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mardi 27 mai 2008

Remise en question de la presse: de nouvelles occasions manquées

La presse partisane se déconsidère

L’objectivité est-elle à portée des journalistes français ?

Ils montent des coups fumeux : si le feu prend tant mieux; pas vu, pas pris! Sinon, ils expriment des regrets. Une élite professionnelle du niveau moral d’Airy Routier n’a pas été capable d’excuses. Il est pourtant le rédacteur en chef de ce remarquable Nouvel Observateur qui a publié le texte du SMS anti-daté de Sarkozy à Cécilia pour l’attribuer avec délicatesse à une autre destinatrice, sa future épouse !

Mais ce n’est donc rien d’exceptionnel, puisque le Nouvel Observateur persiste et signe. Et pourquoi s’en priver, puisque la presse peut désinformer sans conséquences, sans poursuites judiciaires, sans honte. Lorsque le sens de l’honneur avait encore une signification, on se suicidait au petit matin glauque.

Selon cet hebdomadaire de la gauche caviar, mais aussi sociale que morale Nicolas Sarkozy, début mai, a dit à un groupe de quelques journalistes (peu de témoins, c’est important !) spécialistes de l’Europe (ce qui n’est pas garanti, quand on connaît soi-même le sujet…), invités à l’Elysée : «Putain les mecs, il fait chaud; on se fout sur la terrasse.» Si, si ! Quiconque lit encore le canard peut donc s’indigner à la page «Téléphone rouge» du Nouvel Obs. Il paraît même que Sarkozy a ajouté, à propos des questions sur les droits de l’homme en Tunisie: «Rien à foutre, de toutes manières ce sont que des connards qui posent des questions à la con.» Après cela, tous ceux qui croit que tout ce qui est écrit est vrai doivent logiquement se faire une vilaine opinion du président. C'est bien le but de la manoeuvre.
Or, Jean Quatremer, présent lors de cette fameuse rencontre, dément: c'est FAUX! Le spécialiste Europe de Libération témoigne, d’abord sur son blog, puis dans le journal. Si Nicolas Sarkozy a en effet entraîné le petit groupe à l’extérieur, c’est en ces termes : «Je ne suis pas contre la distance présidentielle, mais là, quand même, c’est trop. Cette maladie de faire des trucs tristes. ça manque de convivialité. Et si on se mettait dehors, êtes-vous d’accord ?» Et, à propos de la Tunisie, aucun «putain, vous avez compris les connards ?» Sans doute échaudé par l’affaire du SMS, le Nouvel Observateur a aussitôt promis de rectifier...

Les bassesses politiciennes et les retours de bâtons

Quelques jours plus tard, Le Figaro du 17 mai publie une information cataloguée ‘confidentiel’. Cette fois, il est question d’un repas orageux de Sa Cynique Majesté Royal en compagnie des membres du Cercle des économistes. «Effarés par les assertions de l’ex-candidate à la présidentielle et par ses perpétuelles comparaisons des enjeux économiques mondiaux avec ceux de la région Poitou-Charentes, les experts, de droite comme de gauche, ont voulu la pousser dans ses retranchements. A court d’arguments, Ségolène Royal a menacé de quitter la table, arguant qu’elle n’était pas venue "repasser le bac".» L’élève présidente et recalée quand 85% des candidats l'obtiennent, est incorrigiblement nulle. Ses discours devant micros et caméras attestent de l’authenticité de ses bourdes et de son inculture, qui ont fait sa renommée et sa proximité avec les quartiers : rien de commun avec un ‘confidentiel' !

Seul problème : le président du Cercle des économistes, Jean-Hervé Lorenzi, dément. Il est dans son rôle… «Le Cercle des économistes s’indigne de la façon particulièrement inélégante et totalement inexacte dont un participant, dans Le Figaro du 17 mai 2008, a rendu compte du dîner-débat avec Ségolène Royal […]. Ces propos relèvent d’une initiative individuelle et ne traduisent en rien l’ambiance du dîner auquel ils se réfèrent. Le Cercle des économistes rejette en totalité ces propos qu’il déplore et considère comme une intention de nuire regrettable» et rappelle qu’il est «toujours respectueux des invités qu’il reçoit, dans la règle de la plus stricte confidentialité».
Le respectable Cercle, qui regroupe trente non moins respectables économistes, considère que l’atteinte portée à ces principes «constitue un préjudice de nature à demander une
sanction judiciaire de cette atteinte à sa réputation». Foin de la présomption d'innocence... Voilà pour son auto-défense. Le Cercle envoie ce démenti au Figaro, qui… refuse de le publier. «Je suis ivre de rage, confie sobrement Jean-Hervé Lorenzi au site du Point, […] nous avons fait une centaine de dîners. De Sarkozy à Chirac, tout le monde est venu. Nous n’avons pas à être mêlés à cette manoeuvre politique. Tout est faux ! C’est une pure invention
Pourtant, Désirdavenir ne dément pas et son fidèle avocat, Me Jean-Pierre Mignard, ne s'est encore pas décidé à poursuivre (encore) en diffamation. Peur d'attirer à nouveau l'attention sur l'incurie de l'amère Royal?
Le souci de Jean-Hervé Lorenzi, fondateur en 1992, est de sauver la réputation de son cercle de réflexion. Mais les propos ont parfaitement pu être tenus. L'économiste distingué peut penser que les propos sont regrettables, mais ils ont transpiré, ce qui n’a pas grand-chose à voir avec un montage, de type vrai-faux SMS, ni avec une bévue (fausse mort de personnalité). Une fuite n’est pas nécessairement inventée.

Quant au journal Libération, il est solidaire des brebis galeuses de la profession.
Il estime que « Les confidentiels non signés sont vieux comme la presse. Sans doute y en a-t-il moins aujourd’hui qu’hier. Ils permettent de publier à peu près tout ce qu’on veut, dans une impunité quasi-totale. Ils sont donc bien pratiques. Ils épargnent de la peine et cette liberté stimule l'imagination des rédactions les plus perverses. Ils permettent aussi de faire plaisir en peu de lignes aux militants et aux barons , de renvoyer des ascenseurs, de tacler sans risque de représailles.
Mais le système ne peut fonctionner que dans la complicité générale.
"Qu’un journaliste signant de son nom [comme Jean Quatremer] brise la sacro-sainte confraternité, et le système s’écroule. [Le courage et l'auto-flagellation ont pourtant des limites.] Les deux fois, la fausse nouvelle aura été imprimée sur support papier, et le démenti aura été apporté par [la presse-web,] des médias électroniques (sites ou blogs). A l’ère de l’internaute-roi, le hautain refus de rectifier apparaît comme un archaïsme indéfendable. »

La morale, professionnelle ou personnelle, ne fait pas partie du vocabulaire de Libération.
Pas même la déontologie, ni collective ni individuelle : l’un est l’autre, «Sans doute y en a-t-il moins aujourd’hui qu’hier », et alors ? Aucune volonté de grand nettoyage, puisque le Nouvel Observateur couvre Airy Routier et se refuse au coup de balai de printemps qui s’impose. La presse vitupère, vilipende et dénonce, mais se trouve bien comme elle est. Libération n’évoque la «sacro-sainte confraternité » que pour suggérer que le chevalier blanc Jean Quatremer menace la profession. Comme du secret des sources, la presse –de ‘source sûre’- s’accommode sans états d’âme « des sources bien informées » et du confidentiel qui selon Libération « va dans le sens de l’idée reçue ! (Inéluctable ?] il est donc présumé exact. Pas besoin de vérifier, de recouper, puisque, voyons, tout le monde le sait ! » Et si ce n’est pas déjà le cas, tous les moyens sont mis en œuvre pour que nul n’y croit bientôt … Plus sûrement, et plus moralement grave, le confidentiel permet donc surtout de polluer l’information et la politique, de désinformer pour nuire. Si « les confidentiels non signés sont vieux comme la presse », les professionnels propres ne courent pas les salles de rédaction.
Ces faits ont une saveur piquante au moment où la presse écrite lutte pour sa survie économique sans se soucier d’honnêteté. Elle accuse la presse web de toutes les turpitudes avec un angélisme confondant. Nous, la presse, sommes objectifs, respectueux et irréprochables ; vous autres, vous êtes des incompétents, partisans et manipulateurs. Songez donc : « la fausse nouvelle aura été imprimée sur support papier, et le démenti aura été apporté par des médias électroniques (sites ou blogs) »
La presse traditionnelle creuse parfois sa tombe avec une grosse pelle (fausse mort de Pascal Sevran, fausses photos d’Hiroshima,...) et photos retouchées (livre de Delanoë) ou truquées (époque des purges staliniennes). Mais elle le fait aussi, jour après jour, tranquillement, avec une petite cuillère.
Moralité...
Si vous ne voulez pas souiller votre lin blanc, ne fréquentez pas la presse écrite. Mais si vous en avez assez des notes de teinturiers, essayez la presse web avec LePost, Rue89, ou Bakchich qui signifie “pourboire, pot de vin”. En un mot, corruption.
Nous avons le choix ! C’est çà, la diversité de la presse…

L’affaire des « connards » du Nouvel Observateur

Sarkozy, à nouveau la cible d’une nouvelle désinformation



La malveillance devient une spécialité de la presse d’opposition

Le magazine d’information Le Nouvel Observateur, fondé par Gilles Martinet de l’A*P (déjà !), Roger Stéphane, Claude Bourdet et Hector de Galard de Combat et la collaboration de Jean-Paul Sartre, s’enfonce dans la diffamation.
Depuis 1964, quand Claude Perdriel, industriel, et Jean Daniel, journaliste, s’associent pour relancer l'hebdomadaire qui devient le Nouvel Observateur, la ligne rédactionnelle du magazine, mise au point par Jean Daniel, Maurice Clavel ou Gilles Martinet, est l’héritière d'une longue période d'« opposition » aux gouvernements français de centre-droit et conserve une nette sensibilité « de gauche ». Le Nouvel Observateur a compté des signatures honorables comme celles de Jacques Delors, Robert Badinter et Jean Lacouture.

Qu’en ont fait, les Claude Perdriel, Jean Daniel, Jacques Julliard et Denis Olivennes, depuis mars 2008 ? Celui-ci, le 25 mars 2008, écrivait pourtant ceci (extraits):
Le Nouvel Observateur est au cœur de trois défis cardinaux des années à venir.
Tout d’abord un enjeu de liberté. Je veux parler évidemment de la « libre communication des pensées et des opinions (…) l’un des droits les plus précieux de l’homme », comme dit la Déclaration de 1789. Elle n’est certes pas menacée dans notre pays par quelque moderne despotisme. […]
Un enjeu de société ensuite. La révolution Internet est une chance pour le développement de la communication. Elle multiplie, à une échelle sans précédent, l’offre d’information et l’accès à celle-ci. Mais elle remet en cause aussi les modèles économiques traditionnels de la presse, et menace peut-être jusqu’à son existence telle que nous la connaissons. Et puis, parce qu’elle place trop souvent sur le même plan le vrai et le faux, le savoir et l’opinion, l’information et la rumeur, qu’elle se développe dans les marges du droit, notamment celui qui protège la dignité de la personne humaine, elle bouleverse radicalement la société d’information dans laquelle nous vivons. Le Nouvel Observateur, là aussi, a un rôle éminent à jouer. […] Dans les années qui viennent, il va devoir, bien sûr, renforcer encore cette double présence et tisser sa toile sur la Toile. Il devra le faire en y défendant les principes de vérification, de hiérarchisation, d’interprétation des informations, et, plus généralement, de respect intransigeant des valeurs éthiques qui constituent son identité même, contribuant ainsi à civiliser l’univers pour l’instant sauvage du Net.
Enfin, un enjeu politique. La gauche moderne, qui réfute aussi bien la démagogie que le fatalisme, est à réinventer. Soucieuse à la fois de croissance économique, de justice sociale, de développement des libertés et des droits, de respect écologique et d’ambition culturelle, cette gauche-là, si elle existe ailleurs en Europe, est une idée neuve en France, où son projet est à repenser.
Le Nouvel Observateur est le creuset naturel de cette rénovation. Pas en militant, car il n’obéit à aucune discipline partisane, mais comme une forge où sont usinés les outils d’intelligibilité du monde qui nous entoure. Il entre dans sa mission […] de contribuer à cette nouvelle vision d’une société plus juste et fraternelle. [fraternelle, mais haineuse ?] […]


Mais les faits, comme les habitudes, ont la vie dure. Un journaliste pas comme les autres est indigné par les pratiques de la profession. Jean Quatremer (1957), est spécialisé dans les questions européennes au quotidien Libération et il a quelque chose à dire :
Dans le Nouvel Observateur paru jeudi dernier [22 mai], la rubrique « Téléphone Rouge », composée d’informations plus ou moins « confidentielles », s’ouvre sur la nouvelle suivante :
Titre : « Les nouveaux connards de Sarkozy.

Sentiment préalable de mise du lecteur en condition: Nicolas Sarkozy a toujours autant de mal à se faire au style présidentiel.
Accusation diffamatoire :
Putain les mecs, il fait chaud, on se fout sur la terrasse !”, a-t-il lancé, lundi 5 mai, à quelques journalistes spécialistes des questions européennes qu’il avait invité pour une rencontre informelle à l’Elysée. L’entretien s’est déroulé dans la bonne humeur jusqu’à ce qu’un des reporters s’avise d’interroger Sarkozy sur sa pusillanimité à propos des droits de l’homme en Tunisie. Réponse du président : « Rien à foutre, de toute manière, ce ne sont que des connards qui posent des questions à la con… ” ».
Jean Quatremer témoigne :
Spectaculaire, mais totalement faux. Je le sais, comme mes confrères en poste à Bruxelles le savent, puisque j’étais présent. Et je peux vous affirmer que jamais le Président n’a tenu de tels propos. En le disant, je brise le « off » dont nous étions convenu avec l’Élysée. Mais comment rester muet devant un tel mensonge qui nuit à toute la profession : d’une part parce que celui qui a parlé (ou qui a parlé à quelqu’un qui a parlé) a violé le « off », mais surtout parce qu’il a raconté n’importe quoi. C’est exactement de la même eau que le soi-disant SMS envoyé par Nicolas Sarkozy à son ex-femme (« si tu reviens, j’annule tout »).
Cette rencontre avec le chef de l’État, qui a duré deux heures (au lieu d’une heure prévue),

s’est effectivement déroulée dans une ambiance détendue. L’Élysée avait invité une quinzaine de journalistes français spécialiste des questions européennes (presse écrite, télévision, radio, agences) ainsi qu’un confrère italien de l’Agence Europe afin de faire le point avant le début de la présidence française de l’Union. Mais personne du Nouvel Observateur n'était présent, l’hebdomadaire n’ayant pas de correspondant à Bruxelles. Le Président n’a pas été langue de bois, comme je l’ai raconté ICI et il n’a jamais été méprisant à l’égard des journalistes. Il a juste dit du mal des journalistes politiques qui lui posent "toujours les mêmes questions quelque soit l’endroit où il se trouve dans le monde". Il nous a même complimentés, ce que nous avons pris avec des pincettes : « vous, vous connaissez votre sujet et il vous passionne. Vous posez des questions de fond ».
La réunion devait se dérouler dans un salon (photo ci-dessus): trois fauteuils (l’une pour lui, les autres pour son conseiller diplomatique et son conseiller pour les affaires européennes) faisant face à une vingtaine de fauteuils. Mais il faisait beau. Le Président s’est amusé : « je ne suis pas contre la distance présidentielle, mais là, quand même, c’est trop. Cette maladie de faire des trucs tristes. Ca manque de convivialité. Et si on se mettait dehors, êtes-vous d’accord ? » Aussitôt dit, aussitôt fait. Mais nul « putain les mecs » ou alors mes confrères et moi-même sommes devenus brutalement sourds. Une fois dehors, un huissier lui apporte ses Ray Ban. Il voit notre regard: "je sais, ça fait bling bling", s'amuse-t-il.
Sur la Tunisie, Sarkozy a défendu sa position avec passion, expliquant que Ben Ali n’était sans doute pas le plus grand des démocrates, mais que grâce à lui le pays n’avait pas versé dans l’islamisme radical, que les femmes n’étaient pas voilées et faisaient des études. « Il faut comparer avec ce qui se passe dans la région ». Un long plaidoyer passionné qu’il a conclu par un ironique : « je ne m’énerve pas, j’explique », reprise de la « une » de Libé au lendemain de sa dernière intervention télévisée.
Ce qui m’a le plus frappé, c’est le fait que, contrairement à Jacques Chirac, Sarkozy a toujours mis en avant l’intérêt européen et a évité de parler de l’intérêt de la France. Une véritable rupture, de ce point de vue. À plusieurs reprises, il a trouvé des accents mitterrandiens. Par exemple, sur le paquet « lutte contre le changement climatique » : « il faut prendre ce paquet tel qu’il est, même s’il ne fait pas les affaires de la France. Si on commence à entrer dans une négociation point par point, c’est fini ». Et il n’a pas conclu par : « putain, vous avez compris les connards » ?
Je sais, c’est décevant et ça ne sera pas dans le Nouvel Obs.
(photos: JQ, preuve que j'y étais, moi ;-)) LIEN