Un taux historique de rejet du président du 6 mai 2012 par les électeurs
Hollande, président des votes nuls
A 57 ans, François Hollande devient le septième président de la Ve République et le deuxième socialiste, alors qu'il n'a jamais exercé de fonctions gouvernementales en trente années de carrière politique.
Le vote blanc et nul a atteint dimanche un record en volume pour une présidentielle.
Même s'il est difficile de l'attribuer à une catégorie particulière, les électeurs de Marine Le Pen semblent avoir fourni une bonne partie de ces 2,15 millions de bulletins. C'est le second vainqueur du 6 mai.
Un avertissement à François Hollande ?
Les deux types de votes, blanc et nul, sont comptabilisés ensemble lors des dépouillements et ils représentent 5,8% des quelque 37 millions de suffrages du 6 mai. Le taux le plus élevé de blancs ou nuls pour un scrutin présidentiel - 6,42%, mais 1,3 million de voix - avait été atteint au second tour de l'élection de 1969, marquée par l'absence d'un candidat de gauche. Jacques Duclos, candidat du PCF malheureux au premier tour avec 21,2% des voix, avait qualifié le choix du second tour d'un célèbre "blanc bonnet et bonnet blanc".
Au second tour de la présidentielle de 1995, qui avait vu Jacques Chirac l'emporter sur Lionel Jospin, le vote blanc ou nul, choisi par 1,9 million d'électeurs, représentait 5,97% des votants.
Mais qui a déposé ces bulletins qui ont fait le jeu de la gauche ?
"15% des électeurs de Marine Le Pen au premier tour ont voté blanc ou nul au second tour", constate Bruno Jeanbart, politologue à OpinionWay. "C'est beaucoup plus que les autres bataillons qui ont fourni le vote blanc : les électeurs de François Bayrou, qui ont été 10% à faire ce choix, et les abstentionnistes et les électeurs qui ont déjà voté blanc au premier tour, 9%".
Jean-Daniel Lévy, de l'institut Harris Interactive, relève que dans les départements où le Front national avait réalisé un bon score au premier tour, la participation a été moindre et le vote blanc plus élevé. La tentative de Nicolas Sarkozy d'attirer les électeurs de Marine Le Pen a trouvé des limites, selon lui. Même diagnostic de Frédéric Dabi, de l'IFOP, et de Bruno Jeanbart.
Les électeurs marinistes ont suivi le choix de leur candidate
Les trois départements où le vote blanc a été le plus élevé, la Haute-Saône (8,31%), les Vosges (8,19%), et la Haute-Loire (7,66%) sont des départements où Marine Le Pen a réalisé le 22 avril certains de ses meilleurs résultats : 25,23%, 24,18% et 20,40% [pour un score national de 17,90%]. "Cela montre le lien assez fort qui lie les sympathisants du Front national à leur candidat et qui fait que son vote est reproduit par les électeurs", poursuit Frédéric Dabi, rappelant que Marine Le Pen avait annoncé le 1er mai qu'elle-même voterait blanc, tout en laissant ses électeurs choisir dans le duel Sarkozy-Hollande,
De son côté, l'Association pour la reconnaissance du vote blanc ne souhaite pas voir son action associée à celle de Marine Le Pen et relativise donc l'importance du paramètre FN dans le niveau élevé de bulletins blancs.
Pour son président, Oliver Durand, "le vote blanc ou nul a augmenté dans des proportions classiques : il avait été multiplié par 2,93 entre les deux tours en 2007 et cette fois-ci il l'a été par 3,06". "Rien d'extraordinaire", insiste-t-il. En revanche, fait-il remarquer, ces 2,15 millions de bulletins blancs ou nuls signifient que François Hollande a été élu par moins de 50% "des électeurs qui se sont déplacés".
De son côté, l'Association pour la reconnaissance du vote blanc ne souhaite pas voir son action associée à celle de Marine Le Pen et relativise donc l'importance du paramètre FN dans le niveau élevé de bulletins blancs.
Pour son président, Oliver Durand, "le vote blanc ou nul a augmenté dans des proportions classiques : il avait été multiplié par 2,93 entre les deux tours en 2007 et cette fois-ci il l'a été par 3,06". "Rien d'extraordinaire", insiste-t-il. En revanche, fait-il remarquer, ces 2,15 millions de bulletins blancs ou nuls signifient que François Hollande a été élu par moins de 50% "des électeurs qui se sont déplacés".
Un conditionnement médiatique au vote de "très mauvaise humeur"
"Au premier tour, si on fait le total de l'abstention, des blancs et nuls et de tous les candidats de la protestation, on arrivait presque à un Français sur deux. Ça veut dire qu'on est bien dans une phase de politisation négative",
Une situation anti-démocratique
Pascal Perrineau, chercheur au Cevipof, abonde.
Pour l'expert, si le second tour a marqué dimanche un apparent retour à un ordre politique bipolaire, cette réalité anti-républicaine n'est pas prête à se faire oublier. "Le nouveau président va avoir affaire avec un pays de très mauvaise humeur et comme ça ne peut plus s'exprimer dans les urnes, ça s'exprimera autrement", estime cet analyste.
Au-delà de la mauvaise humeur et des consignes de vote, les supporters de F. Hollande et les partisans de la VIe République tentent de convaincre pour nombre d'électeurs de dire leur malaise vis-à-vis de la bipolarisation gauche-droite de la vie politique française, particulièrement stigmatisée par F. Bayrou ces derniers mois. "Cela traduit l'embarras des électeurs du Front de gauche, du FN et de François Bayrou (ex-candidat du MoDem), qui n'ont pas voulu se reporter sur François Hollande, sur Nicolas Sarkozy ou sur l'un des deux", souligne Mariette Sineau, du CNRS.
"François Hollande ne doit pas se tromper sur la nature de sa victoire"
C'est la mise en garde du directeur du Cevipof.
"Ce n'est pas la gauche qui est à 51,6% des voix. Ce qui lui a permis de franchir la barre des 50%, ce sont des électeurs de droite et du centre." "François Hollande va-t-il être capable de bien entendre ce message ? S'il lit bien la nature de sa victoire, il devrait ouvrir. Mais est-ce que la gauche est capable d'ouvrir ? C'est une vraie question", conclut l'expert.
Hollande avait promis de ne pas pratiquer d'autre ouverture que celle des frontières. La désignation de Manuel Valls à Matignon serait un signe que le capitaine du pédalo a reçu le message.
A suivre.