POUR

LA &nbsp LIBERTE &nbsp D' EXPRESSION

Free speech offers latitude but not necessarily license

Affichage des articles dont le libellé est Altifort. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Altifort. Afficher tous les articles

mercredi 27 février 2019

Ford Blanquefort - le gouvernement compte les points : Le Maire n'a que des regrets et Griveaux, que des signes d'impuissance

Depuis la signature de convention par Michel Delpuech, la situation s'enlise dans l'agglomération bordelaise désertée par Juppé

Bruno Le Maire vit mal son impuissance

Image associée
Mars 2018 : Bruno Le Maire a reçu élus et délégués syndicaux,
dont le cégétiste Gilles Lambersand (t-shirt blanc), à Bercy
A la sortie d'une réunion à Bercy pour acter - avec les représentants syndicaux de Ford-Blanquefort et les élus locaux de Gironde - la fermeture désormais inéluctable de l'usine bordelaise, le ministre de l'Economie de Macron a dû se contenter de fustiger l'attitude "indigne" du constructeur américain.

Ford a en effet confirmé à ses salariés ne pas accepter la dernière proposition du repreneur potentiel, Punch Powerglide, entreprise franco-belge (Punch Metals International) établie à Strasbourg, spécialiste des boîtes de vitesses, une décision qui entraîne l’arrêt du site et condamne les 850 salariés. "Nous regrettons que cette offre n'ait pas été acceptée", a commenté le ministre de l'Economie et des Finances. "L'attitude qu'a eue Ford (...) est indigne d'un grand groupe industriel", a-t-il ajouté, visiblement humilié.
"Ils ont accepté des conditions de travail plus difficiles, avec des suppressions de RTT, des heures de travail plus longues, un niveau de rémunération gelé pour un certain nombre d'années", avait-il fait valoir. Le Maire avait même été insultant : "J'ai dit au président de Ford, il y a quelques jours, que j'aimerais que la direction de Ford soit à la hauteur de la dignité des salariés de l'usine de Blanquefort", , avant de clamer : "Nous pouvons sauver l'usine !"...
Le Maire n'excluait pas "une nationalisation temporaire"
Le ministre avait évoqué une autre option :  le  19 décembre 2018, Europe 1 titra "Ford Blanquefort : Bruno Le Maire n'écarte pas un rachat provisoire par l'État". "S'il faut, à un moment donné, que l'Etat fasse la jonction entre Ford et Punch, pour qu'il puisse y avoir une reprise effective et que le site reste ouvert, j'y suis prêt", avait-il assuré. "Ce qui compte, c'est que les salariés aient du boulot, que l'usine reste ouverte et que l'industrie française devienne conquérante. Parce que le jour où une usine ferme, en général elle ne rouvre pas et derrière c'est plus de souffrance et moins de prospérité pour les Français". Avant de conclure : "Je ne lâche rien"...

Ainsi les coups durs industriels s’enchaînent pour le gouvernement les salariés, après l’échec de la reprise d’Ascoval par Altifort, soulignant le rôle d'observateur du gouvernement et le désintérêt de Macron en campagne pré-électorale.

Le 6 janvier 2019, au micro du Grand Rendez-Vous Europe1/Cnews/Les Echos, le ministre de l'Economie et des Finances avait rappelé son attachement à ce que l'usine Ford de Blanquefort reste ouverte, quitte à ce que l'Etat "fasse la jonction entre Ford et Punch," avait encore promis Bruno Le Maire. "Que Ford veuille partir de France et d'Europe, c'est un fait acquis. Mais on ne part pas dans n'importe quelles conditions", avait clamé le ministre dans le climat tendu que connaissait déjà la France en pleine crise sociale incarnée par les Gilets jaunes en lutte.

Constat d’échec du gouvernement. 
Le ministre l’Economie s’était personnellement engagé depuis un an sur ce dossier social très sensible. Après un premier refus de Ford, la nouvelle offre de reprise de Punch, jamais détaillée, avait ainsi été annoncée triomphalement par Bercy le 18 février, et ce, malgré les mises en garde des syndicats sur sa solidité.

Les syndicats soulignent donc que le rejet par Ford de l’offre de Punch est un constat d’échec de la gestion du dossier par Bruno Le Maire. "On a du mal à comprendre qu'en face il y ait si peu de répondant", a dénoncé Philippe Poutou, délégué CGT de Ford Blanquefort et candidat à l’élection présidentielle en 2012 et 2017. "Ce qui est triste, c'est ce constat qu'un Etat ne puisse pas contraindre une multinationale comme Ford", a-t-il lâché. Le Maire et l'exécutif ont donc perdu une bataille.

Le gouvernement entend bien tordre le bras du constructeur américain sur le plan social.
Après bientôt deux ans de pouvoir sans partage, des promesses et des mesures sans effets, et la veille des élections européennes, Macron espère continuer à faire illusion. Des sondages de commande ne donnent-ils pas en tête le parti qu'il promeut lors de ses séances de stand-up pré-électoral à tout propos.  Le Maire doit, à n'importe quel prix, faire en sorte que l’atterrissage soit le moins brutal possible pour les salariés. 
Bruno Le Maire a donc martelé lundi que Ford "doit payer" pour que le plan social soit "solide" et aussi pour "garantir la dépollution (du site), ainsi que payer le territoire en amenant les fonds nécessaires à la réindustrialisation du site".

Des déclarations gouvernementales censées mettre la pression sur Ford... 
"Conscient des conséquences" de sa décision sur "les salariés, leurs familles et pour la communauté locale", le constructeur assure avoir "présenté un plan social complet". Ford propose ainsi "des plans de reclassement et de cessation anticipée d'activité" et des "mesures destinées à aider les salariés à retrouver un emploi ou à poursuivre d'autres opportunités de carrière, qu'il s'agisse de créations d'entreprise ou de formations de reconversion". 
Il a en outre promis "un vaste plan de réindustrialisation destiné à réduire l'impact sur la collectivité locale" de cette fermeture.

Le plan social n'est pas encore validé.
La préfecture avait rejeté la première version déposée en janvier. Elle rendra son avis d’ici début mars. Un feu vert enclencherait la procédure de fermeture, plus d'un an après l'annonce par Ford début 2018 de son intention de se désengager de cette usine implantée en 1972 aux portes de la capitale girondine. Un mois après le rejet du premier PSE, le 13 janvier, Juppé, maire de Bordeaux, acceptait d'enfiler ses pantoufles au Conseil Constitutionnel, le 13 février, en triplant son salaire.

Bruno Le Maire a, quant à lui, fait part de sa volonté de rechercher des solutions pour garantir un avenir au site industriel de Ford à Blanquefort (Gironde) en annonçant la création d'un ...groupe de travail pour "mettre toute notre énergie pour imaginer l'avenir industriel du site". "A partir du moment où Ford a pris cette décision définitive, maintenant c'est l'avenir qu'il faut imaginer", a estimé Bruno Le Maire.


Ces "engagements ont été pris alors que nous n'étions pas au gouvernement"


Michel Delpuech, le préfet d'Aquitaine, et Dirk Heller, directeur chez Ford, cosignent la convention sur l'avenir de Blanquefort
Michel Delpuech, alors préfet d'Aquitaine, et Dirk Heller, directeur 
chez Ford, cosignent la convention sur l'avenir de Blanquefort

L'Etat ne peut pas réclamer à Ford les aides versées, affirme Griveaux

L'Etat ne peut pas, en droit, demander à Ford de lui rembourser les aides perçues au cours des dernières années, a avoué mardi le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux,en réaction à la proposition de réclamer le remboursement de ces aides, émise par Philippe Poutou, délégué CGT de Ford Blanquefort et ancien candidat  trotskiste (Nouveau parti anticapitaliste) à la présidentielle. Sur franceinfo, Griveaux a précisé qu'"il y a eu 15 millions d'aides versées à Ford". Mais "on ne peut pas les demander car ces 15 millions d'aides étaient liés à des engagements sur l'emploi que Ford a tenus", a admis le petit coq à la crête pendante "Ils ont été pris depuis de nombreuses années (...)", déclare Griveaux ("il y a de nombreuses années", selon ceux qui parlent français)."Et ils ont été tenus," assure aujourd'hui le ministre de la propagande gouvernementale. 

Or, cette convention d'engagements réciproques date du 24 mai 2013.
Le comité de pilotage de Ford entérina alors l'accord pour le maintien des 1.000 emplois sur le site de Blanquefort, convention cosignée par l'Etat, les collectivités locales et Ford Europe.
"Je comprends la colère de M. Poutou (...), mais, quand on est dans un Etat de droit, on n'a pas le droit de demander ce remboursement d'aides", a ajouté Griveaux.

"En revanche, on va les faire payer pour les salariés, pour la dépollution du site, et pour la réindustrialisation du bassin", a-t-il confirmé, n'hésitant pas à réitérer les termes de Le Maire pour condamner l'"attitude indigne" de Punch Powerglide

Interrogé de savoir si le gouvernement pourrait envisager une nationalisation du site, il a dit ne pas croire - à la différence de Le Maire -  "que la nationalisation soit la réponse à ce type de situation (...) Le meilleur service à rendre à ce site n'est pas forcément la nationalisation mais plutôt qu'on cherche à diversifier l'activité industrielle", a répété la 'Voix de son maître'.

Sur ce sujet d'une possible nationalisation, y compris temporaire, le vice-président du groupe La République en marche à l'Assemblée nationale, Bruno Questel, ex-radical de gauche et ex-socialiste (après avoir soutenu la candidature d'Arnaud Montebourg à la primaire du PS) et ancien maire de Bourgtheroulde-Infreville, choisie par hasard pour accueillire le premier Grand débat national de son Jupiter), a en revanche dit ne "pas y être opposé sur le principe". "En tant que membre de la majorité parlementaire je mettrai ce sujet sur la table dans la semaine", a-t-il affirmé sur BFMTV. La majorité présidentielle se fend...

Face au "droit de Ford de refuser toute offre de reprise alors que l'entreprise a bénéficié de millions d'euros de subventions", Griveaux a aussi plaidé pour "travailler sur une évolution de la loi avec une obligation de restitution de tout ou partie de l'argent ou d'investissements lourds dans la requalification du site ou l'accompagnement en requalification professionnelle des salariés concernés".

"Il faut trouver cette alchimie subtile entre l'initiative privée et un Etat stratège qui régule. Le gouvernement doit prendre toute ses responsabilités pour sauver ces emplois", a réclamé pour sa part Guillaume Peltier, le vice-président des Républicains, mardi sur France Inter.
"Je ne suis pas opposé par principe ni aux privations ni aux nationalisations, je veux l'équilibre entre le privé et le public", a-t-il souligné.

Or, la convention a été signé alors que Macron était secrétaire général adjoint du cabinet du président Hollande, chargé des affaires économiques

Nommé auprès du secrétaire général, Pierre-René Lemas, le 15 mai 2012,
Macron n'a pu être tenu à l'écart de la signature de la convention par Michel Delpuech, ci-dessus, qui est devenu préfet de police de Paris, le 19 avril 2017, par la volonté de ...Macron.

FRANCE-AUTOMOBILE-FORD-EMPLOYMENT : News Photo

A peine l'accord signé - et on note ci-dessus que le président socialiste de la Région, Alain Rousset, à gauche,  co-signataire de la Convention - participe à la mascarade? Gilles Lambersan délégué syndical CGT, a les larmes aux yeux, transporté par l'émotion.
Pour Véronique Ferreira, maire de Blanquefort et cosignatrice de l'accord, c'est un moment historique : "Ce n'est pas encore un aboutissement mais c'est une nouvelle étape." (Véronique Ferreira, maire de Blanquefort). Véronique Ferreira, maire de Blanquefort : "C'est un nouveau départ, quelque chose de souriant dans le contexte actuel."

Pendant près de deux ans, 30.000m² du site ont été entièrement réaménagés pour accueillir la nouvelle chaîne de production : pour Ford le maintien des 1.000 emplois sur le site passait par la fabrication d'une boite à six vitesses, la 6F35. Pour cela, Ford avait investi 90 millions d'euros et devait à nouveau investir 30 millions d'euros, avec l'aide de l'Etat et des collectivités locales.

Un immense gâchis orchestré de l'Elysée par Macron, conseiller du président.

Résultat de recherche d'images pour "michel Delpuech Blanquefort"
Ce beau jour de mai 2013, le préfet d'Aquitaine Michel Delpuech annonce le sauvetage du site de Blanquefort, à l'issue de cette réunion entre les représentants des salariés, les élus locaux et les directeurs de Ford. 

Les syndicats dénoncent pourtant un accord insuffisant : ils préviennent que la production de la boite à vitesse automatique 6F35 ne pourra pas suffire et que 200 salariés resteront sur le carreau.
Pourle préfet de la Gironde,  Michel Delpuech, "cet accord avec Ford, c'est un acte de foi. Gagnant gagnant"...

Nommé préfet d'Aquitaine le 26 juillet 2012 en Conseil des ministres présidé par Hollande qui en fera le préfet de la région Ile-de-France. Il ne le sera que deux mois puisque, sur proposition du ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, intime de Macron, le nouveau président le fera préfet de police de Paris
Et sa biographie assure que "Delpuech s'est investi dans le maintien de l'activité de l'usine Ford de Blanquefort" (sic)...

En 2016, avec 
3 ans d'avance sur la nouvelle norme européenne d'émissions Euro6d, dont la mise en vigueur est pour le 1er septembre 2019, Peugeot (PSA) s'entendit avec Ford pour partager sa nouvelle génération de moteurs diesel avec Ford à partir de 2017, Pure Tech et BlueHDi.
Mais c'est encore une autre histoire...

vendredi 22 février 2019

Ascoval et l'"itinérance mémorielle" ont donné naissance au mouvement des Gilets jaunes

Le Maire se fait berner, Xavier Bertrand la joue volontariste et Macron a les Gilets jaunes 

Octobre 2018 : l'offre d'Altifort jugée "solide" par Bruno Le Maire

Emmanuel lors de sa visite à Vallourec en 2015 alors qu'il était ministre de l'économie. / © FRANCOIS LO PRESTI / AFP
Macron, en visite à Vallourec en 2015,
alors qu'il était ministre de l'économie.
Le ministre de l’Economie Bruno Le Maire avait fait confiance au groupe belge Altifort, qui proposait un "projet crédible et viable", selon lui, pour la reprise de l’aciérie Ascoval de Saint-Saulve (Nord), même si des fragilités persistent, selon le gouvernement, qui a dit vouloir régler ces sujets d'ici "début décembre". Le maître de Bercy redonnait ainsi un nouvel espoir aux salariés, avant Noël. 

Interrogés en fin de réunion à Bercy, plusieurs responsables syndicaux avaient même fait part de leur soulagement. "On a franchi un pas aujourd'hui", avait commenté Bruno Kopzcinski, CFDT, porte-parole de l'intersyndicale d'Ascoval : "Cela va permettre de rechercher des financements. Cela va prendre plus de temps que prévu et il reste encore pas mal de choses à valider. On peut dire que c’est un nouveau sursis qui est accordé à Ascoval avec une nouvelle physionomie et des nouveaux acteurs autour de la table. Je regrette que l’on ait perdu énormément de temps et aujourd’hui nous redémarrons à zéro."

La question restait de savoir si les salariés allaient reprendre le travail ?
"Il va y avoir une assemblée générale dans l’après-midi pour prendre l'avis de tous les salariés." En effet, les sidérurgistes d'Ascoval ne travaillaient plus depuis le 23 octobre et avaient bloqué le site de production de Vallourec à Aulnoye-Aimeries (Nord) pour mettre la pression sur le groupe et le gouvernement.

Altifort avait présenté une offre de reprise de l'usine de production d'aciers de moyenne et haute gamme
Ce qui impliquait que Vallourec, principal client et désormais premier actionnaire d'Ascoval, maintiendrait pendant un an et demi son niveau de commandes. Or, spécialiste des tubes en acier sans soudures, près de Valenciennes, Vallourec avait refusé cette demande, alors que l'Etat est actionnaire à 17%. Ses comptes étaient dans le rouge, avec une perte nette de 307 millions d'euros sur le premier semestre, pour un chiffre d'affaires de 1,09 milliard.
Cette décision a obligé le gouvernement et Altifort à travailler sur une proposition alternative, sans Vallourec. 150 à 200 millions d'euros sont nécessaires pour que le projet d'Altifort tienne la route, ce qui oblige à rechercher de nouvelles sources de financement, que ce soit auprès des banques ou bien auprès d'investisseurs. Ce qui paraissait fort délicat, les financiers n'ignorant pas que la production ne trouve pas preneurs. 

Présent à la réunion, le président LR de la région des Hauts-de-France Xavier Bertrand avait rappelé que la région mettrait "12 millions d'euros" dans l'opération, et Valenciennes métropole "10 millions d'euros" : "L’Etat a changé de regard et de position sur le dossier : tant mieux. Sans l’Etat, on ne pourra pas sauver l’avenir de l’industrie de l’acier. Ce n’est pas encore gagné quand même."
A propos de Vallourec, il précisait aussi que "le gouvernement dit 'laissez Vallourec en dehors', mais dans ces cas là, que Monsieur Crouzet, président du directoire de Vallourec depuis 2009, se taise. Ce qu’il a dit dans le Journal du Dimanche est scandaleux. Si tout le monde joue le jeu, l’usine pourra être sauvée."
Tout ce mépris a donné le mouvement des Gilets jaunes
Du 5 au 11 novembre, le président de la République a parcouru les lieux marquants de la Grande Guerre pour le
Centenaire de la guerre 14/18: une "itinérance mémorielle" qui se révéla une déroute dans le contexte social et politique déjà tendu de début novembre et qui conduisit au mouvement des Gilets jaunesLe parcours du combattant du quadragénaire qui n'a pas les casernes traversa la Moselle, la Meurthe-et-Moselle, la Meuse, la Marne, les Ardennes et enfin les Hauts-de-France. L'Elysée voulait "briser la vitre qui sépare traditionnellement le président du pays"...
Une erreur d'appréciation a fait que le "souverain républicain" s'est trouvé face à un peuple incontestablement remonté contre sa politique et contre sa personne même. Venu célébré la paix, il ne récoltera que trouble et agitation. Dès Pont-à-Mousson, la situation a commencé à se tendre : les premiers manifestants ont fait leur apparition sur le parcours du "président des riches", élu par défaut. A Albert, dans la Somme, une semaine avant son arrivée, nombre de citoyens ignoraient pourtant encore tout de son passage.
Mais à Verdun, il était attendu et une nouvelle difficulté fit son apparition : les interpellations directes. Par un retraité sur la hausse du carburant qui cristallisait déjà la majorité des mécontentements : "vous sentez le malaise en France qui monte?" 
A Charleville-Mézières, devant la préfecture des Ardennes, des centaines de personnes hostiles sont accoudées aux barrières de sécurité qui les tiennent à distance respectable. En visite à l'usine PSA toute proche, Emmanuel Macron finit à pied les quelques mètres, et c'est à ce moment que Josiane, cheveux courts grisonnants, aide-soignante de 57 ans, lui lâche un "Pourquoi vous nous massacrez ? Je suis jamais descendue dans la rue, jamais. Mais maintenant, avec vous, je suis obligée". Les reproches pleuvent comme obus à Verdun, par un syndicaliste à l'usine MCA de Maubeuge dans le Nord, par des retraités avant d'entrer dans un EPHAD de Rozoy-sur-Serres dans l'Aisne : "j'ai travaillé pendant 44 ans et je n'ai pas 1100 euros de retraite", explique l'un d'eux à qui Macron explique que tous doivent faire des efforts. Toutes les premières doléances étaient énoncées.
A Albert, vendredi 9 novembre,  Macron préféra ne pas entendre les manifestants : les gendarmes mobiles les avaient évacués avant son arrivée. Il n'hésitera pourtant pas à déclarer : "J'ai été élu en me faisant secouer et ça continuera jusqu'au bout", se félicitant d'avoir "senti le pays en profondeur", dans "ses attentes, ses envies, ses angoisses, ses colères"...
Dans une usine Renault près de Maubeuge, Macron trouvera même le moyen de tenir des propos controversés sur le maréchal Pétain, mais s'emportera contre la "boîte à folie" des "polémiques inutiles", assurant qu'encore une fois il n'a pas été compris.
Macron contournera Valenciennes et Vallourec, après s'être rendu sur le site de production de Toyota à Onnaing, près de Valenciennes (Nord), en janvier, en marge du sommet "Choose France" organisé au château de Versailles.
S'adressant au personnel de l'usine Renault, le chef de l'Etat a eu la surprise de se faire prendre à partie par un syndicaliste de Sud, par ailleurs hué par des camarades syndiqués à la CFDT. Un échange musclé s'en est suivi :

- Samuel Beauvois : « Vous n’êtes pas le bienvenu monsieur Macron ici.

Emmanuel Macron : Bonjour monsieur. Vous n’êtes pas apparemment majoritaire.

- Vous prenez dans la poche des ouvriers aujourd’hui monsieur Macron. Ce que monsieur Ghosn nous donne d’une main, vous allez reprendre dans notre poche.

- Je vais vous expliquer que non, mais restez là monsieur.

- Votre service d’ordre est en train de me sortir.

- Venez avec moi si vous voulez. Je vous écoute. Donc il faut que vous ayez la courtoisie de m’écouter.

- Mais on réussit sans vous, monsieur Macron. Les salariés ici, ça fait 40 ans qu’ils sont ici. Ils ont réussi sans vous. Aujourd’hui, vous êtes en train de prendre aux salariés, vous êtes en train de prendre aux retraités, aujourd’hui monsieur Macron.

- Si vous êtes venu faire un meeting politique, c’est autre chose.

- Non, je ne fais pas un meeting politique. Vous n’êtes pas le bienvenu ici. Ça fait 27 ans que je suis chez Renault, 27 ans. C’est Renault qui me nourrit aujourd’hui. Ce n’est pas monsieur Macron.

- Soit vous avez la courtoisie d’écouter, on peut y aller. Je vais essayer de vous expliquer pourquoi je suis là et pourquoi je crois à l’inverse de ce que vous dites, et pourquoi j’ai le sentiment que dans cette salle, il y a une large majorité qui croit l’inverse de ce que vous dites. »
"Je suis le premier à dire lorsqu’un site industriel n’a pas d’avenir. Je l’ai fait en un autre temps pour Whirlpool à Amiens. Et on a trouvé une solution de reprise et une autre option de développement. Là, je pense qu’il peut y avoir un avenir pour le site d’Ascoval", affirma le président de la République à la veille de son "itinérance mémorielle" dans le Grand Est et les Hauts-de-France.

Février 2019 : le repreneur d'Ascoval avoue ne pas avoir les fonds 

Des salariés de l'aciérie d'Ascoval à Saint-Saulve (Nord), le 19 décembre 2018, après la validation par le Tribunal de grande instance de Strasbourg du plan de cession de l'entreprise au groupe Altifort.
Le président des Hauts-de-France, Xavier Bertrand, veut toujours y croire : "ça se tend mais ce n'est pas fini", assure-t-il, à propos de l'entreprise actuellement en redressement judiciaire.

Altifort a en effet admis jeudi ne pas disposer des financements nécessaires pour son projet de reprise de l'aciérie de Saint-Saulve, dans le Nord, pourtant validé en décembre.

"Altifort nous a confirmé qu'il ne pourrait verser aucun des fonds sur lesquels il s'était engagé, ni les dix millions de fonds propres, ni les 25 millions de levée de fonds", a précisé une source anonymée au cabinet du ministre de l'Economie, Bruno Le Maire. "Même les dix millions de fonds propres, ils ne sont pas en mesure de les donner", a ajouté cette source: "On a pris acte de cela. En l'espèce, Altifort a trompé tout le monde", avoue l'entourage de l'ancien candidat à la présidentielle. 

Résultat de recherche d'images pour "Macron ascoval""La décision que nous avons prise avec tous les salariés, c'est de travailler à une nouvelle reprise en démarchant tous les industriels qui peuvent être intéressés", a dit Bercy. "Nous referons un point en début de semaine prochaine dans le même format, avec les salariés, les députés, le président de la région Xavier Bertrand, pour voir où nous en sommes." 

Les élus de la région, bien que déçus de l'annonce d'Ascoval, continuent cependant à les mener en bateau.   Bertrand clame qu'il veut toujours y croire. "Je continue à me battre pour sauver Ascoval" en cherchant "d'autres repreneurs", "soit en plus d'Altifort, soit à la place d'Altifort", a déclaré le don Quichotte. 

"Tout doit être fait pour intégrer de nouveaux partenaires", a renchéri le communiste Fabien Roussel (PCF).  

Le patron d'Altifort, Bart Gruyaert, a, lui, assuré qu'il "ne jette pas l'éponge" et qu'il "se concentr[ait] à trouver une solution" financière d'ici à l'audience du tribunal de Strasbourg, le mercredi 27 février. 

Les 281 salariés, dont les emplois devaient être sauvés, ont laissé éclater leur colère

© Ascométal" 

Et je veux que les habitants du Valenciennois, et tout particulièrement de Saint-Saulve, le sachent : j’y veille tout particulièrement. Les choses seront faites, tout simplement parce que celles et ceux qui travaillent là le méritent", se vanta encore le chef de l’Etat, le 5 novembre.
Et de mettre en cause au passage "l’irresponsabilité collective", qui consiste selon lui à "être toujours du côté de ceux qui crient et de ne jamais essayer d’expliquer" les raisons des difficultés économiques. Macron expliqua donc encore que, concernant Ascoval, " il y a un vrai travail à faire pour consolider (les) débouchés, trouver des partenaires et des financements".
Il était intarissable, passant de la pommade à tous, en assurant qu’il "sait ce que l’on doit au maire de Valenciennes, au maire de Saint-Saulve, à l’ensemble des élus du territoire et aux salariés et à leurs organisations syndicales, à qui (il) veut rendre hommage". Repassant constamment son oral manqué du concours d'entrée à l'Ecole normale supérieure (ENS) - il faut en effet commencer par réussir l'écrit, auquel il échouera à deux reprises - , il  poursuivit : "Lorsqu’on a montré qu’il y avait un avenir possible, ils ont tous voté la reprise du travail dès le lendemain. C’est le signe de leur responsabilité et de leur attachement à leur outil de travail. Donc, c’est ce qu’on leur doit ", insista le bonimenteur.

Quatre mois plus tard : "On nous l'a fait à l'envers" !

Résultat de recherche d'images pour "Macron ascoval"
Devant l'usine, les salariés ont appris la nouvelle avec sidération, souvent par la presse. "J'aimerais comprendre comment un dossier appuyé par trois cabinets d'experts différents a pu valider un plan avec des fonds non présents", s'est interrogé Bruno Kopczynski, porte-parole de la coordination syndicale et élu CFDT. 

"On est dépités ! On nous avait promis monts et merveilles (...) et au final on n'aura rien (...) Altifort nous l'a fait à l'envers; en réalité il n'y a rien, rien de concret", a lâché Vincent, 51 ans, agent de maintenance. "Je ne sais pas ce qu'on va devenir maintenant." 

Le 19 décembre, la justice avait mis fin à un interminable suspense en validant la reprise par Altifort pour un montant de 152 millions d'euros, avec le sauvetage de 281 emplois à la clé. La reprise se décomposait ainsi : 47 millions d'euros de fonds publics "sous forme de prêt" (Etat, Région et Valenciennes-Métropole), 35 millions d'apport d'Altifort, 40 millions de crédit-bail pour le financement d'un futur train à fil et 30 millions d'affacturage. Selon l'avocat d'Ascoval, Guilhem Bremond, trouver une autre solution pour Altifort d'ici l'audience du 27 février relèverait du "miracle".
Le groupe Altifort avait repris l'aciérie de Saint-Saulve le 1er février 2019.

En plus d'Ascoval, le Belge 
Asco Industries opère des usines à Dunkerque (Nord), Hagondange (Moselle), Fos (Bouches-du-Rhône), Le Marais (Loire) et Custines (Meurthe-et-Moselle). 
La fermeture de l'aciérie d'Hagondange est annoncée "dans moins de deux ans", les sites du Marais et de Custines devraient rattachés au site belge Steeltec et le groupe suisse d'acier Schmolz et Bickenhbach a ajouté le site Ascométal de Fos-sur-Mer, en redressement judiciaire, à son offre de reprise.
Et les principaux clients d'Asco sont l'européen Airbus, l'Américain Boeing, le Canadien Bombardier Aéronautique et le brésilien EmbraerEt pourtant, Ascoval se meurt.
Dans le détail, Asco est, notamment, l'un des partenaires des projets Airbus A400M, Lockheed Martin F-35 et de l'Airbus A380, dont le programme est un échec commercial et dont Airbus a annoncé, le 14 février 2019, la fin de la production pour 2021.

Le volontarisme de notre élite politique, fantasme ou fumisterie ultime ?