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mercredi 2 janvier 2019

Une députée LREM : il faut traquer les chômeurs pour plus de justice sociale...

Le parti du président réclame des sanctions plus dures dans une "logique de justice"

Les Gilets jaunes et leurs sympathisants ne sont toujours pas entendus de la majorité présidentielle

La porte-parole de LREM (ci-contre) a assumé mercredi des sanctions plus dures pour les chômeurs en cas de manquement à leurs obligations au nom d'une "logique de justice".

Un décret publié le dimanche 30 décembre 2018, la veille des voeux du président Macron, rend certaines sanctions prévues plus dures que ce qu'avait initialement annoncé le gouvernementdans le prolongement du volet "contrôle des chômeurs" de la réforme "avenir professionnel" (Loi pour la "Liberté de choisir son avenir professionnel", sic, en cinq points) adopté dans son principe - cet été -  par l'Assemblée à majorité macronienne.

Macron ne cède rien contre rien
"C'est fait tout simplement dans une logique qui est une logique de justice", a plaidé Aurore Bergé, députée LREM des Yvelines sur Cnews, en défendant un "équilibre entre des droits supplémentaires", par exemple en matière de formation, et des "devoirs supplémentaires, recherche d'emploi notamment".
"A partir du moment où vous ne venez pas à votre rendez-vous avec Pôle emploi et donc que vous n'êtes pas dans une recherche active d'emploi et que vous ne respectez pas quelque part le contrat que vous passez avec la société, avec les Français, c'est logique qu'il puisse y avoir des sanctions", a-t-elle jugé.

En mars dernier, la ministre du Travail avait annoncé de nouvelles sanctions, certaines allégées, d'autres alourdies, pour les chômeurs. 

Le fait de ne pas se rendre à un rendez-vous avec un conseiller, par exemple, devait être sanctionné de 15 jours de radiation des listes, au lieu des deux mois actuellement en vigueur. Finalement, ce sera un mois de radiation selon le texte du décret, deux mois au bout de deux manquements et quatre mois au "troisième manquement" constaté.

S'agissant des sanctions concernant l'insuffisance de recherche d'emploi (refus à deux reprises de deux offres raisonnables d'emploi par exemple), le gouvernement avait évoqué des sanctions graduelles: suspension de l'allocation d'un mois la première fois, de deux mois la deuxième fois et quatre mois la troisième fois. Il avait alors précisé que l'allocation serait amputée à partir de la deuxième fois.
D'après le décret, l'allocation est "supprimée" dès le premier manquement et non "suspendue", ce qui permettait de conserver ses droits.

A. Bergé a fait valoir que sur la formation professionnelle, le gouvernement "a mis le paquet", avec "un million de chômeurs de longue durée qui vont bénéficier d'une formation". Or, l'aide d'Etat à la formation professionnelle est une manne pour les syndicats.

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"Les sanctions beaucoup plus dures, ça doit s'accompagner de propositions d'emplois plus importantes et d'accompagnement plus importantes", a plaidé sur France Inter le corapporteur de la loi "avenir professionnel" et député LREM Aurélien Taché, ci-contre, ancien militant socialiste, conseiller auprès des ministres du Logement Sylvia Pinel (Mouvement radical) et Emmanuelle Cosse (Europe Ecologie-les Verts). 

"J'ai toujours dit quand j'étais rapporteur de cette loi que je n'étais pas du tout pour qu'on traque les chômeurs", car "quand ils n'ont pas de travail, c'est la plupart du temps tout simplement parce qu'ils n'en trouvent pas", a confessé ce député qui arrêta ses études en troisième et fit alors un apprentissage en plomberie, avant de militer à l’UNEF Limoges.
Lorsqu'il conseilla le candidat Macron en déplacement de campagne à Tunis, Taché s'était dit convaincu par les "idées fortes" portée par En marche ! "contre les inégalités de parcours et de destin."

jeudi 15 janvier 2009

Qui prend la tête de la commission sur la réforme du lycée ?

Portrait de Richard Descoings
Le Journal du Dimanche, le 12 janvier dernier, présentait Richard Descoings comme un calculateur ambitieux :

Tout juste nommé à la tête d'une commission sur la réforme du lycée, Richard Descoings est devenu en vingt ans une éminence grise incontournable en matière d'éducation. Conseiller d'Etat qui travaille pour les gouvernements de gauche comme de droite, ce professeur de droit public s'est fait connaître en réformant Science-Po. Une institution qui lui a servi de tremplin vers la politique.

Richard Descoings est un agitateur engagé.

Il a apposé sa marque à Science-Po à coups de réformes dès 1996, année où il en devient le directeur. Après avoir bousculé l'institution de la rue Saint-Guillaume, il s'est imposé rapidement comme une figure politique majeure dans l'Enseignement supérieur. C'est cet énarque nommé en 2000 au Conseil d'Etat que Nicolas Sarkozy a choisi pour reprendre en main le dossier lycéen. Le président l'a propulsé lundi à la tête d'une commission sur la réforme reportée par Xavier Darcos. Né [s] de parents médecins, il grandit sans télévision et avec une éducation stricte dans un milieu relativement modeste. Cela ne l'empêche pas d'emprunter l'ascenseur social à grande vitesse, enchaînant les lycées parisiens prestigieux (Montaigne, Louis-le-Grand et Henri-IV), Science-Po Paris et l'Ecole nationale d'administration (ENA). Au[x] côté[s] de son ami Jean-François Cirelli, actuel vice-président de GDF-Suez, Richard Descoings sera parmi les dix premiers de la promotion Léonard-de-Vinci, ce qui lui permet d'entrer au Conseil d'Etat en tant qu'auditeur en 1985.

Le tremplin Science-Po

Très vite, il revient dans le giron de Science-Po, officiellement nommé Institut d'études politiques (IEP). Professeur de droit public, il est conseiller dès 1987 puis adjoint du directeur parisien de l'institution, Alain Lancelot. En 1996, il atteint la consécration en succédant à son mentor. Il devient de fait administrateur de la Fondation nationale des sciences politiques. Cette ascension s'est accompagnée d'un parcours sans faute dans les arcanes des ministères. Conseiller juridique de Jack Lang, ministre mitterrandien de la Culture, Michel Charasse, au Budget de 1988 à 1992, fait appel à lui pour les questions relatives à l'Education. Avec l'arrivée d'Edouard Balladur à Matignon, il participe, au sein du Conseil d'Etat, à la "mission sur les responsabilités et l'organisation de l'Etat". En 2000, il est logiquement nommé conseiller d'Etat, consolidant ainsi son statut d'éminence grise. Au moment de la constitution du gouvernement Fillon, Nicolas Sarkozy pense naturellement à cet homme de gauche pour marquer l'ouverture de son gouvernement vers l'opposition. Plusieurs journaux, Le Canard enchaîné en tête, l'évoque pour un secrétariat à l'Egalité des chances et à la discrimination positive. Si toutefois l'invitation a été formulée, Richard Descoings semble l'avoir refusé[e], préférant se concentrer sur sa réforme de Science-Po.

Des réformes au pas de charge

En effet, le directeur de l'IEP de Paris restera sans doute celui qui a le plus chamboulé l'institution. Ses réformes, appliquées malgré une certaine résistance des syndicats et d'une partie des enseignants, ont essentiellement permis d'ouvrir l'établissement aux lycéens issus des célèbres ZEP, les Zones d'éducation prioritaire. Ainsi, il créé en 2001 une filière d'accès réservée aux élèves défavorisées, qui bénéficient d'une remise à niveau et de bourses plus généreuses. Une mesure prise en plein débat sur la discrimination positive. Nicolas Sarkozy, que Richard Descoings fréquenterait au sein du club très fermé et élitiste du Siècle, s'était d'ailleurs prononcé en faveur de ce système à deux vitesses. Un avis qu'il a nuancé l'an dernier. En 2002, la polémique est telle que l'UNI (Union nationale inter-universitaire), le syndicat étudiant de droite, dépose une série de recours devant le tribunal administratif de Paris pour faire annuler les Conventions éducation prioritaire (CEP), conclues entre l'IEP Paris et les lycées de ZEP. En vain. Richard Descoings remporte finalement la bataille et s'offre, pour l'occasion, un premier succès auprès du grand public. Dans les couloirs, syndicats et professeurs fustigent un despote, brutal et ambitieux.

La politique en ligne de mire

Après avoir offert en 2005 une tribune à Condoleezza Rice qui prononce alors son premier discours en tant que Secrétaire d'Etat américain en Europe, le directeur continue son travail de réformateur en internationalisant l'institution. Modulation des droits d'inscription, démocratisation, création d'une école de journalisme... En dix ans, il rénove brutalement et sans limites Science-Po Paris. L'exemple sert autant aux autres IEP, en province, qu'aux grandes écoles. Dans les années 2000, Richard Descoings finit par mettre au pas les HEC, Centrale et autre Polytechnique. Chacune de ses réformes, même critiquées, finit par jouer en sa faveur: l'homme est un excellent communiquant. Au détour d'un portrait, il avoue à un journaliste du Nouvel économiste qu'il est "un calculateur ambitieux". Il vise la politique à travers sa réforme de Science-Po. Et ses idées impressionnent beaucoup Nicolas Sarkozy. Le président l'a cité plusieurs fois en exemple à suivre. Le voilà récompensé par une commission, qui devrait accélérer son irrésistible ascension.