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mercredi 31 juillet 2019

Mort de Steve Maia Caniço à Nantes : les oppositions réclament la vérité et la justice

Les élus de la majorité et sa presse se satisfont d'un rapport interne de police

Les circonstances de la mort du jeune fêtard restent confuses

Le corps en état de décomposition avancée retrouvé dans la Loire le 29 juillet est bien celui de Steve Maia Caniço, disparu dans la nuit du 21 au 22 juin, au cours d'une opération de police controversée le soir de la Fête de la musique
Les forces de l'ordre qui ont chargé sur le quai Wilson à Nantes, le soir de la Fête de la musique, ont-elles une part de responsabilité dans la mort de Steve, un jeune animateur périscolaire.

Une information judiciaire "contre X" pour "homicide involontaire" a été ouverte après que les analyses dentaires ont confirmé l’identité du corps retrouvé plus d’un mois après la disparition du jeune homme de 24 ans. Deux magistrats instructeurs vont être saisis pour rechercher d’éventuelles responsabilités pénales. 

Sans attendre leurs conclusions, le service interne d'inspection de la Police nationale et de la préfecture de police de Paris, l'IGPN, a rendu, mardi 30 juillet, un rapport publié dès le lendemain de la découverte du corps, le 29. Et il conclut que l'intervention policière, qui devait mettre un terme au rassemblement, "était justifiée et n'est pas apparue disproportionnée"

Voici dans le détail ce qu'il faut en retenir.

"Aucune charge" de la police, mais des affrontements

Selon le rapport de la police des polices, les violences survenues ce soir-là sur le quai Wilson se sont concentrées entre 4h31 et 4h52 du matin, après écoute des "échanges radio des policiers intervenus". Les forces de l'ordre tentent, à ce moment-là, de faire éteindre le dernier des "dix sound systems"installés à l'occasion de la Fête de la musique, mais se confrontent à la résistance des fêtards. C'est là que les premiers affrontements ont lieu. Le rapport insiste sur le nombre important de "voies de faits" survenus ce soir-là et pointe d"très nombreux projectiles en tout genre [jetés] sur les policiers".

En se fondant sur les vidéos collectées des événements de la nuit du 21 au 22 juin, le rapport de l'IGPN assure qu'"aucune charge [de la police] n'était mise en évidence". Le rapport fait néanmoins état du nombre de munitions utilisées par les forces de l'ordre : en vingt minutes, trente-trois grenades fumigènes, douze balles de défense et dix grenades de désencerclement ont été utilisées.

Le rapport pointe aussi le cas de quatre CRS blessés par les jets de projectiles. S'il "n'y a pas à remettre en cause l'intervention collective des forces de l'ordre", estime l'IGPN, le rapport précise toutefois qu'une autre enquête "spécifique" et "distincte" sera menée pour un "usage de la matraque sur une personne au sol pendant l'intervention""Des coups de matraque montrés par une vidéo sur une personne au sol pourraient constituer à l'égard de son auteur, non identifié pour le moment, un usage disproportionné de la force", est-il écrit.

8 à 14 chutes dans la Loire

Le télégramme de fin de mission, remis par la DDSSP à l'issue de l'intervention policière sur le quai Wilson, fait uniquement état de quatre personnes tombées à l'eau entre 3 heures et 5 heures du matin. Le rapport de l'IGPN tient cependant compte des déclarations des pompiers et de l'association Sécurité Nautique Atlantique, affrétée par la mairie de Nantes pour patrouiller dans la zone ce soir-là. "Durant cette nuit, entre huit et quatorze personnes sont tombées dans la Loire sans que l'on puisse être certain du décompte effectué par les sauveteurs", explique le rapport. La première personne a chuté à 3h34, soit une heure avant les affrontements. 
Entre 4h36 et 4h39, plusieurs appels signalent des personnes tombées dans la Loire. Le chef scaphandrier de la Sécurité Nautique Atlantique est ensuite informé "qu'une personne aurait coulé et deux autres auraient été à la dérive. [...] A 7h54, la police informait que la personne disparue avait été retrouvée dans la ville de Nantes"
Selon le rapport toujours, "aucune des personnes repêchées" ce soir-là n'a par ailleurs déclaré être tombée à l'eau du fait de l'action de la police. "La seule certitude étant que trois personnes étaient tombées préalablement à l'intervention des forces de l'ordre", ajoute l'IGPN.

La disparition de Steve Maia Caniço signalée au petit matin

"Les premières investigations confirment que l'intéressé était présent à proximité des lieux de l'opération de police", selon le rapport de l'IGPN. A 5h52 du matin, un jeune homme appelle le 17 pour faire état "de la disparition de son 'copain' sur l'île de Nantes", explique le rapport, qui poursuit : "Il s'était fait gazer vers 4h30 pas très loin du 'Warehouse' et il n'avait plus donné de nouvelles depuis".
Mais selon le document, "il ne peut être établi de lien entre l'intervention des forces de police [...] et la disparition de M. Steve Maia Caniço après 4 heures dans le même secteur"
Le rapport de l'IGPN cite, au sujet de Steve Maia Caniço, un télégramme de police du 23 juin 2019, qui relate la disparition du jeune homme : "Le téléphone de la personne disparue déclenchait un dernier relais téléphonique à 3h16, le 22 juin 2019", est-il noté.
"On ne peut pas dire que Steve serait tombé à l'eau du fait de l'intervention de la police. On ne peut pas dire qu'il est tombé en dehors de l'intervention non plus", estime un cadre de l'IGPN, cité par l'AFP, qui renvoie vers "l'enquête judiciaire".

L'organisation de la mairie critiquée

Dans ses observations, l'IGPN relève également que la mairie de Nantes "n'avait mandaté que deux agents d'une société privée de sécurité afin d'empêcher la foule attirée par les sound systems de tomber dans le fleuve proche" et qu'elle "avait fait positionner des barriérages le long d'une partie seulement du quai Wilson alors que les sound systems ont été installés jusqu'au bout du quai, ce qui a généré un risque pour le public".

Le rapport reconnaît néanmoins que c'est le fait d'avoir fait éteindre les neuf premiers sound systems qui a entraîné "un déplacement des fêtards vers le dernier de ces points d'émission de musique situé au bout du quai, en zone non couverte par des barriérages".


Le premier ministre lui-même demande que les responsabilités soient établies 

Le lendemain de la découverte du corps sur les lieux même de la charge de police, le premier ministre, Edouard Philippe, a annoncé les conclusions de l’enquête de l’Inspection générale de la police nationale (IGPN) lors de sa conférence de presse en milieu d'après-midi, en présence muette du ministre contesté de l'Intérieur: selon ce service d'inspection des polices du ministère de l'Intérieur, "il ne peut être établi de lien entre l’intervention des forces de police et la disparition de M. Steve Maia Caniço". Edouard Philippe  a lui aussi pointé "des interrogations sur la préparation de cet événement" et a annoncé qu’il saisit l’inspection générale de l’administration (IGA), au motif que "le déroulement de cette soirée, l’enchaînement des faits restent confus". 
, le Premier ministre, Edouard Philippe,Il a ainsi annoncé saisir l'Inspection générale de l'administration, pour "faire toute la lumière" sur la mort de Steve Maia Caniço.

Pour nombre d'élus d'opposition tous partis confondus, la justice doit répondre aux nombreuses questions encore posées 

Quelques minutes après que l'identification du corps de Steve Maia Caniço après un mois de recherches infructueuses, alors que la dépouille n'a pas bougé, plusieurs élus d'opposition ont exprimé leur indignation sur les réseaux sociaux.
"Voilà ce qu’est devenu notre pays", a tonné Jean-Luc Mélenchon, chef LFI dans une publication Facebook ce mardi soir. "Un pouvoir qui ne contrôle plus la police parce qu’il l’a sollicitée pour des tâches dont il ne veut pas assumer la responsabilité politique".
"À présent je lis qu’on ne 'saurait établir de coïncidence' entre la disproportion de la charge de police et la mort de Steve. Ils nous diront ensuite, je suppose, qu’on ne peut établir de lien entre sa chute dans l’eau et sa noyade, non plus", a-t-il encore ironisé sur le réseau social.

C'est le député LFI de Seine-Saint-Denis qui a dans un premier temps eu une pensée pour la famille du défunt, avant d'exiger "la justice pour Steve." À l'antenne de BFMTV, il a détaillé sa pensée en assurant que l'IGPN ne va pas "régler la question" et Eric Coquerel a exigé l'ouverture d'une "commission d’enquête sur les circonstances de ce qui s’est passé ce soir-là".
"Pourquoi y a-t-il eu des charges, alors que les jeunes rappelaient aux policiers que la Loire était derrière eux? Pourquoi le préfet a laissé faire? Pourquoi en arrive-t-on à la mort d’un jeune pour 30 minutes de musique supplémentaire? La vérité doit être faite sur cette terrible affaire", a-t-il encore détaillé
Eric Coquerel
@ericcoquerel
Nous savons malheureusement maintenant où était Steve. A cette heure je m’associe à la détresse de sa famille et de ses proches. Mais viendra ensuite le temps d’exiger la justice pour Steve. #JusticePourSteve

Demande déposée le 17 juillet 

Eric Coquerel est rejoint par le député LFI de l'Ariège Michel Larive qui souligne que "nous devons vérité et justice à ses proches." En illustration de son message, ce dernier a également publié une proposition de résolution du 17 juillet passé, signée par Jean-Luc Mélenchon et l'ensemble des députés du parti d'extrême-gauche, qui réclamait déjà cette commission d'enquête.
Michel Larive
@Michel_Larive
On sait mntnt où était #Steve : mort dans la Loire. Avec mes collègues de #LFI, nous réclamons une commis° d'enquête s/ l'opérat° de maintien de l’ordre du 21/6 à Nantes. Nous devons vérité et justice à ses proches à qui j'exprime mes sincères condoléances http://www.assemblee-nationale.fr/15/propositions/pion2176.asp …

Cette proposition de commission d'enquête trouve un écho chez le porte-parole du PCF et ancien candidat à la dernière élection européenne, Ian Brossat. Ce mardi après-midi, après la prise de parole d'Edouard Philippe et ce dernier a estimé qu'"à nier l'évidence, on se (couvre) de honte"... Le candidat communiste à la Mairie de Paris souhaite que "toute la lumière soit faite sur ce qui s'est passé et qui restera, pour toujours, une honte."
Ian Brossat
@IanBrossat
Mourir à 24 ans, en France, un soir de Fête de la musique après une intervention policière.
Pensées pour la famille de Steve et pour ses proches.
Toute la lumière devra être faite sur ce qui s'est passé et qui restera, pour toujours, une honte. #justicepoursteve
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Plusieurs personnalités politiques ont également réagi à l'instar de l'eurodéputé Yannick Jadot (EELV) qui a exigé que "la vérité et la justice s'imposent".
"Toute la lumière doit être faite rapidement (...) c'est indispensable pour nous toutes et tous, à Nantes et bien au-delà de notre ville, dans toute la France", a aussi demandé la maire socialiste de Nantes, Johanna Rolland.
Pour Ensemble!44, mouvement pour une alternative de gauche écologiste et solidaire (Les Alternatifs, Convergences et alternative FASE et Gauche anticapitaliste, avec trois députées: Autain, Fiat et Obono), "Steve est mort des suites de l'action insensée de la police contre des jeunes en train de finir de faire la fête de la musique" initiée par Jack Lang. 

Olivier Besancenot, président du NPA, a exprimé son indignation dans un tweet: "Steve est mort! Assez de violences policières et de mensonge d'État! Castaner dehors!", a écrit le révolutionnaire trotskiste.
Olivier Besancenot@olbesancenot
Steve est mort. Assez de violences policières et de mensonges d’État ! Castaner dehors !#JusticePourSteve https://npa2009.org/communique/steve-est-mort-assez-de-violences-policieres-et-de-mensonges-detat-castaner-dehors …
La droite n'est pas moins indignée que la gauche

Le prénom Steve écrit avec des bougies, au pied de la fontaine de la Place Royale à Nantes, le 30 juillet 2019.
"Personne ne devrait trouver la mort dans un tel événément", a observé mardi 30 juillet sur franceinfo le député LR Julien Aubert. Contrairement à ce qu'en dit Ouest France, la droite a exprimé sa compassion et réclamé des éclaircissements. 


Les Républicains veulent que les responsables rendent des comptes."Pourquoi on a laissé organiser ce type de festival en bordure de fleuve ?", a lancé Julien Aubert, invité également de franceinfo. Le député du Vaucluse, secrétaire général adjoint des LR et candidat à la présidence du parti, exige qu'une responsabilité soit "endossée". "On ne peut pas sortir de cette affaire, en disant que ce n'est de la faute de personne," a insisté le secrétaire général adjoint LR.
Et c'est la mairie de Nantes qui est visée.

Le RN considère que Christophe Castaner est "dépassé".
Du côté du Rassemblement national, le porte-parole du parti, Sébastien Chenu voit dans cette affaire un aveu de faiblesse du ministre de l'Intérieur? Christophe Castaner. "Nous voyons simplement que le ministre de l'Intérieur et sa stratégie, ou plutôt son absence de stratégie en ce qui concerne le maintien de l'ordre, que ce soit lors des manifestations de gilets jaunes ou pendant cette Fête de la musique (...) semblent complètement dépassés par les événements."
Et d'ajouter que le fait que, dans cette affaire, "le premier ministre s'engage à la transparence, c'est le minimum"...


Castaner fragilisé par son application obtuse des consignes de fermeté données par Macron

Corbière souligne que Castaner est "très silencieux" sur la mort de Steve Maia Caniço. 
Ce mardi 30 juillet, c'est Edouard Philippe qui,   a été envoyé en première ligne pour livrer les conclusions du rapport de l'IGPN, solennellement, depuis la cour de Matignon pendant que le ministre de l'Intérieur, renfrogné, l'écoutait au premier rang, sans dire un mot.
Le PS élargit le débat à la politique répressive du gouvernement.

"Je suis pour que nous puissions assurer la sécurité dans ce pays, mais
la sécurité, ça n'est pas la surenchère, ça n'est pas la répression aveugle, ça n'est pas l'utilisation de n'importe quel moyen", a critiqué sur BFMTV Olivier Faure, premier secrétaire du Parti socialiste qui réclame, comme LFI, une commission d'enquête parlementaire.

Le député a dénoncé une doctrine de maintien de l'ordre "effectivement flottante, pour ne pas dire inexistante", qui conduit à des "drames", avec par moments des "forces de l'ordre livrées à elles-mêmes", alors que, par le passé, "nous avons été un exemple pour le monde entier, les champions de maintien de l'ordre sans casse".
"Désormais la question qui se pose, c'est est-ce que si je laisse mes enfants aller dans une fête, ils pourront en revenir vivants, c'est quand même incroyable d'avoir cette question qui se pose aujourd'hui dans un pays comme le nôtre", a-t-il déploré.

"Nous devons interroger la doctrine de maintien de l'ordre dans notre pays", a affirmé de son côté Boris Vallaud, député des Landes et porte-parole du Parti socialiste. 
Et c'est Castaner, ministre de l'Intérieur, qui est ainsi projeté sur la sellette.

Pour Maître Cécile De Oliveira, l'avocate de la famille de Steve Maia Caniço, qui 
s'est exprimée après que le premier ministre a annoncé que le rapport de l'IGPN dédouane la police, sa mort devient "une affaire d'Etat" et il "faut continuer à enquêter".

mardi 7 mai 2019

Après son épisode de délire à l'hôpital La Pitié-Salpétrière, Castaner réclamé en audition au Parlement

Les oppositions réclament la création d'une commission d'enquête pour y être examiné

Plusieurs élus, sénateurs et députés de l'opposition, réclament la création de commissions d'enquête sur la gestion des manifestations du 1er mai par l'Intérieur

Castaner dans l'oeil du cyclone
A l’issue des manifestations du 1er mai, le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner s’est rendu le soir même dans les locaux de l’hôpital parisien de la Pitié-Salpêtrière. Prenant la presse à témoin, sans prendre aucun temps de réflexion, mais juste guidé par sa volonté d'instrumentalisation de l'opinion,  il a dénoncé "une attaque" du service de réanimation par des militants anticapitalistes
Ces éléments de langage ont été repris par les professionnels de presse institutionnelle sans vérification des faits, mais cette présentation fallacieuse a été démentie par plusieurs vidéos mises en ligne jeudi 2 mai. 
Depuis, plusieurs élus de l’opposition réclament son audition devant les commissions Lois du Sénat et de l’Assemblée nationale, ainsi que la création de commissions d’enquête.

Le ministre de l'Intérieur "Christophe Castaner a perdu ses nerfs. 
Toutes les semaines il s’exprime à chaud, sans vérifier les faits et c’est grave. Il est discrédité dans sa fonction de ministre de l’Intérieur". Pour l'extrême gauche, la communiste Elianne Assassi, présidente du groupe CRC (Communiste, Républicain, Citoyen et Écologiste) au Sénat a été l’une des premières, jeudi 2 mai, à exiger la mise en place d’une commission d’enquête parlementaire. Le joueur de poker a en effet désigné des activistes anticapitalistes de l’ultragauche agissant en black bloc.
Une multitude de voix s'élève désormais dans l'ensemble du paysage politique - exception faite du parti présidentiel - pour que l'irresponsable ministre de Macron soit auditionné.

"Le ministre de l’Intérieur doit cesser de mettre de l’huile sur le feu et doit maintenant s’expliquer sur ses déclarations démenties par les faits », a écrit Bruno Retailleau, président du groupe Les Républicains au Sénat sur Twitter.

"Monsieur Castaner est un menteur, en plus d’être un incompétent", a lancé un peu plus tôt à Marseille le chef de file de La France Insoumise Jean-Luc Mélenchon, accusant le ministre de l’Intérieur d’avoir "inventé" l’attaque de l’hôpital parisien.

"On peut arrêter de monter en épingle l’histoire de "l’attaque" de l’hôpital et revenir aux revendications sociales des mobilisations massives du premier mai ? Christophe Castaner doit répondre de ce mensonge !", a aussi twitté Manon Aubry, tête de liste LFI aux Européennes.

"S’il s’agit d’un mensonge délibéré dans le seul et unique but de disqualifier et salir une mobilisation sociale, le ministre de l’Intérieur doit être démis de ses fonctions sans délai", a aussi estimé Benoit Hamon (non élu parlementaire, Génération.s), demandant que "le gouvernement produise les preuves de ce qu’il affirme".

"Le Gouvernement pris en flagrant délit de #FakeNews, assez de cette propagande ! Christophe Castaner a manipulé les faits pour discréditer ses opposants : il doit démissionner. Il y a suffisamment de violences à condamner pour ne pas en inventer", a jugé de son côté Nicolas Dupont-Aignan, Debout la France.

Pour la sénatrice EELV Esther Benbassa, "si Christophe Castaner s’appelait Pinocchio, on n’ose imaginer quelle longueur aurait son nez".

A l'Assemblée nationale, le porte-parole des députés communistes Sébastien Jumel, a estimé que "Christophe Castaner se sert de la parole ministérielle comme d’un LBD [lanceur de balles de défense]. Mais par #PitieSalpetriere que le ministre garde son sang-froid, tienne des propos mesurés sur des infos circonstanciées et arrête de dégoupiller des grenades verbales d’enfumage politique !".

"Les détenteurs de la parole publique ne sont-ils pas tenus à plus de prudence et de sérieux dans leurs déclarations ? Ce gouvernement se discrédite chaque jour davantage," a observé Philippe Olivier, conseiller de Marine Le Pen et candidat sur la liste RN aux européennes.

Castaner en est à une deuxième demande de simple audition

Moins de deux mois après son audition devant la commission des Lois du Sénat pour la gestion chaotique de 'l'Acte XVIII' des Gilets jaunes à Paris, le ministre de l’Intérieur pourrait retrouver les élus de la Chambre haute dans les prochaines semaines. C’est ce que souhaite Jean-Pierre Sueur, sénateur PS, qui précise  avoir d’ores et déjà déposé une demande formelle d’audition auprès du bureau du président de la commission des Lois, Philippe Bas.

Un souhait formulé également dès le 2 mai sur Twitter par son collègue Patrick Kanner. "Nouvelle bavure du Ministre de l’Intérieur ? L’analyse objective des faits à la Pitié-Salpêtriere et leurs commentaires pour le moins hasardeux justifient pleinement la convocation que je vais solliciter de Mr Castaner devant la commission des lois du Sénat", justifiait-il. 

D’autres élus exigent, eux, la mise en place d’une commission d’enquête sur les manifestations du 1er mai. 
Eric Coquerel, député LFI de Seine-Saint-Denis, confirme vouloir déposer une proposition en ce sens à l’Assemblée nationale. "C’est nécessaire, l’année dernière on avait déjà fait cette demande qui avait été refusée, avant que l’affaire Benalla n’éclate quelques mois plus tard. Il y a eu cette année encore des faits anormaux, et une gestion du maintien de l’ordre totalement anarchique", dénonce-t-il. Selon l’élu, la tentative des manifestants pour entrer au sein de la Pitié-Salpêtrière découle de cette gestion du maintien de l’ordre par le gouvernement : "Si les gens s’y sont réfugiés, c’est parce qu’il y a eu des charges policières", souligne Eric Coquerel.
Le groupe @FranceInsoumise va faire la proposition d’une commission d’enquête de l’assemblée nationale sur la gestion du maintien de l’ordre lors de la manifestation parisienne du 1er mai incluant la communication du gouvernement

Au Sénat, la création d’une commission d’enquête proposée par l'élue communiste Elianne Assassi serait plus contraignante pour le ministre qu’une simple "audition" devant les parlementaires. "A l’évidence, plusieurs éléments montrent que la réalité n’est pas celle décrite dans un premier temps par Christophe Castaner. On a besoin d’explications parce que c’est aussi la question de la doctrine du maintien de l’ordre qui est posée", fait-elle valoir.

Consigne d'un soutien aveugle à l’exécutif

Au sein de la majorité, le député LREM et membre de la commission des Lois, Raphaël Gauvin, reconnaît pudiquement que le ministre a peut-être "réagi trop tôt", pour ne pas dire trop prématurément. En même temps, il fustige en revanche sur ordre les demandes formulées par ses collègues de l’opposition. "Il ne faut pas trop abuser des commissions d’enquête. Les faits qui se sont déroulés à la Salpêtrière relèvent de l’autorité judiciaire. Il ne faudrait pas que le parlement se substitue à la justice", argue-t-il, ressortant ainsi les critiques déjà formulées par les élus de la majorité lors de la création de la commission d’enquête sur l’affaire Benalla. 
Edouard Philippe avait alors cru pouvoir se réfugier derrière le respect par la commission d’enquête du Sénat de la "séparation des pouvoirs" législatif et exécutif. Il avait estimé, en vain, qu'il n’appartient ni à l’Assemblée nationale, ni au Sénat de se prononcer sur l’organisation interne de la présidence de la République." 
Marie-Laure Basilien-Gainche, professeur de droit public à l’université Jean Moulin à Lyon lui avait donné tort, jugeant que le Sénat est pleinement dans son rôle en menant cette commission d’enquête et en présentant son rapport d’information.
Mais, dans l'impasse où s'est à nouveau fourré Castaner, le contrôle du gouvernement est sans conteste possible une prérogative constitutionnelle du parlement.

Si le député Gauvin, dont la mère se remaria à l'ancien ministre de la Justice, Dominique Perben (ancien Garde des Sceaux de Chirac), estime "normal" que le ministre de l’Intérieur soit "au centre des débats politiques", l’élu réfute toute "pression" à l’égard de Christophe Castaner. Ce député LREM de Saône-et-Loire n'en subit pas davantage, mais il faut pourtant savoir qu'il est en charge d’une mission sur les mesures de protection des entreprises françaises confrontées à des procédures donnant effet à des législations de portée extraterritoriale, et placé, pour ce faire, auprès de la ministre de la Justice Nicole Belloubet, du ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian et du ministre de l'Economie et des Finances Bruno Le Maire. Croyez-vous que sa parole soit libre ?

Face à la polémique, le ministre de l'Intérieur est exprimé des regrets pour ses propos ce vendredi 3 mai. "Je n’aurais pas dû employer le terme "attaque" après l’irruption de dizaines de manifestants le 1er mai dans l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière", a concédé le ministre (bachelier au rattrapage), évoquant une approximation sémantique malheureuse lors d’un déplacement dans le Var. Interrogé quelques heures plus tard à Marseille sur une éventuelle audition du ministre par les parlementaires, l’entourage du ministre s’est contenté de préciser, en langue de bois- que "ce n’est pas à l’ordre du jour".

Des demandes de démission formulées par les opposition. 
Edouard Philippe y a répondu fermement ce vendredi soir : "S’agissant des polémiques qui ont agité le monde médiatico-politique pendant les 24 dernières heures, je crois savoir que le ministre de l’Intérieur a corrigé son propos. Il a sans doute eu raison de le faire en choisissant le terme qu’il a utilisé. Et je n’ai pas d’autres commentaires à faire sinon qu’il a évidemment, et comme depuis le début, toute ma confiance".

Castaner s'est pareillement déclaré "fier de nos policiers":


mercredi 25 juillet 2018

Affaire Benalla: rétropédalage d'Alain Gibelin qui contestait la version de l'Elysée

Le militaire a-t-il subi des pressions ?

Alain Gibelin est accompagné de deux adjoints lors de son audition par la Commission d'enquête de l'Assemblée nationale, le 23 juillet 2018

Comme si l'officier supérieur n'avait pas préparé son audition et ne disposait pas de fiches et de conseillers à sa droite, lors de cette audition, Alain Gibelin se serait pris les pieds dans le tapis ? Le policier est en tout cas ce mardi revenu en partie sur ces propos qui invalidaient ceux de l’Elysée. Lundi soir, après avoir auditionné le ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, et le préfet de police de Paris, Michel Delpuech, les députés de la Commission des lois faisant office de commission d'enquête sur l’affaire Benalla recevaient Alain Gibelin, le directeur de l’ordre public et de la circulation, DOPC.

Interrogé par Marine Le Pen​ (députée du Rassemblement national, ex-FN, mais non-inscrite à l’Assemblée nationale), Alain Gibelin avait affirmé qu’Alexandre Benalla était présent à des réunions entre ses services et l’Elysée entre le 4 et le 19 mai, période pendant laquelle l’adjoint au chef de cabinet d’Emmanuel Macron était censé être suspendu.


L'Elysée n'a pas tardé à nier

Après l’audition du policier, la présidence de la République a maintenu et confirmé sa version des faits. Et, ce mardi matin, c’est Alain Gibelin qui revient sur ses propos. Dans une lettre qu’il a adressée à la présidente de la commission d’enquête, la députée LREM Yaël Braun-Pivet, il assure qu' "il avait mal compris la question [posée par Marine Le Pen] lors de son audition en raison du bruit dans la salle".

Ré-entendre la déclaration d'Alain Gibelin :
 

VOIR et ENTENDRE Marine Le Pen expliquer pourquoi Alain Gibelin a subi des des pressions :

Quelqu'un ment et ce n'est pas seulement le lampiste...