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samedi 2 août 2014

Les oubliés d'Indochine au Camp de Saint-Livrade

Choisir la France, c'est tout perdre ?

La situation des harkis est la moins méconnue des Français


En France, "harki" est souvent utilisé comme synonyme de "Français musulmans rapatriés" (FMR) à partir de 1962. Au sens strict, le mot 'harki" désigne un Algérien servant la France coloniale dans une formation paramilitaire, une harka, mot arabe auparavant utilisé au sens figuré pour désigner une guerre contre un ennemi extérieur, mais aussi de petits affrontements, des barouds entre tribus.
Harki désigne par extension une partie des supplétifs de l'armée française, au même titre que les moghaznis (Sections administratives spécialisées), les groupes mobiles de sécurité (GMS), les groupes d'autodéfense (GAD) et les Unités territoriales (Unités de réserve en 1960), auxquelles il faut encore ajouter les réservistes spéciaux, les "assas" - gardiens escortant les convois - des précaires sous contrat mensuel renouvelable avec l’armée française (1957-1962), durant la guerre civile en Algérie,  sans avoir un statut militaire. Les " harkas", formations très mobiles, furent d'abord employées localement pour défendre les villages, puis constituées en commandos offensifs sous la responsabilité d'officiers français.

Actuellement, "harki" désigne les Algériens qui ont dû quitter l'Algérie sous la menace du FLN en raison de leur fidélité à la France anti-indépendantiste. Restés Français, ils se sont installés en France après l'indépendance de l'Algérie, sous couvert de la loi sur les rapatriés. Comme tous les Algériens qui résidaient en France après 1962, ils purent conserver la nationalité française par simple déclaration jusqu'au 22 mars 1967.

En Algérie, harki est devenu synonyme de traître et de collaborateur.  Pourtant, l'historien Mohammed Harbi, ancien membre du FLN, conseiller de Ahmed Ben Bella emprisonné (1965-1968) après le coup d'État de Houari Boumédiène (d'abord président du Conseil de la Révolution)dénonce ces termes infamants qui, souligne-t-il, "devraient être dépassés", car les affrontements d'Algérie et ceux qui ont opposé la résistance française aux collaborateurs ne peuvent pas être assimilés.

En comptant les "Pieds noirs" (catholiques et juifs français, soit originaires d'Algérie, soit de souche européenne installés en Afrique française du Nord jusqu'à l'indépendance), et tous les musulmans "loyalistes", la France a dû accueillir 2,5 millions de personnes. Elle le fit vaille que vaille pour les premiers mais en abandonna les derniers. Seuls 42.500 harkis purent trouver refuge en France métropolitaine, tandis que les autres ont souvent été exécutés par le FLN. Le 14 avril 2012, Nicolas Sarkozy a officiellement reconnu la responsabilité du gouvernement français dans "l'abandon" des harkis après la fin de la guerre d'Algérie en 1962. 
Les Harkis et leurs descendants représenteraient en 2012 entre 500.000 et 800.000 personnes en FranceComme les autres supplétifs, les harkis ont obtenu le statut d'anciens combattants en France par une loi du 9 décembre 1974. L'armée française chargée de leur transfert, de l'hébergement et de l'encadrement de l'ensemble des opérations a utilisé différentes structures appelées généralement camp de transit et de reclassement, au nombre de sept.

Pendant les années de relégation (1962 - 1975), les anciens harkis et leurs familles vont se répartir sur quatre zones géographiques. Une partie d’entre eux parvient plus ou moins vite à se loger hors des structures d’accueil évitant ainsi les effets néfastes de la relégation prolongée, mais des milliers d’autres resteront longtemps logés dans trois types de structures, les camps ou cité d’accueil dont deux vont perdurer dans leurs organisations d’origine, celui de Saint-Maurice-l’Ardoise (Gard) regroupant les chefs de familles âgés ou de familles nombreuses, les handicapés physiques ou les personnes démunies de ressources, jugées difficilement reclassables dans la société française), des hameaux forestiers (pour des travaux de reboisement dans le sud-est) et aussi dans dix-sept ensembles immobiliers urbains de type SONACOTRA. Les reclassements professionnels des anciens supplétifs n’étaient pas aisés compte tenu de leur faible qualification.

Cinquante ans après la chute de Dien Bien Phu, des Français rapatriés d'Indochine vivent toujours dans des baraquements.

Une route défoncée. Des dizaines de baraquements délabrés, alignés les uns à côté des autres, marqués d'une lettre ou d'un numéro, et surmontés d'un toit de tôle. A quelques kilomètres du coeur de Sainte-Livrade, un village d'un peu plus de 6.000 âmes, posé sur les berges du Lot, dans le Lot-et-Garonne, une simple pancarte indique l'entrée du "Centre d'accueil des Français d'Indochine", le CAFI. 1.200 Français d'Indochine se sont installés au printemps 1956.

C'est là, dans cet ancien camp militaire, que sont arrivés, en avril 1956, 1.160 réfugiés, dont 740 enfants, rapatriés d'Indochine. Après les accords de Genève de 1954 et le retrait de la France du Sud-Vietnam, l'Etat français a pris en charge ces couples mixtes ou ces veuves de Français (soldats ou fonctionnaires), qui fuyaient la guerre et le communisme. L'Etat les a hébergés "provisoirement" -selon les mots employés en 1956 par les autorités - dans ce camp de transit. Puis les a oubliés. Cela fait cinquante ans [lors de ce récit] qu'ils attendent, cinquante ans qu'ils vivent là [près de soixante années, en 2014].

"Nous sommes restés toutes ces années sans comprendre, sans rien dire", dit Jacqueline Le Crenn. Agée de 91 ans, cette vieille femme eurasienne vit dans le même baraquement depuis qu'elle a quitté le Tonkin de son enfance, il y a près d'un demi-siècle. Son appartement comprend une entrée-cuisine, une chambre-salon, et une pièce transformée en pagode, où elle voue son culte au Boudha. "Je me suis habituée au camp et à cette vie, poursuit-elle. Je veux mourir ici."

Jacqueline fait partie des 48 "ayants-droits" encore en vie, sur les quelque 200 personnes hébergées au CAFI. La plupart des enfants de rapatriés ont quitté le camp. Mais les plus fragiles sont restés : les veuves, qui n'ont jamais eu les moyens de s'installer ailleurs; les enfants qui n'ont pas trouvé de travail ; les malades et les handicapés.

"La guerre est venue et nous avons tout perdu"

Selon l'association "Mémoire d'Indochine", une quinzaine de personnes handicapées vivent au CAFI, dans des conditions très précaires. Des silhouettes mal assurées hantent en effet le centre des rapatriés. Comme cet homme au teint sombre et aux yeux bridés, claudiquant le long des baraquements. Ou ce quadragénaire aux cheveux longs, qui erre dans le camp en parlant tout seul. "Certains enfants du centre ont fait des crises d'adolescence difficiles, explique le président de Mémoire d'Indochine, Georges Moll. Ils ont été conduits à l'hôpital psychiatrique et en sont ressortis dans un état catastrophique."

Jacqueline Le Crenn vit seule depuis le départ de ses six enfants. La mère de cette femme au physique sec était Vietnamienne et son père, mort à la guerre de 1914-18, Français. "Nous sommes pupilles de la nation", dit fièrement Jacqueline. La vieille femme voûtée, assise à côté d'un poêle à gaz, raconte sa vie d'avant, la "vie heureuse". La construction d'une maison au Tonkin, où son mari et elle avaient projeté de s'installer, l'achat de rizières pour leurs vieux jours. "Et puis la guerre est venue et nous avons tout perdu."

Marines français  et américains évacuant
293 000 réfugiés vietnamiens
 fuyant la zone nord communiste
Après la chute de Dien Bien Phu, en 1954, la famille Le Crenn, comme la plupart des rapatriés d'Indochine, ont dû quitter le nord pour le sud du Vietnam. Ils ont ensuite attendu à Saïgon, dans des camps, avant de prendre le bateau pour Marseille et d'être hébergés dans plusieurs centres de transit en France. Sainte-Livrade est l'un des deux seuls camps qui subsistent aujourd'hui, avec celui de Noyant, dans l'Allier. "C'était un déchirement, raconte encore Jacqueline. La traversée a duré un mois. Je me disais que ce n'était plus la vie. Les autres étaient sur le pont. Moi j'étais au fond du bateau et je pleurais."

En arrivant au camp de Sainte-Livrade, alors entouré de barbelés, le fils de Jacqueline a demandé : "«Maman, c'est ici la France ?" "Le plus dur, c'était le froid, précise Jacqueline. Ensuite, il a fallu tenir, tout reconstruire, trouver de quoi vivre." Beaucoup de rapatriés ont été embauchés dans les usines d'agro-alimentaire de la région. Ou travaillaient dans les champs de haricots.

Claudine Cazes, 11ème de 16 enfants - et première à être née dans le CAFI, en 1957 -, se souvient des heures d'"équeutage". "Des sacs de haricots arrivaient au camp le matin et devaient être prêts pour le soir, raconte cette aide-soignante de 47 ans, qui a quitté le camp en 1977. Tout le monde s'y mettait." Sa mère, Vuong, âgée de 81 ans, vit toujours au CAFI. Son père, Paul, est mort l'année dernière. Français d'origine franco-chinoise, il avait fait de prestigieuses études en Indochine, et travaillait dans les forces de sécurité. Mais en arrivant en métropole, Paul Cazes n'a pas pu intégrer la police française, et a dû travailler à l'usine.

"L'Etat français sait ce qu'il nous doit. Moi, jamais je ne lui réclamerai  rien"

Des Vietnamiens et
des Cambodgiens aussi
Logé dans un autre baraquement du camp, Emile Lejeune, 84 ans, dit ne pas avoir de "nostalgie". Pour sa mère et lui, le rapatriement de 1956 fut un soulagement. Militaire du corps expéditionnaire français en extrême-orient (CEFEO), ce fils d'un magistrat français et d'une princesse vietnamienne a été fait prisonnier  en 1946 par le Vietminh [organisation politique et paramilitaire vietnamienne, créée en 1941 par le Parti communiste indochinois] et est resté sept ans en captivité. "Là-bas, la vie et la mort étaient sur le même plan, témoigne Emile. Beaucoup de mes camarades sont morts de dysenterie, du palu, ou de malnutrition. Le pire, c'était le lavage de cerveau. On nous affaiblissait pour nous inculquer le communisme." Sur près de 40.000 prisonniers du CEFEO, moins de 10.000 ont survécu aux camps du Vietminh.

Chez Emile, une photo de jonque, voguant dans la baie d'Halong, des statues de Boudha, et plusieurs couvre-chefs : le traditionnel chapeau conique des vietnamiens, un chapeau colonial usé et un képi de soldat français. Son vieux képi entre les mains, le vieil homme aux yeux bridés dit qu'il n'a "pas de haine en lui". "Mais je suis attristé, ajoute-t-il. Parce que la France en laquelle nous croyions ne nous a pas accueillis. Nous n'avons jamais été considérés comme des Français, mais comme des étrangers. Parqués, surveillés, puis abandonnés." Emile, lui, demande juste "un peu de reconnaissance". Au nom de "ces dames du CAFI, trop humbles pour réclamer". Au nom de ces "épouses ou mamans de combattants, pour certains morts au champ d'honneur, morts pour la France."

D'abord rattachés au ministère des Affaires étrangères, les rapatriés du CAFI ont ensuite été administrés par huit ministères successifs. Les directeurs du camp étaient des anciens administrateurs des colonies. "Ils reproduisaient avec nous leurs mauvaises habitudes de là-bas, se souvient Jacqueline Le Crenn. Ils nous traitaient comme des moins que rien. Nous devions respecter un couvre-feu et l'électricité était rationnée."

Au début des années 1980, la commune de Sainte-Livrade a racheté les sept hectares de terrain à l'Etat pour 300.000 francs, avec le projet de réhabiliter le centre. Mais ces bâtiments, construits avant-guerre pour abriter provisoirement des militaires, n'ont jamais été rénovés. Longtemps, il n'y a eu ni eau chaude, ni salle d'eau, et des WC communs. "Pas d'isolation, pas d'étanchéité, sans parler des problèmes d'amiante, et des réseaux d'électricité hors normes", énumère la première adjointe au maire, Marthe Geoffroy.

En 1999, la municipalité, aidée de l'Etat, a engagé un programme de réhabilitation d'urgence pour les logements ne bénéficiant pas du confort sanitaire minimal. Des travaux à "but humanitaire" dans l'attente d'une solution pour l'ensemble du CAFI. Mais depuis, rien. Le maire (2001-2008, UMP), Gérard Zuttion, se dit bien "un peu choqué" par cette "sorte d'abandon". Mais il dit aussi que la commune n'a pas les moyens "d'assumer seule les déficiences de l'Etat vis-à-vis de cette population". Le maire évoque des "projets de réhabilitation sérieux pour les prochains mois". Puis il se ravise, parle plutôt "d'années". "A cause de la lenteur de l'administration..."

"C'est trop tard, tranche Claudine. Tout ce que nous voulons, au nom de nos parents, c'est la reconnaissance." Sa mère, Vuong, écoute sa fille sans rien dire, s'affaire dans la cuisine, puis s'assoit dans un grand fauteuil d'osier. Au crépuscule de sa vie, cette femme jadis ravissante, des cheveux blancs tirés dans un chignon impeccable, n'attend plus rien. Tous les matins, elle apporte une tasse de café sur l'autel où repose une photo de son mari, disparu l'année dernière. Elle dépose d'autres offrandes et brûle un bâton d'encens. Avant de mourir, l'homme de sa vie répétait à ses seize enfants : "Ma seule richesse, c'est vous. L'Etat français sait ce qu'il nous doit. Moi, jamais je ne lui réclamerait rien. Nous vivons dans le camp des oubliés."

Une association défend en vain les rapatriés d’Indochine

L’association "Mémoire d’Indochine" se bat depuis 2002 pour que les familles des rapatriés d’Indochine soient reconnues et traitées de la même manière que les harkis d’Algérie. Elle demande qu’une "allocation de reconnaissance" de 30.000 € soit versée à chaque famille, ainsi qu’une amélioration du montant des retraites des veuves par enfant élevé. Depuis que l’État a cédé le Cafi de Sainte-Livrade à la commune, il continue de verser une allocation – 60.000 F (soit 9.147 €) en 2001, un montant "dérisoire" aux yeux de l’association – pour l’entretien du camp, au prorata du nombre des "ayants droit". [Depuis 2001, et Lionel Jospin, premier ministre PS, la mairie de Sainte-Livrade ne reçoit plus aucune subvention

La partie de l'article consacrée aux réfugiés politiques vietnamiens est essentiellement due à Solenn DE ROYER à Sainte-Livrade-sur-Lot (Lot-et-Garonne)

vendredi 18 juin 2010

Décès, ce 18 juin, du général Bigeard, figure du gaullisme et de l'Algérie

L'art et la manière du JDD: « Bigeard passe l'arme à gauche »

Le général Marcel Bigeard, grande figure du gaullisme et des guerres d'Algérie et d'Indochine, est décédé le jour du 70ème anniversaire de l'Appel du 18 juin 1940 du général de Gaulle, ce vendredi matin, à l'âge de 94 ans, à son domicile de Toul (Meurthe-et-Moselle), sa ville natale, a annoncé son épouse Gaby. Il avait été hospitalisé à deux reprises aux mois de mars et de mai pour une phlébite.

Son parcours

Marcel Bigeard a la particularité d'avoir été appelé sous les drapeaux comme 2e classe en 1936 et d'avoir terminé sa carrière militaire en 1976 avec le grade de général de corps d'armée (quatre étoiles). Il est de plus considéré comme une des personnalités militaires les plus décorées de France. Ancien résistant, son nom reste associé aux guerres de décolonisation.


Parachuté dans l'Ariège en juillet 1944, il avait participé à tous les combats pour la Libération
dans la région.
Combattant de la Seconde guerre mondiale, des conflits d'Indochine et d'Algérie, son nom reste lié à la bataille de Dien Bien Phu.
Parachuté avec son bataillon de parachutistes coloniaux sur le camp retranché encerclé par le Vietminh, Bigeard avait participé aux combats jusqu'à la chute le 7 mai 1954 et avait été fait prisonnier.

Marcel Bigeard était notamment décoré de la grand'croix de la Légion d'honneur, de la Croix de guerre et de la Distinguished Service Order (GB). Il a publié une quinzaine d'ouvrages dont "Pour une parcelle de gloire".


Le président Valéry Giscard d'Estaing lui proposa le poste de secrétaire d'État à la Défense rattaché au ministre Yvon Bourges. Il occupa ce poste de février 1975 à août 1976, date à laquelle il remit sa démission.
Il fut député de Meurthe-et-Moselle de 1978 à 1981.

La presse de l'instant
L'Express et le Nouvel Observateur: « Décès du général Marcel Bigeard »
Chacun appréciera, comme il se doit, la différence entre ce titre neutre, mais respectueux, et celui du Journal du Jeudi, ci-dessus, ou encore celui, factuel et froid, de
Libération: « Le général Bigeard est mort ».

Plus sur le général Marcel Bigeard: lien

lundi 30 mars 2009

Le génocide cambodgien par les maoïstes Khmers

Bref rappel historique d’une épuration idéologique communiste

Le Cambodge et la France sont des pays frères

Ancien protectorat français intégré à l'Indochine française (1863-1953), que le roi Sihanouk dénonça en mars 1945 , le Cambodge obtint son indépendance le 9 novembre 1953, à la fin de la guerre d'Indochine.

Avant même la reprise de ce que l'on a appelé la 2e guerre d'Indochine, la politique de neutralité devenait porteuse de contradictions de plus en plus nombreuses.

D'un coté, Norodom Sihanouk qui a rompu les relations diplomatiques avec la Thaïlande, le Sud-Viêt Nam et les États-Unis, reconnaît le F.N.L. (Vietcong) comme « Représentant authentique du peuple sud-vietnamien » et établit des relations diplomatiques avec Hanoi, d'un autre coté, la lutte armée du parti communiste khmer (P.C.K.) prenant de l'ampleur, il déclare que le communisme est l’ennemi principal du Cambodge. En 1967, un premier ministre de droite, Lon Nol réprime durement un soulèvement paysan dans la région de Battambang. Trois personnalités de la « Gauche légale », dont Khieu Samphan, rejoignent alors, dans les forêts, une organisation communiste clandestine.

A partir de 1969, les Américains interviennent directement dans les zones du Cambodge contrôlées par les communistes vietnamiens et Sihanouk ne proteste pas. Le 18 mars 1970, il fut déchu par l’Assemblée de ses fonctions de chef de l’État. Arrive alors au pouvoir une équipe de droite emmenée par le général Lon Nol et le prince Sirik Matak.

En octobre 1970, la nouvelle équipe au pouvoir proclame l'abolition de la monarchie et le pays est rebaptisé "République Khmère"(1970-1975). Sihanouk avait pu maintenir tant bien que mal son pays à l'écart du conflit Vietnamien. Engagé maintenant dans l'un des deux camps, le Cambodge bascule très brutalement dans la guerre. L'armée de Lon Nol doit faire face à la fois aux Vietnamiens et à la guérilla khmère qui a reçu l'appui de 4000 combattants communistes repliés sur Hanoï depuis 1954. Grâce à l'aide américaine, les effectifs de l'armée passent de 30 000 à 200 000 hommes, mais la corruption généralisée affaiblit aussi bien l'armée que l'administration.

Avec l'aide des Nords-Vietnamiens, la guérilla des Khmers rouges, selon le nom que Sihanouk leur avait donné lorsqu'il était au pouvoir, prend de l'ampleur. Pol Pot et Ieng Sary prennent en main les nouvelles recrues venues de Hanoï et les intègrent dans les forces du Parti Communiste du Khmer (PCK). Ce dernier, qui, en plus de l'aide des Nord-Vietnamiens, reçoit également de l'aide chinoise, réussit à rester indépendant. En 1970, le mouvement ne comptait que 4000 guerilleros. En 1973, il contrôle 60% de la superficie du pays et 25% de la population.

Les Khmers rouges au pouvoir (1975-1979)

Immédiatement après la victoire, le PCK ordonne l'évacuation de toutes les villes, les habitants de ces villes étant poussés à travailler parmi les paysans, à la campagne. Cet exode forcé fait des centaines de milliers de nouvelles victimes. Tout ce qui pouvait évoquer la civilisation urbaine, industrie, hôpitaux, écoles, administrations, est anéanti.

L’Angkar
A la campagne, le régime et son organisation suprême, l'
Angkar (organisation) des Khmers Rouges, sous le nom duquel se cache le PCK, oppose l’ancien peuple, c'est-à-dire les paysans dont certains ont participé aux combats aux côtés des communistes depuis 1970, et le nouveau peuple, c'est-à-dire, la population urbaine, sur lesquels les cadres ont droit de vie ou de mort. Ce sera la mort pour beaucoup d'entre eux. Les survivants doivent participer à l'élaboration d'un homme nouveau, sous a férule de l'Angkar. La monnaie est abolie, ainsi que toute propriété privée. Les familles sont disloquées. D'immenses travaux sont entrepris. L'épuisement au travail, la malnutrition et les maladies qui s'ajoutent aux exécutions sommaires, souvent à coups de gourdins vont provoquer la mort de un à deux millions d’individus en l'espace de trois ans.

Purification et rééducation maoïstes

L'« Angkar » applique alors une politique maximaliste, plus radicale encore que celle des soviétiques et des maoïstes, visant notamment à purifier le pays de la civilisation urbaine. Les villes, à l'image de
Phnom Penh dans la nuit du 17 au 18 avril 1975, sont vidées de leurs habitants, envoyés en rééducation dans les campagnes. La traque systématique des anciennes élites, "identifiées" parce que parlant des langues étrangères ou portant des lunettes (par exemple), ajoutée aux mines placées par les deux camps, à la malnutrition et aux maladies, aboutit à des massacres de masse et à une catastrophe humanitaire d'origine politique.

Le chiffrage du nombre de victimes est un travail difficile et sur lequel les historiens ne sont pas encore parvenus à un consensus. Le chiffre de 1,7 million de victimes directes et indirectes est le plus communément admis. Certains intellectuels voudraient que cette «autodestruction khmère» soit reconnue par les Nations Unies comme un génocide, mais elle ne correspond pas à la définition d'un
génocide, puisque les critères de choix des victimes ne correspondaient pas à un groupe national, ethnique, racial ou religieux (article 6 de la Cour pénale internationale).

Pol Pot

Le nom officiel du nouvel état est le Kampuchea démocratique.
Khieu Samphan est officiellement chef de l'état, mais l'Angkar est dirigée, au moins depuis avril 1977, par Saloth Sar, secrétaire général du P.C.K. et plus connu sous le nom de Pol Pot. En fait, il y a de multiples factions, tous les cadres n'approuvent pas la politique anti-vietnamienne qui prend la forme d'une véritable guerre à partir de septembre 1977.

Le 25 décembre 1978, l’armée vietnamienne passe à l’offensive et met en déroute en quelques jours l’armée des Khmers rouges. Au cours du mois de janvier 1979, les vietnamiens prennent le contrôle d'une grande partie du pays. Le 11 janvier, à Phnom Penh, un Comité populaire révolutionnaire, contrôlé par la fraction provietnamienne du P.C.K communiste et présidé par
Heng Samrin, prend le pouvoir et proclame la république populaire du Cambodge.

Pol Pot et ses fidèles s'enfuient alors dans la jungle, d'où ils organisent une guérilla contre le nouveau régime pro-vietnamien. Le chef des Khmers rouges est condamné à mort par contumace par les autorités pour les crimes commis pendant son règne, il disparaît dans la jungle jusqu’à la fin des années 1990

Ses anciens camarades le retrouvent, en juillet 1997, affaibli par la malaria et d'importants problèmes de santé. Sur ordre de son rival Ta Mok, il est arrêté par ses propres troupes pour l'assassinat de Son Sen, l'ancien chef de la sûreté du Kampuchéa Démocratique, et condamné à une peine d'emprisonnement à perpétuité.

Alors que ses derniers fidèles désertent et que les États-Unis travaillent à la mise en place d'un plan visant à le capturer et à le traduire devant la justice internationale, Pol Pot meurt en 1998 à l’âge de soixante-treize ans, officiellement d'une crise cardiaque. Certains journalistes ont prétendu qu’il s’était suicidé, d’autres qu’il avait été empoisonné par son médecin.

Retour du Cambodge à une certaine autonomie

Après le départ des forces du Viêt Nam en 1989 et l'envoi de forces de l'ONU au début des années 1990, le régime retrouvera peu à peu un semblant d'autonomie tout en restant régulièrement dénoncé pour ses atteintes aux droits de l'Homme. Le premier ministre actuel Hun Sen, placé au pouvoir par le Viêt Nam, dirige le pays depuis cette période, et s'est maintenu au pouvoir grâce à trois élections douteuses successives dans un climat patent de violence politique. Le principal opposant, Sam Rainsy, s'est réfugié à Paris en 2005.
Le roi Norodom Sihanouk, redevenu chef de l'état, a abdiqué une seconde fois en 2004 au profit de son fils cadet Norodom Sihamoni, ancien danseur classique et ambassadeur du Cambodge auprès de l'Unesco à Paris.