Tentative de préservation de la famille naturelle
Le débat sur le mariage homosexuel s'est poursuivi mardi, en séance de nuit à l'Assemblée
La majorité met en avant l'égalité des droits, l'opposition fait valoir les dangers du "négationisme" de la différenciation sexuelle. Les tenants de la Science nient les différences, aussi bien physiologiques que biologiques, admises par l'Université.
La majorité se réfugie dans le droit
"C'est un acte d'égalité. Il ne s'agit pas d'un mariage au rabais, il ne s'agit pas d'une ruse, pas d'une entourloupe, il s'agit d'un mariage avec toute sa charge symbolique, et toutes ses règles d'ordre public", avait affirmé à l'ouverture des débats, la ministre de la Justice, Christiane Taubira, totalement arc-boutée dans la subjectivité.
La ministre déléguée à la Famille, Dominique Bertinotti, a ensuite décelé une "avancée" que représente le projet de loi, qui, selon elle, un soupçon "bisounours", donne une "vision généreuse de la famille", afin que "plus personne ne soit clandestin dans la République".
Avec lyrisme, le rapporteur du texte, le PS Erwann Binet, a affirmé que, pour les homosexuels, "après le temps du châtiment, le temps de la tolérance, est venu maintenant le temps des cerises de l'égalité".
L'opposition a réagi par un tir de barrage
La première salve est venue de l'ancien conseiller de Nicolas Sarkozy, Henri Guaino.
"Ce texte touche à la conscience de chacun", a-t-il souligné ému, en ouverture. "Le gouvernement dit amour, liberté, égalité des droits, soulignant, mais le mariage, ce n'est pas l'égalité des droits, c'est une institution ! "
Evoquant "le million de personnes qui ont manifesté", "allons nous leur répondre par ces deux mots terribles "taisez-vous' ? Qui peut croire que la République n'en sortira pas blessée!", a-t-il insisté.
La nature est-elle mal faite ?
"Qu'y a-t-il derrière votre texte sinon la négation de la différenciation des sexes?" "Votre texte, c'est donner le droit d'avoir des enfants à ceux à qui la nature n'a pas donné ce droit ! " a-t-il lancé, ovationné par les députés protecteurs de la nature du mariage.
En fin d'après-midi, les députés de la majorité ont repoussé deux motions de procédure présentées par l'opposition, l'une de rejet préalable défendue par Henri Guaino, l'autre de renvoi en commission défendue par Jean-Frédéric Poisson.
La discussion générale s'est poursuivie en séance de nuit.
Avant que le projet ne soit voté, l'adjudant de quartier des députés godillots, Bruno Le Roux a exprimé "une grande loi de fraternité". "C'est une loi qui ouvre les yeux sur la diversité des familles, une loi qui adapte le code civil aux évolutions de la société (...) Il était temps que la France rattrape ses voisins !", a-t-il poursuivi l'imitateur, conforté par les ...conservateurs ...britanniques qui s'apprêtent à faire adopter un projet en faveur du mariage gay.
Philippe Gosselin, l'un des principaux orateurs de l'UMP, a mis en garde contre la PMA (procréation médicalement assistée) "qui interviendra dans quelque semaines". Par les voies naturelles ?
"La PMA, a-t-il poursuivi, engendrera ensuite la GPA (gestation pour autrui). Ce sera la logique de l'enfant à tout prix. "Mariage + adoption = PMA + GPA. Non, nous ne voulons pas d'une loi à la découpe", a-t-il asséné. "Votre projet, a-t-il aussi lancé, c'est une offensive ultra libérale voire libertaire comme on n'en a pas connu depuis mai 68 ! " Mais c'est bien le but rechercé et le prix à faire payer aux autres pour passer pour moderne et sans tabou...
"La PMA, a-t-il poursuivi, engendrera ensuite la GPA (gestation pour autrui). Ce sera la logique de l'enfant à tout prix. "Mariage + adoption = PMA + GPA. Non, nous ne voulons pas d'une loi à la découpe", a-t-il asséné. "Votre projet, a-t-il aussi lancé, c'est une offensive ultra libérale voire libertaire comme on n'en a pas connu depuis mai 68 ! " Mais c'est bien le but rechercé et le prix à faire payer aux autres pour passer pour moderne et sans tabou...
Ce n'est sans doute que vendredi que commencera la bataille autour des quelque 5.000 amendements
Ils ont été en quasi-totalité déposés par l'opposition, mais sans commune mesure avec les 6 000 amendements déposés par le seul groupe communiste en commission des lois, en juin 2003, lors du débat sur le financement des retraites.
Le record absolu fut atteint à l'été 2006 par les socialistes et les communistes opposés au projet de loi relatif au secteur de l'énergie: 137 537 amendements (43 725 pour le PS et 93 676 pour le PCF), soit six fois le nombre annuel d'amendements discutés chaque année. D'après la chaîne d'information i>télé, le coût de la duplication de ces propositions d'amendements (afin que chaque député présent puisse avoir une copie de chacun) s'éleva à environ 500 000 euros et représenta 4 fois la hauteur de la tour Eiffel. Cette fois le débat pourrait durer jusqu'au 10 février, avec un vote prévu le 12.
Lors des questions au gouvernement, le Premier ministre Jean-Marc Ayrault avait fait le "pari" que "dans quelques années", la droite jugerait que le mariage homosexuel constitue une "avancée", comme elle l'estime aujourd'hui pour le Pacte civil de solidarité (Pacs) qu'elle avait combattu il y a quinze ans, bien qu'il n'ait pas suffi à ouvrir la voie à la PMA et à la GPA.
Ayrault avait bien évidemment traité par le mépris les abjurations du chef de file des députés UMP, Christian Jacob, qui lui avait demandé de "reporter l'examen du texte" dans l'attente de l'avis du comité national d'éthique sur la procréation médicalement assistée (PMA), pourtant écartée du texte. "Vous avez peur du peuple car vous n'osez pas le consulter par référendum", a également lancé Ch. Jacob, reprenant ce qui constituera un des axes de contestation de l'opposition.
Une centaine de catholiques intégristes avait récité le chapelet
Alors que débutait la séance de nuit, des croyants offensés ont pratiqué des prières de rue à quelques mètres du Palais-Bourbon, pour demander à "la Vierge Marie" de "changer l'attitude des parlementaires" favorables au projet de loi sur le mariage homosexuel.
Quelques élus de gauche ont tenté de déloger les membres de Civitas peu avant 20 heures.
Mais ils ont été empêchés par des CRS qui assuraient la sécurité de la veillée de prières. Hyper-excité, le député PS Yann Galut et des assistants parlementaires sont allés demander des comptes aux fonctionnaires de police en brandissant leur carte de député.
