La répression tout azimut, solution Hollande au terrorisme religieux comme à l'homophobie
Il est reproché au président du CRIF, Roger Cukierman, des propos stigmatisants sur les "jeunes musulmans"
Il est reproché au président du CRIF, Roger Cukierman, des propos stigmatisants sur les "jeunes musulmans"
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| Le président Hollande accueilli au 30e dîner annuel du CRIF par son président et son vice-président, Roger Cukierman et Francis Kalifat, le 23 février 2015 à Paris |
Au cocktail apéritif, le socialiste Jean-Paul Huchon, président PS de l'Ile-de-France, prenait parti: "C'est très embêtant (...) Là il fait la totale, l'ami Cukierman", a-t-il lâché. Quant à Jean-Vincent Placé (EELV), il a regretté que ce dîner n'ait pas été un "temps d'unité nationale maximale". Latifa Ibn Ziaten, mère d'Imad, le militaire assassiné par Mohamed Merah, terroriste islamiste franco-algérien et auteur des tueries de mars 2012 à Toulouse et Montauban campait dans le communautarisme: "Les jeunes musulmans se sentent déjà montrés du doigt. Ce n'est pas la peine d'en rajouter".
A son arrivée, l'ancien président Nicolas Sarkozy a pris le contre-pied de Serge et Arno Klarsfeld, qui avaient les premiers condamné les mots de R. Cukierman sur Marine Le Pen: "Heureusement qu'il y a des gens dans la communauté (juive) qui tiennent des propos sensés," a-t-il commenté, avant un vif échange, quelques minutes plus tard, avec le numéro 2 du Crif, Francis Khalifa.
Roger Cukierman a tenté de faire retomber la pression en exprimant, en introduction de son discours, son «vif regret» de l'absence du CFCM. "Juifs et musulmans, nous sommes sur le même bateau, j'espère que le contact sera rapidement rétabli", a déclaré R. Cukierman, rappelant son amitié "ancienne et sincère" avec D. Boubakeur.
Il a réitéré sa mise au point sur la présidente du Front national, qui n'est «ni fréquentable ni irréprochable» tant qu'elle ne se désolidarisera pas des propos de son père. "Nous continuerons à ne pas inviter Mme Le Pen au dîner du Crif et à ne pas conseiller de voter pour le Front national".
Marion Maréchal-Le Pen, au secours de Cukierman, "broyé par le politiquement correct"
La classe politique française aurait remonté les bretelles du président du CRIF, selon l'élu FN du Vaucluse, suite à ses propos objectifs sur Marine Le Pen, lundi. "Le président du Crif ne peut pas établir un état de fait sans être immédiatement broyé par le politiquement correct", a souligné, mardi, Marion Maréchal-Le Pen sur France 2, après la déclaration de Roger Cukierman sur Marine Le Pen, lundi, suivie d'un rétropédalage.
"Le fait que Marine soit irréprochable sur la question de l'antisémitisme est un état de fait. Elle n'a jamais été condamnée. (Le fait) que la majorité des actes antisémites en France sont le fait de musulmans est une réalité", a poursuivi la députée du Vaucluse.
Lundi matin, le jour du dîner annuel du CRIF, Roger Cukierman avait déclaré que Marine Le Pen est "irréprochable personnellement".
Le président du CRIF a subi des pressions de toutes parts, la bouderie du Conseil français du culte musulman, une espèce de réaction médiatique très forte. Bref, le mécanisme habituel de terroriser toute réflexion politique dans ce pays qui sort du cadre établi par la classe politique française", a-t-elle dénoncé.
"Marine Le Pen, à plusieurs reprises, s'est expliquée sur les propos de son père, elle a dit d'ailleurs qu'elle n'en partage pas le contenu; il n'y a là-dessus aucune espèce d'ambiguïté", a rappelé sa nièce.
Hollande promet des sanctions accrues contre la "lèpre" de l'antisémitisme
Au 30e dîner annuel du Crif, le président Hollande a annoncé un renforcement de l'arsenal répressif contre "tout propos de haine" raciste ou antisémite, alors que les représentants musulmans du CFCM, choqués par des propos de son président Roger Cukierman, boycottaient le repas.
"Il n'y a pas d’antisémitisme ordinaire", a affirmé Hollande parlant d'une "lèpre» qui est "toujours là 70 ans après la Shoah" et que "la France combattra sans faiblesse". Manuel Valls présentera "dans les prochains jours" un plan "aussi complet que concret", a précisé le président. Des "sanctions plus rapides et plus efficaces" vont être prises: Hollande "a souhaité" que "tout propos de haine, raciste, antisémite ou homophobe ne relève plus du droit de la presse mais du droit pénal". C'est l'annonce d'une répression sur des bases subjectives et donc des règlements de comptes. De plus, sera renforcé le caractère aggravant de la connotation antisémite d'un délit.
"Nous allons renforcer les outils du droit" contre les personnes tentées par le djihadisme, a ajouté Hollande, annonçant la présentation en conseil des ministres, le 18 mars prochain, d'un projet de loi sur le renseignement. "Pour être efficace", Hollande a insisté sur la dimension européenne de la lutte contre le terrorisme et s'est félicité de l'application "d'ici la fin de l'année" du PNR (Passenger Name Record), la communication des données des fichiers de passagers aériens.
Outre ses voisins européens, Hollande a également mis en cause les "majors" américaines, les mettant face à leurs responsabilités: "Si vraiment les grands groupes d'internet ne veulent pas être complices du mal, ils doivent participer à la régulation". Lors de leur venue en avril, «nous fixerons un cahier des charges clair et précis avec ces géants d'internet et je vous assure que nous contrôlerons son application". "
Roger Cukierman a appelé à une minute de silence en hommage aux victimes du "cauchemar effroyable que nous avons vécu au début de cette année".
Le président du CRIF faisait notamment référence aux tueries -par des djihadistes de France- provoquées par les dessinateurs libertaires de la feuille anarcho-révolutionnaire Charlie Hebdo et contre un supermarché casher près de Paris, qui ont fait 17 morts dont quatre juifs, ainsi qu'aux récents attentats de Copenhague qui ont fait deux morts, dont un juif mi-février.
Le Conseil français du culte musulman (CFCM) et son président Dalil Boubakeur, recteur de la Grande Mosquée de Paris, avait choisi de bouder le dîner, une politique inédite de la politique de la chaise vide à ce rendez-vous œcuménique religieux et politique.
Le président du Consistoire israélite de France a apporté aujourd'hui son soutien au président du CRIF
Joël Mergui a dénoncé un "islamisme radical".
"On est dans un moment de vérité en France, on ne peut pas dire, faire comme si l'islamisme radical n'existe pas", a déclaré Joël Mergui, interrogé par i-télé (groupe Canal+).
"C'est une question de transparence de dire que quand des actes sont commis en disant 'Allah Akbar' ils sont commis au nom de l'islam", a-t-il ajouté, en référence notamment aux attentats commis depuis janvier à Paris.
"Quand des meurtres ont été faits en France, ou dans différents pays, en instrumentalisant l'islam, on a le devoir de le dire", a martelé le président du Consistoire, précisant que cela "ne concerne pas tous les musulmans" mais que "tous les musulmans doivent dénoncer ces actes faits au nom de l'islam". Plutôt que de poser un lapin aux CRIF...
