Mais ce n’est donc rien d’exceptionnel, puisque le Nouvel Observateur persiste et signe. Et pourquoi s’en priver, puisque la presse peut désinformer sans conséquences, sans poursuites judiciaires, sans honte. Lorsque le sens de l’honneur avait encore une signification, on se suicidait au petit matin glauque.
Selon cet hebdomadaire de la gauche caviar, mais aussi sociale que morale
Nicolas Sarkozy, début mai, a dit à un groupe de quelques journalistes (peu de témoins, c’est important !) spécialistes de l’Europe (ce qui n’est pas garanti, quand on connaît soi-même le sujet…), invités à l’Elysée : «Putain les mecs, il fait chaud; on se fout sur la terrasse.» Si, si ! Quiconque lit encore le canard peut donc s’indigner à la page «Téléphone rouge» du Nouvel Obs. Il paraît même que Sarkozy a ajouté, à propos des questions sur les droits de l’homme en Tunisie: «Rien à foutre, de toutes manières ce sont que des connards qui posent des questions à la con.» Après cela, tous ceux qui croit que tout ce qui est écrit est vrai doivent logiquement se faire une vilaine opinion du président. C'est bien le but de la manoeuvre.Or, Jean Quatremer, présent lors de cette fameuse rencontre, dément: c'est FAUX! Le spécialiste Europe de Libération témoigne, d’abord sur son blog, puis dans le journal. Si Nicolas Sarkozy a en effet entraîné le petit groupe à l’extérieur, c’est en ces termes : «Je ne suis pas contre la distance présidentielle, mais là, quand même, c’est trop. Cette maladie de faire des trucs tristes. ça manque de convivialité. Et si on se mettait dehors, êtes-vous d’accord ?» Et, à propos de la Tunisie, aucun «putain, vous avez compris les connards ?» Sans doute échaudé par l’affaire du SMS, le Nouvel Observateur a aussitôt promis de rectifier...
Les bassesses politiciennes et les retours de bâtons
Quelques jours plus tard, Le Figaro du 17 mai publie une information cataloguée ‘confidentiel’. Cette fois, il est question d’un repas orageux de Sa Cynique Majesté Royal en compagnie des membres du Cercle des économistes. «Effarés par les assertions de l’ex-candidate à la présidentielle et par ses perpétuelles comparaisons des enjeux économiques mondiaux avec ceux de la région Poitou-Charentes, les experts, de droite comme de gauche, ont voulu la pousser dans ses retranchements. A court d’arguments, Ségolène Royal a menacé de quitter la table, arguant qu’elle n’était pas venue "repasser le bac".» L’élève présidente et recalée quand 85% des candidats l'obtiennent, est incorrigiblement nulle. Ses discours devant micros et caméras attestent de l’authenticité de ses bourdes et de son inculture, qui ont fait sa renommée et sa proximité avec les quartiers : rien de commun avec un ‘confidentiel' !
Le respectable Cercle, qui regroupe trente non moins respectables économistes, considère que l’atteinte portée à ces principes «constitue un préjudice de nature à demander une sanction judiciaire de cette atteinte à sa réputation». Foin de la présomption d'innocence... Voilà pour son auto-défense. Le Cercle envoie ce démenti au Figaro, qui… refuse de le publier. «Je suis ivre de rage, confie sobrement Jean-Hervé Lorenzi au site du Point, […] nous avons fait une centaine de dîners. De Sarkozy à Chirac, tout le monde est venu. Nous n’avons pas à être mêlés à cette manoeuvre politique. Tout est faux ! C’est une pure invention !» Pourtant, Désirdavenir ne dément pas et son fidèle avocat, Me Jean-Pierre Mignard, ne s'est encore pas décidé à poursuivre (encore) en diffamation. Peur d'attirer à nouveau l'attention sur l'incurie de l'amère Royal?
Le souci de Jean-Hervé Lorenzi, fondateur en 1992, est de sauver la réputation de son cercle de réflexion. Mais les propos ont parfaitement pu être tenus. L'économiste distingué peut penser que les propos sont regrettables, mais ils ont transpiré, ce qui n’a pas grand-chose à voir avec un montage, de type vrai-faux SMS, ni avec une bévue (fausse mort de personnalité). Une fuite n’est pas nécessairement inventée.
Quant au journal Libération, il est solidaire des brebis galeuses de la profession.
La morale, professionnelle ou personnelle, ne fait pas partie du vocabulaire de Libération.
La presse traditionnelle creuse parfois sa tombe avec une grosse pelle (fausse mort de Pascal Sevran, fausses photos d’Hiroshima,...) et photos retouchées (livre de Delanoë) ou truquées (époque des purges staliniennes). Mais elle le fait aussi, jour après jour, tranquillement, avec une petite cuillère.
Nous avons le choix ! C’est çà, la diversité de la presse…


