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jeudi 2 juillet 2020

Municipales 2020: les vainqueurs sont-ils ceux qu'on dit ?

Les mises en lumière des media écrasent la réalité

Les écolos ont bénéficié de coups de projecteurs avant, pendant et après le scrutin, mais la vérité est moins flatteuse 

La "vague verte" n'est pas la déferlante annoncée, puis vantée, le PS et LR n'ont pas disparu, la ville de plus de 100.000 habitants décrochée pour la première fois par le RN est un mirage et le parti présidentiel repart gros-jean comme devant… Mais au lendemain du second tour des élections municipales du dimanche 28 juin, toutes les formations politiques trouvent des raisons de crier victoire, validant sa stratégie en vue de la présidentielle de 2022.

Mais qu'en est-il vraiment ? Pas facile d'y voir clair depuis que le candidat Macron a brouillé les cartes en 2017 avec des traversées de rues hors des clous à la faveur de rideaux de fumée rendant tout raisonnement trouble. Le monde politique était essentiellement bipartite. Macron l'a éclaté, balkanisant le paysage de la France. 

Le soir des résultats a toutefois conservé sont lot habituel de de mauvaise foi et de vérité. Le politologue Martial Foucault, directeur du Cevipof de Sciences Po Paris observe que "le constat peut varier selon que l'on regarde les résultats en nombre de villes gagnées, en nombre de voix ou en nombre de conseillers municipaux. Certains partis peuvent aussi interpréter comme une victoire une défaite moindre qu'annoncé."

La vague verte écolo n'est pas le tsunami prédit

Les candidats écologistes ont réussi en zone urbaine, dimanche, remportant 7 des 42 villes françaises de plus de 100 000 habitants, et parmi les plus "bourgeois-bohême" (bobo-intello) : Lyon, Strasbourg, Bordeaux, Tours, Annecy,  Besançon faisant exception (comme Aix-en-Provence qui, à l'inverse, n'a pas basculé), en plus de Grenoble, déjà conquise en 2014 et conservée.

Pour Martial Foucault, il s'agit d'un "tour de force historique", d'autant que le scrutin municipal et son mode de scrutin majoritaire à deux tours avantage généralement les grandes formations politiques. Or, pour la première fois, EELV a "réussi à enjamber cette barrière institutionnelle", note-t-il. De bon augure à l'approche des élections régionales et départementales en 2021.  Si toutefois leurs alliances municipales ne les entraînent pas sur leur pente naturelle punitive. 

Car cette analyse doit être nuancée, estime Emeric Bréhier : "Hormis à Lyon et à Strasbourg, leurs conquêtes sont le fruit d'unions à gauche dès le premier tour. Et ils n'ont pas réussi à inverser le rapport de force avec le PS dans des villes comme Nantes, Rennes ou Rouen, qu'ils estimaient gagnables."

Surtout, la poussée écologiste est restée cantonnée aux centres-villes. "Leur succès est bien moindre dans les périphéries", observe Emeric Bréhier. Si les Verts ont gagné sept grandes villes, ils n'en dirigeront pas forcément les agglomérations. Or, c'est souvent à cet échelon intercommunal que se prennent les décisions en termes de transports ou d'urbanisme, thématiques incontournables dans les programmes écolos.

Quant aux villes moyennes et aux plus petites communes, le bilan est encore moins flatteur. Sur les 3.168 villes en France qui comptent plus de 3.500 habitants, EELV n'en a remporté qu'une trentaine, soit moins de 1%. Au niveau national, le succès vert tient donc davantage de la vaguelette que du raz-de-marée.

Malgré la victoire à Perpignan, le recul du RN 

La stratégie de l'ex-Front National était de présenter moins de candidats qu'en 2014 pour se concentrer sur des villes prenables. Mais, à l'issue du scrutin, le Rassemblement national est vainqueur à Perpignan (120.000 habitants) et dans la plupart des villes conquises en 2014 (Fréjus, Beaucaire, Hénin-Beaumont, Hayange, etc.), mais perd Mantes-la-Ville (Yvelines) au profit d'un Div C, soutenu par la gauche), Le Luc (Var), également au profit d'une liste Divers Centre, ainsi que le 7e secteur de Marseille, remporté par la liste Les Républicains du général de gendarmerie David Galtier. Les quelques nouvelles prises comme Bruay-la-Buissière (Pas-de-Calais) et Moissac (Tarn-et-Garonne) ne compensent pas forcément les échecs enregistrés à Carpentras (Vaucluse), Vauvert (Gard) ou Sète (Hérault).

Derrière la victoire très symbolique de Louis Aliot à Perpignan, le parti de Marine Le Pen subit "une défaite en termes d'ancrage territorial", selon Martial Foucault. Ainsi, en six ans, le RN enregistre-t-il un net recul en nombre d'élus. En 2014, il avait remporté 1.438 sièges dans les conseils municipaux de 463 communes. En 2020, il n'en compte plus que 827 dans 271 villes... Un comparatif trompeur, car si on considère un nombre de villes identique, les élus municipaux sont  équivalents en nombre! .
L\'évolution du nombre de conseillers municipaux du Rassemblement national entre 2014 et 2020.
L'évolution du nombre de conseillers municipaux du Rassemblement national entre 2014 et 2020. (FRANCEINFO)
Les arrogants de LREM se sont pris une veste 

Les élections municipales n'ont pas permis au parti du président de s'ancrer. En ne gagnant aucune grande ville, LREM prend une gifle magistrale, à la mesure de l'impopularité du président Macron. Le coup d'arrête à la marche de la majorité inquiète l'Elysée, son électorat potentiel se situant précisément dans ces métropoles. Martial Foucault attribue la faute à un casting organisé depuis Paris, évidemment sans connexion avec le tissu associatif local, lequel n'existe pas ! Aux nombreuses candidatures dissidentes se sont ajoutées des stratégies d'entre-deux-tours illisibles ou franchement désastreuses.

Deux jours avant le second tour, le délégué général du parti, Stanislas Guerini maintenait être en mesure d'atteindre le chiffre de 10.000 élus municipaux. Malgré plus de 6.000 adhérents élus dès le premier tour, , iIl n'était même pas certain que cette modeste jauge soit atteinte : la France compte quelque 500.000 conseillers municipaux. 

Pour vérifier ces propos, il faudrait avoir accès au fichier des adhérents LREM... En revanche, lorsqu'on analyse les résultats des élections municipales, en utilisant la nuance politique "LREM" attribuée par le ministère, on est (très) loin du compte. Seules 9 villes ont été remportées par des candidats qui ne dissimulaient pas leur allégeance à LREM. L'étiquette LREM avait un effet repoussoir: à Paris, Buzyn, Schiappa et Pannier-Runacher, membres du gouvernement, ont compris leur douleur...
Et du côté des élus municipaux, on en compte seulement... 693: 150 de moins que le RN.... 
Bon nombre d'élus soutenus ou investis par La République en marche étaient dissimulés sous une étiquette centriste. Les comptes sont donc encore plus trompeurs qu'il apparaît.

Les partis historiques, à gauche et à droite, maintiennent leurs positions

Les Républicains comptaient sur le temps et ces élections municipales pour retrouver leur bonne mine. "On renoue avec la victoire", s'est exclamé Christian Jacob. Le patron du parti peut revendiquer la victoire dans "plus de la moitié des villes de plus de 9.000 habitants". Les villes données perdues d'avance sont restées dans le giron de la droite républicaine: Aix-en-Provence ou Toulouse

Au PS, le premier secrétaire, Olivier Faure, a salué un "immense élan social-écologique".

Les résultats montrent une très grande stabilité. 
La proportion de maires sortants réélus "est encore plus importante que d'habitude"83% selon les calculs du Figaro -, note Emeric Bréhier. "Les alternances reçoivent davantage d'attention médiatique, surtout dans les métropoles, mais concernent une minorité de villes", confirme Martial Foucault.

Comme le montre le graphique, ci-dessous, la droite et la gauche maintiennent globalement leurs positions, avec peu de bascules dans un sens ou dans l'autre par rapport au scrutin de 2014, lors duquel la droite avait enregistré une victoire probante sur la gauche. Parmi les 3.168 communes de plus de 3.500 habitants concernées par le nuançage politique,  83 passent de gauche à droite, comme ce fut le cas à Metz. Et 115 passent de droite à gauche, comme Villejuif ou Quimper.

A noter toutefois, en 2020, une plus grande proportion de listes gagnantes sous l'étiquette "divers gauche" ou "divers droite", "un signe de l'affaissement des structures partisanes", selon Emeric Bréhier. Ou de la confusion créée par Macron et ses listes masquées.

Au final, la droite reste la principale force municipale, surtout dans les villes moyennes. La gauche, elle, conserve ses bastions et progresse dans les grandes villes.


La recomposition politique voulue par Macron, inconnu en 2017, a-t-elle vécu ?
"Il ne faut surtout pas tirer de conclusions nationales. Les résultats des élections municipales sont un très mauvais critère pour prédire le vainqueur de l'élection présidentielle suivante", met en garde Martial Foucault (CEVIPOF, rattaché au CNRS ).

"On est en train d'assister (peut-être provisoirement) à la fin du parallélisme entre la vie politique nationale et les vies politiques locales. Il y a une décorrélation de plus en plus forte", estime Emeric Bréhier. 

Interrogeant sur la validité des schémas figés de l'IFOP, son sondage paru le 22 juin sur l'élection présidentielle de 2022 tient toujours absolument à placer d'ailleurs Emmanuel Macron et Marine Le Pen loin devant les autres prétendants éventuels. 
"Les trois partis qui ont perdu ces municipales (LREM, le RN et La France insoumise) totalisent 65% à 67% des intentions de vote au premier tour de la présidentielle," annonce déjà Emeric Bréhier, deux ans avant l'heure.

mardi 4 février 2020

Nuançage politique des listes aux municipales : Castaner doit battre en retraite

Le ministre de l'Intérieur se prend un nouveau râteau

Le Conseil d’Etat a suspendu vendredi la circulaire Castener visant à attribuer 
une couleur politique aux candidats aux municipales

Résultat de recherche d'images pour "caricature de Castaner""
L'incompétent joueur de poker a réagi à l'avis défavorable du Conseil d'Etat. Dans un communiqué publié ce mardi, Castaner vient d'annoncer la transmission aux préfets d'une nouvelle circulaire fixant les règles d'attribution d'une couleur politique aux candidats aux élections municipales. Le nouveau document contraint désormais les préfets à nuancer d'office les candidats des villes de plus de 3.500 habitants, contre 9.000 auparavant. Est ainsi jeter à la corbeille sa circulaire tentant d'occulter les résultats des municipales où le parti du président n'est pas implanté, c'est-à-dire à la marge, voire invisible. 

Ce nuançage politique est indispensable à l'interprétation des résultats des élections municipales. Les préfets se chargent de classer les listes par grands blocs politiques. C'est ce qui permet ensuite au ministère de l'Intérieur de présenter "de manière intelligible et par grands blocs politiques" les résultats à l'échelle nationale, le soir de l'élection. Et de colorer la carte électorale pour les media lus dans les transports.

En optant pour un seuil à 3.500 habitants, le ministère de l'Intérieur vient quelque peu contredire tout l'argumentaire qu'il avait mis en place
Le 17 janvier dernier, avant d'être recalé, le ministère assurait être contraint de choisir un seuil préexistant dans le code électoral, à savoir 1.000 ou 9.000 habitants. Or, le nouveau seuil de 3.500 habitants n'a pas d'existence propre dans le code électoral et aurait pu être préféré dès le départ. Ce seuil demeure plus élevé que celui de 2014, année au cours de laquelle le nuançage politique était réalisé d'office dans les communes de plus de 1.000 habitants.

Les opposants à la circulaire scélérate accusaient la majorité de vouloir gonfler artificiellement ses scores 

Le ministère dit avoir répondu, point par point, à chacun des motifs ayant conduit le Conseil d'Etat à suspendre la précédente circulaire. C'est donc vrai pour le seuil de 9.000 habitants, mais aussi sur les deux autres réserves émises la semaine dernière. La version revue et corrigée donne partiellement satisfaction aux détracteurs.
"Il est ainsi désormais explicitement prévu par la circulaire qu'une liste qui n'a pas reçu d'investiture, mais qui est soutenue par un parti politique disposant de sa propre nuance de liste, se verra attribuer la nuance de liste correspondant au bloc du parti ayant accordé son soutien", écrit le ministère dans son communiqué.
Un point mérite encore un éclaircissement,
le cas des villes investies par un parti d'opposition et soutenues par LREM, comme c'est le cas par exemple pour Olivier Klein à Clichy-sous-Bois (investiture PS et soutien de LREM), Christian Estrosi à Nice (LR et LREM) ou encore Jean-Luc Moudenc à Toulouse (LR et LREM).
Debout la France revient à droite.
Enfin, 'Debout la France', qui était classée dans le bloc "extrême droite", a été reclassé dans le bloc "droite". Le Conseil d'Etat avait estimé que ce nouveau classement était insuffisamment motivé.

Le coucou Macron escomptait accaparer les scores d'autres listes, celles qui, "sans être officiellement investies par LREM ou le MoDem, ni par l'UDI, seront soutenues par ces mouvements".... 

 Le ministère de l'Intérieur a par ailleurs promis de rendre la circulaire publique. Ce qui serait une première.

mercredi 22 janvier 2020

Municipales: la circulaire scélérate de Castaner

Elle fait bondir les démocrates, de droite comme de gauche

La circulaire signée de l'ex-socialiste macronisé impose aux préfets d'attribuer une "nuance politique" aux listes des municipales

Résultat de recherche d'images pour "nuancier politique"Les représentants du gouvernement devront étiqueter les listes des communes de 9.000 habitants et plus et des chefs-lieux d’arrondissement aux prochaines municipales. Pour toutes les oppositions confondues, cette réglementation vise à favoriser la République en marche et à "maquiller" les résultats.

Les 11 pages de cette circulaire déclenchent un flot de protestations. Diffusée le 10 décembre et signée de la main du ministre de l'Intérieur, elle oblige les préfets à classer les candidats et leur liste par couleur politique et de manière discrétionnaire.
Pour la première fois, ce "nuancier politique" sera réservé aux communes de 9.000 habitants et plus, appelés à parrainer les prochains candidats à la présidentielle, ainsi qu'aux chefs-lieux d’arrondissement. 

Pour l'opposition, de la gauche à l'extrême droite, cette nouvelle règle fausse le jeu démocratique puisqu'elle encagoule les candidats des 33.869 communes de moins de 9.000 habitants, soit 96% des communes françaises et environ la moitié du corps électoral. Au point que LR comme RN ont décidé de déposer un recours devant le Conseil d'Etat, la formation d'extrême droite attaquant la circulaire pour excès de pouvoir. 

Quelle est l'intention cachée de ce "nuançage" imposé ?

Le cabinet de Christophe Castaner explique que ce classement a pour visée une analyse statistique. Ce "nuançage permet, d’une part, de présenter les résultats des élections de manière intelligible pour les citoyens, par grands blocs politiques, de l’extrême gauche à l'extrême droite, et d’autre part, de suivre l'évolution du paysage politique français sur de longues tendances." "Le travail d’attribution des nuances constitue une étape primordiale du travail de prévision et d’analyse électorale", raconte elle-même la circulaire, rendue publique.

La couleur politique des candidats et des listes est rendue publique seulement "au moment de la publication des résultats par le ministère de l’intérieur. Le nuançage n’a donc pas d’impact sur le vote des électeurs", assure le pouvoir. En somme, il ne s'agirait que d'un instrument d’analyse politique a posteriori pour le ministère de l’Intérieur, mais il permettrait également au grand public de visualiser la couleur politique du pays. 

La circulaire demande pourtant à chaque candidat aux municipales de déclarer son étiquette politique lorsqu'il s'enregistre. Il est également libre de ne pas en donner et de s'enregistrer comme "sans étiquette", comme par le passé. Et "l'administration est tenue de reprendre à l'identique l'étiquette choisie", précise le ministère de l'Intérieur.

Mais, en parallèle, les préfectures les classent par couleur politique. Cette "nuance" politique "doit procéder d’un faisceau d’indices objectifs : soutiens apportés à un candidat, déclarations officielles, appartenance politique, autres mandats électifs, etc.", détaille la circulaire envoyée aux préfets. Elle "est attribuée de manière discrétionnaire par vos services, à partir des grilles annexées à la présente circulaire. Il est tout à fait possible qu’elle soit différente de l’étiquette librement déclarée par le candidat."

Concrètement, Christophe Castaner propose 24 nuances numérisables "qui correspondent aux principales familles politiques", 1 pour l’extrême gauche, 7 pour la gauche - dont FI pour France Insoumise, VEC pour Europe Ecologie-les Verts ou encore GEN pour Génération.s -, 6 pour le centre – comme REM pour la République en Marche ou AGR pour Agir -, 2 nuances pour la droite et 3 pour l’extrême droite – qui intègrent dorénavant Debout le France (DLF). 
Enfin, 5 nuances sont réservées aux "courants politiques divers", tel que les animalistes (ANM), les régionalistes (REG) ou encore les Gilets Jaunes (GJ).

Il n'existe donc plus de catégorie "sans étiquette" ou "non inscrit", comme c'était déjà le cas auparavant, mais certains élus peuvent être classés dans la nuance DIV, pour divers, sans précision. Christophe Castaner martèle pour sa défense que cette option doit être limitée aux élus qui ne sont "rattachables à aucune sensibilité politique précise", autrement dit qui défendent des "opinions inclassables, catégorielles, apolitiques ou fantaisistes. Vous l’attribuerez avec discernement pour éviter qu’une multiplication de candidats classés DIV ne se traduise par une hausse inconsidérée des voix et des pourcentages de cette nuance qui serait susceptible d’altérer en partie le sens politique du scrutin en sous-estimant les principaux courants politiques."

En quoi ces règles du jeu clarifient-elles la situation ?
Les différentes nuances sont plus nombreuses que dans l'ancien système qui ne comptait "que" 17 catégories. Surtout, ces nuances ne concernent plus que les candidats des communes de plus de 9.000 habitants, ainsi que les chefs-lieux d’arrondissement. Les petites communes ne seront donc plus prises en compte dans les analyses statistiques, même lorsque les candidats y seront investis par un parti. Auparavant, ce nuançage était appliqué pour toutes les communes de plus de 1.000 habitants, seuil à partir duquel s'applique le scrutin de liste - en deçà, les candidats peuvent se présenter seuls.

Ce fichage a été mis en place par décret en 2001, selon la volonté de Jospin. 
A l'époque, les scrutins de liste n'existaient que dans les communes de plus de 3.500 habitants et les préfets enregistraient donc dans le fichier gouvernemental les "nuances" des candidats des communes françaises de plus de 3.500.

Résultat de recherche d'images pour "Vanik Berberian et Macron"
En 2013, de nombreuses voix se sont élevées pour s'opposer à l'extension de ce fichage, lorsque le seuil du scrutin de liste a été abaissé (de 3.500 à 1.000 habitants). Bien souvent, les candidats des petites communes sont en effet sans étiquette et ne souhaitent aucunement être affublé d'une quelconque couleur politique. L'Association des Maires Ruraux de France, présidée par Vanik Berberian, flatté ci-contre, rappelle qu'elle avait alerté le ministère de l'Intérieur sur "l’attribution et la divulgation d’étiquettes politiques imposées discrétionnairement par l’administration, ne correspondant aucunement à la réalité non partisane de listes 'sans étiquette' politique."

De nombreux élus ont tenté depuis de revenir à l'ancien système. Dès 2014, et la première application de cette nouvelle règle aux municipales, la question faisait débat au Parlement. "L’attribution par le préfet d’une nuance politique a été faite, dans certains cas, selon des critères discutables, voire subjectifs, se plaignait Yannick Vaugrenard, sénateur PS. La grille de nuances politiques de la préfecture compte dix-sept appellations. Elle dresse la liste des partis politiques qui définissent chaque nuance, mais ne comporte pas de catégorie 'sans étiquette' ou 'non inscrit', poursuivait l'élu de Loire Atlantique. Nous savons que, dans les petites communes rurales, les candidats ont parfois de grosses difficultés à constituer une liste ; c’est une réalité. Afficher une couleur politique peut, au bout du compte, les empêcher de mener à bien leur projet. Beaucoup mettent en avant des candidatures fondées sur une ambition locale, loin, il est vrai, des clivages traditionnels, et refusent de se voir classés à gauche, à droite ou au centre." 
La circulaire Castaner n'est donc pas faite non plus pour encourager les maires-sortants à se représenter, alors qu'on sait que 50% d'entre eux ne le souhaitent pas.

Plus récemment, en octobre dernier, lors de l’examen du projet de loi Engagement et proximité, les sénateurs ont adopté un amendement, pour interdire le nuançage d’office dans les communes de moins de 3.500 habitants. En novembre, c'était au tour du député LR des Ardennes, Jean-Luc Warsmann, de déposer une "proposition de loi visant à interdire le nuançage d’office pour les élus des communes de moins de 3.500 habitants".

C'est finalement le seuil de 9.000 habitants qui a été choisi par le gouvernement. "Lors des élections municipales de mars 2014, près de 82% des listes avaient été nuancées 'divers', 'divers gauche' ou 'divers droite' dans les communes de moins de 9 000 habitants, limitant l'utilité du nuançage au regard des objectifs précités", justifie le cabinet de Christophe Castaner, dont la ville de Forcalquier (04) comporte 5.000 individus.

Les élus des petites communes renâclent; les oppositions grondent.
Sans surprise, l'association des maires ruraux de France se frotte les mains. "Nous nous en félicitons s’agissant des villages et des communes rurales, dont la vie politique relève d’une pratique bien différente et peu comparable aux enjeux partisans des villes", a-t-elle déclaré, mais l'AMRF qui réunit les élus des communes de moins de 3.500 habitants souhaiterait aller plus loin : "l’AMRF poursuit sa démarche et propose que la case 'sans étiquette politique' figure sur le formulaire administratif, parmi les choix de 'nuançage' possible", indique-t-elle.

Un avis que les communes rurales ne partagent pas toutes. Pour beaucoup de représentants politiques de l'opposition, exclure la moitié du corps électoral de ce comptage fausse le jeu. 

Christian Jacob, le président des Républicains (LR), pointe une magouille. 
Il dénonce le fait que "le gouvernement tente de dissimuler l’absence totale d’ancrage local de LREM et leur défaite prochaine aux municipales", dénonce  au Figaro, où il qualifie la réforme de "scandale démocratique".
Et, dans les colonnes du Monde, le député LR Olivier Marleix renchérit de son côté : "le gouvernement présentera des résultats tronqués". "La France rurale va disparaître des radars, c’est totalement sidérant."

Au Parti socialiste, l'annonce ne satisfait personne.
"C’est une médiocre manœuvre politique, a réagi André Laignel, premier vice-président de l’Association des maires de France. C’est vrai que La République en marche risque d’avoir des résultats qui ne sont pas vraiment brillants aux élections municipales et ils essaient tout simplement de les masquer. Ce n’est pas très fair-play, ni très sérieux."

La République en marche devrait y gagner.
En ne prenant en compte que les grandes villes, l'objectif de LREM et ses alliés est de gonfler les scores de la République en Marche dans les données du ministère de l'Intérieur. Prenez le cas des Européennes. La chaîne de télévision publique France 2 - alors que les radios du service public sont aujourd'hui en grève depuis plusieurs mois - s'est laissé aller à comparer les résultats nationaux et ceux se limitant aux communes de plus de 9.000 habitants. En mai dernier, le Rassemblement National est arrivé en tête avec 23,3% des suffrages contre 22,4% pour le parti présidentiel. Mais, en occultant les résultats des petites villes et des villages, c'est le parti du gouvernement qui pointe en tête (24,2%), avec 5 points d'avance sur le parti de Marine Le Pen (19,4%).

L'opposition accuse également le parti présidentiel de vouloir s'arroger des candidats, sans leur accord. 
Que se passera-t-il par conséquent lorsqu'un élu sera soutenu par plusieurs partis ? "Lorsqu’un candidat, notamment tête de liste, bénéficie de l’investiture de plusieurs partis politiques, la nuance qui lui est attribuée est fonction de la nuance la plus proche de son étiquette déclarée (!), a prévu la circulaire. Par exemple, un candidat investi à la fois par le MoDem et la République en Marche et se déclarant MoDem se verra attribuer la nuance MDM", (soit Modem).

Mais les choses peuvent se compliquer. La nuance DVC, divers centre, sera attribuée à des listes d'union avec l’investiture conjointe de plusieurs partis dont LREM ou le Modem. Mais elle "a également vocation à être attribuée aux listes de candidats qui, sans être officiellement investies par LaREM ou le MoDem, ni par l’UDI, seront soutenues par ces mouvements".
Un cochon n'y retrouverait pas ses petits.