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mardi 4 juillet 2017

Quand le candidat Macron flattait les fidèles de Cyril Hanouna

Inaccessible aux décrypteurs de la presse, la "pensée complexe" de Macron atteint-elle les fidèles de l'émission ?

Le futur "guide suprême" faisait du nivellement par le bas...


Pour la 1.000e de ''Touche pas à mon poste !, le présentateur s’était lancé le défi de gravir la pyramide et accéder à Emmanuel Macron. 

Le très décrié Cyril Hanouna a réussi un sacré coup de com' le soir du 25 avril 2017 où il est allé cueillir Emmanuel Macron à la sortie du studio de TF1 au cours de son émission Touche pas à mon poste !. Le candidat d’En marche !, alors qualifié pour le second tour de la présidentielle, était en direct sur la chaîne privée.

Les fanzouzes de TPMP ont ainsi pu surprendre Emmanuel Macron à la sortie du studio, et, tel un reporter de guerre couvrant la guerre civile en Syrie, Cyril Hanouna est parvenu à approcher le candidat, à le toucher et à guérir des écrouelles - maladie d’origine tuberculeuse provoquant des fistules purulentes localisées sur les ganglions lymphatiques du cou - que le microcosme intello-bobo-bio lui a transmises. 
Résultat de recherche d'images pour "ecrouelles"
On a en effet appris au cours de l’émission d’Yves Calvi sur LCI le lundi 3 avril que, lors de sa visite à la Faculté de Droit de Lille, Emmanuel Macron a invité les étudiants à se rapprocher : "Venez me toucher!". Il renouait ainsi avec la grande tradition des rois de France, auxquels on prêtait le pouvoir de guérir les écrouelles d'une simple imposition des mains. Il est encore rapporté qu'à Marseille des femmes de rien se sont bousculée pour pouvoir toucher la reine Brigitte. La grâce divine a donc visité le couple présidentiel, et pas seulement Emmanuel 1er (prénom qui veut dire 'envoyé de Dieu'.
Mieux Macron 1er  a adressé quelques mots  aux "chéris" de Cyril Hanouna. 

Les cheris enorme score hier! Merci merci merci je vous aime et vraiment je ferais tout pour vous

"Il prend le contrôle de l’émission", glapissait Cyril Hanouna en voyant le futur hyper-président s’emparer du micro. Avant de souhaiter un bon anniversaire à TPMP, le candidat a tout de même profité du moment pour faire sa com', incitant les téléspectateurs à regarder en replay sa prestation sur TF1. Les deux hommes se sont ensuite adressés aux jeunes qui les regardaient : "Allez voter le 7 mai, a lancé Emmanuel Macron, pour qui que ce soit évidemment, moi je vais plutôt vous dire d’aller voter pour moi." 

Au cas où le message aurait été trop complexe, Cyril Hanouna a conclu le direct en hurlant :  "allez voter le 7 mai les chéris, c’est important". On sait ce qu'il en a été à l'arrivée: estimée à 25,3% avant ce coup d'éclat, l'abstention a atteint 25,44%. 

La twittosphère s’est aussitôt embrasée. Certains s’en sont pris présentateur vedette de C8, mais la plupart ont moqué Emmanuel Macron, l’accusant de s’adonner à un exercice puant le buzz à plein nez. 

Emmanuel Macron était en concurrence avec Jean-Claude Van Damme, 
autre intellectuel à souhaiter un bon anniversaire à Touche pas à mon poste ! :



Merci mon Jean Claude @JCVD pour ton Message ❤❤❤❤a tres bientôt sur  Et vive la belgique 🇧🇪 !

jeudi 13 octobre 2016

Nivellement par le bas: le Nobel de littérature 2016 à Bob Dylan

Et le Goncourt à NTM (Nique ta mère) pour son "flow lyrique hardcore" ?

Dylan, un "poète" que Fleur Pellerin a pu "lire" ! ...


Prix Nobel 2014, Patrick Modiano peut-il s'enorgueillir de ce voisinage ?
L’Académie suédoise a choisi de récompenser le musicien et... "poète" américain, 75 ans, "pour avoir créé […] de nouveaux modes d’expression poétique dans le cadre de la grande tradition de la musique américaine", a estimé la secrétaire générale de l’Académie suédoise, Sara Danius, professeur de littérature à l'université et spécialiste de Balzac, Stendhal, Proust ou James Joyce, dont aucun n'a été récompensé, à la différence de... Anatole France, Romain Rolland, Anatole France, Roger Martin du Gard ou André Gide.

L’Américain, premier musicien à être récompensé par l’académie depuis la création du prix de littérature en 1901, succède à la Biélorusse Svetlana Alexievitch. Il faut bien une femme tous les trois ans. Il faut toutefois remonter encore à 2009 et à la ô combien célèbre, Herta Müller, une Roumaine, ou à Doris Lessing (2007), militante marxiste, anticolonialiste et anti-apartheid, représentative de l'orientation du jury Nobel. A ceci près qu'en 2001, lors d'une conférence au Festival du Livre d'Édimbourg, elle tacla les féministes qui l'avaient pourtant célébrée des années plus tôt pour 'The Golden Notebook", les qualifiant de "femmes devenues horribles avec les hommes".

"Bob Dylan écrit une poésie pour l’oreille"
C'est une justification fournie par S. Danius, membre du comité directeur de l'Académie Royale des Lettres de Suède depuis 2010, affirmant à la télévision publique SVT que les membres de l’académie avaient manifesté "une grande cohésion" dans ce choix. "Il s’inscrit dans une longue tradition qui remonte à William Blake" [sic], le célèbre poète anglais mort en 1827, a-t-elle osé, citant Visions of Johanna et Chimes of Freedom. 
Si William Blake méritait mieux, Dylan s'inscrit en revanche indiscutablement dans la poésie surréaliste de la "beat generation" qu'il synthétise dans son œuvre, avec l’austérité militante du folk, la complainte du blues, l’énergie révoltée du rock et la chronique de la vie quotidienne propre à la country. Ainsi doit-il beaucoup à Allen Ginsberg (activiste pacifiste contre la guerre du Viêt Nam, les discriminations sexuelles ou politiques avec les communistes) et Jack Kerouac (prose spontanée, drogues et grands espaces), célébrés par la communauté communauté beatnik.

"Il est extrêmement doué pour la rime. C’est un 'sampleur' [échantilloneur] littéraire qui convoque la grande tradition et peut marier de façon absolument novatrice des musiques de genres différents, des textes de genres différents." Appréciation pédante qui mériterait un début de justification et d'illustration par l'exemple...

A l’occasion d’une cérémonie de remise de trophées, organisée en 2015, l’auteur-compositeur était revenu sur ses interprétations. Présentée par l’Académie suédoise comme une "icône", la frêle légende du folk, 1m71, sortait alors son 37e album, en mars, Fallen Angels.
"Les chansons ne sont pas apparues par magie, je ne les ai pas fabriquées à partir de rien. J’ai appris à écrire des paroles en écoutant des chansons folk et je les ai jouées (…). Je n’ai rien chanté d’autre que des folk songs et elles m’ont ouvert le code pour tout ce qui est de bonne chasse, tout ce qui appartient à tout le monde."
A cette occasion, il avait aussi défendu sa voix : "Mes critiques disent que je mutile mes mélodies, que je rends mes chansons méconnaissables. Vraiment ? (…) Sam Cooke [chanteur de rhythm’n’blues à la voix d’ange] a répondu ceci, quand on lui a dit qu’il avait une belle voix : 'C’est très gentil à vous, mais les voix ne doivent pas être jugées en fonction de leur joliesse. Elles ne comptent que si elles vous convainquent qu’elles disent la vérité'."


Un prix politique pour des textes politiques

Le chanteur engagé a bénéficié de pressions de son milieu sur le Nobel 
Dylan, avec la chanteuse Joan Baez
Depuis des années, le nom de Bob Dylan revenait souvent mais peu d’experts s’attendaient à ce que l’académie cède et récompense un chanteur aussi marqué par son engagement. Né le 24 mai 1941, à Duluth, dans le Minnesota, l’artiste a grandi dans une famille juive de la classe moyenne. Dans sa jeunesse, comme la plupart des adolescents américains, Bob Dylan tombe sous le charme du rock avec Elvis Presley et Jerry Lee Lewis avant de former son propre groupe.

En 1959, étudiant à l’université de Minneapolis, il découvre les pionniers du blues, du country et du folk : Robert Johnson, Hank Williams et Woody Guthrie. En 1961, il abandonne ses études et déménage à New York pour fréquenter la scène musicale embryonnaire de Greenwich Village. C’est à cette époque que Robert Allen Zimmerman adopte son nom de scène Bob Dylan actuel, qui sera aussi le titre de son premier album. Sorti en 1962, c'est est un fiasco.

La percée se produit un an plus tard avec l’album The Freewheelin’ Bob Dylan et ses deux titres folk de protestation : Blowin’ in the Wind, chanson pacifiste d'un objecteur de conscience qui sera un hymne des années 1960 contre la guerre au Vietnam, et une chanson écrite pendant la crise des missiles de Cuba d'octobre 1962, A Hard Rain’s A-Gonna Fall (Une forte pluie va tomber), assez peu personnelle puisque fortement inspirée de la chanson traditionnelle écossaise, Lord Randall.
En 1963, il participe à la marche sur Washington autour de Martin Luther King.

Vers la fin des années 1960, il se détache de plus en plus des fans de folk et des milieux de gauche, refusant d’être l’étendard des contestations et des luttes de l’époque, publiant un recueil de poésie en 1971, Tarantula, et s’essayant même à la peinture et au cinéma. 
Depuis les années 1980, sa soi-disant créativité s’est tarie, malgré des albums remarquables (Oh Mercy en 1989, Time Out of Mind en 1997), alors qu'il s'est converti au christianisme, et le premier volume d’une autobiographie, Chroniques (2004), dont on attend toujours la suite. Dylan donna de "O Little Town of Bethlehem" l'interprétation d'un "vrai croyant", selon ses propres termes" : "Well, I am a true believer." 
Showman infatiguable - un "deal" avec le ciel, selon lui - quoiqu’inégal, il parcourt la route sans relâche – il est ces jours-ci à l’affiche du Desert Trip Festival, en Californie, où il rejouera vendredi 14 octobre en première partie des Rolling Stones, une semaine après un premier concert-événement: à 75 ans, chacune de ses apparitions est vécue comme ultime par ses idolâtres.
Artiste adulé du public folk et des milieux contestataires, l'homme est désabusé et refusa d’assumer ce rôle de musicien engagé, préférant inciter ses admirateurs, comme il l’exprime dans certains de ses textes (Don't follow leaders / Watch the parkin' meters), à penser par eux-mêmes et à renoncer aux gourous, quels qu’ils soient. S'il recherche le contact avec le public, pensant avoir un message à faire passer, il a fui le statut d'idole du public rock et a refusé de se faire enfermer dans son passé, de se laisser fossiliser. En revanche, les honneurs ne le laissent pas de marbre.

"Un pouvoir poétique extraordinaire" ?
Toujours présent là où la gauche radicale l'attend, il a aussi reçu en 2008 le prix Pulitzer, qui récompense traditionnellement des travaux... journalistiques. Il avait été distingué, selon les mots du jury, "pour son profond impact sur la musique populaire et la culture américaine, à travers des compositions lyriques au pouvoir poétique extraordinaire". La presse en est sortie grandie...

Bien qu’il n’ait signé qu’un petit nombre de grands albums après les années fécondes 1965-1975, il reste, au même titre que le tandem Lennon-McCartney, l’un des chanteurs-auteurs-compositeurs les plus honorés de la musique, récompense du peuple de gauche à son militantisme.

C’est le premier Américain à obtenir le prix Nobel de littérature depuis Toni Morrison, en 1993.
Médaille de la Liberté, mai 2012
Le prix Nobel s’accompagne d’une récompense de huit millions de couronnes suédoises,
822.000 euros, que Bob Dylan, de son vrai nom Bob Zimmermann, ne manquera pas de redistribuer au profit d'une quelconque "bonne cause": le peuple palestinien ?

Le dernier opus de Bob Dylan, en mai 2016, Fallen Angels, composé de reprises de Frank Sinatra. Le Nobel récompense un créateur...
En 2012, le président Barack Obama avait dit de lui qu' "il n'y a pas de plus grand géant dans l'histoire de la musique américaine." Il n'y avait pas vu un géant de la littérature.
Une éponge de son époque, comme de la musique populaire du monde.

En 2013, le chanteur folk a été décoré par Aurélie Filippetti, ministre de la Kultur de Ayrault.

Auteur, compositeur et interprète, il a influencé les plus grands noms du rock, de David Bowie à Bruce Springsteen en passant par Tom Waits et Hugues Auffray. Les textes de ses chansons, étudiés dans plusieurs universités anglo-saxonnes orientées, lui valent d'être régulièrement nommé pour le prix Nobel de littérature. Comme ça, c'est fait. Pourtant cette décision socialiste avait fait débat au printemps 2013, certains, à la Grande Chancellerie de l'ordre, estimant qu'il ne méritait pas ce titre en raison de ses positions antimilitaristes et de sa consommation de drogue.
Cette icône américaine de la contre-culture est en effet un habitué des polémiques, notamment pour son militantisme radical en faveur des droits civiques.  Les jurés de l’institution suédoise ont pris là une décision historique, renversante, en suscitant le buzz. C’est la première fois qu’un "chanteur" reçoit cette distinction alors que d’immenses écrivains comme Philip Roth ou Don De Lillo attendent toujours leur tour.
Dylan n’est pas étiqueté "écrivain", encore moins "poète" et comme l'académie n'a pas le pouvoir d'en faire un maître de la littérature, il restera un artiste de divertissement, fût-il politique, et digne du "On n'est pas couché" de Ruquier. 
Si le statut d’écrivain se gagne par le bon usage des mots, des images, de la pensée et des émotions, Brassens aurait pu être honoré avant lui, s'il n'avait été "gaulois"...

Il ne reste plus aux académiciens suédois qu'à honorer les morts, tel l'auteur du Coran, ou les poètes de notre temps, comme le délicat rappeur Orelsan, relaxé par le tribunal de Versailles bien qu'auteur du poétique "Ferme ta gueule ou tu vas te faire marie-trintigner"...

samedi 28 mai 2016

Des professeurs des écoles n'obtiendraient pas un certificat d'études primaires à la sortie d'ESPE

En Seine-Saint-Denis, des instituteurs "ne savent pas écrire le français"

Créées en 2013 à la suite des IUFM, les écoles de formation devaient améliorer le niveau des professeurs des écoles.
 


L'exemple du relâchement vient d'en haut
Dans l'académie de Créteil, on recrute des futurs enseignants en dessous de la moyenne. Un instituteur qui fait cours les mains dans les poches, qui parle à ses CM2 comme un "grand frère" de banlieue, avec "ouais" et "j'en ai marre" à foison. Une autre qui explique à ses élèves la signification du verbe "dérider" en prenant l'exemple d'une maman qui s'applique une crème anti-âge. Un troisième, pourtant professeur des écoles, lui aussi bac+4, incapable de formuler une phrase interrogative correcte, l'inversion du verbe et du sujet constituant une prouesse apparemment hors d'atteinte. Un français d'une qualité aussi relâchée que dans la pratique d'un journaliste moyen.
  
A Bonneuil-sur-Marne (Val-de-Marne), des professeurs réunis dans les locaux de l'école supérieure du professorat et de l'éducation (ESPE), excusez-moi du peu !, de l'académie de Créteil égrènent des témoignages pour le moins préoccupants. A se demander qui les recrute sur concours mais n'évalue pas l'étendue du désastre et qui les forme pendant des mois mais ne détecte rien. On n'en est même plus à la lectrice des informations (en fin de semaine, ils lancent les jeunes pousses), Noémie Bonin, 28 ans, qui déclare ce matin que ce sont les soeurs Williams -championnes au sommet de leur art depuis 20 ans- qui "affrontent" deux Françaises inconnues à Roland Garros: aucune notion chez les uns et les autres de niveau de langage ou de valeur des mots.

Mises en place par Vincent Peillon en 2013, dès le début du mandat de François Hollande,  les ESPE avaient pourtant pour mission d'assurer une formation de qualité aux futurs professeurs des écoles. Nicolas Sarkozy avait, pour sa part, officialisé l'inadaptation des IUFM à la population à laquelle ils étaient destinés - notamment du fait de la coupure des formateurs-idéologues avec le terrain- et avait décidé la suppression des instituts universitaires de formation des maîtres (IUFM), foyer de rééducation des étudiants à l'idéologie marxisante, préférant le système de formation in situ, sous la tutelle de professeurs restés au contact de la réalité du terrain et de bon conseil face aux élèves désorientés. 
Les nouvelles ESPE devaient pareillement remédier au problème en accompagnant les instituteurs (mais aussi bien les enseignants du second degré) dans leur apprentissage du métier, mais en maison, avec plus de théorie déconnectée que de pratique utile. 

Dans l'académie de Créteil, qui compte le plus de territoires "perdus"de la République - Saint-Denis, Bobigny, Aulnay-sous-Bois -, il apparaît que, trois ans plus tard, l'objectif fixé par Peillon n'est pas atteint. 

"C'est une catastrophe", assène franchement une formatrice, qui préfère conserver l'anonymat (et son poste)... "Je ne veux pas tirer sur l'ambulance, les ESPE font ce qu'elles peuvent avec des moyens riquiqui, estime-t-elle, fidèle à la vieille rengaine des enseignants, mais qui résonne d'autant plus cruellement que le pouvoir socialiste nous serine que les jeunes sont la priorité de Hollande.  


"Je constate une telle dégradation depuis cinq ans ! Ce n'est plus possible, il faut que les gens sachent : dans la Seine-Saint-Denis, on recrute des instituteurs qui ne savent pas écrire le français." Ainsi, Hollande crée-t-il des postes en masse qui, lorsqu'ils sont pourvus - et ils ne le sont que faiblement, du fait que les jeunes boudent cette profession mal payée et maltraitée -   le sont au prix d'un abaissement du niveau d'exigence de connaissances et de profils inadaptés, le critère qui prévaut désormais étant l'appartenance à la même communauté dominante, avec pour objectif de prouver que l'échelle sociale n'a jamais aussi bien fonctionné... 

Qu'ont-ils fait de l'école et la République ?

Trop de postes à pourvoir qui ne le sont pas. La presse masque la réalité des faits en mettant en cause "un système d'affectation qui, décidément, marche sur la tête". C'est prendre le processus de recrutement en cours et occulter la désaffection de la jeunesse pour cette filière de formation. 
La même presse marxisante -elle-même (dé)formée en école nationale du journalisme- persiste à diffuser l'idée populiste que "les élèves qui ont les plus grandes difficultés scolaires héritent encore et toujours des plus mauvais enseignants de France". "Les plus mauvais" sont-ils vraiment repérés dans les ESPE (au recrutement sur concours et dont on a observé qu'ils ne jouent pas leur rôle) pour être expédiés en zone dangereuse ? Aucun étudiant n'a-t-il les aptitudes requises et n'acquiert-il en ESPE la qualification promise par Peillon ? Les néophytes sont-ils nécessairement précipités en ZEP en début de carrière? Et faut-il nier la qualité et la détermination personnelles des "professeurs des écoles" dont certains ont une vocation si solidement ancrée qu'ils demandent à monter au front ?
Les enseignants de l'académie de Créteil (par exemple) ne sont pas tous à jeter aux chiens, pas plus que leurs élèves ne sont mis entre les mains de professeurs plus nuls les uns que les autres. 

S'il faut incriminer le système, ce sont les cadres qui ne sont pas les bonnes personnes au bon endroit. Combien de directeurs d'école (et de principaux de collège ou de proviseurs de lycée) ne doivent leur nomination à cette fonction qu'à leur appartenance politique ou syndicale, comme plus haut dans la hiérarchie. Combien de chefs d'établissement sont des professeurs en difficultés reclassés dans la gestion ? Bien que pédagogiquement (et humainement?) incompétents, ils sont appelés à porter un jugement sur la valeur administrative de leurs confrères qui assument leur rôle au quotidien, sans aucun soutien de leur hiérarchie immédiate. 

Faute de demande, l'offre n'est pas saisie.  Le nombre de postes à pourvoir est énorme: 47.000 postes on été créés jusqu'à maintenant. Ce qui facilite énormément "les chances de réussite au concours", pour ne pas dire qu'il permet le nivellement des professeurs par le bas. "A titre d'exemple, quand on cherche 772 instituteurs à Lille, on en cherche 1.635 pour la seule ville de Créteil", relève Aude Dontenwille-Gerbaud, maître de conférences en histoire et formatrice depuis une dizaine d'années et collègue d'une certaine Lila Belkacem, jeune maître de conférence en sociologie. Autrement dit, le manque de profs est tel que ceux qui ne sont pas assez bons pour décrocher le sésame dans leur académie d'origine ont tout intérêt à sauter dans un train pour venir passer le concours en région parisienne. "Il y a quelques années, on recrutait à 4/20 : il suffisait de savoir mettre une croix en bas d'une page pour être admis", raconte Aude Gerbaud, docteur en science de l'Education, historienne et pourtant caricaturiste. Mais le niveau des épreuves était sélectif. "Maintenant, on ne descend plus au-dessous de 8/20, et les chances de succès sont passées à 56 %". Mais ça reste beaucoup plus facile qu'ailleurs en France, où la réussite tourne plutôt autour de 10-12 %," malgré une baisse sensible du niveau requis. 
Le ministère cherche des subterfuges pour annoncer des taux de recrutement qui ne soient pas dissuasifs pour les candidats. L'urgence est de casser le cercle vicieux dans lequel les concours de l'Education national se sont piégés: ceux qui ne motivent guère ne trouvent que des gogos. 

L'Education nationale en est réduite aux subterfuges. Elle comble les manques en accordant des équivalences d'enseignement aux étrangers pour en faire, par exemple, des professeurs d'anglais, lesquels ne maîtrisent pas obligatoirement mieux la langue française que leur public. Comment une diplômée en commerce en Angleterre pourrait-elle expliquer les subtilités de la la grammaire anglaise sans connaître le système syntaxique français, sauf à passer à côté des difficultés rencontrées par les "apprenants".

Dans les écoles des banlieues parisiennes, les "professeurs des écoles" (ce titre est un acquis syndical arraché à force de grèves -comme d'autres font passer leurs projets de loi avec huit recours à l'article 49.3) qui leur permet de gagner autant qu'un professeur de lycée)  ont un niveau de connaissances bien plus faible qu'ailleurs. Pourtant, pour Eric Mesnard, professeur d'histoire-géographie et formateur depuis 1994, le vrai problème n'est pas là, de son point de vue : "A la limite, peu importe le niveau de recrutement, si seulement on avait les moyens, et surtout le temps de les former vraiment." Les salariés du privé avalent ici de travers à l'évocation du temps disponible des enseignants... "Et du temps, personne n'en a", raconte-t-il à qui veut l'entendre. Les formateurs du centre de Créteil, en sous-effectif chronique [les postes ne sont pas créés en amont pour permettre un accueil de qualité?], se retrouvent face à des classes de 35 élèves, contre une vingtaine à l'époque des IUFM. On peine à suivre, sachant que l'offre de recrutement des candidats ne trouve pas preneurs. Peillon n'a-t-il donc pas créé les postes de formateurs en nombre suffisant, si réduit soit-il, du fait de la demande?

"J'ai 35 mémoires à suivre, et on me demande d'en faire encore deux fois plus ! [A vérifier !] Ça me navre, mais je n'ai plus le temps d'aller sur le terrain, de suivre les étudiants dans leurs classes, quand ils sont face aux enfants", déplore Aude Gerbaud. En quoi les ESPE sont-elles donc supérieures aux IUFM, puisqu'à leur époque les visites de formateurs pouvaient avoir lieu ?

La qualité de l'enseignement universitaire est-elle ce qu'elle était ?

Les plus débordés sont encore les étudiants eux-mêmes. A l'époque des IUFM, les futurs instits effectuaient trois stages de quinze jours dans une école; aujourd'hui, ils sont à mi-temps devant une classe, toute l'année. Le reste du temps, ils le partagent entre les heures de cours à l'ESPE... et l'obtention de leur master, après trois années de fac pendant lesquelles on est justifié de penser qu'ils ont progressé depuis leur bac, dont le niveau a été lui-même abaissé pour faire grimper le taux d'accès à l'enseignement supérieur, comme il se doit dans une société avancée. Quitte à faire reculer ses enseignements et oublier l'objectif d'excellence, trop élitiste ou simplement inaccessible. Les formateurs en ESPE se plaignent néanmoins de surcharge de travail avec moins d'élèves. 

Depuis 2010 et la réforme de la "masterisation" impulsée par Nicolas Sarkozy par nécessité d'alignement sur les cursus européens, la formation des enseignants est intégrée au parcours universitaire classique : licence, master, doctorat. 
Les professeurs des écoles sortent donc de leur formation avec un bac + 5 qui doit être sanctionné par un mémoire universitaire. Un travail de recherche auquel les aspirants professeurs des écoles ne sont pas habitués, nous assure-t-on, mais une jérémiade de plus qui jette le discrédit cette fois sur l'épreuve de TPE (travaux personnels encadrés, en premières de lycées) dont on a fait grand cas du pouvoir formateur dans cette optique précise: interdisciplinaires, ils sont supposés pousser les élèves à chercher et exploiter des documents sur un thème donné. Or, "de l'avis général", ils peinent néanmoins sur ce mémoire. 

IUFM ou ESPE, rien de convient jamais; tout est toujours difficile.
 "Il y a beaucoup de travail, c'est vrai, résume Sophie Lafargue, qui vient de terminer sa formation à l'ESPE de Créteil. Il faut savoir alterner les moments où l'on est face aux élèves, où il faut que nous ayons l'air sûrs de nous, et les moments où nous sommes nous-mêmes en position d'apprentissage face à des profs qui nous enseignent des choses plus ou moins éloignées de la réalité du terrain." 

Des bacheliers (avec mention?) qui,  au lycée, n'ont pas appris à travailler 
Débordés, certains étudiants utilisent leurs heures de cours à l'ESPE pour corriger des cahiers ou préparer leur prochain cours: nécessité ou inadaptation des ESPE aux besoins des élèves-professeurs. "C'est beaucoup trop lourd, ils sont au bord de l'apoplexie", commente Aude Gerbaud.
Celle-ci a fait le choix de consacrer du temps au SNES-sup et de siéger au Conseil national de l'enseignement supérieur et de la recherche (CNESER) plutôt qu'aux élèves-professeurs dont elle a la charge et de militer contre une interdiction du voile à l'université. La laïcité et son application dans le milieu universitaire font plus que jamais débat chez les enseignants, comme chez les élèves: ils sont chronophages... au détriment de l'activité professionnelle principale pour laquelle ils sont payés.
Un boulot dur et mal payé 
François Hollande avait promis de recruter 60.000 nouveaux enseignants; cet engagement ne sera pas non plus tenu, 47 000 postes ayant été créés jusqu'à maintenant. Mais d'autres préoccupations viennent ternir ce retard: qui l'Education nationale recrute-t-elle pour tenir ces objectifs ? Des études longues pour un boulot difficile, mal payé et mal considéré ont-elles vraiment une chance d'attirer les meilleurs candidats ? Est-on certain de fournir les bonnes armes à ceux qui sont chargés d'instruire nos enfants, quand les formateurs ne prennent pas le temps de les voir sur le terrain ? "Pour ma part, il s'agit d'une reconversion, raconte la jeune institutrice Sophie Lafargue, aujourd'hui en poste dans une école à Charenton (Val-de-Marne). Je me suis éclatée à l'ESPE, et j'adore mon nouveau travail. Mais j'ai 37 ans, et je dois dire que j'aurais été incapable de faire ce métier à 20 ans." 
Discours marxisant vieux comme l'Ecole, en rapport avec l'enseignement des communistes du SNES(-Sup): "Pour l'instant, ce sont encore les élèves de Saint-Denis qui essuient le manque de maturité des instits débutants". Peut-être qu'en fait ils reviennent aux sources.
"Et quand ils seront rodés, ils iront enseigner ailleurs, chez les plus riches. Pour l'égalité des chances, valeur cardinale de la République, il faudra donc repasser.
Et, avec le concours de son électorat socialiste traditionnel,  Hollande repassera-t-il en 2017 ?