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mardi 28 juin 2016

Manif du 28 juin contre la loi travail, dans des conditions sécuritaires inédites

Manifestants du 28 juin, traités comme des terroristes potentiels

Mardi 28 juin, 
encadrement policier renforcé
Entre 64 000 et 200.000 personnes ont défilé contre la loi travail dans toute la France. 
A Paris, un dispositif particulier encadrait la manifestation : contrôles policiers, fouilles au corps, barrières anti-émeutes. 
Pendant ce temps, une assemblée générale interprofessionnelle a été "nassée" pendant plusieurs heures à la Bourse du travail, empêchant les participants de rejoindre le cortège.
Une journée de mobilisation sous haute surveillance racontée en images.  

12h45. 

A la Bourse du Travail, une assemblée générale interprofessionnelle est organisée, en amont de la manifestation. Un important dispositif policier surveille les lieux.

Le défilé en boucle autour du bassin de l'Arsenal le 23 juin à Paris, qualifié de "tour de manège", a laissé un souvenir amer parmi une grosse centaine de militants d'extrême gauche, opposés à la manif officielle 'en cage'. 

Un petit groupe proche de Nuit debout, refusant de participer à la manif syndicale contre la loi travail, en raison des conditions sécuritaires imposées par le ministère de l'Intérieur, est resté "nassé" devant le bâtiment. 
Impossible de sortir sans palpation. "On ne peut pas accepter ça !", explique un militant. "Ils nous contrôlent à République alors que la manif est à Bastille !", s’indigne un autre. 
Décision adoptée à main levée : sortir en groupe et refuser les fouilles. Quelques minutes plus tard, tout le monde est dans la rue. Les CRS, qui s’étaient reculés, reviennent aussitôt bloquer les irréductibles. Un militant cégétiste annonce alors que Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT, a appelé le préfet de police pour s’indigner de l’encerclement de la bourse du travail par la police.  

14h00. 
Du côté de la place de la Bastille, le trajet de la manifestation est entièrement protégé par des grilles. 
Des contrôles policiers sont effectués sur toute personne souhaitant rejoindre la manifestation, ainsi que des fouilles au corps.
Le numéro un du PCF, Pierre Laurent : "c’est Fort Knox ici; on est presque plus fouillés qu’à l’entrée des fanzones et des stades".

Le cortège se met en place, sous haute surveillance. 



14h30. Bourse du travail
Ceux qui souhaitaient rejoindre le cortège sont empêchés de sortir dès lors qu'ils refusent les contrôles de police, et pris dans une nasse. "La nasse, c'est naze", pouvait-on lire sur une banderole.
Coincés plusieurs heures, les "empêchés de manif" s'occupent. Une jeune femme reproduit la fresque qui a déclenché une polémique à Grenoble.  

15h00. Les syndicats défilent au départ de la place de la Bastille

Sur le trajet, des messages s'affichent.

La manifestation a rassemblé  55.000 personnes dans la capitale,selon les syndicats, 

14 à 15.000 selon les autorités. 





Quelques tensions au sein du cortège, voire des échauffourées, ponctuellement, "très minoritaires" selon Libération, en comparaison des mobilisations antérieures.
Le 23 juin, 2.000 policiers et gendarmes étaient mobilisés, 2.500 mardi 28. 

16h30. 
Toujours coincés dans une nasse policière, les occupants de la Bourse du travail démarrent une partie de volley-ball.  

Dans le cortège qui se dirige vers la place d'Italie, l'ambiance est festive.
Pendant ce temps, le Sénat adopte une version proche de la mouture originelle du projet de loi travail par 185 voix contre 156. 

39 personnes ont néanmoins été interpellées, rien qu'à Paris.
81 interpellations, en France, selon la police

Fin de manifestation place d'Italie.

17h30. Plus d'une centaine de manifestants quittent la place d'Italie et se dirigent vers la Bourse du travail, aux cris de "libérez nos camarades". En fin d’après-midi, la convergence des activistes revenus de la manifestation oblige les forces de l’ordre à investir la place de la République, située à proximité, et à procéder à plusieurs interpellations.

Devant la Bourse du travail, le barrage policier est maintenu, contrôlant les entrées et sorties. 
Vers 18 heures, plusieurs centaines de personnes, retranchées dans le bâtiment, étaient toujours réunies en assemblée générale.

Les opposants à la loi travail tentent de stopper la circulation. 

18h30. 
Place de la République, la police surveille toujours les manifestants regroupés. Cette journée aura été renommée par des opposants taquins la "cagifestation".

Le bruit de bottes suggéré et la plupart des photos sont dus à Libération, quotidien de gauche (directeur de la rédaction, Laurent Mouchard, dit Joffrin) détenu par les hommes d'affaires Bruno Ledoux - propriétaire du siège du journal - et Patrick Drahi - président-fondateur du consortium Altice (SFR-Numericable et le groupe L’Express, avec notamment L’Expansion) - délocalisé au Luxembourg.


mercredi 18 novembre 2015

État d'urgence: des députés PS veulent pouvoir maintenir le contrôle de la presse

La presse peut-elle être érigée hors état d'urgence ?  

Douze députés PS ont déposé un amendement pour rétablir la possibilité d'un contrôle médiatique pendant l'état d'urgence. 

Une possibilité de contrôle des media que   le gouvernement envisage de supprimer. Outre la prolongation de l'état d'urgence, de 12 jours à 3 mois, l'exécutif socialiste veut en modifier le régime juridique. Cinq députés LR s'y opposent.

Le président socialiste de la République veut prolonger l'état d'urgence et toiletter la loi de 1955 qui permet de l'instaurer, quelques jours après les attentats de Paris. Le chef de l'Etat souhaite pouvoir placer la France sous ce statut pendant 3 mois, contre 12 jours au maximum actuellement, sans l'accord du Parlement. 

Un "toilettage" pour pouvoir étendre sa durée, donc, tout en "renforçant l'efficacité de ses dispositions" et en "garantissant l'état de droit", selon Stéphane Le Foll, le porte-parole du gouvernement, ce mercredi. Ainsi, le texte gouvernemental prévoyait-il d'exclure la presse ou  la radio dans le champ du contrôle parlementaire, même si le texte originel n'a jamais été utilisé. "Le contrôle de la presse, de la radio [...] est supprimé", a-t-il assuré. Une façon pour le gouvernement de renforcer le contre-pouvoir de la presse au prétexte de donner des garanties à l'opinion, en ménageant son aile gauche sur la protection des libertés publiques. Le projet de nouveau texte gouvernemental priverait les représentants du peuple du pouvoir de contrôle des media: la presse serait consacrée comme Etat dans l'Etat malgré l'état d'urgence. 

Rétablir le contrôle des media

En profitant pour mettre en cause l'Internet, les réseaux sociaux et les chaînes d'information en continu, L'Express tente de profiter de divergences entre députés socialistes. Alors que le projet de loi a été présenté, en urgence et sous la pression des événements, ce mercredi en conseil des ministres - il doit être voté jeudi à l'Assemblée nationale et vendredi au Sénat - certains élus PS ont déposé un amendement... pour rétablir le contrôle de la presse et de la radio.
Voyez le tweet explicite et radical d'un jeune journaliste au Monde, auteur de 'Anonymat sur Internet: comprendre pour protéger sa vie privée ', en 2013, alors qu'il était parallèlement étudiant à Sciences-Po Paris et travaillait pour le site d'information spécialisé dans les questions numériques OWNI et pourRue89:


Telegram, application utilisée par Daesh pour communiquer sans se faire repérer et service de communication le plus prisé des sympathisants et des combattants de l’organisation Etat islamique (EI) a annoncé, mercredi 18 novembre, la fermeture de soixante-dix-huit chaînes utilisées par les djihadistes pour communiquer, une première pour cette entreprise disponible à tous.
C’est la première fois que cette messagerie sécurisée s’attaque aussi frontalement à l’Etat islamique. Telegram déclare que ces blocages concernent des chaînes dans douze langues. Selon les constatations du Monde, toutes les chaînes officielles de l’EI ont été suspendues, notamment celles en langue française et en langue anglaise, ainsi que l’agence de presse de l’organisation terroriste. Laquelle s’employait dans la soirée à les rétablir.

Mais la presse se veut fiable et au-dessus des lois

L'amendement porte le numéro 41, et sera examiné dès ce mercredi soir. Il entend "rétablir en l'état une disposition de la loi relative à l'état d'urgence de 1955, qui ouvre la possibilité de contrôler toute publication lorsque l'état d'urgence est déclaré". 

Hollande e refuse à tirer les enseignements des erreurs du passé 

"Au moment des attentats de janvier 2015, des manquements  ont été constatés dans le traitement des attentats dans différentes publications, manquements qui ont pu mettre en danger nos concitoyens et les forces de l'ordre." Une allusion à la légèreté médiatique d'organes de presse en compétition dans la course à l'audience, notamment lorsqu'un commentateur de BFMTV a révélé que des otages d'Amedy Coulibaly étaient cachés dans une chambre froide de l'Hypercacher. "J'aurais dû fermer ma gueule" sur l'Hyper Cacher, a admis Dominique Rizet, spécialiste Police-Justice de la chaîne d'info en continu, toujours en poste à l'antenne... Ancien journaliste au SIRPA, le Service d'informations et de relations publiques des armées, Dominique Rizet avait pourtant révélé en direct l'existence d'une planque à l'intérieur de l'épicerie casher où était retranchée une femme. "Il y a une femme qui se serait cachée dès l'arrivée de cet homme, qui s'est réfugiée dans une chambre froide. Et qui serait à l'intérieur, à l'arrière de l'établissement", avait-il lâché à 14h58, avant de retenir l'information à l'antenne. Il y avait en réalité plusieurs personnes cachées à l'intérieur, à l'insu d'Amedy Coulibaly.
le 11 janvier, Hervé Béroud, directeur de l'information de la chaîne, avait ainsi défendu son journaliste, niant toute mise en danger des otages. Il avait rompu le sacro-saint "secret des sources" en dénonçant la source de Dominique Rizet, une personne du RAID qui, "lui avait dit que ces personnes-là n'étaient plus en danger".
Pour avoir diffusé ces fuites en janvier 2015, le journaliste a été condamné -ainsi que la chaîne- à 10.000 € d'amende, en juillet 2015.

PS/LR: des motivations qui s'additionnent

Dans leur volonté de conserver le contrôle des media, les députés socialistes sont rejoints par des députés du parti Les Républicains. Cinq d'entre eux ont déposé un amendement dans ce sens. "L'absence pure et simple de contrôle ou de limitation des libertés de publier ou de diffuser par les media, dans une période d'état d'urgence, ne peut pas [...] être acceptée", expliquent les députés. 
Leurs motivations s'ajoutent à celles de leurs collègues socialistes: "Personne n'ignore que les islamistes disposent en France de publications régulières ou de sites Internet, largement repris par les réseaux sociaux, qui contribuent par cette propagande, a maxima, au recrutement des djihadistes, et constituent a minima une incitation directe à menacer la sécurité et l'ordre publics". 
Les députés ont toutefois reculé devant l'inclusion des représentations théâtrales et cinématographiques dans le champ d'application de leurs contrôles.