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samedi 1 août 2015

MyferryLink: nouveau soubresaut de colère ouvrière à Calais

L'accès au port de Calais à nouveau bloqué par des marins, suite 

SeaFrance, nouvelle coopérative coulée

Mécontents des mesures proposées par le gouvernement pour sauver la compagnie maritime MyFerryLink - constituée majoritairement par les anciens salariés de SeaFrance qui exploite les liaisons trans-Manche par ferries de la ligne Calais-Douvres -  des centaines de marins de la Scop SeaFrance ont de nouveau lancé des actions coup de poing, vendredi, en même temps qu'ils apprenaient que leur coopérative était liquidée.

Près de 300 manifestants ont ainsi bloqué pendant plus de trois heures vendredi les bretelles d'accès au port de Calais (Pas-de-Calais) avec des tas de pneus enflammés.
Ils sont ensuite partis dans un cortège d'une cinquantaine de véhicules pour une opération escargot sur l'A16 en direction de Loon-Plage, près du port voisin de Dunkerque, où la compagnie danoise concurrente DFDS a installé une partie de son activité. L'opération a provoqué d'importants bouchons en cette journée classée rouge dans le sens des départs en vacances par Bison futé, qui se comptaient encore en kilomètres en fin d'après-midi.
Le trafic restait totalement interrompu sur la nationale 216, bloquée dans les deux sens en raison des dégâts, au niveau de la sortie portuaire, obligeant à la mise en place de déviations par les forces de l'ordre.

Le trafic portuaire n'était cependant pas impacté, les compagnies maritimes invitant juste les passagers à prendre leurs précautions et annonçant des retards éventuels pour accéder à l'embarquement.
VOIR et ENTENDRE un reportage de l'AFP interdit d'imbrication aux blogueurs et pourtant mis à disposition (gracieuse?) du journal Le Monde (sous sa signature !):

Cette manifestation était "la goutte d'eau qui fait déborder le vase" pour le président du port de Calais
 
Comme cela a été le cas à plusieurs reprises au mois de juillet, Jean-Marc Puissesseau est exaspéré de voir les infrastructures bloquées une nouvelle fois, sans que les autorités n'interviennent. Le ministre de l'Economie, Emmanuel Macron, passe des vacances paisibles dans le Pas-de-Calais, Le Touquet, très bourgeoise station balnéaire "de l'élégance", à 30 minutes de ce conflit social. 

Sur le mois écoulé, le port a ainsi enregistré une baisse de 30% du trafic camion transmanche, -36% pour les voitures et -20% pour les autocars, selon la Société d'exploitation des ports du Détroit. Depuis le début du mouvement "MyFerryLink", elle indique enregistrer une perte de 7 millions d'euros.

SCOP qui opère les navires de la compagnie transmanche MyFerryLink depuis août 2012 et placée en redressement judiciaire le 11 juin dernier, SeaFrance est au centre d'un conflit qui dure depuis plusieurs mois entre ses marins, le propriétaire de ses trois navires, Eurotunnel, et son concurrent danois DFDS. 
Une nouvelle réunion sous l'égide du gouvernement avait eu lieu jeudi.

Nouveau rêve brisé d'une société  coopérative ouvrière de production (Scop)

La gauche idéologue et ringarde avait misé sur les Scops
Dans l'idéal, elles permettent aux salariés de maîtriser leur activité professionnelle et de partager équitablement le pouvoir, les décisions et les fruits de leur travail. A condition d'être bénéficitaires... Soumises à la loi du 10 septembre 1947 sur les coopératives et régies par une loi de 1978 (gouvernement Barre), actualisée en 1988 (gouvernement Rocard) et en 1992 (gouvernement Bérégovoy), 1.700 entreprises emploient plus de 36.000 salariés dans l'industrie et les services. L'entreprise appartient à ses salariés, les coopérateurs élisent leur patron, la répartition des bénéfices se fait équitablement et elles sont exonérées de la taxe professionnelle. Mais la recherche d'investisseurs extérieurs est entravée par le fait que la législation leur interdit toute  perspective de prise de contrôle.

Près de 280 Scop sont nées en 2014
En mai 2015, près de 4 ans après l’annonce de la fermeture de l’usine de production de thés Lipton et infusions Eléphant entraînant la suppression de 182 postes, les "Fralib" de Gémenos, en Provence ont présenté le lancement de leurs propres marques.
En 2012 dans l'Ain, quatre anciennes salariées du groupe Lejaby ont créé une SCOP de fabrication de lingerie fine et de dessous féminins made in "Bellegarde", une fabrication 100% made in France (Les Atelières), grâce à trois banques et 350.000 euros de prêts, garantis à 70 % par la Banque Publique d'Investissement (BPI), présidée par Jean-Pierre Jouyet, que Hollande a fait secrétaire général de la Présidence de la République, et dirigée par Ségolène Royal, alors vice-présidente et porte-parole, devenue ministre de Valls. Les Atelières (et Monette, une autre tentative sur le site de Lejaby) sont en liquidation judiciaire.

Le 18 août 2014, Arnaud Montebourg, ministre de l'Economie, du Redressement productif et du Numérique et Carole Delga, secrétaire d'Etat chargée du Commerce, de l'Artisanat, de la Consommation et de l'Economie sociale et solidaire, se félicitaient de la réouverture sous forme de Scop de la
grande librairie clermontoise Les Volcans, appartenant anciennement au réseau Chapitre, après six mois de fermeture. "L'économie sociale et solidaire est résiliente et permet aux salariés d'être acteurs de leur territoire et de leur avenir professionnel" a précisé Carole Delga. Les collectivités et la DRAC, entre autres financeurs, ont accordé 192.000 euros et l'association Lira (Libraires indépendants en région Auvergne), alimentée par le conseil régional, l'Etat, l'Europe et le Crédit Mutuel vit d'aides publiques. 

Le tribunal de commerce de Boulogne-sur-Mer a prononcé la mise en liquidation judiciaire de la Scop

Maire de Boulogne-sur-Mer depuis 2002, Frédéric Cuvillier, fut sous-ministre des... Transports, de la Mer et de la Pêche de Hollande (2012-2014) 
"Le tribunal prononce la conversion en liquidation judiciaire (...) sans poursuite d'activité à compter de ce jour. La Scop SeaFrance n'existe plus", depuis la décision du tribunal de Commerce. La création de cette SCOP avait été décidée par CFDT maritime Nord, le syndicat dominant .
Impuissant à sauver SeaFrance, Cuvillier aura été le premier ministre en exercice à célébrer un mariage entre deux personnes de même sexe (le 1er juin 2013). 

Mais cette liquidation judiciaire permet le paiement des salaires de juillet des 487 salariés, la coopérative n'ayant pas la trésorerie suffisante pour le faire. La liquidation "est une bonne chose pour les salariés. Ils vont toucher leur salaire. Maintenant, on va essayer de négocier un bon plan social. Il faut faire comprendre au gouvernement qu'on ne lâchera rien", a lancé Eric Vercoutre, secrétaire général du syndicat CFDT maritime Nord, ultra-majoritaire, parlant malgré tout de "naufrage".

"L'Etat doit maintenant nous aider de façon concrète. On promet une activité très perturbée le temps que l'on soit entendus", a-t-il ajouté.
Une nouvelle assemblée générale des marins doit avoir lieu "mardi ou mercredi".

Le gouvernement ne laisse aucun espoir

Le secrétaire d'État chargé des Transports, Alain Vidalies, "a simplement dit qu'à Calais, seulement 380 emplois pouvaient être sauvés" sur un total de 487, a déploré la CFDT locale, syndicat proche du parti socialiste mais qui refuse toujours de passer du giron d'Eurotunnel à celui du concurrent DFDS.

"Le gouvernement n'est pas capable de nous verser un fonds d'aide alors qu'il a donné 100 millions d'euros à la SNCM", s'est plaint E. Vercoutre.

La semaine dernière, le gouvernement avait soumis un texte prévoyant notamment la liquidation de la Scop SeaFrance, la création d'une nouvelle Scop exploitant un seul navire et la reprise limitée à 380 salariés sur 487 au total.  Il a fixé pour objectif "d'obtenir dans un délai de 3 mois une solution pour chaque salarié".
Eurotunnel, propriétaire des trois navires affrétés jusqu'à juin dernier par MyFerryLink, "a réitéré son engagement d'une offre d'affrètement" d'un seul de ces bateaux, qui "sera formalisée par écrit dans les prochains jours", selon A. Vidalies, aligné sur Eurotunnel, société privée européenne cotée sur les marchés boursiers de Paris et Londres.

mercredi 1 janvier 2014

SNCM: la CGT ne fait pas confiance à Hollande

La grève est reconduite malgré les promesses de Ayrault

Les syndicats de la SNCM ont reconduit leur mouvement
pour ce jeudi. 

Pas convaincus par les promesses de Jean-Marc Ayrault, ils dénoncent un "abandon" du plan de sauvetage de la compagnie maritime aux 2.600 salariés, en pleine tourmente depuis des mois et des mois.

La grève, suivie  à 65% par le personnel navigant mercredi 1er janvier, a été reconduite pour ce jeudi, où elle devrait s'étendre au personnel sédentaire, en congés la veille. Six des huit bateaux qui devaient desservir la Corse et le Maghreb - les deux autres sont en hivernage - devraient ainsi de nouveau être immobilisés.
Mercredi, les passagers avaient tous été prévenus par la compagnie et l'embarquement était alors désert à Marseille..

Une annonce de Ayrault relance le mouvement de grève
Mardi, le Premier ministre a promis 30 millions d'euros d'apport supplémentaire de l'Etat dans un courrier au député PS Patrick Mennucci, candidat à la mairie. Il a déclenché le début de la grève, car en contrepartie, il exige "la mise en place dans des délais désormais rapides des mesures de redressement", soulignant que "cette solution devra être mise en lien avec l'actionnaire majoritaire", Veolia-Transdev.

La CGT Marins, syndicat majoritaire, a dénoncé un "enfumage électoral". Alors que la région Bretagne a bénéficié d'une aide de seulement 15 millions pour l'ensemble des entreprises agroalimentaires, le représentant CGT de la compagnie, Frédéric Alpozzo, a déploré qu'on demande aux salariés de fournir tous les efforts "sans que l'Etat et les actionnaires respectent leurs engagements industriels".

Les déclarations du sombre Ayrault "cachent en réalité l'abandon du plan tel qu'il a été voté par l'ensemble des actionnaires", assure le délégué CFE-CGC Maurice Perrin. Ce programme devait permettre d'économiser 70 millions d'euros par an et d'atteindre la rentabilité en deux ans, via la suppression de 500 postes et le renouvellement des navires.

C'est "un revirement important", "une remise en cause du projet industriel bâti par le management, partagé avec les salariés et soumis dernièrement au vote des marins", confirme une source proche du dossier.

2.600 salariés et plus de 4.000 clients frappés

Avec l'immobilisation des bateaux, "plus de 4.000 clients (seront) touchés sur les deux premiers jours, pour un coût de près de 1 million d'euros", selon la direction.

Des perturbations touchent aussi la Méridionale, qui détient avec la SNCM la délégation de service public pour les liaisons entre la Corse et Marseille de 2014 à 2023.

La SNCM traverse une phase critique 
En proie à des difficultés de trésorerie, elle est sous le coup d'une double condamnation de Bruxelles à rembourser 440 millions d'euros d'aides jugées illégales,.

Au coeur du problème, l'actionnariat largement public. Veolia (Caisse des dépôts et consignations pour 9,3 %, EDF,4,22 %, Veolia Environnement, 2,73 %, et l'Etat avec d'autres investisseurs, 67,3 %), qui devait récupérer en direct les 66% détenus par Transdev, co-entreprise formée avec la Caisse des dépôts,  60 %, et Veolia Environnement, 40 %), souhaite se désengager.

Dans ces conditions, le numéro un mondial de l'eau rechigne à apporter les garanties bancaires nécessaires, préférant le scénario du dépôt de bilan. Ce scénario catastrophe de nouveau brandi juste avant Noël a poussé l'actionnaire a finalement octroyer in extremis un nouveau prêt de 13 millions d'euros à la SNCM, indispensable à la poursuite de son activité jusqu'à fin janvier.

Actionnariat public d'intérêt général

Loin de son image "sclérosée et vieillotte", l'entreprise serait "viable", se plaisent à clamer à l'unisson syndicats et direction.
"Veolia et Transdev ne doivent pas avoir droit de vie et de mort sur la SNCM", s'insurge le cégétiste qui regrette que le gouvernement "reporte sine die toute recherche d'un actionnariat futur".

Les syndicats appellent à la mise en place d'un "actionnariat public d'intérêt général" avec la Caisse des dépôts et les collectivités, aux côtés de l'Etat (25%) et des salariés (9%).

La ville de Marseille a récemment demandé de siéger au conseil de surveillance comme administrateur indépendant. 

Le Conseil général socialiste des Bouches-du-Rhône s'est de son côté dit "prêt à entrer au capital de la SNCM", "dans le cadre d'un projet industriel" porté par un acteur privé.

Les holdings d'investissement Alandia (fondée en 2010 par de grandes familles françaises d'entrepreneurs) et Fin'Active (qui a repris Saft, fabricant français de batteries), ainsi que deux armateurs, dont les noms n'ont pas été précisés, ont déjà manifesté leur intérêt.

jeudi 20 juin 2013

SNCM: le redresseur de Hollande envoie 600 postes par le fond à Marseille

Montebourg laissera-t-il couler 600 marins ?

Veolia et l'Etat, les deux principaux actionnaires, se sont réunis jeudi pour un conseil de surveillance concernant l'avenir de la compagnie maritime. 

Alors que la SNCM (Société nationale Corse Méditerranée) se trouve en grande difficulté financière, Veolia et l'Etat, ses deux principaux actionnaires, sont tombés d'accord sur son avenir, jeudi 20 juin, à l'issue d'un conseil de surveillance. 
Et cet avenir tout rose, selon le plan de sauvetage de la société par le ministre des Transports,  c'est la suppression de 600 postes à temps plein sur 1 400. 

Il ne s'agirait "pas de licenciements secs"
, mais de départs anticipés, de non-renouvellements de CDD et de départs volontaires, a précisé le ministère. Des coups de balai, donc, à l'heure où le gouvernement nous prépare un report de l'âge de départ à la retraite...
Solidaires, les salariés en sursis, mais aussi les retraités, devront les tenir en vie... 

Montebourg a-t-il été placé en cale sèche ?
Cuvillier est appelé à soutenir le redresseur de l'industrie dont les prouesses ne sautent pas aux yeux...

Le plan envisage aussi des investissements dans la flotte de la compagnie maritime 

La 
compagnie maritime, déjà en déficit depuis des années, peut-elle encore être renflouée ?
La Commission européenne a de sérieux doutes sur la capacité d'un "capitaine de pédalo". Elle l'a  sommée de rembourser 220 millions d'aides reçues de  l'Etat. La Commission a jugé que ces aides sont incompatibles avec les règles européennes de la concurrence concernant le service "complémentaire", couvrant les périodes de pointe. L'enquête de la Commission a été menée à la suite d'une plainte de l'italien Corsica Ferries, le principal concurrent de la SNCM. Ce dernier domine le transport de passagers entre le continent et la Corse (60,6% de parts de marché au premier semestre 2012).

La direction de la compagnie, qui emploie 1 600 salariés, estimait il y a quelques jours que si elle devait rembourser 50 millions d'euros à l'Etat,
800 ou 600 ? Ce n'est pas pareil, ni socialement, ni humainement...