Le divorce profite aux mères: un père s'en indigne depuis le sommet d'une grue
Cet homme est de ceux qui veulent assumer leur paternité
Les pères ne portent pas les bébés
et leur attachement à leur enfant
n'en a que plus de valeur
Serge Charnay est retranché en haut d'une grue à Nantes depuis vendredi pour rétablir son droit de visite auprès de son fils.
Ce père de 42 ans a déclaré dimanche midi à des journalistes, présents au pied de la grue, qu'il n'a pas l'intention de descendre tant que ses revendications ne seront pas satisfaites. Un(e) juge l'a privé du droit de visite de son fils il y a deux ans, à la suite de sa condamnation pour soustraction d'enfant.
Les pouvoirs publics prétendent vouloir venir en aide au père désespéré
Sans eau et sans vivres, le papa peut voir sa situation devenir critique.
S. Charnay "n'a pas bu depuis (samedi) matin" "et n'a plus de nourriture.
A Nantes, la préfecture de Loire-Atlantique a affirmé être prête à livrer eau et vivres au père retranché, mais il faut que l'homme les supplie...
"Nous n'avons reçu aucune demande de la part de M. Charnay concernant de l'eau ou de la nourriture. Samedi, lors d'un contact, il n'a parlé ni d'eau ni de nourriture. Nous ne sommes pas hostiles à lui faire porter de l'eau et des vivres, mais je voudrais qu'il confirme cette demande", a assuré Christian Galliard de Lavernée, préfet de région, qui ne prend pas l'initiative.
Humaniste, cet énarque de 63 ans a été fait préfet des Pays de la Loire et préfet de la Loire-Atlantique, département d'origine du Premier ministre Jean-Marc Ayrault, ex-député-maire de Nantes, par Manuel Valls, ministre socialiste de l'Intérieur, le ...30 mai 2012, deux semaines après l'arrivée de Ayrault à Matignon et de Hollande à l'Elysée.
"Tout ravitaillement de nourriture et médicament lui est refusé" par les autorités, a affirmé dans un communiqué Nicolas Moreno, l'autre père qui s'était lui-même retranché dans une seconde grue pendant quelques heures samedi à Nantes, par solidarité avec M. Charnay. Samedi à 17 heures, comme il l'avait annoncé à ses proches, Nicolas Moreno est redescendu de la grue sur laquelle il s'était hissé le matin. "Devenus frères d'armes", Nicolas déclare : "Je ne demande pas de favoritisme, juste la justice et l'égalité entre la mère et le père".
Dimanche midi, "toutes les tentatives de reprise de contact" des services de l'Etat avec M. Charnay n'avaient pas abouti, peut-être en raison d'une panne de batterie de son portable, a froidement commenté M. de Lavernée. Parce qu'il n'agit pas autrement que sur commande, ce préfet a précisé qu'une demande d'approvisionnement pourrait être formulée par l'intermédiaire de M. Moreno.
A la mi-journée dimanche, une tentative d'approvisionnement de Charnay s'était d'ailleurs soldée par un échec.
Un homme s'est approché de la grue avec un sac de nourriture, mais ce sac a été confisqué par deux policiers, avant même d'avoir pu être accroché à une corde pour que le père en révolte puisse le hisser jusqu'à lui. "Je ne veux plus qu'un papa soit obligé de faire une grève de la faim pour réclamer son droit à voir ses enfants, parce que, tant que je suis là, quelques papas renonceront à se foutre en l'air de désespoir", a affirmé S. Charnay, rapporte M. Moreno qui fait état d'un courriel adressé dimanche matin aux media. "Je ne fais pas la grève de la faim et de la soif, je suis assiégé par les forces de l'ordre", a assuré encore le père retranché.
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| Désolé, ils sont de sexes différents ! |
Un troisième père s'est retranché pendant deux heures dimanche matin en haut d'une grue à Strasbourg
Il est redescendu de lui-même après une intervention de la police.
Il se plaint pareilement d'être privé de tout contact avec son fils depuis trois ans.
"Ces deux jours ont été difficiles à gérer et il [M. Charnay] envisage un dépôt de plainte pour mise en danger de la vie d'autrui si la situation perdure", selon ce texte.
"L'être humain ne pouvant se passer de boire durant plus de trois jours, le risque de déshydratation et de mise en danger s'enclenche, aggravé par le fait qu'il [S. Charnay] est exposé au froid, au soleil et au vent", a souligné M. Moreno dans son communiqué.
Dans ce même communiqué, S. Charnay donnait "rendez-vous aux media pour une animation en début d'après-midi", dimanche, sans autre précision.
La ministre déléguée à la Famille, Dominique Bertinotti, gère...
Elle a estimé dimanche qu'il fallait "entendre les revendications des pères" pour la garde des enfants après séparation, mais elle a refusé de se prononcer sur le cas de S. Charnay.
Son action intervient à quelques jours d'une journée nationale de manifestation pour les droits des pères, programmée par l'association SVP Papa mercredi à Nantes, ville du Premier ministre Jean-Marc Ayrault.
Alors que Bertinotti, déjà dépassée sur le "mariage" pour tous, n'a aucun avis sur la question, J Marc Ayrault a demandé à ses ministres de recevoir "SOS papa". Et Christian Dessert, président de Urgence Papa ?
Garde des enfants: le SOS de papas en détresse
"Trop de papas privés de leurs enfants"
"Je n'ai pas vu ma fille depuis 9 mois"
Parité homme-femme: "La garde obtenue par les mères à 75%"
Le coup de gueule des deux pères à Nantes révèle aussi une discrimination à l'égard des pères lorsqu'il s'agit, au terme d'un divorce, de régler la question de la garde et de la résidence des enfants.
Selon le ministère de la Justice, en 2009 (date des dernières statistiques connues), dans 8 % des cas, la résidence principale des enfants a été confiée au père après un divorce ; contre 74,6 % à la mère et 16,9 % aux deux parents, en résidence alternée. Un écart qui se creuse encore plus lorsque les enfants sont jeunes. Les juges aux affaires familiales hésitent, en effet, à séparer les enfants de moins de 5 ans de leur mère ; quitte à entériner le vieux schéma selon lequel la mère doit garder son enfant…
Presque onze ans après son instauration par la loi du 4 mars 2002, la résidence alternée des enfants - une semaine chez le père, une semaine chez la mère - suscite toujours autant de débats, alors qu'elle connaît un engouement, notamment dans les milieux urbains et aisés.
La résidence alternée concernait en 2012 entre 15 et 20 % des enfants de couples divorcés contre moins de 5 % dix ans auparavant. Un pourcentage qui devrait augmenter dans les années à venir.
D'ores et déjà, plusieurs propositions de loi incitent à un recours plus fréquent voire systématique à la résidence partagée; et plus précoce en ce qui concerne l'âge de l'enfant. L'association d'aide aux pères divorcés, Urgence Papa, plaide pour faire de la garde alternée une norme plutôt qu'une exception.