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jeudi 23 juin 2016

"Le gouvernement utilise la police à des fins politiques," explique un chercheur

Au four et au moulin, les policiers refusent d'être moulus

Les policiers doivent assurer la sécurité de l'Euro contre le risque d'attentat 
 islamistes et des manifestations contre la loi travail

Depuis 18 mois et les attentats djihadistes de Charlie Hebdo, les policiers sont sans cesse et de plus en plus sollicités. 
Dans un contexte d'état d'urgence et de risque d'attentats islamistes, les forces de l'ordre doivent assurer la sécurité de l'Euro de football, des manifestations sociales, et sont confrontées à la violence des "casseurs", c'est-à-dire des groupuscules de l'"ultra-gauche", anarcho-révolutionnaires et antifa'' mêlés. 
Suite aux violences et dégradations au cours de la manifestation contre la loi travail du 14 juin, François Hollande a fait planer la menace d’interdiction des manifestations "au cas par cas". Manuel Valls a de surcroît hystérisé le débat, appelant le secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez, à renoncer à l'organisation de grandes manifestations à Paris, après avoir lui-même recouru à l'article 49.3 pour faire passer sa réforme sans la soumettre au débat parlementaire. Est-ce en rupture avec le droit constitutionnel de manifester ?
Le 19 mai 2016 , Manuel Valls rappelait que nous sommes un Etat de droit et ajoutait : "Si nous décidions d’interdire un certain nombre de manifestations, la justice administrative casserait cette décision". Le même jour, Bernard Cazeneuve disait sensiblement la même chose. Les récentes déclarations de François Hollande et Manuel Valls marquent indéniablement une rupture avec le droit constitutionnel. C’est pourquoi la justice administrative est susceptible de casser ces éventuelles décisions. Ils ont reculé face à ce risque.
Rappelons encore que
neuf des dix suspensions individuelles d’autorisation à manifester ont été cassées par la justice administrative. Nous sommes dans une situation de tension entre le droit et des affirmations politiques qui se heurtent à la réalité du Conseil constitutionnel.
Plutôt que de dissoudre ces groupes anti-républicains violents, le pouvoir socialiste préfère interdire les manifestations syndicales à risques. L'interdiction de ce 24 juin social aurait pu être une première sous la VIe République. En cinq ans, Nicolas Sarkozy n'y a pas recouru et il faut remonter à mai 1952 et les événements d'Algérie pour en trouver une illustration. 
A l’échelle du siècle, très peu d’organisations en France ont mobilisé la violence comme une forme d’action stratégique. Il y a des exceptions : l’Action française avant 1914 et dans les années 1930, le PCF en mai 1952, et des forces d’extrême gauche dans les années 1970. On retrouve aujourd’hui des forces minoritaires, comme le MILI (Mouvement inter-luttes indépendant, collectif d'extrême gauche composé de "jeunes" lycéens, étudiants ou non, qui refusent toute hiérarchie), qui se réclament de la violence comme facteur de déstabilisation. Ce n’était plus le cas de la CGT depuis longtemps et les dernières déclarations de Philippe Martinez, ces derniers jours, laissent perplexe au vu des violences et de la casse. La violence dans le mouvement ouvrier a toujours été dénoncée, mais pratiquée et qualifiée de violence subie, "en marge" de ses meetings et défilés, même si les dockers ont par exemple un rapport à la force physique – et donc si nécessaire à la violence –, plus élevé et que la CGT s'est constitué un service d'ordre réputé efficace, quand elle le veut bien...
Directeur du Centre de recherche sociologique sur le droit et les institutions pénales (Cesdip) et chercheur au CNRS, Christian Mouhana décrit le "ras-le-bol des policiers". Pour Le Point, ce spécialiste des questions de sécurité et de la police décrit ce ras-le-bol.

Le Point.fr : Les policiers sont-ils vraiment au bout du rouleau ?

Christian Mouhana : Il ne faut pas tout mélanger. Il y a un ras-le-bol structurel au sein de la police, comme dans tous les services publics victimes de coupes budgétaires et de méthodes de management productivistes venues des États-Unis. Mais c'est vrai qu'il y a un contexte particulier qui augmente ce ras-le-bol. Avec 85 % environ d'opinions positives, la police est une des professions les plus aimées par la population. Pourtant, quand vous parlez à des policiers, ils n'ont pas l'impression d'être aimés. Après les attentats de Charlie Hebdo, on a eu l'impression que ça allait mieux. Mais depuis, les choses ont changé. C'est parce que dans le cadre de leur métier, ils font plus souvent face à la minorité, aux 25 % qui ne les aiment pas, notamment des jeunes des quartiers sensibles, qui font souvent l'objet de contrôle d'identité, des casseurs, des criminels… Mais aussi des manifestants lorsqu'ils trouvent que l'intervention des policiers se fait de manière trop brutale.

Le meurtre du policier et de sa femme, au domicile dans les Yvelines et revendiqué par Daesh, a-t-il aggravé ce mal-être ?

Bien sûr, même si les policiers se sentaient déjà en insécurité. Il y a eu des sites internet qui dénonçaient certains policiers et donnaient leurs adresses. Ils se sentent sans arrêt sous la menace. Beaucoup d'entre eux n'habitent pas sur leur lieu de travail. Cet événement augmente ce sentiment. Mais on ne sait pas encore s'il s'agit vraiment d'un attentat, d'un règlement de comptes, ou les deux.

La police française est-elle dépassée face aux 'Black blocs' et leur organisation quasi militaire ?

La police française a toujours eu une bonne réputation dans le domaine du maintien de l'ordre. Il y a une police spécifique composée de gendarmes mobiles et de CRS (environ 25 % à 30 % des effectifs) qui attend qu'on l'appelle pour gérer les événements problématiques. C'est un choix politique et coûteux que peu d'autres pays ont fait à cette échelle. Avec un résultat positif, il n'y avait quasiment jamais de morts et très peu de blessés graves causés par la police, comme on l'a constaté lors des émeutes de 2005. Mais il faut se demander si ce modèle est toujours valable. Et l'apparition des armes dites non létales pose problème, car elles remettent en cause ce modèle et sont très utilisées.

Pourquoi ?

Parce qu'il y a beaucoup de blessés des deux côtés. Il y a aussi un problème de stratégie : les policiers ont du mal à attraper les casseurs. Ils se mêlent aux manifestants et s'en vont quand la police réplique. Du coup, les policiers s'énervent, et interpellent, par défaut, des manifestants qui ne sont pas dans une posture violente. Ces derniers peuvent se dire que les casseurs ont raison. Cela produit un cercle vicieux de dérapages. Avant, la police avait la capacité de négocier avec les services d'ordre des syndicats. C'est moins le cas. Pourtant, les manifestants n'ont pas intérêt à ce qu'il y ait des casseurs qui discréditent le mouvement. On voit comment le Premier ministre utilise la police pour asseoir son autorité et éviter le débat.

Le gouvernement utilise-t-il la police à des fins politiques ?

Oui. L'état d'urgence a par exemple été utilisé pour restreindre l'action des militants qui manifestaient contre la COP21 ou contre la loi El Khomri. Il y a un mélange des genres. Cela pose un vrai problème de société. Pour qui travaille-t-on quand on est policier ? Pour les politiques ou pour les citoyens ? Les policiers sont tiraillés entre ces deux impératifs.

La police française est-elle politisée ?

Pendant très longtemps, elle a été majoritairement affiliée à des syndicats de gauche. Aujourd'hui, aucun syndicat policier majeur ne se positionne clairement à gauche. Chez FO, il y a toutes les sensibilités politiques. Et beaucoup de policiers, comme dans d'autres parties de la société française, votent sans doute FN. Beaucoup d'études annoncent un glissement des policiers vers la droite. Mais ces études mêlent les policiers et les militaires, donc c'est compliqué de se faire une idée précise. Ce qui est certain, c'est qu'il y a dans la société une très forte montée de la critique contre les élites de gauche et de droite, y compris dans la police.

Pourtant, le gouvernement a fait des "cadeaux" aux policiers …

Il n'y a pas pour autant d'engouement ni d'adhésion vis-à-vis du gouvernement actuel. Il est tenu pour responsable de l'absence de réforme de la police. Les syndicats sont entendus, mais il n'y a pas de mouvement définissant clairement la place du policier dans la société. Depuis 2002, la police s'éloigne de plus en plus de la population. La France a abandonné tout effort pour construire sa police de proximité. C'est le seul pays développé à avoir renoncé à tout progrès en ce sens. C'était le discours de Sarkozy à Toulouse en 2003. 

Depuis 2012, les choses n'ont pas évolué.
Christian Mouhana non plus: il reste un militant de gauche. A propos de l'Institut national des hautes études de la sécurité (Inhes), dont il a démissionné, il écrivait en 2007: "Pour le directeur, on est une bande de gauchistes fous."

jeudi 7 juin 2007

Quartiers : de l’écoute complaisante à la violence

Confusion entre éducation, écoute, prévention et laxisme
Le laisser-faire encadré et la tolérance complice ont montré leurs limites. Une politique de prévention consiste-t-elle à suivre une jeunesse rebelle et à compatir à ses problèmes divers liés autant à l’âge qu’aux difficultés sociales et aux discours démagogiques ?
Ce n’est pas la même chose d’organiser l’observation attentive des phénomènes de groupes d’adolescents (plus ou moins jeunes : on distingue dans la presse les ‘jeunes’ adolescents des vieux …adolescents de vingt et trente ans !) et d’encadrer cette jeunesse en difficulté, d’une part, ce qui s’appelle action sociale, et, d’autre part, d’assister ceux d’entre eux qui sont livrés à eux-mêmes en entretenant leur mal-être et leur sentiment d’abandon, voire en suscitant leur colère, ce qui s’appelle récupération.

Si on saisit par ailleurs une campagne présidentielle comme une opportunité de diabolisation du candidat de la droite avec pour objectif de pousser des jeunes au vote en faveur de la candidate socialiste, c’est jouer avec le feu en entretenant et en développant, au-delà du candidat, une rancœur et une volonté d’en découdre avec la société en général et les institutions en particulier.
C’est aux effets immédiats de ce comportement irresponsable de la gauche -aussi bien républicaine que radicale- que s’atèle maintenant et sans délais la nouvelle ministre de l’Intérieur, avant l’embrasement programmé des banlieues dans l’été. Ce qui est une autre conception de la prévention, celle qui prévoit et prévient, mais non pas celle qui accompagne la violence.

La ministre de l'Intérieur, Michèle Alliot-Marie, s'est saisie lundi du dossier sensible de la sécurité en Seine-Saint-Denis en tenant dans la soirée une réunion avec tous les acteurs de la sécurité du département, après la divulgation d'un rapport accablant sur les relations police-population. Ce rapport de l'Institut national des hautes études de sécurité (INHES), qui dépend du ministère de l'Intérieur, évoque un "climat d'insécurité permanent", risquant même de s'envenimer.
Cette réunion "a permis de faire un bilan de la situation de l'insécurité et de la lutte contre la délinquance en Seine-Saint-Denis", a indiqué l'Intérieur, dans un communiqué publié à l'issue de la rencontre.
Le ministère a notamment cité "l'augmentation des effectifs" avec "350 policiers" supplémentaires et l'affectation d'une quatrième compagnie de CRS en mission permanente de sécurisation".
La "mise en place d'un service départemental de nuit, l'affectation de quatre psychologues et d'un travailleur social dans les commissariats (du département) et quatre permanences de ‘SOS victimes 93’ " ont complété le dispositif, ajoute-t-on de même source.
La ministre a indiqué dans la matinée à la presse, en marge d'une visite à la Brigade de protection des mineurs (BPM) de la police judiciaire parisienne : "J'ai demandé à ce qu'une réunion puisse être tenue dans les 48 heures avec les principaux responsables des problèmes de police dans le département".

Le rapport a suscité de nombreuses réactions de syndicats de police, d'associations et d'hommes politiques, notamment de François Hollande, premier secrétaire du PS, qui a jugé lundi qu'il fallait le prendre "très au sérieux". Réaction remarquable de flou ! Associée à une proposition constructive du PS ?

Dans ce département "très difficile aussi bien sur le plan économique que social, j'ai constaté l'âge très jeune des policiers", avait relevé la ministre lundi matin.
Elle a jugé "nécessaire qu'il puisse y avoir davantage de policiers plus anciens (pour) avoir (...) une certaine appréciation dans la durée de ce que sont les problématiques" du département.
Au cours de sa visite, M. Skuli avait fait état devant la ministre du poids des mineurs dans la délinquance, évoqué par l'INHES, et de la fidélisation nécessaire des policiers, souvent jeunes et déracinés, également évoquée par l'institut. "Les mineurs délinquants sont de plus en plus jeunes", avait-il dit, "souvent 15-17 ans, et peuvent se faire 3.000 euros par mois en devenant guetteurs pour des trafiquants de drogue". Quel est le bilan de l’Education Nationale ? La gauche prétend toujours que l’EN est un moyen républicain efficace de promotion de l’égalité des chances, par le savoir !… Or, les professeurs passent leur temps et usent leur énergie, non plus à enseigner et donc à instruire, mais à éduquer ! Bilan, donc, des investissements à fonds perdu??
M. Skuli avait dressé un tableau "préoccupant" des tensions entre cités HLM, évoquant par ailleurs les règlements de comptes entre bandes à Stains (trois morts en quelques semaines). Quel est le bilan des années Jospin de prévention ? Le produit de l’impôt englouti dans les actions en faveur des quartiers est-il productif ?
Concernant la police de proximité, évoquée par l'INHES, la ministre a estimé lundi, reprenant les thèmes de son prédécesseur, Nicolas Sarkozy, que les policiers n'étaient "pas là pour jouer au foot avec un certain nombre de jeunes" mais pour "poursuivre les délinquants". Elle a cependant ajouté que la "proximité" de terrain incluant "la connaissance des personnes" reste nécessaire.

Mme Alliot-Marie avait effectué, le 23 mai, l'une de ses premières visites de terrain en Seine-Saint-Denis. Elle avait déjà pu manifester son intérêt et mesurer l'ampleur des problèmes de sécurité dans le département, dont certains sont soulignés par le rapport de l'INHES. La ministre a d’ailleurs annoncé qu'elle se rendrait en Seine-Saint-Denis "au lendemain des élections législatives pour rencontrer les élus et les principaux acteurs de terrain".