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mardi 31 mars 2020

Essai clinique de quatre traitements, dont l'hydroxychloroquine, en cours en Europe

A l'écart des assauts menés contre le Pr Raoult, Florence Ader dirige un essai clinique crucial

Cet étude coordonnée par... l'INSERM doit tester quatre protocoles, dont celui à base d'hydroxychloroquine, sur 3200 patients en Europe

20minutes - vous allez en parler en format webapp!Au travail à l'abri des querelles faites au professeur Raoult, la professeure Florence Ader pilote à Lyon un essai clinique visant à trouver un traitement contre le Covid19. Elle est depuis un mois à la tâche au coeur d'un "projet fou", loin de son quotidien habituel d'infectiologue-pneumologue.

D'emblée, elle élude les questions polémiques autour de l'efficacité de la chloroquine (associée à un antibiotique, avec des risques faibles de troubles du rythme cardiaque, insiste le professeur Philippe Gabriel Steg, co-président du comité de pilotage spécial Covid au sein de l'AP-HP) proposée par le Pr Didier Raoult et plébiscitée par la population de la région de Marseille. "Il faut s'extraire du buzz et privilégier les démarches de recherche médicale", coupe sagement la chercheuse lyonnaise. La Pr Ader est une des rares femmes présentes dans le débat médical actuel et, à la différence de sa consoeur Karine Lacombe, choisit la discrétion face à certains porte-parole politisés qui tentent de décrédibiliser le chercheur marseillais en faisant circuler des rumeurs complotistes ou alarmistes, quand des acteurs politiques sur le retour, tel Daniel Cohn-Bendit ne tombent pas dans les insultes. Lien PaSiDupes"Qu’il ferme sa gueule," lance le trublion Daniel Cohn-Bendit au Professeur Raoult

Directrice du programme européen REACTing, un consortium multidisciplinaire rassemblant des équipes et laboratoires d’excellence, dont les travaux sont coordonnés par l'INSERM et ses partenaires d’Aviesan (Alliance nationale pour les sciences de la vie et de la santé, laquelle a travaillé sur les épidémies de grippe H5N1 et H1N1, SRAS, Mers-Co, Chikungunya, Ebola et Zika), Florence Ader préfère donc parler de la "prouesse" que le service public français a, selon elle, réussi à réaliser avec Discovery, un essai clinique coordonné par l'Inserm qui doit tester quatre traitements, dont l'hydroxychloroquine, sur 3.200 patients en Europe, dont au moins 800 en France. Uniquement des patients hospitalisés et gravement atteints. "C'est l'une des grandes leçons de la crise d'Ebola de 2014. Le seul et unique essai randomisé avait été mis en place trop tard, avec seulement 72 patients", explique-t-elle. Notons que le mari Buzyn, Yves Levy, a dirigé l' Aviesan de 2014 à 2018 et l'Inserm (2014-2018 également)...
L'Hexagone est le premier pays européen à avoir mis sur pied et lancé un tel essai. Son budget : quelques millions d'euros, financé par la Direction générale de l'offre de soins du ministère de la Santé. L'Organisation mondiale de la Santé (OMS) doit aussi lancer son grand essai, "Solidarity", mais il en est encore à la phase préparatoire.

Le professeur Ader, face à l'exigence malgré l'urgence

L'essai clinique Discovery a commencé il y aune semaine. 
Il inclut à ce jour 123 des 800 patients dans sept centres hospitaliers. Chaque participant se voit allouer soit l'un des quatre traitements testés, soit des soins standard, de manière aléatoire, après une randomisation numérique (méthode de répartition fondée sur le hasard).

Sont testés : le remdesivir (antiviral conçu initialement pour Ebola), le lopinavir en combinaison avec le ritonavir (des anti-VIH), la même combinaison mais associée à l'interféron bêta pour tenter de baisser le processus inflammatoire et l'hydroxychloroquine (cousin de la chloroquine, mais présentant moins de risque de toxicité, cet anti-paludéen a l'avantage d'être connu et bon marché). 

"Nous n'avons pour l'heure aucune confirmation de la réalité de l'efficacité de ces traitements," insiste Florence Ader. "Nous n'avons que des données disparates sur ces molécules. On a des données in vitro pour certaines, pas pour d'autres; des données sur des modèles animaux pour certaines, mais pas pour toutes, d'autres données sur des petites séries de patients, pas pour d'autres".

D'où pour elle l'importance de ne faire "aucune concession" et assurer le même niveau d'exigence malgré l'urgence d'une pandémie qui a déjà tué quelque 30.000 personnes dans le monde, selon un bilan établi par la presse. "Plus les résultats seront significatifs et méthodologiquement robustes, plus le niveau de preuves sera élevé et plus on rendra service aux gens", souligne Florence Ader.

Aucune échéance précise

Cet essai est mené avec toute la rapidité et l'adaptabilité nécessaires au contexteassure cette chercheuse, même s'il est lourd. La Pr Ader est entourée d'une vingtaine de personnes qui travaillent d'arrache-pied. D'abord une cheffe de projet qui gère la très lourde logistique depuis un centre dans le sud.

Sur le terrain, des centaines de techniciens, d'attachés de recherche, de médecins d'essai clinique collectent les données. Et à charge de l'équipe de méthodologie de l'Inserm de les exploiter. Les premières évaluations de patients vont commencer après 15 jours de traitement, dans une semaine environ. On pourra notamment estimer si leur état clinique s'est amélioré, s'ils ont toléré le traitement.

samedi 16 août 2014

Ebola: et si Marisol Touraine se bougeait au lieu de polémiquer

Le gouvernement reste flou sur sa capacité à combattre le virus en France

Le ministère de la Santé dénonce les déclarations "fausses" et "irresponsables" de Balkany


Le député-maire UMP de Levallois-Perret (Hauts-de-Seine) affirmait que des cas d'Ebola avaient été signalés en France. Patrick Balkany citait des "sources médicales fiables" et voulait des explications du gouvernement. Le ministère de la Santé lui a répondu, mardi 12 août, en dénonçant des déclarations "fausses" et "irresponsables" du député-maire UMP qui affirmait sur son site internet que plusieurs cas de personnes contaminées par le virus Ebola auraient été signalés sur le territoire français.
"Ces déclarations sont non seulement fausses, mais elles sont surtout irresponsables", martèle l'entourage de la ministre des Affaires sociales et de la Santé, Marisol Touraine. L'épidémie d'Ebola qui sévit en Afrique, une "urgence de santé publique de portée internationale", ne se prête pas aux "déclarations hasardeuses", polémiquait-on au ministère.
Et de réaffirmer, "de manière catégorique et ferme", qu'il n'y a, à ce jour, aucun cas confirmé d'Ebola en France et pas, non plus, de cas "possible" en cours d'analyse.

L'épidémie va sévir au moins pendant six mois, selon MSF

La directrice de Médecins sans frontières revient d'une visite de dix jours en Afrique de l'Ouest. Elle livre un bilan alarmant, vendredi 15 août.

Le virus Ebola "se répand et [la situation] se détériore plus vite que notre capacité à y faire face", explique Joanne Liu, directrice de Médecins sans frontières (MSF), après une visite de dix jours en Afrique de l'Ouest. "Nous avons une totale défaillance des infrastructures", précise-t-elle, vendredi 15 août.

Ces propos alarmants visent notamment le Liberia, où le virus n'est plus confiné"dans seulement quelques villages", puisqu'il se "propage dans une ville d'1,3 million d'habitants, Monrovia". Si la situation n'est pas stabilisée dans ce pays, "on ne stabilisera jamais la région", ajoute Joanne Liu. Voici le bilan de l'épidémie, le 12 août.




Alors que le virus Ebola a déjà causé la mort de 1069 personnes en Afrique de l'Ouest, l'épidémie pourrait encore sévir pendant au moins six mois, selon un scénario optimiste de l'organisation. Joanne Liu décrit un "climat de peur générale, comme en temps de guerre" dans la région touchée, aux frontières de la Guinée, de la Sierra Leone et du Liberia. "Les gens se méfient maintenant des centres de santé. Les capacités de suivi des contacts des malades sont insuffisantes."

La France est-elle prête à toute éventualité?

Plusieurs hôpitaux français se préparent à accueillir d'éventuels patients touchés par le virus. Bien qu'aucun cas ne soit avéré sur le territoire pour l'instant, les personnels de santé ont reçu des consignes strictes. Comment sont-ils préparés ?
La France s’est préparée depuis plusieurs années à faire face à des infections comme Ebola. Si un malade est identifié comme possiblement infecté par le virus Ebola dans la région, que ce soit dans un aéroport, un cabinet médical ou un autre hôpital, il est transporté par le SAMU directement dans le secteur dédié à la prise en charge de ces patients : le service de maladies infectieuses de l’hôpital. Des chambres y sont équipées d’un sas et d’un système de traitement de l’air qui évite que celui de la chambre ne diffuse dans le couloir (pression négative). Un circuit est également prévu dans l’hôpital pour éviter que la personne infectée ne croise d’autres malades ou des membres du personnel et le traitement de l’air.

Le risque d'importation d'un cas en France et "il ne faut pas le sous-estimer", explique le Pr Eric Caumes
Eric Caumes, professeur de maladies infectieuses et tropicales à l’université Pierre et Marie Curie et président du Comité des maladies liées aux voyages et des maladies d’importation, explique pourquoi cette épidémie d'Ebola est plus inquiétante que les épidémies précédentes : "Elle a augmenté à une vitesse impressionnante depuis fin avril, passant d'environ 200 à plus de 1200 cas, explique t-il. De plus, il existe plusieurs foyers épidémiques, ce qui la différencie des autres épidémies."
Or, l'élu UMP a confirmé que "le ministère a été prévenu par mes sources" et il s' interroge: " C'est tout de même curieux que l'on n'ait pas d'échos." 
Le ministère balaie la révélation d'un revers de manche, mais nos liens avec les pays contaminés -notamment la Guinée et jusqu'au Mali- sont si étroits que le déni de Marisol Touraine n'apaise pas l'inquiétude qui se répand en France.

Selon le professeur,
le retard qu'ont pris les autorités à prendre des mesures de précaution, les soins funéraires
et la circulation des personnes ont "largement favorisé la propagation de l'épidémie" et contribuent au fait qu' "elle n'est actuellement plus sous contrôle" comme l'expliquait, dès le mercredi 30 juillet, un responsable de l'ONG Médecins Sans Frontièresen première ligne dans la lutte contre ce virus.
"Les risques d'une épidémie de chikungunya en France métropolitaine me semblaient bien plus importants", explique Eric Caumes. "Mais au aujourd'hui, je peux affirmer que le risque d'importation d'un cas en France existe bel et bien, et qu'il ne faut pas le sous-estimer." "Plus l'épidémie se rapproche d'une capitale et donc d'un vol direct jusqu'à Paris (par exemple Conakry-Paris) et plus le risque augmente", précise t-il.