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mercredi 20 janvier 2016

La Cour des Comptes va encore tancer Hollande sur les dépenses publiques, en pure perte...

Didier Migaud (PS) tance et Hollande danse sur les euros de l'impôt

La Cour des Comptes refuse que la lutte contre le terrorisme serve de prétexte à un ajournement des réformes de fond de la dépense publique

Sous tous les prétextes, la France continue de s'enfoncer dans la dette publique. Lors de l'audience solennelle de rentrée de la Cour des comptes, le 12 janvier, son premier président, Didier Migaud, a engagé le pouvoir à une maîtrise  plus rigoureuse des déficits.
Il estime que la nécessaire lutte contre le terrorisme ne doit pas servir de prétexte à un dérapage de toutes les dépenses.

Hollande tire sur toutes les ficelles,
dont l'état d'urgence (qu'il risque fort de proroger), ne contribue en rien à protéger les contribuables des dérapages du gouvernement en matière de dépenses publiques. En l'associant à ses séances de déploration publique des attentats islamistes, le "protecteur des Français" (sic) a en effet réussi à anesthésier l'Union européenne qui n'a plus osé jusqu'ici réclamer la rigueur.  

Migaud se fera encore plus insistant

Le rapport public annuel de la Cour des Comptes devrait souligner que la sécurité ne peut être rendue responsable (budgets de la Défense, de l'Intérieur et de la Justice) de l'ampleur totale du dérapage des comptes de l'Etat : elle ne représente "que" 65 milliards d'euros (environ), à mettre en balance avec un total de la dépense publique de 1.200 milliards. Et que les crédits supplémentaires en ce domaine, décidés en 2015, sont inférieurs à 2 milliards. 

Comme dans les années 1999- 2001 déjà, la juridiction financière administrative redoute que la gauche au pouvoir ne profite pas de la meilleure croissance espérée en 2016, selon l'INSEE (l'une des directions générales du... ministère de l'Économie, des Finances !) qui assurait faiblement en décembre dernier que la croissance française "ferait preuve de résistance", malgré les attentats de Paris, lesquels pourraient coûter deux milliards d'euros à l'économie tricolore.

La Cour des Compte presse donc le gouvernement Valls de procéder à des réformes de fond de la dépense.
Ajoutons que Didier Migaud n'apprécie guère l'injure que le gouvernement vient de faire au membres du Conseil: quand l'Etat demandera aux Sages chargés du contrôle des comptes publics d'évaluer une politique publique,
Bercy fera désormais une saisine conjointe du Conseil économique, social et environnemental, CESE, dont les membres sont désignés par le pouvoir parmi la représentation socio-professionnelle 
(Gérard Aschiéri, Isabelle Autissier, navigatrice et WWF, Jean-Luc Bennhamias, Françoise Rudetzki, Michel Thomiche pour la presse (SNJ, ci-contre), le président de la MGEN ou le réalisateur Régis Wargnier, pour le cinéma). Il en outre est présidé -depuis décembre 2015- par Patrick Bernasconi, gros chef d'entreprises et syndicaliste breton.



 

mardi 8 avril 2014

Déficits publics: cacophonie de Sapin et Montebourg auprès des Allemands à Berlin

Premier couac entre Sapin et Montebourg sur les déficits publics
Les ministres de Valls sont venus à deux et en ordre dispersé 
pour tenter de démontrer le sérieux économique de la France.
 
Ministre allemand hermétique
à la sémantique socialiste française
Lundi, le nouvelle paire de Bercy, le ministre des Finances, Michel Sapin, et le ministre de l'Économie, Arnaud Montebourg, ont rencontré leurs homologues allemands, Wolfgang Schäuble et Sigmar Gabriel dans la capitale, mais sans se croiser de la journée. Ils n'ont même pas pris les mêmes avions de ligne. La faute aux agendas des ministres allemands, accuse Michel Sapin, qui ne semblait cependant pas mécontent de laisser Arnaud Montebourg à l'écart.

À midi, tandis que le premier s'attardait au ministère des Finances, le second déjeunait à l'ambassade de France, à quelques centaines de mètres. "Nous pouvons avoir des personnalités différentes, des manières de s'exprimer différentes et travailler dans une seule direction, au service d'une seule politique", a assuré Michel Sapin. Les deux rivaux avaient même mis en scène leur arrivée conjointe lors du premier Conseil des ministres du gouvernement Valls.
Or, les "conjoints" ont effectué leurs voyages simultanés en solos 
Un voyage le même jour pour la même destination, mais réalisé dans deux avions différents, avec un souci évident d'économie et de sauvegarde de la planète.

Sapin entendait bien faire comprendre que le ministre des Finances était porteur du message principal au gouvernement allemand. Il refusa d'ailleurs de commenter la visite parallèle d'Arnaud Montebourg: "c'est avec Sigmar Gabriel qu'il va discuter". À la veille du discours de politique générale du premier ministre, Manuel Valls, Michel Sapin a présenté à son homologue le pacte de responsabilité en avant-première. Sans rien dévoiler ensuite à la presse, il a plaidé pour un équilibre entre "respect des engagements budgétaires" et "retour de la croissance".

Langue et têtes de bois

Dans l'incapacité d'atteindre les 3% de déficit prévus en 2015,
 la France quémande l'assentiment de Berlin sur une révision du "rythme" de réduction de la dette publique de la France. "Je sais à quel point il faut aller chercher chez l'autre la confiance", a expliqué Michel Sapin dans un parallèle avec la coopération entre la France et l'Allemagne en 1992, quand les deux pays faisaient face à des difficultés économiques.

L'Allemagne accueille avec scepticisme les annonces françaisesLa France "est consciente de ses responsabilités", avait ironiquement déclaré Wolfgang Schäublela semaine dernière . Si un nouveau délai est accordé à Paris, Berlin craint d'envoyer un mauvais signal aux autres économies en crise en Europe. 

Lundi, le ton avait changé. "La France est sur un très bon chemin", a assuré le ministre des Finances allemand, tout en se disant diplomatiquement "convaincu" par les explications françaises. "On ne se donne pas des notes l'un l'autre", a-t-il commenté. Du côté de Michel Sapin, on s'est officiellement félicité, après la rencontre, d'un climat de "compréhension" qui pourrait, s'il se concrétise, faciliter les discussions avec la Commission européenne. "Est-ce que cela se fera sans difficultés? Elles font partie du chemin", a raconté le ministre des Finances, qui rencontrera à la fin de la semaine les représentants de la Commission.
Arnaud Montebourg ne compte pas laisser le monopole du débat à Michel Sapin. 
"La question des comptes publics est accessoire par rapport à la croissance", a-t-il en revanche estimé à i-télé depuis Berlin, quitte à brouiller le message global. En parallèle à la visite du ministre des Finances, qui avait été prévue seule dans un tout premier temps, le ministre de l'Économie a paradé pour marquer son existence: avant de s'entretenir avec Sigmar Gabriel, il a rencontré des chefs d'entreprise, puis des économistes, dont Peter Bofinger, économiste auprès du "conseil des sages" qui épaule le gouvernement allemand.
Montebourg a survolé un champ large de questions: politique industrielle, politique européenne, politique énergétique… Il a notamment plaidé pour une approche "économique et non sociétale" des questions énergétiques. Il a aussi répété sa résolution à une réorientation européenne: "Notre objectif est que l'Europe change et bouge." Montebourg veut être partout, sûr de porter le message de la gauche française.

Les deux ministres de Bercy 
tiennent des propos discordants

Moins d'une semaine après avoir été nommés à la tête de Bercy, Michel Sapin et Arnaud Montebourg tiennent déjà
des propos aux tonalités bien différentes sur les déficits publics.
Ils ne devaient parler que d'une seule voix. "Nous sommes deux jambes pour faire avancer le même corps", disait Arnaud Montebourg au sujet de la direction bicéphale de Bercy, confiée à un ancien ministre du Redressement productif incapable d'empêcher les fermetures d'usines et à Michel Sapin, ancien ministre du Travail 
impuissant à faire reculer le chômage mais devenu ministre des Finances et des comptes publics. 

Un premier signe d'incompatibilité d'humeurs du couple ?  

"Pas du tout, tout va bien entre les deux", nie au Scan l'entourage du ministre de l'Economie et du Redressement productif. "Rien d'autre que l'envie pour d'aucuns de repérer un signe de dysfonctionnement", polémique-t-ils.

Les comptes publics tenus par Sapin ? "Accessoires", selon Arnaud Montebourg 
La dysfonctionnement vient pourtant bel et bien de Bercy. Interrogé depuis l'Allemagne par i-Télé, 
Montebourg a néanmoins estimé que les déficits publics peuvent détruire des emplois: "La question des comptes publics est accessoire par rapport à la croissance. La croissance, c'est elle qui créé les emplois. Les comptes publics, ça ne crée aucun emploi, ça peut même en détruire. C'est le message que j'adresse à mes amis allemands."

Problème. Quelques heures auparavant, Sapin vantait les efforts de la France pour tenir ses engagements sur la question des déficits. Le nouveau ministre des Finances est venu vendre les réformes "difficiles" que doit exposer mardi le premier ministre devant l'Assemblée nationale.

S'imaginant en "Schäuble français", le Sapin de nos forêts a garanti la "poursuite de la remise en ordre des finances publiques", soulignant que la France a déjà fait "des efforts considérables", si improductifs soient-ils, et va les "amplifier", mais pas à n'importe quel prix. 


Deux délais n'y ont pas encore suffi
La France s'est engagée à ramener son déficit public sous la barre de 3% du PIB l'an prochain. Un défi auquel plus personne ne croit, le déficit public français ayant atteint 4,3% en 2013. Mais ce "nouveau" gouvernement continue sur sa lancée des mensonges: en reprenant les mêmes, Hollande  espérait-il qu'ils fassent leur auto-critique ?


mardi 11 février 2014

Cour des comptes: dépenses publiques et endettement des Français dans le rouge

Le rapport public annuel dénonce des gaspillages

Didier Migaud a publié
son rapport public annuel 2014 ce mardi 11 février
Le premier président de la Cour des comptes doit en effet désigner les incohérences et abus dans les politiques publiques et donner son avis sur les perspectives de finances publiques pour 2014.

La Cour des comptes prévoit un dérapage du déficit public en 2013 et 2014
Compte tenu de la baisse de la croissance, du fait du manque de compétitivité des entreprises surtaxées, et de la surestimation des rentrées fiscales, les Sages de la rue Cambon ne croient pas que la France tiendra ses engagements de réduction des déficits. Entre 3 et 6 milliards d'euros pourraient manquer cette année à la France. Ce dérapage de Pierre Moscovici est d'autant plus inquiétant que, dans sa loi de programmation des finances publiques de décembre 2012, le gouvernement anticipait un déficit de 3% du PIB pour l'an dernier.

Des fautes

Pour tenir ses engagements, le gouvernement avait promis une économie de 15 milliards
par rapport à la hausse tendancielle des dépenses. Mais "une part des économies (pour 2014) n'est pas encore documentée à ce stade et certaines apparaissent surestimées", estime même Didier Migaud. Car elles proviennent d'effets de comparaison par rapport à une définition de l'évolution naturelle "parfois discutable". Le "ralentissement des dépenses est loin d'être acquis et pourrait appeler des mesures allant au-delà de la régulation habituelle des crédits (gel et annulation), d'autant qu'il n'existe aucune marge de manœuvre pour faire face à des dépenses imprévues", conclut la Cour. 
Quant à la dette, elle "dépassera 2000 milliards en fin d'année", soit 95,1% du PIB (ou plus de 30.000 euros par Français), ce qui constitue une "zone dangereuse".

Mais l
es personnels de la SNCF et leurs familles bénéficient d'un système organisé d'avantages de circulation. 

Et La facture des billets gratuits de la SNCF est trop salée: dérive du nombre de bénéficiaires (840.000 personnespour un coût annuel de 140 millions d'euros en 2010, alors que l'entreprise publique évalue ce coût à 9,7 millions d'euros en 2011. La Cour dénonce une "sous-estimation manifeste"... De plus, ces avantages en nature ne sont pas déclarés à l'administration fiscale, donc exemptés d'impôt sur le revenu. Problème : quatre ans plus tard, la rationalisation n'est pas amorcée.

Le financement des études commandées avec l’étranger devrait être rigoureusement s
urveillé
La Cour des Comptes note également que la France se fait parfois avoir en matière d’études menées avec l’étranger. En 2005, par exemple, l’Hexagone et l’Angleterre ont travaillé sur un rapport concernant la construction d’un porte-avion. Problème, c’est surtout le contribuable français qui a payé la note. Une information d’autant plus étonnante que le rapport a finalement été abandonné au bout de trois ans.

La gestion du dossier Manurhin. 

Dans son rapport, la Cour des comptes pointe également le fait que la gestion de la prise de participation de l'Etat dans l'entreprise d'armement spécialisée dans les machines de cartoucherie a été "mal conduite". Les vérifications professionnelles d'usage qui auraient dû être effectuée avant les investissements publics de la région Alsace avec son bras armé Sodiv, de l'Etat via le groupe Nexter et la Sofired, société de revitalisation des territoires, et Giat Industrie, ont été "effectuées dans l'urgence", selon le rapport. Si bien que malgré l'investissement public, c'est l'entreprise privée slovaque Delta Defence, pourtant minoritaire au capital, qui a pris le pouvoir de l'entreprise. Un embrouillamini qui pousse la Cour à relever que l'Etat s'était engagé dans "des conditions ambiguës et contestables".

Des négligences

La Cour reproche ainsi à Stéphane Le Foll, ministre de l'Agriculture, d'effectuer des contrôles insuffisants en matière de sécurité sanitaire de l'alimentation.
Non seulement les contrôles du ministère de l'Agriculture "sont peu nombreux et les non-conformités rarement sanctionnées", aussi bien dans le domaine des végétaux - contrôles insuffisants sur les intrants et les produits contaminants - que dans celui des productions animales, y compris dans les abattoirs. 

Le ministre de l'Outre-mer, le millionnaire Victorin Lurel est quant à lui jugé trop indolent dans sa politique touristique.

La santé des  détenus des prisons de Taubira peut encore être améliorée.

Le réseau du Centre national de documentation pédagogique (CNDP) de l'Education nationale est jugé "obsolète" et "désordonné". La Cour estime que sa production éditoriale, régie par 31 comités éditoriaux, est peu connue des enseignants, peu attractive, "mal adaptée" à leurs besoins, et souvent surdimensionnée dans sa distribution. Par ailleurs, à la fin 2012, seulement 12% de ces productions étaient de nature numérique. Le CNDP publie les très controversés dossiers de l' "ABCD de l'égalité", sous-produit de la "théorie du genre" mis en oeuvre dans 10 académies.
La gestion de la caisse interprofessionnelle de prévoyance et d'assurance vieillesse des professions libérales (CIPAV) dont le service aux assurés est en outre qualifié de "déplorable".

Consacrant une de leurs analyses aux partenariats publics-privés, les magistrats estiment en outre que le plan Hôpital 2007 a fait l'objet d'une "procédure mal maîtrisée".

Comme elle le fait depuis quelques années, la Cour des comptes effectue un suivi de ses rapports, remarques et recommandations  précédentes.

Dans ce cadre, elle "constate des progrès" dans la gestion des amendes de circulation et de stationnement, ainsi que dans le régime additionnel de retraite des enseignants du privé sous contrat, créé en en 2005.

A l'inverse, la Cour épingle à nouveau la SNCF 
L'entreprise publique est pointée en 2014, comme chaque année. Après avoir dénoncé en 2010 les rémunérations et le temps de travail des cheminots, en 2013 les excès de com' de l'entreprisela Cour dénonce le système de billets gratuits ou quasi-gratuits accordés aux salariés de la SNCF et à leurs proches.

Elle "alerte" aussi sur la gestion de Réseau ferré de France (RFF). La Sovafim, , dont elle avait recommandé la fermeture en février 2011, est chargée d'accélérer les cessions de biens immobiliers

La Cour recommande également de "supprimer"
l'établissement public de la Chancellerie des Universités. Disposant de 60 agents et d'un budget annuel de fonctionnement de 14 millions d'euros, la Chancellerie de Paris a pour principale mission la gestion du patrimoine provenant de l'ancienne université de Paris et notamment un parc immobilier de 15.544 m2 à Paris, dont les deux tiers sont destinés à l'habitation. La Chancellerie pratique des loyers à des niveaux inférieurs à ceux du marché, notamment auprès d'une dizaine de locataires ayant un lien avec les ministères chargés de l'éducation nationale ou de l'enseignement supérieur.

Entre ces deux extrêmes, la Cour estime que la gestion des déchets ménagers a fait "des progrès inégaux au regard des enjeux environnementaux", que la réforme de l'adoption internationale en France est "à poursuivre" ou encore qu'il faut mieux cibler les priorités dans l'indemnisation des victimes de l'amiante.

Concernant le redressement des comptes publics, le premier président Didier Migaud ne devrait pas beaucoup varier de ce qu'il a déjà affirmé le 9 janvier lors de l'audience solennelle de rentrée de la juridiction financière. Dans l'attente de connaître, la Cour insiste pour que le gouvernement  contienne le déficit public à moins de 4,1% du produit intérieur brut, mais elle ne dispose encore que d'éléments partiels pour porter un jugement. Le chiffre définitif sera publié fin mars par l'INSEE.

Vigilante sur les économies dans la dépense publique, comme moyen essentiel de redresser les comptes publics, D. Migaud avait observé en janvier que, pour réduire le déficit, le gouvernement souffre du manque de confiance qu'il inspire au monde économique. Le premier président avait ajouté que l'effort doit "porter en absolue priorité sur les régimes de sécurité sociale".

Publié pour la première fois en 1832, ce rapport est la marque de fabrique de l'Institution et a longtemps été sa seule publication annuelle. La Cour a depuis changé ses habitudes et, en 2013, a publié en tout 40 rapports et 29 référés.

Cette année, les magistrats s'intéressent, outre à la situation macroéconomique du pays l'année dernière, cette année et jusqu'en 2017, à la manière dont sont menées une dizaine de politiques publiques.