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lundi 21 avril 2008

Récupération d’Aimé Césaire : ils tirent son linceul à eux

Ils sont venus, ils sont tous là !
Le PS nostalgique, dans l'esprit colon, n’aurait pas craint de piller les richesses naturelles de la Martinique en ramenant la dépouille de Césaire.

A les entendre, ils vénèrent tous Césaire. Mais sous cet unanimisme de façade, les ambitions percent en ce dimanche 20 avril. Ils sont venus à Fort-de-France comme à la pêche aux voix, comme à la lecture du testament.
Les femmes groupies sont arrivées les premières et première entre toutes, la deuxième de la présidentielle, Sa Cynique Majesté Royal, dès vendredi soir : la première arrivée est la plus applaudie ! Elle fait aussitôt dire qu’elle se sent ici chez elle. Pour elle qui a renié son père biologique, Césaire serait un père de substitution, "un père spirituel, le symbole de la France métissée". Elle affirme : "Il m'a beaucoup aidée dans cette campagne, il était le président de mon comité de soutien". Pour l'ex-candidate socialiste, qui se fait surnommer "la petite Martiniquaise", il ne fait aucun doute que la place du poète serait au Panthéon : "C'est une reconnaissance de densité historique. Il y sera aux côtés de Victor Schoelcher.
"
Yves Jégo, en sa qualité de secrétaire d'Etat à l'Outre-Mer, est arrivé sur place dès mercredi et n’a pas tardé à comprendre que les proches du poète et la population martiniquaise n'y étaient pas favorables. Bien qu’il ne soit pas le «petit Martiniquais », plutôt que de se faire mousser comme le Petit Marseillais (le savon de Marseille), il a respecté la volonté des Antillais. "Césaire était attaché à sa terre, explique-t-il. Ce serait une erreur de le priver de son retour au pays natal, pour reprendre le titre de son premier livre. Son fils m'a dit :
"Vous imaginez mon père enterré dans le Ve arrondissement ?"

Sans vouloir souligner la sottise de la démagogue, Yves Jégo a poursuivi : "Vouloir inhumer Césaire au Panthéon, c'est faire preuve d'une méconnaissance totale de l'âme martiniquaise. C'est une forme de captation de l'héritage d'Aimé Césaire par l'Europe qui a des relents de néocolonialisme."
Christiane Taubira (apparentée Parti radical de gauche) ne l’a d’ailleurs pas contredit mais revendique un lien encore plus intime avec le poète. Son Césaire est d’ailleurs moins superficiel : "Son oeuvre est une oeuvre de combat, une pensée insurrectionnelle. La France et l'Europe seraient bien inspirées de relire la fin du Discours sur le colonialisme."
Les responsables de tous les courants socialistes ont conflué samedi soir, Pierre Mauroy en tête, suivi de François Hollande, Lionel Jospin et Laurent Fabius. Ils se sont assis côte à côte pour l'hommage rendu par le Parti progressiste martiniquais (PPM) dans le stade Pierre-Aliker. Mais à peine échangés les premiers sourires et poignées de mains devant les caméras, les rivalités ont pris le dessus. Ils ont glosé à qui mieux mieux sur l’'entrée au Panthéon. "Cela part d'un sentiment généreux, commence Lolo Fabius avec une moue dubitative. Mais Césaire était d'abord attaché à sa terre." François Hollande a repassé une couche sur le même ton : "Ses proches sont-ils d'accord ? Le véritable Panthéon qui convient à Césaire, c'est un Panthéon sans murs, dans notre mémoire." Du Prévert !
Ca aurait pu suffire, mais ils sont venus pour se faire valoir et non pour se recueillir. Le futur ex-premier secrétaire du Parti socialiste est venu récupérer "un grand élu de la République". Fabius préfère vanter "l'homme de gauche". À la sortie de la cathédrale, dimanche matin, le président du Modem, François Bayrou, salua "l'homme de terroir, attaché à sa terre natale". Il est, qu’il y reste, a-t-il en quelque sorte voulu dire?
La gauche martiniquaise se divise aussi autour du cercueil, sinon ce ne serait pas la gauche. Claude Lise, président (PS) du Conseil Général et compagnon de Césaire pendant trente ans, critique la mainmise du PPM sur l'organisation des obsèques. "Les responsables du PPM veulent signifier que Césaire leur appartenait. Or, il était l'homme de l'universel."
Il est vrai que Serge Letchimy, le président du PPM est omniprésent, mais c'est en tant que maire de Fort-de-France qu'il reçoit les politiques, organise les obsèques, prononce l'oraison funèbre. "Nous allons continuer, réaffirmer la reconnaissance de notre identité de Martiniquais", déclare-t-il, se posant ainsi en successeur naturel.


Venu présider l'hommage national, dimanche après-midi, le Président de la République, Nicolas Sarkozy, a salué plus finement et sans volonté d’accaparement, "l'homme de liberté", "le défenseur infatigable de la dignité humaine". Mais il n'a pas évoqué le colonialisme, pomme de discorde entre les deux hommes jusqu’à ce que le poète reçoive finalement le futur chef de l'Etat, le 11 mars 2006 (ci-dessous).

Obsèques nationales d’Aimé Césaire, une ‘opération récupération’

Ils sont venus, ils sont tous là !
Les obsèques nationales d'Aimé Césaire, le père de la "négritude", né en 1913, ont eu lieu Dimanche à Fort-de-France (Martinique) en présence du Président de la République, Nicolas Sarkozy, de milliers de Martiniquais et d’un fort contingent de la Rue de Solférino.

Signalons un raccourci journalistique de la presse inculte qui a soudainement découvert le père de la "négritude". Ces obsèques n’étaient donc manifestement pas un hommage à Léopold Sédar Senghor ! Officier de l'armée française et premier président de la République du Sénégal (1960), Senghor peut pourtant légitimement revendiquer la paternité de la notion, sans recherche ADN… Alors qu'il était étudiant boursier en France, il créa -en compagnie du martiniquais Aimé Césaire et du guyanais Léon Gontran Damas- la revue contestataire L'Étudiant noir en 1934. C'est dans ces pages qu'il exprimera pour la première fois sa conception de la négritude, tandis qu’Aimé Césaire introduisait cette notion dans un texte intitulé « Négrerie ». Césaire la définit ainsi : « La Négritude est la simple reconnaissance du fait d’être noir, et l’acceptation de ce fait, de notre destin de Noir, de notre histoire et de notre culture ». Senghor explique en ces termes le concept de Négritude « la Négritude, c’est l’ensemble des valeurs culturelles du monde noir, telles qu’elles s’expriment dans la vie, les institutions et les œuvres des Noirs. Je dis que c’est là une réalité : un nœud de réalités » (Liberté 11, Négritude et Humanisme, p. 9). Que justice soit donc rendue à l’homme de lettres sénégalais, quelque peu oublié dans la naissance Césairienne d’un mythe et d’une hystérie politicienne! La 'sénégalaise' Royal ne l'aurait pas fait...


Pendant plus d'une heure dans le stade de Dillon, les Martiniquais se sont assemblés pour cet hommage national voulu par la France. Bien que France-Info non seulement désinforme l'opinion, mais fasse l’impasse sur la déclaration de Nicolas Sarkozy, le Président de la République a rendu hommage au poète de langue française à son arrivée à l'aéroport Aimé-Césaire de la ville. "Tous les Français se sentent aujourd'hui Martiniquais dans leur coeur", saluant "le défenseur infatigable de la dignité humaine et du respect des droits de l'homme".

Le chef de l'Etat, avait pourtant eu des relations difficiles avec l'ancien député-maire de Fort-de-France. Celui-ci avait refusé de le recevoir en 2005 en raison de la loi sur "le rôle positif de la présence française outre-mer", mais l’avait accueilli l'année suivante. Malgré cette normalisation des rapports entre les deux hommes, le président Sarkozy ne s'est pas exprimé au cours de cet "hommage culturel".
Ce sont les "mots de sang frais" de l'auteur du "Cahier d'un retour au pays natal" qui ont résonné par les bouches de comédiens antillais et africains, auquel des voix blanches n’ont pas été mêlées.
Un grand portrait proclamait ni plus ni moins Césaire "prototype de la dignité humaine" (selon le mot d'André Breton), et des extraits de son oeuvre étaient déployés dans le stade. Une plaque de céramique portant le nom d'Aimé Césaire et "Liberté, identité, responsabilité, fraternité", avait été posée sur un fauteuil de la part du président de la République.


A l’initiative ‘originale’ de Sa Cynique Majesté Royal qui n’est jamais en retard dans l’emballement ‘serein et juste’ et la surenchère, l'idée d'un transfert du poète au Panthéon a été peu débattue, car le poète souhaitait reposer dans sa terre, ce que Désirdavenir n’avait pas pressenti… Dans son effort de récupération du poète et des voix antillaises, le PS était lourdement représenté. Outre de nombreuses personnalités et plusieurs ministres, François Bayrou (MoDem) et des responsables PS, notamment François Hollande, Désirdavenir Royal, Laurent Fabius et Lionel Jospin, avaient fait le déplacement en grandes pompes et souliers vernis...
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On peut observer ci-dessus Désirdavenir Royal, qui, reléguée au deuxième rang, cherche l'objectif et cadre la lucarne laissée par les deux anciens premiers ministres qui lui font écran... Elle est au bras au côté du craintif Bayrou, l'éjaculateur précoce, aux dires de Sa Cynique Majesté Royal !
George Pau-Langevin faisait-elle partie du convoi ? Le footballeur Lilian Thuram et des délégations d'Afrique et des Caraïbes avaient fait le voyage.
"C'était le meilleur des fils de la Martinique", a lancé un des plus proches compagnons de Césaire, Pierre Aliker, 101 ans. Très ému, il a raconté le combat de la décolonisation et contre le racisme mené par le député (1945-1993) et maire de Fort-de-France (1945-2001).


La cérémonie s'est achevée dans l'émotion partagée de plusieurs milliers de personnes. Le public a longuement applaudi le départ du cercueil, aux cris de "Béïa pour Césaire" (vive Césaire). Accompagné par une foule fervente jusqu'au cimetière de la Joyaux, le "nègre fondamental" a été inhumé à la tombée de la nuit.
Sur sa tombe, des mots choisis par "Aimé" lui-même, tirés de son "Calendrier lagunaire":
"La pression atmosphérique ou plutôt l'historique
"Agrandit démesurément mes maux
"Même si elle rend somptueux certains de mes mots".
Impressionnant, non?…

Trois écrivains seulement, Victor Hugo, Paul Valéry et Colette, ont reçu un hommage national. Pourquoi Césaire, donc , plutôt que Senghor, le premier africain à avoir été élu à l'Académie française, en 1983?
En 2001, les absences de Jacques Chirac, président de l'époque, comme du chef du gouvernement, Lionel Jospin, aux obsèques de Senghor à Dakar, avaient alors été mal vécue par la population sénégalaise. Les poètes français Jules Supervielle, élu Prince des poètes par ses pairs ou Francis Ponge (1899-1988), résistant, n’a pas eu cet honneur… Etaient-ils trop blancs ou pas assez noirs ? Pour nous en tenir aux poètes, prenons aussi l'exemple du diplomate français, Saint-John Perse (de son vrai nom, Alexis Léger, 1887- 1960 1975 -merci à un aimable lecteur qui a signalé l'erreur) né à la Guadeloupe, déchu de la nationalité française par le régime de Vichy , qui déclarera en 1960, à l'occasion de son Prix Nobel, avoir reçu « les félicitations de quatorze gouvernements étrangers mais pas de celui de sa patrie ».


Liberté, (Egalité), Fraternité… et repentance coloniale!