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mercredi 6 avril 2016

Panama Papers: Libération soutient que le trésorier de campagne d'Hollande n'est pas impliqué

Non, Jean-Jacques Augier ne serait pas encore soupçonné de fraude fiscale
Le nom de Jean-Jacques Augier, 62 ans, avait bien été cité par Le Monde

Mais c'était dans une affaire similaire, dite des "offshore leaks" et en 2013, alors ça change tout !
'Offshore leaks', c'est le nom d'une précédente affaire de fraude du fisc par le biais de comptes "délocalisés" dans des paradis fiscaux et qui occupa la Une de plusieurs media internationaux. Ils publièrent une liste de milliers de noms de détenteurs de ces comptes. Parmi ceux-ci, Jean-Jacques Augier, trésorier de campagne de François Hollande en 2012.
Jean-Jacques Augier, homme de confiance de l'actuel président socialiste, s'est successivement investi comme patron des taxis G7 - en guerre contre les VTC, avec le soutien de l'Etat-PS - et dans la boucherie, 
mais surtout dans l’édition, puis la presse, avec le mensuel "Books" (2009), et, enfin, comme "cost-killer" (2013) du magazine gay de Pierre Bergé, autre proche des 'Ségollande', puisque l'homme d'affaires multi-millionnaire finança la campagne de Ségolène Royal en 2007. La rédaction de Têtu s'était indignée des révélations sur les affaires aux Caïmans de son propriétaire. Dans un communiqué, elle se dit "consternée" par les informations publiées sur ses investissements offshore. "Alors que les salariés du magazine subissent actuellement un plan social négocié a minima qui a conduit à une grève votée à l'unanimité le vendredi 22 mars- ces informations paraissent d'autant plus choquantes".

En mai 2012, L'Express publiait ce bref portrait de cet aventurier, proche de Hollande
"Sa vie commence dans les comptes - il est inspecteur des finances, promotion Voltaire, comme Hollande. Elle se poursuit comme un conte, où l'on retrouve le héros dirigeant du Groupe G7 (taxis, remorqueurs les Abeilles), puis éditeur, loueur de voitures, libraire et propriétaire de boucheries... à Pékin, investisseur dans les biotechnologies. Quand son ami François le lui demande, Augier préside l'association de financement de la primaire, puis celle de la présidentielle. Il conseille aussi le candidat sur la création d'entreprise." En 2013, Le Monde le décrivait comme "une personnalité atypique, cependant assez éloignée de celle des hauts fonctionnaires et des élus qui entourent M. Hollande. Un caractère sensible, une culture littéraire sophistiquée mais un sens des affaires tranchant."

"Personne ne pouvait savoir" que Jean-Jacques Augier avait un compte dans un paradis fiscalalors qu'il gérait les comptes de campagne de François Hollande, avait affirmé sur Canal + le ministre Stéphane Le Foll, et surtout pas lui, bien que directeur du cabinet de Hollande, premier secrétaire du Parti Socialiste (1997-2008), s'attachant à se disculper plutôt qu'à nier sur le fond... 
Et, le 04 avril 2013, depuis le Maroc, François Hollande avait affirmé "Je ne connais rien de ces activités. En revanche, ce que je peux vous dire, c'est que Jean-Jacques Augier a été trésorier de ma campagne, que les comptes de campagne de 2012 ont été considérés par le Conseil constitutionnel comme tout à fait réguliers. Sur des activités privées, c'est à l'administration fiscale, s'il en est besoin, de faire son travail." 
Or, Jean-Jacques Augier a confirmé être actionnaire de deux sociétés offshore dans les îles Caïmans, par le biais de son holding financier Eurane.

Cette affaire était une nouvelle pelletée de gravats sur la tombe de la gauche morale.
OffshoreLeaks, opération mondiale de transparence, tombait en effet fort mal au moment des affaires Guérini, d'une part, et   Cahuzac, ministre du Budget de Hollande et fraudeur fiscal, d'autre part. Manuel Valls était venu du ministère de l'Intérieur se blanchir au 20H de France 2: "C'est à Jean-Jacques Augier de s'expliquer. Comme le président et le Premier ministre, je ne supporte pas la place de l'argent sale dans notre société."

Louis Aliot, vice-président du Front national, avait réagi à l'affaire Cahuzac et aux dernières révélations sur le trésorier de campagne de François Hollande: "On connaissait la gauche caviar, on découvre la gauche caïman !" "La république irréprochable de François Hollande semble avoir du plomb dans l'aile. 

Après les affaires Guérini et consorts, les conséquences de l'affaire Cahuzac, ne voilà-t-il pas que le trésorier de la campagne du candidat socialiste a investi dans des paradis fiscaux. (...) Bref, la gauche morale semble être totalement imprégnée de l'esprit de la finance mondiale, celle-là même que pointait du doigt le président normal désignant ses "adversaires de la finance" à la vindicte des électeurs ! (...) On mesure la fracture qui existe entre la caste au pouvoir et le peuple. Pendant que les Français souffrent d'une crise financière, économique et sociale dramatique, la finance se porte bien ! Et à gauche, ses serviteurs ne manquent pas."

Libération dénonce "une jolie tentative de diversion" du FN… 

Pour vendre sa prochaine édition, Le Monde a fait du marketing commençant par annoncer que le nom d'un parti impliqué serait révélé. Puis, ce mardi, il a désigné le Front National, affirmant  que des proches de Marine Le Pen en fait des prestataires de services -  seraient impliqués dans l’affaire des "Panama Papers". Le FN riposte donc en rappelant que Jean-Jacques Augier, trésorier de campagne de François Hollande, est également cité dans l’affaire.
Le journal de Patrick Drahi (et Bruno Ledoux) nie: " Non. En tout cas, pas dans cette affaire" !... 
Une affaire vieille de trois ans et mêlant le président Hollande n'est pas une affaire ? En 2013, plusieurs dizaines de media internationaux – avec l’International Consortium of Investigative Journalists (ICIJ) à la coordination, comme aujourd'hui dans cette opération "Panama Papers" – avaient déjà sorti l’affaire des "offshore leaks" et c'était déjà Le Monde qui avait alors dénoncé Jean-Jacques Augier avait fait de l'évasion fiscale dans la Caraïbe, au paradis fiscal des Caïmans, à l'abri du fisc.

Le journal de Drahi, également propriétaire du groupe L'Express, s'indigne. 
C’était en 2013, s'écrie-t-il. "Ressortir aujourd’hui l'affaire ressemble à un joli contre-feu. Et accuser la presse de dissimulation [amalgame] est d'autant plus risible que c'est le même media (Le Monde) qui évoque aujourd'hui l'implication des proches de Marine Le Pen dans les Panama Papers, qui avait sorti "l'affaire Augier" il y a trois ans"... Le rire de Libération serait moins jaune si son rédacteur en chef, Laurent Mouchard, dit Joffrin, avait sorti lui-même ce 'marronnier' d'avril.

Libération refuse au FN le droit d'exprimer sa vérité. 
"Dans sa tentative de détourner l’attention, le FN fait feu de tout bois… quitte à se précipiter un peu. Ainsi, le compte Twitter de Wallerand de Saint-Just, qui assure que Jean-Jacques Augier est cité, s’est un peu emmêlé les pinceaux, écrivant que Mario Draghi, le président de la Banque centrale européenne (BCE), était également impliqué… Avant de corriger. Il s’agissait en fait du nom de Patrick Drahi (actionnaire de Libération). Drahi (actionnaire de Libération). Libération s'arrête à l'écume des choses... Pour information, Drahi est propriétaire de ce journal socialo-bobo à 50%.

Il reste que Patrick Drahi est un homme d'affaires sulfureux
Cet entrepreneur franco-israélien réside en Suisse. Il est président-fondateur d'un consortium, Altice, basé au Luxembourg. Et l'organigramme de son empire, Next LP, fait apparaître une cascade de filiales situées, pour nombre d'entre elles, dans des pays connus pour être des paradis fiscaux comme le Luxembourg, la Suisse ou le Panama. Le 3 avril 2016, la fuite de documents Panama Papers met sur la place publique son implication en tant que propriétaire bénéficiaire d'une société offshore.

Arnaud Montebourg avait prévenu Patrick Drahi qu'il aurait des comptes à rendre sur sa situation fiscale. Son concurrent, Xavier Niel, l'avait dénoncé comme "exilé fiscal résidant en Suisse". Le 18 mars 2014, BFM Business (propriété d'Alain Weill) avait révélé que Bercy avait finalement ouvert une enquête sur le fondateur du câblo-opérateur Numericable et futur propriétaire de SFR, notamment au sujet de sa résidence fiscale exacte. 
Un an plus tard, on attend toujours que le ministre Macron fasse diligence...
Alors, Libération allume-t-il un contre-feu de protection de son patron, fraudeur présumé ?

mercredi 3 février 2016

L'état d'urgence à fond: les forces de l'ordre s'opposent aux VTC mobilisés à la Concorde

Les transporteurs collectifs, très nombreux sur les plateformes de VTC, dénoncent les mesures prises par Valls

Les CRS 
 ont dispersé des chauffeurs de VTC 
rassemblés sur le Champs de Mars,
"Jungle" de Calais, ou Paris,  Invalides ?
près de la place de la Concorde, en vue d'une manifestation. A 11h00, les manifestants tentaient de stopper la circulation sur le pont de la Concorde quand ils ont été encerclés.
Les forces de l'ordre sont intervenues mercredi sur le pont de la Concorde au centre de Paris, où une cinquantaine de "personnes" (selon l'AFP) s'étaient rassemblées à la suite d'une manifestation de chauffeurs.
Chauffeurs de transports LOTI 
(transports collectifs à la demande) 
qui utilisent les plate-formes des VTC
A l'issue d'un défilé entre Montparnasse et les Invalides qui a rassemblé environ 550 voitures dont les conducteurs travaillent avec les plateformes de réservation de voitures de tourisme avec chauffeur (VTC, voitures de tourisme avec chauffeur), un groupe est parti à pied vers la place de la Concorde et a tenté d'y interrompre la circulation.
Des forces de l'ordre les ont bloqués et ont procédé à au moins... une interpellation. A 16 heures, une cinquantaine de "personnes" étaient quasi encerclées par des policiers sur le pont de la Concorde reliant la place du même nom et l'Assemblée nationale, provoquant des embouteillages.

Pour cinquante manifestants, douze cars de CRS avaient été déployés 

Resté à Invalides, le président de l'association Alternative mobilité transport (AMT) avait appelé à manifester mercredi, mais ne maîtrise rien: il a affirmé que l'"on ne peut pas contenir une foule en colère". "Lorsque les gens apprennent du jour au lendemain qu'ils perdent leur travail, ils ont du mal à être maîtrisés. Il y a urgence à nous recevoir", a ajouté Joseph François. L'AMT, qui regroupe une dizaine de sociétés LOTI, soit un millier de salariés, demande à être reçue par le premier ministre. Manuel Valls n'avait pas réagi en milieu d'après-midi.

Les chauffeurs se mobilisaient une semaine après l'annonce par le gouvernement, en butte à un énième mouvement de colère des taxis, de mesures pour lutter contre l'utilisation détournée des licences de chauffeurs LOTI (transports collectifs à la demande) par les plateformes VTC.
L'obtention d'une licence LOTI était moins contraignante que celle d'une carte de chauffeur VTC, qui nécessitait jusqu'à récemment 250 heures de formation. De nouvelles règles, avec un examen, ont été officialisées mercredi.

Alain Vidalies, que l'on dit secrétaire d'État aux Transports, a envoyé vendredi des mises en demeure

à vingt-huit de plateformes VTC (Uber, SnapCar, Chauffeur-Privé, etc.) pour leur rappeler que les licences LOTI s'appliquent au transport collectif (de deux à neuf passagers) et non particulier, ce qui fait craindre aux chauffeurs LOTI d'être évincés de ces plateformes et de perdre leur activité. 

Sous la pression des taxis traditionnels - choyés par la législation, hégémoniques et qui veulent éradiquer toute concurrence -, après la licence des chauffeurs de taxis, c'est maintenant la capacité Loti qui est au cœur du conflit entre taxis et VTC.
Le gouvernement a durci le ton contre les plateformes de VTC qui ont recours aux services de chauffeurs et qui recourent aux détenteurs d'une attestation de capacité professionnelle, la licence LOTI, qui ne leur permet pas de transporter des passagers seuls. Les plateformes, qui soutiennent pour la plupart ce mouvement, estiment le nombre de capacitaires LOTI entre 5.000 et 10.000 personnes.

dimanche 31 janvier 2016

Taxis : Valls traite avec les auteurs de violences "inadmissibles"

Valls condamne des violences "inadmissibles" de chauffeurs de  taxis, mais les invite à Matignon...

Plusieurs mouvements de mobilisation sociale 
ont convergé ce mardi 26 janvier en France
, et aussi les taxis. 
Forts de leur monopole et d'une réglementation sur mesures,
les puissants taxis traditionnels n'ont pas su évoluer 
Les 5,6 millions d’agents de la fonction publique étaient appelés à cesser le travail et à défiler pour une hausse du pouvoir d’achat. Les deux premiers syndicats de contrôleurs aériens ont aussi participé au mouvement, entraînant l’annulation préventive de 20 % des vols. 
Côté éducation nationale, enfin, un tiers des enseignants des écoles maternelles et élémentaires devaient se mettre en grève, selon leur habitude, d'après le syndicat hégémonique. Les professeurs du second degré ont, quant à eux, été plus nombreux que prévu à débrayer contre la réforme du collège.

Du côté des taxis, des milliers de chauffeurs  ont répondu à l'appel à se mobiliser en France pour protester contre les "dérives" de leurs concurrents du secteur des voitures de transport avec chauffeur (VTC). Des actions se sont notamment déployées à Paris et autour des aéroports de Roissy et d’Orly, mais aussi en régions.

Le déroulé de la journée de mobilisation

En début de matinée, une navette force un passage, un manifestant est blessé
Selon la préfecture de police, 1.200 taxis ont été comptabilisés sur différents sites de protestation, notamment à l'aéroport d'Orly, où quelques dizaines de manifestants ont organisé un filtrage sur l'A106 en installant des plots sur la chaussée, ne laissant passer que les taxis en grève, dans une ambiance surchauffée. Mais, peu après 7 heures, une navette a forcé le passage et percuté un manifestant qui a été blessé à la jambe. Les autres manifestants ont frappé aux vitres du minibus, et ont forcé ses passagers à en descendre.
Le conducteur de la navette a été interpellé, et est entendu dans les locaux de l'hôtel de police à Orly. Il dit avoir accéléré sous l'effet de la panique.

Cette photo a été postée sur Twitter peu avant 9h00  par un journaliste de France TV Info. Depuis, les pompiers sont intervenus pour éteindre les pneus en feu. Le calme est revenu sur le périphérique parisien et la circulation a repris.
Vingt personnes ont été interpellées en Ile-de-France lors des manifestations de chauffeurs de taxi. 19 manifestants ont été arrêtés à la Porte Maillot, après plusieurs blocages du périphérique parisien, et le chauffeur de navette qui a renversé un manifestant est entendu dans les locaux de la police à l'aéroport d'Orly.

A 12h15, des représentants des chauffeurs de taxis seront reçus par Manuel Valls à Matignon, alors que devant le ministère de la Santé, une centaine de grévistes des hôpitaux de Paris manifestent aussi pour protester contre la réforme du temps de travail dans les hôpitaux franciliens. "Hirsch vole le repos des héros", pouvait-on lire sur une pancarte. Dans les grandes lignes, cet aménagement du temps de travail repose sur des suppressions de RTT et instaure de nouvelles organisations pour les 75 000 agents (hors médecins) des 39 établissements de l'institution. Au retour de la délégation reçue par le cabinet de la ministre de la Santé Marisol Touraine, les manifestants devaient rejoindre le cortège des fonctionnaires.


Valls condamne les violences "inadmissibles" lors de la manifestation des taxis
Le premier ministre fait référence à des jets d'oeufs ou des pneus brûlés. "Il y a un droit de manifester. Il faut le respecter, même dans cette période d'état d'urgence. Mais les violences sont inadmissibles: aucune cause ne peut justifier une telle violence", a-t-il dramatisé à la sortie de la réunion du groupe socialiste à l'Assemblée, avant de recevoir à 12h15 à Matignon une délégation d'organisations professionnelles de taxis.

A la mi-journée, le ministère de l'Education annonce un taux de grévistes de 22,32% au collège, 12,24% dans le primaire et 3,66% parmi le personnel non enseignant. Pour le second degré dans son ensemble (collèges et lycées), le taux atteint 13,66%.

Manuel Valls propose l'ouverture d'une concertation avec les taxis, ainsi que la nomination d'une personnalité qualifiée, à l'issue d'une réunion avec les représentants des chauffeurs de taxis qui protestent contre la concurrence des voitures de transport avec chauffeur (VTC).

Les forces de l'ordre viennent pourtant d'interpeller vingt-deux personnes, dont 14 placées en garde à vue, après des incidents au cours des manifestations, selon l'annonce de la préfecture de police de Paris.


Au final, le premier ministre se calme

Qu'a donc promis Valls aux chauffeurs de taxis contre les conducteurs de 
VTC - qu'il n'a pas offert aux éleveurs bretons ? Les représentants des taxis en colère des compagnies hégémoniques étaient moins agressifs à l'issue de la rencontre avec Manuel Valls jeudi soi, après trois jours de mobilisation des taxis et une première réunion avec le médiateur chargé de mener une concertation avec les VTC. Le Premier ministre a repris le dossier en recevant, jeudi soir, l’ensemble des organisations professionnelles de taxis, deux jours après une précédente rencontre où certaines n’avaient pas été conviées. Diviser pour régner?
Après trois heures de discussion, plusieurs organisations professionnelles ont appelé les chauffeurs en grève à lever les barrages, comme l’Union nationale des taxis (UNT) qui a salué l’entrée dans une "phase positive". Mobilisés par solidarité, d’autres syndicats (CFDT, proche du gouvernement, FO, SDCTP) ou associations (Taxis de France), se sont aussitôt montrés ouverts à une levée du mouvement, et ont indiqué vouloir consulter la base avant toute décision. La situation devait donc se dénouer vendredi matin. La préfecture de police de Paris joue le jeu, recommandant aux automobilistes d’éviter les secteurs de la Porte Maillot et de la Porte de Bercy, ainsi que les abords des aéroports d’Orly et de Roissy.

1 400 taxis mobilisés jeudi
Jeudi, pour la troisième journée consécutive, des centaines de taxis ont manifesté en région parisienne contre les véhicules de transport avec chauffeurs (VTC). Les rassemblements, réduits en matinée, ont grossi au fil de la journée, notamment porte Maillot où la CGT recensait 1.600 chauffeurs. En milieu d’après-midi, la police comptabilisait elle-même 1.400 taxis mobilisés, un peu plus que la veille (un millier), mais moins que mardi (2.100). Dans les aéroports, plus de 160 taxis ont bloqué les têtes de station à Orly. A Roissy, un manifestant a été renversé par un chauffeur de VTC, qui a été aussitôt interpellé.

La colère des taxis vise le ministre de l’Economie 
Si Uber, qui, en quelques années,  a ouvert ce secteur protégé à la concurrence avec son application leader du marché international, et reste ainsi leur cible dans les media, c'est Emmanuel Macron qui concentre actuellement la fureur de la profession. En effet, le ministre de Valls s’est fait, jeudi, le porte-parole d’une des idées lancées par Uber, à savoir l’ouverture aux artisans taxis des plateformes de géolocalisation des VTC.  
Mais les taxis conservateurs protestent aussi contre cette avancée
Ce jeudi, pour la première fois, plusieurs organisations professionnelles de taxis avaient commencé par rencontrer le médiateur finalement chargé, à défaut de Hollande ou Valls, de mener la concertation entre VTC et taxis, laquelle était refusée sur le terrain par des centaines de chauffeurs mobilisés encore à Paris, Marseille et Toulouse. 
La réunion avec le député PS Laurent Grandguillaume, qui a débuté vers 12h30 à Matignon, en présence de conseillers du premier ministre, visait à préparer l'entrée en scène de Valls en "poursuivant le dialogue entre les taxis et le gouvernement dans la suite de la feuille de route tracée par le premier ministre mardi", avait indiqué le cabinet de Manuel Valls.

Vers une coexistence
Mais, dans l’intersyndicale à l’origine des rassemblements porte Maillot et dans les aéroports parisiens, la CGT, Sud et la CFDT, sur 13 organisations invitées, ont décliné et menacé de "durcir" le mouvement. 
Et deux autres (FO et FNTI), très mécontents, ont claqué la porte à 15h30. "Rien de concret," même s’il y a "une volonté de faire quelque chose. On ne peut pas attendre", a déclaré Nordine Dahmane (FO). 
Restaient présents, des membres plus modérés de l’intersyndicale, dont l’UNT et Gescop, déjà reçus mardi.

Votée en 2014 pour encadrer la coexistence des deux services, la loi Thévenoud était favorables aux grosses compagnies traditionnelles et prévoyait une application nationale réservée aux... taxis, mais celle-ci n’a pas encore été mise en place. Et surtout, elle n’est "pas appliquée", répètent les taxis, qui dénoncent l’absence de contrôles des VTC, censés travailler uniquement sur réservation préalable. Pour avoir "incité" ses chauffeurs à pratiquer le maraudage, privilège des taxis, Uber a été condamné mercredi à verser 1,2 million d’euros à l’Union nationale des taxis (UNT) dite "modérée" mais surtout proche du PS.

"Manuel Valls a su se montrer convaincant", assure BFMTV


Jeudi soir, les représentants des taxis considéraient que les VTC étaient acceptables. Ils ont décidé la levée du mouvement de contestation contre la concurrence des VTC, malgré un contentieux d'incidents violents d'incidents
A part une poignée d'irréductibles qui campaient encore Porte maillot, à Paris, refusant "les promesses" et les assurances données à la profession dans la nuit par le Premier ministre, les taxis ont repris le travail ce vendredi.
Quel compromis les services de Matignon ont-ils proposé ? 
"Le Premier ministre a d'abord dit sa considération pour la profession", commente Alain Griset, président de l’Union nationale des taxis (la fameuse UNT, qui représente des artisans taxis), en préambule sur RMC. "Puis, il a affirmé la volonté du gouvernement de faire respecter la totalité de la loi. Ensuite, il a dit son engagement à travailler sur le modèle économique, sa volonté d'anéantir cette concurrence déloyale" des VTC et de réparer le préjudice de la profession. Arrivée des courses: les Français vont douiller.
Achoppement sur le rachat des licences: "c'est compliqué, il y a pleins de paramètres"...
Tous les sujets ont été mis sur la table, assure encore Alain Griset, un modéré très en pointe. Même l'épineux sujet des licences payées (parfois plus de 200.000 euros) par la mafia des taxis pour pouvoir exercer la profession. "La question du rachat des licences est sur la table. Oui, c'est une piste. Le Premier Ministre s'est engagé à ce que ce sujet soit abordé et qu'on trouve, parce que ce n'est pas facile, le modèle économique qui permette de sortir de cette situation". Qui finance ? L'Etat ? Quoi qu'en dise Hollande, l'Etat, ce sont les contribuables et ils sont moins de 50% des Français.
Interrogé sur le coût du rachat des licences, Alain Griset souligne que "c'est compliqué"... Va-t-on vers une plus-value des taxis sur le rachat de leurs licences ?
"Il y a pleins de paramètres, dont l'ancienneté. Avec quel argent ? Sur quels critères ? Il y a un travail à faire, et nous allons le faire dans les prochains jours et prochaines semaines", promet-il.

"Création de brigades spéciales pour contrôler les chauffeurs"
L'incapacité des taxis archaïques à s'adapter à l'ubérisation du marché va nous coûter un maximum. Manuel Valls a en effet engagé le budget de la nation, en sorte de pouvoir renforcer les contrôles des chauffeurs illégaux.
L'accord que vante Griset achoppe encore sur un autre point. Les taxis se veulent intransigeants sur "les plateformes (de réservations de VTC) [qui] utilisent 70% de chauffeurs illégaux, insiste Alain Griset. Le Premier ministre s'est engagé à fermer ces plateformes si elles continuent ces pratiques. 
Il a également annoncé la création dans 12 départements de brigades spéciales chargées de sanctionner et d'arrêter les 70% de VTC dans l'illégalité". Sur quel crédit et par quel basculement d'effectifs - en période de mobilisation anti-terroriste maximale - Valls compte-t-il réaliser la quadrature du cercle des taxis ? Les 12 départements concernés sont : Paris, Val-de-Marne, Hauts-de-Seine, Seine-Saint-Denis, Rhône, Gironde, Bouches-du-Rhône, Haute-Garonne, Alpes-maritimes et Nord.

Pour Macron, les demandes des taxis ne sont pas acceptables

Mettant Valls en difficultés, "il ne peut être question de fermer certains plateformes et d'empêcher d'autres professionnels de travailler", a lancé le ministre de l’Économie, appelant à la levée des blocages menés par les taxis en grève. "La solution dans l'agitation et par le blocus, moi, je la considère comme inacceptable", a déclaré  Emmanuel Macron. "Je leur demande la levée des blocus", a-t-il ajouté à Fos-sur-Mersur le thème du renouveau industrielen marge d'une visite d'usine devant laquelle une vingtaine de taxis étaient stationnés à son arrivée dans l'après-midi.

"Ce n'est pas moi qui ai fait la réforme des taxis"
"Il y a des Françaises et des Français qui vont à leur travail, qui ont aussi une vie très difficile et qu'on prend en otage pour simplement que les pouvoirs publics cèdent: ça n'est pas ma philosophie des choses", a martelé le patron de Bercy. 
"Ce n'est pas moi qui ai fait la réforme des taxis, ce sont les Françaises et les Français qui en ayant recours à d'autres services ont simplement dit "on a besoin d'une mobilité parfois différente'", a-t-il expliqué.
Mais, sous la pression de la rue, Valls s'est résolu à recevoir les preneurs d'otages.

vendredi 24 juillet 2015

Les VTC Uber gagnent une bataille à New York

Plébiscité par le public, le VTC correspond à un besoin

Le conseil municipal a décidé de ne pas voter la limitation du nombre de VTC à New York

Nouvelle bataille entre les Anciens (taxis jaunes et groupe G7)
et les Modernes (tel Uber ou Drivy)
Déterminé à réguler le nombre de VTC dans sa ville, le maire de New York, membre du Parti démocrate, s'était engagé dans un bras de fer avec Uber. Les deux parties viennent de conclure un accord qui va permettre à Uber de poursuivre son chemin.

Voitures de transport avec chauffeur, les VTC étaient dans le viseur de la mairie de New York. Entrée en guerre contre la pollution et les bouchons, elle voulait limiter la croissance de ses voitures dans ses rues. Depuis 2011, leur nombre a explosé de 60%. lls sont presque 2 fois plus que les taxis jaunes: 25.000 arpentent les rues de New York, les trois quart appartenant à la société Uber, entreprise technologique qui développe et exploite des applications mobiles de mise en contact d'utilisateurs avec des conducteurs réalisant des services de transport.
Cette semaine, le conseil municipal de gauche new-yorkais devait voter une loi, dont la mesure principale visait à limiter à 1% l'augmentation du nombre de VTC à New York pendant une année, le temps d'évaluer son impact sur les embouteillages et la pollution. Uber ne s'est pas laissé faire et a mené une intense campagne pour dénoncer une décision prise sous la pression des taxis. Finalement, c'est le leader des VTC qui a obtenu gain de cause.

Le groupe de pression de Uber a eu raison des ayatollahs de gauche

L'entreprise californienne a très vite trouvé sa clientèle à New York avec plus de 20.000 véhicules contre 13.587 taxis jaunes, exploités par des sociétés privées et agréées par la Commission de Taxi et Limousine de New York,
Uber a proposé un débat en direct sur internet pour confronter les points de vue mais Bill de Blasio s'y est refusé. "Je ne débats pas avec les sociétés privées. Soyons clairs, Uber est une entreprise multi-milliardaire et se comporte comme telle (...). Ils mettent leurs bénéfices au-dessus de toute autre considération", a-t-il polémiqué. "Il y a quelques années, personne n'avait jamais entendu parler d'Uber et maintenant, il y a plus de véhicules Uber que de taxis jaunes à New York... Il est sensé demander une pause, d'étudier la situation", a insisté le maire anti-libéral.
Outre la pollution et les embouteillages, cmilitant pacifiste, antinucléaire et anti-apartheid évoque aussi la question des droits des consommateurs et des travailleurs. En revanche, Uber a affirmé que le maire va détruire 10.000 emplois et priver d'un service vital les arrondissements hors Manhattan, où les taxis jaunes vont peu. Elle l'a aussi accusé d'être "à la solde de ses gros donneurs, les taxis".

Or, pour participer à la lutte contre les embouteillages et la pollution, la société californienne consent à publier les données de circulation dont elle dispose. Selon les termes de l'accord conclu avec Uber, la ville va mener une étude sur quatre mois, jusqu'en novembre. Et le vote limitant l'augmentation du nombre de VTC est "ajourné pour la durée de l'étude", a précisé le bureau du maire, Bill de Blasio .

La startup californienne sort victorieuse de son bras-de-fer avec Bill de Blasio, indique Bloomberg.

Cette étude sur l'état du trafic commandée par le maire sera bien menée mais sans immobilisation des VTC
, qui y participent avec les données qu'ils récoltent. Le maire de New York, un homme de gauche,  la startup est responsable de ce ralentissement du trafic. Mais certains estiment que la mesure n'est qu'un autre moyen de s'attaquer à Uber, qui pèse peu comparé au 800.000 voitures en circulation en moyenne chaque jour dans la ville, affirme le quotidien socialiste Libération qui milite pour le maintien du privilège des taxis parisiens du groupe G7, ainsi que pour le développement de OuiCar
, site de location entre particuliers lancée dès 2009 sous le nom de Zilok auto et satellite de la SNCF, entreprise publique. En 2012 et 2014, l’entreprise avait levé 4,5 millions d’euros. Le 25 juin dernier, c’est la SNCF, déjà présente au capital, via le fonds Ecomobility Ventures, qui a investi cette somme. Du même coup, le groupe public prenait 75 % du capital. 
La start-up fut du même coup valorisée à plus de 37,5 millions d’euros. L'interventionnisme de l'Etat et son injection de capitaux publics devraient intéresser la Commission européenne sensible à la concurrence déloyale. Ainsi s'explique le déclenchement d'affrontements par les taxis du groupe G7 proche du gouvernement socialiste et visant sa rivale Uber.

Uber répond à un besoin qui explique son succès. En quatre ans, 20.000 véhicules Uber sont arrivés dans la ville et la vitesse moyenne de circulation a baissé de 9%. 

Le conseil tranche en faveur d'Uber. Finalement, le conseil n'a pas voté la loi. "Cela n'a pas de sens de limiter arbitrairement Uber ou d'autres sociétés de voitures avec chauffeurs avant d'avoir étudié l'impact de la congestion des rues de New York", explique Scott Stringer, le contrôleur des finances municipales, au journal Le Monde.


Les VTC rouleront sans limite particulière, mais sous certaines conditions. Uber devra coopérer en améliorant l'accessibilité des handicapés et en contribuant au financement des transports collectifs. Une idée positive que n'a effleuré ni le gouvernement, ni la municipal orientés sur la condamnation et la répression. Si l'un de ces engagements n'est pas respecté, la Mairie  de New York pourrait limiter le nombre de véhicules. Le conflit entre Uber et Bill De Blasio est un conflit de longue haleine.

jeudi 25 juin 2015

La mafia des taxis traditionnels manifeste: barrages filtrants, voitures sur le toit et autres violences

Les chauffeurs de taxi "se font justice" jeudi pour... "faire respecter la loi"

Les taxis défendent leur monopole par la force

Palettes en feu sur le périphérique, bretelles d'accès à l'aéroport de Roissy bloquées et confrontations tendues, parfois violentes, avec les chauffeurs de VTC. "C'est mon outil de travail, ça va me coûter une fortune, je ne sais pas comment je vais faire", se lamente Julien Cinquin en regardant son van aux quatre pneus crevés et à la vitre arrière éclatée, Porte Maillot, dans le Far-West parisien. "Pourquoi t'es venu travailler; tu savais qu'il y avait grève aujourd'hui", rétorque un gros chauffeur de taxi à ce chauffeur de "transport de personnes" à son compte qui assure ne travailler "ni pour Uber, ni pour aucune application".
Julien Cinquin est tombé sur un barrage d'une dizaine de taxis. En quelques secondes, ils l'ont extirpé du van, lui ont cassé les rétroviseurs et jeté un gros pétard sur la banquette arrière. Une charge de CRS les a empêchés  in extremis de renverser le véhicule. Une chance que n'a pas eue un de ses collègues, dont le van Mercedes s'est retrouvé sur le toit à quelques dizaines de mètres de là (photo ci-dessous).
Malia, 50 ans, dont trois comme taxi, observe la scène: "Les taxis, ok c'est des grandes gueules, mais habituellement c'est pas agressif", assure-t-il contre l'avis de tous, qui ont un jour ou l'autre subi leur mauvaise volonté à aider à charger-décharger le bagage, voire leur grossièreté à la moindre contestation du montant de la course d'approche, du barème des tarifs ou de l'itinéraire choisi à rallonge. 

"Jusqu'il y a trois ans, on manifestait jamais. Mais là vous avez des gens qui ont une famille à nourrir, un crédit... Ils sont acculés," raconte-t-il, va qui veut l'entendre.

Depuis l'aube, des centaines de taxis perturbent fortement la circulation dans et autour de la capitale pour dénoncer la "concurrence déloyale" d'UberPOP, qui met en relation des passagers et des conducteurs non professionnels assurant le transport avec leurs propres véhicules.
Les manifestants ont occupé les voies du périphérique

VTC, porte Maillot à Paris
Peu avant 07h00, ils ont brûlé pneus et palettes au niveau de la Porte Maillot, avant d'être délogés par les policiers. Quelques dizaines d'entre eux essaient à nouveau vers 09h30, mais ont été rapidement dispersés.
"UberPOP est illégal. C'est la loi et il faut la faire respecter. Nous n'avons pas l'impression que le gouvernement est volontaire en la matière", se plaint René Pierre-Jean, délégué CGT devant la gare du Nord, dont les accès sont bloqués.

Sur les vitres de leur taxi, des tracts: "Ne nous laissons pas uberiser", "Non à la précarisation des chauffeurs de taxi" qui, en d'autres temps, se disent exploités par les patrons des groupes G7 et Taxis Bleus. "UberPOP, c'est du dumping. Ils n'ont pas de contrainte, de charge, d'obligation légale", plaide Thierry Boyadjan, un taxi de 54 ans. 

Mais les VTC ont le soutien du public et roulent dans le sens du covoiturage et de l'Histoire, 

contre les privilèges et pour la fin du monopole de Nicolas Rousselet, PDG du Groupe G7, également investisseur dans la société Les Taxis Bleus, et fils d'André Rousselet (fondateur de la chaîne à péage Canal+, en 1984, et de l'entreprise de taxis G7).
Les taxis traditionnels ont en revanche le soutien de Marine Le Pen. La présidente du Front national a affirmé jeudi matin sur France 2 qu'elle "comprend la colère" des chauffeurs de taxi, qui ont manifesté dans plusieurs villes, face à une "concurrence déloyale". "Et je trouve que le gouvernement a une lourde responsabilité, car il laisse depuis des mois pourrir la situation".

La manière forte des taxis contre la concurrence
Abords de l'aérogare de Marseille-Provence
Des barrages filtrent les accès à l'aéroport d'Orly, tout comme à Roissy. Un véhicule conduit par un chauffeur UberPOP a été piégé par l'appel d'un syndicaliste. Pris en chasse, il est intercepté alors qu'il tente de débarquer une cliente devant le terminal 2E.
Sous les cris d'une vingtaine de grévistes, il doit être protégé sur quelques mètres par une escorte policière qui a fait sortir la cliente. La plaque d'immatriculation du chauffeur est relevée sous les huées des chauffeurs de taxi. Il devrait être convoqué ultérieurement par la police. 
"C'est un POP illégal, c'est un POP illégal", lance la meute des taxis qui encerclent une autre petite cylindrée qui contraste avec les grosses berlines des chauffeurs établis. "Verbalisez verbalisez", ordonnent-ils aux policiers. "A Roissy, les chauffeurs UberPOP on les reconnaît vite", explique José Diogues, taxi depuis 38 ans. "On a envie de les buter; c'est interdit et ils continuent de faire chier."
Certains taxis arborent un drapeau français et des affiches xénophobes  "Uber go home" contre le groupe américain. Impossible d'accéder aux aérogares en voiture. Quelques passagers arpentent l'asphalte déserté, traînant vaille que vaille leur valise à roulettes. "Mon mari m'a laissée au niveau du barrage de taxis et j'ai marché plus d'un quart d'heure!", dit Christine, une femme d'affaires en partance pour Stockholm. "Ca me révolte, on empêche tout le monde de bosser".