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vendredi 22 juillet 2016

Beaumont-sur-Oise: Adama Traoré, mort lors d’une interpellation, avait "une infection très grave"

Des habitants de Beaumont-sur-Oise s'en sont pris aux forces de l'ordre

Mercredi, des proches d'Adama Traoré ont crié à la bavure policière 

Lors d'une interpellation de police, un délinquant est décédé. Mardi 19 juillet, Adama Traoré, 24 ans, est interpellé dans une commune voisine d’où il est originaire (quoi qu'en dise le BondyBlog), mais décède quelques heures plus tard, dans le véhicule de gendarmerie qui le conduit à la caserne de Persan (Val d’Oise). A 40 kilomètres de Paris, près de Pontoise, les habitants du quartier de Boyenval suspectent une "bavure" comparable à celle qui avait causé la mort de Zyed et Bouna à Clichy, en octobre 2005. 
"J’ai pleuré toute la nuit. On est très énervés," racontent des résidents du quartier de Boyenval, depuis le décès de leur "frère" Adama Traoré, dans des circonstances jugées suspectes. Tel est l’état d’esprit dans ce quartier populaire de Beaumont-sur-Oise (près de 10.000 habitants), DVG jusqu'en 2014où le taux de criminalité est supérieur à la moyenne nationale. "C’est pas le 93, ici !", plaisante Nabil, 35 ans, le 'grand frère' - ou caïd - de la cité. Sans misérabilisme, BondyBlog décrit en effet une petite ville "principalement pavillonnaire, ressemblant davantage à un patelin de province avec son centre-ville et ses pavés, son petit pont et ses ruelles étroites."
“Avec ce qui s’est passé hier, la ligne D a terminé son service à 16h !, explique un chauffeur de bus. “Du coup, , un habitant commente: " On met plus de temps pour se rendre dans la capitale qu’un Ch’ti qui fait Lille-Paris”... Mais la mauvaise foi des plaignants trouve une oreille compatissante auprès du BondyBlog, toujours prompt à faire de la littérature.

"Sur place, trois journalistes de [la mal-aimée] BFMTV campent devant l’hôtel de ville, caméra toujours sur pied. Seul stigmate d’une nuit agitée [hormis un mort...], une voiture calcinée pour décor [sic] devant laquelle ils enchaînent les duplex. Témoin de ce cirque sensationnaliste [sic], Walid, un proche de la victime, finit par les apostropher, excédé. "Vous n’en avez pas marre de dire de la merde ?". Les journalistes se défendent. Dialogue de sourds. "Vous racontez de la merde à la France entière, s’emporte Walid. Vous ne savez faire que ça : parler de la violence, mettre des étiquettes. C’est tout ce qui vous intéresse". Des passants s’arrêtent: tous approuvent les propos du jeune homme. Le fossé est béant [style], la tension monte de plusieurs crans. Le traitement médiatique de ces derniers jours a complètement décrédibilisé la profession. Entre les 22 secondes accordées dans le 20h de TF1 au lendemain de la mort d’Amada Traoré, les "déformations" et les clichés, "plus personne n’a confiance, plus personne ne veut parler", explique Walid [accusateur]. "Mettez pas les pieds dans le quartier", menace-t-il. On en a marre de la désinformation". Désinformation : ce mot reviendra plusieurs fois dans les remarques outrées des habitants," [insiste le BondyBlog]
Ce media en ligne de la diversité ethnique, qui a prospéré sur les émeutes de 2005 dans les banlieues, est hébergé par le journal Libération depuis le 1er janvier 2015. Les émeutes de 2005 ont commencé à Clichy-sous-Bois à la suite de la mort de deux adolescents, Zyed Benna et Bouna ...Traoré, le 27 octobre 2005, électrocutés dans l'enceinte d'un poste électrique dont ils avaient forcé l'entrée pour échapper à un contrôle de police]. Des parallèles qui incitent certains à assimiler les deux faits divers à 11 ans d'intervalle.
Le BondyBlog construit la légende du délinquant. 
"Lorsque les proches, ceux qui l’ont connu décrivent Adama Traoré, les mots sont à chaque fois les mêmes. "C’était un grand gaillard, le genre de mec costaud que tu viens pas embêter". "Un bloc", disent certains. Trois jours avant le drame, le jeune homme, qui a eu 24 ans le jour de son décès, a joué "un foot de huit heures sous 35 degrés samedi, sans aucun souci de santé [jusque là], nous assure-t-on. Il était en forme !" [insiste le blog]. "Toutes les histoires de maladies, infections et malaise cardiaque, personne n’y croit". "Adama était quelqu’un de souriant," raconte encore un proche. Un ami d’enfance parle toutefois d’un "gars plutôt bagarreur". Les raisons de son passage en prison ? "Violences", nous dit-il. 
"Deux jours après le drame, la ville de Beaumont-sur-Oise est toujours sous le choc, raconte le très communautaire BondyBlog, suggérant un sentiment de culpabilité de la police. Dans la nuit de mercredi à jeudi, des violences ont éclaté pour la deuxième soirée d’affilée.  Du côté de la gendarmerie, c’est motus et bouche cousue. Il suffit de passer la tête par la grille du bâtiment pour sentir une certaine fébrilité. Derrière la grande barrière, sept militaires sont comme barricadés, cachés derrière le mur. Aucun commentaire, "merci, y’a rien à voir !" Plus loin, un habitant d’une quarantaine d’années veut bien témoigner, mais anonymement. Il est originaire de la même cité que le défunt. Il nous montre des photos de la nuit dernière : des flammes, des voitures qui brûlent, des vitrines explosées. "Une réaction normale" [des casseurs], selon lui. Mais il n’en dira pas plus, il se sent surveillé."
Deux versions s’opposent sur l'interpellation du contrevenant, en compagnie de son frère, par les gendarmes de la Brigade territoriale autonome de Persan, ville limitrophe de Beaumont-sur-Oise. Côté habitants, on parle comme à chaque fois de "bavure policière". Côté officiel, on fait état d'un malaise cardiaque. Et cette explication est rejetée par l'entourage et une vingtaine de personnes prises en mains par les agitateurs habituels s'est dirigée, mercredi 20 juillet, en fin de journée, devant la gendarmerie de Persan, aux cris de "Justice pour Adama". Ils ont été repoussés par des gaz lacrymogènes. 

Dans la nuit du mardi 19 au mercredi 20, des violences avaient éclaté dans les communes voisines de Beaumont-sur-Oise, Persan et Bruyères-sur-Oise. Les forces de l'ordre avaient été prises pour cible par des tirs d'armes au plomb et des cocktails Molotov. Plusieurs véhicules avaient été incendiés et neuf personnes placées en garde à vue dans la nuit de mercredi à jeudi. Des forces de l’ordre étaient mobilisées en nombre – plus de 200 militaires et fonctionnaires de police. Ces affrontements ont néanmoins fait "six blessés légers parmi les gendarmes et la police, des dégradations de bâtiments publics, des incendies de voiture", selon la préfecture.

Au cours de la nuit du 20 au 21 juillet, neuf personnes ont été interpellées et placées en garde à vue pour des faits "d'attroupements armés, incendies volontaires et jets d'objet incendiaire sur les forces de l'ordre", a indiqué le directeur de cabinet du préfet du Val-d'Oise.
Quinze véhicules ont été incendiés et 35 feux sur la voix publique ont été recensés, ainsi que deux tentatives d'incendie, contre la mairie et une école maternelle de Beaumont-sur-Oise, a en outre précisé la préfecture. La situation a été "tendue de 22h30 à 4h30 [à Persan et Beaumont-sur-Oise], mais maîtrisée grâce au robuste dispositif mis en place", a-t-elle ajouté. Les forces de l'ordre comptaient cette nuit-là 180 agents, pour faire face à environ 200 personnes.

A Boyenval, on parle surtout de "meurtre"

Il fait une chaleur caniculaire ce mercredi-là, mais une trentaine d’habitants est cependant descendue au pied des immeubles de ce quartier composé de petites tours blanches, animés par le besoin de dire leur 'ras le bol' des "media et des institutions", "qui ferment les yeux sur les crimes raciaux." Adama était Noir et l'actualité américaine a échauffé les esprits. 
Cinq policiers ont été tués à Dallas, jeudi 7 juillet au soir, lors d’une manifestation contre les bavures policières, quelques heures après la mort de deux hommes noirs abattus par des policiers filmés au moment des faits. Le président métis, Barack Obama, s’était exprimé sur les tensions entre une partie de la population américaine et les forces de l’ordre, dénonçant un "grave problème" de la société américaine.
"La police tue, en France. Avant, on voyait ça qu’à la télé, et maintenant ce sont des petits à nous qui se font tuer", crie presque l’un des agitateurs, reprenant une thèse d'extrême gauche. Pour lui comme pour les autres, le scénario du malaise cardiaque ne tient pas une seconde la route.  La longue partie de foot du samedi précédent, sous un soleil de plomb, est évoquée comme une preuve qu'il était en très bonne santé et non pas comme un élément expliquant le malaise de la victime.
Selon les meneurs, la vérité, c'est que le jeune homme serait mort sous les coups des gendarmes, qui l’auraient "tabassé". Tous prennent pour exemple le témoignage partisan d’un frère du défunt, également contrôlé par la police et interpellé: il aurait vu arriver vivant Adama au commissariat, puis "un tee-shirt de policier plein de sang", réfutant ainsi la version officielle. 

"Ce sera à l’enquête de déterminer les causes exactes de la mort," rappelle François Capin-Dulhoste, le procureur adjoint de la République de Pontoise, précisant que "ce n’était pas le jeune homme qui était visé à la base par l’interpellation [comme cela a d’abord été écrit par certains media], mais son frère. Adama Traoré s’est interposé, puis a dû être maîtrisé par trois gendarmes et emmené au poste."  C’est la section de recherche de la gendarmerie de Versailles et l’Inspection générale de la gendarmerie nationale qui sont chargées des investigations. 

Une autopsie a eu lieu le 21 juillet

L'homme est mort des suites d’une grave infection respiratoire
, "touchant plusieurs organes". Le médecin légiste n'a pas relevé de "traces de violence significatives" sur le corps, explique ce rapport d’autopsie. Traoré n’a donc pas subi de violences policières. Le rapport complet devrait être livré dans les prochains jours. 
Pour rendre hommage au jeune Noir d'origine malienne, une marche blanche a rassemblé plusieurs centaines de personnes ce vendredi, à Beaumont-sur-Oise. Dans la foule des marcheurs, un jeune polyglotte porte un t-shirt sur lequel on peut lire "No justice, No peace". "Comme d’habitude, le mec qui a fait ça sera muté dans le Sud, et on en parlera plus." 

L'avocat de la famille Traoré a demandé une contre-autopsie
L’avocat de la famille a donné une conférence de presse dans l’après-midi. Il demande une contre-expertise et une contre-autopsie.

Hawa Traoré,
la sœur jumelle d'Adama, qui dit ne pas croire aux conclusions du rapport d'autopsie, a lancé un appel au calme après les violences consécutives à la mort de son frère : "on va trouver la vérité, calmez-vous les jeunes", a-t-elle demandé.

Le Défenseur des droits, Jacques Toubon, qui va examiner l'affaire, a lui aussi lancé "un appel solennel au calme". "Un seul objectif doit prévaloir, partagé par toutes les personnes impliquées : la recherche de la vérité", a-t-il dit dans un communiqué.

Les proches déclarent par avance qu’ils se font peu d’illusions.
 
Dans le quartier de Boyenval, les noms de Zyed Benna et Bouna Traoré, ces deux adolescents morts en 2005 à Clichy-Sous-Bois alors qu’ils tentaient de se soustraire à un contrôle de police, sont sur toutes les lèvres, avec insistance.

vendredi 12 décembre 2008

L’effet Obama sur les minorités de France

Le « rêve américain » à la française serait-il un dû ?
La 'discrimination positive' n'y suffit pas.
Certains idéologues et politiciens, opportunistes de la diversité, tentent à tout hasard de transposer la victoire de Barack Obama des Etats-Unis en France et de créer une relance du « rêve américain » dans « la patrie des droits de l'homme ».
La victoire des démocrates américains serait porteuse d'espoir pour la gauche, qui en est à trois défaites électorales, et la victoire d’Obama, un espoir de "relance du rêve français".
Les minorités pressent en effet l'Etat de réinsuffler de son énergie gauloise originelle, en s'ouvrant davantage à la diversité de la société, en lui cédant le pouvoir.

Chacun y va de son couplet
  • Le CRAN (Conseil représentatif des organisations noires)
    "Hier, la ségrégation était de mise" et c'était la France "qui apparaissait comme une terre d'espoir pour les Noirs d'Amérique", affirme Patrick Lozès, son président, né en 1965 au Bénin, ancien UDF.
    "Aujourd'hui, les Noirs de France regardent vers les Etats-Unis où le rêve américain est à nouveau relancé", estime-t-il, demandant au président Nicolas Sarkozy d'entendre la "revendication urgente d'égalité des Noirs de France". Une délégation, qui devait se rendre mercredi à l'Elysée, a été reçue en novembre.
    Cette grande urgence n’aurait rien d’artificiel…
    Début novembre, la communauté noire a organisé deux rassemblements à Paris, qui, à eux deux, ont réuni moins de cent personnes.
  • SOS Racisme
    Le succès d'Obama devrait inspirer "les responsables politiques d'autres pays -dont le nôtr - quant à la possibilité de concilier l'honnêteté du discours politique et la capacité à soulever des espoirs fondés sur le vivre-ensemble", estime de son côté Dominique Sopo (32 ans, Unef-id, MJS et IEP), son président, métis (d’un togolais naturalisé en 1993 et d’une française. Mais, par ses propos agressifs, Sopo ne démontre pas sa volonté de faciliter le « vivre-ensemble ».

    Mais l’effet Obama en incite aussi certains à la lutte

    >Nombreux sont ceux qui contestent ouvertement la capacité de la classe politique française, tous partis confondus -des plus caricaturés aux plus vertueux- à emboîter le pas aux Américains.
  • Des universitaires qui ont pu tracer leur route en France
    > Pap Ndiaye (1965) est maître de conférence en historie, spécialiste des Etats-Unis à l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS).
    Il en profite pour livrer son analyse : "Ce qui irrite beaucoup de gens, c'est d'entendre les responsables politiques applaudir Obama quasiment unanimement tout en ne faisant pas grand chose, au fond, pour qu'un Obama français puisse un jour émerger".
    Comme Patrick Lozès (CRAN) il est membre d’une association (membre du CRAN), le Capdiv, qui milite contre les discriminations touchant, entre autres les noirs, mais aussi les homosexuels et les juifs.
    > Esther Benbassa
    (1950) est une autre tête chercheuse pré-orientée, née à Istanbul en 1950, universitaire spécialiste de l'histoire des Juifs et ancienne directrice de recherche au CNRS (1989-2000).
    Elle espère que le succès d'Obama aidera à "faire sauter les verrous", en accordant une juste place en France aux "minorités visibles", comme naguère aux Juifs. Et que ça saute !

  • D’autres sont visiblement réduits au silence
    > Il manquait un collectif ou réseau…
    Au nom du collectif AC-le-Feu (Association Collectif Liberté, Egalité, Fraternité, Ensemble, Unis), issue des révoltes de novembre 2005 et rédactrice de Cahiers de Doléances, Mohamed Mechmache a quelque chose à déplorer : Si l'élection d'un métis à la tête de la première puissance mondiale "peut faire bouger les autres pays, c'est très bien mais j'ai du mal à croire que les mentalités changent aussi vite en France : les politiques ne jouent pas le jeu". A droite bien sûr, mais aussi à gauche ?
    > Le rédacteur en chef du Bondyblog,
    site ouvert en Seine-Saint-Denis après les émeutes de 2005.
    "Les élites françaises vont surfer sur la vague", soupçonne Nordine Nabili, quei n’est pourtant pas maltraité, puisque Yahoo ! France le promeut pour des raisons idéologiques et politiques, au même titre que LePost.
    Ignorant peut-être qu’Obama est un sang mêlé mais qu’en revanche un Maghrébin est Blanc, Nordine, sans doute supérieur à ses frères de couleur (mais laquelle, donc ?), reconnaît volontiers que l'élection d'Obama "va évidemment susciter de l'espoir" chez les "jeunes des quartiers populaires imbibés de culture afro-américaine". Il admet aussi que "les Etats-Unis ne peuvent rien si les Français [indistinctement] ne prennent pas à bras le corps la question des diversités". Son recours au pluriel est déjà de mauvais augure…
    > Une ex-candidate à la présidentielle de 2007
    Elle n’a pas réussi à se faire élire, mais c’est la faute à Rousseau.
    Leila Bouachera
    juge "tout simplement impossible" un tel événement en France, "terre historique des droits de l'homme" où les candidats de la diversité avaient été "réduits au silence", qu’elle a toutefois toute liberté de rompre. Son problème serait plutôt d’être audible et donc consensuelle.
    Leila Bouachera n’a pas eu qu’à souffrir de la France. Née au Panier à Marseille en 1960, elle est à la fois fille d’ouvriers immigrés algériens berbères, docteur en droit international. Elle a commencé sa carrière à l’ONU, jurisconsulte international spécialiste en droit des NTIC et actuellement chargée de mission dans le secteur de l'audiovisuel depuis plus de 19 ans.
    Mais, portée par la victoire d'Obama, et en tant que dissidente de l’UMP, elle se sent "forte pour recommencer en 2012", sur "terre historique des droits de l'homme".

    La couleur de peau est-elle un projet présidentiel ?
  • Une cumularde
    A la fois femme et Noire du gouvernement, la secrétaire d'Etat aux droits de l'Homme, Rama Yade
    , estime que cette élection doit "sonner la mobilisation" pour plus de diversité en politique "avec des résultats concrets".
  • Et encore une association
    Pour l’association laïque et politiquement trans-courant « Les Marianne de la diversité », à laquelle les harkis reprochent leur proximité avec le FLN, Fadila Mehal affirme : "J'attends beaucoup des listes aux élections européennes, c'est le prochain grand rendez-vous".
  • « Prendre sa place »
    "Il faut arrêter de réclamer, il faut agir, prendre sa place", lance Dogad Dogoui, fondateur en 1999 du club Africagora, jugé ‘très select’ par ses détracteurs, regroupant "entrepreneurs et cadres des diasporas", et membre de l'UMP.

    La diversité est extrêmement diverse : quel sens donner donc à ce terme ?