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jeudi 13 octobre 2016

Nivellement par le bas: le Nobel de littérature 2016 à Bob Dylan

Et le Goncourt à NTM (Nique ta mère) pour son "flow lyrique hardcore" ?

Dylan, un "poète" que Fleur Pellerin a pu "lire" ! ...


Prix Nobel 2014, Patrick Modiano peut-il s'enorgueillir de ce voisinage ?
L’Académie suédoise a choisi de récompenser le musicien et... "poète" américain, 75 ans, "pour avoir créé […] de nouveaux modes d’expression poétique dans le cadre de la grande tradition de la musique américaine", a estimé la secrétaire générale de l’Académie suédoise, Sara Danius, professeur de littérature à l'université et spécialiste de Balzac, Stendhal, Proust ou James Joyce, dont aucun n'a été récompensé, à la différence de... Anatole France, Romain Rolland, Anatole France, Roger Martin du Gard ou André Gide.

L’Américain, premier musicien à être récompensé par l’académie depuis la création du prix de littérature en 1901, succède à la Biélorusse Svetlana Alexievitch. Il faut bien une femme tous les trois ans. Il faut toutefois remonter encore à 2009 et à la ô combien célèbre, Herta Müller, une Roumaine, ou à Doris Lessing (2007), militante marxiste, anticolonialiste et anti-apartheid, représentative de l'orientation du jury Nobel. A ceci près qu'en 2001, lors d'une conférence au Festival du Livre d'Édimbourg, elle tacla les féministes qui l'avaient pourtant célébrée des années plus tôt pour 'The Golden Notebook", les qualifiant de "femmes devenues horribles avec les hommes".

"Bob Dylan écrit une poésie pour l’oreille"
C'est une justification fournie par S. Danius, membre du comité directeur de l'Académie Royale des Lettres de Suède depuis 2010, affirmant à la télévision publique SVT que les membres de l’académie avaient manifesté "une grande cohésion" dans ce choix. "Il s’inscrit dans une longue tradition qui remonte à William Blake" [sic], le célèbre poète anglais mort en 1827, a-t-elle osé, citant Visions of Johanna et Chimes of Freedom. 
Si William Blake méritait mieux, Dylan s'inscrit en revanche indiscutablement dans la poésie surréaliste de la "beat generation" qu'il synthétise dans son œuvre, avec l’austérité militante du folk, la complainte du blues, l’énergie révoltée du rock et la chronique de la vie quotidienne propre à la country. Ainsi doit-il beaucoup à Allen Ginsberg (activiste pacifiste contre la guerre du Viêt Nam, les discriminations sexuelles ou politiques avec les communistes) et Jack Kerouac (prose spontanée, drogues et grands espaces), célébrés par la communauté communauté beatnik.

"Il est extrêmement doué pour la rime. C’est un 'sampleur' [échantilloneur] littéraire qui convoque la grande tradition et peut marier de façon absolument novatrice des musiques de genres différents, des textes de genres différents." Appréciation pédante qui mériterait un début de justification et d'illustration par l'exemple...

A l’occasion d’une cérémonie de remise de trophées, organisée en 2015, l’auteur-compositeur était revenu sur ses interprétations. Présentée par l’Académie suédoise comme une "icône", la frêle légende du folk, 1m71, sortait alors son 37e album, en mars, Fallen Angels.
"Les chansons ne sont pas apparues par magie, je ne les ai pas fabriquées à partir de rien. J’ai appris à écrire des paroles en écoutant des chansons folk et je les ai jouées (…). Je n’ai rien chanté d’autre que des folk songs et elles m’ont ouvert le code pour tout ce qui est de bonne chasse, tout ce qui appartient à tout le monde."
A cette occasion, il avait aussi défendu sa voix : "Mes critiques disent que je mutile mes mélodies, que je rends mes chansons méconnaissables. Vraiment ? (…) Sam Cooke [chanteur de rhythm’n’blues à la voix d’ange] a répondu ceci, quand on lui a dit qu’il avait une belle voix : 'C’est très gentil à vous, mais les voix ne doivent pas être jugées en fonction de leur joliesse. Elles ne comptent que si elles vous convainquent qu’elles disent la vérité'."


Un prix politique pour des textes politiques

Le chanteur engagé a bénéficié de pressions de son milieu sur le Nobel 
Dylan, avec la chanteuse Joan Baez
Depuis des années, le nom de Bob Dylan revenait souvent mais peu d’experts s’attendaient à ce que l’académie cède et récompense un chanteur aussi marqué par son engagement. Né le 24 mai 1941, à Duluth, dans le Minnesota, l’artiste a grandi dans une famille juive de la classe moyenne. Dans sa jeunesse, comme la plupart des adolescents américains, Bob Dylan tombe sous le charme du rock avec Elvis Presley et Jerry Lee Lewis avant de former son propre groupe.

En 1959, étudiant à l’université de Minneapolis, il découvre les pionniers du blues, du country et du folk : Robert Johnson, Hank Williams et Woody Guthrie. En 1961, il abandonne ses études et déménage à New York pour fréquenter la scène musicale embryonnaire de Greenwich Village. C’est à cette époque que Robert Allen Zimmerman adopte son nom de scène Bob Dylan actuel, qui sera aussi le titre de son premier album. Sorti en 1962, c'est est un fiasco.

La percée se produit un an plus tard avec l’album The Freewheelin’ Bob Dylan et ses deux titres folk de protestation : Blowin’ in the Wind, chanson pacifiste d'un objecteur de conscience qui sera un hymne des années 1960 contre la guerre au Vietnam, et une chanson écrite pendant la crise des missiles de Cuba d'octobre 1962, A Hard Rain’s A-Gonna Fall (Une forte pluie va tomber), assez peu personnelle puisque fortement inspirée de la chanson traditionnelle écossaise, Lord Randall.
En 1963, il participe à la marche sur Washington autour de Martin Luther King.

Vers la fin des années 1960, il se détache de plus en plus des fans de folk et des milieux de gauche, refusant d’être l’étendard des contestations et des luttes de l’époque, publiant un recueil de poésie en 1971, Tarantula, et s’essayant même à la peinture et au cinéma. 
Depuis les années 1980, sa soi-disant créativité s’est tarie, malgré des albums remarquables (Oh Mercy en 1989, Time Out of Mind en 1997), alors qu'il s'est converti au christianisme, et le premier volume d’une autobiographie, Chroniques (2004), dont on attend toujours la suite. Dylan donna de "O Little Town of Bethlehem" l'interprétation d'un "vrai croyant", selon ses propres termes" : "Well, I am a true believer." 
Showman infatiguable - un "deal" avec le ciel, selon lui - quoiqu’inégal, il parcourt la route sans relâche – il est ces jours-ci à l’affiche du Desert Trip Festival, en Californie, où il rejouera vendredi 14 octobre en première partie des Rolling Stones, une semaine après un premier concert-événement: à 75 ans, chacune de ses apparitions est vécue comme ultime par ses idolâtres.
Artiste adulé du public folk et des milieux contestataires, l'homme est désabusé et refusa d’assumer ce rôle de musicien engagé, préférant inciter ses admirateurs, comme il l’exprime dans certains de ses textes (Don't follow leaders / Watch the parkin' meters), à penser par eux-mêmes et à renoncer aux gourous, quels qu’ils soient. S'il recherche le contact avec le public, pensant avoir un message à faire passer, il a fui le statut d'idole du public rock et a refusé de se faire enfermer dans son passé, de se laisser fossiliser. En revanche, les honneurs ne le laissent pas de marbre.

"Un pouvoir poétique extraordinaire" ?
Toujours présent là où la gauche radicale l'attend, il a aussi reçu en 2008 le prix Pulitzer, qui récompense traditionnellement des travaux... journalistiques. Il avait été distingué, selon les mots du jury, "pour son profond impact sur la musique populaire et la culture américaine, à travers des compositions lyriques au pouvoir poétique extraordinaire". La presse en est sortie grandie...

Bien qu’il n’ait signé qu’un petit nombre de grands albums après les années fécondes 1965-1975, il reste, au même titre que le tandem Lennon-McCartney, l’un des chanteurs-auteurs-compositeurs les plus honorés de la musique, récompense du peuple de gauche à son militantisme.

C’est le premier Américain à obtenir le prix Nobel de littérature depuis Toni Morrison, en 1993.
Médaille de la Liberté, mai 2012
Le prix Nobel s’accompagne d’une récompense de huit millions de couronnes suédoises,
822.000 euros, que Bob Dylan, de son vrai nom Bob Zimmermann, ne manquera pas de redistribuer au profit d'une quelconque "bonne cause": le peuple palestinien ?

Le dernier opus de Bob Dylan, en mai 2016, Fallen Angels, composé de reprises de Frank Sinatra. Le Nobel récompense un créateur...
En 2012, le président Barack Obama avait dit de lui qu' "il n'y a pas de plus grand géant dans l'histoire de la musique américaine." Il n'y avait pas vu un géant de la littérature.
Une éponge de son époque, comme de la musique populaire du monde.

En 2013, le chanteur folk a été décoré par Aurélie Filippetti, ministre de la Kultur de Ayrault.

Auteur, compositeur et interprète, il a influencé les plus grands noms du rock, de David Bowie à Bruce Springsteen en passant par Tom Waits et Hugues Auffray. Les textes de ses chansons, étudiés dans plusieurs universités anglo-saxonnes orientées, lui valent d'être régulièrement nommé pour le prix Nobel de littérature. Comme ça, c'est fait. Pourtant cette décision socialiste avait fait débat au printemps 2013, certains, à la Grande Chancellerie de l'ordre, estimant qu'il ne méritait pas ce titre en raison de ses positions antimilitaristes et de sa consommation de drogue.
Cette icône américaine de la contre-culture est en effet un habitué des polémiques, notamment pour son militantisme radical en faveur des droits civiques.  Les jurés de l’institution suédoise ont pris là une décision historique, renversante, en suscitant le buzz. C’est la première fois qu’un "chanteur" reçoit cette distinction alors que d’immenses écrivains comme Philip Roth ou Don De Lillo attendent toujours leur tour.
Dylan n’est pas étiqueté "écrivain", encore moins "poète" et comme l'académie n'a pas le pouvoir d'en faire un maître de la littérature, il restera un artiste de divertissement, fût-il politique, et digne du "On n'est pas couché" de Ruquier. 
Si le statut d’écrivain se gagne par le bon usage des mots, des images, de la pensée et des émotions, Brassens aurait pu être honoré avant lui, s'il n'avait été "gaulois"...

Il ne reste plus aux académiciens suédois qu'à honorer les morts, tel l'auteur du Coran, ou les poètes de notre temps, comme le délicat rappeur Orelsan, relaxé par le tribunal de Versailles bien qu'auteur du poétique "Ferme ta gueule ou tu vas te faire marie-trintigner"...

vendredi 5 mars 2010

Stalinisme: l'oppression soviétique que la gauche dissimule derrière le paravent nazi

"Mausolée", un livre témoignage du totalitarisme à l'échelle des sans noms

A ceux qui s'accrochent au miracle du socialisme.

"Bulgarie soviétique (1944-1990).
Un demi-siècle de communisme, de peurs et de trahisons, quand se taire devient le mot d'ordre de la survie. Gaby, sa fille Rada et sa petite-fille Milena survivent. Mais elles disent aussi leur haine du régime et rient de ses absurdités.
En même temps que la peur, elles se transmettent le désir de révolte. Avec férocité. humour et tendresse. "(Decitre)


Entretien avec Rouja Lazarova
« Mausolée » ou le passé retrouvé de Rouja Lazarova

« Mausolée » est son dernier livre. D’une écriture aussi vive qu’inspiré, l’auteur nous plonge, de septembre 1944 à la fin des années 80, dans une Bulgarie hallucinante où l’Etat écrasait littéralement l’individu. Un monde presque surréaliste. Ce texte-témoignage, elle l’avait dans ses tripes depuis vingt ans. Elle avait décidé d’oublier cette souffrance passée. Mais d’un seul coup, tout est revenu. Et cela nous donne un texte fort.

Comment définir « Mausolée » ? Un roman, une autobiographie, un roman autobiographique….
Rouja Lazarova : « Je n’ai pas encore trouvé la bonne réponse à cette question. »

Est-ce l’histoire de votre famille ?
« Mausolée n’est pas l’histoire de ma famille. Ce roman est le résultat de lectures, d’entretiens avec des amis et des inconnus, mais aussi avec mes parents. J’ai interrogé également ma tante qui a nourri le personnage de la grand-mère, mais aussi celui de ma mère, et ainsi de suite. Bien sûr, mes souvenirs tiennent une part importante, mais même là, j’ai mélangé – simplement parce que je ne me souvenais de rien. J’ai interrogé mes copains de l¹école, du lycée, de la fac. J’ai ramassé des anecdotes, des histoires, des impressions, je les ai mises dans le shaker, et j’ai secoué. Ca a donné Mausolée. Un roman. C’est ainsi que je le définirais ».

Il s’agit de votre quatrième roman et jusqu’à présent, vous n’aviez jamais évoqué la Bulgarie. Par choix ? Vous ressentiez un blocage ?


« En arrivant en France, j’ai découvert que les mots « communisme », « socialisme », avaient une signification, une histoire et un vécu différents. Au début, le souvenir de ma souffrance était vivace. Mais comment le dire à mes amis pour qui ces mots sont associés à de belles et nobles idées ? Je me sentais coupable d’avoir souffert d’une idée en laquelle ils croyaient. Quelques années sont passées, et j’ai oublié. Cela s’est effacé jusqu’au moindre relief. Une rencontre a précipité mes souvenirs. J’ai commencé à réfléchir sur la manière de décrire la manière spécifique dont l’Etat communiste écrasait les individus. Les personnages principaux de « Mausolée » sont ceux qui résistaient, chez qui la petite flamme ne s’est jamais éteinte. Ils se révoltaient un jour, et se soumettaient le lendemain. Et recommençaient, par de petits gestes, tout en adhérant au système… C’est un livre sur la résistance individuelle dans un pays où la résistance collective a été détruite. »

Ce bouquin se lit d’une seule respiration. Est-ce qu’il a été écrit aussi simplement que cela ?
« Oui. »

On ressent cette plongée au plus profond de vous- même. Vous avez fait lire le manuscrit à vos proches ?
« Non, ils ne parlent pas français. Mais le roman sera sans doute traduit, ils liront. »


Comment écrivez-vous. Est-ce que cela obéit à un rituel bien particulier ?


« Je ne travaille pas tôt le matin. Ni en soirée. Entre les deux, il faut s’organiser pour que ça fonctionne. »

Nous sommes à quelques jours de la sortie en librairie, que ressentez-vous ? Une peur légitime ou la sensation de vous êtes totalement libérée ?


« Je ne sais pas si je vais me libérer un jour. Je me sens comme si j’avais trouvé un sujet de conversation. C’est assez agréable. »
Propos recueillis par Benoit Vochelet
« Mausolée » de Rouja Lazarova (Flammarion) 19 €.
En libraire à partir de mercredi 14 janvier.


De 1945 à la chute du mur de Berlin, l'Etat communiste a anesthésié les Bulgares. Milena porte l'uniforme à 8 ans et apprend à démonter des kalachnikov. Rouja Lazarova lit un extrait de son dernier roman "Mausolée" (Flammarion).
ECOUTER l'auteur, Rouja Lazarova, lire un extrait «Mausolée» (Libération):



samedi 13 octobre 2007

Prix Nobel de littérature à l’ex-communiste Doris Lessing

Ecrivaine féministe et engagée, c’est tout bon pour le Nobel

Les prix Nobel sont presque tous des ex-communistes, sinon le prix Nobel reste très marqué à gauche. Il est demeuré la récompense des héritiers du bolchévisme, c’est le prix des anciens combattants rouges. Doris Lessing est une nouvelle illustration de cette observation.
Pour l’Académie suédoise, il s’agit de couronner une œuvre militante à portée sociale. Le comité récompense une "conteuse épique de l'expérience féminine, qui avec scepticisme, ardeur et une force visionnaire scrute une civilisation divisée", selon les termes du communiqué. Doris Lessing est la 11e femme depuis 1901 à obtenir le Nobel de littérature. Doté de 10 millions de couronnes suédoises (près d'1,1 million d'euros), le Prix lui sera remis le 10 décembre prochain à Stockholm.
Née en Iran il y a bientôt 88 ans (1919) alors que son père était capitaine dans l'armée britannique coloniale, elle passera son enfance avec ses parents en Rhodésie du Sud (actuel Zimbabwe) dès l’âge de 6 ans, et épousera à l'âge de 19 ans un fonctionnaire, Frank Wisdom, dont elle aura deux enfants, mais le quittera en 1942.
L’écrivain britannique Doris Lessing est avant tout identifiée à la militante féministe qui a secoué les idées de son temps avec son roman anecdotique largement autobiographique, Le Carnet d’or (écrit en 1962, prix Médicis étranger 1976, en France). Il met en scène deux amies divorcées ou abandonnées, Anna et Molly, la quarantaine, en pleine ‘middle class crisis’ comme il se doit (quand il faut renoncer à pas mal de ses illusions de jeunesse), vivant à Londres dans les années cinquante et qui ont des vies très semblables: toutes deux sont artistes, communistes et élèvent seules un enfant, mais se rendent compte que le communisme n'est plus la solution. Pendant quatre années, de 1952 à 1956, Doris Lessing fut effectivement membre du Parti communiste anglais et participa activement aux campagnes contre les armes nucléaires. Plus perspicace que bien des Français, parmi lesquels Yves Montant et Simone Signoret, elle mit seulement quatre années à en faire le tour…
Pour bien des lecteurs français, Doris Lessing est d'abord Martha Quest, le personnage central des Enfants de la violence, sa saga en cinq volets écrits dans les années 1950 et 1960, sa précédente autobiographie détournée et sauvage comme la brousse. L'amour, la politique, la ségrégation, les bons sentiments, les trahisons, l'héroïne comme l'auteur fait l'apprentissage de toutes ces violences et accepte la leçon avec la sagesse d'une survivante. Martha Quest, en quête d'indépendance sociale, politique et sexuelle, « est innovatrice dans sa représentation des pensées et des conditions de vie de la femme émancipée », a souligné l'Académie suédoise…
Dans Le Rêve le plus doux, Lessing confronte trois générations de femmes dans une grande maison du nord de Londres. Chacune subit les conséquences de son idéologie personnelle. Le prix Nobel s'attaque ainsi aux utopies communautaristes des sixties qui dispensèrent les jeunes gens libertaires de devenir adultes, les hommes de traiter les femmes avec respect, et les pays africains d'affronter leur destin. Le confort intellectuel n'est pas sa préoccupation, bien plutôt sa bête noire.

Très engagée politiquement, la romancière critique ouvertement nombre d'injustices sociales, en particulier sur le pays de son enfance, ce qui la fera interdire de séjour en Afrique du Sud et en Rhodésie. Pour le comité Nobel et des générations entières, Lessing fut la combattante héroïque contre les injustices, le colonialisme et l’apartheid. Le 'revival' de la repentance coloniale est certainement pour quelque chose dans l'attribution du prix. Il fallait en effet récompenser la Camarade Doris. Pendant la seconde guerre mondiale, elle s’était en effet politisée, comme on sait, et adhèra à un groupe communiste luttant notamment contre la politique d'Apartheid menée par la Rhodésie. Elle y rencontra un émigré juif allemand, Gottfried Lessing, qu'elle épousa en 1945 et dont elle eut un enfant. En 1949, de nouveau divorcée, elle quitta la Rhodésie pour s'installer définitivement à Londres. Elle emporta dans ses bagages le manuscrit de son premier roman, The Grass is singing (Vaincue par la brousse), inspiré de son expérience africaine, traitant de la relation entre l'épouse d'un fermier blanc et son domestique noir. L'ouvrage est "une tragédie basée sur des tensions mêlées d'amour et de haine et une étude sur des tensions raciales inconciliables", selon le communiqué de l'Académie qui ne fait pas mystère de ses critères. On ne peut assurer que le style et la profondeur de la pensée de Lessing ont contribué à cette distinction, mais l’engagement politique a suffit. Après une visite en Rhodésie du Sud (aujourd'hui le Zimbabwe) en 1956, elle y est jugée indésirable en raison de ses positions critiques à l'égard du régime et sera interdite de séjour en Afrique du Sud de 1956 à 1995.
Dans son article publié en août 2003 dans Le Monde diplomatique, elle dressait encore un portrait féroce du très controversé président Robert Mugabe. Pour des raisons inverses!

Lessing a accueilli le prix Nobel, à sa manière décapante, de vieille dame indigne, comme « une quinte flush royale au poker », et avec détachement, elle qui « a déjà remporté chacun de ces foutus prix littéraires en Europe ». Les gentils compliments, creux et policés, ne sont pas sa tasse de thé.
Ni Pute Ni Soumise, comme notre secrétaire d'Etat, Fadéla Amara peut postuler.
Écrivain consacrée (il faudrait dire ‘écrivaine’ ou ‘auteure’), Doris Lessing choisit en 1983 et 1984 de se remettre en question. Elle soumit sa notoriété au test d'un canular dont elle ne fut pas déçue... Elle envoya successivement deux romans sous le pseudonyme de Jane Somers à son propre éditeur qui les rejeta! Cette expérience –dit-on- amusa Doris et ne la découragea pas. Ni le comité Nobel…

LIRE aussi le billet de PaSiDupes sur les prix Nobel du 12/10/2006.

jeudi 12 octobre 2006

Ce que vaut le prix Nobel de littérature

Nobel de littérature.
Qu'ont-ils donc bien en commun?

Vous avez remarqué que les heureux élus sont des écrivains engagés dans des causes tiers-mondistes et anti-coloniales.

Le talent, au moins pour ceux que nous pouvons lire dans le texte, soit, le plus souvent, bien que le jugement du temps soit bien cruel. Mais la diversité politique est exclue... On notera en outre que le jury récompense en 2006 un auteur turc, au moment où la Turquie frappe à la porte de l'UE et où les socialistes français entraînent une nette majorité d'élus de l'Assemblée Nationale à voter la condamnation des manifestations de négationnisme du génocide Arménien... par les Turcs! Alors que le Nobel récompense un opposant Turc, c'est en soi révélateur; mais que la France donne à la loi le soin d'écrire l'Histoire, c'est encore remarquable.

Insistons pourtant: le génocide arménien ne peut être tu, soit, mais appartient-il au législateur français de se substituer à l' historien? C'est accorder peu de crédit à l'objectivité des historiens et manifester encore beaucoup de considération pour l'Etat centralisateur!

Un an plus tard: LIRE le billet de PaSiDupes sur le sujet.