Le Parti populaire a toutefois perdu sa majorité absolue
Pour gouverner ces quatre prochaines années, le parti de Rajoy devra s'allier à d'autres.
Le Parti populaire (PP, conservateurs) du Président du gouvernement espagnol Mariano Rajoy (ci-contre) a remporté les élections législatives de dimanche 20 décembre, obtenant 28,7% des suffrages, selon les résultats définitifs communiqués lundi matin par le ministère de l'Intérieur.
Le PP obtient ainsi 123 des 350 sièges du Congrès des députés (la chambre basse des Cortes Generales, le Parlement espagnol), contre les socialistes (PSOE), qui ne font élire que 90 députés avec 22% des suffrages, soit le pire résultat de son histoire, 69 pour le parti anti-austérité Podemos et ses partenaires (20%), qui effectuent une percée, et 40 pour les centristes de Ciudadanos. La majorité absolue se situe à 176 sièges: pour gouverner ces quatre prochaines années, le PP devra donc s'allier avec d'autres partis.
RFI penche clairement du côté de l'extrême gauche pourtant arrivée 3e.
"Ce dimanche 20 décembre, les Espagnols ont infligé un sévère avertissement aux formations traditionnelles du pays. Si le Parti populaire (droite) arrive en tête des législatives avec 123 sièges, il se situe loin de sa majorité absolue précédente. De leur côté, les socialistes, deuxièmes, avec 91 sièges sont talonnés par Podemos, qui gagne 69 sièges. Même avec le soutien des 40 députés de la nouvelle formation libérale Ciudadanos, le conservateur Mariano Rajoy aura du mal à former un gouvernement." 163 votes ne suffiraient pas à la droite et au centre. A gauche, une alliance PSOE-Podemos n’obtiendrait que 159 sièges.
Pour le visionnaire Slate, en revanche, "la stratégie hégémonique de Podemos -
RFI choisit le leader du parti Podemos,
Pablo Iglesias, pourtant arrivé 3e
"un parti dont la stratégie, trop politique, "hors sol", selon Fabien Escalona, est en panne de fraîcheur" - semble avoir marqué le pas. Même si son score sera sans doute important, prévoyait-il, son discours a perdu en originalité et s’est coupé des mobilisations concrètes auxquelles il offrait un débouché." Ainsi, la lecture de la presse est-elle riche d'enseignements sur les préférences politiques personnellesde ses experts et décrypteurs mais, pour ce qui est de l'information, il est préférable d'arriver après coup, avec la police...
Plusieurs majorités possibles
Mariano Rajoy a confirmé qu'il va tenter de former un gouvernement
et qu'il faudra poursuivre les réformes économiques. Il n'a pas caché que les jours à venir seront difficiles et que des alliances devront être scellées.
La Constitution espagnole ne prévoit pas de délai précis pour la formation d'un gouvernement après des élections, mais le Parti populaire dispose de deux mois et plusieurs configurations sont possibles: un accord de centre droit entre le PP et Ciudadanos, un gouvernement PP minoritaire, mais aussi une alliance de centre gauche entre le PSOE et Podemos ou de nouvelles élections. La possibilité d'une grande coalition entre le PP et les socialistes a en revanche été vigoureusement exclue par les deux partis lors de la campagne électorale.
Les négociations pourraient prendre de longues semaines. Les petits partis régionaux de Catalogne, du Pays basque et des Iles Canaries pourraient donc jouer un rôle important dans les rudes négociations qui s’ouvrent dès lundi.
Le bipartisme mis en cause
Le parti socialiste espagnol, grand perdant. Le site révolutionnaire français Mediapart titre sur son coude-à-coude avec l'extrême gauche:"L’Espagne sans majorité, Podemos à deux doigts de battre les socialistes"...
Le coup d'éclat de Podemos oriente en effet l'équilibre des forces vers la gaucheà la chambre basse. "Le PP sera le premier à essayer de former une coalition, mais le bloc de gauche a plus de chances, parce qu'il additionne plus de sièges", a déclaré Ignacio Jurado, professeur de Sciences politiques à l'Université de York. Savoir néanmoins si ce "bloc" est consistant...
"La nouvelle formation politique issue des Indignados [les Indignés] fait une entrée fracassante au parlement avec 69 députés.De quoi bousculer le traditionnel bipartisme espagnol," écrit le magazine Marianne, proche de François Bayrou (MoDem). Comme pour le chef de file Podemos (parti né en 2014), Pablo Iglesias (37 ans, communiste, anti-libéral et anti-mondialisation), pour qui le résultat de dimanche montrerait que le système politique bipartisan, en vigueur depuis la fin de la dictature franquiste il y a quarante ans, aurait vécu.
"Aujourd'hui est un jour historique pour l'Espagne (...). Nous entamons une nouvelle ère politique dans notre pays", s'est-il réjoui devant ses partisans: "L'Espagne ne sera plus jamais la même".
"Le mouvement anti-austérité de Pablo Iglesias [poing levé] a dépassé la barre des 20 % dimanche, en particulier grâce à un très bon score en Catalogne. Cela n’a pas suffi à devancer les socialistes du PSOE. Arrivé en tête, le PP de Mariano Rajoy [60 ans] aura toutes les peines du monde à trouver une majorité et rester au pouvoir. L’Espagne entre dans une période d’incertitude politique", se réjouit Mediapart.
"Une nouvelle Espagne est née qui met fin au système de l'alternance" entre le PP et le PSOE [de Pedro Sanchez, 43 ans et un physique de star de telenovela, ci-contre], a salué Pablo Iglesias. En Espagne comme en France, on croirait entendre Marine Le Pen; savoir donc quelles voix se sont portées sur Podemos... Le leader de Podemos exige d’ores et déjà une réforme constitutionnelle pour garantir les droits au logement, à la santé et à l'éducation.
Mais ce que les électeurs ont semblé ignorer, c'est que les cadres de Podemos, formés au Venezuela par Hugo Chavez, se disputent avec les têtes d'affiches sur le programme politique jugé trop consensuel, voire populiste. Quand l’idéologue Juan-Carlos Monedero a claqué la porte, le parti a commencé à connaître ses premiers scandales. Pour l’opinion publique, Podemos se transforme en parti politique classique, plutôt marqué à l’extrême gauche. Une perception renforcée par l’arrivée simultanée des cousins de Syriza au pouvoir à Athènes (Pablo Iglesias et Alexis Tsipras ne boudent jamais une opération de com’ ensemble). De leader dans les sondages en début d’année, Podemos est ainsi passé troisième dans les intentions de vote.
Sanchez (PSOE), Iglesias (Podemos),
Rivera (Ciudadanos)
et Soraya Sáenz de Santamaría (PP)
L'autre parti citoyen émergeant qui a décidé d’incarner la Troisième voie, cette fois au centre-droit, est Ciudadanos qui a fait campagne sur le réformisme plutôt que la révolution promise par Podemos. Né en 2006 à Barcelone avec Ciutadans pour contrer l’indépendantisme catalan, Ciudadanos est mené par un autre jeune homme, Albert Rivera, avocat de 36 ans aux allures de gendre idéal. "Il participe, lui aussi, au renouvellement d’une classe politique jugée corrompue et responsable du chômage, tout en rassurant ceux qui voient déjà comme un bon pas les résultats de Mariano Rajoy en matière de politique macro-économique", analyse l’historien Christophe Barret, sur le site Atlantico. Là où Podemos a su s’insérer dans l’espace historique du PSOE, Ciudadanos capte la frange la plus modérée de l’électorat du PP.
Tout est-il perdu quand le pouvoir passe en mode compassionnel ?
De la politique de l'émotion à l’épidémie de "compassionnite"
Hollande, directeur d'acteurs, met en scène (Seyne, 24 mars 2015)
Nicolas Beytout, directeur de la rédaction de L'Opinion, propose un néologisme qui rend compte de la régression d'une gauche de "progrès" qui s'abandonne aux artifices de la communication populiste à mesure que ses "performances" sèment partout le désarroi. "Compassionnite: inflammation de la compassion; dérive fréquemment observée dans l’univers politique où, sous l’effet d’une fièvre liée à l’accélération et à l’universalité de l’information,
Valls passe par tous les états: il verse ici une larme lors des attentats de Paris
les élus accumulent les démonstrations compassionnelles face à un événement tragique". Voilà, telle qu’elle pourrait figurer dans une prochaine édition d’un dictionnaire, la définition de cette étrange maladie qui semble emporter de plus en plus de politiques.
C’est bien sûr quelque chose de difficile à dire, tant l’émotion suscitée par le crash de l’Airbus A320 est grande. Face à un sentiment si fort, tout recul, toute réserve peut paraître indigne. Et bien sûr politicienne.
Pourtant, la question est légitime : nos hommes et femmes politiques n’en font-ils pas trop ?
Cazeneuve prend la pose à Seyne (04)
Voir les dirigeants de trois pays se précipiter derrière les micros, se déplacer en une marche funèbre et ostentatoire au pied d’une montagne de mort était-il utile à l’évolution de l’enquête, à la mobilisation des équipes de secours, à l’apaisement du chagrin des familles, au "travail de deuil" (comme on dit désormais) de ces pays ? On peut en douter. Autre manière de poser la question : ces manifestations compassionnelles et télévisées de nos dirigeants sont-elles plus utiles aux peuples qu’ils gouvernent ou à leur propre image personnelle ?
Certes, les médias ont une responsabilité dans la propagation de cette épidémie. Le tout info, la tension permanente qu’installe le 24/24, leur délocalisation pour assurer des directs sur les lieux mêmes d’une catastrophe, créent
Epidémie ou pandémie ?
une surenchère à laquelle les politiques se laissent prendre. Mais, de recueillement sur les lieux d’un drame en "marche blanche" pour protester contre l’innommable, la compassionnite transforme la mission des politiques : oubliant toute réserve et pudeur, ils font désormais systématiquement passer la gestion des émotions devant l’exigence d’action, souligne Nicolas Beytout.
En se rendant aux urnes - et dans l'intimité de l'isoloir - les électeurs sacrifieront à la "compassionnite" ambiante: pour délivrer la France de la grande souffrance dans laquelle Hollande et Valls l'ont plongée,dimanche,les Français accompagneront le PS dans son "travail de deuil" du pouvoir.
Les chaînes d'info en continu ont pourtant été mises en garde
Au festin de la tragédie, les loups de la presse et de la politique se pourlèchent les babines
Nul besoin des loups pour ajouter de l'horreur à la catastrophe aérienne qui a vu un Airbus A320 s'écraser dans les Alpes-de-Haute-Provence avec 147 personnes à son bord. Pourtant, l'AFP, suivie par S.V. pour BFM-TV ainsi que Léo Klimm et Aurélie Abadie pour Les Echos, reprend une information du quotidien belge La Dernière Heure, alertaient, mercredi, sur un risque de loups qui "pourraient être attirés par l'odeur des corps des 150 victimes". Une information qui pourrait être prise au sérieux à l'heure où Valls dit sa "peur" de Marine Le Pen, prédatrice plus redoutable que ses alliés communistes, et où Hollande veut "arracher" les électeurs aux griffes du FN... Tandis que personne ne vient en défense des loups du FN, les experts de la faune sauvage nient en bloc comme abjecte la menace animale sur les victimes de la Lufthansa dans les Alpes.
"Le site du crash, qui a coûté la vie à 150 personnes, est cependant gardé par de nombreux gendarmes même la nuit. Car, d’après les gendarmes eux-mêmes, la montagne héberge aussi de nombreux loups. Des animaux qui pourraient être attirés par les cadavres des victimes," écrit le journal belge.
Le Monde conteste
L'écologiste Audrey Garric dénonce un canular. Pour cela, elle appelle à la rescousse un expert de l'Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS) qui déclare: "La région de l'accident, située entre Digne-les-Bains et Barcelonnette, s'avère bien une zone de présence permanente du loup, revenu naturellement dans les Alpes françaises en 1992. " Depuis 2006, il y a effectivement une meute sur le secteur dit des Trois-Evêchés-Bachelard. Sa taille est variable selon les hivers, mais on y relève des effectifs en général de l’ordre de cinq individus." Pour autant, assure-t-elle, si les loups peuvent atteindre les zones escarpées, les dépouilles des victimes ne risquent rien, tant le prédateur est un animal farouche et méfiant. "Les rotations constantes des hélicoptères dans les airs et les équipes de gendarmes, d'experts sans oublier les badauds au sol, sont autant de facteurs de perturbation très importants pour les loups, au même titre que pour le reste de la faune sauvage. Il y a tout ce qu'il faut pour les faire fuir", assure Pierre Athanaze, président de l'association Action Nature et ancien président de l'Association pour la protection des animaux sauvages.
En revanche, la meute des journalistes s'est répandue sur la zone
"A quelques pas de la mairie, la Maison de la jeunesse s’est, elle, reconvertie en centre médias, accueillant les journalistes européens venus en masse. Le procureur de la République devrait donner une conférence de presse ce matin," écrit Les Echos.
A défaut d’information, l’imagination prend le pouvoir à l'antenne
Chaque organe de presse déclenche sa "propre" opération médiatique qui doit capter l'auditeur et les recettes publicitaires: il faut meubler pour tenir.
"J’atterris sur BFMTV à midi passé. 'Alerte Info BFMTV – Crash d’un A320 près de Digne : Airbus n’a 'aucune information'", témoigne un Samuel Gontier stupéfait, dans Télérama. "Pas d’informations, confirme le correspondant à Toulouse, devant le siège du constructeur. Mais on imagine le choc parmi les personnels des chaînes de montage."
"Il y aura beaucoup de larmes dans leurs yeux. " Oui, en général, on pleure des yeux, s'agace S. Gontier. Mais quand le reporter en vient enfin aux faits, c'est pour dire : " Tous les jours, on fabrique des avions ici. Il en sort des quantités incroyables." Bac +5 et régime fiscal spécial totalement justifié...
"En Allemagne, on est très inquiet", selon le correspondant de BFMTV, qui précise n’avoir "aucune information". "Est-ce qu’une cellule psychologique a été mise en place ?", s’enquiert le présentateur. "Aucune information ici", avoue à son tour la correspondante en Espagne. "Est-ce qu’une cellule psychologique a été mise en place ?", s’inquiète à son tour la présentatrice, avant de rappeler Toulouse. "Toujours pas d’information ici", confirme l’envoyé spécial au siège d’Airbus. Pour l’instant, les versions convergent : "On a très peu d’éléments." " Donc, très peu d’informations." Le client de ces chaînes a-t-il le sentiment de vivre le drame en direct? La tragédie provoque-t-elle en lui une montée d'adrénaline? Il éprouvera peut-être bientôt la belle secousse annoncée...
A 12h29, une "alerte info" me révulse : " 'C’est terrible, c’est un drame épouvantable.' (Conseil général des Alpes-de-Haute-Provence/BFMTV)". Je ne vois pas ce que les élections départementales viennent faire dans ce crash. Un peu de décence, s’il vous plaît. Faut-il que les autorités fassent à n'importe quel prixla preuve de leur efficacité ?
Enfin, les premières infos vérifiées surgissent. "L’avion a décollé à 10h01, confirme l’aéroport de Barcelone." "Un gymnase aurait été réquisitionné", lance un journaliste, bien qu'incertain. "La responsabilité de la télé-réalité est écartée", assure le blog de Morandini, en allusion au drame argentin de l'émission de TF1.
Pendant ce temps, "François Hollande reçoit le roi d’Espagne"devant une envoyée spéciale d’i-télé. "Felipe VI reçu à l’Elysée dans ces conditions particulièrement dramatiques."(info i-télé) Le palais présidentiel aurait-il été touché par des débris de l’A320?
De son côté, le président du Conseil général des Alpes-de-Haute-Provence continue à faire campagne, déclarant : "Notre département n’avait pas besoin de tout ça." Quelle inconvenance ! Ce n’est pas le moment de disserter sur les élections départementales. Interrogé par i-télé, le maire de Barcelonnette, en vrai montagnard, se montre plus sobre : "Quelles informations avez-vous ? — Les mêmes que les vôtres !"
En plateau, on annonce comme le Messie la venue de Bernard Cazeneuve.
La pilote de l'avion de la gauche qui s'est écrasé à la présidentielle de 2007, "Ségolène Royal va aussi se rendre sur les lieux du crash." Elle plaidera la circulation alternée des Airbus A320...
Manuel Valls fait savoir en revanche qu'il a mieux à faire que de se déplacer: pendant la tragédie, il est en campagne des départementales. Le Premier ministre fait toutefois dire que son agenda est bouleversé: le drame n'était pas là où on croyait.
"Est-ce qu’une cellule psychologique a été mise place ?", demande le présentateur de BFMTV au maire socialiste de Digne qui un bref instant se demande s'il est question des départementales. "Une cellule de crise a été mise en place au ministère de l’Intérieur", annonce l’envoyée spéciale place Beauvau. Mais toujours pas de cellule psychologique. Et à Toulouse, au siège d’Airbus ? " Toujours pas d’information ici", rapporte l’envoyé spécial. "Merci pour ces informations." On ne sait qu'une chose, c'est qu'on ne sait rien".
Sur BFMTV, "on s’interroge beaucoup sur l’avion, l’Airbus 4U9525" et surtout sur les chances d’établir un nouveau record. Est-ce "le plus grave accident depuis le crash du Concorde à Gonesse" ? En tout cas, c’est "l’une des plus grandes catastrophes aériennes de l’histoire de France". Au moins depuis Henri IV.
La présentatrice est seule et n'a personne avec qui passer un pari: les binômes ont éclaté; les garçons ont été envoyés au froid sur le terrain, mais les dames en décolleté arborent leur brushing impeccable en plateau: un drame peut être la chance d'une vie de femme. Pour juger du record à afficher en bandeau déroulant qui mangera le tiers de l'écran, des escadrilles de consultants aéronautiques à peine débarqués de la collision d’hélicoptères de TF1 reprennent place dans les cockpits, pardon, les studios des chaînes infos. " L’avion s’est déclaré en détresse", rappelle le présentateur. Non, c’est le contrôle aérien qui l’a déclaré en détresse, corrige l’expert.
Escalade escarpée de la compassion et de la légende Cazeneuve
"C’est un décrochage, ce n’est pas un piqué", assure Michel Chevalet, pilote d’essai de 76 ans qu'i-télé a dû sortir de la naphtaline. "Le fait que les débris s'étendent sur deux hectares, est-ce que ça dit quelque chose ? — Ce n’est pas très grand." "Un rectangle de 400 mètres sur 500 mètres", traduit un expert de BFMTV. Soit à peu près "20.000 mètres carrés", selon i-télé. Et en terrains de football, ça fait combien ?
"On n’a aucune certitude sur une explosion à bord", me rassure i-télé. Qui croit tenir un formidable scoop avec son entretien avec un "pilote ayant participé aux recherches". "Je n’ai pas vu les débris, avoue Gérard Monchablon. A priori,l’avion a dû avoir un problème." Voire un pépin. Et de conclure très sagement : "Ça sert à rien de faire des hypothèses." "Vous nous parliez de dépressurisation brutale", rappelle Bruce Toussaint, tentant de relancer l'indispensable Gérard Feldzer, chef d’escadrille sur i-télé mais aussi sur BFMTV, qui avertit : "Nous saurons avant la fin de la semaine ce qui s’est passé." "Mais avez-vous une intuition ? Est-ce que l’hypothèse terroriste ou crapuleuse est à exclure ?" En tout cas, le conflit d’intérêts est avéré : l’expert aéronautique d’i-télé est aussi l’instructeur qui a appris le pilotage à Michel Chevalet.
C’est une info iTélé, "il semblerait qu’il n'y ait pas de Français parmi les victimes". C'est plié: on remballe les gaules ? Mais non, c'est pas fini ! François Hollande le décrète, "c’est un deuil que nous devons éprouver, car le crash s’est produit sur notre sol". Le croque-mort de l'Elysée n'en a pas eu assez pour faire remonter sa popularité et i-télé encourage aussi sec les Français à présenter leurs condoléances au numéro d’urgence de la compagnie Germanwings : A 14h10, i-télé est fière d’annoncer la présence d'un reporter "sur place, à quelques centaines de mètres du crash" (à peine) et triomphe bientôt : "Vous voyez ici les images de Seyne-les-Alpes." Et ce n'est pas tout, l'envoyé spécial à l’aéroport de Barcelone aussi dévoile un document exclusif. "Vous avez d’autres éléments sur les familles qui sont bouleversées ?" "Oui, on a la première photo des familles." Génial ! Mais… déception… On ne les voit pas pleurer.
A 14h28 sur BFMTV, "c’est l’heure d’un premier bilan : 150 morts, aucun survivant ". Michel Vauzelle, président de la région PACA, ne veut pas manquer le fête et adresse en direct "un message réconfortant pour/à ceux qui sont en deuil : la région est très bien équipée. Nous avons les meilleures technologies au monde." Nous vous promettons des morts high-tech, un deuil up to date...
"A 14h58, i-télé offre à son public la première vue exceptionnelle de la vallée de l’Ubaye et le certifie, "ce sont des images d'aujourd’hui".
A 15h15, BFMTV réalise son premier duplex avec l’envoyé spécial tout juste arrivé à Seyne-les-Alpes. Pour avoir interrogé des témoins directs, il est en mesure de décrire la scène du drame : "C’est une scène assez simple, celle d’un avion qui a percuté une montagne. Ce que nous savons, c’est que la phase de secours est terminée, nous sommes dans la phase judiciaire." La montagne a été mise en examen ? s'interroge Gontier, résolument indécrottable. " On est dans un cadre classique: pour l’instant, c’est un homicide involontaire", se risque en plateau le précautionneux Dominique Rizet, chef du service police-justice-crash. Comme pour le drame de Dropped. Sauf que, "pour la collision des hélicoptères, on avait des images précieuses". Il faudrait songer à équiper nos montagnes de caméras de surveillance.
Un expert prévient : "Il faut être extrêmement prudent: même les autorités se contredisent." Sans doute parce que les autorités regardent les chaînes info. Sur i-télé, on écarte définitivement l’hypothèse d’une disparition au large de l’Australie : "Contrairement à ce qui s’est produit pour le Boeing de la Malaysia, on saura très vite ce qui s’est passé." Un expert - un de plus- de BFMTV - car la presse ne recèle aucun guignol: que des experts, analystes et décrypteurs de haut vol, si on peut dire - s’étonne que les pilotes n’aient pas composé le code "alpha zéro-zéro-sept-sept" et donne ses consignes en cas de décrochage : "First, fly the plane, toujours en cross check." Do you read me ? Over. "On est obligé de vous couper, intervient en plateau le contrôleur aérien, soumis aux "impératifs du direct": nous avons l’image en direct du roi d’Espagne, place Beauvau. François Hollande devrait faire le trajet à pied." C’est plus sûr.
Le présentateur de BFMTV fait le point.
"On rappelle ce chiffre : huit minutes de décrochage.""Non, de descente prononcée, corrige un expert. Un décrochage, c’est proche du piqué ou de l’avion qui part en vrille." Compliqué, pour le péquin moyen, mais c'est à cette distance que l'expert s'évalue. Je décroche. "Les éléments s’affinent, triomphe le présentateur: les débris ne sont pas à 2700 mais à 1800 mètres." "Le résultat est le même", note l’expert. "Premier bilan des victimes : 60 femmes 82 hommes, 2 bébés." Et 0 candidat de télé-réalité. "Est-ce qu’une cellule psychologique a été mise en place à l’aéroport de Düsseldorf ?", s’enquiert le présentateur. Un communiqué de la société de production ALP rappelle que toutes les victimes étaient très heureuses de participer à cette aventure.
I-télé révèle que "Barack Obama propose l’aide des Etats-Unis." Mais pas de nouvelles d'al-Assad ni de Vladimir Poutine: c’est bien le signe d'une reprise de la Guerre froide. Et voici la première image des lieux du crash : "On voit des restes de fumée." Elle n’aura pas survécu. En exclusivité, Laurence Ferrari recueille le témoignage de Christophe Castaner, apparatchik socialiste replié sur Forcalquier, député PS des Alpes-de-Haute-Provence, qui vient de survoler la zone de l’impact : "Il y a des débris de femmes, d’enfants et d’hommes," a distingué ce socialiste rompu à tous les aléas de la vie. "Est-ce que vous craignez que l’avion ait pu faire des victimes au sol ?" Marmottes ? Loups ? Chenilles processionnaires ?… de quoi mobiliser les écologistes ! Pas de réponse de l'élu interloqué. "Nous avons été coupés", conclut la parano, Laurence Ferrari.
Le député Castaner n’est pas perdu pour tout le monde, il accorde successivement des entretiens exclusifs et gracieux à i-télé, au Grand frère Canal+, au Grand soir 3, comme à la petite BFMTV . "Nous avons vu l’horreur, des petits bouts de l’avion totalement explosé.Et des corps des hommes des femmes." Le commun des mortels aurait lancé, l'oeil humide: "Y a pas d'mots!" Mais les experts s'en distinguent par la richesse du vocabulaire: "Ce sont des scènes effroyables pour les sauveteurs, épouvantables", s’émeut Laulau Ferrari (à ne pas confondre avec Lolo, son homonyme).
A la Seyne-les-Alpes, "tout à côté des lieux de l’accident", le reporter d’i-télé a aussi trouvé un témoin direct, "un des habitants a réussi à aller au plus près de la zone; il a même pu distinguer l'impact du crash". Mais "il ne voyait pas de corps". Ça ne compte pas, alors.
Heureusement, Laurence Ferrari est consciente de l'indigence de l'information forcée et montre qu'à défaut de jus à exprimer, elle a du biscuit (de survie) dans sa musette : "C’est une vraie information : une des deux boîtes noires a été retrouvée." Ça change des fausses informations, mais ce n'est pas grâce à la liseuse de dépêches.
"Résumons tout cela, propose le présentateur de BFMTV, les questions fondamentales." "C’est totalement incompréhensible", estime un... expert. Comment avez-vous deviné? "On maintient l’idée d’une intrusion dans le cockpit ", précise un autre surdoué, plus aventureux, qui cherche à sortir du lot.
Conseil à l’attention des familles : "Faut pas aller sur Internet: on voit des débris de l’avion, mais ce n'est pas le bon." Cette zone serait-elle une décharge aéronautique qui aurait échappé à la vigilance scrupuleuse des vertueux écolos radicaux ? D'ici que des espèces florales aient été percutées, on n'ose y penser. Restez sur BFMTV, nous vous garantissons des débris authentifiés.
"Pourquoi on ne connaît pas encore l'identité des victimes ?", s’impatiente le présentateur qui dans tous les faits divers crapuleux se satisfait pourtant de l'anonymat de "jeunes adolescents" et de "personne" connue des services de police. "Il y a une simple question de décence, prétend un expert. On avertit d’abord les familles."
Il y aussi des problèmes d’accès : "La salle de décision sécurisée est enterrée sous Beauvau, explique l’envoyée spéciale. "On y descend par un tout petit escalier (également escarpé?): c’est pour ça que les équipes de télé ne sont pas admises."
Le présentateur n’est pas dupe et, en digne représentant du peuple (et du SNJ) il réclame que toute la lumière soit faite. Pas de complot avec nous: on veut, on exige la transparence. "On a l’impression que c’est le même problème à chaque catastrophe aérienne : on n’arrive pas à savoir ce qui s’est passé." Scandaleux. On nous cache quelque chose: complot juif, terrorisme islamiste, homophobie corporative ? Valls a sa petite idée: là-dessous, il y a Nicolas Sarkozy ! En effet, sa crise anti-FN lui a passé. C'est l'UMP qui risque de ramasser la mise: adieu l'Essonne ?
Mais il y a encore plus inquiétant, c’est "le ballet des hélicoptères "
"Le ballet des hélicoptères a duré toute la journée." "Ce matin, le ballet des hélicoptères a repris". "Vous voyez derrière moi le ballet des hélicoptères". Et au-dessus ? "Le ballet d’hélicoptères est incessant." "C’est le ballet des hélicoptères que l'on entend derrière vous." "Il n’y aucun répit dans le ballet des hélicoptères"… Pourvu qu’ils ne dansent pas un tango argentin. Et les drones? Y a même pas un un illuminé qui a vu drone ici ou là ? Un lynx, qui sait ?
Vous reprendrez bien un peu deChristophe Castaner - pour la route - maire de Forcalquier, prolixe mais flou, et surtout politicien socialiste :
Le discours du député Castaner, 49 ans, peut plaire à tout le monde.
Il assure qu'il connaît bien la région (qu'il aime, et ses habitants aussi) de la catastrophe, alors qu'elle est située à 100km et qu'il est à Forcalquier depuis 2001. En effet, il a fait carrière à Paris comme conseiller technique de la ministre de la culture Catherine Trautmann en 1997, avant de devenir son chef de cabinet en 1998, et chef de cabinet de Michel Sapin, alors ministre de la Fonction publique et de la Réforme de l'Etat (2000-2002).
Le sommet de Bruxellesest non seulement riche d'enseignements, mais aussi en émotions pour le néophyte François Hollande.
Le chef de l’Etat, arrivé jeudi dans la capitale belge fort du soutien de l’Espagne et de l’Italie, a pu craindre un camouflet quand ses deux alliés ont quelque peu ignoré le boulet , au milieu de la nuit. Mais l’annonce au petit matin d’un accord, indépendamment de lui, comprenant notamment un pacte de croissance lui a finalement rendu le sourire.
Les exigences de Monti
Ce pacte de croissance, initiative française, l’Italien Monti et l’Espagnol Rajoy avaient promis de le soutenir face aux partenaires européens plus sceptiques, particulièrement l’Allemagne. Mais aux environs de 23 heures, le président du conseil italien, très au fait du fonctionnement des institutions européennes, pose ses exigences, avec l’appui du Premier ministre espagnol. Les deux dirigeants menacent de ne pas adopter le pacte de croissance si des mesures d’urgence visant à alléger la pression des marchés sur Madrid et Rome ne sont pas d’abord entérinées.
Panique à Bruxelles. Agacé, le président de l’Union, Herman van Rompuy, si confiant quelques heures plus tôt sur l’imminence d’un accord, est contraint de rétropédaler. Et tous comprennent que la nuit va être longue.
Hollande colle au train du couple Rajoy-Monti
A ce moment-là, la victoire personnelle sur laquelle compte tant François Hollande avec le volet croissance qu’il promeut depuis de longs mois, est désormais menacée. D’autant que le coup est venu de Mario Monti, plus fidèle allié de François Hollande sur la scène européenne. Sur le coup, face à la presse, le président français, un brin embarrassé tout de même, se montre beau joueur. "M. Monti comme M.Rajoy m’avaient prévenu de leur position", a-t-il affirmé. "Je les comprends, ils ne pouvaient pas se contenter d’un accord partiel. Je connais leurs difficultés".
Quant à la méthode employée, François Hollande refuse de la condamner. "Chantage ? Je ne crois pas que ce soit le mot. Ce n'est pas la méthode de Mario Monti ni, pour autant que je sache, celle de Mariano Rajoy", a-t-il indiqué en commentateur extérieur, avouant du même coup que la France joue un rôle d'appoint.
"Déjà des effets heureux"
Et c’est finalement peu avant cinq heures du matin qu’un accord est conclu. L’Espagne et l’Italie en sont les moteurs et les grands vainqueurs, alors que l’Allemagne est celle qui a cédé le plus de terrain. Quant à la France, elle est restée en retrait, mais son objectif prioritaire, le pacte de croissance, de l’ordre de 120 milliards d’euros, est adopté, sans qu'elle ait eu à peser et sans qu'il soit totalement financé....
François Hollande se déclare satisfait du travail de ses collègues italien et espagnol. Bien que dépassé, il s'est toutefois empressé de tirer les dividendes devant la presse vendredi matin, avant d’entamer la seconde journée de ce sommet de Bruxelles. "Ces premières annonces ont déjà eu des effets heureux", s'est félicité le chef de l'Etat français, bien qu'observateur, probablement en référence à l’envolée des marchés européens observée dès l’ouverture des bourses. "Nous avons bougé tous ensemble", a-t-il assuré, bien qu'à la traïne. Avant d’ajouter : "la meilleure façon de faire bouger les autres, c'est de bouger soi-même", croyant ainsi faire illusion: la presse française relaie ses efforts de valorisation personnelle devant son opinion...
A l'évidence, l'analyse de l'opposition ne positive pas aussi éhontément "Je pense que c'est un petit pas en avant", a ainsi déclaré Alain Juppé sur France Info. "Il y a encore beaucoup à faire pour progresser vers une véritable union bancaire, une véritable union budgétaire, politique", a-t-il souligné, déplorant que la France soit " très en recul par rapport aux initiatives que prennent soit le président de l'eurogroupe, le président de la commission (européenne) ou l'Allemagne", a jugé l'ex-ministre des Affaires étrangères.