnelle que la puissance publique entretient avec passion à son propre profit.

Bercy est une forteresse si puissante qu’aucune remise en cause de notre jungle fiscale ne semble vraisemblable

Le troisième intérêt de la complexité fiscale est qu’il permet l’arbitraire. Il est par exemple à l’œuvre depuis longtemps dans les redressements liés à l’évaluation du patrimoine. Comment en effet évaluer la valeur d’un appartement que l’on ne vend pas? L’administration propose sans vergogne — cas réel qui m’a été rapporté — de redresser la valeur de votre rez-de-chaussée sur cour en la comparant à celle des appartements situés en étage élevé avec une vue magnifique… L’arbitraire tient aussi une place désormais reconnue à travers le fait qu’il est possible de sanctionner des montages fiscaux où dominerait l’intention d’optimisation [de même que les députés de la majorité présidentielle ont accordé aux préfets le pouvoir d'arrestation préventive, ce qui a produit l'effet immédiat, dès décembre 2018, de 50 heures de garde à vue, ponctuées de nombreuses humiliations, pour... une paire de lunettes de protection et un "mini fumigène"]. L’Etat s’autorise à sonder les cœurs en jugeant des buts d’une action et en la punissant quand bien même elle respecte les règles.

Nos gouvernants qui protègent [?] notre système fiscal tout en étant victimes [c'est du Babeau ! Nul n'est censé ignorer la loi, hormis au gouvernement ?] de ses roueries souffrent d’une sorte de syndrome de Stockholm, selon Olivier Babeau [les ministres sont des victimes, mais le contribuable de base est un mauvais payeur, un odieux réfractaire à la solidarité nationale ?]. 
"C’est bien là le drame", tente de nous convaincre Babeau [même si le drame est plutôt celui vécu par le citoyen qui ne peut payer sans se priver, alors qu'un secrétaire d'Etat au Commerce extérieur de Hollande, Thomas Thévenoud, joueur de Scrabble en séance de l'Assemblée, peut opposer une "phobie administrative" (2014) et se voir condamner pour une fraude fiscale de 2012 à du sursis en janvier 2016]. 
Bercy est une forteresse si puissante, la dépendance de notre Etat à l’égard de ceux [parlementaires et ministres potentiels] qui assurent les recettes de son fonctionnement [sic] est si absolue, qu’aucune remise en cause de notre jungle fiscale ne semble vraisemblable.

Le "monde nouveau" de Macron fait du sur-place
En réponse à 20Minutes qui s'interroge gravement : "Les 21 ministres rattrapés par le fisc sont-ils de mauvais contribuables ?Sibeth Ndiaye, porte-parole du Gouvernement, Philippe, et Amélie de Montchalin, secrétaire d’Etat chargée des Affaires européennes, répondent : ces ministres étaient "de bonne foi". 
Solidarité nationale, non, mais solidarité gouvernementale, oui.

Qui sont ces 21 ministres "exemplaires" de Macron ?
Nul ne saura ! Le secret est mieux gardé que celui des livraisons d'armes de la France au Yémen en guerre...
Seul le cas Laura Flessel nous est donné en pâture. 
Résultat de recherche d'images pour "denis colovic"L'affaire commence lors de la nomination de l'ancienne escrimeuse au gouvernement, en mai 2017. Comme chaque nouveau ministre, elle est soumise à un contrôle fiscal supervisé par la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP). Les comptes du couple, ainsi que ceux de la société dont ils sont conjointement actionnaires, sont alors minutieusement épluchés. L'entreprise, créée en 2006 pour gérer les droits à l'image de la quintuple médaillée olympique, dite "la guêpe" attire l'attention de l'administration fiscale. 
Cette dernière s'interroge sur d'importantes sommes d'argent qui transitent depuis le compte de la société jusque sur celui des époux Laura Flessel-Denis Colovic. "Des revenus qui n'ont par ailleurs pas été déclarés au fisc et alimentent donc un soupçon d'abus de bien social", indique Le Monde.
La société, Flessel & Co, a fait l'objet d'une "dissolution anticipée", le 30 septembre 2017. 
Depuis l'info est verrouillée.

jeudi 18 avril 2019

Humanisme : sa grandeur Macron vend des armes qui tuent au Yémen


Le socialiste Le Drian continue de faire commerce de la mort

Quelles armes françaises sont utilisées au Yémen ?

Résultat de recherche d'images pour "Macron emir arabie"La France a augmenté ses ventes d’armes aux belligérants depuis que l’Arabie saoudite a lancé, le 25 mars 2015, une opération militaire au Yémen, à la tête d’une coalition de dix pays. 
En 2015, l'Arabie saoudite a lancé un blocus qui empêche l'importation de produits alimentaires, déclenchant la plus grande crise humanitaire du moment. Le Yémen - qui contrôle avec Djibouti le détroit de Bab-el-Mandeb ouvrant sur le canal de Suez - se classe 178e sur 189 pays à l'indice de développement humain de l'ONU en 2017. Human Rights Watch a rapporté de la discrimination et de la violence envers les femmes yéménites et a dénoncé l'abolition de l'âge minimum du mariage pour les femmes, fixé à 15 ans (16 ans en Arabie saoudite, depuis 2013).
Selon Amnesty International et l’Observatoire de l’armement, la France aurait accordé en 2015 et 2016 des licences à des entreprises françaises pour la fourniture de matériels de guerre – et assimilés – pour un montant de plus de 19 milliards d’euros à l’Arabie saoudite et pour un montant de 25,6 milliards d’euros aux Emirats arabes unis (EAU).

Selon le rapport annuel du traité sur le commerce des armes (TCA), la France a livré à l’Arabie saoudite 115 véhicules blindés de combat Aravis et 745 fusils de précision en 2015, 276 véhicules blindés de combat, deux systèmes d’artillerie de gros calibre (90 et 105 mm) et 500 fusils de précision en 2016. 29 missiles ont été livrés aux Emirats arabes unis en 2016.

Le gouvernement français continue à autoriser la signature de nouveaux contrats comme en novembre 2017
un contrat pour la vente de corvettes Gowind 2500 (petit navire de guerre, léger et rapide) aux Emirats arabes unis ou, début janvier 2018, la fourniture de patrouilleurs de type Combattante FS56, à l’Arabie saoudite

Par ailleurs, des canons Caesar auraient été livrés à Riyad en 2017 et des négociations sont en cours pour la vente de blindés Titus. La coopération bilatérale entre Paris et le royaume se poursuit également avec, en octobre 2017, un exercice militaire commun pour la pratique du combat en zone montagneuse entre forces spéciales françaises et saoudiennes dans la région de Taëf.

Selon Amnesty International, l’utilisation d’armes françaises dans le conflit yéménite est établie, notamment des chars Leclerc et des Mirage 2000-9 fournis aux Emirats. La France continue à livrer des munitions probablement utilisées au Yémen, à assurer la maintenance et à fournir une assistance technique pour des matériels engagés au Yémen, à l’exemple des chars Leclerc.

Dans quel cadre la France vend-elle des armes et qui décide ?

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La France est couverte par des engagements internationaux dans le cadre du traité sur le commerce des armes (TCA
), adopté par l’Assemblée générale des Nations unies en 2013, qu’elle a ratifié en 2014, et de la position commune de l’Union européenne établie en 2008. 
Ce droit international est toutefois sujet à interprétation. "Les deux textes fixent une liste de critères mais ce sont bien les gouvernements nationaux qui autorisent ou non les exportations, selon leurs propres règles et leur propre interprétation de ces critères", explique Lucie Béraud-Sudreau, chercheuse à l’International Institute for Strategic Studies (IISS) à Londres.

Concrètement, la décision est prise par le premier ministre
sur avis de la Commission interministérielle pour l’étude des exportations de matériels de guerre (CIEEMG), composée de représentants des ministères des Affaires étrangères, des Armées et de l’Economie. C’est elle qui examine les demandes de licence effectuées par les entreprises auprès de l’Etat.

"Nous devons demander une autorisation, avant même de pouvoir commencer à négocier un contrat, confirme un important industriel français du secteur de l’armement. Puis ces négociations sont suivies de près par l’Etat. Et, à la fin, il vérifie que le matériel livré correspond bien à ce qui a été autorisé. On ne nous signe jamais une autorisation en blanc. Les procédures sont très strictes."


Dans les cas les plus difficiles, la décision est renvoyée à une réunion " post-CIEEMG", d’un niveau hiérarchique supérieur, et, si le désaccord persiste, au président de la République.
Chaque année, la France rend compte de ses exportations d’armes dans plusieurs rapports, notamment au Parlement (le député LREM, un ex-socialiste ,
Jean-Jacques Bridey), au TCA et au registre des Nations unies sur les armes classiques. 
Déjà soupçonné d’avoir cumulé illégalement ses indemnités, JJ Bridey, président de la commission de la défense à l’Assemblée nationale, a aussi laissé derrière lui une montagne de notes de frais en quittant ses fonctions locales à l’été 2017. Mais il ne se souvient plus du nom des personnes avec qui il dînait.

Mais cette transparence gouvernementale a des limites. 
L’information arrive avec retard au Parlement et reste insuffisamment détaillée, ne suscitant ni vrai débat, ni contrôle efficace.

Que représente pour la France la vente d’armes aux pays étrangers ?
Le secteur des industries de défense est prospère en France. 
Des armes françaises tuent au Yémen
Des chars Leclerc français appartenant à
la coalition militaire menée par
l’Arabie saoudite interviennent au Yémen
Il compte une dizaine de grands groupes, comme Thales, Dassault, MBDA ou Airbus, mais aussi 4.000 petites ou moyennes entreprises réparties sur tout le territoire français. Selon la Direction générale de l’armement (DGA), les industries de défense représentent "165.000 emplois directs à haute technicité et non délocalisables, et un chiffre d’affaires de 15 milliards d’euros par an, hors activité de maintenance".

La France est un des rares pays au monde à pouvoir produire seule un avion de chasse ou à pouvoir concevoir et fabriquer un sous-marin nucléaire. Elle a également la capacité de fabriquer des missiles, des chars et des navires, mais aussi des radars et équipements de télécommunication ou des satellites d’observation. Elle est capable de lancer ces satellites sans dépendre de personne. 
Préserver cette autonomie coûte cher. C’est pourquoi les entreprises françaises se sont organisées pour exporter, de façon à pouvoir financer le développement de nouveaux systèmes d’armes que la France ne pourrait pas s’offrir seule.

"C’est le général de Gaulle qui a mis en place une politique étrangère et de défense axée sur la question de l’indépendance", rappelle Lucie Béraud-Sudreau. Ce choix est lié, notamment, à celui de disposer de l’arme nucléaire.

Interrogés pour savoir s’ils redoutent d’êtres mis en cause pénalement, les grands groupes du secteur militaire que nous avons joints se défendent d’avoir commis des actes illégaux. Naval Group, qui a vendu des frégates à l’Arabie saoudite, assure qu’il "respecte scrupuleusement la loi". Chez Dassault Aviation, on répond que "l’exportation de matériel militaire français est totalement contrôlée par l’Etat". La réaction est similaire dans toutes les entreprises concernées qui acceptent de communiquer.

Pourquoi le marché saoudien est-il autant convoité ?

Résultat de recherche d'images pour "MBS en visite en France 8 avril 2018"
Les dépenses militaires dans le monde ont connu une hausse en 2016 de + 0,4 % pour atteindre 1.544,3 milliards d’euros, soit 2,2 % du PIB mondial ou… l’intégralité du PIB de l’Inde. L’Arabie saoudite arrive en 4e position derrière la Russie, la Chine et les Etats-Unis, en tête avec 497 milliards d’euros. En 2016, Riyad avait dépensé 51,8 milliards d’euros, un chiffre en baisse. Mais, depuis, elle se rattrape. En visite à Londres début mars, le prince saoudien Mohammed Ben Salmane (MBS) a fait son marché. Il est reparti après avoir acheté 48 avions de combat Eurofighter Typhoon, un contrat potentiel de plusieurs milliards d’euros et signé un protocole d’accord avec le groupe de défense britannique BAE Systems. Selon l’ONG Avaaz, la valeur des exportations d’armes britanniques vers l’Arabie saoudite s’élevait à 1,22 milliard d’euros pour le seul premier semestre 2017.

Liée par un partenariat datant de 1945, qui assure au royaume une protection militaire contre un accès privilégié au pétrole, l’Arabie saoudite est toujours dépendante de son allié américain en termes militaires. En mars 2018, MBS a effectué une tournée aux Etats-Unis en pays ami. C’est en effet à Riyad, en mai 2017 que Donald Trump a effectué son premier déplacement présidentiel à l’étranger. A cette occasion, les deux pays avaient annoncé des méga-contrats excédant 380 milliards de dollars (309 milliards d’euros), dont 110 (89,6 milliards d’euros) pour des ventes d’armes américaines à Riyad. 
Après Washington, MBS devait se rendre en France, après une première rencontre-éclair à l'aéroport de Ryad, quand Macron avait fait un crochet en Arabie Saoudite au moment de sa visite à Abu Dhabi. Prévue fin février, la date de son voyage a été reportée au 8 avril, pour trois jours, contre trois semaines aux Etats-Unis.