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samedi 28 mars 2020

Coronavirus : la France transfère des patients contaminés en Allemagne

Un premier hélicoptère militaire confie des patients à  l'Allemagne, mieux dotée

Le Grand Est saturé se décharge de deux patients de Metz sur son voisin

Evacuation de malades du coronavirus par hélicoptère (illustration)

Les premières évacuations de patients contaminés au Covid-19 ont été expédiés à 9 heures ce matin et sont désormais une vingtaine Outre-Rhin. Ces deux patients qui se trouvaient en réanimation à l'hôpital Mercy, au sud de Metz, ont été pris en charge à 9h30 par un hélicoptère militaire qui a redécollé vers 10h20 à destination d'Essen au nord-ouest de l'Allemagne, près de Dortmund, à 330 km et à 3h40 des familles des patients.

Pourtant, il y a encore deux semaines, la ministre des Armées ne manifestait encore aucun empressement à engager les armées contre la pandémie.   "Je me suis entretenue hier avec mon homologue allemande afin de définir et préciser les modalités de cette opération, a toutefois indiqué Florence Parly. Je remercie profondément nos amis allemands pour leur soutien et solidarité. Nous partageons tous un seul objectif : vaincre le Covid-19."

Il fallait démontrer que la solidarité européenne n'est pas un mot creux

Selon le chef du service des urgences du centre hospitalier régional (CHR) de Metz, une nouvelle rotation vers l'Allemagne d'un hélicoptère militaire, avec deux autres patients, sera "probablement" réalisée dimanche en début d'après-midi.
D'autres transferts de malades devraient être décidés au fur et à mesure, selon l'évolution de la situation, a précisé le médecin.

Depuis le début de l'épidémie, des ambulances ont déjà transporté "une petite dizaine" de malades atteints du Covid-19 dans des établissements hospitaliers allemands, révèle-t-il. 

La semaine dernière aussi, deux malades du coronavirus avaient été héliportés vers Hambourg (ouest de l'Allemagne) par des appareils sanitaires civils allemands.

Ils ont été transportés par un hélicoptère Caïman dans le cadre de l'opération Résilience, a annoncé la ministre des Armées Florence Parly, samedi matin. Il a dû être désinfecté et équipé spécialement pour ce coup de com' de l'Union européenne critiquée pour son existence virtuelle.

L'hélicoptère militaire de manœuvre et d'assaut va servir à des évacuations sanitaires. Ce NH90 est mis à disposition par le 1er régiment d'hélicoptères de combat (1er RHC) de Phalsbourg e Phalsbourg, en Moselle. Il a décollé à 9 heures du parking de Metz expo, celui-ci se trouve à côté de l'hôpital Mercy. Le centre hospitalier régional dispose d'un héliport, mais l'hélicoptère de l'armée est d'une autre dimension.

Dimanche, un train médicalisé au départ de la gare Lorraine TGV

Image d'illustration
Des moyens rudimentaires réquisitionnés pour pallier
la saturation des centres hospitaliers
Ce transfert en hélicoptère sera le seul aujourd'hui à Metz. 
Des malades du Covid-19 partiront de bon matin du CHR Mercy en ambulance pour être transféré en Nouvelle-Aquitaine, via un TGV médicalisé.

Six patients du CHU de Reims ont en outre été transférés à Orléans, Loiret, par autocar médicalisé.
Une compagnie privée basée en Moselle proposait un
 car équipé du matériel adapté et une équipe médicale présente à bord. Le véhicule était suivi d'une ambulance SMUR du CHU rémois. "Les patients concernés étaient pris en charge dans les unités de médecine dédiées Covid. Ils étaient tous en capacité d’être transportés", précise le CHU de Reims dans un communiqué. 

Ce transfert permet de libérer de la place dans l'établissement rémois.
Celui-ci annonce qu'il passera de 122 à 150 lits dédiés à l'hospitalisation d'ici lundi et de 43 à 49 d'ici ce samedi. De plus, un "drive" a été mis en place à l'entrée du CHU pour dépister à temps d'éventuels cas parmi les personnels soignants et les patients extérieurs à l'hôpital, à la condition, d'une part, qu'ils soient au moins au troisième jour de symptômes (fièvre, toux, difficultés respiratoires) et, d'autre part, qu'ils aient appelé une première fois le 15, puis rappelés par le médecin infectiologue pour fixer un rendez-vous.

Coronavirus et hydroxychloroquine : Le Monde se consacre à la défense du couple Buzyn-Lévy

Les Décodeurs accusent leurs accusateurs 

Les fact-checkers du journal de Xavier Niel et Matthieu Pigasse ciblent et jugent des "publications mensongères"

Buzyn-Lévy, un couple serein
Des messages accusent l’ancienne ministre de la santé et son mari, l’ex-directeur de l’Inserm, d’avoir saboté le travail de Didier Raoult et empêché le recours à l'hydroxychloroquinepossible médicament de lutte contre le Covid-19 et la pandémie. La journaliste Assma Maad mène l'opération de déminage du scandale d'Etat du siècle. Elle est aussi la signature de "Tiphaine Auzière et la CFDT, Sébastien Auzière et l’IFOP : les intox visent aussi les enfants de Brigitte Macron" ou de "Non, Brigitte Macron ne gagne pas 450 000 euros par an". Voici le plaidoyer des partisans, assorti de commentaires: 

"Si tous ces faits sont confirmés, nous allons vers un des plus grands scandales d’Etat que la France ait connus." Sur les réseaux sociaux, des partisans de Didier Raoult, défenseur de l’hydroxychloroquine comme remède à l’épidémie de Covid-19, sont convaincus que si les résultats de son essai clinique ont été froidement accueillis par la communauté scientifique, la "caste médiatique" n’y est pas pour rien [deuxième jugement péremptoire (après l'accusation de mensonge, en titre, avant même le début de l'ombre d'une preuve]. Selon eux [qu'on ne se méprenne pas!], les coupables sont tout trouvés [ironie à visée de décrédibilisation, dès le préambule] : l’ancienne ministre de la santé [Santé?], Agnès Buzyn, et son mari, l’ex-directeur de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), Yves Lévy [on peut aussi fournir des éléments d'appréciation qui sont des faits : elle est l'ex-épouse d'un fils de Simone Veil, dont elle a plusieurs enfants; il était conseiller spécial pour la santé au cabinet de la ministre socialiste de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, Geneviève Fioraso, dont le suppléant aux élections législatives de 2012 était Olivier Véran, successeur de Buzyn au ministère ].

Des messages partagés des centaines de milliers de fois accusent la candidate à la Mairie de Paris  [et ersatz de Benjamin Griveaux, candidat LREM de Macron, disqualifié par ses sex-tapes de harcèlement sexuel] et son époux d’avoir torpillé les travaux de Didier Raoult et de l’Institut hospitalo-universitaire (IHU) Méditerranée Infection qu’il dirige à Marseille. Le tout [condescendant?] sur fond de soupçons de conflits d’intérêts. Parmi la multitude de publications, nous en avons sélectionné deux [sur quels critères? la démonstration ne risque-t-elle pas d'être biaisée à la base?], extrêmement [expression de rancoeur] virales sur Facebook.

[A l'inverse,
la macronie et sa presse se mobilisent pour diffamer le chercheur : video]
Cabale et chasse aux infox

Ce que disent les rumeurs
 
[qualification partisane de l'information non officielle]

Dans un premier texte [références?], il est notamment écrit [qui l'auteur?] qu’Yves Lévy aurait inauguré [le document s'exprime-t-il au conditionnel?] le laboratoire P4 de Wuhan "d’où le virus est sorti", que celui-ci était en conflit avec Didier Raoult et qu’il a refusé des labels à son établissement, l’IHU de Marseille.

Le deuxième texte [même remarque sur la fiabilité des assertions du Monde] vise à son tour Yves Lévy, mais également Agnès Buzyn qui, "au mois de janvier, a classé la chloroquine, expérimentée par Didier Raoult, dans la catégorie des substances vénéneuses".

Ces publications ont un but : prouver que Didier Raoult a trouvé avec la chloroquine (il s’agit en réalité [qui dit le contraire?] de l’hydroxychloroquine, un de ses dérivés) le remède pour lutter contre le nouveau coronavirus, et que le couple Yves Lévy-Agnès Buzyn aurait agi pour le décrédibiliser. Encore faut-il le prouver [observation valable pour tous... Assma Maad passe à l'offensive à visage découvert]. Ici, les techniques sont bien connues [suggestion de complot, vs déni]: mêler de vraies informations avec des faits détournés, voire inventés. Les peurs et incertitudes engendrées par cette épidémie assurent à ces diatribes un succès certain [on a tout: méthode incriminée, motivations suspectes et mensonges: on attend toujours les preuves].

Yves Lévy était-il en conflit avec Didier Raoult, au point de "retirer leur label aux nouvelles unités de l’IHU de Marseille en 2018" ? Les Décodeurs est maintenant dans la peau d'Yves Lévy]

PLUTÔT VRAI
Yves Lévy est un médecin reconnu [D. Raoult est-il un professeur internationalement écouté?], spécialiste dans le domaine du VIH [rapport? On parle en fait de virus extrêmement différents et Mme Maad suggère une similitude avec les porteurs du sida: il suffisait d'évoquer sa compétence en virologie ]. En 2014, il a pris la tête de l’Inserm [en fait, il y est nommé par décret du président Hollande en Conseil des ministres]. Cette institution est placée sous la cotutelle des ministères de la santé et de la recherche [Mme Fiorasso]. Lorsque sa femme, Agnès Buzyn, a été nommée ministre de la santé en mai 2017, des soupçons de conflits d’intérêts ont émergé. Dès la prise de fonctions de cette dernière [sous la pression de la "rumeur" et des media], un décret avait été pris pour retirer au ministère de la santé la cotutelle de l’Inserm. Mais la situation a continué à créer l’embarras, poussant M. Lévy à retirer en 2018 sa candidature pour un second mandat. [l'anguille sous roche macronienne était délogée]

Entre Didier Raoult et Yves Lévy, il y a bien eu un différend. L’infectiologue marseillais a été l’un des premiers à dénoncer un possible conflit d’intérêts entre l’Inserm et le ministère de la santé. Il s’est aussi montré très critique envers l’institution, comme l’explique le journaliste Hervé Vaudoit, auteur de L’IHU Méditérranée Infection. Le défi de la recherche et de la médecine intégrées (éd. Michel Lafon, 2018) : "Avec des articles (…) pour déplorer que l’Inserm ait, depuis trente ans, fait sortir la recherche médicale des hôpitaux universitaires, il pouvait difficilement espérer le soutien indéfectible d’Yves Lévy."

Le conflit s’est cristallisé autour des statuts et labels [et de ce q'ils impliquent] de l’IHU de Marseille [financé par l'ANR, notamment dotée par l'Etat]. Ces instituts hospitalo-universitaires bénéficiaient, depuis leur création en 2010, d’un statut de fondation de coopération scientifique, qui leur accordait une large autonomie et liberté de recherche. Or Yves Lévy plaidait pour l’abandon de ce statut, selon le journaliste Hervé Vaudoit [Les Décodeurs le met en cause, sinon il écrirait "précise H. Vaudoit"]. Quand Mme Buzyn a annoncé [sans colère aucune, s'agissant d'elle] vouloir changer ce statut en septembre 2017 [peut-on préciser le motif, au cas où?], l’annonce a provoqué la colère de M. Raoult, qui s’en est ému [euphémisme moqueur] dans la presse. Matignon a été contraint d’intervenir.

Autre motif de courroux [indignation?], en 2018 [A. Buzyn est ministre depuis mai 2017], l’Inserm et le CNRS [sous tutelle de qui ?] ont retiré leur label aux unités de recherche de l’IHU de Marseille. Une conséquence de cette bataille engagée entre les deux hommes, selon le camp Raoult [à juste titre?]. L’Inserm explique au Monde que cette décision n’émanait pas d’Yves Lévy seul [toute la nuance est dans le mot "seul"!]:

"Les projets d’unités de recherche sont évalués par le Haut Conseil de l’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur, puis par les instances d’évaluation de l’Inserm : commissions scientifiques spécialisées et conseil scientifique. Ces dernières émettent un avis sur lequel la direction de l’Inserm se base pour accepter ou non la création ou le renouvellement de l’unité avec un label Inserm. La décision a été prise à la suite du processus décrit." ["selon" l'Inserm ou "selon" Le Monde?]

En outre, la même année, un autre organisme de recherche, le CNRS, a également retiré son label aux unités de l’IHU dirigé par M. Raoult. Or, le CNRS [à la différence de l'Inserm] n’a jamais été dirigé par M. Lévy [Et par qui alors ? Il est placé sous la double tutelle du ministère de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Innovation et du ministère... des Solidarités et de la Santé]
Au final, la question sans réponse des Décodeurs était plutôt de savoir si le professeur Raoult et son IHU ont été menacés d'étouffement par le couple Lévy-Buzyn.  La démonstration du Monde plaide en faveur de "VRAI"

Yves Lévy a-t-il participé à l’inauguration du laboratoire P4 à Wuhan "d’où le virus est sorti" ?

A NUANCER [!]
Un laboratoire P4 est un établissement de haut confinement consacré à l’étude des micro-organismes "pathogènes de classe 4", c’est-à-dire très dangereux. En Chine, ce centre de recherche, sis à Wuhan [aucun rapport avec la propagation du Covid-19?], a été conçu en coopération avec la France, au lendemain de l’épidémie de syndrome respiratoire aigu sévère de 2003.
Un accord entre les deux pays a été signé en 2004, afin de développer la prévention et la lutte contre les maladies infectieuses émergentes. Le projet a été mené en collaboration avec le laboratoire P4 Inserm Jean-Mérieux à Lyon. L’inauguration s’est déroulée le 23 février 2017 en présence du premier ministre d’alors, Bernard Cazeneuve, et d’Yves Lévy, qui faisait partie de la délégation française.

Jusque-là [on aime cet aveu du bout des lèvres !], les publications Facebook disent vrai. Mais elles tombent dans le complotisme [sic] lorsqu’il est écrit que le nouveau coronavirus serait né dans ce centre de recherche chinois [Les Décodeurs apporte-il la preuve du contraire?], situé à Wuhan, la ville où est apparu le SARS-CoV-2. Les chercheurs du laboratoire P4 de Wuhan ont démenti cette fausse information [est-ce encore une preuve?]: "Ces rumeurs ont gravement nui à nos chercheurs, en première ligne, et sérieusement perturbé notre mission de recherche pour combattre l’épidémie." [citation qui n'apporte rien sur le fondement de la "rumeur"]

L’Inserm précise d’ailleurs [connivence d'Etat ?] que "les coronavirus sont des agents pathogènes de classe 3 et pas de classe 4 : il n’y a donc pas de nécessité de les étudier dans un laboratoire P4" [donc le coronavirus n'a pas muté ??]. Les travaux se poursuivent toujours pour déterminer avec certitude l’origine de ce nouveau virus [Les Décodeurs assure en revanche que le lien n'existe pas]. Mais comme l’indique [Le Monde indique ici de quel côté il se situe] l’Institut Pasteur, il est très probablement d’origine animale [une probabilité n'est qu'une hypothèse scientifique?]Ensemble "à nuancer", pour ne pas dire "faux".

Agnes Buzyn a-t-elle classé la chloroquine dans les substances vénéneuses le 13 janvier, "alors que l’épidémie se répandait en Chine"?

L’ancienne ministre de la santé est accusée [tournure passive complotiste qui dissimule les identités des accusateurs et prudence journalistique] d’avoir barré volontairement l’accès à l’hydroxychloroquine, "alors que cela fait cinquante ans qu’elle est en vente libre". Les auteurs de ce message [que ne le cite-t-on encore pas?] s’interrogent : "Comment ne pas voir aussi le conflit d’intérêts avec la décision d’Agnès Buzyn qui, au mois de janvier, a classé la chloroquine, expérimentée par Didier Raoult, dans la catégorie des substances vénéneuses ?"

FAUX
Un arrêté a bien été pris le 13 janvier [par qui? Merci la tournure passive !] afin de modifier la liste des substances vénéneuses, des substances aux principes actifs dangereux pour la santé [pour quel motif avoué ??]. L’hydroxychloroquine est depuis en effet "classée sur la liste II". Vendue sous la marque Plaquenil, le médicament est délivré désormais obligatoirement sur ordonnance.

Mais Agnès Buzyn n’a pas agi en pleine épidémie de Covid-19 [la belle affaire! Elle a simplement été mue par l'hostilité du milieu médical parisien contre le Marseillais, ce qui  justifie les accusations à l'encontre du couple et de leur cercle de confrères]. Cette décision n’a pas été prise en début d’année, mais quelques mois avant [ce calendrier ne change rien à la réalité de la cabale anti-Raoult]. L’Agence nationale de sécurité sanitaire avait donné son feu vert à cette nouvelle classification le 12 novembre, quelques semaines avant l’apparition du nouveau coronavirus [L'ANSES est placée sous la tutelle des ministères de la Santé, de l'Agriculture, de l'Environnement, du Travail et de la Consommation].
[Au total, rien ne permet donc au Monde de juger fausse l'accusation d'un ciblage de la chloroquine par le couple Lévy-Buzyn: bien au  contraire, les intervenants sont en lien de dépendance avec le ministère de la Santé].

Agnès Buzyn a-t-elle déclaré que "ce serait une hécatombe, et qu’il n’y avait pas de remède" ?

FAUX
"Il y a quelques semaines, Agnès Buzyn a dit avoir su que ce serait une hécatombe, et qu’il n’y avait pas de remède", lit-on sur les réseaux sociaux [coup de grâce: ils ne répondent à aucune contrainte des autorités et des chapelles, à la différence des organes de presse subventionnés]. Cette phrase n’a jamais [sic] été prononcée telle quelle [italiques de l'auteur] par l’ancienne ministre. Il s’agit d’une interprétation de ses "regrets" [et du mot "tsunami" qu'elle a prononcé] rapportés dans un article du Monde publié le 17 mars. Celle qui avait quitté [été exfiltrée] son ministère pour être candidate [de substitution] à la Mairie de Paris, après le retrait [à dire vrai, une démission] de Benjamin Griveaux, avait confié, deux jours après le premier tour des municipales : "Quand j’ai quitté le ministère, je pleurais parce que je savais que la vague du tsunami était devant nous."



Dans un billet publié par Marianne le 18 mars, un avocat a commenté ses déclarations en employant le terme d’hécatombe : "On peut déduire de ses propos le caractère criminel du comportement des décideurs publics dont c’était la responsabilité de prendre toutes les mesures permettant d’affronter la catastrophe et d’éviter une hécatombe." Ce texte a été très relayé sur Facebook, et repris dans d’autres messages. Contactée par Le Monde, l’équipe d’Agnès Buzyn a indiqué que cette dernière avait "repris son activité de médecin le temps de la crise", et que "la campagne est suspendue ainsi que toute activité de communication liée".
Puisque Mme Saad lit Marianne, ce passage du même article (18 mars 2020) n'a pu lui échapper et nous rappelons à ses lecteurs d'autres des propos de la ministre, ci-dessous]

Il n’existe toujours pas de "remède" [agréé] contre le nouveau coronavirus [la nuance, c'est que sa prescription n'est pas interdite]. Le traitement à base d’hydroxychloroquine, préconisé par Didier Raoult dans son essai clinique, divise encore. Actuellement, le Haut Conseil de santé publique recommande de ne l’utiliser que dans les cas sévères de Covid-19, à l’hôpital et avec l’avis des médecins.

Plus d’une centaine d’études sont en cours ou en passe d’être lancés dans le monde pour trouver un traitement contre le Covid-19. Un essai européen de grande envergure coordonné par l’Inserm, Discovery, a démarré le 22 mars. Les résultats préliminaires devraient être connus d’ici environ deux semaines.
["Hécatombe" ou "tsunami", rien qui autorise Le Monde à accuser qui que ce soit de mensonge.]

Non, "Le Monde" n’a pas qualifié de «'fake news' les recherches du professeur Raoult sur la chloroquine
Le 16 février, le professeur Didier Raoult diffusait une vidéo sur YouTube et sur le site de l’institut qui l’emploie (l’IHU Méditerranée Infection) dans laquelle il expliquait l’état de ses recherches et l’espoir qu’il mettait dans un traitement à base de chloroquine contre le coronavirus.

Cette vidéo était intitulée "Coronavirus : fin de partie". Nous avons qualifié ce titre de « trompeur » et l’avons signalé comme tel à Facebook, avec qui nous avons noué un partenariat de lutte contre les fausses informations. A aucun moment nous n’avons parlé de « fake news » comme le prétend M. Raoult aujourd’hui.

L’article que nous avons écrit relatait les recherches de M. Raoult (qui estimait alors "que le coronavirus était l’infection la plus facile à traiter") [précisons -puisque Le Monde s'en garde -  que le professeur évoquait le Covid-2, tout en enjoignant à nos lecteurs d’avoir « une lecture prudente de cette annonce ». Cette évaluation n’a pas abouti à une quelconque censure de la vidéo de M. Raoult, mais à une simple mise en garde à l’attention des utilisateurs de Facebook avant qu’ils décident de la visionner.

Le professeur Raoult s’est ému [il est très émotif ?] du fait que nous ayons signalé sa vidéo – et en l’occurrence son titre – par la voix du chargé de communication de l’IHU Méditerranée Infection. Ce dernier a cependant convenu que le titre d’origine pouvait poser problème, et l’a remplacé par un autre, plus mesuré. Cette rectification nous a amenés à retirer notre avertissement sur la vidéo.

Plus largement [sic] Didier Raoult a relativisé à plusieurs reprises aux mois de janvier et février 2020 la portée de l’épidémie en cours : "Ce virus n’est pas si méchant", déclarait-il notamment au JDD début février. [Il évoquait la pandémie causée par le coronavirus SARS-CoV-2 (SRAS) - 7 cas et un décès en France - en 2002-2003 et syndrome respiratoire du Moyen-Orient (MERS) à partir de 2012) - niveaux 3 ou 4 de dangerosité et moins de 100 décès pour moins de 1.000 cas - qui n'a donc pas eu la virulence du Covid-19].

[Vendredi 17 janvier, Macron s'est fait repérer au théâtre des Bouffes du Nord de son ami Jean-Marc Dumontet et le spectateur qui a relayé sa présence a été placé en garde à vue dans la nuit pour "outrage" et "participation à un groupement formé en vue de commettre des violences ou des dégradations" : le président avait dû se faire exfiltrer avec son épouse]. 
[Si le président ne croyait pas au risque d'épidémie et faisait le matamore, le chercheur marseillais, quant à lui, avait confiance aux vertus de la hydroxychloroquine] 

Assma Maad [qui n'est pas responsable des couleurs, ni de la video, des tweets ou capture]...
Image
Le professeur est le co-fondateur de l'institut "qui l'emploie" !...


vendredi 27 mars 2020

Chair à coronavirus, la police réclame des masques

Les syndicats font monter la pression sur la crise des masques 

Sur le front des contrôles et des sanctions dans la crise du coronavirus, les policiers sont en colère contre le ministère de l'Intérieur et leurs syndicats menacent de suspendre les contrôles du confinement

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Dès fin février, l'exposition sans protections au Covid-19 a fait très tôt monter la colère dans la Police nationale qui a très tôt demandé à l'exécutif de placer la France sous cloche.

Depuis le 16 mars et les annonces du chef de l'Etat, notamment sur le confinement général, les syndicats policiers relaient les inquiétudes de la base s'alarmant de leur prise de risques dans l'attente sans cesse différée  de masques. 
Il  dénoncent aussi les manques de considération et d'anticipation de leur ministère de tutelle, mais aussi les conditions restrictives d'utilisation de ce matériel.

Alors que 100.000 policiers et gendarmes sont mobilisés pour faire respecter les mesures de confinement et que les verbalisations pleuvent sur tout le territoire, les agents considèrent être un maillon essentiel contre la propagation du virus. Placés en "première ligne", ils sont
"non seulement des victimes potentielles du virus mais des vecteurs possibles de l'épidémie"dans les rangs des forces de l'ordre, mais aussi jusque dans leurs familles, soulignent les syndicats policiers.
L'annonce du décès d'un sous-officier de la gendarmerie, âgé de 51 ans, jeudi, n'a pu que renforcer ces craintes, alors qu'on attend que les causes de sa contamination soient connues et que soit établie la certitude qu'il n'a pu contaminer personne..

Organisée lundi, en visio-conférence, entre les partenaires sociaux, le secrétaire d'Etat, Laurent Nunez et le Pr. Jérôme Salomon, directeur général de la Santé (DGS), une réunion n'a pas rassuré les organisations syndicales.
La décision du ministère de l'Intérieur, rendue publique mercredi, de donner ses stocks de masques FFP2 (1,4 million d'unités) au personnel soignant qui en manque également cruellement, a renforcé le sentiment d'amertume de la Police nationale.

Tous grades confondus, les policiers ont lancé un ultimatum à Castaner
photo les premiers contrôles en ville effectués par des policiers, le 17 mars, à rennes.

La colère des organisations syndicales a enflé sous l'effet de cette annonce du gouvernement. "Si les moyens de protection font défaut dans les services, les policiers ne feront que les missions réellement urgentes et ne procéderont plus au contrôle du confinement". 
Les gardiens de la paix de l'Unsa-Police et Alternative-CFDT - tout deux réformistes - ont d'ores et déjà appelé "à alléger, voire à ne pas effectuer les contrôles", et les deux grands syndicats de commissaires, le SCPN et le SICP, ont engagé les chefs de service "à la compréhension" en privilégiant "la sécurité des effectifs". De quoi sérieusement ébranler l'efficacité de ces mesures. 

Le gouvernement fait des choix discriminants
https://static.actu.fr/uploads/2020/03/971182ce-dc0e-454a-b0cd-ddef7dfed14a1761397020848974434-854x569.jpgFace à l'incendie qui couve, la place Beauvau qui pilote la cellule interministérielle de crise (CIC), campe sur la doctrine gouvernementale.
Les masques FFP2 "sont normalement destinés aux personnels soignants, qui interviennent auprès des malades les plus graves, et notamment en réanimation. La doctrine du gouvernement est de réserver ces masques aux personnels soignants", a déclaré Laurent Nuñez sur TF1.
"Les 1,4 million masques que le ministère de l'Intérieur met à disposition des agences régionales de santé, pour un million d'entre eux, étaient à disposition de la Gendarmerie nationale, et non de la Police", a-t-il ajouté.

Interrogé sur France 2, Christophe Castaner a affirmé jeudi soir que le ministère de l'Intérieur avait distribué 800.000 masques chirurgicaux à la police, "dans les jours qui ont précédé" la restitution des stocks de FFP2.
"Les forces de l'ordre doivent veiller à respecter les gestes barrières et sont équipées de kits de protection à utiliser uniquement en cas de besoin, lors d'un contact avec une personne présentant un ou des symptômes du Covid", rappelle l'entourage du ministre de l'Intérieur. "Un réassort interviendra ce week-end", assure-t-on.

Des "solutions innovantes" (sic) sont également prévues en test, avec des "masques textiles lavables, lunettes plastiques, visières", fait-on encore valoir.

Cette même source "n'imagine pas" que les syndicats puissent mettre leur ultimatum à exécution.

"Les policiers ont, comme les gendarmes, un rôle majeur à jouer dans la lutte contre le covid-19. Ils sont les garants du bon respect des règles du confinement, et le ministre est à leurs côtés. Les policiers savent que les Français reconnaissent la dangerosité de leur métier. Les Français ne comprendraient pas que les gendarmes cèdent leurs masques FFP2 pour les professionnels de santé et que les organisations syndicales de la police appellent à cesser le travail".

jeudi 26 mars 2020

Coronavirus : patients pris en otages par les rivalités entre le milieu médical parisien et Didier Raoult, le Marseillais

Histoire d'une détestation réciproque

"Il n’était pas bon soldat, cela ne plaisait pas"

Les photos choisies par Marianne conditionnent le lecteur:
le Bien, le pouvoir central, à droite,
confronté, au Mal, la Région, à gauche 
"Un jour un médecin m’a demandé comment je pouvais nommer quelqu’un avec un tel tempérament." 

Didier Raoult et le milieu médical, 
Publié le 26/03/2020 à 08:01
Il est l'homme dont tout le monde parle. Celui qui suscite toutes les théories, même les plus complotistes. Ce mardi 24 mars, il a encore créé l’événement. Alors que le gouvernement a donné son accord pour étendre les essais cliniques sur la chloroquine, dont il dit qu'elle soignerait le coronavirus, le professeur Didier Raoult s'est mis en retrait du Conseil scientifique, et s'en explique à Marianne : "Je parle toujours au président de la République et respecte les institutions, mais nous ne sommes pas sur la même longueur d'ondes avec le Conseil scientifique, qui souhaite attendre six semaines pour avoir les résultat des études cliniques sur la chloroquine..."
La polémique sur les possibles bâtons dans les roues reçus par le professeur marseillais des plus hautes sphères de l’État va enfler. Forcément. Et si cela avait pu ralentir l’émergence d’un potentiel traitement du Covid-19 ? Sur les réseaux sociaux, dans des chaînes d'e-mails qu'on se transmet d'un rapide copier-coller, la relation entre l'iconoclaste infectiologue et le couple Agnès Buzyn-Yves Lévy, longtemps aux commandes du ministère de la Santé et de l’Inserm, agite les fantasmes. Non, la chloroquine n'a pas été classée comme vénéneuse parce qu'il fallait faire taire le médecin franc-tireur. En revanche, il ressort de l'enquête de Marianne que les rapports entre le scientifique et le milieu médical parisien confinent effectivement à la détestation. Ce qui ne facilite pas les rapports de travail.

DES CRITIQUES ANCIENNES CONTRE L'INSERM

Chez Didier Raoult, il n'y a pas que le style - à mi-chemin entre Panoramix et Gandalf - qui est iconoclaste, il y a aussi la pensée. Toutes les sources interrogées l'affirment : l'homme de 68 ans méprise les "médecins parisiens donneurs de leçon" autant que le "système" de recherche médicale qu'ils incarnent. Le Marseillais, qui ne cultive pas la modestie et se targue d'être le numéro un mondial dans sa catégorie selon un classement du site "Expert scape", a un "goût prononcé pour l'irrévérence et l'affrontement", souffle l'un de ses proches. Le cocktail adéquat pour ne pas s'entendre avec Yves Lévy, PDG de l'Institut national de la santé et de la recherche médicale de 2014 à 2018, époux de l'ex-ministre Agnès Buzyn et sommité si représentative du milieu de la recherche médicale parisienne. Car l'Inserm, pour Raoult, c'est l'establishment médical par excellence. Qu'il exècre.
Depuis de nombreuses années, le chercheur attribue à l'institution la perte d’influence de la recherche médicale française dans le monde. A partir de l'arrivée à sa tête d'Yves Levy, Raoult a même redoublé de violence à l'égard de l'Inserm. Ses tribunes dans la presse en sont pleines : "De Gaulle créa l'Inserm. Hélas ! Les structures dérivent et les CHU ont fini par oublier que la recherche était un élément essentiel de leur existence." (Le Point, septembre 2016) ; "L'Inserm recrute essentiellement des fondamentalistes qui ne sont pas des praticiens du soin. Il faudrait donc, soit réformer l'Inserm, soit créer un nouvel institut afin de recruter des 'infirmières scientifiques'" (Le Point, janvier 2017) ; "Tant que le même candidat à un poste de chercheur se présentera à la fois au CNRS et à l'Inserm, le paysage ne sera pas clarifié. Et la recherche médicale continuera à décliner, comme les chiffres." (Les Echos, avril 2017).
Dans un livre paru ce lundi 23 mars, Épidémies : vrais dangers et fausses alertes (Michel Lafon), il juge que lorsque des données importantes lui sont adressées, "l’Inserm fait un rapport un an et demi plus tard". Sa conclusion ? Cruelle, forcément : "Il est d’ailleurs passé à côté de toutes les surcauses de mortalité pendant trente ans." Aujourd'hui, il nous précise sa pensée : "L’Inserm ne finance pas la recherche médicale, mais la recherche à propos de la médecine. Il y a un problème de fond derrière cela, que j'ai mis en lumière."
Cette façon de penser n'a guère plu à Yves Levy. Mais en réalité, les divergences entre le Gandalf de la médecine marseillaise et l'immunologue parisien de 62 ans remontent à plus loin. A leurs domaines de recherche. Voilà des années que Didier Raoult critique l'engagement de fonds colossaux dans la recherche d'un vaccin contre le Sida. "C'est un fantasme qui a coûté des milliards et qui n'arrivera pas : Yves Lévy a été scandalisé que je le dise", explique aujourd'hui à Marianne l'infectiologue, pour qui les propriétés spécifiques du virus VIH rendent cette recherche illusoire. Or, le traitement contre le VIH, c'est justement le domaine d'expertise d'Yves Lévy depuis le début de sa carrière. Ce dernier n'a, pour l'heure, pas répondu à nos sollicitations.

LA QUERELLE DES IHU

Le conflit entre Yves Levy et Didier Raoult prend un tour plus personnel à l'occasion d'une tentative de réforme des statuts des instituts hospitalo-universitaires (IHU). L'infectiologue dirige celui de Marseille. Créés en 2010, les IHU incarnent un modèle de recherche médicale pour lequel le Marseillais a longtemps manifesté son attachement : dans un rapport au ministre de la Santé d’avril 2003 qu'il conclut en affirmant que nous sommes "un des pays les moins bien préparés à un problème d’épidémie massive", le médecin en appelle à la création de telles structures, extraites des carcans de la recherche médicale en vigueur. Le fonctionnement des IHU ? Ils profitent du statut de "fondation" pour obtenir des financements privés et une plus grande liberté de recherche par rapport à l’État.
Mais l’arrivée d’Agnès Buzyn au ministère de la Santé en 2017 bouleverse les choses : si, déjà, le soupçon du conflit d’intérêts plane sur elle parce que son époux Yves Lévy dirige l’Inserm, une décision interministérielle du 2 octobre 2017 enfonce le clou. La ministre décide de torpiller les IHU en les transformant en groupements d’intérêt public (GIP). Concrètement, il s'agit de mettre fin au modèle "fondation" des IHU, et d'abaisser leurs crédits de 400 à 200 millions d’euros. Le tout selon les critères souhaités par son mari Yves Lévy, qui voulait la peau des IHU et comptait les ramener dans le giron de l’Inserm, comme le Canard enchaîné et Marianne le révélaient à l'époque dans de longues enquêtes.
C’est là que Didier Raoult se rebiffe publiquement. L'infectiologue n’hésite pas, alors que le couple Buzyn-Levy est au faîte de sa puissance, à dire ce qu'il pense dans les médias. "Les IHU sont un enjeu d’autorité et de territoire pour Yves Lévy. Il voudrait les diriger depuis Paris", déclarait-t-il sans détour auprès de Marianne. Si la décision a suscité la colère de nombreux chercheurs, c’est bien Raoult qui est monté en première ligne, déclarant la guerre. Il persiste et signe aujourd'hui : "Yves Lévy donnait des ordres à tout le monde, il croit qu’il peut nous faire obéir. Les grands scientifiques n’obéissent à personne."
Sur la question du conflit d'intérêts impliquant le couple Buzyn-Lévy, la ministre aura alors la réponse toute trouvée : ce n’est pas son ministère mais Matignon qui a opéré cette décision. La même pirouette qui lui avait permis, à son arrivée à la Santé, de balayer d'un revers de la main les critiques en annonçant qu’elle se déporterait de tout dossier concernant l’Inserm.

"TENSION ENTRE PARIS ET LA PÉRIPHÉRIE"

Raoult aura finalement gain de cause. Le 6 octobre 2017, le neurologue suisse Richard Frackowiak, président du jury international des IHU, censé sélectionner les projets et attribuer les subsides, démissionne avec fracas pour dénoncer ce changement du mode de gouvernance des IHU : l’indépendance du jury est remise en cause à ses yeux. Il explique aujourd’hui à Marianne : "J’avais vu les liens entre le ministère et l’Inserm. J’ai alors présenté ma démission en défendant le modèle des IHU et les 200 millions qu’on nous prenait. Finalement j’ai obtenu gain de cause car leur position était intenable."
"Un jour un médecin m’a demandé comment je pouvais nommer quelqu’un avec un tel tempérament."
Le professeur se souvient du conflit en gestation avec Yves Lévy : "Ce que Didier Raoult défendait à l’époque face à Yves Lévy, c’était l’idée de centres d’excellence en dehors de Paris." Richard Frackowiak insiste sur la "tension entre Paris et la périphérie" qu’il dit voir alors : "On discerne le même genre de choses aujourd’hui dans les attaques que reçoit l’IHU de Marseille des médecins parisiens, alors qu’ils ont raison d’agir ainsi." Il tient à nous livrer une anecdote : "Je me souviens des propos véhéments contre la personnalité iconoclaste de Raoult. Un jour un médecin m’a demandé comment je pouvais nommer quelqu’un avec un tel tempérament. Il n’était pas bon soldat, cela ne plaisait pas." Didier Raoult peste en effet contre l'hyper-centralisation de la recherche médicale qui contribue, selon lui, au retard du pays dans le domaine. Interrogé, il ne peut s'empêcher une punchline égo-centrée : "Ce pays a un problème depuis quelques années, pas avec moi, mais avec les stars en général. Il fait chier les bons. C’est un vrai problème. Moi je m'en fiche, ma cour de jeu n'est pas la France mais le monde."

LA QUERELLE DES LABELS

Tensions entre Paris et la périphérie. C’est dans ce contexte que débute l’année 2018, et le transfert des laboratoires de recherche du professeur Raoult dans le nouvel IHU de Marseille. Il réorganise ses pôles de recherche et doit alors obtenir leur labellisation venant des grands établissements publics scientifiques, un gage d’excellence. Sauf que, en plus de l'affaire du statut des IHU, l’année 2017 a été émaillée d’accusations de harcèlement à l’IHU de Marseille, avec des remous médiatiques et le passage des comités d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) de l'Inserm et du CNRS, notamment.
Sur la base de ces événements, Yves Lévy dit vouloir analyser méticuleusement la labellisation des unités de recherche de Didier Raoult. Ce dernier ne reçoit pas le label de l'Inserm, huit ans après avoir remporté le grand prix de l'institut en 2010. Une vengeance après l’échec de la réforme des IHU ? "Yves Lévy a toujours détesté Raoult et n’a pas supporté cet échec, il s’est servi de ces accusations de harcèlement contre des membres de l’équipe de Raoult pour le décrédibiliser auprès du monde scientifique", estime le journaliste Hervé Vaudoit auteur du livre-enquête L’IHU méditerranée infection - Le défi de la recherche et de la médecine intégrées (Michel Lafon).
Par ailleurs, l’inauguration du nouvel IHU de Marseille en mars 2018 se fera sans la présence ministérielle d’Agnès Buzyn. Lorsqu'elle était en poste, la candidate à la mairie de Paris a toujours ignoré l'infectiologue. "J'ai demandé des rendez-vous, on m'a répondu que la ministre n'avait pas le temps", raconte-t-il.
"A cause des critiques qu'il lui a portées, Yves Lévy a toujours détesté Raoult."
Ces querelles auraient-elles un lien avec le classement de l’hydroxychloroquine sur la liste II des substances vénéneuses en janvier 2020 ? Didier Raoult assure que ce médicament est efficace contre le Covid-19. Dans l'esprit de certains internautes un brin paranos, cela ne fait donc aucun doute. Mais les faits montrent qu’il s’agit surtout d’un curieux hasard : cette décision a été motivée par une demande de l’ANSM de 2018 pour faire classer l’hydroxychloroquine au même standard que la chloroquine, molécule dont elle est dérivée. Pour Didier Raoult, il est "sidérant, estomaquant" de classer ainsi l'hydroxychloroquine au niveau d'une drogue. Pour autant, "le savant ne se risquerait pas à établir un lien de causalité" entre cette décision et ses recherches sur la molécule, nous fait-il savoir.
En réalité, c'est surtout l’absence de labellisation de l'IHU marseillais par l'Inserm et le mépris affiché par Didier Raoult à l'encontre du monde de la recherche médicale qui peuvent en partie expliquer l'indifférence avec laquelle l'annonce réalisée par l'infectiologue le 25 février dernier a été accueillie. Ce jour-là, il affirme que des résultats sur la chloroquine sont "prometteurs". Telle est du moins l'analyse d'Hervé Vaudoit : "Cette absence de labellisation et le profil atypique de Didier Raoult ont créé les conditions du tir de barrage reçu par ce dernier de la part de ceux qu'il appelle les 'médecins parisiens' et les journalistes établis au moment où il évoque la chloroquine."

ICONOCLASTE

Les "décideurs parisiens", justement, attendront presque un mois pour intégrer l'hydrohychloroquine à un test clinique européen, le 22 mars. Ironie du sort : c'est l'Inserm (dont Yves Lévy, qui a obtenu le Conseil d'Etat entre-temps, n'est plus le PDG depuis octobre 2018) qui conduira le test pour la France. Égal à lui-même, Didier Raoult réagit au quart de tour : "L'Inserm, aujourd'hui, je m'en fous." Avant de déblatérer sur le Conseil scientifique : "Je suis trop occupé pour passer deux heures à écouter des couillonnades. Il faut faire des choses efficaces si c'est une guerre. Faire une étude dont on aura les résultats dans six semaines, nous sommes avec des fous."
La conclusion de cet étrange feuilleton en milieu médical est suspendue à la révélation finale de l'efficacité de la chloroquine. "Si la molécule fonctionne, pourquoi les familles des victimes ne pourraient-elles pas questionner juridiquement les raisons du retard à l'allumage du gouvernement ?", conclut un proche de Didier Raoult. Sûr de la force de son champion. A croire que l'orgueil est un virus contagieux.