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lundi 6 janvier 2020

Harcèlement sexuel: les députés ne s'épuisent pas surtout au travail

L'Assemblée reconnaît de "nombreuses" situations

Face à des conditions propices au harcèlement moral ou sexuel,
 

Les ronflements de députés alimentent l'antiparlementarisme 

travail de nuit, promiscuité, relation de pouvoir, etc..., l'Assemblée nationale muscle son dispositif. Mais, deux ans après #MeToo, les collaborateurs s'alarment de situations encore "nombreuses et préoccupantes". Et encore, seul(e)s sont en cause des adultes.

"Un cas de harcèlement, c'est déjà trop, il faut que ça s'arrête," s'étrangle d'emblée Brayen Sooranna, représentant CFDT des quelque 2.000 "petites mains", hommes et femmes vaccinés qui assistent les élus du Palais Bourbon, sur place ou en circonscription : bien évidemment, ils ne sont recrutés qu'au vu de leurs seules compétences, mais la plupart ont des ambitions politiques et nombreux sont les députés qui ont commencé comme collaborateur ou collaboratrice d'élu. Les moyens mis en oeuvre par les uns pour parvenir à leurs fins, comme ceux exigés par les autres, renvoient au monde interlope de la nuit qu'imaginent les électeurs et qu'évoquent les carrières de starlettes soi-disant tombées aux mains de tous les Harvey Weinstein ou Gabriel Matzneff qui n'ont qu'à se baisser pur ramasser des Adèle Haenel et autres Vanessa Springora, qui vingt et trente ans plus tard crient leur dégoûts d'elles-mêmes. Les unes et les autres font tout-à-coup oeuvre de salut public, quand, lesbiennes ou féministes, elles ne sont pas mues, avant tout, par la haine du sexe opposé. 

La presse se fait rarement mais régulièrement l'écho de procédures aux prud'hommes à l'encontre de députés 

Comme dans les cas de pédérastie ou/et de pédophilie - on pense à Daniel Cohn-Bendit et Gabriel Matzneff ou Frédéric Mitterrand - , les dossiers ne sont qu'entr'ouverts et traités de manière allusive, tel celui de la LFI Muriel Ressiguier dernièrement (en novembre 2019, deux anciennes attachées parlementaires de la communiste Muriel Ressiguier, leur bourreau au Parti de gauche, l'attaquent aux prud'hommes pour motif de licenciement abusif et de harcèlement moral) ou, plus ancien, de Clémentine Autain, fille d'actrice (et petite-fille du fondateur du Front national pour l'Algérie française) et de chanteur, victime d'un viol à l'âge de 23 ans, et collaboratrice d'un sénateur, puis d'une conseillère de Paris. 

Des accusations démenties à chaque fois par les intéressés, certains portant plainte pour "dénonciation calomnieuse", comme cet ex-Cap21 toulousain, Pierre Cabaré (62 ans, LREM), vice-président de la Délégation de l'Assemblée nationale aux droits des femmes et à l'égalité des chances entre les hommes et les femmes.

Il n'existe pas de statistiques du harcèlement à l'Assemblée.
En matière de sexualité, la transparence n'est pas du voyeurisme et encore moins qu'ailleurs à l'Assemblée. Le 30 janvier 2019, dans son rapport annuel remis au Président et au Bureau, la Madame Déontologie du Palais Bourbon avait pourtant indiqué avoir en moyenne deux rendez-vous par mois avec des personnes se disant victimes, principalement de harcèlement... moral. L'honneur est-il sauf ?

Depuis 2013, cette personnalité indépendante - on peut donner son nom, Agnès Roblot-Troizier (non pas sexologue, ni psychologue, mais juriste) : elle n'est pas islamiste -  a en sus de ses attributions (conflits d'intérêts, contrôle des frais de mandat...) une mission de lutte anti-harcèlement, avec un "référent". 

Au vu d'un dispositif "insuffisant" de son propre aveu, et après des alertes répétées, une cellule "de prévention et d'accompagnement", avec un médecin, un psychologue et un juriste spécialisé - c'est du lourd ! - est lancée en janvier, conformément à un vote des députés au printemps. En accord avec la victime, la cellule pourra transmettre son analyse à la déontologue.

En matière de harcèlement sexuel, la collaboratrice parlementaire de la députée Danièle Obono (LFI), Mathilde Julié-Viot, du collectif "Chair collaboratrice" (un jeu de mots malin qui en dit long du sérieux du problème), qui a lancé un site recensant les cas de sexisme en politique et qui avait dénoncé fin mars la persistance de ces phénomènes, estime que les choses n'ont pas évolué en dépit de la vague #MeToo: "messages à connotation sexuelle" et agressions "comme des mains aux fesses" restent d'actualité. Tous les députés ne sont pas des Brad Pitt...

Des harceleurs sont même "promus ou maintenus", s'offusque la collaboratrice. "Je ne vois aucun mec grillé !", s'étonne-t-elle, alors que "dès qu'une femme bouge un neurone cil, il y a une plainte".  Ainsi, bonne nouvelle, les "pots à tabac" seraient-elles également portées sur la bagatelles: simplement, elles réclament l'impunité ?

Le harcèlement moral a "explosé sous cette législature"
Résultat de recherche d'images pour "deputés endormi bancs Assemblée"
Surmenage de député (ou ministre) : est-ce crédible ?
Astrid Morne (UNSA-USCP, Union Syndicale des Collaborateurs Parlementaires) le dénonce, évoquant "une constante malheureuse" en matière de harcèlement sexuel, plusieurs groupes étant concernés.
De février 2018 à octobre 2019, "34% des collaborateurs sont partis", souligne un autre responsable syndical. "Ceux qui font la loi ne la respectent même pas" et la "seule échappatoire est de partir" face à un supérieur hiérarchique qui a "droit de vie ou de mort sur votre contrat de travail". 

Dans la majorité, on renvoie certains conflits député-collaborateur à un enjeu de "compétences" et de "compréhension" de la fonction. Un jeune collaborateur, qui ne pointe aucun sexe en particulier - toutes les options sont ouvertes -, raconte avoir subi un processus "toxique": ce sont des "petites remarques", puis "on vous rabaisse" et ensuite viennent des "brimades en public"... aboutissant à une "perte de confiance". Et, très "fashion", le burn-out ? On se croirait chez Orange...

De Rugy et Ferrand successivement auraient des verges à donner à fouetter
Les syndicats déplorent un certain manque d'allant au plus haut niveau de l'institution, qui n'est pas employeur des députés. Ils espèrent que la nouvelle cellule ne sera pas "de l'affichage", déplorant ne pas y être associés.

"Deux points essentiels" manquent, affirme en outre l'assistant parlementaire Les Républicains Gonzague de Chantérac (CFTC Parlement): un lien avec l'inspection du travail, qui ne peut pas intervenir à l'Assemblée, et la capacité de saisir la justice. "Si c'est une marche supplémentaire pour atteindre la déontologue (...), c'est décevant", abonde Mathilde Julié-Viot.

La Fondation Jean Jaurès (PS) a épinglé l'Assemblée mi-décembre pour la "lenteur" de sa réponse, soulignant que l'institution "ne paraît pas déterminée" à des sanctions en interne, contrairement au Parlement européen et au Sénat.
"On privilégie le droit commun avec une saisine de la justice plutôt que des petits accommodements pour régler en interne des sujets de nature pénale", rétorque l'entourage du président de l'Assemblée Richard Ferrand (LREM). Et de souligner que la cellule, "parfaitement indépendante", pourra aider les potentielles victimes à porter plainte.

Co-signataire en 2008 d'une proposition de loi visant à interdire la chasse à courre, le député LFI de l'Ariège Michel Larive, qui a présidé un groupe de travail consacré notamment à ces questions, pousse - comme les syndicats - pour une meilleure formation des députés-employeurs. Il note une volonté des députés "d'essayer de réagir". "Pas d'omerta", assurent des élus de divers bords.

lundi 25 septembre 2017

La députée La France Insoumise poursuivie par son ex-attaché parlementaire

La députée LFI Caroline Fiat, poursuivie aux Prud'hommes

L'ex-attaché parlementaire de l'élue de Meurthe-et-Moselle conteste l'arrêt brutal de son CDI cet été.

Il accuse la députée mélenchoniste de licenciement sans cause sérieuse. Auparavant aide-soignante en vacation dans plusieurs établissements privés d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) du Grand Est, Caroline Fiat, 40 ans, ci-contre, a été élue députée La France Insoumise (LFI) de la 6e circonscription de Meurthe-et-Moselle en juin dernier

Comme les élus du parti du président, la député d'extrême gauche n'était pas préparée à ses nouvelles responsabilités. "Je ne m'attendais pas à être députée. Et donc pas à être employeur", a confié au Républicain Lorrain C. Fiat ce weekend, interrogée sur la plainte d'un de ses ex-collaborateurs aux prud'hommes. Il lui demande près de 35.000 euros pour rupture illégale du contrat de travail, précise L'Express.

Résultat de recherche d'images pour "Caroline Fiat"Le jeune homme a été embauché juste après les élections législatives pour gérer une partie de la communication de l'élue LFI. A l'époque, il reçoit alors un contrat de travail type de l'Assemblée nationale "où il n'y a que des cases blanches. Rien n'était renseigné", explique son avocat, Me Thomas Hellenbrand, dans les colonnes du quotidien régional. "Il n'y avait aucune information sur la rémunération, le temps de travail, le statut du salarié, le lieu de travail... Rien. Cela démontre une certaine impréparation", déplore-t-il de la part d'une élue de la gauche sociale exemplaire et hargneuse. 
Son client a tout de même envoyé les documents et signé un blanc-seing. Et n'a jamais reçu de contrat en retour. Auprès de l'Express, l'avocat reconnaît "l'imprudence" du jeune homme, mais la justifie par la "confiance" qu'il avait en Caroline Fiat...
"J'ai envoyé ces documents vierges en demandant à mon équipe de donner leurs informations personnelles, numéro de Sécu, etc., afin de gagner du temps", se justifie cette dernière au Républicain Lorrain, quelques heures avant le rassemblement à Paris contre la réforme du Code du travail. "On s'est quand même assis autour d'une table pour discuter du contrat."

La députée d'extrême gauche aurait-elle des pratiques de patron voyou?

La députée La France Insoumise Caroline Fiat poursuivie aux Prud'hommes par son ex-attaché parlementaire
Le salarié reçoit bien un certificat d'adhésion à la complémentaire santé des attachés parlementaires et est payé fin juillet, mais sans recevoir de bulletin de salaire, assure son avocat. En août, il apprend qu'il va être remplacé. "Il ne bossait pas. Je n'étais pas du tout à l'aise avec ça, mais il fallait faire quelque chose", accuse Caroline Fiat. "Les gens qui me connaissent savent que je n'ai pas fait ça de gaieté de cœur", assure-t-elle. 

De son côté, elle insiste pour dire avoir mis fin au contrat de son salarié pendant sa période d'essai. Le plaignant et son avocat considèrent,, quant à eux que le contrat de travail n'étant pas valable, il doit être requalifié en CDI à temps plein sans période d'essai. "Ce n'est pas possible d'agir ainsi et de mépriser les règles du Code du travail", dénonce l'avocat du salarié victime de sa patronne La France Insoumise, avant d'ajouter : "Cela tombe à un moment où on cherche à fragiliser les contrats de travail. Il faut éviter les abus et éviter de mépriser le salarié. Ce dossier est un bon exemple de ce qu'il ne faut pas faire".

mercredi 22 février 2017

L'attaché parlementaire d'un sénateur PS faisait l'apologie du terrorisme malgré l'état d'urgence

Le ministère de l'Intérieur apprend l'information d'une ...militante associative

Le djihadiste, son sénateur PS et l'association sont anonymés
Le collaborateur d'un sénateur socialiste est soupçonné d'apologie du terrorisme et a suscité l'ouverture d'une enquête préliminaire par le Parquet de Paris, a-t-on appris ce mardi 22 février : il appelait notamment au djihad, sur sa page Facebook en arabe.

Or, il aura fallu un mois pour que le ministère de la Justice de JJ. Urvoas communique sur cette enquête préliminaire ouverte le 25 janvier dernier. Selon Le Canard enchaîné, qui a révélé l'affaire, la page Facebook du collaborateur socialiste présentait des images d'égorgements qui auraient été retirées un temps, avant de réapparaître en langue arabe.

Le sénateur PS employeur du djihadiste sur fonds publics a confirmé l'enquête visant l'attaché parlementaire, sans plus de précisions. Son identité du parlementaire socialiste est donc connue de la justice et de la presse, mais voilée.

Des appels au djihad sur Facebook : 
au grand jour, malgré l'état d'urgence et au coeur de la République

C'est une militante associative, anonymée, alertée par les messages de propagande djihadiste postés par le salarié du sénateur socialiste, qui a effectué un signalement auprès des autorités policières, conduisant à l'ouverture de cette enquête. Police et justice seraient-elles détournées de leurs fonctions sur des tâches politiques ? 

Après avoir repéré ces contenus diffusés sur le réseau social, la responsable de cette association floutée a d'abord alerté le sénateur qui emploie le djihadiste. La page a alors été un temps désactivée..., probablement à l'instigation de l'employeur. Mais elle a réapparu, en langue arabe, précise l'hebdomadaire. 
La militante associative a alerté les autorités policières et l'hebdomadaire anarchiste ("ni dieu, ni loi, ni patron, ni mari") lève alors une partie du voile pour glisser qu'elle est "militante du dialogue inter-religieux"...
Parmi ces associations, on peut penser à Parler en Paix, présidée par Véronique Teyssandier,
ou à l’association parisienne
'Fen’Art' de Zouhir Boudjema, artiste peintre algérien partisan du "dialogue interconvictionnel et interculturel" dans le XIe parisien, lieu des attentats du 13 novembre 2015 : 18 personnes ont été assassinées rue de Charonne, à proximité du restaurant La Belle Equipe et cinq personnes abattues à la terrasse du restaurant Casa Nostra. On peut également citer Kawaa-Grandir Ensemble, dans le même style. Réunissant le fonds de dotation Grandir Ensemble (créée en 1985 par un groupe d'amis bénévoles sensibles aux conditions de vie des enfants des bidonvilles de Colombie) et l’entreprise sociale Kawaa (concept : un tête-à-tête autour d’un café pendant une heure), ce projet propose depuis un an, à des inconnus de se retrouver et de parler librement de leurs convictions religieuses.Ou l'association Un-par-Un, fondée par Kévin André (et Zup de Co) qui a pour objet de renforcer le lien social, de favoriser l'insertion et de lutter contre l'exclusion.
Les investigations ont été confiées à la brigade de répression de la délinquance contre la personne (BRDP). 
Bien plus qu’un speed dating religieux
Officiellement, chaque rencontre vise à faire tomber les préjugés. Avec succès, chiffres à l’appui : "98 % des participants ont passé un bon moment," raconte Marine Quenin, déléguée générale du fonds de dotation 
(outil innovant de financement du...  mécénat) Grandir Ensemble. A ce jour, 1.027 personnes ont déjà participé à l’un des 63 rendez-vous organisés dans 23 villes de France, de Belgique (Molenbeek, à Bruxelles ?) et de Tunisie. Et d’ici deux ans, Kawaa-Grandir Ensemble espère que 230 000 Français auront pris le temps, au moins une fois, d’aller à la rencontrer d’un voisin de confession et de culture différentes.
M. Quenin a également fondé l’association Enquête, qui sensibilise les enfants aux religions et leur enseigne la... laïcité.

C'est ainsi que la quadra peut accompagner un petit groupe d’enfants à la mosquée Omar à Paris pour entendre le prêche du vendredi de l’imam.

Payé par le sénateur socialiste sur son enveloppe mensuelle, appelée crédit collaborateur, l'attaché parlementaire parsemait ses appels au djihad d'images d'égorgements d'Européens ou bien de critiques des koufars ("mécréants", dans la propagande djihadiste).

Un sénateur embarrassé, bien qu'anonymé

Le sénateur socialiste précise au Canard qu'il savait que son collaborateur était musulman pratiquant. 
L'élu de la majorité parlementaire savait aussi que l'individu avait par le passé été condamné pour violences conjugales. Mais, "il a payé pour ça", estime son patron. Pour le reste, balaie-t-il..."Je ne crois que ce que je vois."

La "presse d'investigation" diffuse le même texte...



jeudi 2 février 2017

L'Assemblée a rémunéré 52 épouses, 28 fils et 32 filles de député(e)s en 2014, rapporte Mediapart

Tous et toutes n'étaient pas seulement des plantes d'agrément !

En 2014, au moins 20 % des députés ont rémunéré un membre de leur famille proche

Combien mensuel, Fabius,
pour dormir
au Conseil constitutionnel ?
Ainsi l'attestent des recherches du site trotskiste - et révolutionnaire, partisan du chaos et d'une VIe République Mediapart, qui a épluché la liste, désormais publique, des collaborateurs de députésD'après cette enquête de Mediapart alors que la loi sur la transparence de la vie publique a été votée en 2013 dans la foulée de l'affaire Cahuzac, en 2014, au moins un(e) député(e) sur cinq (115 sur 577) ont salarié un membre de leur famille, en CDD ou CDI, sur un temps plein ou partiel. Huit élus sont même allés jusqu'à rémunérer deux de leurs proches.

Les chiffres auraient toutefois évolué à la hausse depuis 2012 
 
Selon les informations de janvier 2017 publiées par Le Figaro et relatifs au quinquennat de Hollande, les "contrats familiaux" concernaient 79 députés, soit 13% des effectifs, au 1er janvier 2012. Cette année-là, le président de l'Assemblée nationale, Claude Bartolone, entre autres, employait son épouse à son cabinet. Sur le site du palais Bourbon, à ce jour, elle figure toujours dans la composition du cabinet en tant que "Chargée de missions interventions et droits des femmes".

La plupart des députés assurent assumer, puisqu'ils sont dans leur bon droit. D'autres recourent à la langue de bois lors des enquêtes des journalistes d'investigation par téléphone. 
"C'est la chasse aux sorcières ou quoi ? s'étrangle Franck Gilard (UMP), quand on l'interroge sur le CDD de trois mois accordé à son fils. Avec ces histoires de transparence, tout le monde nous pisse sur les godasses !"

Le vertueux président PS de l'Assemblée nationale, Claude Bartolone (PS) donne l'exemple en faisant aussi travailler sa femme depuis 2012. Et l'insolent se paie la tête des inquisiteurs : "je n'ai pas embauché ma femme; j'ai épousé ma collaboratrice !" réplique-t-il effrontément, assuré d'être intouchable.

Jusqu'ici,
l'identité des assistants parlementaires était top secret
Le nombre de ces "petites mains" employées sur fonds publics par les 925 sénateurs et députés est apparu pour la première fois dans les "déclarations d'intérêts" des élus, mises en lignes le 24 juillet 2014 par la Haute autorité pour la transparence de la vie publique (HAT), chargée de prévenir les conflits d'intérêts. A la vérité, le site renvoie les curieux consulter les éléments à la préfecture de Paris. Les amateurs de transparence doivent se préparer à un parcours du combattant...

Et la plupart des députés n'y mentionnent pas le lien familial les unissant à tel ou tel collaborateur. Il faut que ce "trombinoscope” inédit soit croisé avec d'autres informations, telles que celles qu'on peut recueillir par la ruse dans les couloirs de l'Assemblée. C'est ainsi que Mediapart a pu reconstituer une liste relativement complète des députés signant des contrats en famille.

Députés : emplois familiaux
Ainsi, alors que le Parlement européen prohibe l'embauche de proches pour éviter tout emploi fictif ou de complaisance (conjoints, parents, enfants, frères et sœurs) depuis 2009, la pratique touche au moins 20 % de l'hémicycle en France.

Conjoint(e):
Carvalho Patrice,
Bartolone Claude, Gorges J Pierre, Gosselin Geneviève (conjoint chauffeur), Lambert Jérôme, Mennucci Patrick, Popelin Pascal, Pupponi François,...  
Ciotti Eric, Copé JF, Devedjian Patrick, Geoffroy Guy, Jégot Y, Lagarde JCh, Lefebvre Frédéric, Sauvadet F, Solère Th, ...
Dupont-Aignan Nicolas, ...
Gilbert Collard,...

Fils ou fille
Fourage Hugues, Gilard Franck, Gourgeade Linda, Iborra Monique, Jibrayel Henri, Vignal Patrick,...
Censi Y, Geoffroy Guy, Goasguen Claude, Le Fur M, Ollier P, Vigier Ph,...
Bompard J,...

Frère ou soeur
Sergio Coronado,... 

Le recours aux enfants sur des contrats saisonniers est visiblement tendance. 
Le député Étienne Blanc (UMP) a mis le pied à l'étrier de sa fille, étudiante en droit public, en "stage d'été sur 4 ou 5 semaines". Idem pour le fils de Béatrice Santais (PS). 
Le socialiste Hugues Fourage a récidivé en salariant son fils en juin et juillet (après un CDD d'un mois, déjà, l'été dernier). 
Son collègue Philippe Vigier (UDI), le président du groupe centriste, a aussi recruté sa fille pour deux mois, "après deux ans dans une ambassade et juste avant qu'elle rejoigne son nouveau poste [dans le privé] à la rentrée".

En fait, les embauches en précarité restent opaques. 
Les formulaires ayant été remplis par les élus en janvier 2014, ils ne mentionnent pas les nombreux 'CDD d'été' d'un, deux ou trois mois récemment accordés à un membre de la famille. Le syndicaliste breton élu député PS de... Haute-Garonne, Patrick Lemasle, par exemple, qui a recruté une première fille en mars 2014, puis une seconde en CDD pour juin et juillet, n'a pas pensé à mettre sa déclaration à jour.

Résultat de recherche d'images pour "scrabble députés"

En 2014, au moins 52 conjointes de députés étaient encore rémunérées par l'Assemblée 
Mais pour bien évaluer la situation, encore faudrait-il que tous les parlementaires daignent remplir convenablement leur déclaration d'intérêts. Ainsi Jean-Pierre Mignon (UMP), qui, d'après nos informations, a salarié sa conjointe en 2014, a-t-il écrit « Néant » dans la case censée lister ses collaborateurs. Sollicité par Mediapart, il n'a pas encore répondu à nos questions.

A l'Assemblée, la seule règle supposée prévenir les abus touche au salaire

Résultat de recherche d'images pour "scrabble députés"
Les députés ou sénateurs, qui sont leurs employeurs, disposent d'une enveloppe pour rémunérer leur(s) assistant(s) parlementaire(s). A l'Assemblée nationale, ce crédit s'élève à 9.561 euros mensuels, tandis qu'au Sénat, il est de 7.593,39 euros bruts par mois, dans la limite de 5 collaborateurs. Enfin, chaque député européen bénéficie de 21.000 euros, avec laquelle il peut salarier deux ou trois collaborateurs.

L'embauche d'un proche n'est pas illégale mais son salaire est plafonné à 4.750 euros brut par mois
(voir ici la précédente enquête sur le Sénat, un peu plus strict en la matière). Sinon, un député peut choisir librement son équipe et “distribuer” jusqu'à 9.504 euros mensuels de façon discrétionnaire entre ses divers collaborateurs.

Les députés Alexis Bachelay
(porte-parole du candidat Hamon2017)
et Jérôme Guedj jouent au Scrabble
pendant le travail parlementaire
Aucun contrôle n'a jamais été effectué, par exemple, sur les emplois offerts à leurs épouses par Jean-François Copé ou Bruno Le Maire, pris au hasard par Mediapart qui en a révélé l'existence, mais le contrat de Pauline Le Maire a a pris fin en septembre 2013). 

Certes, les députés ont raison de rappeler que des dizaines de conjoint(e)s ou d'enfants effectuent des tâches bien réelles, à Paris comme dans les permanences de circonscription. Certains de leurs arguments tiennent la route, comme la nécessité de recruter une personne de confiance ou de préserver un lien conjugal, souvent malmené par une vie politique chronophage. "Il ne s'agit pas d'avantager sa famille, insiste le député Michel Lesage, ancien directeur de l’Office Public HLM de Saint-Brieuc, qui connaît la musique et a fait appel à son fils pour un CDD de trois mois de juin à septembre. Mais il n'y a pas de raison non plus de la pénaliser quand elle a les compétences." Cela dit, lui ne se voit pas "salarier quelqu'un de (sa) famille en permanence…" Faut-il préciser que ces propos vertueux sont tenus par un socialiste ?...

"Il peut y avoir des emplois fictifs en dehors de tout lien familial, s'insurge Linda Gourjade (députée PS du Tarn et "frondeuse" exclue de la commission des Affaires sociales par le président du groupe PS à l'Assemblée, Bruno Le Roux), qui vient d'embaucher sa fille, diplômée de Sciences Po Toulouse. Je ne suis pas sûre que ce soit un facteur aggravant." Précisons que la vindicative est agent du Conseil Général du Tarn... D'ailleurs, son collègue, Franck Gilard, s'emporte : "Si on nous l'interdit, alors il faut l'interdire dans les boîtes privées !" Quand ils en oublient la lutte des classes, ils relancent la guerre du public et du privé.

Partie de scrabble lucide
par Thomas Thévenoud
Quand on rappelle qu'il s'agit d'argent public, quelques élus font aussi valoir ce type d'argument édifiant : "Je n'épuise pas l'enveloppe à laquelle j'ai droit, souligne Jean-Pierre Door (UMP), qui vient de salarier son épouse. J'utilise 6.500 euros sur les 9.500 que l'Assemblée met à notre disposition pour payer nos collaborateurs !" Finalement, parmi les députés de la liste interrogés par Mediapart, seul Étienne Blanc (UMP) se déclare "plutôt favorable à une interdiction, comme au Parlement européen".

Olivier Besancenot, ancien collaborateur d'Alain Krivine (1999-2000) au Parlement européen
Xavier Bertrand, assistant parlementaire du RPR Jacques Braconnier (1987-1992)
Myriam El Komri, ancienne collaboratrice de Daniel Vaillant
François Fillon, ancien "collaborateur" (au sens propre) de Joël Le Theule
Benoît Hamon, ancien collaborateur de Pierre Brana, ancien conseiller de Michel Rocard
Marylise Lebranchu, assistante de la députée PS Marie Jacq 
Françoise de Panafieu, assistante parlementaire de son père, François Missoffe
Étienne Pinte, ancien collaborateur parlementaire d'Alain Peyrefitte (octobre 1961)
Jean-Luc Romero, assistant parlementaire de Pierre-Rémy Houssin (1986-1997), Jean-Marie Demange (1997) et Guy Drut (1997- 2000)
André Vallini, ancien collaborateur parlementaire de Gisèle Halimi
Manuel Valls, ancien collaborateur parlementaire (1983-1986) de Robert Chapuis, député PSU de l'Ardèche (1981-88) et secrétaire d'État au ministère de l'Éducation Nationale (1988-1991) 
Jean-Vincent Placé, ancien collaborateur parlementaire de Michel Crépeau, Radical de gauche. 
Ici, JV Placé accompagne Eva Sas (EELV)
Nommé secrétaire d’État de Manuel Valls, en charge de la Réforme de l'État et à la Simplification le 11 février 2016, Placé n'a encore rien produit au gouvernement et on peine à croire que son assistante parlementaire, Laure Lechatellier, avec laquelle il aurait une relation, soit une travailleuse acharnée puisqu'elle est apparue avec son boss dans les tribunes de Roland Garros en mai 2014. Combien touche-t-elle pour faire autant ?
Ces députés frappés de "phobie administrative"
Francis Vercamer, UDI, avait bien signalé sa fille dans sa déclaration d'intérêts de janvier, mais pas celle de sa conjointe. "Je prends (mon épouse) de temps en temps sur des CDD ponctuels, environ deux mois par an, justifie l'élu centriste. En général, c'est pendant les congés : en novembre, c'est pour préparer les vœux, en juin pour faire le bilan de l'année." Vive l'intérim...

Si le socialiste Olivier Véran a bien pensé à mettre sa déclaration à jour à la mi-juillet, c'est pour signaler l'interruption du contrat de sa sœur. Dans ce sens là, c'est évidemment plus spontané.

Côté qualifications, c'est tout ou rien 
Il n'y a parfois rien à redire, comme lorsque la socialiste Estelle Grelier fait valoir le "DESS et le diplôme de Sciences Po Grenoble" de sa cousine 'bilingue' (en CDI jusqu'en mars dernier). 
Mais le centriste Meyer Habib va jusqu'à ressortir "la mention au Bac" de son fils, pour expliquer l'octroi d'un CDD à temps partiel. 
De son côté, l'UMP de 2014 Claudine Schmid (élue par les Français expatriés en Suisse et au Liechstenstein) a vite fait de dégainer la "carte maîtresse" de son fils qui tient sa permanence outre-Léman : "Il parle le dialecte suisse-allemand et ça ne se trouve pas en France !" Certes, mais en Suisse ? De toutes façons, les élus ont beau jeu de rappeler en chœur que certaines tâches de secrétariat n'exigent pas d'expertise particulière.

Certains "emplois familiaux" semblent tout de même très actifs en dehors de l'Assemblée. 
Ainsi, était-il opportun que Florent Boudié (PS) recrute à temps plein sa conjointe, Émilie Coutanceau, alors qu'elle occupe déjà un siège de conseillère régionale (plus deux autres mandats d'élue locale jusqu'en mars dernier) ? Qui aurait à redire au cumul des fonctions ?

13 % de ces "emplois de 2014 familiaux" exercent une autre activité rémunérée.
Les filles de Jean-François Mancel (UMP) et Michel Françaix (PS partisan du non-cumul des mandats qui démissionna de ses fonctions de maire en mars 2013), respectivement actrice et "intermittente du spectacle", semblent avoir trouvé à l'Assemblée un job alimentaire. Quant au conjoint de Laure de La Raudière (UMP), « exploitant forestier », il se transforme visiblement en assistant la moitié de la semaine.
Le fils de Michèle Fournier-Armand (PS), quant à lui, exerce parallèlement, à temps plein, à la Mutuelle sociale agricole comme "gestionnaire de cotisations", alors la députée précise du coup qu'elle ne l'emploie que "7 heures par semaine". C'est toutefois un peu dérangeant, si on sait qu'elle fut conseillère municipale PS d'Avignon et présida l'Office HLM de la Ville dont la maire est première vice-présidente chargée des finances et du développement économique. Sept heures de conflits d'intérêts ?

Cette transparence sur les activités annexes des collaborateurs vise à identifier d'éventuels conflits d'intérêts.
Active sur les politiques de santé et du médicament en qualité de médecin ophtalmologue à Cahors depuis 1981,  la radicale de gauche Dominique Orliac a omis de mentionner le métier de son fils, un pharmacien en CDI jusqu'à cet hiver, qui effectuait "des remplacements" en parallèle. De même que celui de sa fille, médecin. D'ailleurs, le nom de celle-ci ne figurait pas alors dans la liste des collaborateurs de la députée, de surcroît présidente départementale du... Conseil de l'Ordre des médecins de Midi-Pyrénées...

Au final, c'est surtout le nombre et la masse des emplois familiaux qui interpelle.
Alors que le marché de l'emploi en France se contracte chaque trimestre davantage, comment les Français peuvent-ils regarder ces chiffres avec décontraction ? 
D'autant que, dans les couloirs du Palais-Bourbon, des observateurs avisés rappellent aussi que la "sous-qualification" et le "sous-investissement" de certains emplois familiaux ont des répercussions directes sur leurs collègues attachés sans attaches, qui doivent redoubler de travail et parfois se contenter d'un salaire amputé.

Dans un communiqué, le syndicat FO des collaborateurs parlementaires rappelle l'urgente nécessité de créer un statut pour ces milliers de salariés de l'ombre, privés de grille indiciaire et de convention collective. Sur-exploités? Esclavage moderne ?