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jeudi 4 janvier 2018

Daech en Syrie : arrêtée, la convertie Emilie König refuse la justice d'Allah

La djihadiste réclame son rapatriement en France pour y être jugée

La Française de Daech la plus recherchée des services de renseignements français et étrangers a été arrêtée en Syrie

people
Recruteuse française de Daech, Emilie König serait aux mains des forces kurdes, selon une révélation  de RMC. Elle serait détenue dans un camp de réfugiés géré par les Kurdes, mais elle préférerait être jugée par la justice du pays qu'elle a trahi, ce qui en dit long sur le parti-pris de nos juges et du respect qu'ils inspirent.

Première femme inscrite par les Etats-Unis sur la liste noire des terroristes en 2015. Agée de 30 ans, cette Bretonne était notamment recherchée pour avoir incité ses proches à commettre des actions violentes et pour avoir également publié des vidéos de propagande appelant au djihad armé sous l'identité d'Ummu Tawwab (la mère qui pardonne).
Des va-et-vient qui auraient échappé à la vigilance des services anti-terroristes...
Résultat de recherche d'images pour "Emilie König"
En 2013, cette convertie avait rejoint la zone irako-syrienne sans ses enfants, avant de revenir pour les récupérer, puis elle était finalement repartie sans eux.

Combien d'enfants de djihadistes ?
Ces dernières semaines, près d'une dizaine de Françaises et leurs enfants auraient été arrêtés, alors que Daech revendique l'attentat meurtrier contre une église copte (chrétienne) du Caire, en Egypte, à l'occasion de Noël. Des ressortissants français - qui ne sont pas seulement présents dans les zones de conflit, mais qui ont souhaité participer aux combats - ont été faits prisonniers et demandent à rentrer en France, ce qui pose des défis juridiques et diplomatiques majeurs. A Rakka, Syrie, ils seraient toujours 688 adultes français sur place, accompagnés de 400 à 500 enfants.

Deux des épouses de djihadistes auraient adressé une lettre à Emmanuel Macron pour décrire les conditions de vie ...difficiles ! Elles se diraient prêtes à rentrer en France pour répondre de leurs actes. Elles assureraient aussi n'avoir rencontré aucun responsable de l'Etat islamique.
Née à Lorient - ville PS dont Jean-Yves Le Drian fut le député-maire - dans le Morbihan, cette dernière d'une famille de quatre, convertie au contact de son premier mari, se radicalise à la fin des années 2000 en évoluant dans la sphère du groupe islamiste nantais Forsane Alizza, se réclamant d'un islamisme radical, empruntant sa rhétorique au salafisme djihadiste, créé en août 2010  par Mohamed Achamlane (condamné ce vendredi à 9 ans de prison ferme en juillet 2015) et dissout le 1er mars 2012 à la demande du ministre de l'intérieur Claude Guéant. En 2012, elle quitte la France pour la Syrie où elle apparaît dans des vidéos de propagande de Daech. Elle a été ajoutée en octobre 2015 à la liste des terroristes les plus recherchés par les Etats-Unis.
La France appliquera-t-elle le droit en l'état ?

Une dizaine de Françaises et Français - et leurs enfants - ont été faits prisonniers par l’armée irakienne ou les différentes forces engagées contre Daech. Quel sort leur réserve théoriquement le droit : un Français ayant commis un crime à l’étranger peut être poursuivi par la justice locale.
Mi-octobre, la ministre des armées, Florence Parly, avait ainsi estimé que "s’il y a des djihadistes qui périssent dans ces combats [de Rakka], je dirais que c’est tant mieux, et s’ils tombent entre les mains des forces syriennes, eh bien ils dépendront de la juridiction des forces syriennes."

Une situation "tout simplement intenable", a déjà réagi l’avocat Martin Pradel, conseil engagé, directeur des droits de l'Homme et de la défense de la Défense de l'UIA. Paris-France, qui défend quatre familles retenues en Syrie, soit une douzaine de Français, dont un "combattant" de Daech. "Ces personnes vivent dans des conditions humanitaires très difficiles, explique-t-il. Ils font l’objet de détention arbitraire par des groupes armés syriens dans des conditions abjectes, atroces," soutient-il, à propos de volontaires au djihad.
Juridiquement, ils se sont mis - de leur plein gré - dans une "complète impasse ", n'hésite pas à faire valoir l'avocat : "Les pouvoirs publics ne veulent pas en entendre parler, mais c’est reculer pour mieux sauter : il n’y a tout simplement pas de juridiction qui fonctionne en Syrie ", raconte-t-il, condamnant un pouvoir légitime, héritier d'un mandat international de la SDN (dont le France était partie prenante), en proie à une révolte islamiste intérieure violente, soutenue de l'étranger.

Un problème de droit international ?
A moyen terme,  en Syrie, cette situation représente aussi une menace diplomatique, prétend Wassim Nasr, un journaliste et animateur de réseau, diplômé à l'Institut de Relations Internationales et Stratégiques (IRIS) et du Centre d'Etudes Diplomatiques et Stratégiques (CEDS). "Un Français, aussi minable soit-il [sic], est une monnaie d’échange, un moyen de pression potentiel pour ces groupes qui les détiennent. Il a le sentiment que "pour l’Etat français, mieux vaudrait les avoir sous la main." En plus des associations et collectifs "humanitaires" - plus "humanistes" que quiconque - , les Français doivent s'attendre à subir la pression des communautés de tous pays arabes sur leur territoire.
La situation se clarifie pourtant également en Irak. Emmanuel Macron a d’ailleurs récemment redit sa confiance dans les juridictions locales : des Français ont vocation à y être jugés "avec leur famille", a-t-il précisé.

"Nos" djihadistes [et parfois exécuteurs de Français] y encouraient néanmoins une condamnation à mort, ce qui pose question sur le plan du droit et des principes : la France a aboli la peine capitale et se refuse à extrader des étrangers risquant d’être exécutés dans leur pays. Sauf que ce cas de figure exclut les djihadistes en question qui ont choisi de rompre avec la France et l'ont combattue.  "La France peut sans doute négocier en sous-main le fait qu’on ne requière pas la peine de mort contre nos ressortissants, imagine un spécialiste de droit international partisan. Si celle-ci devait malgré tout être prononcée, on pourrait demander une grâce présidentielle." Juristes émoustillés ou subversifs, nos pro-islamistes de France ont tout prévu...

Interrogations pour les femmes et les mineurs
Avocate de l'ONG Sherpa et des salariés syriens de Lafarge, Marie Dosé dénonce déjà l’attitude "scandaleuse" de la France : "Nous pouvons parfaitement judiciariser ces affaires en France et nous le devons, assure-t-elle. Sur quelle base juridique ? Sauf à refuser de regarder notre histoire en face. C’est notre société qui a produit ces djihadistes, c’est donc à nous de les juger !"lance-t-elle, ce qui justifierait en soi des poursuites de l'Etat français.

"Paris serait légitime à le faire puisqu’ils font aussi l’objet de poursuites en France pour association de malfaiteurs à visée terroriste", enchaîne Me Pradel, membre de l'Union Internationale des Avocats.
Le sujet du sort des enfants est particulièrement sensible. Mi-octobre, une vingtaine de familles, dont les filles sont parties faire le djihad, ont demandé au président de s’engager à rapatrier les mineurs : "Notre mère patrie (…) ne doit pas rejeter ses enfants, même égarés," ont-elles été encouragées à clamer.

Une option exclue par l’exécutif, qui a fait le choix d’un rapatriement "au cas par cas", selon les mots d’Emmanuel Macron, mi-figue, mi-raisin. "Les appels au djihad s’adressent aussi aux femmes et aux mineurs, a aussi souligné François Molins, le 10 novembre, justifiant ainsi la position de l’exécutif. Certains ont été formés au maniement des armes." Et constituent pour la population un danger réel permanent sur le sol français.
"Le cas par cas, c’est l’arbitraire le plus total," leur opposent les avocats de djihadistes, quand l'USM défend le droit du juge à interpréter la loi, en fonction du contexte et du parcours personnel de l'accusé...

L’option du "cas par cas" interpelle donc les défenseurs des droits de l’homme. "La France a le devoir de protéger l’intégrité physique de ces enfants, quels que soient les actes commis par leurs parents," estiment les pros de la compassion, héritiers du christianisme, à leur corps laïc défendant. On doit impérativement protéger ces mineurs, ce qui suppose de les faire rentrer chez nous", insiste ainsi Me Patrick Baudoin, président d’honneur de la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH). Un point de vue subjectif qui ne se fonde que sur une idéologie. 
"Le cas par cas, c’est l’arbitraire le plus total, dénonce aussi Marie Dosé. Car qui décide qu’untel "mérite" ["ne mérite pas" serait mieux approprié] d’être rapatrié [et hébergé dans ses bureaux du Louvre], et pas l’autre [celui ou celle qui n'a pas porté les armes contre son pays] ? Quels sont les critères retenus pour opérer ce choix ?" Quels sont les critères objectifs de Marie Dosé pour prendre le risque d'exposer des femmes et des enfants innocents de France à des actes criminels éventuels ? 
Pour cette juriste incompétente en matière de sécurité, la justice antiterroriste française serait tout à fait en "capacité" de "neutraliser" les combattants français et leurs familles, au prix d'une vigilance sécuritaire sur plusieurs générations : "Pour la pratiquer, je peux vous assurer de sa très grande sévérité", décide Marie Dosé, qui s'était mobilisée contre Nicolas Sarkozy, n'est pas neutre et ne se prend pas pour  "Untel"...
De fait, les adultes de retour font logiquement l’objet d’un traitement judiciaire et sont le plus souvent incarcérés, hommes comme femmes. Dans le code pénal comme dans les procès, les peines n’ont cessé de s’alourdir ces dernières années.

Dialectique marxiste qui fait de l'agresseur la victime de sa société
Les mineurs de 13 et 15 ans ont évidemment, eux aussi, "vocation à être interpellés à leur arrivée en France et à être entendus", selon les mots de François Molins, pour être éventuellement mis en examen et jugés devant le tribunal pour enfants ou la Cour d’Assises des mineurs. Ceux de moins de 13 ans sont placés dans "des centres spécialisés, voire des familles d’accueil pour les plus petits", si mûrs et aguerris par leurs parcours soient-ils.

Au delà des mots et des intentions, il reste qu’on ne sait pas bien comment prendre en charge ce public et permettre qu’il ne représente plus une menace à moyen ou long terme ou, pour les adultes, à leur sortie de prison. "On est face à des gens qui sont plus déçus que repentis", avait d’ailleurs remarqué François Molins récemment - sans mentionner les vindicatifs - , évoquant les combattants de retour et mettant en garde contre toute "naïveté".
"Je ne sais même pas s’ils sont déçus, commente une autre source judiciaire, anonyme, cette fois. Ils disent qu’ils regrettent d’être partis, mais ils minimisent leur rôle et disent surtout qu’ils se sont fait laver le cerveau." Un peu comme s’ils étaient plus victimes que responsables de leurs actes. La ligne de défense des associations...

Les combattants français de Daech
Depuis janvier 2013, 2.370 Français ou résidents se sont "impliqués" dans les ­filières djihadistes. Parmi eux :
- 280, au moins, ont été tués dans les combats ou par des frappes aériennes. Ce nombre est probablement sous-estimé, reconnaissent les autorités.
- 980 ont voulu partir ou ont tenté de le faire, sans y parvenir. Ils ont pu être arrêtés en France ou sur leur route vers la Syrie.
688 se trouvent actuellement sur place, dont 295 femmes et 28 mineurs de plus de 15 ans. En tout, il y aurait entre 400 et 500 mineurs avec eux.
249 sont de retour en France, tandis que 173 seraient en transit. Le nombre des retours s’est largement tari : depuis janvier 2017, les autorités françaises n’en auraient enregistré que neuf.

En tout, 465 procédures judiciaires concernant 1 469 individus sont en cours,
selon le Centre d’analyse du terrorisme et parquet de Paris.

Attendez-vous à ce que le repentir soit introduit dans les attendus des juges de la Justice française, "la mère qui pardonne"...
On compte au bas mot 7.000 Kurdes iraniens et 5.000 Kurdes irakiens en France. Le reste est formé de Kurdes de Syrie, du Liban et des ex-républiques soviétiques du Caucase. Les premiers migrants kurdes sont arrivés dans le cadre des accords bilatéraux entre la France et la Turquie signés en 1965.
"Elle est en Syrie ? Qu'elle y reste". Ce sont les mots du père de la djihadiste, 30 ans à l'époque et mère de trois fils de trois pères différents. Celle qui se fait appeler "Samra" aurait accouché en Syrie d'un petit garçon en mars dernier, fruit d'une union avec un Nîmois converti, Peter Cherif, le plus aguerri, un "senior" des Français blacklistés par les Etats-Unis. Des trois djihadistes, Peter Cherif est en effet le combattant le plus ancien. Celui qui fût petit délinquant à ses heures – braquages et vols à mains armées, indique l'Express– est parti dès 2004 renforcer les rangs d'Al-Qaïda en Irak pour lutter contre les forces de la coalition militaire conduite par les Etats-Unis.

Le père de la recruteuse est un gendarme à la retraite de 69 ans en 2015, quand il s'exprima ainsi pour la première fois et de manière très brève dans le journal Ouest-France. 
Quelle famille de victime du terrorisme islamiste se porte volontaire pour l'héberger avec ses enfants de djihadiste(s) ?

mardi 15 janvier 2013

Mali: les islamistes mobilisent les salafistes de France

Des djhadistes du Mali veulent pouvoir "frapper le coeur de la France."

Le juge d'instruction antiterroriste Marc Trevidic commente ces menaces pour le Nouvel Observateur et tente de rallier l'opinion française à l'entreprise de guerre du gouvernement, fer de lance isolé du combat contre l'invasion islamiste du Mali. L'ingérence française est-elle en train de tourner en opération médiatique accréditant l'idée d' ...auto-défense ?

En octobre, le juge d'instruction antiterroriste Marc Trévidic observait déjà des "frémissements de départs" de djihadistes français vers le Mali, dont le nord est contrôlé par des groupes islamistes armés. Après que François Hollande a décidé, vendredi dernier, de lancer l'intervention des forces françaises au Mali, sans consulter le Parlement, "le Nouvel Observateur" a questionné Marc Trevidic, lundi 14 janvier.

Certains responsables djihadistes affirment qu'ils vont "frapper le cœur de la France". Qui sont-ils et quel crédit donner à leurs menaces ?
- Ce sont les chefs des groupes locaux au Mali qui font, à mon avis, plus un appel aux djihadistes ou aux salafistes en France pour essayer de faire quelque chose qu'ils n'ont pas réellement la possibilité d'organiser eux-mêmes. C'est pour cela qu'ils diffusent cela dans la presse et sur Internet. C'est un message, une manière de dire "la France est notre ennemie. Tapez là", mais ce n'est certainement pas eux qui, actuellement, sont capables d'organiser quoi que ce soit depuis le Mali.
Ils s'adressent finalement à leurs sympathisants sur le territoire français. Il ne faut pas croire qu'ils puissent eux-mêmes organiser vraiment quelque chose alors qu'ils sont en pleine guerre, qu'il y a des frappes françaises, etc. Il y a déjà pour l'heure suffisamment de problèmes à résoudre au Mali. Pour organiser l'exportation du terrorisme sur un autre territoire, il faut être un groupe puissant et disposer d'un peu de temps. C'est très compliqué et donc, trop tôt pour l'instant. C'est surtout un appel à la "bonne volonté" de leurs sympathisants sur le territoire français.
De quels "sympathisants" s'agit-il ?
- Ceux qui, simplement, partagent leur idéologie. On a quand même des groupes qui se sont constitués et ont déjà envoyé certains de leurs membres au Mali. Ce sont ces gens-là auxquels on demande de faire quelque chose puisqu'ils ont montré une sympathie pour le djihad au Mali.

Hollande a déclaré que la France n'avait "pas d'autre but que la lutte contre le terrorisme". Le Directeur général de la police nationale, Claude Baland, dit que la menace est "réelle." Et le plan Vigipirate a été renforcé. Qu'en penser ?
- Le plan Vigipirate est un élément parmi d'autres qui permet de renforcer les contrôles et d'éviter des actes isolés comme celui d'une personne qui passerait à l'acte sur un coup de tête. Mais on sait très bien que la vraie lutte contre le terrorisme se fait par la surveillance des groupes ou des groupuscules qu'on a déjà repérés et dont on sait qu'ils peuvent être potentiellement dangereux. On sait que cela fait plusieurs mois que les services français se sont occupés d'essayer de voir dans les groupes salafistes ceux qui ont des connexions avec le Mali et qui pourraient éventuellement passer à l'acte. Ce travail a déjà été fait en amont en grande partie.
[Il est toutefois paradoxal qu'une ancienne puissance coloniale puisse intervenir sans mandat de l'ONU ni vote parlementaire, et qu'aussitôt une ou plusieurs associations ne s'insurgent ! Le Mouvement de la Paix s'est-il manifesté ? A gauche, Jean-Luc Mélenchon (Parti de gauche) a jugé "discutable" l'intervention de l'armée française, tout comme Nathalie Arthaud (Lutte ouvrière)]

Où en est la surveillance d'Aqmi (Al-Qaïda au Maghreb islamique) au Mali depuis l'affaire Merah ?
- Aqmi est tout de même un peu en retrait au Mali. Ce sont en grande partie des Algériens qui regardent un peu ça de loin. Les groupes locaux, Ansar Dine et Mujao, sont beaucoup plus actifs et composés de population locale, des Sénégalais et des Nigériens. Des messages de menaces contre la France comme celui que vous avez cité ("frapper le cœur de la France", ndlr), Aqmi en fait depuis longtemps. Ça n'a rien de nouveau. Ce qui est nouveau, en revanche, c'est que ces messages viennent à présent également de ces autres groupes qui sont beaucoup plus locaux et sont plus, quelque part, des scissions d'Aqmi.
Aqmi est notre ennemi depuis longtemps. Droukdel (Abdelmalek Droukdel, chef d'Al-Qaïda au Maghreb islamique, ndlr) a plusieurs fois menacé la France dans des termes à peu près identiques, notamment après la mort de Germaneau (humanitaire français tué en 2010 qu'Aqmi a annoncé avoir exécuté, ndlr). Il faut se souvenir qu'il avait dit "qu'on allait le payer, qu'on creusait nos propres tombes", un langage qu'on retrouve à présent dans la bouche d'autres groupes.

Vous avez évoqué dans une interview au "JDD" un dossier qu'on vous a confié concernant trois jeunes Français de 20 ans voulant aller faire le djihad en Afghanistan et au Mali. Des jeunes Français partent-ils faire le djihad au Mali ? Sont-ils nombreux ?
- Oui, il y en a, mais de là à dire qu'ils sont nombreux... Il y a surtout des petits groupes qui se créent avec des gens qui veulent faire le djihad et ne savent pas la destination qu'ils vont prendre. Maintenant ils le savent. Ils ont voulu aller au Yémen, et finalement leur choix se porte sur le Mali parce qu'on leur a dit "ça y est la charia y est appliquée" et que le Mali allait être attaqué, c'est pour ça qu'il y a cet attrait pour le Mali. Il y a toujours une volonté de faire le djihad quelque part, mais les endroits changent; il y a des lieux de djihads "à la mode", pour différentes raisons. Aujourd'hui, c'est le Mali. Hier, c'était le Waziristan [région montagneuse du nord-ouest du Pakistan]. Ça se déplace, en touchant finalement la même population extrémiste qui veut aller à tout prix faire son djihad.
[Ainsi la France se désengage-t-elle à grands frais de l'Afghanistan pour engager nos forces vives au Mali. Pour Hervé Gattegno dans Le Point, " Non, il n'y a pas de guerre sans arrière-pensées ! " et l'intervention militaire lancée par Hollande au Mali contre les islamistes a pour but de maintenir l'influence française en Afrique. Plutôt que du risque d'enlissement, la classe politique considère que François Hollande, chef de guerre, pourrait être le seul bénéficiaire de cette intervention militaire]

 Il s'agit donc de petits groupes isolés ?

- Ce sont en effet de petits groupes. On n'a pas détecté aujourd'hui de grosses structures en lien avec le Mali. Tout cela est beaucoup trop neuf. Ça va vraiment très vite. Il ne s'est pas mis en place de filières très sophistiquées. C'est plus l'initiative de petits groupes de copains.

Comment sont recrutés les djihadistes qu'on peut trouver au Mali ?
- Le milieu ambiant compte toujours, les amis que vous avez autour de vous dans des milieux plus ou moins salafistes. Il y a aussi Internet, et cette propagande très fine qui montre des images de musulmans victimes, des images de guerre à la gloire des moudjahidines... Le choc de l'image est très important pour les jeunes, notamment pour les mineurs. Après, si on voit qu'ils vont souvent sur ces sites, ils seront contactés par messagerie privée, et on verra jusqu'où on peut les embrigader. C'est un peu la voie royale aujourd'hui.
Où en est-on en matière de lutte contre le terrorisme et particulièrement par rapport au Mali ?
- L'idée a été de se dire que si ces groupes djihadistes et leur idéologie très violente prenaient Bamako, une ville de 2 millions d'habitants, ils seraient indélogeables. Il fallait donc aller plus vite. Maintenant, on a au moins l'impression que la partie est engagée, qu'on maîtrise quand même plus ou moins ce qu'il se passe. Du travail a été réalisé en amont sur le territoire français, donc on n'a pas l'impression pour l'instant d'être débordés. Maintenant, l'avenir nous dira leur degré de résistance, leur degré de réponse à cette situation-là. On ne peut pas trop prévoir comment ça peut tourner.

Au final, le juge anti-terrorisme ne livre aucune information nouvelle et utile: l'entretien ne sert qu'à justifier l'interventionnisme français mais le Nouvel Observateur participe ainsi au formatage de l'opinion française.
Un sondage devrait suivre...