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mardi 25 février 2020

La dernière bulle de Macron humilie le Cameroun

"M. Macron, le Cameroun n'est pas un Dom-Tom", réplique Yaoundé 

Macron promet de faire pression sur son homologue camerounais sur la question des droits de l'homme.

Son arrogance enflamme la toile en Afrique.
Ils étaient plusieurs centaines à manifester le 24 février 2020 devant l’ambassade de France à Yaoundé, brandissant des drapeaux camerounais et des pancartes hostiles au président français Emmanuel Macron.
Monsieur Macron, le Cameroun n'est pas un Dom-Tom (département français d'Outre-mer). Monsieur Macron, mêle-toi de tes oignons (Sur les pancartes des manifestants camerounais)
"Nous sommes ici pour protester aux propos de Macron, parce qu’il a manqué de respect à notre président. Nous ne sommes pas une province de la France. Le Cameroun est un Etat souverain, indépendant depuis 1960", explique Souley Aboubakar, président d’une association de jeunes partisans de Paul Biya, à l’origine de ce rassemblement.

Cette légitime colère a été déclenchée par les propos tenus par un Macron en crise de supériorité colonialiste face à un Camerounais qui l’avait interpellé, le 22 février à Paris, sur la violation des droits de l’Homme dans son pays, en marge d’une visite au Salon de l’agriculture. Le président français lui a promis de mettre "le maximum de pression sur le président Paul Biya pour que cessent des violences intolérables au Cameroun".

Le 14 février, des hommes armés portant des uniformes de l’armée et certains masqués avaient attaqué le village de Ntumbo en zone anglophone faisant de nombreuses victimes parmi lesquelles des enfants, dont neuf âgés de moins de cinq ans. L’armée camerounaise a évoqué "un malheureux accident " au cours d’échanges de tirs entre forces de sécurité et rebelles sécessionnistes. L’ONU a demandé une enquête indépendante et impartiale. Paris avait déjà condamné ces violences et demandé que "les responsables répondent de leurs actes".

Dès le 23 février, le gouvernement camerounais assurait qu’il voulait "rester maître de son destin". La présidence camerounaise est revenue à la charge lundi 24 février, elle s’est offusquée de "propos surprenants".

Le président est comptable de son action devant le seul peuple camerounais souverain et non devant un dirigeant étranger, fut-ce un ami. 

Il n'a pas besoin de pression extérieureFerdinand Ngoh Ngoh, secrétaire général à la présidence (communiqué de la présidence de la République)
Depuis la publication sur les réseaux sociaux de la vidéo de l’échange entre Macron et le Camerounais connu sous le pseudo de Calibro Calibri, nombre d'internautes ont salué le courage de ce citoyen africain. Ce n’est pas de sa faute si le Cameroun se vend mal sur le plan international, peut-on lire sur le site d’information Camer.be

"S’est-on jamais préoccupé de savoir combien l’image et la notoriété du Cameroun sont écornées à l’international par des détournements systématiques et séculaires des deniers publics, de la corruption généralisée à ciel ouvert, du musèlement des partis politiques ? " Le Cameroun n’a qu’à s’en prendre à lui-même, il doit redorer son blason et retrouver sa place dans le concert des nations, écrit Camer.be

Pour le site d’information Cameroonvoice, "c’est le Macron profond qui a parlé. Celui qui avait promis un autre destin aux jeunes Africains", plaide la rédaction du site .

"Une communication paternaliste et infantilisante"

Mais la majorité des internautes africains se sont déchaînés contre "le ton discourtois" de cet échange jugé "indigne" à l’égard de leur président. Dans la vidéo qui circule sur les réseaux sociaux, Macron a aussi révélé avoir déjà fait pression sur le président Paul Biya pour obtenir la libération de son principal opposant Maurice Kamto.

"Après, on va nous demander de respecter les présidents africains. Suite à cette fanfaronnade de Macron, si Biya était autre chose qu’un laquais, l’ambassadeur de France au Cameroun aurait déjà été convoqué et l’ambassadeur du Cameroun en France rappelé" : rien de tout ça n’a été fait, s’insurge une internaute.

"C’est une communication paternaliste et infantilisante", analyse le politologue camerounais Mathias Eric Owona Nguini sur le site de RFI. Alors que la presse camerounaise dénonce "une conversation surréaliste". Certains n’hésitent pas à pointer "une mise en scène pure et simple, pour ternir l’image du président camerounais".

Macron a bien cherché cette explosion de colère. 

Dans son échange avec l’acteur camerounais qui sollicitait son intervention, le président français avait tenu à lui expliquer que la France a un rôle compliqué en Afrique.
"Quand la France dit que tel dirigeant n’a pas été démocratiquement élu, les Africains nous disent : 'De quoi vous mêlez-vous' ?...Moi, je mets la pression sur chacun et je travaille avec l’Union africaine" pour le faire, a-t-il insisté avant de rappeler qu’il ne revient pas à la France de faire la démocratie au Cameroun à la place des citoyens de ce pays.

RFI

✔@RFI

Au #SalonAgriculture le président français #Macron a été interpellé par un visiteur sur la situation au #Cameroun.
► Il a dénoncé des violations des droits de l’homme «intolérables»
► Il appellera le président camerounais Paul #Biya
Ecoutez cet échange #RFImatin

11:37 - 24 févr. 2020


lundi 21 avril 2008

Récupération d’Aimé Césaire : ils tirent son linceul à eux

Ils sont venus, ils sont tous là !
Le PS nostalgique, dans l'esprit colon, n’aurait pas craint de piller les richesses naturelles de la Martinique en ramenant la dépouille de Césaire.

A les entendre, ils vénèrent tous Césaire. Mais sous cet unanimisme de façade, les ambitions percent en ce dimanche 20 avril. Ils sont venus à Fort-de-France comme à la pêche aux voix, comme à la lecture du testament.
Les femmes groupies sont arrivées les premières et première entre toutes, la deuxième de la présidentielle, Sa Cynique Majesté Royal, dès vendredi soir : la première arrivée est la plus applaudie ! Elle fait aussitôt dire qu’elle se sent ici chez elle. Pour elle qui a renié son père biologique, Césaire serait un père de substitution, "un père spirituel, le symbole de la France métissée". Elle affirme : "Il m'a beaucoup aidée dans cette campagne, il était le président de mon comité de soutien". Pour l'ex-candidate socialiste, qui se fait surnommer "la petite Martiniquaise", il ne fait aucun doute que la place du poète serait au Panthéon : "C'est une reconnaissance de densité historique. Il y sera aux côtés de Victor Schoelcher.
"
Yves Jégo, en sa qualité de secrétaire d'Etat à l'Outre-Mer, est arrivé sur place dès mercredi et n’a pas tardé à comprendre que les proches du poète et la population martiniquaise n'y étaient pas favorables. Bien qu’il ne soit pas le «petit Martiniquais », plutôt que de se faire mousser comme le Petit Marseillais (le savon de Marseille), il a respecté la volonté des Antillais. "Césaire était attaché à sa terre, explique-t-il. Ce serait une erreur de le priver de son retour au pays natal, pour reprendre le titre de son premier livre. Son fils m'a dit :
"Vous imaginez mon père enterré dans le Ve arrondissement ?"

Sans vouloir souligner la sottise de la démagogue, Yves Jégo a poursuivi : "Vouloir inhumer Césaire au Panthéon, c'est faire preuve d'une méconnaissance totale de l'âme martiniquaise. C'est une forme de captation de l'héritage d'Aimé Césaire par l'Europe qui a des relents de néocolonialisme."
Christiane Taubira (apparentée Parti radical de gauche) ne l’a d’ailleurs pas contredit mais revendique un lien encore plus intime avec le poète. Son Césaire est d’ailleurs moins superficiel : "Son oeuvre est une oeuvre de combat, une pensée insurrectionnelle. La France et l'Europe seraient bien inspirées de relire la fin du Discours sur le colonialisme."
Les responsables de tous les courants socialistes ont conflué samedi soir, Pierre Mauroy en tête, suivi de François Hollande, Lionel Jospin et Laurent Fabius. Ils se sont assis côte à côte pour l'hommage rendu par le Parti progressiste martiniquais (PPM) dans le stade Pierre-Aliker. Mais à peine échangés les premiers sourires et poignées de mains devant les caméras, les rivalités ont pris le dessus. Ils ont glosé à qui mieux mieux sur l’'entrée au Panthéon. "Cela part d'un sentiment généreux, commence Lolo Fabius avec une moue dubitative. Mais Césaire était d'abord attaché à sa terre." François Hollande a repassé une couche sur le même ton : "Ses proches sont-ils d'accord ? Le véritable Panthéon qui convient à Césaire, c'est un Panthéon sans murs, dans notre mémoire." Du Prévert !
Ca aurait pu suffire, mais ils sont venus pour se faire valoir et non pour se recueillir. Le futur ex-premier secrétaire du Parti socialiste est venu récupérer "un grand élu de la République". Fabius préfère vanter "l'homme de gauche". À la sortie de la cathédrale, dimanche matin, le président du Modem, François Bayrou, salua "l'homme de terroir, attaché à sa terre natale". Il est, qu’il y reste, a-t-il en quelque sorte voulu dire?
La gauche martiniquaise se divise aussi autour du cercueil, sinon ce ne serait pas la gauche. Claude Lise, président (PS) du Conseil Général et compagnon de Césaire pendant trente ans, critique la mainmise du PPM sur l'organisation des obsèques. "Les responsables du PPM veulent signifier que Césaire leur appartenait. Or, il était l'homme de l'universel."
Il est vrai que Serge Letchimy, le président du PPM est omniprésent, mais c'est en tant que maire de Fort-de-France qu'il reçoit les politiques, organise les obsèques, prononce l'oraison funèbre. "Nous allons continuer, réaffirmer la reconnaissance de notre identité de Martiniquais", déclare-t-il, se posant ainsi en successeur naturel.


Venu présider l'hommage national, dimanche après-midi, le Président de la République, Nicolas Sarkozy, a salué plus finement et sans volonté d’accaparement, "l'homme de liberté", "le défenseur infatigable de la dignité humaine". Mais il n'a pas évoqué le colonialisme, pomme de discorde entre les deux hommes jusqu’à ce que le poète reçoive finalement le futur chef de l'Etat, le 11 mars 2006 (ci-dessous).