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dimanche 20 septembre 2009

Le syndicalisme anxiogène mène au suicide

Des syndicats qui poussent à bout, dans le privé et le public
Le problème du suicide en entreprise se pose-t-il avec la même acuité dans les pays européens qu'en France ?

En France, le taux de suicide est de 16,2 pour 100 000 habitants.

Parmi les pays de l'OCDE, les taux de suicide sont les plus forts au Japon et en France (de 15 à 20 pour 100 000) et les plus faibles en Italie, Grande-Bretagne et aux États-Unis. En Suède, on se suicide 30% moins qu'en France.

La situation sociale du travailleur (isolement, solitude, chômage) appartient aux facteurs secondaires sur lesquels on peut faiblement agir, et qui n'ont en soi qu'une faible valeur prédictive, sauf associés à des facteurs primaires, lesquels sont les antécédents personnels (tentatives de suicide précédentes, troubles de l'humeur), les antécédents familiaux (si des proches se sont suicidés, cela peut prendre une valeur d'« exemple ») et les troubles psychiatriques avérés (schizophrénie, toxicomanie, alcoolisme, etc.).

L'incitation au suicide par l'exemple
est singulièrement notable parmi les adolescents et les détenus. Mais il apparaît que le monde de l'entreprise est exposé au même phénomène. L'exemple est un des facteurs sur lesquels on peut agir et l'apparition de cas a une valeur d'« alerte ». Or, les pouvoirs publics se mobilisent, mais les syndicats s'en émeuvent-ils ou s'en servent-ils comme moyen de lutte ?

Les catégories sociales exposées

La propagande qui se développe avec la rentrée sociale ignore souverainement, mais intentionnellement les facteurs primaires, tels le divorce ou l'alcoolisme, et se focalise cyniquement sur les problèmes professionnels, comme s'ils étaient seuls en cause.
Dans les restructurations de filières à l'échelon national ou international, les groupes ne prennent pas suffisamment l'avenir de salariés en considération. Face aux restructurations, les délocalisations et les licenciements se multiplient.
Or, les syndicats n'ont pas intégré l'idée que leur rôle de soutien ne consiste pas uniquement à obtenir les indemnités les plus avantageuses, mais assurer un soutien psychologique. La dramatisation des conflits conduit aussi bien à la tragédie. Le jusqu'au-boutisme est à double tranchant.

Agir pour prévenir le suicide n'est pas entré dans la culture des syndicats.
Après une tentative, il est essentiel de permettre une prise en charge adaptée et d'assurer un suivi pour aider à la reprise du travail. La société exige d'un professeur qu'il soit un fin psychologue sans formation, mais n'a pas ce type de revendication à l'égard des délégués syndicaux.

  • Les suicides de détenus sont sortis de l'actualité

    La presse en mal de copie se penche sur leur cas en période estivale, quand l'actualité tourne au ralenti et que ce sujet classique peut satisfaire les stagiaires inoccupés.
    Chaque jour, 3 tentatives de suicide ont lieu en prison (donc 90 tentatives par mois), et 3 débuts de grève de la faim par jour. On compte un passage à l'acte tous les trois jours. Depuis les années 80, le nombre de suicides survenus en détention a considérablement augmenté, passant de 39 en 1980 à plus de 100 par an de façon régulière, en 20 ans, selon un rapport de 2003. Or, les organisations syndicales dénoncent les silences de l'Administration Pénitentiaire, mais en quoi participent-elles à la prévention des suicides de détenus ?

  • Les suicides d'adolescents n'intéressent plus.

    Ils constituent, juste derrière les accidents de la route, la deuxième cause de mortalité chez les jeunes âgés de 15 à 19 ans. (lien ), avec 1 000 décès par an. Selon une étude de l’INSERM, 8% des filles et 5% des garçons font une tentative de suicide à l’adolescence. On compte environ un décès pour 80 tentatives.
    Le facteur déclenchant ( une dispute, une mauvaise note, etc.) ne doit jamais être interprété comme la raison même de l’acte. Il n’est que le minuscule sommet d’un arbre qui a pris racine depuis bien longtemps.

    Le suicide d'enseignant n'a jamais retenu l'attention

    Leur déprime est chronique et sa suite logique, le suicide, dans l'ordre des choses. Si, avec les vacances qu'ils ont, ils mettent fin à leurs jours, c'est qu'ils sont inadaptés, dit-on. Serait-ce de l'eugénisme ?...
    Les enseignants, en particulier les instituteurs, paraissent «fragilisés par de mauvaises conditions de travail et des relations conflictuelles avec les publics qu'ils rencontrent, malgré un niveau de diplômes élevé»: 39 pour 100 000. (source L'Express, 2003 )

    L'instrumentalisation des suicides en entreprise
    Conflits sociaux et relation au travail sont souvent cités dans les facteurs de risque de la crise suicidaire.
    L'actualité a récemment mis en lumière de nouvelles tragédies sociales qui commencent par la faillite d’une société, son rachat par un groupe en quête de redressement, le licenciement des 2/3 de ses salariés, leur révolte qu'ils expriment dans la multiplication d'actes de violence en tout genre avant de la retourner contre eux-mêmes. Les stratégies économiques de crise font peu cas du facteur humain, entraînant des drames en cascade qui se soldent par des dépressions, des tentatives de suicide ou des suicides avérés... (source

    Le délit de provocation au suicide est-il à jour ?

    Jean Améry (de son vrai nom Hans Mayer) publie un livre, en 1976, sur le suicide où il défend la thèse selon laquelle le suicide représente l'ultime liberté de l'humanité. Il se suicide deux ans plus tard.
    À la suite de la publication du livre co-écrit par Yves le Bonniec et le communiste libertaire, Claude Guillon (1952), Suicide, mode d'emploi, a été créé en 1987, le délit de « provocation au suicide » (art. 223-13 à 223-15-1 du Code pénal), ayant pour conséquence l'interdiction de publication de l'ouvrage.

    Le suicide comme moyen de pression syndicale

    Au cours de ces dernières années, à mesure que les syndicats ont perdu de leur repésentativité, les conflits sociaux se sont radicalisés. La séquestration du patron de Sony France par les salariés de l'usine de Pontonx-sur-l'Adour n'est qu'exemple de plus.
  • En Juillet 2000, la fermeture de l'usine Cellatex à Givet (Ardennes) inaugure le retour des conflits sociaux violents. Les ouvriers, désespérés par leur licenciement collectif, avaient menacé de faire sauter leur usine et de déverser de l'acide dans la rivière voisine.
  • Les salariés de l'usine Daewoo coréenne de Mont Saint-Martin (Meurthe et Moselle) dans l'ancien bassin sidérurgique de Longwy, ont eux aussi recours à la menace à la pollution en 2002 pour lutter contre le dépôt de bilan de leur entreprise. Implantée grâce à des aides publiques, l'entreprise sud- coréeenne dépose le bilan en 2002. Les salariés ont menacé de déverser dans la Chiers des produits chimiques tels qu'acide chlorhydrique ou acide fluorhydrique. A cette menace s'est ajoutée une séquestration de dirigeants.

  • A Toul, une dizaine de salariés de Michelin décidèrent en février 2008 de prendre en otage deux cadres de la direction.

    ->Les responsables syndicaux nationaux, qui naviguentr entre la compréhension des salariés et une certaine retenue, ne manquent pas de souligner le caractère non radical de ces actions, à l'image de Bernard Thibault (CGT) qui a parlé "d'épiphénomène" et estimé que les salariés savent qu'il n'est pas dans leur intérêt d'avoir recours "à des formes d'actions qui leur seraient préjudiciables".
    Ce n'est pas l'avis du « rapace » Besancenot, porte-parole politique du NPA, qui effectue des raids sur le terrain syndical, avec l'appui de SUD.

    -> Pour Jérôme Pélisse, sociologue et maître de conférences à l’Université de Reims, cette radicalité témoigne du vide du dialogue social en France.
    « Ce n’est pas tant une radicalisation à laquelle on assiste qu'à une mise en scène de la radicalité à destination des médias. Les séquestrations en mars avril, et maintenant les menaces d’explosion de l’outil de production, par Nortel et New Fabris par exemple, ce sont deux séquences spectaculaires, organisées par les salariés et les syndicats qui les représentent pour faire bouger les lignes quand les négociations sont bloquées. »

    Les organisations syndicales sont coupées de la base
    Jérôme Pélisse souligne que « les confédérations sont mal à l’aise face à cette montée de la radicalité pour les primes. Elles n’ont pas la mainmise sur ce qui se passe au niveau local dans les usines, même si les syndicalistes et secrétaires de comités d’entreprises sont parties prenantes dans ces conflits. »
    Cette coupure des syndicats est-elle assimilable à celle des grands patrons des multinationales ?

    Le suicide a été utilisé dans l’histoire comme un acte politique d’opposition et de contestations

    Mais a-t-on jamais vu un dirigeant du MEDEF ou de la CGT, de FO ou de SUD se suicider?

    Pourquoi les militants sont-ils plus exposés, si ce n'est qu'ils sont instrumentalisés? Sur le terrain des luttes sociales, ils ne sont pas soutenus, mais poussés à bout par les délégués syndicaux. Ils refusent le dialogue et se voient persuadés que le salut est dans le conflit. La radicalisation des mouvements syndicaux fait son lit sur l'anxiété des salariés entretenue par le contexte actuel de crise économique internationale. Ainsi a-t-on vu des salariés brandir la menace de pollution de rivières et de nappes phréatiques par des polluants chimiques et d'autres placer des bombonnes de gaz sur le toit de leur usine.
    Lorsque des responsables syndicats et politiques -telle Sa Cynique Mjesté Royal- déclarent condamner ces actions mais les comprendre, quand ils ne les justifient pas, l'étape suivante dans la désespérance n'est-elle pas le suicide?

    ->
    Le secrétaire général de FO, Jean-Claude Mailly, a dit "comprendre" la réaction des salariés de Molex et d'autres entreprises, qui "font pression y compris en utilisant la médiatisation", c'est-à-dire le chantage et la violence. C'était sur France-2, alors que la situation était toujours explosive à l'usine de Villemur-sur-Tarn (Haute-Garonne). "Chez Molex comme dans les autres entreprises ...nous soutenons les salariés (...), ils sont à bout", a déclaré le responsable de FO, sans évaluer le risque mortel.

    ->
    En juillet 2009, les salariés de l'équipementier automobile New Fabris menaçaient de faire sauter leur usine s'ils n'obtenaient pas une prime de 30.000 euros. Dominique Duval, représentant de Force Ouvrière, prévient: "S'il faut donner l'exemple en France, on donnera l'exemple. On nous pousse à bout. Depuis mercredi dernier, on n'a aucune nouvelle ! Il faut arrêter de nous prendre pour des moutons de Panurge." Lors de la manifestation de Chatellerault, les manifestants ont reçu le soutien de quelques personnalités de gauche, dont l'ex-premier ministre Edith Cresson.
    Le 6 juillet, au Conseil Régional, la présidente de Poitou-Charentes exacerba les tensions :"Nous, nous ne nous tairons pas et les salariés ont raison de ne pas se taire !"
    A la mi-juillet, les New Fabris mettait le feu à une machine à commande numérique qui servait à fabriquer des pièces pour Renault. C'est la neuvième machine de l'usine de Châtellerault (Vienne) détruite depuis le début du conflit social et la liquidation, le 16 juin... Après l'outil de travail, l'opérateur, si les politiques et les syndicats n'y prennent garde.

    -> La candidate socialiste à la Présidentielle a une "responsabilité particulière". Elle a plaidé en faveur de l'indulgence contre les auteurs du saccage mardi de la préfecture de Compiègne et d'une partie de l'usine de pneumatiques Continental à Clairoix.
    "La violence ne résoud rien, mais en même temps (...) je ne confonds pas les voyous et les casseurs avec des salariés parce qu'ils sont d'abord maltraités, ensuite parce qu'ils ont peur de perdre leurs emplois, et basculer dans la pauvreté, voire dans la misère", a déclaré la tragédienne sur RTL.

    ->Jugement de la CFDT
    François Chérèque après une réunion des partenaires sociaux à l'Elysée, enfonce des portes ouvertes: "Notre objectif de syndicalistes, c'est d'éviter au maximum ce type d'affrontement. Mais dans toutes les entreprises où ça arrive, il y a eu un manque de dialogue".
    Mais le secrétaire général de la CFDT peut aussi se montrer plus perspicace."On en parle beaucoup trop" "Il n'est pas bon que les responsables politiques fassent des polémiques sur ces sujets-là".
    La démagogue picto-charentaise aura-t-elle reçu le message ?

    Le porte-parole de l'UMP, Frédéric Lefebvre, a réagi en accusant Bernard Thibault d'avoir marqué "un but contre son camp". Selon lui, "en justifiant les séquestrations, et en légitimant des méthodes méprisant la personne humaine, M. Thibault donne vraiment une piètre image du syndicalisme, alors même qu'il dénonce, à juste titre, en période de crise, certaines pratiques irrespectueuses du droit de la part de certaines entreprises".

    France Télécom est l'entreprise actuellement ciblée par le chantage au suicide

    Tout en se faisant les chantres du dialogue social, après les séquestrations et les menaces de pollution ou d'explosion, l'opposition vertueuse continue son escalade du chantage.
    Créé en 2007, l
    ’Observatoire du stress s’inquiète des conditions de travail à France Télécom où l’on recense 17 suicides ou tentatives depuis quinze mois.
    Frédéric Sahut, le délégué du personnel CGT, explique que, contraint à un changement de poste à … France Télécom, il s'est plié à une formation intense pour intégrer le … Centre client Orange (CCOR), service ...privilège. Un immense bouleversement. « C'était comme si j'apprenais un nouveau métier avec les bases de l'ancien. Le changement de méthode de travail a été radical. L'objectif, louable au départ, était de mieux servir le client, mais la complexité du système a compliqué la nôtre et, forcément, le résultat n'a pas été celui escompté », explique-t-il, pour tenter de faire compatire le lecteur de Sud-Ouest.
    Du fait de l'incitation par l'exemple et suite à la vague de suicides de salariés à France Télécom, le PDG du groupe et le ministre du Travail ont recherché le 15 septembre des solutions pour enrayer le phénomène. « La première urgence est d'arriver » à arrêter la « contagion », a déclaré Didier Lombard, PDG de France Télécom, après cette rencontre avec Xavier Darcos.
    Et les syndicats ?
    Ils s'indignent et dénoncent en attendant la prochaine victime.

  • « L'État se contente de déclarations incantatoires mais ne préconise aucune mesure concrète », accuse FO?
    Pierre Dubois (CFDT) se dit « déçu » : « On se demande ce qui changera si on ne s'attaque pas aux réorganisations. »
    « Le PDG est encore loin de percevoir le mal-être », prétendent les radicaux de SUD.
    « Les mesures sont nécessaires mais insuffisantes », selon Sébastien Crozier (CGC-UNSA), pour qui « les salariés demandent un projet collectif pour effacer leur sentiment d'inutilité sociale ».

    C'est une façon d'endiguer la vague... Mais les propositions syndicales tardent à venir.

    Témoignages sur le site LePost:

  • Olivier raconte le quotidien de son épouse, qui travaille à France Télécom depuis 9 ans. "Ma femme n'a jamais été fonctionnaire donc elle n'a pas eu à subir de problème d'adaptation. Seulement, dans son service, on passe son temps à la changer de chef, de sur-chef, de responsable, on l'envoie à Lannion pour s'occuper de personnes de son secteur (elle travaille à Paris) pendant que des gens de Lannion s'occupent des Parisiens (dans la même branche, pourtant).""On lui donne des objectifs parfaitement irréalisables ce qui permet de pouvoir incendier ceux qu'on veut casser à l'entretien de progrès. Ah oui, n'oublions pas qu'avec tout cela, il y a les chefs qui rappellent continuellement que sur l'équipe de 10-15, deux doivent virer avant la fin de l'année.""J'ai fait quelques boîtes, j'ai des amis qui en ont fait aussi et raconté nos expériences, aucune n'arrive à la cheville de FT en matière de mauvais traitements."
  • En revanche, exprestataire FT raconte son passage à France Télécom, où il a été prestataire.
    "En tant qu'informaticien travaillant pour une SSII, je peux comparer l'ambiance chez France Télécom ou j'ai bossé de mai 2006 à février 2009 avec d'autre entreprises.Franchement je regrette de ne plus bosser chez FT aujourd'hui car l'ambiance y était bien plus cool qu'ailleurs, aussi bien sur le site d'Orléans qu'à Marseille. Ca n'est pas le stress au travail qui m'a le plus marqué de mon expérience chez FT, très franchement.""J'avais plutôt l'impression parfois de ne pas vivre sur la même planète qu'eux, car la plupart de mes collègues de travail étaient fonctionnaires, avec des comportement de fonctionnaires habitués à un certain confort, que n'ont pas la plupart des salariés en France, confrontés au chômage et à la précarité."

    Ministère de la Justice: la directrice de la PJJ se jette du 3ème étage

    Vendredi 18/9, c'est un syndicat du ministère de la Justice qui a confirmé la tentative de suicide d'une employée de 52 ans, sur son lieu de travail dans le XVIIIème arrondissement de Paris survenue mardi, en pleine réunion, vers 10 heures du matin, alors que son service est en pleine restructuration. Il s'agit de la directrice départementale de la Protection judiciaire de la jeunesse (PJJ), la direction du ministère qui emploie les éducateurs encadrant les mineurs délinquants ou en danger. Or, ce syndicat de la PJJ est le SNPES-PJJ, affilié à la FSU. La FSU, qui se charge de cette annonce morbide, est de toutes les manifestations de rue, mais semble moins active en matière de prévention.
    La fonctionnaire est saine et sauve, après une chute de 7 mètres…
    Le passage à l'acte a eu lieu en pleine réunion, en présence de syndicalistes vigilants. Les participants de la FSU auraient-ils manqué de … cette vigilance élémentaire qu'ils exigent des administrations et des cadres d'entreprises? Difficile désormais de porter des accusations contre les personnels de prisons qui ne sont pas dans chaque cellule au moment des tentatives de suicide.
    Il faut donc créer des postes de surveillants, mais aussi augmenter le nombre de décharges de service en faveur de délégués syndicaux.

    Les restructurations perturberaient-elles d'autant plus qu'on a connu un parcours de travailleur privilégié ?...
    Le suicide est un fléau que les syndicats et la gauche radicale ne sont pas prêts à éradiquer. Si leur volonté de dialogue était avérée, et s'ils ne reportaient pas systématiquement la faute sur les patrons et le gouvernement, nous serions moins enclins à penser qu'ils trouvent cyniquement leur compte dans les suicides.
  • vendredi 31 juillet 2009

    Les salariés de New Fabris se rendent à la raison

    La candidate socialiste à la présidentiellele n'a fait que téléphoner Les employés de l'équipementier automobile en liquidation ont accepté vendredi 31 l'ultime proposition d'une prime supplémentaire de licenciement de 12.000 euros nets par employé, en plus de leurs indemnités, alors qu'ils tentaient d'obtenir 30.000 euros pour chacun des 366 licenciés. Les salariés de New Fabris ont ainsi mis un terme vendredi à un conflit d'un mois, lourd de chantage, puisqu'ils menaçaient de "faire sauter leur usine" à Châtellerault (Poitou-Charentes) le 31 juillet.

    Ces conflits embarrassent les syndicats républicains

    Les délégués des syndicats représentatifs pratiquent l'accusation et le déplacement des responsabilités, mais aussi le double langage. C'est ainsi que les syndicalistes majoriotaires cégétistes, aspirés par la spirale de la menace du fait de la rivalité de FO, ont été désavoués par la n°2 de la CGT, Maryse Dumas qui tente de sauver la face. Bien que tardifs, ses propos sont responsables sur le fond, mais pour le moins ambigus: "Ce sont des modalités d'action que je ne conseillerais pas aux salariés parce qu'elles conduisent à des impasses. En même temps, lorsqu'ils les décident démocratiquement, la CGT est avec les salariés".

    Un vote à bulletin secret et démocratique dans l'usine du sous-traitant automobile occupée de Châtellerault (Vienne) a permis la prise de décision dans un climat pesant. Les salariés avaient un temps menacé de faire sauter à l'aide de bonbonnes de gaz. Ce conflit, fortement médialtisé par la presse engagée était devenu emblématique de la crise dans l'industrie.

    L'amertume est d'autant plus profonde

    Le bras de fer s'est donc achevé dans un climat désabusé, car la prime de 12.000 euros proposée par le ministre de l'Industrie, Christian Estrosi, est loin des 30.000 euros demandés par les salariés.
    Tout bien considéré, cette prime annoncée par le ministre constitue néanmoins une rallonge par rapport aux 11.000 euros pris en charge par les constructeurs automobiles.
    Cette proposition a donc été finalement acceptée par 204 des 366 salariés. Vingt quatre ont voté contre, il y a eu sept bulletins nuls ou blancs et 131 salariés n'ont pas participé au scrutin.

    Les artificiers de la CGT crient victoire

  • C'est à croire que les syndicats CGT et FO ne comptaient pas même sur les 12.000 euros, mais faisaient de l'animation sociale, voire politique. "Vous pouvez être fier de vous. On pourra se balader à Châtellerault, en France et partout avec la tête haute. On ne s'est pas fait virer comme des merdes", a exhorté le délégué CGT, Guy Eyermann, pour orienter le vote des employés.
    En annonçant les résultats, il a encore lancé: "Je demande que la minorité respecte le vote des 204 personnes. Je déclare aujourd'hui, 31 juillet 2009, la fin de la CGT Fabris. Je souhaite la bienvenue au comité des 'privés d'emplois' Fabris."

  • Le chantage syndical
    La menace de faire exploser des bouteilles de gaz disposées sur les toits, lancée après la liquidation en juin, n'était que virtuelle, car ces bonbonnes étaient vides, a-t-on appris dans l'usine.
    L'affaire a confirmé la radicalisation insensée des salariés, manifestée depuis le printemps par des séquestrations de cadres et, plus rarement, par des menaces de destruction.
    Selon un sondage OpinionWay ! IFOP publié vendredi par le journal ...communiste L'Humanité, 62% des personnes interrogées disent comprendre les séquestrations, 23% les approuvent, 50% comprennent les menaces de destruction et 16% les approuvent.

    En s'accrochant à des réflexes archaïques de lutte sociale qui ignore la crise économique internationale, certains media partisans jouent un rôle néfaste. La presse n'a pas eu le courage de fustiger les débordements. La crise économique est en effet une aubaine politique pour les journalistes engagés. En ne jouant aucun rôle régulateur, les organes de presse portent une lourde responsabilité dans ce fiasco.

    Les réactions d'après vote
  • Menés en bateau par les syndicats CGT et FO, les ouvriers étaient pour certains en pleurs. D'autres avaient quitté l'usine avant l'annonce. "C'était 12.000 euros ou rien et, aujourd'hui, rien, on ne peut pas se le permettre", a encore lancé Dominique Duval, le délégué FO, syndicat en rivalité, qui fait de la surenchère. Selon lui, "beaucoup ont voté oui parce qu'ils étaient obligés de le faire, tellement ils sont dans la mouise". Il oppose aussi les jeunes aux anciens: "Un salarié qui a 30 ans d'ancienneté touchera effectivement en plus 17.500 euros d'indemnité légales", a-t-il ajouté. "Mais un autre avec 10 ans d'ancienneté repartira avec moins de 3.000 euros en plus des 12.000 euros de prime. Les disparités sont très grandes contrairement à ce que sous-entend Christian Estrosi".
  • "C'est le dialogue social qui a gagné (...) L'arrêt de toute forme de violence et de menace sera toujours le préalable incontournable aux discussions et aux propositions", a observé Christian Estrosi dans un communiqué, après le vote.

    Des indemnités de licenciement conséquentes

    -> La prime finale exceptionnelle est supérieure de 1.480 euros à la précédente proposition, formulée le 22 juillet (11.000 euros bruts). Elle sera financée en partie par le rachat des stocks par Renault et PSA, ex-clients de la société.

    -> Elle s'ajoutera aux indemnités légales obligatoires, qui oscillent entre 17.500 et 19.000 euros en moyenne selon l'ancienneté, selon les calculs du ministère. Beaucoup de salariés toucheront en fait des sommes très inférieures.

    ->Les salariés pourront conserver 95% de leur salaire pendant un an avec un contrat de transition professionnelle.

    -> Est aussi concédée une allocation spéciale pour 23 salariés de plus de 56 ans, tandis qu'un fonds de revitalisation du bassin de Châtellerault sera doté de 1,5 million d'euros.

    Sa Cynique Majesté Royal a appelé le gouvernement au secours

    Si les syndicats pratiquent le double langage, Sa Cynique Majesté Royal n'est pas de reste. Peu réactive, elle n'a pas pour autant la langue ballante et exige ou supplie tour à tour et bien tardivement.
  • A une semaine de la date d'exécution de la menace d'explosion, le vendredi 24 à Poitiers, «la présidente de la région Poitou-Charentes exige[a] que les constructeurs Renault et Peugeot paient le juste prix du stock [aux salariés de New Fabris]. Cela permettrait de satisfaire les revendications légitimes des salariés qui verraient reconnaître leur dignité», prétend un communiqué de la région. Niant l'économie pour la région, le texte assurait que «cela ne constituerait en aucun cas un cadeau, mais une transaction économique équilibrée et permettant une sortie favorable pour tous» Elle a «exigé» que Renault et PSA paient à leur « juste valeur » le stock qui menacent de, s'ils n'obtiennent pas une prime de ... 30.000 euros.

    Elle aura été stimulée par la secrétaire nationale des Verts, Cécile Duflot, proche de Dany-le-Rouge et de l'affreux Jojo Bové. Dans un communiqué, son parti, les Verts, avait en effet annoncé que les New Fabris recevraient son soutien, le lendemain samedi 25 juillet, sur les terres sinistrées de la candidate Royal...
  • De passage en région -de nouveau en fin de semaine, le vendredi 30 juillet , la veille de l'exécution de l'ultimatum, "Ségolène Royal a eu aujourd'hui un entretien téléphonique avec le ministre de l'Industrie, Christian Estrosi, pour l'appeler à faire un geste supplémentaire en direction des salariés de New Fabris", indique son service de presse, dans un communiqué.
    Elle a estimé que "le conflit social qui dure depuis un mois et demi peut connaître demain une issue satisfaisante et digne pour les salariés si un effort financier supplémentaire est fait par l'Etat et les constructeurs automobiles".

  • L'amère de Melle surfe sur l'actualité
    Les salariés de Nortel France ont inspiré la présidente picto-charentaise et les syndicats en décidant, mercredi 15 juillet, de retirer de leur site de Châteaufort (Yvelines) les bonbonnes de gaz qu'ils menaçaient de faire exploser pour obtenir de meilleures indemnités de licenciement. En Poitou-Charentes, New Fabris n'imite pas Obama, mais Nortel.

    Dans son souci de débat 'juste', elle ne rend à aucun moment justice à l'action du préfet de région Poitou-Charentes, Henri de Richemont.

    Le jeudi 30 juillet, des manifestants ont participé jeudi à un défilé de soutien aux salariés licenciés, à la veille de l'expiration de leur ultimatum.
  • Les patrons des principales centrales syndicales et des principaux partis politiques brillaient par leur absence. Le 'rapace' Olivier Besancenot, représenté par le responsable du NPA dans l'Est, Yvan Zimmermann, et Marie-George Buffet (PCF), officiellement en congé, ont expédié un message aux ouvriers, tout comme Cécile Duflot, secrétaire nationale des Verts qui a rendu visite aux New Fabris le samedi suivant. Le parti était représenté par Jean Desessard, sénateur Verts de Paris venu pour "soutenir un combat politiquement et socialement juste".
  • Quant à la présidente PS de la région Poitou-Charentes, l'amère Royal ne s'est pas mêlée aux travailleurs et n'a pas participé au défilé. A la foule, elle avait préféré une délégation de syndicalistes le lendemain.

    Dans le cortège du jeudi 30 juillet figurait en revanche Edith Cresson.
    Encore à contre-temps, l'ancien maire de Châtellerault et ex-Premier ministre s'est dite "révoltée": "Le jour où il y aura une reprise de l'activité économique, j'aimerais qu'on me dise avec quoi on va travailler si on perd des outils de production remarquables et modernisés. Si on veut tout délocaliser à l'étranger, autant le dire tout de suite".

    La tête de gondole régionale a remué les lèvres. Et puis après?

    La présidente de région aura tenté de faire sa propre promotion pour un coût de 5 millions d'euros (sur plus de 30) en faveur d'Heuliez, mais elle n'a rien laché, ni pour la CAMIF, ni pour New Fabris.
    Fait-il bon vivre en Poitou-Charentes où on défile et manipule volontiers le gaz. La crise sociale y est en effet une des plus rudes en France. Depuis que Désirdavenir Royal se consacre davantage à sa Région à l'approche des Régionales 2010,
    qu'a donc fait la négligente pour retenir la région partie à vau-l'eau ?


    En mars dernier, Rocky Martin interpellait ici Sa Cynique Majesté Royal sur la situation des salariés de la SNECMA