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jeudi 25 avril 2019

Emmanuel Macron, "c'est un gamin mal élevé, vicieux"

Le mouvement des Gilets jaunes est l'occasion pour Emmanuel Todd de psychanalyser Macron 

Les Gilets Jaunes représentent une forme de père collectif dans un pays déboussolé par un enfant roi

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Telle est la conclusion de l'analyse Emmanuel Todd du phénomène des Gilets jaunes: "l'Etat ne peut pas être incarné par un enfant… Or Emmanuel Macron est désormais perçu comme un gamin par les Français,” observa-t-il, en décembre dernier, en exclusivité pour Atlantico. 
L’affaire Benalla révèle qu'Emmanuel Macron vit dans l’illusion de la toute-puissance infantile. Ce président n’admet aucune limite à l’exercice de ses pouvoirs ni à l’expression de ses désirs. Lorsqu'à Marseille, en août dernier, Jean-Luc Mélenchon promit une "raclée" (démocratique) au quadra, il a visé le talon d’Achille du président Macron, apparu au grand jour à l’occasion de l’affaire Benalla : l’enfant dans l’adulte qui occupe l’Elysée. Les rodomontades puériles du président de la République à propos de son très fautif garde du corps ("Qu’ils viennent me chercher !") auront alerté l’esprit public : n’avons-nous pas élu un enfant roi ? La question n’est plus celle de l’homme d’Etat, mais de l’état d’homme : le petit Macron est apparu prisonnier de ses projections narcissiques, jouet de son illusion de toute-puissance. Inachevé donc tyrannique. Aussi horripilé qu’horripilant. Un sale gosse, pour tout dire. 
C’était donc ça, cette hyperactivité hyper-moderne incessante, cette perpétuelle transgression des limites, cette sphère narcissique interminable, cette pulsion d’emprise permanente, ce lien de domination-soumission indélébile qui s’installait en politique : la nation dont le prince est un enfant.
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Un enfant nerveux et même un brin paranoïaque – d’où son rapport aux contre-pouvoirs en général et aux journalistes en particulier – parce qu’il a intériorisé son illégitimité : il est frauduleusement adulte. Il règne de sa place d’enfant. C’est un passager clandestin de la démocratie, tout à sa hantise d’être découvert. Pour conjurer son angoisse d’être dévoilé pour ce qu’il est, il en rajoute dans le côté maître absolu. Régner coûte que coûte, à tout prix, despotiquement, dans l’illusion de n’être point éventé. Mais depuis le mois de juillet, patatras Benalla : l’enfant roi est nu !  
Les Alberteins (le blog Les Alberteins, hébergé par le site Mediapart) livre le commentaire qui suit.

Au-delà de tous les problèmes économiques, sociaux, politiques, européens, qui vont se poser dans l'année 2019, qui s'annonce terrible, Emmanuel Macron va être confronté à un problème de légitimité absolument nouveau. Max Weber avait utilisé le concept de pouvoir charismatique ; un individu, un chef, qui fascine d'une façon subliminale et irrationnelle mais qui n'est pas forcément un dictateur dangereux. Et il me semble qu'Emmanuel Macron va enrichir nos typologies du concept de président anti-charismatique. Je m'explique. Il faut reprendre la séquence. Il y a eu un élément charismatique lors de l'élection de Macron, qui fascinait les classes moyennes supérieures. J'ai vu cela autour de moi. Il parlait avec un air un peu halluciné, d'une façon que je percevais comme absolument inintéressante, mais qui, dans le milieu plutôt macroniste dans lequel je vis, transportait les gens. Il était perçu comme jeune et supérieurement intelligent. Je crois que la question de son intelligence supérieure est réglée pour tout le monde, il a quand même produit une crise sociale d'une ampleur sans précédent en France. 
Mais il reste jeune. Et, de fait, lorsqu'on entend les gens parler de lui, les manifestants ou même les journalistes, il est clair qu’il a maintenant pour nous tous Français une image d'enfant. "C'est un gamin" "C'est un gamin mal élevé, vicieux". L'exemple le plus étonnant que j'ai vu a été Vanessa Schneider, dans une émission de télévision, qui disait en gros qu'il faisait semblant d'avoir l'air d'un enfant, c’est-à-dire qu'elle-même le percevait comme un enfant mais voulait toujours adhérer au mythe d'Emmanuel Macron bon comédien et dans la maîtrise des choses.

Or, la possibilité théorique d’une incarnation stable de l’Etat par un enfant n'existe pas.
Dans la fonction dirigeante, il y a la fonction paternelle, cela est d'une banalité qui n'a pas attendu Freud et la psychanalyse. Le Roi, le président, le chef, doit être un père. Et aujourd’hui, nous sommes dans une situation inversée structurellement où le chef est un enfant et où il n'est pas impossible que, symétriquement, les Gilets Jaunes représentent une forme de père collectif. Parce ce que ce qui est était très frappant, sur ces ronds-points, c'était l'âge des gens. Ils étaient occupés, entre autres, par des gens à cheveux blancs, des retraités, de pères au sens générique du terme. Un pays ne peut pas vivre avec une contestation qui représente une image paternelle et un leader qui représente une image d'enfant. C'est un élément nouveau d'instabilité psycho-politique, métaphysique même, avec lequel il va falloir compter.

Peut-être que l'une des raisons de l'approbation générale des revendications des Gilets Jaunes par la population correspond à ce modèle d'une autorité inversée. Si les Gilets jaunes sont le père, alors il est normal qu'ils représentent, eux, un pouvoir charismatique collectif et qu'ils soient soutenus par 70-75% de l'opinion. Ils sont la légitimité. Le modèle interprétatif marche ici très bien. Il expliquerait également la tolérance à la violence, qui était plus surprenante. Il s’agirait d’une forme symbolique de fessée politique. Plus simplement : nous vivons une forme nouvelle de vacance du pouvoir qui a toutes sortes d'applications. Nous étions sur l'autorité implicite des Gilets Jaunes, mais il y a aussi la question du contrôle réel de l'appareil d'Etat par Emmanuel Macron. On ne sait pas quel est son niveau de contrôle des forces de police, dont les leaders syndicaux viennent de nous annoncer l’acte I de leurs revendications matérielles, au lendemain de l’acte V des Gilets Jaunes. Nous retombons sur l'idée que l'autorité ne peut pas être incarnée par un enfant, qui, depuis ses agressions verbales contre de gens ordinaires sur le terrain, depuis l'affaire Benalla, s'est également forgé l’image d'un enfant violent.

Sa politique européenne est typiquement immature. Emmanuel Macron, par ses réformes radicales, voulait que les Français se comportent comme des enfants sages, et que les Allemands lui donnent un bon point. La politique d'Emmanuel Macron est d'un bout à l'autre complètement enfantine. Le débat actuel auquel nous assistons concernant la résistance de Bercy renforce cette image d'un président enfant. Un président adulte aurait déjà décimé Bercy.

Un "puceau de la pensée" élu dans "une hallucination collective" : le macronisme selon Emmanuel Todd.

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vendredi 22 février 2019

Gilets jaunes : Macron dans le déni de ses échecs

Macron n'hésite pas à voir dans le mouvement des gilets jaunes un "gigantesque échec collectif"

Macron étend  à l'édition sa campagne du "Grand débat national"

A quelques semaines des élections européennes, Macron estime qu'on n'est jamais mieux servi que par soi-même et se charge de son bilan à l'approche de son mi-mandat dans un ouvrage paru ce jeudi. 'Le peuple et le président' (Plon) communique les réflexions d'un président qui détient tous les pouvoirs mais qui n'accepte pourtant pas d'endosser la responsabilité de la crise sociale et politique qui fait vaciller Jupiter sur son trône depuis l'automne : de son échec personnel, il fait "un gigantesque échec collectif", bien que l'éditeur le présente comme "l'histoire d'un affrontement, d'une révolte que personne n'a vus venir".

Le chef de l'Etat a accordé début janvier un long entretien aux deux auteurs, Cyril Graziani et Cécile Amar qui retracent l'histoire des trois premiers mois de crise, avec ses affrontements, ses débats et ses contradictions, à travers les témoignages de ceux qui manifestent pour la première fois, de policiers attaqués pour les violences qu'ils ont commises sur ordre de Castaner, de figures diverses du mouvement et de responsables politiques. Les auteurs assurent être allés aussi bien sur les ronds-points, dans les manifestations, mais aussi auprès des forces de l’ordre et à l’Elysée. Cyril Graziani, 69 ans, est grand reporter au service politique de France Inter et auteur de 'Le premier secrétaire de la République', chronique du quinquennat de Hollande "qui est allé de (nor)mal en pis". Cécile Amar, 69 ans,est l'auteur d'un autre livre consacré également à Hollande, 'Jusqu'ici', tout va mal'. Elle est passée par le JDD, mais travaille aujourd’hui pour le journal français L'Obs, détenu à 66 % par les actionnaires principaux du Groupe Le Monde, Xavier Niel et Matthieu Pigasse.
Le Monde a déjà rapporté comment le chef de l'Etat vit le phénomène "gilets jaunes".Le journal officieux du PS révéla notamment que Macron a été insulté et menacé de mort lors de son déplacement en catimini, de nuit, au Puy-en-Velay, le 4 décembre, où la préfecture où un début d'incendie avait été éteint trois jours plus tôt. Pour parcourir les dix kilomètres entre l’aéroport de Loudes, en Haute-Loire, jusqu’au Puy-en-Velay, son cortège a dû éviter la RN88 et le rond-point de Lachamp, sur la commune de Saint-Pierre-Eynac, où des manifestants avaient cousu un pantin de taille humaine, posé sur un échafaud plus vrai que nature. Sur le billot était écrit : "Te guillotiner, c’est notre projet." Sa visite n'avait pas été annoncée, mais la nouvelle s'en était répandue comme une traînée de poudre et au moment de son départ la foule alertée poursuivit sa voiture en l'invectivant. Il a confié au président du MoDem, François Bayrou, qu'une femme lui avait lancé à travers la vitre de sa voiture : "Salope, j’espère que tu vas crever sur la route !" Toujours au Puy, la foule lui a lancé : "On vous hait !" Insultes, huées, menaces… Lien PaSiDupes

Désormais, quand il sort, cela tourne mal. Depuis le début de la mobilisation des Gilets jaunes, pour le président qui aimait tant flâner, les promenades sont devenues rares. S'il va au cinéma en couple, c'est à la dernière séance, et s'il doit se monter, entre deux obligations, il choisit les lieux clos plutôt qu'ouverts : c'est ainsi qu'il s'est rendu au 34e dîner du CRIF, mais a refusé de participer au "rassemblement de l'union contre l'antisémitisme"... 
"C'est nous qui devons avoir honte"

L'ouvrage révèle que le ministre de l'Intérieur, Christophe Castaner, avait organisé une rencontre de Macron avec les occupants d'un rond-point, le 23 novembre, pour discuter avec des gilets jaunes. . "Ça aurait seulement affaibli l'exécutif", prétexte Macron a posteriorpour justifier son annulation.

"Beaucoup de gens avaient honte de leur vie, de ne pas parvenir à s'en sortir malgré leurs efforts. C'est nous qui devons avoir honte", raconte-t-il affectant la contrition. "C'est un gigantesque échec collectif, j'en prends ma part. Mais j'ai encore trois ans pour changer cela", a-t-il dit aux journalistes Cyril Graziani et Cécile Amar.

Un président abandonné, sans ancrage, ni entourage compétent

Les auteurs décrivent un président qui admet avoir sous-estimé la crise en voyant une mobilisation "plus faible que la plus petite mobilisation contre la réforme de la SNCF", selon lui.

Macron est présenté comme un président découvrant la solitude du pouvoir: "Qui m'a soutenu pendant la crise des gilets jaunes? Personne," gronde-t-il. 

Et de tenter, désespérément, de se rasséréner en se racontant des histoires : "C'est le peuple français qui m'a choisi", pas la République des partis. Je lui dois tout. Si j'échoue, j'aurai échoué pour lui et avec lui. Jamais contre lui." 


Emmanuel Macron44%
Abstention25%
Marine Le Pen22%
Votes blancs et nuls9%
Total:
100

Sachant que ce choix par défaut est celui d'un électeur sur quatre : seulement 44% des inscrits, avec 25,44% d'inscrits qui ne sont pas allés voter, selon les chiffres définitifs du ministère de l'Intérieur (cette élection présidentielle enregistre le taux d'abstention le plus élevé pour un second tour depuis 1969: cf. graphique ci-dessous), sachant aussi que, parmi les électeurs d'Emmanuel Macron au second tour, 43% disent avoir voté pour lui en premier lieu pour faire barrage à Marine Le Pen, et que seulement 16% de ses propres électeurs avouent avoir préféré son programme et 8% sa personnalité.
1965
15,7
1969
31,1
1974
12,7
1981
14,1
1988
15,9
1995
20,3
2002
20,3
2007
16
2012
19,7
2017
25,4
Macron n'hésite pas à accuser les media !

Le Jupiter de l'Elysée assure que les media ont participé à la destruction "des corps intermédiaires durant cette crise". Ils auraient mélangé les torchons et les serviettes : "Ils ont dit: 'M. Trucmuche, parce qu'il a un gilet jaune, est aussi représentatif, et peut-être plus sincère qu'un maire ou un leader syndical'. Il n'y a plus aucune reconnaissance de la représentation ni hiérarchisation du point de vue", assure le président des riches.

"J'ai fait mon mea culpa, prétend-il. Mais les journalistes aussi doivent le faire", accuse le président "plein de mots" (et de morgue) qui assure en quelque sorte que faire la photo de la paroi est la preuve de son ascension. 

Un clone du président Hollande pour qui "jusqu'ici tout va mal".
Les propos de Macron révèlent un pervers narcissique. Il joue le premier de cordée, affichant une supériorité qui atteint l'arrogance, mais dont l'excès trahit une image dévalorisante de lui-même - illustrée par son attachement à la figure maternelle et protectrice de Brigitte - et se valorise en rabaissant les autres : ceux qui sont revenus de leurs illusions en perçant sa personnalité ambiguë et faible, solitaire et frustrée, deviennent sa cible. Il exprime sa haine de lui-même en la retournant contre les media qui l'ont servi et doutent aujourd'hui de lui.
Ses propos font ainsi écho aux reproches que lui adressent des maires, présidents de régions et autres syndicats, d'après lesquels le chef de l'Etat a méprisé l'ensemble des corps intermédiaires.

Pour autant, le Président affirme sa détermination à tenir, par fierté.
"Ils me tueront peut-être d'une balle, mais jamais d'autre chose", aurait-il déclaré à ses proches?, selon les auteurs. Une convergence avec les islamistes que Marlène Schiappa n'a pas analysée...

dimanche 27 janvier 2019

Contre-manifestation des pro-Macron contre les Gilets jaunes, dimanche

Les soutiens à Macron, en rangs dispersés

Si le mouvement des Gilets jaunes s'essouffle, 

celui des pro-Macron peine à trouver son souffle

La cible des anti-Gilets jaunes, pro-Macron
Les amis de Macron auront mis douze semaines avant de réagir. Les "Foulards rouges" et les "gilets bleus" ne défendront pas le pouvoir d'achat des "gens qui ne sont rien", mais riposteront aux "gilets jaunes" pour défendre les options politiques incarnées par Macron. 

Ils se veulent les porte-parole de la majorité silencieuse. Ca commence mal, puisque 52% des Français soutiennent les Gilets jaunes en lutte contre les taxes et surtaxes et pour une vie meilleure.

Ils ont choisi le biais de slogans qui ne trompent personne,  "stop aux blocages" et "stop aux violences", puisqu'ils ont commencé par s'inscrire dans le contexte de crise sociale en "soutiens à Macron". 
Le manifeste des Foulards jaunes date de fin décembre 2018, plus d'un mois après le début du mouvement de contestation de la politique de Macron, notamment sa surtaxation des carburants pour financer essentiellement son budget général, au prétexte d'aider à la transition énergétique. Le Huffington Post écrit que l'idée d'une "Marche républicaine de soutien à Emmanuel Macron" a plutôt fait son chemin "dans la foulée de l'allocution exceptionnelle du président de la République promettant plusieurs mesures pour le pouvoir d'achat," ce qui met un peu plus à mal la thèse d'une réaction aux violences commises par des "casseurs" en marge d'"Actes" de Gilets jaunes. L'initiateur anonyme - Laurent de Toulouse - a dû faire quelques concessions et abandonner le caractère politique du rassemblement pour l'amputer et le rebaptiser "Marche républicaine des libertés," évoquant bizarrement la "Marche des Fiertés" LGBT. Pas fiers, les "foulards rouges", d'être les soutiens du chef de l'Etat ?

Leur erreur stratégique originelle a ensuite rendu laborieuse l'organisation des groupuscules, en dépit des coups de pouce des chaînes d'information notoirement favorable au gouvernement (BFMTV, Cnews et LCI, mais aussi le service public de France Télévisions), alors qu'ils restaient confidentiels sur les réseaux sociaux et en associations.

Bien que rejoints par les "Gilets bleus", les "Foulards rouges" ne parviennent pas à définir une ligne commune et à se mettre d'accord sur les suites à donner à leur mouvement, à la veille de la "Marche Républicaine des Libertés" prévue le 27 janvier, et initialement intitulée "Marche Républicaine des Libertés en soutien à Emmanuel Macron". Le rassemblement veut désormais, mais un peu tard, gommer cet objectif partisan et toute référence politique.

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Pour convaincre, certains en font même un peu trop : "Ce n’est pas une manifestation contre les ‘gilets jaunes’, mais pour notre République et le respect des institutions. C’est une marche totalement apolitique. Chez nous, il y en a beaucoup qui ne supportent pas le président", assure Théo Poulard, ouvrier boulanger quimpérois de 23 ans, ou Benois Peintre (Theo), sur Facebook, selon le cas (c'est le même, ci-contre), vice-président des "foulards rouges". Il avait toutefois commencé par déclarer : "On est contre les casseurs, les pilleurs et les extrêmes", à l'invitation de Bernard Poirette, un sexagénaire agile, passé de RTL à Europe 1, groupe Lagardère Active (Paris Match, JDD, Elle, etc) et gros pourvoyeur de chroniqueurs et intervenants partisans sur BFMTV (dont les sournois Bruno Jeudy et Bernard Poirette ou l'offensive Jannick Alimi).
On notera au passage que, depuis décembre 2017, le journaliste  "libre et indépendant" Frédéric de Lanouvelle, présentateur sur différentes tranches d’information de BFMTV (2007-2016), puis membre de la rédaction de l'émission Sept à Huit sur TF1, est porte-parole du ministère de l’Intérieur...


Près de 2.000 participants - on a dit 10.000, ensuite - se sont inscrits (Facebook) à La Marche Républicaine des Libertés, prévue dimanche 27 Janvier à Paris
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Né dans le Vaucluse, quelques jours seulement après la première mobilisation des "gilets jaunes" du 17 novembre, le mouvement s'est aussitôt attiré des soupçons de "récupération", puis de "téléguidage" par le pouvoir et les réseaux sociaux ne les ont pas ménagés, bien qu'ils aient aussitôt fait disparaître toute référence macronienne. 

Leur groupe Facebook, "Foulards rouges : riposte face aux gilets jaunes", créé le 26 novembre sous le nom de "Brassards Rouges", plafonne à 38.190 membres. La page "STOP, Maintenant ça suffit" (née le 10 décembre) ne réunit toujours que  4.575 mentions "j'aime" et est suivie par 5.711 abonnés.
Rejoints par les "gilets bleus", dont la page compte royalement 1.540 abonnés, ils organisent une "Marche Républicaine des Libertés", dimanche 27 janvier. En un mois, l'événement cumule moins de 10.000 sympathisants. Après une durée inédite de deux mois de mobilisation des défenseurs du pouvoir d'achat, les "anti-gilets Jaunes" ont enfin décidé de se rendre visibles - et de se compter - en occuper les rues parisiennes.
Réussiront-ils à siffler la fin du match ?

Photo de profil de Laurent de Toulouse, L’image contient peut-être : 1 personne, lunettes et gros plan
Lancée fin novembre par l'ingénieur toulousain Laurent Soulié (ci-contre), auteur de la page "STOP, Maintenant ça suffit", pour protester contre les "filtrages" qualifiés de "blocages" mis en place par "les gilets jaunes" (dont ils ne prennent pas en compte la trêve des fêtes de fin d'année), la manifestation est co-organisée par le Mouvement des Foulards Rouges, rejoint par un autre collectif, celui des Gilets Bleus, alors que la ville de ce "sympathisant LREM de Toulouse" (Europe 1) reste l'un des bastions de la contestation. "Laurent de Toulouse" a finalement dû briser son anonymat sur les réseaux sociaux.
Ceux qui seront dans la rue "ce sont ceux qui en ont marre de voir, tous les samedis, des scènes de saccage, de pillage, de voir leur liberté de circuler entravée", prétend Laurent Ségnis, fondateur du collectif des "Gilets bleus". Le juriste de 36 ans dénonce une "mise à mal de l'économie du pays par les 'gilets jaunes'" : "près de 60.000 salariés au chômage partiel, des CDD raccourcis, des missions d'intérim annulées... "Cette marche, c'est "un ras-le-bol", notamment "des commerçants" lassés "des fermetures, des pertes de chiffre d'affaires des vitrines cassées, des stocks dévalisés", liste ce poujadiste. Sympathisant notoire du parti présidentiel, 'La République En Marche' (LREM), il pratique un amalgame en accusant le mouvement de "méthodes coercitives" et se dit "ébahi". Sans nuance, il l'étiquette proche "des extrêmes et des populismes", à la fois de droite et de gauche. "L'heure est venue de dire 'stop' !", lance ce militant à l’origine d’une autre pétition : "Pour le droit de circuler librement le 17 novembre".

Une marche "pro-Macron"

L'iconographie déversée par les Foulards rouges sur les réseaux sociaux fait étrangement écho aux écarts de langage clivants du gouvernement :

Page Facebook qui a pour but de "montrer à tous, 
ce qu'il en est du pacifisme jaune". Et de 
 prouver que les Foulards rouges sont apolitiques?
"lèpre nationalisteet un retour aux "années 1930" évoqués par Macron (entretien du 31 octobre avec Ouest France, dans lequel il appelait à "être lucide" et à "résister"...) ou "peste brune", selon son ministre des Comptes publics, Gérald Darmanin, propos irresponsables qui ont fait monter la colère populaire et sucité cette contre-offensive qui ajoute au chaos.

Comme Jacline Mouraud (Gilet jaune), "J'ai fait ça comme un exutoire, c'est un cri du cœur", admet Laurent Soulié, alias "Laurent de Toulouse", auteur de la page Facebook "STOP, Maintenant ça suffit". "J'ai été très choqué par les violences, en particulier à Paris : le saccage de l'Arc-de-Triomphe, les appels à rentrer dans l'Élysée, à marcher sur l'Assemblée nationale, les images du boxeur... Caricaturiste parmi d'autres, cet ingénieur aéronautique ne s'est pas interrogé sur la gestion calamiteuse des effectifs de police qui ne se trouvait pas sur les lieux de l'action.

Ce salarié du privé  estime que "le mouvement ne poursuit plus une revendication sociale". Il ne cache d'ailleurs pas sa sympathie pour le Président de la République : "J'ai voté En Marche au premier comme au second tour [lors de l'élection présidentielle de 2017]", avoue ce militant si longtemps masqué. En même temps, il se défend d'organiser une marche "pro-Macron". Si toutefois des élus LREM se joignent à la marche, ce sera "en tant que citoyens", exhorte-t-il.
Ce mouvement est parti sur de mauvaises bases troubles
Il ne divise pas seulement les Français, mais aussi ceux qu'il prétend aider. 
"Si j'y participe, je ne le dirais pas", a déclaré le président du groupe LREM à l’Assemblée, Gilles Le Gendre, invité de France Inter, tandis que Olivia Grégoire s'est déclarée sympathisante et participante, en famille.

A travers cette marche, "ce n'est pas la personne d'Emmanuel Macron, c'est la fonction que je veux soutenir," raconte le Toulousain de 51 ans, qui y voit une façon de défendre "les institutions", "la République" et "la démocratie" elle-même.

Pour se joindre à la manifestation, les "Foulards rouges" ont d'ailleurs posé leurs conditions :
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que l'événement soit "renommé et apolitique", explique Théo Poulard (lunettes pour se vieillir), alias "Benois Peintre", en séance de rattrapage : riposte face aux gilets jaunes". "La moitié de nos membres était pour, et l’autre moitié était contre", explique le vice-Président de l'association Le Mouvement des Foulards Rouges qui revendique 1.200 adhérents depuis sa création, le 29 décembre. Lui-même raconte qu'il a voté pour Benoît Hamon au premier tour, puis Emmanuel Macron au second, faute de mieux, "sinon, c'était les extrêmes", suppose-t-il.

Beaucoup de "foulards rouges" pourraient être des "gilets jaunes"

Des Brassards rouges contre les GJ, un journaliste de la CFDT pour les représenter… Y’a le feu à MatignonC'est-à-dire des "casseurs" ? "Il y a des gens de tous bords politiques et de toutes catégories sociales parmi nos membres", affirme le boulanger quimpérois de 23 ans nommé Peintre. 

Qu'est-ce qui les fait sortir du bois ? 
Aucune description de photo disponible.
Choix des Gilets bleus
pour illustrer leur page Facebook
Les avait-on vus sortir leur brassard rouge lors des grèves syndicales avec violences en marge des défilés, malgré leurs services d'ordre musclés et aguerris, notamment lors de la réforme des transports contestée par la CGT ? Et lors des arrivées clandestines de migrants ? Ou lors des manifs de lycéens et étudiants ? Sont-ils allés débloquer les facs squattées (à Tolbiac, Montpellier, Metz ou ...Toulouse), empêchant les étudiants non grévistes d’aller en cours et de passer leurs examens ?

Depuis deux mois, c'est même "une majorité silencieuse des Français" qui "se terre [sic] et se tait", caricature Laurent Soulié. Las d'être "traité de bourgeois qu'on vient déranger", il tient à souligner que lui-même vient "d'un milieu modeste". S'il "ne se positionne pas contre les 'gilets jaunes'", considérant leur demande de "plus de pouvoir d'achat" comme "légitime", il estime néanmoins qu'"il y a eu une main tendue, un appel à dialogue, des mesures sociales ont été prises" depuis l'allocution d'Emmanuel Macron, le 10 décembre. C'est sur la base de ce postulat qu'il affirma que, tout en dénonçant "la forme" et non "le fond" du mouvement : "les manifestations deviennent donc illégitimes, on a franchi la ligne jaune, c'est une dictature de la minorité", juge-t-il : l'avènement d'un Troisième Reich bis, somme toute ?

VOIR et ENTENDRE le réquisitoire de Jean-Michel Aphatie (...Europe 1), sur la même longueur d'ondes avec les Foulards rouges :

Même son de cloche du côté de Fabien Homenor, administrateur du groupe "Foulards rouges de France : Défense des Libertés Citoyennes" (photo-ci-dessous) qui cumule 3.976 membres depuis sa création, le 21 décembre, et créateur de page "Foulards rouges de France" qui affiche plus de 22.000 abonnés. Le groupe "fermé" des "Brassards Rouges" (modifié par la suite), ouvert par John Werner le 26 Novembre 2018 sur Facebook, a été repris par F. Homenor, le 8 décembre.
"Sur nos pages, on a demandé aux membres s'ils touchaient plus ou moins de 2.000 euros, 70 % ont répondu qu'ils touchaient moins, sur un échantillon d'environ 4.000 votants", affirme-t-il, sans contrôle possible. Cet informaticien indépendant et itinérant de 34 ans, originaire de la commune de L'Isle-sur-la-Sorgue, dans le Vaucluse, reconnaît qu'il aurait pu enfiler un gilet jaune, au tout début du mouvement, comme "beaucoup de 'foulards rouges' pourraient être des 'gilets jaunes'". "Je fais beaucoup de trajet, donc je suis concerné par la doléance initiale des 'gilets jaunes' sur le prix du carburant (...) on comprend le mal-être de nos compatriotes, mais on dit 'stop aux blocages' et 'stop aux violences', indique-t-il. Et subissez ?

Partis-pris, caricature, rivalités et division
Communiqué contre communiqué, le mouvement des Foulards rouges est incohérent. Unis dans leurs positions, ils n'en sont pas moins divisés sur leur mode d'action et leur manifestation de ce dimanche met en évidence les divergences. Fabien Homenor et ses 1.700 adhérents Les Foulards Rouges de France estiment que, pour l'opinion publique, c'est "la marche à Macron" et c'est pourquoi "nous ne participerons pas à la marche", a-t-il annoncé

Des dissensions que le ralliement des "gilets bleus" à la marche risque de creuser. 
L’image contient peut-être : personnes debout
En effet, l'administrateur de la page, Laurent Ségnis, est adhérent  au parti La République En Marche, dans le Val de Marne et il a "activement participé à la campagne présidentielle". Il confirme avoir été contacté par plusieurs élus. "Tous sont les bienvenus, pourvu qu'ils soient républicains", annonce le "gilet bleu" qui assure lui-même venir "en tant que citoyen".

De son côté, Fabien Homenor maintient son appel "à ne pas participer" à la marche. Dans un communiqué, il souligne "des risques d'affrontements" et "d'être infiltrés par des casseurs mal intentionnés", puisque la marche ne bénéficie pas selon lui "d'autorisation définitive et se tiendra en même temps que la Marche pour le Climat".
Le Mouvement des Foulards Rouges annonce qu'il modifie le parcours de la marche : le départ ne se fera plus depuis la Place de la République, mais de la Place de la Nation, en direction de la Place de la Bastille, "sur demande de la Préfecture de Paris, parce qu'ils s'attendent à ce qu'il y ait du monde [10.000 personnes espérées] et c'est plus facile à sécuriser", rapporte Laurent Soulié. "Les gens se sont organisés, se réjouit Laurent Ségnis, j'ai reçu des messages de gens qui ont affrété des bus de toute la France (...) quatre sont prévus rien qu'à Dijon. Certains ont acheté leurs billets d'avions (...), même des expatriés."