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lundi 29 mai 2017

Affaire Ferrand : Cambadélis dénonce un "enrichissement personnel"

Le PS ne partage pas la vision de la paire Macron-Ferrand sur la moralisation de la vie publique

"Il y a évidemment un aspect d'enrichissement personnel, via une mutuelle qui organise normalement la solidarité"

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Homme intègre-type de la Macronie
Suite aux révélations du Canard enchaîné sur le montage financier d'une affaire immobilière impliquant le ministre de la Cohésion des territoires dans le gouvernement Philippe, Jean-Christophe Cambadélis, premier secrétaire du Parti socialiste, a dénoncé vendredi au micro de BFMTV l'atteinte morale que constitue l'"aspect d''enrichissement personnel" de cette opération  de Richard Ferrand.

Résultat de recherche d'images pour "dessin Ferrand richard"Selon Le Canard enchaîné, Mutuelles de Bretagne, dont Richard Ferrand était le directeur général, a souhaité en 2011 créer des locaux commerciaux à Brest pour ouvrir un centre de soins et, parmi trois offres, a choisi celle d'une société immobilière appartenant précisément à la compagne du ministre.
Ferrand se défend en affirmant qu'il n'était plus en lien avec Mutuelles de Bretagne. Or, il n'avait pas rompu avec la  mutuelle: le député était resté en rapport avec le conseil d'administration, en qualité de ...chargé de mission. 

Jean-Christophe Cambadélis a également pointé "la possibilité d'engager son fils" comme assistant parlementaire

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Un autre volet des révélations de l'hebdomadaire satirique évoque en effet l'embauche du fils de Richard Ferrand (ci-contre) entre janvier et mai 2014 comme collaborateur parlementaire de son père. Le député socialiste lui aurait versé 8.704 euros brut sur l'ensemble de la période.
Résultat de recherche d'images pour "dessin Ferrand richard"
Ce qui serait une somme anodine, selon Benjamin Griveaux. Pourtant, Richard Ferrand a déclaré mercredi que "si c'était à refaire", il "ne le referai(t) pas", déplorant qu'"aujourd'hui (...) il y a un rejet total de l'idée qu'un parlementaire puisse embaucher l'un de ses proches".

En février dernier, Ferrand était encore intransigeant, mais avec les autres...
"Ce qui est à la fois licite mais moralement répréhensible", a jugé Cambadélis, également sur BFMTV

Cambadélis prédit la démission du ministre de Macron
Jean-Christophe Cambadélis a pronostiqué une possible "démission" du ministre de la Cohésion des territoires : 
"Acte 1 : un journal satirique ou autre révèle une affaire. 
Acte 2 : l'homme politique dit 'Il n'y a rien à voir, circulez'. 
Acte 3 : il y a l'explication la semaine suivante de cette affaire. 
Acte 4 : il démissionne." 

Richard Ferrand a encore exclu jeudi de démissionner
et se dit "coupable de rien, ni sur le plan légal, ni sur le plan moral". Sous Mitterrand, le premier ministre Edith Cresson aussi était "responsable, mais pas coupable"; le renouvellement n'a rien changé.

Le premier secrétaire du Parti socialiste a craint que "cette affaire" devienne "l'affaire principale de cette élection". 
"Pendant la présidentielle, tout a tourné autour de M. Fillon. Là, tout va tourner autour de M. Ferrand", a conclu Jean-Christophe Cambadélis, patron du PS.

samedi 27 mai 2017

Affaire Ferrand: la Justice assume son décalage avec la morale et l'opinion

Le Parquet selon Bayrou fait bloc derrière le ministre préféré de Macron

Le Parquet national financier (PNF) se déclare incompétent "à ce stade" pour ouvrir une enquête

Résultat d’images pour richard ferrand
Le PNF ne compte pas se saisir de l'affaire immobilière impliquant le ministre Richard Ferrand", car les infractions révélées dans la presse ne rentreraient pas dans le champ de compétences du PNF, selon les juges financiers dépendants de François Bayrou, ministre de la Justice, mercredi de source proche du dossier.
Des infractions qui ne rentrent pas dans les compétences du PNF: le Parquet de la République se satisfait d'une simple lecture du journal satirique.  "A la lecture du Canard enchaîné et au vu de l'article 705 du code de procédure pénale" qui énumère les infractions qu'il couvre, "les faits évoqués à ce stade n'entrent pas dans le champ de compétence du PNF", a affirmé cette source. 
La morale politique exigeant des explications approfondies, le parti Les Républicains avait auparavant annoncé son intention de saisir le PNF pour qu'il ouvre une enquête sur les "agissements" présumés du ministre de la Cohésion des territoires. Cette saisine se ferait au moyen de l'article 40 du code de procédure pénale qui oblige les autorités publiques à dénoncer des délits éventuels dont ils auraient connaissance.

Au ministère de la Justice, Bayrou fait circuler la patate chaude.
Seul le Parquet de Brest serait pour l'heure compétent pour se saisir du dossier. Mercredi soir, Les Républicains ont d'ailleurs également annoncé  qu'ils comptaient saisir le procureur de la République de Brest, compte tenu de faits présumés "d'une gravité certaine" et qui "pourraient revêtir plusieurs qualifications pénales", a indiqué le secrétaire général du parti, Bernard Accoyer, dans un communiqué.

Selon le Canard enchaîné de mercredi, les Mutuelles de Bretagne, dont Richard Ferrand, ministre de la Cohésion des territoires, était le directeur-général au moment du montage financier irrégulier et jusqu'en 2012, ont loué à partir de 2011 des locaux commerciaux appartenant à sa compagne pour un loyer annuel de 42.000 euros et au nom d'une SCI qui n'était pas encore constituée au moment de l'attribution du marché par le conseil d'administration des Mutuelles dirigées par le compagnon de la bénéficiaire.

Le Parquet de Brest s'aligne sur Paris et n'ouvrira pas d'enquête sur Ferrand

Les révélations du Canard enchaîné ne changent rien. Elles jettent pourtant sur la place publique un montage financier de Richard Ferrand au profit de sa compagne et l'emploi d'assistant parlementaire dont a bénéficié son fils. Mais elles  ne permettent pas d'ouvrir une enquête, selon le procureur de la République de Brest, vendredi. 
"Il apparaît qu'en l'état, aucun des faits relatés n'est susceptible de relever d'une ou plusieurs qualifications pénales permettant d'ouvrir une enquête préliminaire", annonce le procureur, Eric Mathias, dans un communiqué.

Le procureur de Brest confirme avoir reçu un signalement de la part de l'avocat du parti Les Républicains.
Vendredi, le député Les Républicains et ancien magistrat George Fenech a annoncé  avoir saisi l'autorité de contrôle prudentiel et de résolution, organe de supervision des banques et des assurances, pour "forte suspicion" sur "les conditions d'occupation, de fixation des loyers et des montants des travaux".

Maître du PNF et du Parquet de Brest, le ministre de la Justice ne s'est encore pas exprimé sur le débat politique ouvert.

jeudi 23 février 2017

Pour sauver Alstom, le gouvernement commande des TGV mais les fait payer par son entreprise, la SNCF

Au final, la facture du contribuable s'élève à plus de 450 millions d'euros

Conflit d'intérêts de l'Etat-PS

Pour sauver l'usine Alstom et maintenir la présence socialiste à Belfort, le gouvernement commande 15 TGV en octobre et envoie la facture à son entreprise publique, la SNCF. Le plan de sauvetage de l’usine ferroviaire Alstom de Belfort fait l’unanimité contre lui, entre soupçons de manœuvre électorale et incongruité de l’achat de rames TGV… destinées aux lignes Intercités.
En octobre dernier, le journal Le Monde exultait en annonçant comme une affaire que l'État allait signer — en son nom propre et non pas celui de la SNCF — un chèque de plus d'un demi-milliard d'euros pour passer commande d'un lot comprenant notamment 6 rames TGV pour la ligne grande vitesse Paris-Turin-Milan, mais aussi 15… pour le réseau intercités, ainsi que 20 locomotives dépanneuses diesel pour le remorquage des trains en panne.
Le sauvetage du site de Belfort - et ses 400 emplois - par une commande de l'Etat a provoqué de vives réactions indignées dans les media, du Figaro à l'Humanité, via le Monde. Tous voyaient dans ce plan des arrière-pensées électorales et émettaient des doutes sur ses chances d'arriver en gare aux prochaines échéances électorales. Comble de sottise du wagon de hauts-fonctionnaires entourant le chef de gare Sapin: l'absurdité de mettre des TGV sur des lignes régionales. 
Mais le projet allait dans le Sens de l'Histoire, selon les vaches progressistes postées au bord des voies du train du Progrès. 

C'est finalement la SNCF, qui n'avait initialement pas besoin de ces trains, qui va payer la facture. La commande de 15 TGV promise par le gouvernement en octobre sera finalement payée - en 2019 -  par la SNCF. 
Cette transaction entre soi était à l'ordre du jour du conseil d'administration de la SNCF du 23 février. Avec un prix à l'unité légèrement inférieur à 27 millions d'euros, le marché devrait se chiffrer aux alentours de 415 millions. S'y ajouteront une soixantaine de millions de frais complémentaires, soit plus ou moins 475 millions, au total
Lors de la décision politique du gouvernement, de nombreuses voix avaient fait valoir que la SNCF n'a pas besoin de ces trains à grande vitesse.

A tel point que ces rames à double étage devaient initialement rouler entre Bordeaux et Marseille sur une ligne classique où les voies sont inadaptées aux TGV et la circulation ralentie: il était apparu concevable au pouvoir central parisien que les Marseillais puissent se rendre à Bordeaux dans un TGV rutilant, mais qu'ils doivent encore patienter 10 ans avant d'avoir les rails adéquats et de réduire la durée du voyage, afin de pérenniser l'emploi sur le site historique d'Alstom. "On est revenus sur l'idée que ce seraient des rames TGV qui rouleraient sur des lignes normales, ce qui paraissait peu cohérent", a admis un porte-parole de la SNCF. 

Il est désormais prévu que ces 15 rames viennent rejoindre, en 2019 et 2020, le parc de TGV destinés à circuler sur la ligne TGV Sud Europe Atlantique (SEA), entre Paris et Bordeaux.

Rappelez-vous mai 2014, déjà...
cf. "Trains régionaux: l’incroyable raté du tandem SNCF-RFF"
(lien PaSiDupes)

La SNCF qui se voit imposer cet achat bénéficiera d'une baisse de taxe...

Un manque à gagner pour les services fiscaux à Bercy...
Alors la SNCF raconte que cette commande lui permettra d'économiser les 150 millions d'euros prévus pour rénover 24 vieilles rames TGV, dont "certaines ont quasiment 35 ans". 

Le groupe ferroviaire prévoit également "plusieurs centaines de milliers d'euros économisés en termes de maintenance", car le parc TGV sera plus ..."homogène". "C'est finalement une opération qui est profitable [sic], et une solution en tout cas qui est bien meilleure que la solution antérieure qui avait été envisagée, qui était peu cohérente et coûteuse, particulièrement pour la SNCF", argumente la compagnie. 

Un raisonnement qui peut dérailler en cours de route.
En effet, il est prévu que l'Etat "rembourse" la SNCF, via une baisse de la Contribution de solidarité territoriale (CST), une taxe acquittée par la compagnie pour financer le déficit chronique des lignes Intercités. Sur les cinq prochaines années, la remise atteindrait 420 millions d'euros.

Mais cette affaire de "fausses factures" comporte plusieurs risques
Puisque la commande, d'une part, et la compensation, de l'autre, ne sont pas liés, un futur gouvernement pourrait remettre en cause ce montage financier qui annule la dette de la compagnie ferroviaire nationale mais qui fait supporter son montant par le contribuable. 

Et puis l'Union européenne pourrait dénoncer cet avantage fiscal du gouvernement et la concurrence déloyale qu'il constitue. La commande publique de quinze rames TGV à Alstom, destinée à sauver le site de Belfort, est menacée par des raisons juridiques, selon une note interne du ministère de l’Économie, à la connaissance de Michel Sapin. Le gouvernement Cazeneuve enfreint la règle de respect de la concurrence et de la réglementation définie dans l’article 107 du traité de Lisbonne, votée en 2008 par le PS.

Le site de Belfort reste menacé, des milliers d’emplois risquent de disparaître

Aucune solution pérenne n’a été trouvée.
La nationalisation temporaire reste la seule option viable.

Mais Hollande s'est rendu à Belfort pour se déclarer confiant...
"L'État et Alstom tiennent leurs engagements" pour sauver l'usine Alstom de Belfort (Territoire de Belfort) a assuré vendredi le secrétaire d'État à l'Industrie, à une semaine de la confirmation définitive, le 23 février.
"Nous avons pu obtenir qu'un certain nombre de commandes soient prises" (tournure impersonnelle qui le dédouane de toute responsabilité) pour garnir le plan de charge de l'usine de Belfort, a rappelé le chef de l’État mercredi 22 février dans un discours devant une partie des 490 salariés de l'usine. La "plus importante" de ces commandes est celle concernant les 15 rames "qui seront mises en circulation sur la ligne Bordeaux-Paris", a précisé Hollande, sans attendre la décision officielle de la SNCF. "La décision est pour demain [jeudi 23]. C'est la SNCF qui va la prendre, mais, selon nos informations, il y a de bonnes chances pour que ce soit le cas".
"Nous espérons que le président sera assez influent pour que les dirigeants de la SNCF valident les commandes", entre 470 et 480 millions d'euros pour cette commande, livrable en ...2019 et 2020, a commenté Olivier Kohler, délégué CFDT, proche du PS, après le discours du chef de l’État déserteur.