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samedi 31 mars 2012

Petite leçon d'un élu Suisse au candidat du Front

Quand l'incendiaire Mélenchon se fait allumer par un parlementaire Suisse

Fathi Derder fustige le candidat qui parle haut sans savoir

Cher Jean-Luc,

Je vous ai entendu lundi sur Europe 1: vous plaignez les Suisses !

Vous nous plaignez d'avoir refusé deux semaines de vacances supplémentaires. Ainsi, nous aurions été intimidés par nos méchants patrons. Vous précisez même: "Je comprends parfaitement que le patronat suisse utilise tous les arguments, dont la peur et l'insulte, contre les travailleurs". Je ne doute pas que vous le compreniez: la peur et l'insulte, c'est votre truc. Mais bon. Restons concentré sur le fond de votre propos.

Vous dites comprendre les patrons. En fait, vous ne comprenez rien du tout, une fois de plus. Il est vrai que nous avons refusé ce week-end l'initiative "six semaines de vacances pour tous".
Pour le reste, une ou deux précisions s'imposent.
La première: une partie de la gauche était opposée à l'initiative.
Quant aux patrons, loin de la peur et de l'insulte, ils ont agi avec responsabilité. Une responsabilité citoyenne. Un concept qui vous échappe peut-être.

Ce que les Suisses ont compris, eux, c'est que plus de vacances, c'est plus d'heures sup.
Ce que les Suisses ont compris aussi, mon cher Jean-Luc, c'est que le patron est le partenaire de l'employé. Nous appelons cela la paix du travail. A la grève systématique, nous privilégions le dialogue, le partenariat social. De vraies négociations branche par branche, entre gens bien élevés, sans peurs, ni insultes. Sans méthodes de voyous.

Conséquence: notre marché du travail est souple, flexible et redoutablement efficace. Sans chômage, ou presque.
Le choix du peuple suisse correspond à sa maturité politique.
La démocratie directe implique un grand sens des responsabilités.
Il ne suffit pas de balancer des slogans en chantant Ferrat. Il faut penser aux conséquences, aussi. D'ailleurs, le résultat de ce week-end n'est pas serré: l'initiative pour plus de vacances s'est naufragée dans les urnes, faisant l'unanimité des cantons contre elle.
En Suisse centrale, l'objet a été littéralement balayé, rejeté par plus de 80% des votants.  Avouez que ça fait beaucoup de Suisses tétanisés par le patronat!
Et la Suisse romande ne fait pas exception, bien que proche de vous. Certains disent même que la proximité de la France a joué contre l'initiative: pour le patron des patrons suisses, "le modèle français a fait figure de repoussoir". Amusant.

[Modèle français, repoussoir] Comme toute la campagne en cours chez vous.

J'entendais l'autre jour Philippe Poutou à la radio. Il est marrant, lui. Il parlait de vous (entre autres). L'homme du Nouveau parti anticapitaliste [NPA, trotskiste] y dénonçait notamment les professionnels de la politique qui "ne connaissent rien au monde du travail" (comme vous). S'en est suivi une apologie du candidat salarié (comme lui).

L'homme du combat contre le capitalisme n'en finissait plus de valoriser le salarié. Sans se rendre compte, visiblement, que le salarié n'existe pas sans "salariant". En français, son patron. Le capitaliste qu'il aime tant détester.

D'abord je riais, amusé. Puis je me suis rendu compte que j'étais d'accord avec Poutou sur un point: celui qui vous concerne.
Il y a quelque chose de bizarre à entendre ces pros de la politique qui ne connaissent pas la réalité du monde du travail... mais qui en parlent quand même !

D'abord ça fait bizarre. Et puis, quand ils se mettent à critiquer des citoyens travailleurs responsables, ça devient carrément surréaliste.

Je ne sais pas ce que vous en pensez, mon cher Jean-Luc, vous n'en avez pas parlé à Europe 1.
Vous avez préféré poursuivre sur la voie de l'insulte et de la peur, en qualifiant la Suisse de "coffre-fort de tous les voyous de la terre".
Ah! Nouvelle erreur, mon cher Jean-Luc: la Suisse n'est pas un coffre-fort, la Suisse est un pays de travailleurs dont vous devriez vous inspirer.
En commençant par vous mettre au travail vous-même, au lieu de gloser sur les vacances des autres, du haut de votre perchoir de rentier de la politique.

Non, donc, la Suisse n'est pas un coffre-fort.
D'une part - peut-être cela vous a-t-il échappé - notre pays renonce actuellement au secret bancaire.
Mais surtout, l'argent qui va bientôt inonder nos coffres ne sera pas celui de voyous, mais d'honnêtes travailleurs français dont l'Etat souhaite confisquer l'intégralité des revenus, ou presque.
Pour financer, notamment, une partie de la campagne qui vous permet de nous assommer publiquement de contre-vérités.

C'est à se demander qui est le voyou: le travailleur, ou le politique qui vit de l'argent du travailleur?

Dans l'attente impatiente de vous réentendre parler de la Suisse, je vous adresse, cher Jean-Luc, mes plus laborieux messages.

Fathi Derder 
Fathi Derder est parlementaire suisse, membre du parti libéral radical et journaliste.
  

dimanche 14 décembre 2008

La Suisse intègre l’espace Schengen

Elle devra respecter la libre circulation des personnes

A compter du vendredi 12 décembre, les contrôles d'identité sont supprimés sur les 1.888 kilomètres de frontières terrestres entre la Communauté Helvétique et ses voisins européens. En revanche,
> les passagers des aéroports devront attendre le 29 mars 2009 pour l'allégement des contrôles entre la Suisse et ses voisins de l'Union européenne.
> et les contrôles des marchandises restent en vigueur . Le pays étant très restrictif sur des importations comme le vin et la viande, bien moins chers de l'autre côté des frontières,il faut toujours déclarer les marchandises.

Entrée en vigueur des accords Schengen Jeudi à minuit.
Les Suisses, qui ne sont pas membres de l'UE et sont intraitables sur leur indépendance vis-à-vis de Bruxelles, ont voté en 2005 par référendum leur entrée dans cet espace de libre circulation des personnes.

Conséquences
Avec cette adhésion, la Suisse a relié sa base de données au système de recherche SIS (système d'information Schengen) de l'UE, permettant aux forces de l'ordre de mieux suivre les délinquants. «Dès les premières semaines» qui ont suivi la connexion à cette banque de données en août, «nous avons pu mettre la main sur des criminels dangereux que nous avions recherchés en vain», s'est réjouie vendredi la ministre suisse de la Police et de la Justice Eveline Widmer-Schlumpf dans un entretien à l'hebdomadaire «Tachles».

La Suisse a également rejoint le règlement de Dublin

Ce règlement détermine l'Etat responsable de l'examen d'une demande d'asile présentée sur son territoire pour éviter qu'un requérant ne présente des demandes simultanées dans plusieurs pays de l'UE.

Nouveau référendum le 8 février 2009
>
Cette nouvelle entrée dans l'espace Schengen pourrait être très vite remise en question par un vote populaire sur l'ouverture de son marché du travail aux Roumains et Bulgares.
Les Suisses, habitués aux référendums, se prononceront le 8 février prochain sur la reconduction des accords de libre circulation, portant sur l'ouverture aux travailleurs de l'UE, et leur extension à la Bulgarie et à la Roumanie.
> Un possible «non» poserait «un problème majeur et nous devrions interrompre la présence de la Suisse dans Schengen», a prévenu Bruxelles.

Commentaires sur l’enjeu

> "Nous sommes heureux de l'intégration de la Suisse à l'espace Schengen", a annoncé la présidence française de l'UE lors d'une conférence de presse en marge d'une réunion des ministres européens de l'Intérieur.
> "Mais si la Suisse ne devait plus respecter le principe de la libre circulation des personnes ou devait lui opposer des entraves, alors cela poserait un problème majeur et nous devrions interrompre la présence de la Suisse dans Schengen", a averti le commissaire européen chargé de la Justice et des Libertés, le Français Jacques Barrot.
"Mais nous avons confiance dans le peuple suisse. Nous ne voulons pas faire de procès d'intention", a-t-il assuré.
> "Nous ne sommes pas surpris" par cet avertissement, "c'est logique. Ce sera difficile de rester dans Schengen sans la libre circulation", a reconnu quelques heures plus tard le ministre de l'Intérieur de la Confédération, Eveline Widmer-Schlumpf, devant les journalistes.
"Nous devons gagner le référendum sur la libre circulation",
a-t-elle insisté. "Les Suisses sont libres de décider comme ils l'entendent en février, mais nous devons attirer leur attention sur les conséquences de leur décision", a-t-elle souligné. "Nous devons faire remarquer aux citoyens de la Confédération, sans les menacer, que l'Union européenne fait un lien entre l'appartenance à Schengen et la libre circulation", a-t-elle précisé.

Les autorités de la Confédération ont insisté pour que l'intégration à l'espace Schengen soit opérationnelle pour Noël, précisément pour peser sur les électeurs avant le référendum de février 2009.
"La fin de la présence de la Suisse dans Schengen ne sera pas automatique" en cas de "non", a-t-elle cependant précisé, "il reviendra aux pays de l'UE de décider".