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mercredi 19 février 2020

Accusé de clientélisme, l'UDI Jean-Christophe Lagarde tente de se défendre

L'accusé s'en prend à l'hebdomadaire qui publie les bonnes feuilles du livre "Le Maire et les Barbares" de Seine-Saint-Denis.

Au moment de l'annonce de l'ouverture des hostilités contre le "séparatisme islamiste" à un mois des municipales, comme par hasard... 

Le patron de l’UDI, Jean-Christophe Lagarde, a exprimé sa colère contre l’hebdomadaire Le Point, magazine de la famille Pinault, ce jeudi 13 février, à la suite de la Une sur laquelle l’élu apparaît sous le titre "Ces élus qui ont vendu leur âme". Son dernier numéro ouvre ses colonnes à Eve Szeftel, journaliste à l’AFP et auteure du livre 'Le Maire et les Barbares' (ci-contre), ouvrage dans lequel elle affirme que Jean-Christophe Lagarde a instauré un clientélisme auprès de criminels et d’islamistes pour bouter les communistes hors de la ville de Bobigny et se constituer une base électorale solide dans le 93. "Je n’ai jamais rien cédé aux intégrismes religieux," assure le maire sortant et candidat à sa propre succession.“Après un an d’enquête, je montre que, dans notre République, un pouvoir peut s’installer en pactisant avec la voyoucratie et le communautarisme”, accuse l'auteure.

Le député UDI a versé "pas loin de 400.000 euros de sa réserve parlementaire" à des associations locales "dont certaines sont des coquilles vides"

Savoir, donc, où sont allées ces sommes ?
Le magazine l'accuse en fait d'avoir ainsi pactisé avec des réseaux islamistes, les séparatistes dénonccés par Macron.

L'hebdomadaire publie en outre les bonnes feuilles de ce livre établissant un lien entre Jean-Christophe Lagarde et le "gang des barbares" qui désigne le commando crapuleux qui avait assassiné Ilan Halimi sur fond d’antisémitisme en janvier 2006.




De son côté, l’intéressé clame haut et fort son indignation et dément les intentions qui lui sont prêtées. “Je ne peux trouver les mots pour dire ma colère contre la Une aussi calomnieuse que grotesque du Point, en contradiction avec le combat de toute ma vie politique et personnelle”, se défend le patron de l’UDI, annonçant des poursuites judiciaires contre les journalistes.

"Tout montre que je n’ai jamais rien cédé aux intégrismes religieux. D’ailleurs, il faudrait être cohérent: comment pourrais-je être l’ami (pour ne pas dire vendu) aux salafistes alors que je subis la haine de ces derniers pour ma collaboration avec l’imam de Drancy, M. Chalgoumi, qu’ils appellent ‘l’imam des Juifs’ parce qu’il accepte le dialogue avec les autres religions?”, s’indigne-t-il.

Avant de conclure: “l’absence de cohérence échappe à des gens qui font honte au métier de journaliste”. Et de citer Goebbels, pour qui "plus le mensonge est gros, mieux il passe".


Je ne peux trouver les mots pour dire ma colère contre la Une aussi calomnieuse que grotesque du Point, en contradiction avec le combat de toute ma vie politique et personnelle.

J'ai chargé mon avocat d’engager des poursuites judiciaires pour rétablir mon honneur et la vérité.

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mercredi 5 février 2020

Soupçons de financement libyen : Thierry Gaubert, mis en examen

La Justice cherche des preuves que l'ancien collaborateur de Sarkozy a pu toucher des fonds provenant du régime libyien

Dans cette hypothèse, ont-ils pu alimenter la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2007 ?
 Septembre 2011: L'ancien conseiller de Nicolas Sarkozy, impliqué dans l'affaire Karachi, va être entendu par les services de la police judiciaire.
Thierry Gaubert a été mis en examen vendredi dernier dans l’enquête sur des soupçons de financement libyen pour la campagne de 2007 de l’ex-président, a-t-on appris lundi 3 février de source judiciaire, confirmant une révélation - non sourcée - du magazine Le Point et du site trotskiste Mediapart.

Placé en garde à vue jeudi, Th. Gaubert a été mis en examen le lendemain pour "association de malfaiteurs", soupçonné d’avoir touché des fonds en provenance du régime libyen de Kadhafi, lesquels auraient pu alimenter la campagne de Nicolas Sarkozy.

Le 6 février 2006, il y a 14 ans, quasiment jour pour jour,  Th. Gaubert - directeur des relations publiques et conseiller du président du groupe bancaire BPCE (organe central commun à la Banque populaire et à la Caisse d'épargne française.) en 2011 -,  aurait reçu un virement de 440.000 euros provenant du régime libyen de Kadhafi, selon Mediapart, plus proche des révolutionnaires que des légitimistes. Le feuilleton au conditionnel raconte le circulation d'une somme qui aurait été reçue sur un compte ouvert aux Bahamas par un virement de la société Rossfield, qui serait la propriété du sulfureux intermédiaire Ziad Takieddine. 
Or, Mediapart affirme que Rossfield n’a été "alimentée que par de l’argent du régime de Kadhafi", à hauteur de 6 millions d’euros en 2006.
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Kadhafi a-t-il financé les campagnes d'Obama ?

Après six ans de travail des juges d’instruction, une somme d’indices dits troublants aurait donné corps à la thèse d’un financement de la campagne présidentielle victorieuse de Nicolas Sarkozy en 2007 par le régime de Kadhafi. Si les déclarations contradictoires de Ziad Takieddine, mis en examen, sont fiables, il aurait remis 5 millions d’euros à N. Sarkozy, entre la fin de 2006 et le début de 2007, sans preuve que c'était ou non en mains propres, alors qu'il était ministre de l’intérieur, et à son directeur de cabinet, Claude Guéant. 
Mais aucune preuve matérielle n’a été retrouvée, ce qui devrait clore l'enquête. Mais la presse - qui semble être une auxiliaire zélée de la justice -  fait à ce jour état de huit mises en examen, ce qui, dans l'opinion, équivaut, espère-t-elle, à autant de culpabilités. Impliqué dans l'affaire Karachi, Thierry Gaubert est issu d'une famille juive de Roumanie, ce qui n'entrerait aucunement en ligne de compte.

L’ancien chef de l’Etat est d'ailleurs mis en examen depuis bientôt trois ans (le 21 mars 2018) pour des soupçons non justifiés de "corruption passive, financement illégal de campagne électorale et recel de détournement de fonds publics libyens". 
Avec plusieurs proches, Sarkozy conteste la validité de cette enquête judiciaire qui s'entête à rechercher des preuves qui ne semblent pas exister. L’examen de leurs requêtes en nullité doit avoir lieu le 19 mars devant la chambre de l’instruction de la cour d’Appel de Paris.
Thierry Gaubert apportera-t-il les éléments qui permettront aux juges de se consacrer leur énergie à d'autres tâches en souffrance ?

vendredi 10 janvier 2020

Matzneff aux talents cachés, hébergé en logement social de la Ville de Paris

L’écrivain des bobos-soixante-huitards, Gabriel Matzneff, accusé de pédophilie, vit depuis 26 ans dans un logement HLM de la Ville de Paris


L'écrivain pédophile n'avait jamais été délogé du
 quartier Latin,  à la différence de Jean-Pierre Chevènement


Bien que le tout-Paris le connaisse comme écrivain pédophile et pédéraste, la Ville de Paris a continué à demander à Gabriel Matzneff un loyer ridicule de 348 euros par mois sous Delanoë et Hidalgo pour un studio au Quartier latin, au cœur de Paris. Agé de 83 ans, l’écrivain est pourtant sous le coup désormais d’une enquête préliminaire pour viols sur mineurs de moins de 15 ans et d'une menace de suppression de l'aide du ministère de la Culture par Franck Riester.

L’individu jouit ainsi depuis 26 ans d’un studio de 34m² niché dans le quartier Latin, dans le Ve arrondissement de Paris. Un logement social (HLM) géré par le bailleur social Elogie Siemp. Gestionnaire d'un patrimoine de près de 27.000 logements, ce bailleur social est le 3e de la Ville de Paris, laquelle loue à l'écrivain des Editions Julliard à 10 euros le mètre carré, sans les charges.

Gabriel Matzneff a obtenu le studio en 1994. Si la procédure n’a rien d’illégale, les conditions d’attribution et de maintien dans les lieux posent question. Un journal assure, sans donner ses sources, qu'"il y a eu des interventions en haut lieu, sous la mandature Chirac […] C’est Jean Tiberi, alors maire du Ve arrondissement, bras droit de Chirac, pilier du RPR, qui s’en est lui-même occupé," accuse l'anonyme. 

Des petites faveurs, Gabriel Matzneff en est un habile quémandeur. 
Il avait ainsi fait intervenir des élus et un ministre pour obtenir une bourse du Conseil national du livre (CNL) à laquelle il n’avait plus droit, rappelle le JDD.
L'écrivain, qui fait l'objet d'une enquête pour viols sur mineurs, va se voir retirer cette aide publique, après avoir aussi renoncé à sa chronique dans l'hebdomadaire Le Point, propriété de la famille Pinault, du nom de l'homme d'affaires, et dont la rédaction est désormais dirigée par Sébastien Le Fol qui déclare la CGT sadique.
L'actuel conseiller de la direction de la rédaction est Franz-Olivier Giesbert. Poursuivi pour diffamation raciale et publique depuis un an (il sera condamné six jours plus tard), le 18 janvier 2014, il annonça qu'il quittait volontairement la présidence du Point,
Pour mémoire, dans le cadre des aides de l'Etat à la presse écrite, Le Point touche environ 4,5 millions d'euros par an de subventions, auxquelles s'ajoutent des aides financières allouées par le ministère de la Culture et de la Communication, dont Franck Riester va devoir nous parler, au titre de la transparence dans le "monde nouveau" de Macron.
L’auteur qui, dans son dernier ouvrage, raconte ses voyages et dîners aux meilleures tables parisiennes - homard et palombe aux truffes, au menu - bénéficie depuis une quinzaine d’années – il en bénéficie encore –, en sus du minimum vieillesse, d’une allocation du Centre national du livre (CNL) pour les auteurs... indigents, d'un montant de 7.000 à 8.000 euros par an. Une "allocation annuelle aux auteurs" - complaisance financière de l'Etat -, qui dépasserait un total de 110.000 euros, versés selon le seul bon vouloir du président de cet organisme public, rattaché au ministère de la Culture. "Le soutien aux auteurs est l’une des missions historiques du Centre national du livre, indique le CNL sur son site. Il a pour objet de contribuer à la qualité et la diversité... Matzneff est issu d'une famille de hobereaux russes émigrée!
Le journaliste Jean Gattegno accéda à la présidence du CNL à l'arrivée de Mitterrand au pouvoir (1981 - 1989) : réputé proche d'Arnaud Montebourg, il fut d'ailleurs rédacteur en chef de la cellule investigation du magazine Le Point. Il est actuellement directeur de la rédaction du Journal du dimanche (JDD) et de Paris Match, ainsi qu'éditorialiste à RMC et BFMTV. Depuis septembre 2018, le cumulard propose de surcroît un édito dans la matinale week-end d'Europe 1 présentée par Bernard Poirette, évincé de la matinale week-end de RTL en août 2018.
Journaliste qui a le record des révélations de scandales politico-financiers, notamment l’implication de Roland Dumas dans dans l’affaire Elf ou la
confession posthume enregistrée par Jean-Claude Méry – acteur-clé de l'affaire des HLM de la ville de Paris –, Hervé Gattegno n'a pourtant jamais rien révélé sur Matzneff.
Renvoi d’ascenseur ?

Autre problème, il semble que, contrairement aux autres locataires, l’écrivain n’a jamais eu à justifier ses revenus, y compris l’année où il a remporté le prix Renaudot, ou celle où, en 2009, il a été lauréat du Prix Amic de l'Académie française (3.000 euros) et n’a jamais été soumis au supplément de loyer. Face à cette situation, une source de l’Hôtel de Ville affirme que la municipalité "aimerait bien le virer". Une option pourtant impossible puisque l’homme est âgé de plus de 65 ans et ne déclare, aujourd’hui, que de faibles ressources. 

Gabriel Matzneff préfaçait le catalogue d’Arnys, tailleur star des politiques.
Interrogé par la presse, Jean Tiberi a répondu sur le privilège de Matzneff: "c’est possible. Ça me dit quelque chose". En 2014, l’écrivain avait d’ailleurs signé une tribune dans... Le Point pour soutenir Dominique Tiberi, le fils de Jean Tiberi, qui se présentait aux municipales dans le Ve arrondissement de Paris.
En revanche, cette presse-là n'a pas investigué du côté des maires socialistes, Bertrand Delanoë et Anne Hidalgo, qui ont maintenu leur protection à Matzneff.

lundi 30 décembre 2019

L'affaire Matzneff, c'est le scandale de la pédophilie encensée par les milieux littéraires

Les pratiques pédophiles assumées de l'écrivain posent aujourd'hui problème

Le "monde nouveau" de Macron est-il un retour à l'ordre moral ?

Comme Daniel Cohn-Bendit, l'écrivain Gabriel Matzneff a fait l'étalage de ses relations avec des enfants des deux sexes.
Or, un livre sort au tout début 2020 dans lequel ce prédateur sexuel est le personnage central : Vanessa Springora raconte l'emprise qu'il a exercé sur elle quand elle avait 14 ans.

Cette publication ravive un malaise fort datant de trente ans et qui secoue aujourd'hui une société jusqu'ici ouverte : la permissivité et la tolérance de bon aloi était sans limites. Dans le livre Le Consentement, à paraître en janvier, l'éditrice et auteure Vanessa Springora raconte sa relation sous emprise avec l'écrivain Gabriel Matzneff, au milieu des années 1980. Elle avait alors 14 ans, lui était quinquagénaire. Dans un contexte de dénonciation des violences sexuelles, son témoignage a rencontré un écho important et a interrogé de nouveau la notion de consentement sexuel. 
Franceinfo présente cette affaire par le menu.


Qui est Gabriel Matzneff ?

L\'écrivain Grabriel Matzneff, en janvier 2009 à Paris.
Né le 12 août 1936, Gabriel Matzneff est issu d'une famille de Russes exilés, qui ont fui leur pays après la révolution communiste de 1917. Lauréat du prix Renaudot de l'essai en 2013 et édité par Gallimard, l'écrivain de 83 ans a longtemps été une figure prolifique du milieu littéraire. Il était régulièrement invité de ses grands-messes télévisuelles, '"Apostrophes" sur Antenne 2 [service public] à "La Grande Librairie" sur France 5 [service public].

Auteur prisé, l'homme n'a pourtant jamais caché son attirance pour les jeunes enfants dans ses journaux intimes, comme Mes amours décomposés (1990), ou ses essais, en particulier Les Moins de seize ans (1974). "Lorsque vous avez tenu dans vos bras, baisé, caressé, possédé un garçon de 13 ans, une fille de 15 ans, tout le reste vous paraît fade, lourd, insipide", écrit-il dans ce dernier ouvrage [Les féministes - les plus disgracieuses et aigries - sortent les griffes].
Depuis quelques années, l'octogénaire chronique... l'actualité pour Le Point. Après les attentats du 13-Novembre, il avait de nouveau défrayé la chronique avec un texte violent sur la "génération Bataclan" et les victimes des terroristes.

Et Vanessa Springora ?
Agée de 47 ans, Vanessa Springora est directrice des éditions Julliard depuis le 1er décembre 2019. Diplômée en lettres modernes de l'université Paris-Sorbonne, elle a commencé sa carrière en 2003 à l'Institut national de l'audiovisuel (INA), avant de rejoindre les éditions Julliard en 2006 comme assistante d'édition. Elle rencontre Gabriel Matzneff en 1986 en accompagnant sa mère, attachée de presse dans l'édition [qui semble absente quand sa fille a 14 ans, comme ceux de l'actrice féministe lesbienne Adèle Haenel, à 12, qui a depuis révélé son harcèlement sexuel subi d'un réalisateur], à un dîner. L'homme se met à lui écrire, à l'attendre à la sortie du collège et à la vouvoyer pour effacer l'écart d'âge. "Comme je n'avais lu aucun de ses livres, je ne savais pas que c'était un procédé qu'il mettait systématiquement en œuvre", a-t-elle raconté à Bibliobs.

Pourquoi l'affaire n'éclate-t-elle qu'aujourd'hui ?

Le livre de Vanessa Springora marque un tournant. Pour la première fois, une ancienne relation de l'écrivain prend la parole. "A 14 ans, on n'est pas censée être attendue par un homme de 50 ans à la sortie de son collège, on n'est pas supposée vivre à l'hôtel avec lui, ni se retrouver dans son lit, sa verge dans la bouche, à l'heure du goûter", écrit-elle [à l'innocence pure (?) a succédé la malice de l'écrivaine]. Sans acrimonie, ni victimisation, Vanessa Springora évoque l'ambivalence d'une époque où la libération sexuelle flirte avec la défense [l'éloge] de la pédophilie, la fascination exercée par l'écrivain, puis le poids de cette histoire sur sa vie.

Et l'auteure de décrire une emprise qui se poursuit sur le terrain littéraire :
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L'emprise semble également physique
au vu de la main fermement
serrée sur le poignet
l'écrivain écrit beaucoup et couche sur le papier ses conquêtes et aventures sexuelles, y compris avec des jeunes garçons lors de voyages en Asie. "Comme si son passage dans mon existence ne m'avait pas suffisamment dévastée, il faut maintenant qu'il documente, qu'il falsifie, qu'il enregistre et qu'il grave pour toujours ses méfaits", écrit Vanessa Springora. Elle évoque une "triple prédation, sexuelle, littéraire et psychique".

On l'a laissé faire parce qu'il y avait l'aura de l'artiste [dénonce cete figure du milieu littéraire]. Son œuvre servait de caution. Mais au nom de quoi les dégâts seraient-ils moindres quand la personne qui commet ces actes est un artiste ?Vanessa Springoraà "Bibliobs"

Dans le sillage de l'affaire Weinstein et du mouvement #MeToo, qui dénonce avec force depuis 2017 les violences sexuelles, l'ouvrage opportuniste ne passe pas inaperçu [il n'est pas encore à la vente !]. "Le livre de Vanessa Springora va constituer un jalon majeur dans l'histoire de la pédophilie, dans la mesure où c'est la première fois qu'une des relations de Matzneff prend la parole pour donner un son de cloche très différent du son de cloche de Matzneff lui-même. Il a toujours présenté les relations sexuelles qu'il a eues avec les enfants (…) comme euphoriques et plaisantes (…)", explique à franceinfo Pierre Verdrager, sociologue et auteur de L'Enfant interdit. 

Comment la pédophilie est devenue scandaleuse.
Personne n'avait réagi avant ?

Pas vraiment [sic]. A l'époque des faits, au milieu des années 1980, le regard porté sur la pédophilie est très différent [terme neutre...]. Lorsqu'il publie en 1990 Mes amours décomposés, Gabriel Matzneff est invité sur le plateau d'"Apostrophes". Le ton des questions posées par Bernard Pivot est léger, pour ne pas dire complaisant [Pivot en oublie de faire ne serait-ce qu'allusion aux petits garçons]: "Pourquoi vous êtes-vous spécialisé dans les lycéennes et les minettes ? Au-dessus de 20 ans, on voit que ça ne vous intéresse plus", "pourquoi les collectionner autant ?" Les réponses, accueillies par les rires de l'assistance [dont une bécasse], sont assumées : "Je préfère avoir dans ma vie des gens qui ne sont pas encore durcis. Une fille très jeune est plutôt plus gentille [docile?], même si elle devient très très vite hystérique et aussi folle que quand elle sera plus âgée."

Une seule voix s'élève alors contre l'écrivain. "Monsieur Matzneff me semble pitoyable. Ce que je ne comprends pas, c'est que dans ce pays, la littérature sert d'alibi à ce genre de confidences, attaque [sic] Denise Bombardier, écrivaine canadienne. Ce que nous raconte Monsieur Matzneff (...), c'est qu'il sodomise des petites filles de 14, 15 ans, que ces petites filles sont folles de lui (...). On sait que les vieux messieurs attirent les petits enfants avec des bonbons, monsieur Matzneff les attire avec sa réputation." Et de conclure : "Comment s'en sortent-elles ces petites filles après coup ? Moi je crois que ces petites filles là sont flétries et la plupart d'entre elles pour le restant de leurs jours". "Je ne comprends pas comment on peut publier des choses comme ça", cingle-t-elle encore.

Interrogée il y a quelques jours par franceinfo, Denise Bombardier raconte comment cette prise de position lui a valu d'être vilipendée par certains intellectuels français. "J'ai pris la parole, parce que les gens ne disaient rien sur son livre. Il y avait un couple de catholiques qui était là pour défendre la fidélité dans le mariage et qui n'a pas dit deux mots. D'ailleurs, la dame ne fait que rire [la bécasse], se souvient-elle. J'ai fait ce que j'avais à faire. Autrement, je n'aurais pas pu me regarder dans le miroir." L'éditeur de Gabriel Matzneff, Philippe Sollers [qu'aimèrent dès l'adolescence les femmes mûres : "il a frôlé l'inceste avec deux de ses tantes," chronique Pivot, d'une plume humide. Et, puisque la pédophilie des femmes pédophile passe bien, d'ajouter : "il a l'œil, il a le culot, il a les mots, il a la patience, il a le charme, il est vif, précis et amusant. Cruel, si le temps en est venu; diplomate, silencieux ou retors quand il lui faut mener "une double vie" et des "vies parallèles mouvantes"], [Sollers, donc,] la traite alors de "connasse" sur France 3, la critique littéraire du Monde, Josyane Savigneau [responsable du célèbre 'Monde des Livres'entre 1991 et 2005 et dont l'"ami de toujours" est Sollers], ironise dans les colonnes de son journal : "Découvrir en 1990 que des jeunes filles de 15 et 16 ans font l'amour à des hommes de trente ans de plus qu'elles, la belle affaire !" 

En 2013, lorsqu'il reçoit son prix Renaudot [Frédéric Beigbeder est l'un des membres du jury depuis 2011, comme Franz-Olivier Giesbert? le directeur de l'hebdomadaire Le Point entre 2000 et 2008, et Yann Moix l'un de ses lauréats, en 2013], quelques voix s'élèvent. Une pétition pour le lui retirer est lancée par l'association La Mouette et Innocence en danger dépose plainte contre X pour apologie d'agression sexuelle.

Mais pourquoi la pédophilie était-elle tolérée ?

Cela paraît difficile à imaginer en 2019 mais il existait dans ces années-là un courant pro-pédophilie, soutenu par des intellectuels [germanopratins] prestigieux. Dans une tribune publiée le 26 janvier 1977 dans Le Monde, Gabriel Matzneff prend la défense de trois hommes jugés pour attentat à la pudeur sans violence sur des mineurs de 15 ans. "Si une fille de 13 ans a droit à la pilule, c'est pour quoi faire ? (...) Trois ans de prison pour des caresses et des baisers, cela suffit", peut-on notamment y lire. A ses côtés, dans la liste des signataires : Louis Aragon, Roland Barthes, Simone de Beauvoir, André Glucksmann [père de Raphaël qui s'indigne aujourd'hui : depuis qu'il a donné un enfant à Léa Salamé ?], Bernard Kouchner, Jack Lang, ou encore Jean-Paul Sartre.



Comme l'expliquait sur franceinfo le sociologue Pierre Verdrager, la "pédophilie a fait [alors] l'objet d'une tentative de valorisation dans le monde intellectuel". "C'était une époque où il y avait une tentative de libération sur tous les horizons et on avait considéré que la pédophilie faisait partie de ça : libération des femmes, libération des gays, libération de la sexualité et du discours sur la sexualité", resitue-t-il. L'âge de la majorité vient d'être abaissé à 18 ans en 1974 et, "dans ce contexte-là, on pensait qu'il était possible de considérer comme valides les relations sexuelles entre les adultes et les enfants" [En fait, ce n'est que depuis le 31 mars 2013 que la loi prévoit, pour les jeunes filles âgées de 15 à 17 ans, la délivrance gratuite en pharmacie, sur présentation d’une ordonnance, des contraceptifs remboursables. Alors, il n’est plus nécessaire d’obtenir le consentement de ses parents, et le secret médical doit être gardé]. 
Dans un texte où il revenait sur le soutien de Libération à ce mouvement pro-pédophilie [de même que le Nouvel Observateur commençait à publier des annonces de rencontre pour homosexuels], le journaliste Sorj Chalandon [journaliste judiciaire, grand reporter, puis rédacteur en chef adjoint de Libération, et prix littéraire] évoque une période post-Mai 68 où "l'interdiction, n'importe laquelle, est ressentie comme appartenant au vieux monde, à celui des aigris, des oppresseurs, des milices patronales, des policiers matraqueurs, des corrompus". 

Comment le monde littéraire réagit-il depuis le début de l'affaire ?

L'affaire divise. Beaucoup, comme Bernard Pivot, plaident le changement d'époque. "Dans les années 70 et 80, la littérature passait avant la morale ; aujourd'hui, la morale passe avant la littérature. Moralement, c'est un progrès. Nous sommes plus ou moins les produits intellectuels et moraux d'un pays et, surtout, d'une époque", écrit sur Twitter l'ancien président de l'académie Goncourt [comme Alphonse Daudet. Ou Colette, d'ailleurs...]. 
"Un nouveau tribunal va se mettre en place, comme pour Polanski, estime de son côté Frédéric Beigbeder dans les colonnes du Monde. C'est une époque qui en juge une autre, mais les temps ont changé... Tout le milieu littéraire a peur (...). C'est terminé pour lui, il est devenu indéfendable." [Les mêmes, dont Macron, jugent aujourd'hui la France sur sa période coloniale]

Dans les années 70 et 80, la littérature passait avant la morale; aujourd’hui, la morale passe avant la littérature. Moralement, c’est un progrès. Nous sommes plus ou moins les produits intellectuels et moraux d’un pays et, surtout, d’une époque.

D'autres, comme l'ancienne critique du Monde Josyane Savigneau, dénoncent sur Twitter une "chasse aux sorcières". 
"Je ne protège personne mais je ne participe pas non plus aux chasses à l'homme", s'est défendu le patron du Point [justement], Etienne Gernelle [librement], précisant qu'aucune chronique de l'écrivain n'a fait "l'apologie de l'amour avec les enfants". 
Son prédécesseur, par ailleurs membre du jury du prix Renaudot, est sur la même ligne [tous se protègent en prenant la défense de l'indéfendable]. "C'est un excellent écrivain, dont j'aime certains livres, d'autres pas du tout. J'exècre la pédophilie, mais je déteste aussi la police de la maréchaussée. Les gens cloués au pilori ont toujours ma sympathie", a répondu [méprisant] au Monde Franz-Olivier Giesbert.

Plusieurs voix ont aussi salué la démarche de Vanessa Springora. 
"Il ne s'agit pas d'un retour à l'ordre moral, juste d'un retour à la raison [laquelle est un rempart bien connu en matière de sexe]. Les filles de 13 ans ont autre chose à faire que de tomber amoureuse d'un mec de 50 ans [insensé]. Elles ne sont pas à armes égales avec lui", estime dans les colonnes du Monde  [membre du jury du prix Renaudot, il faudrait le dire] l'écrivain Patrick Besson [photo ci-dessus, pour qui le sexe se résume à un rapport de forces]. 
En décembre 2014 [on est donc loin des années 80 et 90], un autre article publié dans Le Point promeut le livre Small Miracles de Djan Seylan, un recueil d'images de "jeunes filles africaines et asiatiques ayant vécu nues au temps de la colonisation [...] entre 11 et 17 ans"; "le plus joli cadeau de Noël qu'on puisse faire à un pédophile". L'article relate la fascination de Besson pour ces "femmes offertes ou interdites"...

L'essayiste et député européen Raphaël Glucksmann, dont le père avait signé la tribune avec Gabriel Matzneff, a fait part de son dégoût [de son père ?] sur Twitter.

J’ai beau chercher, je ne comprends toujours pas en quoi le fait de ne plus tolérer qu’un dandy pervers de 40 ou 50 ans mette son sexe dans la bouche d’une enfant de 13 ans ou exploite des petits garçons en Asie du Sud-Est est une menace pour la création littéraire...

Comment Gabriel Matzneff se défend-il ?

Gabriel Matzneff a refusé toutes les demandes d'interview. Il s'est simplement fendu d'un mail à L'Obs. "Apprendre que le livre que Vanessa a décidé d'écrire de mon vivant n'est nullement le récit de nos lumineuses et brûlantes amours, mais un ouvrage hostile, méchant, dénigrant, destiné à me nuire, un triste mixte de réquisitoire de procureur et de diagnostic concocté dans le cabinet d'un psychanalyste, provoque en moi une tristesse qui me suffoque", a-t-il écrit.

Les faits dénoncés peuvent-ils être poursuivis ?
Non, car ils sont trop anciens. Dans un entretien à Bibliobs, Vanessa Springora le dit elle-même : "J'ai mis beaucoup de temps à me considérer comme une victime car justement j'avais été consentante. Mais j'étais tout de même en dessous de la majorité sexuelle. J'aurais donc pu aller en justice, sauf qu'à chaque fois je me disais : 'J'étais consentante'. J'y ai repensé bien plus tard, il y avait prescription."

D'après son témoignage, les faits s'apparentent à une "atteinte sexuelle", soit "un acte de pénétration sexuelle sans violence, contrainte, menace ou surprise, lorsqu'elle est commise par un majeur sur un mineur de moins de 15 ans". En la matière, le délai de prescription varie entre 10 et 20 ans (avec circonstance aggravante) après la majorité de la victime. Un délai atteint depuis longtemps puisque Vanessa Springora a aujourd'hui 47 ans. 
Si jamais les faits dénoncés venaient à être qualifiés de viol, la nouvelle prescription de 30 ans, entrée en vigueur le 6 août 2018, ne pourrait de toute façon pas s'appliquer parce qu'elle n'est pas rétroactive.

Pour le sociologue Pierre Verdrager, ce livre pourrait cependant faire évoluer la loi, notamment sur la question de l'âge limite pour le consentement. Début 2018, le gouvernement avait abandonné l'instauration d'une telle mesure, qui aurait permis de considérer que tout mineur de moins de 15 ans ne peut pas donner son consentement à un acte sexuel avec un majeur. "Je pense que ce livre va reposer le problème et le fait que cet ouvrage ait un tel retentissement, je pense que les politiques doivent entendre prendre au sérieux cette question-là. Le fait que l'on peut à la fois être consentant et considérer que ce consentement est une fiction", explique Pierre Verdrager.

J'ai eu la flemme de tout lire, vous pouvez me faire un résumé ?
Dans Le Consentement (éditions Grasset), à paraître jeudi 2 janvier, l'éditrice Vanessa Springora raconte sa relation sous emprise avec l'écrivain Gabriel Matzneff lorsqu'elle était mineure. "A quatorze ans, on n'est pas censée être attendue par un homme de 50 ans à la sortie de son collège, on n'est pas supposée vivre à l'hôtel avec lui, ni se retrouver dans son lit, sa verge dans la bouche, à l'heure du goûter", y écrit-elle notamment. Le livre remet sur le devant de la scène les pratiques pédophiles d'un écrivain, dont les agissements, assumés et revendiqués dans certains de ses ouvrages, comme Les Moins de seize ans (1974), ont été regardés avec complaisance à l'époque. Son passage, en 1990, sur le plateau d'"Apostrophes" le montre bien : seule la romancière canadienne Denise Bombardier se désole [le mot est faible] que "la littérature sert d'alibi à ce genre de confidences". Aujourd'hui, l'affaire, qui n'aura pas de suite judiciaire parce que les faits dénoncés sont prescrits, embarrasse le monde littéraire, dans lequel l'écrivain conserve quelques soutiens.

L'article mentionne-t-il les moeurs de Daniel Cohn-Bendit ?
L'omerta n'est pas levée...
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