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jeudi 31 janvier 2013

Hollande et la montée du langage de la dissimulation vertueuse

Novlangue : ces tentatives de diversion sémantique qui peinent à masquer l'impuissance politique

André Bercoff dénonce l'hyprocrisie langagière élevée au rang d'art politique

On n’expulse pas les Roms : on les "raccompagne", on remplace la TVA sociale par la TVA "juste", on nationalise "temporairement", on défend le mariage "pour tous" sans pour autant permettre l'union d'un homme et d'une otarie.

Les premiers vagissements de 2013 sont résolument placés sous le signe de la "novlangue" 
(en référence à George Orwell pour son roman 1984) dénoncée par George Orwell. Tout se passe comme si, dans une démarche qu’il faut espérer résistible, les mots avaient changé de sens, et les sens, de mots. L’impuissance des politiques de gauche actuellement, de droite hier, à juguler le chômage et la dette, les conduit naturellement à faire diversion sur tous les fronts, et d’abord celui du vocabulaire


Force est d’avouer que, de ce point de vue, le gouvernement Hollande-Ayrault a opéré de fulgurantes avancées. En matière de sécurité, par exemple, on prend des mesures qui ressemblent à celles de Guéant, qui ont la couleur et le goût de Guéant, mais qui n’ont rien à voir avec les fachos sarkozystes : par exemple, on n’expulse pas les Roms, on les raccompagne. Ailleurs, on innove : il n’est pas question pour la gauche au pouvoir, de reprendre toutes les entreprises en difficulté : la ficelle serait trop grosse, et même un Mélenchon sait qu’on n’en a plus les moyens. D’où la tentative montebourgeoise de la "nationalisation temporaire". Synonyme industriel du "mariage provisoire" des salafistes nord-africains. Ou encore la TVA qui n’est plus sociale mais juste.
En matière sociétale, le "mariage pour tous" ne veut rien dire puisque la question soulevée est celle de l’union entre personnes du même sexe et non la possibilité d’un accouplement officiel d’un homme et d’une otarie. 

Au niveau de la pédagogie de l’exécutif, on atteint des sommets : le Premier ministre appelle à fonder un "nouveau modèle français" et nous affirme – bouleversante révélation - que nous sommes "à la croisée des chemins" ; la porte-parole du gouvernement déclare sans rire, que "l’imagination est au pouvoir". On s’en serait douté.

Novlangue partout, y compris évidemment à droite 

Jean-François Copé ravale son petit pain au chocolat devant le CFCM, dit que c’est un malentendu, sans s’excuser. Du coup, ledit Conseil qui n’a rien demandé, ne retire pas sa plainte et se constate, une fois de plus, l’assertion selon laquelle on ne sort de l’ambiguïté qu’à son détriment
Hollande fait la fortune 
des concepts forgés
pour le roman 1984, 
tels que " Novlangue " 
et bientôt " Big Brother "
et la " Police de la pensée"
Quant à Marine Le Pen, elle se déclare résolument contre "le mariage pour tous", mais n’ira pas à la manifestation, qualifiant son apparente contradiction "d’acte politique courageux". Qu’en termes galants [ou choisis] ces choses-là sont dites, et ces intentions dissimulées…

Ce faux-culisme sémantique ne trompe, hélas, plus grand monde. 
Si le double langage des politiques existe depuis toujours, ses effets pervers apparaissent de plus en plus désormais au grand jour par l’hallucinante multiplication des sources d’information, des réseaux sociaux, de la capillarité vertigineuse d’Internet qui exhibe à la nanoseconde les trucages, et déshabille aussi vite les faux discours. 
Ce qui fait, en démocratie, de la pratique de la langue de bois, un exercice de plus en plus compliqué. La seule parade à cette orgie de langues de plomb, de mots-valises et du parler pour ne rien dire, serait que les politiques ne viennent devant les caméras que quand ils ont vraiment quelque chose à dire. On peut toujours rêver.

Rêver de sincérité ?


vendredi 12 octobre 2012

Ayrault fait l'unanimité des entrepreneurs contre lui

Après les "Pigeons", les cris d'oiseaux des "Canaris" 

Le Premier ministre n'entend pas monter la colère des chefs d'entreprises

Après les Pigeons, entrepreneurs hostiles aux projets de taxation des cessions de jeunes entreprises, Jean-Marc Ayrault  (63 ans en janvier prochain...) a été confronté jeudi à leur copie nantaise, les Canaris. Ils auraient pu s'identifier au Petit Lu nantais, d'abord avalé par Danone, puis par le groupe américain Kraft Foods depuis 2007, mais ils n'ont pas renoncé et se sont baptisés en référence au surnom de l'équipe locale de football. 

Ce collectif de chefs d'entreprises nantais a écrit jeudi au Premier ministre pour lui " demander de soutenir l'esprit d'entreprise ". " Le projet de loi de finances 2013 met en péril l'investissement en capital dans nos entreprises, et en particulier celui des managers et salariés de nos entreprises ", affirment ces entrepreneurs.

En visite hier jeudi 11 à Nantes, ville dont il fut longtemps le député-maire, le chef du gouvernement s'est braqué. "Je ne vais pas répondre à différentes espèces d'oiseaux, parce qu'il y en a beaucoup, des espèces d'oiseaux ", a-t-il bafouillé à des journalistes.

Défendant son projet de loi de finances, cet ex-fonctionnaire de l'Education nationale a affirmé ne pas vouloir " financer la rente ". " Je veux être clair : si nous avons fait une réforme fiscale, c'est pour favoriser l'investissement, pour favoriser l'innovation, favoriser la prise de risques, mais pas pour financer la rente ", a assuré le professeur d'allemand. " Mon devoir est d'expliquer que nous ne reviendrons pas sur le principe qui est que le capital doit être imposé au même niveau que le travail ", a ajouté le doctrinaire, en marge du vernissage d'une exposition consacrée à Aristide Briand (1862-1932), parlementaire nantais devenu comme lui chef de gouvernement, mais diplomate et prix Nobel de la Paix, en 1926, pour son action en faveur de la réconciliation entre la France et l'Allemagne ! Un pacifiste, donc, qui comme Romain Rolland ou Jean Jaurès, Roger Martin du Gard ou Jean Giono, ont favorisé la montée de l'hitlérisme par leur aveuglement. Dans ses Reflections on Gandhi, George Orwell reprocha au pacifisme systématique d' " éluder les questions gênantes " et d'adopter " la thèse stérile et malhonnête selon laquelle dans chaque guerre les deux camps représentent la même chose, ce pourquoi il est sans importance de savoir qui gagne. " S'adressant à Gandhi, il écrivait également : " Et les Juifs ? Acceptez-vous qu'on les extermine tous ? Et sinon, que proposez-vous pour l'éviter, si vous excluez l'option de la guerre ? "

"Une tache rude"

Ayrault a toutefois ouvert un oeil sur la réalité niée du monde depuis 2008, estiment jeudi enfin que " jamais un gouvernement depuis la guerre n'a dirigé un pays dans des circonstances aussi difficiles sur le plan économique ", lors du même déplacement à Nantes. " Jamais un gouvernement depuis la guerre n'a dirigé un pays dans des circonstances aussi difficiles sur le plan économique et sur les mutations qui s'imposent, avec le défi de la relance de l'Europe, le défi de la mondialisation, les mutations que ça implique ", a soudainement dramatisé Jean-Marc Ayrault devant la presse, trahissant ainsi son accablement.

Ayrault parle comme Jean-Paul II (1978)
" Tout l'enjeu, c'est comment permettre à la France de passer ce cap, non pas comme une parenthèse mais comme un défi à relever, tout en préservant notre modèle social français ", a admis le Premier ministre, resté au stade du questionnement au cinquième mois. "C'est une tâche rude ", a-t-il gémi, mais ajoutant qu'elle " vaut la peine d'être menée, parce que c'est un combat et les combats ne me font pas peur ". Jean-Marc Ayrault alignait ainsi des phrases en marge d'une visite de l'exposition consacrée à Aristide Briand -qui fut président du Conseil à onze reprises -à l'occasion du 150e anniversaire de sa naissance à Nantes.  A tous, le socialiste nous annonce donc "du sang, de la sueur et des larmes".  " N’ayez pas peur ! " Cette injonction revient trois cent soixante-cinq fois dans la Bible. Dans l’Ancien Testament, Dieu parle ainsi à ses prophètes pour les rassurer contre la terreur qu’ils ressentent à s’approcher…

" Je ne veux pas me comparer à Briand ", " ce serait présomptueux ", a-t-il commenté. Mais il poursuit pourtant en parlant de lui et de la tâche qui lui est confiée : " Je crois que la politique, c'est à la fois des convictions, des valeurs et une pratique, c'est-à-dire ne jamais renoncer, ne jamais abandonner et, en même temps, c'est un combat ". Et la lucidité, alors ?

S'agissant d'Aristide Briand - " issu d'un milieu modeste " (de parents aubergistes, tout de même), " un homme patient mais qui avait un but, une détermination à aller jusqu'au bout " - Ayrault en est venu doucement à tenter de s'identifier à son modèle local, ajoutant qu'il était " une personnalité qui vient de la Loire-Atlantique (...), de Nantes, de Saint-Nazaire, qui a fait sa carrière politique à Paris et dans la Loire et qui à la fin de sa vie, revient ici à Nantes, comme député et qui n'avait rien perdu de son idéal ". " Je trouve ça assez beau ", a-t-il conclu, avec tout le lyrisme dont  est capable ce psycho-rigide qui a pris la grosse tête.