La presse serait bien vulnérable et fort peu maîtresse d’elle-même
Voilà que la presse revendique sa part d'humanité ! Nous n'avons pas dit de 'stalinisme'.
Le quotidien de gauche considère que le «Nouvel Observateur» serait victime d’une ‘mésaventure’ avec la fameuse ‘bévue’ de son rédacteur en chef, Airy Routier, dans ce qui est en fait le coup monté du prétendu SMS de Nicolas Sarkozy à celle qui était alors encore son épouse. La réaction publique de sa nouvelle épouse, Carla Bruni Sarkozy, met le doigt là où ça fait mal. La déontologie des journalistes est donc tellement vacillante qu’il faudrait réformer les conditions d’accès aux écoles de journalisme, en les rendant obligatoires et en introduisant des tests psychologiques, comme le prévoit le projet de réforme des écoles de la magistrature ?
L’excuse à la ‘bévue’ et à la ‘mésaventure’ serait, selon Libération, la course effrénée aux scoops d’une presse en crise. Et si c’était plutôt le retour de bâton dans une lutte sans foi ni loi contre le pouvoir par des journalistes militants assoiffés de sang pendant la campagne présidentielle et avides de vengeance, la défaite venue. Les partis ne sont pas exempts de responsabilité qui ont non seulement permis les coups bas, mais se sont aussi autorisé la rumeur et la manipulation grossières. La fin ne justifie pas les moyens. Dans l'excitation ambiante, des journalistes chevronnés en fin de carrière, comme Airy Routier, ont perdu leurs nerfs et se sont laissés aller.
« Qui veut noyer son chien l’accuse de la rage ». Les maîtres de la presse distribuent des boulettes empoisonnées aux chiens de l’Internet, ses propres chiots !
Les questions que se pose le quotidien Libération contiennent la réponse et sont révélatrices de sa thèse. Le Web lui nuit ; il faut donc lui nuire en retour, par la calomnie, une habitude dont la recrudescence a fait le bonheur des rédactions et des partis de gauche pendant la présidentielle. La presse n’est pas volontaire pour combattre cette addiction : la calomnie n’est pourtant pas subtile, mais on a les plaisirs qu’on peut, dans le mépris de la déontologie. On en parle trop pour la respecter…
Questions-réponses de Libération dans un miroir, le jeudi 20 mars 2008:
Q- Le Web a-t-il fait déraper le Nouvel Observateur ?
R- Sans le Web, Airy Routier aurait certainement pris le temps de recouper son info avant de la publier dans le magazine papier. Mais voilà, pour Routier, attendre le papier, c’était risquer qu’un autre journal sorte avant lui le SMS. Et avec Internet, la périodicité de la presse ne veut plus dire grand chose. Les hebdomadaires font de l’actualité quotidienne sur le Web, les quotidiens dégainent plusieurs éditions par jour et tout le monde se tire la bourre. La concurrence s’est encore plus tendue depuis que certains journalistes ont quitté le papier pour le Web, jouant les corsaires de la profession en même temps que ses aiguillons. Là encore, les scoops pleuvent : Rue89, fondée par d’anciens de Libération, a démarré en révélant la censure d’un article du Journal du dimanche sur l’abstention de Cécilia Sarkozy à la présidentielle. Et Mediapart lancé le week-end dernier a tenté lui aussi un coup en janvier en annonçant une privatisation de France 3 par les conseils régionaux. Mais l’info démentie était un coup dans l’eau.
« Déraper » est symptomatique de la volonté de Libération de minimiser sa responsabilité partagée, tout en prévoyant des bavures dans ses rangs.
Q- Les journaux dérivent-ils sur l’Internet ?
R- Que le SMS ait existé ou pas, il suffit de parcourir les sites web des journaux pour s’apercevoir que le dérapage était inévitable. Sur chacun d’entre eux, clignotent en vitrine des «Exclusif» et autres rubriques aguicheuses : «Dernière minute» rougeoie sur le site de l’Obs, «Les indiscrets» se découvrent sur celui de l’Express, le Point vante «Nos confidentiels», tandis qu’un doigt devant une bouche illustre ceux du Figaro. Et Libération.fr n’échappe pas à la règle, même si la rubrique «Confidentiel» n’apparaît pas systématiquement sur la homepage. De vieilles recettes de presse mais qui prennent sur le Web un sacré coup de jeune : qui aura en premier l’info ramassera le plus de clics, verra son audience monter et séduire les annonceurs. Vital, diront certains, alors que, selon les dernières prévisions, seul le Net bénéficiera dans les prochains mois d’une réelle embellie publicitaire. De danseuse moderne qu’il fallait avoir pour faire chic, le Web est devenu la potentielle vache à lait d’une presse papier en crise.
Les blogueurs amateurs ne sont pas en cause. Seuls les sites web de journaux sont visés.
Q- Les journalistes ont-ils une déontologie ?
R- A la fin de sa tribune dans le Monde, Carla Bruni invoque, pour récuser Airy Routier, «les journalistes. Les vrais». Problème, selon la loi : «Le journaliste professionnel est celui qui a pour occupation principale, régulière et rétribuée, l’exercice de sa profession.» Soit, selon les derniers chiffres, 37 301 personnes, dont Airy Routier, vos serviteurs, les journalistes de Closer, ceux du Monde diplomatique et du magazine Dogs. Tous ont une carte professionnelle, leur donnant droit à l’entrée gratuite dans les musées nationaux et à un abattement fiscal. Une seule condition pour l’obtenir : que le postulant tire plus de 50 % de ses revenus du journalisme. Et basta. Libre au journaliste d’être à 49 % de son temps conseiller de Nicolas Sarkozy ou plombier chauffagiste. Le fait d’être journaliste n’implique aucune condition éthique. Et même si la charte rédigée en 1918 fait à peu près autorité («Un journaliste digne de ce nom […] tient la calomnie, les accusations sans preuves […] pour les plus graves fautes professionnelles»), elle ne fait pas office, comme pour les médecins, de serment d’Hippocrate. Pas d’ordre non plus dans la presse, contrairement aux médecins ou aux avocats, pour fixer des règles de déontologie. Seules des chartes maison sont parfois en place. Ainsi à l’Obs, comme se plaît à le rappeler la tribune de Bruni, ou à Libé. La charte de Libération est précise : «Une citation directe, entre guillemets […] implique que le journaliste a personnellement recueilli les propos cités en la forme». Routier dit avoir eu des «sources en béton», ce qui l’a autorisé, juge-t-il, à publier le SMS sur le site web de l’Obs le 6 février dernier. Sur la foi de la crédibilité du journaliste et de l’Obs en général, Libération.fr a immédiatement signalé l’article. Libération papier attendra deux jours et la plainte de Sarkozy contre l’Obs pour signaler l’existence du SMS.
Cette fois, la question est réelle, mais concerne à la fois les journalistes du papier et ceux du Net, les 37 301 personnes en vrac : les serviettes de Libé souffriraient donc d’être mêlées aux torchons du Web ? Libération se désolidarise, marque sa différence –sa supériorité – et révèle sa méfiance du béton. C'est aussi la question -passée sous silence- du secret des sources... Béton ou fétu de paille !
L’excuse à la ‘bévue’ et à la ‘mésaventure’ serait, selon Libération, la course effrénée aux scoops d’une presse en crise. Et si c’était plutôt le retour de bâton dans une lutte sans foi ni loi contre le pouvoir par des journalistes militants assoiffés de sang pendant la campagne présidentielle et avides de vengeance, la défaite venue. Les partis ne sont pas exempts de responsabilité qui ont non seulement permis les coups bas, mais se sont aussi autorisé la rumeur et la manipulation grossières. La fin ne justifie pas les moyens. Dans l'excitation ambiante, des journalistes chevronnés en fin de carrière, comme Airy Routier, ont perdu leurs nerfs et se sont laissés aller.
« Qui veut noyer son chien l’accuse de la rage ». Les maîtres de la presse distribuent des boulettes empoisonnées aux chiens de l’Internet, ses propres chiots !
Les questions que se pose le quotidien Libération contiennent la réponse et sont révélatrices de sa thèse. Le Web lui nuit ; il faut donc lui nuire en retour, par la calomnie, une habitude dont la recrudescence a fait le bonheur des rédactions et des partis de gauche pendant la présidentielle. La presse n’est pas volontaire pour combattre cette addiction : la calomnie n’est pourtant pas subtile, mais on a les plaisirs qu’on peut, dans le mépris de la déontologie. On en parle trop pour la respecter…
Questions-réponses de Libération dans un miroir, le jeudi 20 mars 2008:
Q- Le Web a-t-il fait déraper le Nouvel Observateur ?
R- Sans le Web, Airy Routier aurait certainement pris le temps de recouper son info avant de la publier dans le magazine papier. Mais voilà, pour Routier, attendre le papier, c’était risquer qu’un autre journal sorte avant lui le SMS. Et avec Internet, la périodicité de la presse ne veut plus dire grand chose. Les hebdomadaires font de l’actualité quotidienne sur le Web, les quotidiens dégainent plusieurs éditions par jour et tout le monde se tire la bourre. La concurrence s’est encore plus tendue depuis que certains journalistes ont quitté le papier pour le Web, jouant les corsaires de la profession en même temps que ses aiguillons. Là encore, les scoops pleuvent : Rue89, fondée par d’anciens de Libération, a démarré en révélant la censure d’un article du Journal du dimanche sur l’abstention de Cécilia Sarkozy à la présidentielle. Et Mediapart lancé le week-end dernier a tenté lui aussi un coup en janvier en annonçant une privatisation de France 3 par les conseils régionaux. Mais l’info démentie était un coup dans l’eau.
« Déraper » est symptomatique de la volonté de Libération de minimiser sa responsabilité partagée, tout en prévoyant des bavures dans ses rangs.
Q- Les journaux dérivent-ils sur l’Internet ?
R- Que le SMS ait existé ou pas, il suffit de parcourir les sites web des journaux pour s’apercevoir que le dérapage était inévitable. Sur chacun d’entre eux, clignotent en vitrine des «Exclusif» et autres rubriques aguicheuses : «Dernière minute» rougeoie sur le site de l’Obs, «Les indiscrets» se découvrent sur celui de l’Express, le Point vante «Nos confidentiels», tandis qu’un doigt devant une bouche illustre ceux du Figaro. Et Libération.fr n’échappe pas à la règle, même si la rubrique «Confidentiel» n’apparaît pas systématiquement sur la homepage. De vieilles recettes de presse mais qui prennent sur le Web un sacré coup de jeune : qui aura en premier l’info ramassera le plus de clics, verra son audience monter et séduire les annonceurs. Vital, diront certains, alors que, selon les dernières prévisions, seul le Net bénéficiera dans les prochains mois d’une réelle embellie publicitaire. De danseuse moderne qu’il fallait avoir pour faire chic, le Web est devenu la potentielle vache à lait d’une presse papier en crise.
Les blogueurs amateurs ne sont pas en cause. Seuls les sites web de journaux sont visés.
Q- Les journalistes ont-ils une déontologie ?
R- A la fin de sa tribune dans le Monde, Carla Bruni invoque, pour récuser Airy Routier, «les journalistes. Les vrais». Problème, selon la loi : «Le journaliste professionnel est celui qui a pour occupation principale, régulière et rétribuée, l’exercice de sa profession.» Soit, selon les derniers chiffres, 37 301 personnes, dont Airy Routier, vos serviteurs, les journalistes de Closer, ceux du Monde diplomatique et du magazine Dogs. Tous ont une carte professionnelle, leur donnant droit à l’entrée gratuite dans les musées nationaux et à un abattement fiscal. Une seule condition pour l’obtenir : que le postulant tire plus de 50 % de ses revenus du journalisme. Et basta. Libre au journaliste d’être à 49 % de son temps conseiller de Nicolas Sarkozy ou plombier chauffagiste. Le fait d’être journaliste n’implique aucune condition éthique. Et même si la charte rédigée en 1918 fait à peu près autorité («Un journaliste digne de ce nom […] tient la calomnie, les accusations sans preuves […] pour les plus graves fautes professionnelles»), elle ne fait pas office, comme pour les médecins, de serment d’Hippocrate. Pas d’ordre non plus dans la presse, contrairement aux médecins ou aux avocats, pour fixer des règles de déontologie. Seules des chartes maison sont parfois en place. Ainsi à l’Obs, comme se plaît à le rappeler la tribune de Bruni, ou à Libé. La charte de Libération est précise : «Une citation directe, entre guillemets […] implique que le journaliste a personnellement recueilli les propos cités en la forme». Routier dit avoir eu des «sources en béton», ce qui l’a autorisé, juge-t-il, à publier le SMS sur le site web de l’Obs le 6 février dernier. Sur la foi de la crédibilité du journaliste et de l’Obs en général, Libération.fr a immédiatement signalé l’article. Libération papier attendra deux jours et la plainte de Sarkozy contre l’Obs pour signaler l’existence du SMS.
Cette fois, la question est réelle, mais concerne à la fois les journalistes du papier et ceux du Net, les 37 301 personnes en vrac : les serviettes de Libé souffriraient donc d’être mêlées aux torchons du Web ? Libération se désolidarise, marque sa différence –sa supériorité – et révèle sa méfiance du béton. C'est aussi la question -passée sous silence- du secret des sources... Béton ou fétu de paille !
Le quotidien vertueux est vraiment singulier, à le lire. Selon lui, l’abomination des abominations serait la liberté disputée au journaliste «d’être à 49 % de son temps conseiller de Nicolas Sarkozy ou plombier chauffagiste ». En revanche, le journaliste (de Libé) serait déontologiquement libre d’être à 49 % de son temps conseiller de Sa Cynique Majesté Royal, compagne du premier secrétaire ou gardien(ne) d’immeuble ? Il n’est pas certain que Libération ait trouvé la voie…
On retiendra que Libération a besoin de garde-fous : comme les médecins ou les avocats, il réclame un ‘ordre des journalistes’ pour fixer des règles de déontologie.
La presse aurait besoin d’une psychanalyse de groupe?
On retiendra que Libération a besoin de garde-fous : comme les médecins ou les avocats, il réclame un ‘ordre des journalistes’ pour fixer des règles de déontologie.
La presse aurait besoin d’une psychanalyse de groupe?