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samedi 25 juin 2016

La mère infanticide de Berck-sur-Mer, hâtivement déclarée "déséquilibrée"

La justice déclare l'infanticide responsable et la condamne à 18 ans de réclusion ferme

La maman avait assassiné sa fillette par abandon prémédité sur une plage de Berck (Nord) à marée montante

"L'accusée est condamnée à 20 ans de prison pour assassinat", a déclaré la présidente de la cour d'Assises de Saint-Omer (Pas-de-Calais), Claire Le Bonnois, affirmant que la cour a retenu l'altération du discernement. Dix-huit ans de prison ferme avaient été requis à son encontre par  Luc Frémiot, l'avocat général, qui avait fustigé "une planification froide" de son crime par l'accusée. Fabienne Kabou encourait la réclusion criminelle à perpétuité. 
La cour d'Assises a également ordonné "un suivi psycho-judiciaire avec injonction de soins" de la mère criminelle.

Selon ses aveux, Fabienne Kabou s'était rendue le 19 novembre 2013 de son domicile à Saint-Mandé, en région parisienne, à Berck dans le but de noyer Adélaïde, 15 mois, qui, durant sa courte vie, n'aura pas eu d'existence légale, faute d'avoir été inscrite à l'état civil.

Une fillette fantôme. En France...
La petite Adélaïde n'a jamais eu d'existence légale avant de mourir. Sa mère avait accouché seule, à son domicile de Saint-Mandé, pendant l'absence de son compagnon. Ni le père, ni la mère ne l'a pas déclarée à l'état civil, démarche obligatoire dans les trois jours suivant la naissance.
Les parents de Fabienne Kabou (Etienne Kabou, ci-contre, à droite) ne savaient pas qu'ils étaient grands-parents. La fille aînée de Michel Lafon (père, ci-dessus à gauche, d'Adélaïde), née d'un premier mariage, ne connaissait pas non plus l'existence de sa demi-soeur.
Le corps de la fillette avait été retrouvé le lendemain au petit matin par des pêcheurs.

Lors de son réquisitoire d'une durée de deux heures, l'avocat général Luc Frémiot a affirmé : "Les histoires tragiques se ressemblent, on nous a dit que c'était un cas historique, mais c'est faux".

Des avocats-médecins-psychiatres et psychanalistes,
comme les journalistes 

Me Fabienne Roy-Nansion,
défenseur de Fabienne Kabou
et d'un des quatre d'Outreau
Les avocats des proches de Fabienne Kabou ont tenté de minimiser la responsabilité de l'accusée,aux assises de Saint-Omer où la famille est partie civile. "Vous allez juger une femme malade. Nous voulons que notre justice triomphe de ses délires. N'ayez pas peur de dire: 'Je fais confiance aux médecins qui sont venus' ", lance aux jurés Me Christian Saint-Palais, l'avocat du père de la fillette, Michel Lafon. "Vous avez trois des plus fameux experts psychiatres de France venus vous aider à rendre une décision", selon cet avocat, de surcroît président de l'Association des avocats pénalistes. 
Et Me Christian Saint-Palais - qui s'est retrouvé à la Une des media, parce que choisi par Nabilla, la star de la télé-réalité, pour assurer sa défense - de se targuer que ces sommités ont conclu que Fabienne Kabou présente une "pathologie psychiatrique de type paranoïa délirante". 

Cette gamine "elle ne fut pas malheureuse" et Michel Lafon, le père, veut "que nous retenions de ce procès, que pendant ces 15 mois, cette petite fille n’a pas été maltraitée, mais a été heureuse d'être aimée", affirme l'avocat, sans soulever de murmures dans la salle d'audience médusée.
A Pau, Christian Saint-Palais est surtout connu pour avoir assuré la défense de Romain Dupuy, qui a commis le double-meurtre du centre hospitalier spécialisé des Pyrénées (CHP) il y a dix ans, et qui a in fine été reconnu irresponsable de ses actes.
A Paris, ce Béarnais a acquis sa notoriété comme
avocat de Joey Starr ou de Karim Achoui, et comme associé de Jean-Yves Leborgne, un ténor du barreau parisien.
Sénégalaise d'origine, mouchoir en main, Fabienne Kabou pleure dans son box, essuie ses yeux, se mouche, se tient la tête de sa main gauche...
Bien que partie civile, la mère de Fabienne Kabou "ne veut pas accabler sa fille", rapporte son avocat, Me Raphaël Tachon.

Or, sans doute moins dans l'air du temps, d'autres experts ont contesté cette thèse, évoquant simplement "un trouble psychique".
Avec les explications des psychiatres "pour la première fois le dossier de Fabienne Kabou a eu un sens: 'psychose délirante chronique' ", dit Me Tachon, estimant que "la seule solution logique pour expliquer ces troubles, c’est la maladie".

Fabienne Kabou reste évidemment "une énigme", pour l'avocate du père de la mère infanticide, Me Marie-Hélène Calonne, car il y a "un décalage entre cette espèce de grâce, d’élégance, dans le box et ce qu’elle va mettre en place".
Présenté comme l'expert des "génies du mal", le psychiatre Daniel Zagury, chef de service au centre psychiatrique du Bois-de-Bondy (Seine-Saint-Denis),avait estimé dans la matinée que Fabienne Kabou est ..."un cas historique". Il avait pourtant été déjà consulté sur des cas aussi lourds que ceux de Guy Georges et Michel Fourniret. 

Mais, pour l'avocat de l'association l'Enfant Bleu, Me Jean-Christophe Boyer, l'assassinat d'Adélaïde est "un infanticide comme un autre" qui "n'a rien d'historique". "La petite Ada, il y en aura d'autres, ça arrange tout le monde que ce soient des malades qui font ça, mais dire que ce sont des monstres, c’est dire que ce n’est pas un problème de société", lance-t-il. "J'aurais voulu une unanimité des experts: on est dans la psychose ou on ne l'est pas?" souligne-t-il.
Pour Me Boyer, l'essentiel, "c'est que notre société comprenne que les femmes qui tuent leur enfant sont des femmes comme les autres""Si la marée avait emporté le corps, on ne l'aurait pas retrouvé. Pas de corps, pas de dossier", a-t-il encore dit, en haussant le ton.
"Soixante-quatorze centimètres, 10 kilos, un coeur de 45 grammes, ce petit bout de chou est découvert sur une plage à 6h30 par un pêcheur de crevettes (...) Cette enfant s'est ancrée sur l'une de nos magnifiques plages de Berck. Merci Adélaïde, parce qu’à défaut le crime était parfait", a lâché de son côté, Me Jean-Philippe Broyart, avocat de l'association l'Enfance et partage.

"Dans l'infanticide s'exprime la haine maternelle,"
assène Me Boyer.
 
"Adélaïde a été cachée depuis sa naissance pour mieux s'en débarrasser. On a déshumanisé cet enfant parce qu'il est plus facile de se débarrasser d'un objet que d'un être humain", a-t-il continué.

Me Sylvie Fenart, l'avocate de la troisième association, La Voix de l'enfant, est la seule à pointer le rôle du père d'Adélaïde, Michel Lafon, de 27 ans son aîné.
Il ne "s'implique jamais dans la vie d'Ada de manière significative". "Il ne voit rien, il n'entend rien et il ne dit rien", dit-elle. Et, affirme Me Fenart, au quatrième jour du procès, "on ne sait toujours pas pourquoi Ada est morte".

"Paranoïa délirante" avec un QI de 135

Lors de son réquisitoire d'une durée de deux heures, l'avocat général Luc Frémiot a affirmé : "Les histoires tragiques se ressemblent. On nous a dit que c'était un cas historique, mais c'est faux". Fabienne Kabou, 39 ans, est un cas "psychanalytique" et non pas "psychiatrique". Autrement dit, l'accusée n'est pas folle, elle est responsable de son acte.
L'avocat général a invité à arrêter avec "ce tout psychiatrique" systématique du fait de l'horreur que suscite tout crime. "La vie, ce n'est pas ça, on est dans l'humain, dans les sentiments", a-t-il dit.
"Le sujet, c'est cette petite dont on a si peu parlé, parce que Madame Kabou a pris toute la place en raison de sa personnalité… Vous donnez l'impression d'une reine offensée", a-t-il observé, s'adressant à l'accusée.
La presse est-elle faite par des  "déséquilibrés" ?

Mais "ce n'est pas parce que vous êtes belle et que vous avez un QI de 135, qu'on ne peut pas vous poser des questions qui font mal," a-t-il poursuivi.
"Vous aviez le masque de l'indifférence et de l'ironie et je ne peux pas le supporter", a-t-il aussi fait valoir, en regardant l'accusée, impassible dans son box, tête haute et bras croisés.

Fabienne Kabou
"J'étais pressée par quelque chose, j'étais poussée, j'étais incitée… Je n'avais pas le choix, je n'avais le choix de rien, la date était fixée, c'était ce jour-là et pas un autre", avait raconté Fabienne Kabouau début du procès, récitant une leçon apprise à la présidente, Claire Le Bonnois, qui lui demandait pourquoi elle avait pris le train pour Berck.

Dès le premier jour, Fabienne Kabou, d'origine sénégalaise, avait dit à la Cour n'avoir "pas d'autre explication que la sorcellerie" à son geste criminel. D'ailleurs, elle avait dépensé 40.000 euros pour consulter "des marabouts et des guérisseurs" qui n'ont pas été appelés à comparaître.

La mère infanticide échappe à la perpétuité.

vendredi 22 mai 2015

Procès d'Outreau : l'ex-juge Fabrice Burgaud va-t-il assumer ses erreurs ?

La commission d'enquête parlementaire dans ses petits souliers...

L'ancien juge d'instruction Fabrice Burgaud a tenté de défendre son instruction de l'affaire Outreau



Dès l'origine protégé par sa corporation, l'auteur du fiasco judiciaire d'Outreau bénéficie à nouveau d'un régime spécial. Pour sa défense, vendredi à Rennes, le magistrat est apparu une nouvelle fois,   mais à l'écran. Il n'a pas souhaité affronter les regards à la barre du procès d'un des 13 acquittés d'Outreau, Daniel Legrand, accusé de faits de pédophilie non jugés, commis avant ses 18 ans.

et homme protégé, aujourd'hui âgé de 43 ans, est l'ancien juge d'instruction de Saint-Omer. Au quatrième jour du procès de Daniel Legrand fils, qui comparaît devant la cour d'Assises de Rennes (Ille-et-Vilaine) pour des viols présumés commis lorsqu'il était mineur, le juge Fabrice Burgaud, en charge du dossier à l'époque, s'est expliqué une nouvelle fois devant le tribunal ce vendredi, par visioconférence depuis... Paris.  

Une déposition longue de 45 minutes
Le juge reconnaît avoir eu "des doutes sur la participation" de Daniel Legrand fils et même s'être demandé "s'il n'était pas victime plutôt qu'auteur". Mais, 15 ans après le début de l'affaire, il défend toujours son instruction, même si, pour la deuxième fois, il a admis  plusieurs faiblesses dans son travail. 

Il rappelle qu'avant de se rétracter, Daniel Legrand fils, alors âgé de 20 ans à peine, "a avoué les faits à trois reprises", sans "aucune pression" de sa part, précise-t-il. 

Et il ajoute que Legrand donnait "des détails précis." Daniel Legrand "disait les enfants hurlaient, les enfants criaient." Il donnait des "détails précis", qui ne pouvaient provenir d'informations publiées par la presse: ne pouvaient-elles pas être simplement celles d'un spectateur, sans être acteur nécessairement. L'ancien juge d'instruction se justifie en affirmant que "quand des gens inventent des faits, ils ne donnent pas des détails de crédibilité." Pour lui, "il avait l'air sincère." Autre circonstance troublante, d'après Fabrice Burgaud, "au moment de ses aveux, il s'est excusé spontanément auprès des victimes pour le mal qui leur a fait."

Convaincu, sans avoir montré la photo de Legrand aux enfants

A l'issue de sa participation, viennent les questions de la Cour. Le juge Burgaud qui fut sévèrement critiqué par la commission d'enquête parlementaire en 2006, avant en quelque sorte de le "relaxer" finalement, reçut  un blâme en 2009, mais fut promu auditeur auprès de la cour de Cassation

C'est le président qui l'interroge en premier. Il le questionne notamment sur le fait qu'à aucun moment, les policiers n'ont montré les albums photos avec Daniel Legrand aux enfants Delay.
Il pointe aussi le fait que, dans la plupart des cas, les albums photos qui étaient présentés aux personnes interrogées, victimes ou agresseurs présumés, ne comprenaient que des personnes impliquées dans le dossier. Elles n'étaient pas mélangées avec des personnes étrangères aux faits, comme cela se pratique d'ordinaire dans les enquêtes de police pour déceler les déclarations fantaisistes. Fabrice Burgaud en rejette la faute sur les services de police, avant d'admettre qu'il aurait été "plus souhaitable" de panacher. 

La question se pose aussi de savoir si le juge est vraiment celui qui a donné le nom de Daniel Legrand à Myriam Badaoui, la mère incestueuse condamnée et qui a livré plusieurs noms-dont celui de Daniel Legrand- avant de se rétracter aux premiers procès? Une nouvelle fois, Burgaud assure que non. Parole d'un magistrat contre celle d'une condamnée...

Burgaud peine à se justifier

Autre négligence relevée : "Daniel Legrand fils est mis en examen sans période de faits", souligne le président, Philippe Dary. "Comment peut-on se défendre face à des accusations qui ne sont pas marquées dans le temps," s'est interrogé le président. "Il aurait été préférable de préciser des périodes...", admet le juge Fabrice Burgaud : "Je pense que ce n'était pas possible par rapport aux auditions qu'on faisait..."

Sous le feu des critiques, il se retranche derrière "le peu d'expérience qui était la (s)ienne", bien qu'il ait accepté l'affaire malgré son jeune âge. Quand il a pris en charge l'affaire, Fabrice Burgaud n'avait pas la trentaine. Devant la commission parlementaire, le jeune juge avait déjà joué de cet argument de la jeunesse: il n'avait alors pas huit mois d'expérience. 

Jeudi,  l'un des enfants reconnus victimes, Cherif Delay, 25 ans, a chargé Daniel Legrand dans une déclaration très confuse. Pour la première fois, l'aîné des enfants Delay a désigné Daniel Legrand comme agresseur, mais aussi comme victime de viols. Son beau-père, Thierry Delay, qui l'a en fait adopté, a été condamné à 20 ans de réclusion pour viols, notamment sur ses frères et lui.

S'il comparaît pour la période où il était âgé de 16 à 18 ans, Daniel Legrand avait en revanche été acquitté, avec 12 autres des accusés d'Outreau, des accusations de viols postérieurs à sa majorité.